CLEMENT VII
(antipape)

Robert, comte de Genève, fils d'Amédée III et de Mahaut d’Auvergne, naît en 1342 à Annecy ou Genève.
Evêque de Thérouanne en 1361, évêque de Cambrai en 1368 puis cardinal le 30 mai 1371, il est le légat en Italie de Grégoire XI en 1376. 2
En avril 1378, il prend part à l’élection d'Urbain VI à qui, le collège des cardinaux, dominé par une majorité française, reproche d’avoir été élu à Rome sous la pression de la population en insurrection.
En septembre 1378, il participe au conclave de Fondi (Italie), soutenu par le royaume de Naples, qui infirme l’élection d’Urbain et l'élit pape le 20 septembre 2 ; il prend le nom de Clément. Ainsi commence le Grand schisme d’occident (1378-1417).
Don Martène prétend que les cardinaux avaient offert le pontificat au roi de France Charles V le Sage (veuf) qui refusa car, estropié du bras gauche, il n’aurait pu célébrer la messe.
Clément VII est reconnu par la France, l’Espagne, l’Ecosse et la Sicile. L'Angleterre et le Saint-Empire restent fidèles à Rome.
Soutenu par le roi Charles V le Sage, il s’installe à Avignon en 1379.
Ursuline (+1410), une jeune fille de Parme en Émilie-Romagne, visionnaire, se déplace entre Rome et Avignon pour exhorter le pape Boniface IX et l'antipape Clément VII à faire cesser le schisme papal.
Clément meurt à Avignon le 16 septembre 1394.

Prophétie de Malachie : De cruce Apostilica (De la croix Apostolique).


1378. 20 septembre 2, élection de Clément VII.

1379. Au printemps, Clément VII s'installe à Avignon. 29 mai, le roi de Castille, Henri II (Henri de Trastamare) meurt empoisonné par les Navarrais du roi Charles II de Navarre dit Le Mauvais (alors ennemis des Français et alliés des Anglais) : son fils Jean Ier lui succède. 5 septembre, à Gand, début de la Révolte des chaperons blancs (révolte des tisserands gantois) contre le comte de Flandre ; le roi de France, Charles VI, écrasera la révolte le 27/11/1382 (Bataille de Roosebeke).

Vers 1380. La rapacité du duc de Berry provoque le soulèvement des Tuchins (tuent-chiens ?), petits artisans et jacques ayant même des nobles à leur tête, qui pillent châteaux, monastères et demeures en Auvergne, Velay, Limousin, Rouergue, Languedoc et Poitou (ils se maintiendront en Velay jusqu’en 1384 ; le duc Jean de Berry, duc d’Auvergne, lieutenant général du roi en Languedoc, leur fera une guerre impitoyable).

1380. 20 janvier, Louis, duc d'Anjou, fait son entrée dans Montpellier révoltée ; après son échec dans l'administration du Languedoc, il sera rappelé et remplacé par Bertrand Du Guesclin le 23 avril. 10 juin, Bertrand Du Guesclin est à Clermont ; il combat les routiers dans le Bourbonnais et l'Auvergne. Après avoir hésité, Jeanne Ire, comtesse de Provence et reine de Naples (1343-1382), prend parti pour Clément VII et lui avance 64 000 florins ; Urbain VI encourage alors les ennemis de Jeanne : le roi de Hongrie, le duc d'Andria et Charles III de Duras ; Jeanne fait appel à Clément VII qui lui conseille d'avoir recours à Louis d'Anjou (frère du roi de France, Charles V) qu'elle adopte pour héritier, le 29 juin 1380, à la place de Charles III de Duras. 13 juillet, Du Guesclin, pris de fièvre, meurt pendant le siège de Châteauneuf de Randon occupée par une bande d’écorcheurs (quand la place tombe, le gouverneur vient déposer les clefs de la ville sur le cercueil). 16 septembre, à Beauté-sur-Marne, mort de Charles V le Sage ; son fils Charles VI, 12 ans, lui succède (il est sacré le 4 novembre à Reims) : mineur, il règne sous la tutelle de ses oncles les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. 28 novembre, Olivier V de Clisson, surnommé le Boucher, est nommé connétable de France.

1381. 15 janvier, signature du second Traité de Guérande (ratifié le 4 avril) imposant la neutralité de la Bretagne : le duc Jean IV de Bretagne recouvre ses biens, contre l’hommage prêté au roi de France, Charles VI, le versement d’une indemnité et le renvoi des conseillers anglais. L’université de Paris demande la convocation d’un concile pour mettre fin au schisme (elle prendra parti pour Clément VII le 3-2-1383). 1er août, mort de Gaston III de Foix-Béarn, comte de Foix et vicomte de Béarn. Le roi Charles VI considère que son royaume comprend deux parties : les pays de langue d'oc ou Occitanie et les pays de langue d'oil ou Ouytanie : « Quas in nostro Regno occupare solebar tam in linguae Occitanae quam Ouytanae » ; Occitanie restera en vigueur dans l'administration jusqu'à la Révolution française de 1789.

1382. 24 février, Révolte de la Harelle à Rouen (Normandie) après l'annonce du rétablissement des contributions indirectes sur les marchandises ; le soulèvement est sévèrement réprimé par le roi Charles VI qui décide même de la suppression de Rouen le 29 mars : il accordera son pardon à la ville le jour de Pâques (6 avril). 1er mars, les Parisiens, révoltés contre l'oppression fiscale, pillent la capitale et tuent les collecteurs d'impôts avec des maillets de plomb (d'où leur surnom de Maillotins). 29 mars, le roi Charles VI entre triomphalement dans la ville de Rouen, plus d'un mois après le déclenchement de la Révolte de la Harelle (de "Haro", le cri poussé par les émeutiers) contre l'oppression fiscale. 27 novembre, Bataille de Roosebeke ou du Mont d'Or : le roi de France, Charles VI, écrase la Révolte des chaperons blancs (tisserands gantois), le connétable français Olivier V de Clisson vainc la troupe de miliciens flamands menée par Philippe van Artevelde qui est pendu au terme de la bataille.

1383. 11 janvier, entrée dans Paris du roi Charles VI à son retour de Flandre ; il réprime sévèrement la Révolte des Maillotins. 27 janvier, Ordonnance royale abolissant les corporations professionnelles en France ; Paris perd ses privilèges municipaux (jusqu’en 1412). 3 février, l’université de Paris prend parti pour Clément VII. 6 décembre, à Lisbonne, João Fernandes Andeiro, favori de la régente de Portugal, Éléonore, est assassiné par Jean, grand-maître de l'Ordre d'Aviz, qui devient "recteur et défenseur du royaume" du Portugal ; Eléonore fuit la capitale et doit laisser la régence à son gendre, Jean Ier de Castille.

1384. 26 janvier, à Leulinghem, trêve pour 9 mois entre la France et l'Angleterre, incluant l'Écosse et la Castille, alliées de la France, et les Gantois, alliés de l'Angleterre ; le 14 septembre, elle est prolongée jusqu'au 1er mai 1385. 6 avril, Bataille des Atoleiros (en français : Bataille des bourbiers) : les troupes portugaises dirigées par Nuno Álvares Pereira vainquent les troupes castillanes envoyées par Jean Ier de Castille. Le duc de Bourgogne, Philipe II le Hardi succède à son beau-père, le comte Louis de Maele, et hérite de la Flandre, d’Anvers et de l’Artois.

1385. 6 avril, à Coimbra, les Cortes de Portugal proclament le Grand Maître d'Aviz, Joao (Jean) Ier, "roi de Portugal". 14 août, à Aljubarrota, le roi du Portugal, Joao Ier, aidé par des archers anglais, remporte une victoire décisive sur les armées du roi de Castille, Jean Ier.

1387. 1er janvier, à Pampelune, mort de Charles II de Navarre : son fils Charles III le Noble lui succède. 5 janvier, mort de Pierre IV, roi d'Aragon : son fils, Jean Ier, lui succède et s'allie avec le pape d’Avignon, Clément VII. 3 février, application de la loi salique (voir 1388).

1388. L'article 62, intitulé De allodis, de la « loi des Francs saliens », c'est-à-dire de la loi salique originelle, est utilisé dans le cadre d'une loi de succession ; le recours à cet article permet d'affirmer que, dès le règne de Clovis, fondateur du royaume, la femme ne pouvait « avoir en héritage aucune part du royaume ». 28 septembre, Charte scellant le rattachement de Nice à la Savoie par dédition. 3 novembre, une grande assemblée du Conseil se tient au palais épiscopal de Reims ; le cardinal de Laon, Pierre Aycelin de Montaigut, ancien conseiller de Charles V, et, à sa suite, l'archevêque de Reims et les chefs de guerre pensent que le jeune souverain Charles VI doit gouverner lui-même ; Charles VI remercie les régents "ses chers oncles, des peines et travaux qu'ils avaient eus de sa personne et des affaires du royaume" : les ducs de Bourgogne et de Berry doivent s'incliner. 8 novembre, à Reims, mort (probablement par empoisonnement) de Pierre Aycelin de Montaigut (ou Montagu), cardinal, évêque-duc de Laon de 1370 à 1386, conseiller du roi de France Charles V et Pair de France.

1389. Raymond, vicomte de Turenne, seigneur des Baux de Provence, qui emploie des bandes de routiers, écume la région ; le frère du pape, Pierre, comte de Genève, et Garin VIII, baron d’Apcher, cousin de Raymond, signent une trêve le 20 février 1389, aux Baux-de-Provence (le pape est contraint de payer une rançon pour avoir la paix dans ses Etats). 18 juin, à Leulinghem, trêve signée entre la France et l'Angleterre, pour la Guyenne et les pays en deçà de la Loire, du 1er août 1389 au 1er août 1392. Le frère du pape, Aymon, comte de Genève, venant récemment de convoler avec Jeanne de Vergy, la veuve de Geoffroi de Charny, Clément autorise sa belle-sœur à exposer à nouveau le Suaire 1 dans la petite église de Lirey, ce qu'avait interdit Henri de Poitiers, l'évêque de Troyes, qui écrivit que le Suaire de Lirey avait été peint et que l’artisan qui l’avait créé s’en était confessé à lui. 22 août, à Paris, entrée solennelle de la nouvelle reine de France, Isabeau de Bavière, mariée le 17 juillet 1385, à Amiens, avec Charles VI de France. 2 septembre, Charles VI quitte Paris pour un voyage en Languedoc, qui se poursuivra jusqu'en février 1390 : il se rend à Nevers, Lyon puis rencontre le pape Clément VII à Avignon (30 octobre) ; il visite Montpellier, Béziers, Toulouse puis Foix, où le reçoit Gaston Phébus (1390).

1390. 19 avril, Robert II Stuart, roi d'Écosse depuis 1371, décède au château de Dundonald : son fils, Robert III, lui succède. Pierre d’Arcis, évêque de Troyes, s’appuyant sur le texte de son prédécesseur Henri de Poitiers, proteste auprès de Clément contre l'exposition du Suaire de Lirey 1 : le pape interdit à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire. Premier procès en sorcellerie à Paris ; jugée par le Parlement, Jeanne de Brigue est brûlée vive. 9 octobre, début du règne d'Henri III, fils de Jean Ier, qui lui succède au titre de roi de Castille et de León.

1391. 6 juin au 7 août, mouvements anti-juifs en Espagne (Séville où 2 synagogues sont converties en églises, Tolède, Valence, Barcelone), à cause de la disette et de l’épidémie dont on les rend responsables ; massacres de juifs (des milliers de tués dont 4 000 à Séville), baptêmes forcés, pillages, incendies ; les émeutes atteindront leur paroxysme le 5 août lorsque des marins castillans mettront le feu aux quartiers juifs et tueront des centaines d'habitants. 24/25 juillet, le comte Jean III d'Armagnac, appelé par les Florentins, est vaincu et tué par les Milanais à Alexandrie dans le Piémont. 1er août, décès de Gaston III de Foix-Béarn, comte de Foix et vicomte de Béarn. 1er novembre, début du règne d'Amédée VIII de Savoie dit le Pacifique.

1392. 14 juin, attentat manqué de Pierre de Craon, surnommé Le Grand, contre le connétable de France, Olivier de Clisson, qui est seulement blessé par un coup d'épée ; Charles VI déclare la guerre à Jean IV de Bretagne qui refuse de lui livrer Pierre de Craon. 5 août, dans la forêt du Mans, pris d’une crise de folie, Charles VI le Bien Aimé (puis le Fol), se croyant entouré d’ennemis, tue 6 chevaliers.

1393. 28 janvier, Bal des Ardents : à Paris, en l'hôtel Saint-Paul (hôtel de la reine), lors de la fête donnée à l’occasion du mariage d’une des dames d’honneur de la reine, un porteur de torches, met le feu accidentellement aux déguisements de cinq seigneurs qui périssent brûlés ; le roi, Charles VI, est sauf. 28 avril, la Trêve de Leulinghem signée entre la France et l'Angleterre en 1384 et en 1389, en pleine guerre de Cent Ans, est prorogée une première fois jusqu'au 29 septembre ; le 27 mai, elle sera prolongée pour quatre ans jusqu'au 28 septembre 1398 ; le 9 mars 1396, elle sera prolongée pour 28 ans à partir de septembre 1398. En juin, nouvelle crise de folie du roi Charles VI.

1394. 16 juillet, une ordonnance de Charles VI décrète que tous les Juifs "sans exception, ni privilège" doivent quitter le royaume avant le 3 novembre ; déjà expulsés de France en 1306 et 1322, les juifs, rendus responsables de la famine, de la misère et même de la folie du roi, sont flagellés en place publique par les Parisiens ; il n’y aura plus de communautés juives en France jusqu’au XVIe siècle, sauf dans le Comtat Venaissin, qui dépend non du roi de France mais du pape, où les communautés d'Avignon, Carpentras, Cavaillon et L'Isle sur la Sorgue subsisteront moyennant une série de conditions : port d'un chapeau de couleur jaune, résidence obligatoire dans une "carrière" ("carriero" en provençal), un quartier de quelques rues bien délimitées fermées chaque soir, paiement de taxes supplémentaires, obligation d'assister périodiquement à des prêches les appelant à la conversion, etc. ; les juifs du Pape, comme ils sont appelés, développeront un judaïsme comtadin original. 16 septembre, mort du pape.


Notes
1 Les premiers textes mentionnant l'existence du linge [Histoire ecclésiastique (1.13.5-1.13.22) d'Eusèbe de Césarée au milieu du IVe siècle, le Voyage d'Égérie en 384, et la Doctrine d'Addaï (Addaï étant le nom syrien de Thaddée) au Ve siècle] concerne Abgar V, toparque d'Edesse de l'an 13 à l'an 50, lequel, très malade, reçut le Mandylion et guérit. En 593, Évagre le Scolastique, dans son Histoire Ecclésiastique (IV, 27), raconte le siège d'Edesse par les Perses en 544 ; il indique que les défenseurs de la ville essayèrent sans succès de mettre le feu à la rampe d'assaut des assaillants. Ils amenèrent alors dans la mine "l'image créée par Dieu, et non faite de main d’homme (acheiropoietos), et que le christ avait envoyée à Abgar", et le feu prit enfin. Les assiégeants, détournèrent une rivière pour l'éteindre, mais le feu redoubla comme si on avait apporté de l'huile ou du soufre. La rampe fut réduite en cendres, et Chosroès dut abandonner le siège. L'écrivain britannique Ian Wilson (L’énigme du Suaire, Albin Michel, 2010) émet l'hypothèse selon laquelle le "drap d'Édesse" serait le même objet que le Suaire de Turin. Jean Damascène (650-749), dans son ouvrage Des Saintes Images, décrit l'Image d'Édesse comme une bande, un drap oblong, qui n'est pas carré. En 943, le général byzantin, Jean Curcuas, se présente avec toute son armée aux portes d’Édesse sous domination musulmane et réclame seulement la fameuse "Image d’Édesse" que les défenseurs préfèrent lui remettre. Le 15 août 944, Curcuas ramène en grande pompe jusqu’à la capitale l’Image vénérée que les Grecs nomment aussi "Mandylion" ; à l'occasion du transfert du drap à Constantinople, l'archidiacre de Sainte-Sophie prononce un sermon. La présence du "Saint Suaire" (on devrait dire "Saint Linceul" car le suaire était un linge placé sur le visage du défunt) est attestée à Constantinople du 15 août 944 au 12 avril 1204 jour de la prise de la ville par les Croisés. Dans une lettre, datée du 1er août 1205, Théodore Ange, neveu de l'un des trois empereurs byzantins déposés par les Croisés, écrit au pape Innocent III pour protester contre le sac de sa capitale ; elle contient ce passage : « Les Vénitiens se sont appropriés les richesses en or, argent et ivoire, et les Francs ont fait de même avec les reliques des saints, dont la plus sacrée d'entre toutes, le drap dans lequel notre Seigneur Jésus-Christ fut enveloppé après sa mort et avant sa résurrection. Nous savons que les objets sacrés sont conservés par les pillards à Venise, en France et en d'autres lieux, le "drap sacré" à Athènes. » Le linceul réapparaît en France, le 20 juin 1353, à l’occasion de la fondation de la collégiale de Lirey (Champagne) par le chevalier Geoffroy de Charny qui tiendrait la "relique des reliques" du roi Philippe VI de Valois dont il fut le conseiller et qui lui confia l'oriflamme de Saint Denis [le 16 avril 1349, Geoffroy de Charny avait écrit au pape Clément VI pour lui faire part de son intention de construire l'église Sainte-Marie de Lirey en remerciement pour son évasion alors qu'il était prisonnier des Anglais). Des bulles du pape Innocent VI, datées de janvier et février 1354, approuvent la fondation et consentent quarante jours d'indulgence à tous ceux qui visitent l'église aux quatre fêtes principales de la Vierge. Geoffroy de Charny meurt le 19 septembre 1356 à la bataille de Poitiers où il est enterré [d'aucuns le confondent avec Geoffroy de Charnay (v. 1251- 1314), précepteur de l'Ordre du Temple pour la Normandie, brûlé sur l'île de la Cité à Paris le 18 mars 1314 en compagnie du Grand Maître, Jacques de Molay]. En 1357, la collégiale de Lirey sera le cadre de la première ostension connue du "linceul de Lirey", lequel, après maintes péripéties, deviendra le "Saint-Suaire de Turin". Geoffroy de Charny tenait-il la " relique des reliques" du roi Philippe VI de Valois, comme le prétendent la plupart des sources ? Ou bien, était-elle la propriété de Jeanne de Vergy, la dernière épouse de Geoffroy de Charny ?). La veuve de Geoffroy organise les ostensions du Linceul jusqu'à ce qu'Henri de Poitiers, évêque de Troyes, le lui interdise. Mais, après que le frère du pape, Aymon, comte de Genève, a convolé avec elle, Clément autorise sa belle-sœur à exposer à nouveau le Suaire dans la petite église de Lirey. Pierre d’Arcis, évêque de Troyes, s’appuyant sur un texte de son prédécesseur, Henri de Poitiers, expliquant que le suaire de Lirey a été peint et que l’artisan qui l’a créé s’en est confessé à lui, proteste auprès de Clément. Dans son projet de bulle du 6 janvier 1390, le pape d'Avignon indique que "l'image et représentation montrée n'est pas le vrai suaire du Christ et que ce n'en est qu'une peinture ou qu'un tableau (Emmanuel Poulle, Le linceul de Turin victime d'Ulysse Chevalier in Revue d'Histoire de l'Église de France, 2006 t. 92, p. 351. et pp. 355-358.34) et que les fidèles doivent être avertis qu’il s’agit d’une représentation qu’on dit avoir été [celle] du même Seigneur Jésus-Christ". Mais cette mention disparaît dans la rédaction définitive en mai : Clément VII s'abstient de proclamer la fausseté du linceul comme il lui avait été proposé de le faire (Emmanuel Poulle, Le linceul de Turin victime d'Ulysse Chevalier in Revue d'histoire de l'Eglise de France, 2006, vol. 92, n°229, pp. 343-358.35) et il interdit à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire, si celle-ci se fait selon ce qui est prescrit par le décret (Pierluigi Baima Bollone, 101 questions sur le Saint Suaire, éd. Saint Augustin, 2001, p. 8736). Quelques jours après l'enregistrement de cette bulle, le 1er juin, Clément VII publie une nouvelle bulle qui accorde des indulgences aux personnes qui visiteront l'église collégiale de Lirey ; cette bulle ne mentionne pas les restrictions concernant les conditions d'ostension du drap (L. Fossati, Il Memoriale di Pierre d'Arcis egli sritti di Clemente VII al vaglio della critica, ISML, 1993, pp. 113-121, cité par Bollone, p.8937). Geoffroy II de Charny hérite du Suaire et le fait transférer à Saint-Hippolyte de 1418 à 1452 ; puis il le lègue à sa fille Marguerite qui le vend en 1453 à Anne de Lusignan, épouse du duc Louis Ier de Savoie : le linceul devient la propriété de la maison de Savoie qui le dépose dans la chapelle du château de Chambéry. Le 26 avril 1506, une bulle de Jules II approuve le culte public du "Linceul de Chambéry" reconnu comme "unique linceul dans lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même fut enveloppé au tombeau". Le linceul est endommagé par un incendie en 1532. En 1578, il est transféré dans le château ducal de Turin. Le 13 octobre 1988, l’archevêque de Turin annonce que le linceul appelé Saint Suaire remonte à 1260-1390 selon la datation au carbone 14 (des chercheurs, remettant en cause la représentativité de l'échantillon daté, contestent ce résultat et demandent de nouvelles analyses ; le mode de formation de l’image du supplicié reste inconnu ; le tissage du linceul est caractéristique de l’Orient ancien ; présence de pollens venus de Méditerranée). Le linceul est sauvé d’un second incendie en 1997. A l’occasion de l’ostension de 1998, l’archevêque de Turin déclare : « Le suaire n’est pas une donnée de foi. Chacun est libre de se former une opinion. » En décembre 2010, la revue Radiocarbon de l'Université de l'Arizona publie le résultat des nouvelles analyses effectuées par le spécialiste de la spectrométrie Timothy Jull : elles confirment l’origine médiévale du suaire. Luc a écrit (20, 6-7) : « Simon Pierre (...) arriva à son tour et entra dans le sépulcre. Il vit les linges posés à terre, et le suaire qui couvrait la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé dans un autre endroit » : comment l’image de la face du Christ a-t-elle pu s’imprimer si nettement sur le linceul, puisqu’un suaire couvrait sa tête ? Voir Suaire d'Oviedo.
2 http://www.newadvent.org/cathen/13096c.htm

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
23/06/2017
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