CALIXTE II

Guy de Bourgogne, fils du comte de Bourgogne, Guillaume Tête Hardie, naît vers 1060 à Quingey (25).
Il est administrateur du diocèse de Besançon dont son frère Hugues est l’archevêque.
Archevêque de Vienne (Dauphiné) en 1088, il fonde l’abbaye de Bonnevaux en 1117.
Il résiste à l'empereur durant la querelle des Investitures et accueille même, à Vienne, le pape Gélase II chassé de Rome par l'antipape Bourdin (Grégoire VIII) à la solde de l'empire. Elu pape à Cluny, le 2 février 1119, par les six cardinaux qui partageaient l’exil de Gélase II, mort le 29 janvier, il choisit le nom de Calixte ; il est intronisé le 9 en la cathédrale de Vienne.
Calixte II appelle, dès 1120, à une nouvelle croisade pour secourir les "Latins" d’Orient menacés par les Turcs, mais sans succès.
En 1121, il capture l’antipape Grégoire VIII et le fait emprisonner.
Il s’attache à trouver un règlement à la querelle des investitures qui oppose la papauté à l’empereur d’Occident Henri V et signe le concordat de Worms (1122).
Il paie la rançon de Baudouin II, roi de Jérusalem (1124).
Il envoie des secours à Alphonse VI d’Espagne, en lutte avec les Maures.
Il fait de Saint-Jacques-de-Compostelle une ville sainte du même ordre que Jérusalem et Rome ; avec son frère, Raymond de Bourgogne, roi de León et de Galice, il y fait construire la cathédrale de Saint-Jacques. Le 26 février 1120, sous l'archevêque et légat Diego Gelmirez, Saint-Jacques-de-Compostelle devient un archevêché. Selon la Chronique d’Alphonse VII rédigée en 1157, Calixte proclame, en 1122, le "premier jubilé plein de l'année sainte" qui permet aux pèlerins de bénéficier de l'indulgence plénière (rémission totale des péchés) ; l’année jubilaire à Compostelle, dite "année jacquaire", a lieu lorsque le 25 juillet tombe un dimanche, jour de la découverte du tombeau de l’Apôtre.
Calixte fait la guerre à Roger de Sicile, qui tombe entre ses mains, et détruit les repaires de plusieurs petits tyrans féodaux, qui mettaient la contrée au pillage.
Il meurt à Rome le 13 décembre 1124.
Le bienheureux Calixte II est fêté le 12 décembre.

"Guy de Bourgogne était le fils du comte Guillaume de Bourgogne. Sa résidence était à Besançon. Mais il préféra la vie religieuse. Après ses études à l'école épiscopale de l'archevêque Hugues, il devint lui-même archevêque de Vienne en Dauphiné qui était alors dépendance de la Bourgogne et fief du Saint Empire. Il sut résister à l'empereur durant la querelle des Investitures et accueillit même le Pape Gélase à Vienne, chassé de Rome par un antipape à la solde de l'empire. Gélase mourut à Cluny en 1119 et c'est là que Callixte fut élu par tous les cardinaux présents, avec l'accord des fidèles romains et du vicaire pontifical que Gélase avait laissé à Rome. Il entra dans Rome quelque temps plus tard, soutenu par les fidèles tout au long de son chemin. Après quelques péripéties, il put s'entendre avec l'empereur qui renonçait à ses prétentions sur le gouvernement de l'Eglise. Il avait noué de nombreux échanges avec saint Norbert, saint Etienne de Cîteaux, l'abbé Suger. Aux yeux de ses contemporains, son pontificat de cinq années fut trop court pour mener à bien tant d'excellentes réformes." 2


1119. 2 février, Cluny, élection du pape. 1er mai, visite du pape à Brioude (43) ; il se rend en pèlerinage au Puy-en-Velay. 8 juillet, ouverture du concile de Toulouse présidé par Calixte II : le manichéisme y est condamné. Cîteaux, Étienne Harding promulgue la Charte de charité et les premières coutumes de l’ordre cistercien qui sont approuvées par le pape (le nombre des abbayes cisterciennes dépasse soixante-dix). Alep, les Francs prisonniers sont massacrés par la foule. 10 septembre, Calixte II consacre la cathédrale Saint-Étienne de Cahors, en l’honneur de la Sainte Coiffe qui aurait couvert la tête du Christ dans son tombeau : un linge de lin (suaire) que les Juifs plaçaient en forme de bonnet sur la tête de leurs morts ; la tradition locale voulait que Charlemagne offrît la Sainte Coiffe à l’évêque de Cahors, mais elle aurait été apportée par Géraud de Cardaillac, évêque de Cahors, à son retour d’un voyage en Terre sainte entre 1009 et 1113 ou par Adhémar de Monteil, évêque du Puy (mort en mer au retour en 1105) et confiée aux cisterciens de Cadouin en Dordogne en 1114 ; volée lors de la prise de la ville par les protestants en 1580, la relique fut providentiellement sauvée et rendue au chapitre ; pendant la Révolution, l’évêque constitutionnel Jean d’Anglars la sauva une nouvelle fois ; identifié en 1933 comme un tissu du XIe siècle comportant des inscriptions en arabe coufique, le culte est interrompu ; la Sainte Coiffe est aujourd’hui exposée dans le Musée d’Art religieux de la chapelle Sainte-Gausbert, près de la cathédrale Saint-Etienne de Cahors. 20 au 30 Octobre, Calixte II réunit un concile à Reims pour condamner l’investiture par l’autorité laïque (Louis VI de France y participe). 11 novembre, à Gisors, Calixte II rencontre le roi d'Angleterre, Henri Ier Beauclerc, qui refuse d'accepter le décret de Reims sur les Investitures.

Vers 1119. Naissance du chant cistercien : les modulations grégoriennes dans leur particularité cistercienne, avec les neumes qui prolongent la dernière syllabe, sont dites s’élancer d’un brasier intérieur : c’est une prière de feu (oratio ignata).

1120. 7 janvier, Calixte II quitte Cluny pour l'Italie ; il arrivera à Rome le 3 juin. 16 janvier, concile de Naplouse dans le Royaume de Jérusalem ; fondation officielle de la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. 26 février, sous l’évêque Diego Gelmires, Saint-Jacques-de-Compostelle devient un archevêché. Bulle Sicut Judaeis pour défendre les Juifs. Création des universités de Bologne et de Paris. Le pape dénonce l’hérésie cathare. Mai/juin, début du règne de Richard III d'Aversa, prince normand de Capoue. Le pape donne l’investiture de la Pouille et de la Calabre au normand Guillaume. Au concile de Beauvais, canonisation d’Arnoul de Soissons. Erection de l’abbaye de Prémontré, près de Laon, par Norbert de Xanten ; cet aristocrate rhénan abandonna la vie mondaine de chapelain à la cour d'Henri V pour se consacrer à la prédication itinérante, puis il érigea l’abbaye de Prémontré, sous la règle de saint Augustin complétée par des coutumes empruntées tant à Cîteaux qu’à Cluny et Hirsau ; après que Norbert eut été nommé archevêque de Magdebourg (1126), l’essaimage commença : la grande région d’expansion s’étendit du Bassin parisien aux Pays baltes où l’on dénombrait treize cents monastères d’hommes et quatre cents de femmes (les norbertines) ; Norbert dénonça les mœurs du clergé régulier et dut subir son hostilité. Raymond du Puy succède à Gérard à la tête des Hospitaliers et crée une milice privée. Laon, l’évêque maudit et excommunie mulots et chenilles qui envahissent les champs.

1121. A Paris, devenu moine, Abélard publie un traité (Theologia summi boni) sur la Trinité qui est condamné aux flammes par le concile de Soissons, réuni la même année (mars/avril), parce que l’auteur en a laissé prendre des copies sans que le pape ou l’Église les aient approuvées. En avril, Calixte assiège l'antipape Grégoire VIII à Sutri, le capture, puis le fait enfermer dans un monastère où il mourra.

1122. 12 mars, Suger est élu abbé de Saint-Denis 1. Abélard fonde un ermitage, près de Nogent, dans le vallon de l'Ardusson, affluent de la Seine, abrité sous une colline boisée, le mont Limars ; c'est cet oratoire dédié initialement à Saint Denis, qu'Héloïse consacrera en 1130 au Paraclet en souvenir de la consolation que son époux y avait trouvé et par allusion à leurs échanges secrets sur la Sainte Trinité. 22 août, Pierre le Vénérable (1092-1156) devient abbé de Cluny ; il travaille pendant tout son abbatiat à restaurer les grandes traditions clunisiennes ; esprit cultivé, souvent adversaire de Bernard de Clairvaux, il encourage les lettres, est le premier à faire traduire le Coran en latin et en donne une Réfutation ; il lutte contre la doctrine de Pierre de Bruys qui, proclamant l’omniprésence de Dieu, en vient à profaner des lieux de culte (Contra petrobrusianos). 23 septembre, l’empereur Henri V et Calixte II signent le Concordat de Worms (Rhénanie) : le concordat met fin à la querelle des Investitures ; les évêques du Saint Empire romain germanique ne seront plus désignés par l’empereur mais recevront une double investiture, spirituelle et laïque ; le pape laisse à l’empereur l’investiture temporelle des biens constituant les ressources de chaque évêché mais le fait renoncer à l’investiture spirituelle des évêques et des abbés et respecter la liberté de l’élection pontificale ; Henri V se réserve le droit de faire faire les élections en sa présence et d’investir l’élu par le sceptre, pendant que le pape garde celui de l’investiture par la crosse et par l’anneau.

Vers 1123. Abélard présente dans Sic et Non (Pour ou contre) une importante thèse dialectique selon laquelle la vérité doit être obtenue en pesant soigneusement tous les aspects de chaque question.

1123. Mars à avril, premier concile du Latran. 30 mai, plus de 120 vaisseaux vénitiens détruisent la flotte égyptienne devant Ascalon. 27 juin, l'émir turc Balak, qui a épousé la fille de Ridwan, le sultan d'Alep, entreprend la conquête systématique des possessions franques aux alentours de la ville. La congrégation des ermites camaldules, sous la règle de saint Benoît, obtient sa pleine autonomie.

1124. En août, Henri V, l’empereur d’Allemagne, envahit la Champagne, attaque Reims mais est repoussé par Louis VI le Gros ; c’est à cette occasion qu'est arborée pour la première fois l’oriflamme rouge, bannière des abbés de Saint-Denis, puis des rois de France : soutenu par les grands vassaux, à la tête d’une immense armée, il impressionne l’empereur qui se retire sans combattre. 13 décembre, mort du pape.


Notes
1 Dès 1091, Suger(v. 1081-1151) est placé par son père à l’abbaye de Saint-Denis. C’est là peut-être qu’il rencontre le prince Louis, fils du roi de France, Philippe Ier. C’est lorsque le prince accède au trône et devient Louis VI, que la carrière de Suger prend une dimension autant religieuse que politique. Le roi l’envoie saluer le pape Gélase II, puis auprès de Calixte II. Alors qu’il n’est pas encore prêtre, il est élu, le 12-3-1122, abbé de Saint-Denis. En 1123, il participe au concile du Latran. Quelques années plus tard, Bernard de Clairvaux l’accuse de négliger son abbaye. C’est que, pendant 5 ans, Suger n’a pas cessé de s’occuper des affaires du roi. Lorsqu’en 1127, il prend en main les réformes de son abbaye, celles-ci concernent tous les domaines y compris l’architecture puisque à partir de 1130, il fait reconstruire la basilique et impose des verrières qui donnent aux fidèles l’image de Dieu par la présence de la lumière. A la mort de Louis VI, il devient le conseiller de Louis VII dont il a préparé le mariage avec Aliénor d’Aquitaine. C’est à lui que le roi confie la régence du royaume, lorsqu’il part en croisade en 1147. Aux textes historiques et aux documents dont il enrichit les bibliothèques qui dépendent de son abbaye, Suger ajoute ses propres textes puisqu’il écrit une Vie de Louis VI le Gros entre 1137 et 1144 et une Vie de Louis VII. Suger meurt à Saint-Denis le 13 janvier 1151 alors qu’il s’apprête à organiser, à ses frais, une nouvelle croisade.
2 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/9562/Callixte-II.html

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
23/03/2017
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