Charles de Foucauld

Après la défaite de Sedan, Charles de Foucauld (1858-1916) quitte l’Alsace avec sa famille et poursuit ses études à Nancy, puis à Saint-Cyr et à Saumur.

En 1879, en garnison à Pont-à-Mousson, il mène grande vie et s'affiche avec une jeune femme de mauvaise réputation : Mimi.

En 1880, son régiment est envoyé en Algérie où il emmène Mimi en la faisant passer pour sa femme. Quand l'armée découvre la supercherie, elle le somme de la renvoyer. Mais Charles refuse et est placé en non-activité pour "indiscipline" en février 1881. Il revient vivre en France, à Evian.

Apprenant que son régiment est engagé dans une action dangereuse en Tunisie, il quitte Mimi et demande sa réintégration. Il combat dans le sud-oranais, puis, fin 1881, il part en garnison à Mascara.

En 1882, séduit par l'Afrique du nord, il démissionne de l'armée (qui a refusé de lui octroyer un congé) et s'installe à Alger pour préparer un voyage de reconnaissance au Maroc. Il apprend l'arabe et l'hébreu.

Du 25 juin 1883 au 23 mai 1884, il fait alors un voyage d’exploration au Maroc, conduit par le rabbin Mardochée et déguisé lui-même en rabbin pour passer outre à l’interdiction du pays aux chrétiens ; il découvre 2 000 km d’itinéraires nouveaux (Reconnaissance au Maroc, 1888).

En 1885, il reçoit la médaille d'or de la Société Française de géographie pour sa reconnaissance au Maroc.

Impressionné par la foi des musulmans qu’il a rencontrés, il trouve la foi et embrasse le christianisme en 1886 (fin octobre : confession à l’abbé Huvelin, vicaire à l'Eglise Saint-Augustin de Paris).

En décembre 1888 et janvier 1889, il se rend en pèlerinage en Terre Sainte.

En 1890, il séjourne en Ardèche dans le monastère trappiste de Notre Dame des Neiges où il prend l'habit de novice et le nom de Frère Marie-Albéric.
6 mois après, il part s’installer pour six ans dans la Trappe de Cheikhlé, à Akbès, en Syrie.

Fin octobre 1896, il se rend à Rome afin d'y suivre des cours de théologie.

En 1897, il est domestique des Clarisses, à Nazareth.

Après avoir reçu les ordres mineurs, le 7 octobre 1900, il est ordonné prêtre le 9 juin 1901 à Viviers (07).

Au mois d'octobre 1901, le Père de Foucauld s'installe en Algérie, à Béni-Abbès où, tout à la fois ermite et aumônier militaire (sans le titre), il fonde une fraternité ouverte à tous.
Il mène une lutte vigoureuse contre l’esclavage des enfants noirs, s’intéresse à l’avenir de l’Algérie (notamment au chemin de fer transsaharien) et se lie d’amitié avec le général Laperrine, commandant français du territoire militaire des Oasis.
Il coopère avec lui dans certaines de ses tâches colonisatrices et l’accompagne au Hoggar.

A partir de 1905, il s’installe à Tamanrasset (Tamanrasset constitue une étape importante sur la route du Niger, qui est la principale voie de pénétration à travers le Sahara algérien vers le sud du continent).
Aumônier des militaires français et missionnaire auprès des Touareg, il "donne l’hospitalité à tout venant, bon ou mauvais, ami ou ennemi, musulman ou chrétien".
Le "frère universel" lutte contre l’esclavage et recueille des données ethnographiques (Dictionnaires français-touareg et touareg-français, Poésies touaregs).
Il est tué, le 1er décembre 1916, lors d’une razzia de pillards qui voulaient le prendre en otage pour l’échanger contre rançon.
Ligoté, le religieux aurait essayé de se libérer et aurait été abattu par un adolescent de 15 ans, chargé de le surveiller.

D’autres pensent que des Senoussis, armés par les services secrets allemands, seraient venus de Libye avec mission de l’éliminer en tant que représentant (ou "espion" ?) de l’occupation française ; à moins que ces fondamentalistes musulmans n’aient agi que par haine religieuse.
Les Senoussis sont les membres de la Sanusiya, confrérie musulmane d'Afrique du Nord, fondée en 1837 à Mazouna (Algérie) par le chef religieux algérien Muhammad ibn Ali al-Sanûsi qui émigra à Koufra (Libye).
Marquée par le wahhabisme, la confrérie prêche le retour à la pureté et à la simplicité de la foi islamique originelle et s'oppose aux tendances réformatrices de l'époque.
Ses membres prônent un islam intolérant et violemment antichrétien, qui rencontre un certain écho face aux progrès de la colonisation de l'Afrique du Nord.
Les Senoussis combattent aux côtés des Turcs contre les Italiens pendant la guerre de 1911, résistent à l'occupation française du Kanem et du Tibesti, puis luttent contre les alliés durant la Première Guerre mondiale [contre les Britanniques en Égypte ; contre les Français au Sahara (siège d'Agadès, 1917)] et finissent par se replier en Libye, où Mohammed Idris, leur nouveau chef, signe un traité avec l'Italie en 1920.

Pour Mgr Maurice Bouvier, postulateur de sa cause de canonisation, Charles de Foucauld a été accusé de colonialisme parce que "quand il y avait des désordres au Sahara, il signalait les pillards à l'armée mais pour le bien des Touareg".


Sa béatification

L'ouverture du procès informatif sur la renommée de sainteté du Père de Foucauld, le 16 février 1927, amène Monseigneur Nouet, vicaire apostolique de Ghardaïa, à se rendre à Tamanrasset en 1929 pour une enquête canonique.
L’évêque en profite pour faire transférer la dépouille de Frère Charles au cimetière chrétien d'El-Goléa.

Le 20 octobre 2000, la commission des 9 théologiens chargés de donner un avis sur la "pratique héroïque des vertus chrétiennes dans la vie du Serviteur de Dieu" se prononce à l’unanimité de ses membres en faveur d’une telle pratique.

Le 9 février 2001, la Congrégation pour les Causes de Saints se prononce à son tour en faveur de l’héroïcité des vertus de Charles de Foucauld.
Le 24 avril, la Congrégation romaine pour les Causes des saints publie le décret de reconnaissance de l´héroïcité de ses vertus.
Cependant, sa mort n’étant pas considérée comme un martyre, il faut qu’un miracle, obtenu par son intercession, soit reconnu, pour qu’il puisse être béatifié.

Finalement, la guérison miraculeuse, en 1984, d’une Italienne atteinte d'une tumeur osseuse, étant avérée par une commission composée de médecins et de théologiens, "Charles de Jésus" est béatifié le 13 novembre 2005 (il faudrait un second miracle pour qu’il puisse être canonisé).
Une délégation algérienne comprenant notamment plusieurs Touareg assiste à la célébration.

Le 25 novembre 2006, une statue du Père Charles de Foucauld est inaugurée dans sa ville natale de Strasbourg.

Dix congrégations religieuses et sept associations (les Petites sœurs de Jésus, la Fraternité Charles de Foucauld, les Petites sœurs de Nazareth, les Petits frères de Jésus, etc.) s’inspirent directement de la pensée et de l’œuvre de l’ermite du Sahara.

Charles de Foucauld est fêté le 1er décembre, jour de sa mort.


Ses paroles

Mon apostolat doit être l'apostolat de la bonté. En me voyant on doit se dire : "Puisque cet homme est si bon,... sa religion doit être bonne".

Je suis ici non pas pour convertir les Touaregs mais pour essayer de les comprendre…

Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres à me regarder comme leur frère : le frère universel.

Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr (...) Ce n'est que quand on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien à leur âme.

Si la France n’administre pas mieux les indigènes de sa colonie qu’elle ne l’a fait, elle la perdra, et ce sera un recul de ces peuples vers la barbarie, avec perte d’espoir de christianisation pour longtemps.

C'est un malhonnête homme (un officier trop "dur" avec les indigènes), je ne veux pas lui serrer la main. Et comme je ne peux pas refuser ma main à un officier français devant des touaregs, je m'en vais.

Sans la prière l'homme ne vit plus que dans un univers à deux dimensions.

Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous ayons de nous unir à Jésus et de faire du bien aux âmes.

Quand le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, s'il meurt, il porte beaucoup de fruits ; je ne suis pas mort, aussi je suis seul... Priez pour ma conversion afin que mourant, je porte du fruit.



Pour en savoir +


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 23/03/2017

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