Alexandre II, pape

Anselmo da Baggio ou Anselme de Lucques (Lucca), naquit vers 1010 ou 1015 à Baggio, dans la région de Milan.
Formé à Cluny, aux côtés du cardinal Hildebrand (futur Grégoire VII), il commença sa carrière publique par la prédication. En Lombardie, il attaqua les mœurs du clergé, en particulier le mariage des prêtres. L'archevêque Guido, irrité, le dénonça auprès de l'empereur Henri III. Au lieu de le condamner, l'Empereur lui confia la prédication en Allemagne.
En 1057, Anselme se vit confier l'évêché de Lucques. Il fut nommé légat apostolique à Milan, la première fois en 1057 en compagnie de Hildebrand, la seconde en 1059 en compagnie de Pierre Damien.
Conformément au décret du feu pape Nicolas II (mort le 19 juillet), il fut élu pape par le Sacré Collège ; une notification fut adressée à la cour de l'Empereur, qui l'ignora ; les cardinaux considérèrent alors que le privilège de confirmation impérial avait été abandonné. Prévoyant une guerre civile, les cardinaux terminèrent l'élection, le 30 septembre, par son intronisation 4 sous le nom d'Alexandre ; furieux, les Romains, dépossédés de leur ancien droit d'élection, portèrent leurs griefs devant l'impératrice Agnès, régente pour son jeune fils Henri IV. Elle convoqua une assemblée à Bâle qui, en l'absence de tout cardinal, élut un antipape qui prit le nom d'Honorius II.
Alexandre II prit pour conseiller Hildebrand (le futur Grégoire VII).
Il força des princes normands à rendre les terres qu’ils avaient prises au Saint-Siège.
Il condamna la simonie et le nicolaïsme.
Il appuya Guillaume le Conquérant dans la conquête normande de la Grande-Bretagne et lui fournit un étendard consacré ainsi que des reliques sacrées.
En 1068, il refusa d'autoriser le divorce d'Henri IV et le força à reprendre sa femme, Berthe de Saxe.
Il mourut le 21 avril 1073.


1061. 30 septembre, intronisation du pape. 28 octobre, une assemblée réunie à Bâle par l'impératrice Agnès, élit l'évêque de Parme (antipape Honorius II) contre Alexandre II.

1062. 14 avril, Honorius II prend le château Saint-Ange mais ne peut atteindre la chaire de Pierre ; il regagne son évêché de Parme. Le roi des Francs, Philippe Ier, regroupe les feudataires inquiets de la puissance normande.

1063. Des bulles 3 appellent les chevaliers français au secours du roi d’Aragon. Alexandre II transforme la "Reconquista" en guerre sainte, par l'octroi d'une indulgence plénière aux soldats qui participeront à la prise de Barbastro, ville d'Aragon tenue par les Maures.

1064. En mai, au synode de Mantoue, Alexandre II se défend du crime de simonie ; il est reconnu comme pape légitime ; Honorius II est déposé le 31. Alexandre II accorde une indulgence plénière à ceux qui luttent contre les musulmans en Espagne : de nombreux chevaliers de la France du Nord et de Bourgogne participent à la Reconquista (c’est en fait la première croisade). Conquête de la Géorgie et de l’Arménie par Arp Arslan : les Turcs détruisent Ani, la capitale arménienne ; massacres et esclavage.

1065. 25 mars, près de Ramla (Palestine), un groupe important de pèlerins allemands, conduit par Siegfried, archevêque de Mayence, est attaqué et presque entièrement massacré par des Bédouins pillards 2. Pèlerinage du pape au Puy-en-Velay pour le jubilé ; l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, légat du pape, est le propagateur du Salve Regina ("l’antienne du Puy" dixit Bernard de Clairvaux) qui sera choisi comme "Hymne officiel de la Corse" en janvier 1735. A Narbonne, expulsion des juifs. Le pape s’oppose aux persécutions contre les Juifs. A Rome, 2 conciles contre les mariages incestueux. 27 décembre, mort de Ferdinand Ier de Castille, au retour d'une expédition militaire contre Valence ; ses fils sont proclamés roi : Sancho II le Fort, roi de Castille (fin de règne en 1072), Alphonse VI, roi de León (fin en 1109) et García II, roi de Galice (fin en 1090). 28 décembre, consécration de l'abbaye de Westminster. Chanson de Roland : c’est la plus ancienne chanson de geste (en dialecte anglo-normand).

1066. Etablissement de la commune du Mans. 20 septembre, en Angleterre, Bataille de Gate Fulford : Edwin, comte de Mercie et Morcar, comte de Northumbrie, sont défaits par les Norvégiens de Harald Hardrade, leurs alliés écossais et leurs mercenaires flamands. 25 septembre, Bataille de Stamford Bridge : le roi Harold II Godwinson défait les Norvégiens ; Tostig (Toste), frère de Harold II et le roi de Norvège Harald III Hardrade sont tués dans la bataille. 14 octobre, Bataille d'Hastings (Bataille du Pommier gris), Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, qui a débarqué (500 navires et 8 000 hommes) dans la baie de Penvensey en Angleterre le 28 septembre et porte l’étendard du pape, tue le roi Harold II ; sacré roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster le 25 décembre, Guillaume le Conquérant est le premier roi à refuser de prêter au pape l’hommage de suzeraineté. 11 décembre, mort de Conan II de Bretagne : Hoël, fils du comte de Cornouaille Alain Canhiart, devient duc de Bretagne par son mariage avec Havoise, fille du duc Alain III de Bretagne et sœur de Conan II. 30 décembre, à Grenade, 4 000 juifs sont massacrés par des musulmans qui prennent d'assaut le palais royal ; le vizir juif, Joseph ibn Nagrela, est crucifié.

1067. 21 mai, mort de l’empereur Constantin X Ducas ; il laisse sa femme, Eudocia, et trois fils Michel VII, Constance et Andronicus ; Eudocia est régente de fin mai à fin décembre 1067 puis elle épousera Romain IV le 1er janvier 1068 ; l’Empereur sera fait prisonnier par les Turcs en 1071 ; Eudocia sera à nouveau régente pendant quatre mois avant de s’exiler ; Michel VII Doukas règnera seul jusqu’en 1078.

1068. Le roi Sanche (ou Sancho) V de Navarre place son royaume sous la protection du pape et remplace, dans ses états, la liturgie mozarabe par le rite romain.

1070. 29 août, Lanfranc est sacré archevêque de Canterbury : il renforce le célibat des prêtres et crée des hospices et des écoles. Une donation au monastère de Conques mentionne deux fromages à fournir à chacune des caves de Roquefort (pour affinage).

1071. 21 février, au Mont Cassel, Philippe Ier est battu par Robert le Frison, comte de Flandre. 26 août, défaite de Mantzikert ou Manzikert (au nord du lac de Van) infligée par les Turcs seldjoukides aux Byzantins ; l’empereur Romain IV (qui avait appelé au secours les catholiques romains) est fait prisonnier par les Turcs (Michel VII Doukas lui succèdera) ; l'Asie Mineure passe aux 2/3 sous l'autorité turque. L’Italie byzantine est aux mains des Normands (prise de Bari par le duc Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville). Le pape envoie Pierre d'Anagni auprès de l'empereur Michel en vue de négocier la réunification des deux églises : échec.

1072. 22 février, mort de Pierre Damien 1. 8 avril au 27 mai : accord de Winchester ; primauté de l'archevêque de Cantorbéry sur l'archevêque d'York ; Lanfranc, qui est nommé primat d'Angleterre, commence la réforme de l'Église Anglicane (fin en 1089), abolit le culte de nombreux saints et remplace de nombreux lieux de culte ; la hiérarchie de l'Église est presque totalement recomposée de Normands ou de Français (un Anglais sur 16 évêques en 1100). Le Normand Roger Guiscard, frère de Robert, prend Palerme aux Arabes (vingt ans plus tard, l’île tout entière est normande). Guillaume, roi d’Angleterre, impose sa suzeraineté au roi d’Ecosse. Alexandre II accorde quelques privilèges aux neuf groupements d’ermites camaldules. 7 octobre, Sanche le Fort, qui voulait reconstituer le royaume de son père en luttant contre ses frères, meurt assassiné devant Zamora ; son frère ennemi, Alphonse VI le Vaillant, roi de León, est reconnu comme roi de Castille par les Grands à Burgos ; Rodrigo Diaz de Bivar, dit le Cid, qui servait Sanche, passe du côté d'Alphonse VI qui lui donne sa cousine, Jimena Diaz, en mariage et l'envoie collecter les « parias », tributs dus par les royaumes musulmans.

1073. 18 janvier, début du règne de Shirakawa, empereur du Japon. 22 mars, Iziaslav Ier est chassé de Kiev par ses frères ; il se réfugie en Pologne, puis en Allemagne où il demandera sans succès l'aide du pape Grégoire VII. 21 avril, mort du pape Alexandre II.


Notes
1
PIERRE DAMIEN naît à Ravenne en 1007. Pierre, orphelin maltraité (on dit qu’il fut rejeté par sa mère qui refusait de l’allaiter), fait cependant de brillantes études grâce à son frère Damien, dont il prendra le nom. Il devient dans sa ville natale un maître rhéteur riche et prestigieux. La rencontre de 2 ermites, vers 1035, l’amène à Fonte Avellane, un petit ermitage fondé selon l’idéal de saint Romuald. Il s’y voue à la prière, à l’ascèse, à l’étude de l’Ecriture, à la contemplation, à la prédication aussi. Devenu prieur de l’ermitage, il le veut fidèle à l’idéal de solitude exigeante de saint Romuald. Pourtant, en 1057 il est nommé cardinal-évêque d’Ostie. Pierre ayant prend parti contre l'antipape Benoît X, est contraint de retourner à son ermitage. En 1059, il est envoyé comme légat du pape Alexandre II dans l'archevêché de Milan où il préside un concile. S’il soupire sans cesse après la solitude en Dieu et le loisir contemplatif, il obéit à l’appel de l’Eglise, en pleine réforme, et rédige de nombreux ouvrages, lettres et sermons, d’une langue remarquable. Il tonne avec la vigueur d’un prophète contre les vices du clergé de son temps, en particulier la simonie, l’homosexualité des clercs et la violation du vœu de célibat. Il meurt au cours d’une mission, le 22-2-1072, à Faenza. Il est proclamé docteur de l’Eglise en 1828.
« La cellule est vraiment le lieu où Dieu s’entretient avec les hommes, où se rencontrent ceux qui vivent dans la chair et les esprits célestes. Là en effet les citoyens des cieux viennent prendre part aux entretiens humains, et les langues n’y composent pas tant des paroles de chair, que ne s’ouvrent, sans le bruit de la voix, les riches secrets des esprits. La cellule, en un mot, est le témoin du conseil secret que Dieu tient avec les hommes » (Pierre Damien, Dominus vobiscum).
2
Jacques Heers, historien, et René François Rohrbacher, Franz Hülskamp, Hermann Rump Histoire universelle de l'Eglise catholique 1054-1106, Volume 14 [archive] Lardinois, 1845
3 Le terme "bulle" (du latin bulla = petite boule,) indiquait à l'origine la capsule métallique sphérique (en plomb) servant à protéger le sceau de cire lié par une cordelette à un document d'importance particulière, pour en attester l'authenticité et donc l'autorité. Le nom de "bulle" est donné aux lettres pontificales à partir du VIe s (le même nom désignait également les actes des souverains). Avec le temps, le terme a servi pour indiquer d'abord le sceau, donc le document lui-même, et celui-ci est aujourd'hui utilisé pour tous les documents pontificaux d'importance particulière qui portent, ou au moins par tradition devraient porter, le sceau du Pontife. http://www.visnews-fr.blogspot.fr/
4 http://www.newadvent.org/cathen/01286a.htm


Sources

Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/06/2018

ACCES AU SITE