Benoît XIII
(antipape)

Pedro Martinez de Luna (dit Pierre de Lune) naît vers 1329 à Illueca en Aragon (Espagne).
Après avoir été militaire puis professeur de droit à Montpellier, il est cardinal-diacre en 1375 et légat en Espagne en 1387.
Il participe à l’élection d'Urbain VI, mais se rallie ultérieurement aux cardinaux français pour élire, en 1378, Robert de Genève l’antipape, qui prend le nom de Clément VII.
A la mort de ce dernier, Pierre de Lune est élu pape par les cardinaux d’Avignon le 28 septembre 1394 et prend le nom de Benoît ; il est sacré le 11 octobre.
Benoît XIII est intrigant, ambitieux et tenace.
Il compte parmi ses alliés la France, la Castille, le Portugal, l'Aragon, l'Écosse et Chypre.
Pierre de Lune a promis, avant son élection, de déposer la tiare, si cet acte était nécessaire pour mettre fin au schisme, mais il refuse d’accomplir sa promesse : le roi de France, Charles VI, qui a favorisé son élection, est profondément irrité de son refus ; il convoque un concile national (1398) dans lequel il est décidé qu’on ne reconnaît plus Benoît comme pape ; cet exemple est bientôt suivi dans toute l’Europe.

Benoît XIII meurt le 27 novembre 1422 à Peniscola en Aragon.
"Les cardinaux […] cachent [...] la mort (de Benoît XIII) à tous les catholiques résidant dans la curie et aux autres, à part un petit nombre, depuis le jour dit, jusqu’au 23 du mois de mai suivant, et au-delà jusque vers le 7 juillet. Durant cette période, les biens de l’Église ne sont pas administrés par le camérier du Siège apostolique ni par la main de la Chambre : pire encore, les cardinaux s’immiscent, de leur propre autorité, dans l’administration et le gouvernement des biens, tant ceux ayant jadis appartenu au seigneur Benoît que ceux de l’Église, s’emparant et prenant possession de très nombreux biens de ladite Église et du seigneur Benoît et se les partageant entre eux : entre autres des monnaies d’or et d’argent, des anneaux avec des pierres précieuses, des reliques de la Sainte Croix et des Saints, des Calices d’or et d’argent et d’autres vases en argent et en or, mais aussi des châsses, divers livres de diverses facultés, des ornements, des parures de la Chambre fortifiée, diverses pièces de vaisselle et beaucoup d’autres biens précieux de grande valeur." 2 (Jean Carrier, futur antipape Benoît XIV)

Prophétie de Malachie
: Luna Cosmedina (la Lune de Cosmedin).


1394. 28 septembre, élection de Benoît XIII. Benoît XIII interdit aux "Juifs du pape" d'exercer les métiers de banquier ou de médecin.

1396. 19 mai, Jean Ier, l'Amateur de la gentilhommerie, 15e roi d'Aragon, meurt d'un accident de chasse : son frère, Martin l'Humain, lui succède.

1398. 22 mai, à Paris, l'assemblée du clergé se prononce pour la "soustraction d'obédience" à Benoît XIII et affirme l’indépendance temporelle du roi, la liberté de l’Église gallicane et la supériorité des conciles généraux sur le pape ; la décision est confirmée par l'édit royal du 27 juillet : le roi de France, Charles VI, décide qu’on ne reconnaît plus Benoît comme pape ; cet exemple est bientôt suivi dans toute l’Europe.

1400. En Juillet, Boniface IX parvient à chasser de Naples les forces de l'antipape Benoît XIII.

1403. Nuit du 11 au 12 mars, assiégé dans Avignon par une armée française commandée par le maréchal Boucicaut, Benoît XIII, Pierre de Lune, parvient à s’échapper et gagne Châteaurenard par la Durance : en retrouvant la liberté, il retrouve aussi tout son prestige et tous se soumettent à nouveau à son autorité. 28 mai, la France restitue son obédience au pape ; Jean de France, duc de Berry, s’oppose en vain à la restitution d’obédience de la France à Benoît XIII, décidée sous l’influence du régent, le jeune Louis d’Orléans, frère du roi. 11 juillet, bulle à l'abbé de Ste-Geneviève de Paris et aux doyens de Reims et de Cambrai, leur mandant de défendre par toutes voies de droit le chapitre d'Amiens contre tous injustes détenteurs et possesseurs de ses châteaux, villes, terres, maisons et autres biens, et contre tous ceux qui voudraient le molester ou l'injurier. La peste menaçant à nouveau Avignon, Pierre de Lune s’installe à Carpentras et au château de Sorgues.

1404. En mai, Pierre de Lune fixe sa résidence dans l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. 2e concile de Paris.

1405. 16 mai, Benoît XIII arrive à Gênes ; il en repart le 8 octobre suite aux ravages de la peste.

1406. 11 septembre, le Parlement de Paris déclare "annates, menus et communs services, procurations et autres taxes apostoliques" abolis à partir du 27 juillet 1398. 16 octobre, Benoît XIII nomme Colette de Corbie (Nicolette Boylet) "abbesse, dame et mère de toutes celles qui la suivraient". 29 novembre : assiégée depuis un an et demi par les sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne, la place de Lourdes en Bigorre, possession du roi d'Angleterre pendant 50 ans, se rend. 25 décembre, à Tolède, mort d'Henri III, roi de Castille et Léon : son fils, Jean II, âgé de un an et dix mois, lui succède ; la régence est assurée par sa mère, Catherine de Lancastre.

1407. 14 janvier, l’Eglise gallicane décide de reconnaître l’autorité du pape au spirituel seulement. 18 février, l'Université de Paris, avec l'appui du duc de Bourgogne et du Parlement de Paris, décide une "nouvelle soustraction d'obédience temporelle" à l'égard de Benoît XIII ; elle n'a pas plus de succès que la précédente du 23 juillet 1398 : retranché dans sa citadelle, Benoît XIII refuse toujours de céder. 7 mars, une ordonnance de Charles VI défend aux "cagots", ces "personnes malades d'une maladie, laquelle est une espèce de lèpre ou mésellerie [...], appelées en aucune contrée capots et en autres contrées casots" de se mêler à la population sans porter une "enseigne" qui les fasse reconnaître. 21 avril, à l'abbaye Saint-Victor de Marseille, une Convention passée entre les envoyés des deux papes, Benoît XIII et Grégoire XII, prévoit une entrevue entre les deux pontifes à Savone pour tenter de résoudre le Grand Schisme d'Occident ; elle est ratifiée par le roi de France le 11 juin ; le 24 septembre, Benoît XIII débarque à Savone mais Grégoire XII ne vient pas au rendez-vous. 23 novembre, vers 20 heures, à Paris, rue Vieille-du-Temple, le duc Louis d’Orléans, fils du roi Charles VI, qui sort de l’hôtel Barbette où loge la reine, est assassiné par des tueurs à la solde de Jean sans Peur, le duc de Bourgogne : la Guerre entre les Armagnacs, partisans de Louis d’Orléans, et les Bourguignons éclate ; elle s’achèvera le 21 septembre 1435 par la paix d’Arras signée entre Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, et Charles VII, neveu de Louis d’Orléans.

1407-1408 (Hiver). L'un des plus terribles hivers du Moyen Âge (de mi-novembre 1407 à mi-avril 1408) ; la Seine est entièrement gelée et le vin est débité à la hache...

1408. Le concile de Paris édicte des décrets concernant le gouvernement de l’Eglise gallicane. 21 mai, Jean sans Peur rend définitive la rupture avec Benoît XIII qui a excommunié Charles VI. 24 juin, à Livourne, huit cardinaux romains et cinq "avignonnais" décident, pour résoudre le Grand Schisme d'Occident, de convoquer un concile à Pise pour mars 1409. 24 juillet, Benoît XIII fait son entrée à Perpignan et s’installe à l’abri de la forteresse qui lui a été assignée par son beau-frère, Martin Ier roi d’Aragon. Pedro de Luna se rend à Rome pour essayer de trouver une solution avec Grégoire XII.

1409. Grégoire XII convoque un concile à Cividale (Frioul), tandis que Benoît XIII convoque simultanément un second concile à Perpignan où il réside. 9 mars, Paix de Chartres entre Armagnacs et Bourguignons ; le duc de Bourgogne, Jean sans Peur (1371-1419), reconnaît le meurtre de Louis Ier d'Orléans (1407). 25 mars au 7 août : Concile de Pise ; le 5 juin, Benoît XIII et Grégoire XII sont excommuniés et déposés comme "promoteurs de schisme, hérétiques notoires, coupables d'énormes crimes de parjure" par 23 cardinaux ; le 26 juin, face à leur refus de se démettre, les cardinaux élisent un nouveau pape, Alexandre V ; Bossuet déclarera : « Si le grand schisme d’Occident, ce monstre cruel qui désolait l’Eglise de Dieu, n’y fut pas exterminé (au concile de Pise, ndlr), il y reçut du moins un coup qui fut le prélude de son extinction totale au concile de Constance. » 25 juillet, à Cagliari, mort de Martin Ier le Jeune de Sicile qui entraîne son père Martin Ier l'Humain ou le Vieux, déjà roi d'Aragon depuis 1396, à occuper le trône vacant de Sicile.

1410. 29 mars, la Sardaigne devient aragonaise. 15 avril, Traité de Gien : les Armagnacs, coalisés, décident de lever des troupes pour combattre le duc de Bourgogne. 2 novembre, Paix de Bicêtre, entre les Armagnacs et les Bourguignons, signée dans la demeure du sieur Jean de Berry, mais ils reprendront les armes dès le printemps 1411.

1411. L’évêque Wardlaw fonde l’université de Saint-Andrews, confirmée par Benoît XIII en 1413 (l’Écosse fut un des derniers pays fidèles au pape d’Avignon Benoît XIII). 21 juillet, Benoît XIII qui a quitté Collioure, se réfugie à Peñíscola (Aragon).

1412. 29 mars au 24 juin, Arbitrage de Caspe ou Compromis de Caspe (Aragon) près de Saragosse : Martin Ier d'Aragon (Martin Ier l'Humain) étant mort en 1410 sans héritier, le prince Ferdinand d'Antequera, de la Maison Trastamare et infant de Castille, est élu roi d’Aragon et de Sicile, après trois mois de délibérations (28 juin 1412, six voix au scrutin) par les neuf arbitres mandatés par Benoît XIII qui le soutient : le 28 juin, Ferdinand Ier le Juste débute son règne en tant que roi d'Aragon et de Sicile.

1413-1414. 7 février 1413 au 12 novembre 1414, Dispute de Tortosa ou disputation de Tortosa organisée par Benoît XIII et animée par le religieux converso (converti) Jérôme de Tortosa (ancien rabbin) : c'est la plus longue des disputations judéo-chrétiennes ; elle déclenche de nombreuses conversions de Juifs 1.

1415. Bref Etsi doctoribus gentium conseillant la politique du clergé ; il constitue une des plus importantes collections de lois anti-juives. Le Talmud est brûlé sur ordre de Benoît XIII. 21 août, le roi du Portugal Jean Ier s'empare de la ville de Ceuta, sur la côte méditerranéenne du Maroc.

1416. 2 avril, mort de Ferdinand Ier d'Aragon : investiture de son fils Alphonse V en tant que roi d'Aragon. Le dominicain et maître en théologie, Vincent Ferrier (+ 1419), adjure Benoît XIII de renoncer à sa charge.

1417. 26 juillet, Benoît XIII est déposé à nouveau par le concile de Constance : il ne se soumet pas, revendiquant la légitimité de sa charge pontificale ; réfugié en Espagne, dans la forteresse de Peniscola, avec les rares cardinaux qui lui sont restés fidèles, Pierre de Lune lance des excommunications contre tous ceux qui refusent de le reconnaître ; selon Gerson "il n’y avait que l’éclipse de cette « lune » fatale qui pût donner la paix à l’Eglise".

1422. 27 novembre, mort de Benoît XIII (sa mort n'est rendue publique que le 23 mai 1423) ; avant de mourir, il a demandé à ses cardinaux de perpétuer le schisme en veillant à sa succession, mais ses 4 derniers cardinaux se divisent ; 3 d’entre eux élisent Gil Sanchez Muñoz sous le nom de Clément VIII (17 juin 1423), et le quatrième, Jean Carrier élit, tout seul, Bernard Garnier sous le nom de Benoît XIV (1424) ; Jean Carrier, lui-aussi, sera antipape en 1433 (il reprendra le nom de Benoît XIV).


Notes
1 http://wikipedia.orange.fr/wiki/Dispute_de_Tortosa
2 http://plus.lefigaro.fr/note/au-fil-du-temps1423-20130620-2278221

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
11/10/2017
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