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Robert, comte
de Genève, fils d'Amédée III et de Mahaut d’Auvergne,
naît en 1342 à Annecy. Evêque de Cambrai puis cardinal en 1371, il est le légat en Italie de Grégoire XI. En avril 1378, il prend part à l’élection d'Urbain VI à qui, le collège des cardinaux, dominé par une majorité française, reproche d’avoir été élu à Rome sous la pression de la population en insurrection. En septembre 1378, il participe au conclave de Fondi (Italie), soutenu par le royaume de Naples, qui infirme l’élection d’Urbain et l'élit pape le 31 octobre ; il prend le nom de Clément VII. Ainsi commence le Grand Schisme d'Occident. Don Martène prétend que les cardinaux avaient offert le pontificat au roi de France Charles V le Sage (veuf) qui refusa car, estropié du bras gauche, il n’aurait pu célébrer la messe. Clément est reconnu par la France, l’Espagne, l’Ecosse et la Sicile. L'Angleterre et le Saint-Empire restent fidèles à Rome. Soutenu par le roi Charles V le Sage, il s’installe à Avignon en 1379. Ursuline (+1410), une jeune fille de Parme en Émilie-Romagne, visionnaire, se déplace entre Rome et Avignon pour exhorter le pape Boniface IX et l'antipape Clément VII à faire cesser le schisme papal. Clément meurt à Avignon le 16-9-1394. Prophétie de Malachie : De cruce Apostilica (De la croix Apostolique). 1378. 31 octobre, élection de Clément VII. 1379. Au printemps, Clément VII s'installe à Avignon. Vers 1380. La rapacité du duc de Berry provoque le soulèvement des Tuchins (« tuent-chiens » ?), petits artisans et jacques ayant même des nobles à leur tête, qui pillent châteaux, monastères et demeures en Auvergne, Velay, Limousin, Rouergue, Languedoc et Poitou (ils se maintiendront en Velay jusqu’en 1384 ; le duc Jean de Berry, duc d’Auvergne, lieutenant général du roi en Languedoc, leur fera une guerre impitoyable). 1380. 13 juillet, Du Guesclin, pris de fièvre, meurt pendant le siège de Châteauneuf de Randon occupée par une bande d’écorcheurs (quand la place tombe, le gouverneur vient déposer les clefs de la ville sur le cercueil). 8 septembre, Russie, bataille de Koulikovo, le prince de Moscou Dimitri Donskoï écrase le chef mongol Mamaï et sa Horde d’or. 16 septembre, à Beauté-sur-Marne, mort de Charles V le Sage : son fils Charles VI lui succède (il est sacré le 4 novembre à Reims). 1381. L’université de Paris demande la convocation d’un concile pour mettre fin au schisme, puis prend parti pour Clément VII le 3-2-1383. 1382. 1er mars, Paris, insurrection des maillotins contre l’impôt (des milliers de morts). Révolte de Rouen. 1384. Le duc de Bourgogne, Philipe II le Hardi succède à son beau-père, le comte Louis de Maele, et hérite de la Flandre, d’Anvers et de l’Artois. 1387. 1er janvier, mort de Charles II de Navarre dit le Mauvais. 1389. Raymond, vicomte de Turenne, seigneur des Baux de Provence, qui emploie des bandes de routiers, écume la région ; le frère du pape, Pierre, comte de Genève, et Garin VIII, baron d’Apcher, cousin de Raymond, signent une trêve le 20 février 1389, aux Baux-de-Provence (le pape est contraint de payer une rançon pour avoir la paix dans ses Etats). Le frère du pape, Aymon, comte de Genève, venant récemment de convoler avec Jeanne de Vergy, la veuve de Geoffroi de Charny, Clément autorise sa belle-sœur à exposer à nouveau le Suaire 1 dans la petite église de Lirey, ce qu'avait interdit Henri de Poitiers, l'évêque de Troyes, qui écrivit que le Suaire de Lirey avait été peint et que l’artisan qui l’avait créé s’en était confessé à lui. 1390. Pierre d’Arcis, évêque de Troyes, s’appuyant sur le texte de son prédécesseur Henri de Poitiers, proteste auprès de Clément contre l'exposition du Suaire de Lirey 1 : le pape interdit à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire. 1392. 5 août, forêt du Mans, pris d’une crise de folie, Charles VI le Bien Aimé (puis le Fol), se croyant entouré d’ennemis, tue 6 chevaliers. 1393. 28 janvier, Paris, hôtel Saint-Paul (hôtel de la reine), « bal des Ardents », lors de la fête donnée à l’occasion du mariage d’une des dames d’honneur de la reine, un porteur de torches, met le feu accidentellement aux déguisements de cinq seigneurs qui périssent brûlés : le roi, Charles VI, est sauf. 1394. 16 juillet, une ordonnance de Charles VI décrète que tous les Juifs « sans exception, ni privilège » doivent quitter le royaume avant le 3 novembre ; déjà expulsés de France en 1306 et 1322, les juifs, rendus responsables de la famine, de la misère et même de la folie du roi, sont flagellés en place publique par les Parisiens ; il n’y aura plus de communautés juives en France jusqu’au XVIe siècle, sauf dans le Comtat Venaissin, qui dépend non du roi de France mais du pape, où les communautés d'Avignon, Carpentras, Cavaillon et L'Isle-sur-la-Sorgue subsisteront moyennant une série de conditions : port d'un chapeau de couleur jaune, résidence obligatoire dans une « carrière » (carriero en provençal), un quartier de quelques rues bien délimitées fermées chaque soir, paiement de taxes supplémentaires, obligation d'assister périodiquement à des prêches les appelant à la conversion, etc. ; les juifs du Pape, comme ils sont appelés, développeront un judaïsme comtadin original. 16 septembre, mort du pape. Note : 1 Les premiers textes mentionnant l'existence du "linge" [Histoire ecclésiastique (1.13.5-1.13.22) d'Eusèbe de Césarée au milieu du IVe siècle, le Voyage d'Égérie en 384, et la Doctrine d'Addaï (Addaï étant le nom syrien de Thaddée) au Ve siècle] concerne Abgar V, toparque d'Edesse de l'an 13 à l'an 50, lequel, très malade, reçut le "Mandylion" et guérit. En 593, Évagre le Scolastique, dans son Histoire Ecclésiastique (IV, 27), raconte le siège d'Edesse par les Perses en 544 ; il indique que les défenseurs de la ville essayèrent sans succès de mettre le feu à la rampe d'assaut des assaillants. Ils amenèrent alors dans la mine l'« image créée par Dieu, et non faite de main d’homme (acheiropoietos), et que le christ avait envoyée à Abgar », et le feu prit enfin. Les assiégeants, détournèrent une rivière pour l'éteindre, mais le feu redoubla comme si on avait apporté de l'huile ou du soufre. La rampe fut réduite en cendres, et Chosroès dut abandonner le siège. L'écrivain britannique Ian Wilson (L’énigme du Suaire, Albin Michel, 2010) émet l'hypothèse selon laquelle le "drap d'Édesse" serait le même objet que le Suaire de Turin. Jean Damascène (650-749), dans son ouvrage Des Saintes Images, décrit l'Image d'Édesse comme une bande, un drap oblong, qui n'est pas carré. En 943, le général byzantin, Jean Curcuas, se présente avec toute son armée aux portes d’Édesse sous domination musulmane et réclame seulement la fameuse "Image d’Édesse" que les défenseurs préfèrent lui remettre. Le 15 août 944, Curcuas ramène en grande pompe jusqu’à la capitale l’Image vénérée que les Grecs nomment aussi "Mandylion" ; à l'occasion du transfert du drap à Constantinople, l'archidiacre de Sainte-Sophie prononce un sermon. La présence du "Saint Suaire" (on devrait dire « Saint Linceul » car le « suaire » était un linge placé sur le visage du défunt) est attestée à Constantinople du 15 août 944 au 12 avril 1204 jour de la prise de la ville par les Croisés. Dans une lettre, datée du 1er août 1205, Théodore Ange, neveu de l'un des trois empereurs byzantins déposés par les Croisés, écrit au pape Innocent III pour protester contre le sac de sa capitale ; elle contient ce passage : « Les Vénitiens se sont appropriés les richesses en or, argent et ivoire, et les Francs ont fait de même avec les reliques des saints, dont la plus sacrée d'entre toutes, le drap dans lequel notre Seigneur Jésus-Christ fut enveloppé après sa mort et avant sa résurrection. Nous savons que les objets sacrés sont conservés par les pillards à Venise, en France et en d'autres lieux, le "drap sacré" à Athènes. » Le "linceul" réapparaît en France, le 20 juin 1353, à l’occasion de la fondation de la collégiale de Lirey (Champagne) par le chevalier Geoffroy de Charny qui tiendrait la « relique des reliques » du roi Philippe VI de Valois dont il fut le conseiller et qui lui confia l'oriflamme de Saint Denis [le 16 avril 1349, Geoffroy de Charny avait écrit au pape Clément VI pour lui faire part de son intention de construire l'église Sainte-Marie de Lirey en remerciement pour son évasion alors qu'il était prisonnier des Anglais). Des bulles du pape Innocent VI, datées de janvier et février 1354, approuvent la fondation et consentent quarante jours d'indulgence à tous ceux qui visitent l'église aux quatre fêtes principales de la Vierge. Geoffroy de Charny meurt le 19 septembre 1356 à la bataille de Poitiers où il est enterré [d'aucuns le confondent avec Geoffroy de Charnay (v. 1251- 1314), précepteur de l'Ordre du Temple pour la Normandie, brûlé sur l'île de la Cité à Paris le 18 mars 1314 en compagnie du Grand Maître, Jacques de Molay]. En 1357, la collégiale de Lirey sera le cadre de la première ostension connue du "linceul de Lirey", lequel, après maintes péripéties, deviendra le "Saint-Suaire de Turin". Geoffroy de Charny tenait-il la « relique des reliques » du roi Philippe VI de Valois, comme le prétendent la plupart des sources ? Ou bien, était-elle la propriété de Jeanne de Vergy, la dernière épouse de Geoffroy de Charny ?). La veuve de Geoffroy organise les ostensions du Linceul jusqu'à ce que Henri de Poitiers, évêque de Troyes, le lui interdise. Mais, après que le frère du pape, Aymon, comte de Genève, a convolé avec elle, Clément autorise sa belle-sœur à exposer à nouveau le Suaire dans la petite église de Lirey. Pierre d’Arcis, évêque de Troyes, s’appuyant sur un texte de son prédécesseur, Henri de Poitiers, expliquant que le suaire de Lirey a été peint et que l’artisan qui l’a créé s’en est confessé à lui, proteste auprès de Clément. Dans son projet de bulle du 6 janvier 1390, le pape d'Avignon indique que « l'image et représentation montrée n'est pas le vrai suaire du Christ et que ce n'en est qu'une peinture ou qu'un tableau (Emmanuel Poulle, Le linceul de Turin victime d'Ulysse Chevalier in Revue d'Histoire de l'Église de France, 2006 t. 92, p. 351. et pp. 355-358.34) » et que les fidèles doivent être avertis qu’il s’agit d’une représentation qu’on dit avoir été [celle] du même Seigneur Jésus-Christ ». Mais cette mention disparaît dans la rédaction définitive en mai : Clément VII s'abstient de proclamer la fausseté du linceul comme il lui avait été proposé de le faire (Emmanuel Poulle, Le linceul de Turin victime d'Ulysse Chevalier in Revue d'histoire de l'Eglise de France, 2006, vol. 92, n°229, pp. 343-358.35) et il interdit à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire, si celle-ci se fait selon ce qui est prescrit par le décret (Pierluigi Baima Bollone, 101 questions sur le Saint Suaire, éd. Saint Augustin, 2001, p. 8736). Quelques jours après l'enregistrement de cette bulle, le 1er juin, Clément VII publie une nouvelle bulle qui accorde des indulgences aux personnes qui visiteront l'église collégiale de Lirey ; cette bulle ne mentionne pas les restrictions concernant les conditions d'ostension du drap (L. Fossati, Il Memoriale di Pierre d'Arcis egli sritti di Clemente VII al vaglio della critica, ISML, 1993, pp. 113-121, cité par Bollone, p.8937). Geoffroy II de Charny hérite du Suaire et le fait transférer à Saint-Hippolyte de 1418 à 1452 ; puis il le lègue à sa fille Marguerite qui le vend en 1453 à Anne de Lusignan, épouse du duc Louis Ier de Savoie : le linceul devient la propriété de la maison de Savoie qui le dépose dans la chapelle du château de Chambéry. Le 26 avril 1506, une bulle de Jules II approuve le culte public du "Linceul de Chambéry" reconnu comme "unique linceul dans lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même fut enveloppé au tombeau". Le linceul est endommagé par un incendie en 1532. En 1578, il est transféré dans le château ducal de Turin. Le 13 octobre 1988, l’archevêque de Turin annonce que le linceul appelé « Saint Suaire » remonte à 1260-1390 selon la datation au carbone 14 (des chercheurs, remettant en cause la représentativité de l'échantillon daté, contestent ce résultat et demandent de nouvelles analyses ; le mode de formation de l’image du supplicié reste inconnu ; le tissage du linceul est caractéristique de l’Orient ancien ; présence de pollens venus de Méditerranée). Le linceul est sauvé d’un second incendie en 1997. A l’occasion de l’ostension de 1998, l’archevêque de Turin déclare : « Le suaire n’est pas une donnée de foi. Chacun est libre de se former une opinion. » En décembre 2010, la revue Radiocarbon de l'Université de l'Arizona publie le résultat des nouvelles analyses effectuées par le spécialiste de la spectrométrie Timothy Jull : elles confirment l’origine médiévale du suaire. Luc a écrit (20, 6-7) : « Simon Pierre (...) arriva à son tour et entra dans le sépulcre. Il vit les linges posés à terre, et le suaire qui couvrait la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé dans un autre endroit » : comment l’image de la face du Christ a-elle pu s’imprimer si nettement sur le linceul, puisqu’un suaire couvrait sa tête ? Liste des papes. Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 22/05/2012 |