| ||||||||||
SOMMAIRE
Les associations opératives Le haut Moyen Âge a connu, en Occident, des associations de métier, dont certaines sont peut-être héritières des collegia de l’empire romain. Dès le XIe siècle, elles s’organisèrent en confréries ou guildes, où le savoir-faire professionnel se transmettait par cooptation et initiation, mais il n’existe aucune preuve qu’elles aient été contaminées par les sociétés initiatiques, ni même, comme certains l’ont affirmé, qu'elles aient été directement influencées par l’ordre des Templiers. 1015 : création de la loge des tailleurs de pierre de la cathédrale de Strasbourg. Vers 1080, l’utilisation du terme « compagnon » est attestée. 1100 : les maçons tiennent leur assemblée devant le roi Henri I d’Angleterre (1100-1135). 1110 : apparition des premières guildes anglaises de métiers. 1150 : assemblée des maçons à Kilwinning (Ecosse) 1189 : l’ordre des Frères Pontifes (spécialisés dans la construction de ponts tel celui d’Avignon et de routes) obtient du pape Clément III un grand nombre de franchises. Bien que rattaché en 1277 aux frères Hospitaliers de Jérusalem, l'ordre des Frères Pontifes continua son œuvre opérative jusqu’au milieu du XVIe siècle. (Jean de Médicis fut maître de l’ordre en 1562). Le compagnonnage Le compagnonnage paraît être une survivance des sociétés secrètes de l'antiquité. L'antiquité avait d'ailleurs ses sociétés d'ouvriers. Chez les Juifs, par exemple, nous trouvons l'association des khasidéens, qui donnèrent plus tard naissance aux esséniens, et dont la mission était, dans l'origine, d'entretenir et de réparer le temple que Salomon avait fait bâtir, ce même temple d'où les compagnons actuels, notamment ceux qui s'intitulent les enfants de Salomon, prétendent être sortis. A en croire ces derniers, le troisième roi des Juifs, pour récompenser ses nombreux ouvriers (plus de 200 000, dit-on) de leurs travaux, leur aurait donné un "devoir" ou, ce qui revient au même, une doctrine, et les aurait unis fraternellement dans l'enceinte de l'édifice qu'ils venaient de construire. Les gens du bâtiment sont les créateurs du compagnonnage, société initiatique d'apprentissage et de solidarité réunissant des artisans. Les compagnons constructeurs des cathédrales médiévales assurent que « ce que tu fais te fait ». L'origine mythologique revendiquée par les compagnons comprend 3 figures emblématiques (Salomon, maître Jacques et le père Soubise), et 2 moments : la construction du temple de Jérusalem et la fin de l'ordre des Templiers, bâtisseurs féconds, maître Jacques devenant alors Jacques de Molay, le dernier maître exécuté le 18 mars 1314. - Les Enfants de Salomon se composent : des tailleurs de pierre, appelés « compagnons étrangers » ou « loups » ; des menuisiers et des serruriers du devoir de liberté, dits « gavots » ; des charpentiers, dits « renards de liberté », puis « compagnons de liberté ». - Les Enfants de maître Jacques assurent que leur fondateur, un des premiers maîtres de Salomon et collègue de Hiram, naquit dans une petite ville des Gaules, nommée Carte, aujourd’hui Saint-Romili, située dans le midi de la France, mais que l'on chercherait vainement sur les cartes. Il aurait eu pour père un célèbre architecte nommé Jakin ou Jacquin, se serait exercé à la taille des pierres dès l'âge de quinze ans, aurait voyagé dans la Grèce, où il aurait appris la sculpture et l'architecture, serait venu en Égypte, puis à Jérusalem, où il aurait exécuté avec tant de grâce deux colonnes, qu'on se serait empressé de le recevoir maître. Maître Jacques et son collègue, maître Soubise, après les travaux du temple achevés, seraient revenus ensemble dans les Gaules, jurant de ne jamais se séparer ; mais la jalousie du second s'étant émue de l'ascendant du premier sur leurs disciples, il y aurait eu séparation : Maître Jacques, aurait été débarqué à Marseille, Maître Soubise, à Bordeaux. Un jour, s'étant éloigné de ses disciples, maître Jacques se serait vu assailli par dix disciples de maître Soubise ; mais en se sauvant il aurait fait une chute dans un marais ; soutenu par les joncs, il aurait été délivré par les siens et se serait retiré à la Sainte-Baume, dans la grotte où vivra pendant 30 ans Marie-Madeleine. Mais, bientôt trahi et livré par un de ses disciples, appelé "Jéron" selon les uns, "Jamais" selon les autres, il serait mort frappé de cinq coups de poignard, dans sa quarante-septième année, quatre ans et neuf jours après sa sortie de Jérusalem, 989 ans avant J.-C. Les compagnons lui ayant ôté sa robe auraient trouvé sur lui un petit jonc qu'il portait en mémoire de ceux qui l'avaient sauvé dans le marais, et aussitôt ils auraient adopté le jonc pour emblème. En général, on n'accuse pas Soubise d'avoir trempé dans cet assassinat. Les larmes qu'il versa sur la tombe de son collègue ont levé une partie des soupçons qui pesaient sur lui. Quant au traître, il serait allé, de désespoir, se jeter dans un puits que les disciples de Jacques auraient comblé avec des pierres. La défroque du martyr aurait été mise dans une caisse. A la destruction des temples, les enfants de maître Jacques s'étant séparés, son chapeau aurait été donné aux chapeliers, sa tunique aux tailleurs de pierre, ses sandales aux serruriers, son manteau aux menuisiers, sa ceinture aux charpentiers et son bourdon aux charrons. Selon une autre tradition, maître Jacques ne serait autre que le dernier grand maître des templiers, Jacques de Molay, lequel aurait accueilli sous la bannière de son ordre des enfants de Salomon en dissidence avec la société mère, et leur aurait conféré un devoir nouveau vers 1268. Le père Soubise ne serait autre qu'un moine bénédictin qui aurait donné aux charpentiers de haute futaie des statuts spéciaux. Cette seconde légende est acceptée assez généralement comme se rapprochant plus que la précédente de la vérité. La division des sociétés de compagnonnage en trois classes date de la fin du XIIIe siècle. Ce qu'on peut affirmer, c'est que les enfants de Maître Jacques sont d'une origine moins ancienne que ceux de Salomon, et qu'ils en sont même un démembrement. Les Enfants de Maître Jacques, dont l’emblème est une patte d’oie ("pédauque"), ne comprennent en principe que les tailleurs de pierre, compagnons passants, dits "loups-garous", et les menuisiers et serruriers du devoir, dits "dévoirants" déformés "dévorants". - Les Enfants du père Soubise se composaient à l'origine d'un seul corps d'état, les charpentiers compagnons passants ou drilles ; les couvreurs et les plâtriers s'y sont adjoints ensuite. Les Enfants de Maître Jacques et du Père Soubise prennent seuls le nom de "Compagnons du devoir". Héritiers sans doute des ghildes, fratries et hanses nées dès le VIIIe siècle, les compagnonnages apparaissent formellement au XIIIe siècle, principalement dans le cadre de la construction des cathédrales. Le serment et le secret soudent les membres de ces associations. Les parcours des compagnons sont attestés à Rouen au XIVe siècle. Au début du XVe siècle, les brodeurs, les menuisiers, les tondeurs estent en justice en tant que corps ; l'essentiel des caractères du compagnonnage est, en tout cas, dessiné. Les différents compagnonnages rassemblent chacun plusieurs corps de métiers. Tous ont en commun l'usage d'un argot spécifique et des pratiques rituelles initiatiques, plus ou moins secrètes ; tous se rattachent à un passé mythique et, sinon chrétien, du moins biblique ; tous enfin ont pour triple objectif la moralisation, la défense et la formation des ouvriers (terme générique comprenant aussi bien les artisans que les ouvriers). Ils intègrent un examen initiatique, conclusion d'un tour de France sanctionné par la réception d'un " chef d'oeuvre ". Tous disposent d'un réseau de maisons où ils peuvent trouver le toit et le couvert, maisons appelées " cayennes " (sises près des grands fleuves où la maréchaussée n’a pas le droit d’intervenir), gérées par des "mères". Également pour des raisons de sécurité, chaque compagnon porte un surnom comprenant deux éléments: son origine régionale (Ardéchois) et un trait caractéristique de sa personnalité (Cœur Fidèle). Enfin, tous nourrissent vis-à-vis des autres compagnonnages une solide hostilité (allant parfois jusqu’à la violence), de même qu'à l'intérieur de chaque compagnonnage des rivalités opposent les différents corps de métiers. Certains historiens voient dans le compagnonnage l’ancêtre du syndicalisme et du mutualisme. 1250 : - Les comtes de Champagne octroient la liberté de circulation aux compagnons forgerons (les Forgerons du Devoir). - Les maçons fondent la Grande Loge de Cologne. 1275 : à Strasbourg, première assemblée générale des maçons constructeurs. Les anciens compagnons constructeurs se groupent en confraternités de Saint-Jean et se référent à saint Jean du Tonnerre. Pendant longtemps, à la question : "D'où viens-tu ?", les francs-maçons affirmaient : "Je viens de la Loge de Saint-Jean", peut-être en souvenir de cette Confraternité de Saint-Jean ou peut-être aussi en rappel des neuf chevaliers qui, à Jérusalem, le jour de la Saint-Jean d'hiver de l'année 1118, prêtèrent serment et fondèrent l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. On dit que c'est à Strasbourg, en 1440, que les maçons constructeurs allemands changèrent leur nom de "frères de Saint-Jean" pour s'appeler "francs-maçons". La franc-maçonnerie La franc-maçonnerie semble issue du compagnonnage, quoique certains prétendent l’inverse et que d’autres nient toute parenté entre les deux sociétés. Institution philanthropique et société de pensée, la franc-maçonnerie (abrégée en maçonnerie) est une association dont les membres se recrutent par cooptation, selon des rites initiatiques conformément au mythe hiramique. Elle se fixe pour but de réunir en son sein les "hommes libres et de bonnes mœurs" qui veulent travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Les maçons se réunissent dans des loges, locaux installés près des chantiers, où se transmettent, sous la férule d’un maître maçon, les secrets du métier. D’après Jules Boucher, voici le mythe hiramique, tel qu'il fut découvert ou élaboré au XVIIIe siècle : Hiram (à ne pas confondre avec son homonyme, le roi Hiram de Tyr qui fournit à Salomon des ouvriers et du bois de cèdre pour la construction du Temple) était un maître bronzier engagé par le roi Salomon sur le chantier du Temple de Jérusalem (1 Rois 7,15-22). Hiram coula notamment la "mer de bronze" et les deux colonnes "Jachin" et "Boaz" à l’intérieur desquelles auraient été placés des écrits précieux. Le pilier de la miséricorde, placé à droite, appelé "Yachin" ou "Jachin", évoque l’idée de solidité et de stabilité. Il comporte les Sephirot porteurs de semence, de l'aspect masculin, positif de la création: Hokmah, Chesed et Netzah. Il est associé au yang asiatique, à tout ce qui insuffle la vie et pousse à son développement. Marqué de la lettre hébraïque "Yod" (initiale de Yachin), il est souvent représenté comme une colonne de couleur blanche (dans le temple maçonnique, la lettre est "J" et la colonne est rouge). On l'appelle aussi parfois pilier de la Force, par opposition à la Forme, en tant que Force créative. Il est associé au soleil. Le pilier de la rigueur, placé à gauche, est appelé "Boaz". Il comporte les Sephiroth réceptacles de la semence, les Sephiroth teintées de l'aspect féminin, négatif de la création, en ce sens qu'elles tendent à restreindre cette création : Binah, Geburah et Hod. Il est associé au yin asiatique, à tout ce qui contient, résorbe et confine la vie afin de mieux la contrôler. Marqué de la lettre hébraïque "Beth" (la première du mot Boaz), il est souvent représenté comme une colonne de couleur noire (elle est blanche dans le temple maçonnique). On l'appelle aussi parfois pilier de la sévérité, ou même pilier de la Forme, par opposition à la Force, en tant que Forme du moule dans lequel vient s'inscrire la Force de Yachin. Il est associé à la lune. Dans le temple maçonnique, lors des cérémonies, les apprentis s’alignent au pied de la colonne J, les compagnons près de la B et les maîtres se tiennent dans la chambre du milieu. Les travaux s'achevaient, mais les compagnons de Hiram n'avaient pas tous été initiés aux secrets merveilleux du Maître. Trois d'entre eux décidèrent de les lui arracher. Postés chacun à une porte différente du Temple, ils sommèrent tour à tour Hiram de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'on n'obtiendrait pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, l'autre d'un coup d'équerre de fer sur le sein gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva. Puis, ils se demandèrent l'un à l'autre la parole du Maître. Constatant qu'aucun d'eux ne l'avait obtenue, ils furent désespérés de leur crime inutile. Ils cachèrent le corps, l'inhumèrent dans la nuit près d'un bois et plantèrent sur sa tombe une branche d'acacia. L'arche d'alliance était faite de bois d'acacia plaqué d'or (Exode 37,1-4). La couronne d'épines du Christ aurait été tressée d'épines d'acacia. Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur, presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs de lait et de sang, est un symbole solaire de renaissance et d'immortalité. Guénon souligne que les rayons de la couronne d'épines sont ceux d'un soleil. Le symbole de l'acacia rejoint l'idée d'initiation et de connaissance des choses secrètes. L'écorce de l’acacia (notamment acacia phlebophylla et acacia longifolia) a des effets hallucinogènes. Une légende africaine bambara place l'acacia à l'origine du rhombe. Alors que le premier forgeron, encore enfant, taillait un masque, « une esquille de bois d'acacia se détacha et sauta au loin en produisant un vrombissement semblable au rugissement du lion. L'enfant appela deux de ses camarades, prit le fragment de bois, perça un trou à l'une de ses extrémités, y passa une ficelle et le fit tournoyer » (J. Servier). Une pratique védique est encore en vigueur : un disque d'acacia est percé d'un trou ; avec un bâton en bois de figuier, rapidement tourné dans l'orifice, on produit sous l'effet de la friction le feu sacré qui servira au sacrifice. L'acacia représente le principe féminin, le bâton de figuier le principe masculin. La louche sacrificielle (sruk) attribuée à Brahma est en bois d'acacia. On voit donc partout l'acacia considéré comme un support du divin, dans son aspect solaire et triomphant 1. Dans l'application symbolique du mythe aux cérémonies maçonniques d'initiation au grade de Maître, le récipiendaire s'identifie à Hiram Abiff. Il doit d'abord mourir à lui-même : les trois coups de la légende symbolisent la triple mort, physique (gorge), sentimentale (sein gauche) et mentale (front). Mais, comme toutes les morts initiatiques, cette phase prélude à la renaissance physique, psychique, mentale, en un nouvel Hiram, que symbolisent les qualités décrites par le texte biblique et la branche d'acacia déposée sur le drap du récipiendaire pour rappeler celle qui fut plantée sur la tombe de Hiram. Évoquant le mythe de la mort de Hiram, le frère Gérard de Nerval écrivait dans Voyage en Orient : " Il faut savoir mourir pour naître à l'immortalité." Le secret de Hiram, la parole recherchée du Maître, réside précisément dans cette loi du devenir intérieur, dans une transformation spirituelle : investi des qualités de Hiram, l'initié devient Maître à son tour et s’efforce d’élever sans cesse un temple idéal. Les trois assassins figurent l'Ignorance, l'Hypocrisie ou le Fanatisme, l'Ambition ou l'envie, à quoi s'opposent les qualités de Hiram : le Savoir, la Tolérance et le Détachement ou la Générosité. Tous les francs-maçons se disent orphelins de Hiram et aussi fils de la veuve [comme Hiram, fils de la veuve Nephtali (nom à rapprocher peut-être de Nephtys, sœur d’Isis, épouse de Seth, mère d’Anubis)] David Stevenson prétend que, "d’après une vieille tradition maçonnique, les maçons ont vénéré Thot/Hermès, dieu de la sagesse, qu’ils considéraient comme leur maître" 2. L’hermétisme est la doctrine de la connaissance, dont l'origine est attribuée au dieu égyptien Thot (divinité de la Connaissance), transmise au dieu grec Hermès Trismégiste le "Trois Fois Grand", également divinité de connaissance, puis aux gnostiques. Messager divin et fils de Zeus, Hermès ("assimilé à Thot, le fondateur de la science secrète" 3) possédait la sagesse et la connaissance du monde, terrestre et céleste, de la médecine comme de l'astrologie ; c'est pourquoi il fut aussi le dieu des philosophes et des alchimistes. "Hermès est à la fois le dieu de l'hermétisme et de l'herméneutique, du mystère et de l'art de le déchiffrer" 1. Les hermétistes se disent disciples de Hermès qui serait l'auteur de La Table d'émeraude, à la fois traité de médecine et d'alchimie. "Pendant des siècles, la Table d'Emeraude a été la bible des alchimistes, hermétistes, gnostiques (surtout les manichéens, ndlr) et rosicruciens, ainsi que de quelques obédiences maçonniques" 4. Les Grecs donnent le nom de leur dieu Hermès à la divinité égyptienne Thot, dont le culte se tient en Moyenne-Égypte à Khemenou qui devient Hermopolis Magna. Cette assimilation est officielle sous les Ptolémées, comme en témoigne le décret de l'assemblée des prêtres égyptiens gravé sur la célèbre Pierre de Rosette en 196 avant notre ère 5. "Hermès trismégiste résulte de la fusion de Thot et d’Hermès dans le milieu Grec d’Alexandrie. Il était connu du monde Romain en tant qu'Hermès l’Egyptien. L’Hermès des papyrus magiques devient une déité susceptible de sonder les coeurs des hommes. Mais d’autres pensaient que le dieu avait été un être humain à l’origine qui s’était divinisé. Pour Ammien Marcellin le Trismégiste était un homme doté d’un esprit gardien exceptionnellement fort. Au final, Hermès préfigure le Christ avec une nature humaine et une nature divine" 6. Des symboles sont utilisés par les membres comme signes de reconnaissance : les outils des constructeurs de cathédrales (maillet, ciseau, équerre, compas, niveau, perpendiculaire, règle, levier, truelle et hache) constituent le premier support auquel viennent s’ajouter tabliers et sautoirs. Créés par l'intelligence de l'homme afin qu'ils prolongent la puissance et la dextérité de la main, les outils sont les accessoires permettant de transformer la matière. La Franc-Maçonnerie spéculative les utilise de manière symbolique et chacun d'entre eux possède une signification propre, attribuée selon les offices, les grades et les différents rites. Les outils constituent l'apport le plus évident et vérifiable du Compagnonnage à la Franc-Maçonnerie. Les principaux outils maçonniques sont : - le compas (outil du Grand Architecte de l'Univers, outil de la conscience, de l'exactitude de la mesure, dont le degré d'ouverture marque le grade du Franc-Maçon) - le ciseau (symbole de discernement) - l'équerre (symbole de rectitude, droiture) - la hache (symbole de dégrossissage) - le levier (symbole de volonté) - le maillet (symbole de force) - le niveau (symbole d'égalité et d'équilibre) - la perpendiculaire (symbole de profondeur) - la règle (précision) - la truelle (cohésion). 4 ![]() 4 Les Maçons furent appelés Frères trois points, en référence à leur signature maçonnique. À l'origine, ces trois points ne se trouvaient pas dans le compagnonnage. Tardivement, on les a justifiés en affirmant que les deux premiers points représentent la dualité et l'union des Francs-Maçons tandis que le troisième montre le but élevé vers lequel ils aspirent. Les trois points représentent aussi, symboliquement, les trois coups que reçut Hiram avant de mourir mais aussi, tout aussi logiquement, la totalité du principe ternaire qui est d'usage constant dans la Franc-Maçonnerie. Dans les Loges maçonniques, hormis le triangle lumineux (delta), les triades sont nombreuses, telles les trois Lumières de l'atelier, les trois piliers, les trois chandelles, les trois marches Tenant à l'Orient, les trois points, les trois ans de l'apprenti, les trois voyages, les trois compagnons assassins d'Hiram, les trois maillets, les trois degrés des Loges bleues, et quelques autres qui tous montrent que le fonctionnement humain, physique et symbolique se fonde toujours sur trois plans avant de s'organiser et de s'incarner dans l'individu et la société. 4 Une tradition maçonnique affirme que "Kilwinning", la loge écossaise la plus ancienne, a été fondée par le roi d'Ecosse Robert Bruce après sa victoire sur les Anglais à Bannockburn le 24 juin 1314, et qu’elle accueillait des Templiers qui s’étaient enfuis de France. A noter que figure fréquemment sur les sceaux templiers un personnage à 2 têtes (celle d’un jeune homme ou d’une jeune fille - ou d’un androgyne - et celle d’un vieillard barbu) tenant une équerre et un compas. En 1326, le Concile d'Avignon condamne les fraternités et les confréries, dont les pratiques, les insignes et le langage secret lui paraissent menacer l'orthodoxie de la foi 22. En 1375, est fait mention de la Compagnie des Maçons de la Cité de Londres. 1376 : les maçons de Londres s’appellent freemasons. Le manuscrit Halliwell dit Regius (1390) est le premier document connu attestant l'existence de la Franc-maçonnerie opérative anglaise. En 1425, l'archevêque de Winchester supprime les assemblées de maçons, mais ils sont soutenus par l'archevêque de Cantorbéry. En 1440, à Strasbourg, le nom de « franc-maçon » remplace celui de « frère de saint Jean ». En 1480, des compagnons charpentiers sont reçus, à Rhodes, par le Grand Maître des Hospitaliers de Saint-Jean-de Jérusalem et effectuent le rituel d’une « entrée en chantier ». En 1485, les Hospitaliers et leur grand maître, Daubusson, soutiennent la Maçonnerie. Au XVIe siècle, avec la Réforme, les loges commencent à admettre dans leurs rangs des hommes fortunés, des hommes de loi et des ecclésiastiques. Progressivement, elles deviennent des sociétés de pensée consacrées à la formation des consciences et à la défense de nouveaux principes tels que la fraternité, l’égalité et la paix. 31 Août 1539 : à Paris, grève des compagnons imprimeurs. Au XVIe siècle, les premiers textes juridiques tentent expressément d'empêcher les réunions des compagnons. Les libations, les mères, les réunions, les masques, attirent sur les compagnonnages les foudres des justices ecclésiastiques et royales. Les imprimeurs de Lyon sont ainsi menés entre procès et émeutes de 1539 à 1573 contre l'autorité royale qui, malgré la multiplication des interdits, est en fait impuissante à empêcher l'accroissement des compagnonnages. Ces derniers s'engagent dans les conflits religieux: les "gavots" de Salomon tiennent pour les réformés, les "dévoirants" de maître Jacques pour les catholiques et les rivalités entre les sociétés s'attisent, en même temps que leur capacité d'intervention sur les salaires et les embauches. Un édit de François I, daté de 1541, interdit aux compagnons "de se lier par serment, de se donner des capitaines ou chefs de bande, de se former, en dehors des maisons ou ateliers de leurs maîtres, en rassemblements de plus de cinq, sous peine d'être punis comme monopoleurs d'amendes arbitraires ; de porter épées, poignards ou bâtons ès maisons de leurs maîtres, ni par la ville ; de faire enfin aucun banquet pour entrée et issue d'apprentissage ou autre raison de métier. " En 1578, les comptes de la construction du Corpus Christi College distinguent les maçons « francs » (free) et les maçons « grossiers » (rough). 1599 : les Minutes de Mary's Chapel (Ecosse) paraissent être les plus anciennes Minutes de loge du monde. 8 juin 1600 : John Boswell d'Auchinleck est présent à une réunion de Mary's Chapel : ce serait la plus ancienne participation non opérative aux travaux d'une loge. La Rose-Croix En 1623, des affiches sur les murs de Paris annoncent la naissance de la Société de la Rose-Croix. La Rose-Croix est une fraternité internationale en quête de la sagesse ésotérique qui perpétue les enseignements que les initiés se sont transmis à travers les siècles. Les rosicruciens affirment que l'origine de leur ordre remonte à l'Égypte ancienne [au règne d’Akhenaton (Amenhotep ou Aménophis IV) fondateur du monothéisme] et qu'il a perduré à travers les siècles en restant volontairement dans l'ombre. Leur enseignement constitue une combinaison de différents éléments empruntés à l'hermétisme égyptien, au gnosticisme, à la Kabbale juive ainsi qu'à d'autres croyances et pratiques occultes. Le mouvement apparaît en Allemagne, après la publication de Fama Fraternitatis (1614), suivie de la réédition de la Fama avec une Confessio Rosae Crucis (1615) puis Les Noces Chimiques révélant les étapes initiatiques qui mènent au château de la Connaissance où se trouve le Graal. Ces manifestes relatent le voyage en Orient d'un personnage mythique désigné par le pseudonyme de Christian Rosencreutz (d’où le nom de la Fraternité) qui aurait vécu au moins un siècle plus tôt et fondé l'ordre des Rose-Croix pour communiquer la sagesse secrète qu'il avait acquise. L'emblème des sociétés rosicruciennes est formé d'une ou plusieurs roses ornant ou encadrant une croix. Trois roses rouges symbolisent la lumière, l’amour et la vie ; c'est la triade "Licht, Liebe, Leben" chantée par le poète et écrivain allemand, Schiller (+ 1805), duquel plusieurs loges maçonniques honorent la mémoire. Jusqu'au XVIIIe siècle, il y a un lien étroit entre Rose-Croix et franc-maçonnerie (le rose-croix Elias Ashmole fut, par exemple, initié à la franc-maçonnerie en 1646), puis elles deviennent indépendantes (la franc-maçonnerie conserve cependant le grade de "Chevalier Rose-Croix"). 1642 : année des plus anciens documents existants de la Loge de Mother Kilwinning (Ecosse). Les couvents-coopératives Au XVIIe siècle, après une série de procès contre les cordonniers et autres ouvriers du textile et cuir (1643-1655), Michel-Henry Buch tente de créer une structure avalisée par la Sorbonne et l'état : les "couvents-coopératives". Créés à Paris, Lyon et Soissons, ils deviennent des foyers de résistance aux maîtres et aux autorités des corporations. En 1646, on lit dans un rapport de police : "Les compagnons cordonniers se réunissaient dans deux chambres contiguës : la première servait pour interroger les récipiendaires et pour leur faire subir des épreuves en usage, puis ils étaient conduits dans la chambre des mystères, où se trouvaient un autel et des fonts baptismaux : là ils choisissaient trois compagnons, dont l'un servait de parrain, l'autre de marraine, et l'autre de curé. Après avoir prêté serment sur le saint chrême et sur le livre ouvert des évangiles, le nouveau baptisé était reçu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, puis, la réception terminée, ils célébraient la messe." Ce rapport est déposé à la faculté de théologie qui condamne, le 21 septembre, ces pratiques comme étant un blasphème et un sacrilège. En 1649, Henriette d’Angleterre, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, veuve de Charles I, se réfugie à Saint-Germain-en-Laye avec des officiers écossais et irlandais (pour la plupart francs-maçons) qui créent la première loge maçonnique en France. Le 14 mars 1655, la Sorbonne condamne les Compagnons comme impies, sacrilèges et superstitieux. "Ce prétendu devoir, dit une délibération de l'officialité de Paris, consiste en trois paroles : "Honneur à Dieu, conserver le bien du maître et maintenir les compagnons". Mais, tout au contraire, ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanent tous les mystères de notre religion, ruinent les maîtres, vidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu'un de leur cabale se plaint d'avoir reçu bravade. Les impiétés et les sacrilèges qu'ils commettent sont différents selon les métiers. Ils ont néanmoins tous cela de commun : de faire jurer celui qui doit être reçu sur les saints évangiles qu'il ne révélera à père, ni à mère, femme ni enfant, prêtre ni clerc, pas même en confession, ce qu'il va faire ou voir faire, et, pour ce, choisissent un cabaret qu'ils appellent la mère, parce que c'est là qu'ils s'assemblent d'ordinaire, comme chez leur mère commune, dans lequel ils choisissent deux chambres commodes pour aller l'une dans l'autre, dont l'une sert pour leurs abominations et l'autre pour le festin." Les compagnonnages inquiètent de façon croissante les autorités civiles avant la Révolution : à Dijon, 20 procès sont intentés aux compagnonnages de 1667 à 1785. À Marseille, gavots et dévoirants s'allient même ponctuellement (1726). Présents dans tout le royaume, les compagnons rédigent leurs règles et les précisent. 1688 : Jacques II Stuart, chassé du trône d’Angleterre par son gendre Guillaume d’Orange (qui sera initié en 1690), s’exile à Saint-Germain-en-Laye (loge "La Bonne Foi", à l'Orient de Saint-Germain-en-Laye, 25 mars 1688) où il ranime les loges déjà créées par les Écossais et les Irlandais. Dès le XVe siècle au moins, en Angleterre, les loges des freemasons (maçons libres) initient des personnalités du clergé, de la noblesse ou de la bourgeoisie, qui n’ont aucun rapport avec le métier. Leur nombre va croître au XVIIe siècle et ces "maçons acceptés" transforment rapidement la maçonnerie opérative en maçonnerie spéculative ou philosophique. Des historiens affirment qu'Isaac Newton (1642-1727), physicien et alchimiste passionné, et les cercles de newtoniens sont à l’origine de la franc-maçonnerie spéculative. Le 24 juin 1717, au solstice d’été, la Grande Loge d’Angleterre (au sein de laquelle naît la franc-maçonnerie spéculative), première Grande Loge maçonnique résultant de la fusion de quatre loges issues d’associations professionnelles, est créée par les pasteurs Jean-Théophile Désaguliers (un huguenot français) et James Anderson 41. Les Constitutions (The Constitutions of the Free-Masons), inspirées des Constitutions Compagnonniques (dites Old Charges) et rédigées par Anderson avec l’aide de Désaguliers, seront approuvées en 1722 et publiées le 17 janvier 1723 : Article I (concernant Dieu et la Religion): "Un Maçon est obligé, par sa Tenure, d'obéir à la loi morale et, s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irréligieux (voir Agnosticisme, ndlr). Mais, quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette Religion que tous les Hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des Hommes bons et loyaux ou Hommes d'Honneur et de probité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer ; ainsi la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le Moyen de nouer une véritable amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées"). Chapitre II : "le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils [...]. C’est pourquoi si un frère devient rebelle à l’État, il ne doit pas être soutenu dans sa rébellion" (il est précisé toutefois que ce frère ne peut être expulsé de sa loge et que "sa relation avec elle demeure indéfectible"). Les personnes immorales ou scandaleuses, les femmes et les esclaves ne sont pas admis. 1721 : première loge en Belgique. Création d’une loge à Dunkerque. 1725 : - Création de la Grande Loge unie d’Angleterre à York. - Création de la Grande Loge d’Irlande. - Création de la loge de La Haye. 1726 : Création de loges maçonniques en France (200 en 1743), suite à l'arrivée de nobles anglais fuyant les Stuart, l’une des premières à Paris (Saint-Germain-des-Prés). Les nombreuses loges qui se développent à partir de cette date, sous l’impulsion d’aristocrates, entrent rapidement en conflit. 1728 : - La première Grande Loge française voit le jour (elle dépend de la Grande Loge anglaise, le Grand Maître est le prince Philippe de Wharton). - Première loge en Espagne. - A Londres, Ephraïm Chambers, franc-maçon, publie son encyclopédie : Cyclopaedia ou Dictionnaire universel des arts et des sciences (dans son Discours de 1736, le chevalier de Ramsay, haut dignitaire de la nouvelle Grande Loge de France, annoncera "un dictionnaire universel des arts libéraux et des sciences utiles. On a déjà commencé l’ouvrage à Londres et, par la réunion de nos confrères, on pourra le porter à sa perfection dans peu d’années"). L’imprimeur Lebreton, vénérable d’une des premières loges françaises, confiera la traduction de la Cyclopaedia à l’abbé de Gua de Malves, de l’Académie des Sciences, qui engagera notamment Diderot et d’Alembert ; ces derniers prendront la direction de l’Encyclopédie en 1748. 1730 : - Dans la plaine de la Crau, les gavots remportent une bataille contre les compagnons de maître Jacques et du père Soubise. - Première "loge" en Pologne. En 1731, la grande loge de Londres constitue la première loge à Moscou et nomme pour grand maître provincial un de ses nationaux : le capitaine John Philips. Des négociants anglais fondent des loges à Saint-Pétersbourg en 1771. En 1772, les loges se multiplient. La noblesse tout entière, cour en tête, veut en faire partie ; l’impératrice Catherine II permet que l’on initie son fils, Paul I. Celui-ci, à peine monté sur le trône, oublie sa qualité de maçon et interdit les réunions maçonniques sous les peines les plus sévères. Alexandre I révoque cette prohibition et se fait même initier en 1803. Mais, en 1821, au motif que les loges s’occupent trop de politique, il interdit les réunions maçonniques. 1733 : - Franc-maçonnerie en Inde, dans les Antilles et dans les colonies anglaises d’Amérique du Nord (première loge à Boston). - Première loge en Italie à Florence. Le 24 juin 1734, Benjamin Franklin (1706-1790), imprimeur, scientifique et diplomate, est élevé au rang de « grand maître de la grande loge maçonnique de Pennsylvanie ». Elu de Philadelphie représentant les colons de Pennsylvanie à Londres en 1757 puis agent des colonies à Londres en 1764, il est un ami proche du sulfureux Francis Dashwood, Baron Le Despenser (1708-1781) qui fonda, dans la petite ville anglaise de West Wycombe, The order of the friars of saint Francis of Wycombe (l'ordre des moines de saint Francis de Wycombe) surnommé Hell fire Club (Club du Feu de l'Enfer) dont les réunions se déroulaient dans l'abbaye de Medmenham puis, après 1760, dans un temple souterrain sous la demeure de Dashwood à West Wycombe. Appartenir au club dont les mots d'ordre étaient satanisme et débauche, voulait avant tout dire partager des plaisirs licencieux, seul ou à plusieurs, et abjurer sa foi pour adorer le Diable 7. 1735 : - La Grande Loge d’Angleterre crée la Loge d’Aubigny à Paris. - Franc-maçonnerie aux Pays-Bas. - La Grande loge de Londres constitue une loge à Lisbonne. En 1818, le clergé obtient de Jean VI un édit, daté de Rio de Janeiro, qui interdit la maçonnerie sous peine de mort ; mais, par un autre édit daté de Lisbonne (20 juin 1823), le roi, sur les instances des ambassadeurs des autres puissances, consent à modifier cette peine en « cinq années de présides en Afrique » (travaux forcés). Malgré tout, la maçonnerie constitue à Lisbonne un Grand Orient lusitanien et un Suprême Conseil du trente-troisième degré. A partir du règne de Dona Maria (1833), la maçonnerie sera tolérée en Portugal. 1736 : - Première loge en Allemagne (Hambourg). - Création de la Grande Loge d'Ecosse. - Fondation de la Grande Loge Anglaise de France (dépendant de la Grande Loge d’Angleterre). - Introduction de la Maçonnerie en Suède. Elle excite d’abord les soupçons du gouvernement, et elle ne se constitue réellement qu’en 1754, date de la fondation de la grande loge provinciale instituée par la grande loge d’Angleterre. Déjà favorablement accueillie par Gustave III, elle se développe à la suite de l’initiation du jeune Gustave IV, en 1793. Son oncle qui lui succède en 1809, est déjà grand maître de la maçonnerie suédoise ; il délègue ses fonctions, en 1811, à Bernadotte, qui régnera sous le nom de Charles XIV (1818-1844). La maçonnerie occupe une position officielle en Suède où l’un des grades maçonniques confère la noblesse et un titre dans un ordre chevaleresque créé par Charles XIII en 1811. - Le baron allemand Carl von Hund déclare que "la franc-maçonnerie plonge ses racines dans l’ordre du Temple et que par conséquent tout maçon est aussi un templier." - Au XVIIIe siècle, des membres de la loge maçonnique du collège de Clermont qui veulent continuer l'ancien ordre des Templiers s'affilient des personnages très distingués de la cour et de la noblesse partageant les idées déistes de cette époque. Bourbon-Conti, le duc de Cossé-Brissac sont grands maîtres de cet ordre aristocratique dont les débris se reformeront sous le Directoire. Cette société est persécutée sous la Restauration. Après 1830, elle admet dans ses rangs l'abbé Châtel qui y officie quelque temps comme primat des Gaules ; puis elle se fond dans la maçonnerie. L’ordre survit en Angleterre: le prince de Galles est nommé grand maître des Templiers en 1873. - En décembre, discours du chevalier de Ramsay : "Les Ordres religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les Ordres militaires pour inspirer l'amour de la vraie gloire ; et l'Ordre des Francs-maçons pour former des Hommes et des hommes aimables, de bons Citoyens, de bons Sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles Adorateurs du Dieu de l'Amitié, plus amateurs de vertu que des récompenses". Écossais installé en France en 1707, celui que l'on appela par la suite le chevalier de Ramsay est tout d'abord l'élève de Fénelon qui le convertit au catholicisme. Le chevalier de Ramsay raconte dans une lettre, que son maître lui fait comprendre que l'on ne peut être sagement déiste sans devenir chrétien ni philosophiquement chrétien sans devenir catholique. C'est pourquoi le Chevalier devient un fervent partisan des doctrines catholiques qu'il introduit autant qu'il le peut dans une nouvelle franc-maçonnerie, nommée jacobite ou catholique. Malgré le soutien de jésuites proches des Stuart, et malgré son célèbre discours visant à rattacher la maçonnerie aux ordres chevaleresques chrétiens de Saint Jean de Jérusalem et du Temple, le Chevalier de Ramsay ne parvient pas à orienter la franc-maçonnerie selon ses vœux. 1737 : - L'électeur palatin publie un édit contre les francs-maçons, et fait arrêter et emprisonner toute une loge qui s'est réunie à Mannheim (grand-duché de Bade). - La grande loge d'Angleterre qui a importé la maçonnerie dans les colonies anglaises de l'Afrique, y nomme un grand maître provincial. - Gaston de Médicis interdit les réunions maçonniques. - Le 4 septembre, en France, un collège de juges interdit la franc-maçonnerie : le pouvoir politique ne peut rester indifférent à l’égard d’hommes qui se réunissent dans des lieux tenus secrets. - La première loge suisse est fondée à Genève, par lord Hamilton, grand maître provincial nommé par la grande loge d’Angleterre. 1738 : - Le 28 avril, la bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII condamne "ces dites sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules appelés de Francs-Maçons, ou connus sous toute autre dénomination" et défend "en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacun des fidèles de Jésus-Christ, de quelque état, grade, condition, rang, dignité et prééminence qu'ils soient, laïques ou clercs, séculiers ou réguliers, méritant même une mention particulière, d'oser ou de présumer, sous quelque prétexte, sous quelque couleur que ce soit, d'entrer dans les dites sociétés de Francs-Maçons ou autrement appelées, ou de les propager, les entretenir, les recevoir chez soi ; ou de leur donner asile ailleurs et les cacher, y être inscrits, agrégés, y assister ou leur donner le pouvoir et les moyens de s'assembler, leur fournir quelque chose, leur donner conseil, secours ou faveur ouvertement ou secrètement, directement ou indirectement, par soi ou par d'autres, de quelque manière que ce soit, comme aussi d'exhorter les autres, les provoquer, les engager à se faire inscrire à ces sortes de sociétés, à s'en faire membres, à y assister, à les aider et entretenir de quelque manière que ce soit, ou leur conseiller : et Nous leur ordonnons absolument de s'abstenir tout à fait de ces sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, et cela sous peine d'excommunication à encourir par tous, comme dessus, contrevenants, par le fait et sans autre déclaration..." Clément XII écrit notamment : " La rumeur publique Nous a appris que certaines sociétés appelées communément Libres ou Massons se développent de jour en jour. Des hommes, sous le couvert d'une sorte d'honnêteté naturelle, s'associent par un pacte aussi strict qu'impraticable, selon des lois et des statuts, qu'ils ont eux-mêmes élaborés ; en même temps, ils agissent en secret et soit sous serment juré sur la Sainte Bible, soit sous la menace de graves sanctions, ils s'astreignent à couvrir leurs actions par un silence inviolable. Mais la nature même de ce crime est telle qu'elle se trahit elle-même... S'ils ne faisaient rien de mal, ils n'auraient certainement pas une si grande haine de la lumière". La bulle n’est pas appliquée en France car le Parlement refuse de l’enregistrer. - La version de 1738 des Constitutions d'Anderson mentionne l'existence de grands-maîtres et de loges en France, en les traitant sur un pied d'égalité avec celles d'York, d'Irlande, d'Écosse et d'Italie dans une formulation qui ne permet cependant pas d'établir l'existence d'une véritable obédience nationale en France, alors que de telles obédiences nationales, indépendantes de celle de Londres depuis leur origine, sont attestées à l'époque pour l'Irlande et l'Écosse : « Toutes ces loges étrangères [mentionnées précédemment dans le texte] sont sous la protection de notre Grand Maître d'Angleterre. Toutefois l'ancienne loge de la ville d'York et les loges d'Écosse, d'Irlande, de France et d'Italie, soucieuses de leur indépendance, ont leur propre Grand-maître. » (Wikipedia, Grande Loge de France) - Les loges françaises constituent la Grande Loge de France. - 24 juin, le duc d’Antin (Louis de Pardaillan de Gondrin) est proclamé Grand Maître général et perpétuel des Maçons dans le Royaume de France. - Une loge, fondée à Lausanne, est fermée par ordre des magistrats de Berne. Les défenses sont renouvelées en 1743 et en 1770, après de nouvelles tentatives faites par les maçons suisses. La grande loge provinciale de Genève a beaucoup de peine à se maintenir ; cependant elle parvient à se former en Grand Orient genevois en 1786. - Un édit de l'empereur Charles VI interdit la franc-maçonnerie dans les Pays-Bas autrichiens et en bannit les francs-maçons. - 14 août, le prince royal de Prusse, Frédéric, est initié secrètement dans la Loge de Brunswick, malgré les ordres de son père 8. Il devient le protecteur de la maçonnerie dans le royaume. 1739 : Bien qu'interdite en Pologne, la maçonnerie y pénètre. Elle restera secrète et obscure jusqu'au règne de Stanislas Auguste qui la protégera ouvertement (1769). 1740 : - On compte une dizaine de loges à Paris et une quinzaine en province. - La loge “Aux Trois Globes” est constituée à Berlin par des artistes français. - Fondation de la Loge de Hambourg comme Grande Loge Provinciale. 1741 : - Fondation de la Grande Loge “Zur Sonne” à Bayreuth. - Fondation de la Loge “Minerva aux Trois Palmes” à Leipzig. - Fondation de l’Ordre d’Heredom en Ecosse. - Le roi de Prusse Frédéric II écrit au pape Benoît XIV : " Révérends Pères, j'ai appris de divers côtés, et notamment par les journaux, avec quelle ardeur vous brandissiez le glaive du fanatisme contre des hommes paisibles, vertueux et respectables, contre les nommés Francs-Maçons. Comme je fais également partie des chefs de cette respectable association, j'ai le devoir de repousser, dans la mesure de mes forces, la calomnie qui s'adresse à ceux-ci et de lever le voile épais qui fait paraître, comme un lieu de réunion de tous les péchés, le Temple érigé à toutes les vertus. Quoi donc ! Révérends Pères, voudriez-vous faire renaître ces siècles d'ignorance et de sauvagerie qui sont la honte de la raison humaine ? Ces siècles de fanatisme auxquels notre pensée ne peut se référer sans horreur ? Ces temps où l'hypocrisie assise sur le trône des tyrannies, entre la superstition et l'humanité, tenait le monde dans les chaînes et vouait au bûcher, sans aucune distinction, quiconque était seulement capable de savoir lire ? Vous ne vous contentez pas d'appliquer aux Francs-maçons l'épithète de saltimbanques, mais vous les accusez d'être des brigands, des scélérats, des supports de l'Antéchrist et vous excitez le peuple entier à exterminer cette engeance maudite. Les brigands, Révérends Pères, ne sont pas ceux qui reconnaissent, comme nous, le devoir de secourir les pauvres et les orphelins ; les brigands sont ceux qui les dépouillent, qui souvent captent leur héritage et se repaissent de leur butin au sein de l'orgueil et de l'hypocrisie ; les brigands sont ceux qui trompent les hommes, alors que les Francs-maçons cherchent à les éclairer. Les suppôts de l'Antéchrist porteraient probablement tous leurs efforts vers la destruction des lois du Très-puissant ; les Francs-maçons ne peuvent attenter à ces lois sans réduire en ruines leur propre édifice. Ceux-là pourraient-ils être qualifiés d'engeance maudite, qui cherchent leur plus grande gloire dans la diffusion des vertus qui forment l'homme probe ? Frédéric " 4. 1743 : La maçonnerie est introduite au Danemark par le baron de Munich, secrétaire de l'ambassade de Russie. 1744 : Frédéric II de Prusse est élu Grand-Maître des “Trois Globes” à Berlin. 1746 : Le Hanovre reçoit la maçonnerie. La grande loge de Londres y établit, en 1755, une grande loge provinciale qui restera sous l'attache du pouvoir constituant jusqu'en 1828. 1748 : A Genève, publication anonyme de "De l'esprit des lois" écrit par Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, initié à la loge Horn Tavern de Westminster à Londres en 1730. L’ouvrage (l'œuvre de sa vie qu'il a remaniée pendant 14 ans) a immédiatement un immense retentissement mais il est attaqué par les jésuites et les jansénistes qui critiquent violemment l’éloge de la religion naturelle. La faculté de théologie de Paris (560 000 habitants) condamne l’ouvrage; il est mis à l’Index par le pape. 1749 : La franc-maçonnerie est florissante en Bohême, où elle compte, rien qu’à Prague, quatre loges. 1751 : - 18 mai, la bulle Providas Romanorum Pontificium de Benoît XIV confirme la bulle In eminenti de Clément XII (1738) qui condamne la Franc-maçonnerie. En fait, l’Église catholique reproche à la franc-maçonnerie d’usurper ses propres prérogatives par des principes spirituels et un caractère religieux, raison pour laquelle certains pays catholiques n’ont jamais autorisé la franc-maçonnerie. En France, en revanche, puisque les différentes bulles pontificales ne sont pas enregistrées par les parlements, l’ordre s’épanouira à la suite du courant athée de la Révolution française. - Par un édit du 2 juillet, Ferdinand VI d'Espagne défend la pratique de la maçonnerie sous peine de mort, à la suite de la découverte d'une loge composée de nobles et de personnages riches et influents. 1753 : Le soyeux lyonnais, Jean-Baptiste Willermoz, fonde la loge de la Parfaite Amitié. Il jouera en 1760 un grand rôle dans la formation de la Grande loge des Maîtres réguliers de Lyon, dont il deviendra le grand maître. 1755 : - Louis de Bourbon, comte de Clermont, grand maître, donne de nouveaux statuts à la Grande Loge de France (ex-grande loge anglaise de France). - Le 26 juillet, après enquête de l’Inquisition, les autorités vénitiennes emprisonnent Giovanni Giacomo Casanova (1725-1798) pour impiété, mœurs dissolues et pratique de la sorcellerie. Il s'évade le 31 octobre. Placé en pension et éduqué par un prêtre il avait reçu la tonsure et les ordres mineurs avant de devenir secrétaire d'un cardinal. Ce séducteur fut aussi soldat, joueur professionnel, traducteur, écrivain, franc-maçon initié à Lyon en 1750 puis membre d’une loge anglaise à Paris, alchimiste, agent secret de l'Inquisition et créateur de la première loterie publique française. 1756 : France, installation du Rite de la Stricte Observance qui insiste sur les origines templières de la franc-maçonnerie. Le 3 septembre 1759, le marquis de Pombal, Premier Ministre du Portugal (qui, d’après l’historien Lennhoff, a été initié à la franc-maçonnerie, en 1744, dans une loge londonienne) décrète l’expulsion des jésuites du Portugal et de tout l'empire (la rupture avec Rome a déjà été marquée par l’expulsion du nonce le 15 juin). En 1760, le ministre Choiseul parvient à se débarrasser du comte de Saint-Germain, qui a la sympathie du roi Louis XV, en le faisant accuser d'espionnage. Tombé en disgrâce, le comte se réfugie aux Pays-Bas. Dans les années suivantes, on le signale en Angleterre, en Italie, en Russie, en Saxe et en Prusse : partout il cherche à monter des recherches sur les pigments et les couleurs. En 1766, il se met sous la protection du roi de Prusse Frédéric II mais il le quitte l'année suivante. Il arrive enfin à Bottrop, sur la Baltique, où il est hébergé par le prince et frère Charles de Hesse-Cassel et où il meurt en 1784. Saint-Germain fut en contact avec les plus grands maçons d'Europe, comme Willermoz et Cagliostro. Rose-Croix, franc-maçon, grand voyageur, thaumaturge, philosophe, écrivain, musicien, Saint-Germain fut l’éminence grise des Fraternités européennes en pleine expansion. Il fut chargé par la Stricte Observance Templière alors florissante de rassembler des aristocrates et des grands personnages des cours européennes à la cause de cet Ordre 9. Vers 1760, le bénédictin Dom Pernety et le staroste polonais Grabianca fondent à Avignon une société de maçonnerie hermétique dont les membres sont désignés sous le nom de "Illuminés d'Avignon" et qui s'inspire des doctrines de Swedenborg ; en 1757, ce dernier soutint que, le Jugement dernier étant survenu en sa présence, l'Église en tant qu'entité spirituelle allait disparaître et qu'une nouvelle Église, la Nouvelle Jérusalem, était née de la volonté divine ; "selon Swedenborg, le monde naturel puise sa réalité dans l'existence de Dieu qui s'est fait homme en la personne de Jésus-Christ ; le but suprême est de parvenir à s'unir à Dieu à travers l'amour et la sagesse" (Encarta 2008). "D'Avignon, la franc-maçonnerie des illuminés se transporta à Montpellier en 1779, y prit le titre de "Académie des vrais maçons", et se fondit bientôt avec les autres sectes maçonnico-théosophiques du Midi et de l'Est, dans le grand courant de la franc-maçonnerie martiniste." 10 1763 : Jean-Baptiste Willermoz et son frère Pierre-Jacques fondent le chapitre rosicrucien des chevaliers de l'Aigle noir Rose-Croix. 1767 : - Suite à des incidents (débordements en tous genres et scissions), les assemblées de la Grande Loge de France sont interdites. - A Versailles, Jean-Baptiste Willermoz reçoit l’initiation aux premiers degrés de l’ordre des Élus-Cohens. 1768 : Jean-Baptiste Willermoz est initié Rose-Croix. 1771 : Louis Philippe Joseph, duc d’Orléans (1747-1793), dit Philippe Égalité, s’élève contre les réformes de Maupeou, ce qui lui a vaut une première disgrâce. Le duc d’Orléans, grand maître de la franc-maçonnerie, est, à la veille de la Révolution, l’un des princes les plus riches de France et le partisan le plus chaleureux des idées nouvelles. Le 26 juin 1773, les loges, réunies en Grande Loge Nationale, adoptent les statuts de l’Ordre royal de la franc-maçonnerie connu sous le nom de Grand Orient (parce que "de l’orient vient la lumière"). La première réunion se tient au faubourg Saint-Antoine dans la "petite maison" du Grand Maître, le duc de Chartres. Il y a scission avec l’ancienne Grande Loge qui prend le nom de Grande Loge de Clermont (du nom du comte de Clermont, décédé en 1771). Le Grand Orient est favorable à la centralisation des loges et entend instaurer une élection des représentants, ce que refusent les membres de la Grande Loge, titulaires pour la plupart de charges acquises sous l’Ancien Régime. 1774 : - Le Grand Orient est le premier à reconnaître les groupes féminins constitués en loges d’adoption (Grande maîtresse: la duchesse de Bourbon). - Fondation d’une loge à Stuttgart (Wurtemberg) : elle sera fermée, en 1784, sur ordre (secret) du gouvernement. Le 25 décembre 1775, la bulle Inscrutabili divinae sapientiae du pape Pie VI condamne les nouvelles idées, notamment l’irréligion, l’impiété et l’athéisme, sans nommer la franc-maçonnerie, et rappelle le pouvoir et la primauté absolus du pape. 1776 : - Le 1er mai, Adam Weishaupt (juif ashkénaze converti au catholicisme qui étudia chez les jésuites) et le baron Adolf von Knigge, franc-maçon depuis 1773, fondent la société secrète des Perfectibilistes qui deviendra l'Ordre Secret des Illuminés (lluminati) Germaniques, les Illuminés de Bavière. Elle a pour but le "perfectionnement et le progrès de l'humanité dans la liberté, l'égalité et la fraternité". En 1777, Adam Weishaupt est initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich (Wikipedia). "Parmi les sectes d'illuminés, celle qui a eu le plus de retentissement est la société des illuminés bavarois que fonda, en 1776, Adam Weishaupt, professeur de droit canon à Ingolstadt. L'étude du manichéisme et celle de la philosophie du XVIIIe siècle conduisirent Weishaupt à ne plus reconnaître la légitimité d'aucune loi politique ou religieuse, et ses leçons secrètes inculquèrent les mêmes idées aux élèves de son cours de droit. Des lors, il conçut le plan d'une société occulte qui prit d'abord le nom d'ordre des perfectibilistes, puis celui d'ordre des illuminés, et dont le but était de réformer l'Europe entière, tant au point de vue politique que religieux. Sa doctrine peut se formuler en peu de mots : "L'égalité et la liberté sont les droits essentiels que l'homme, dans sa perfection originaire et primitive, reçut de la nature : la première atteinte à l'égalité fut portée par le propriété ; la première atteinte à la liberté fut portée par les sociétés politiques ou gouvernements; les seuls appuis de la propriété et des gouvernements sont les lois religieuses et civiles : donc, pour rétablir l'homme dans ses droits primitifs d'égalité et de liberté, il faut commencer par détruire toute religion, toute société civile, et finir par l'abolition de toute propriété." Aidé par Massenhausen et Merz, Weishaupt organisa sa société sur le modèle des sociétés maçonniques (...) Une assemblée générale de francs-maçons se tenait alors à Wilhemstadt, et aucune autre n'avait encore approché de celle-ci, soit pour le nombre des élus, soit pour la variété des sectes dont elle se composait. Adolf von Knigge mit cette circonstance à profit, et dès l'instant où les députés maçonniques furent illuminés, la secte de Weishaupt fit des progrès rapides. Des ecclésiastiques même s'enrôlèrent dans cette société. Les archives de l'ordre nomment des prêtres, des curés, et jusqu'au prélat Hoeslein, vice-président du conseil spirituel de Munich, évêque de Kherson ; outre les adeptes de toutes les classes, l'illuminisme de Bavière compta dans son sein des princes souverains. Il y en eut cinq en Allemagne qui s'y agrégèrent. Lorsque Weishaupt fut proscrit de la Bavière par son souverain (l'Électeur de Bavière, Charles Théodore, ndlr) qui prononça, en mars 1785, la dissolution de l'ordre des illuminés, le duc Ernest-Louis de Saxe-Gotha le reçut à sa cour et lui donna, outre une pension, le titre de conseiller honoraire." 10 - Le 4 juillet 1776, la déclaration d'indépendance américaine, document d’inspiration maçonnique rédigé par Thomas Jefferson, John Adams et Benjamin Franklin, est adoptée par le Congrès continental. 1777 : - La grande loge prussienne Royal York constitue une loge à Munich. - Un de ces cercles rosicruciens allemands, celui des "Rose-Croix d’or d’ancien système" (Gold und Rosenkreutzer älteren Systems), manifeste une suprématie quantitativement indiscutable ; il se compose de neuf hauts grades et utilise des rituels passionnants pour l’historien du symbolisme. Au cours des deux années suivantes, de nombreux francs-maçons, assoiffés de mystère et d’ésotérisme, quittent leurs loges maçonniques de la Stricte Observance templière pour se rallier à ces Rose-Croix d’or d’ancien système. Le futur Frédéric-Guillaume II de Prusse est initié le 8 août 1781. 1778 : - Le 30 mai, meurt, à Paris, François-Marie Arouet, dit Voltaire. Il a été initié à la franc-maçonnerie dans la Loge d'adoption des Neuf-Soeurs, le 7 avril, donc peu avant sa mort, en présence de Benjamin Franklin. On a dit, parce qu'il avait été dispensé d'une grande partie des épreuves, qu'il avait été initié avant cette date 11. - Le 8 août 1778, Pierre André de Suffren de Saint-Tropez (chevalier de Malte et membre de la loge "L'Olympique de la Parfaite Estime" en 1786), commandant "Le Fantasque", force un barrage anglais, pénètre dans la baie de Newport et détruit cinq frégates, deux corvettes, et un brick, ce qui lui vaut les félicitations de l'amiral Charles Henri d'Estaing (qui sera également membre de la loge "L'Olympique de la Parfaite Estime"). 1779 : - Le vicomte François Anne de Chefdebien d'Aigrefeuille, consul de Narbonne, et ses fils, dont cinq sont chevaliers et officiers de l'ordre de Malte, fondent la loge des Philadelphes, ésotérique et mystique, inspirée par les mythes de l'antiquité égyptienne. La loge accueille dès l'origine plusieurs personnalités étrangères : le Dr Giraud, médecin personnel du roi de Sardaigne, le comte Szapary, chancelier de l'empereur d'Autriche, et Messmer, inventeur du "magnétisme universel". Le rite des Philadelphes, après avoir connu son heure de gloire dans les années 1780, décline et rejoint le Grand Orient de France, en 1806. Plusieurs obédiences entretiennent cependant la filiation philadelphe, notamment la Grande Loge française de Memphis-Misraïm, fondée en 1960. - Franc-maçonnerie en Russie. 1781 : - Autriche, l’empereur Joseph II reconnaît la franc-maçonnerie. - Antoine Court de Gébelin, pasteur protestant et franc-maçon installé à Paris, fait paraître le huitième volume de son Monde primitif, une sorte d’encyclopédie assez fantaisiste. Un chapitre traite des origines du tarot : dans ce jeu, venu d’Italie et pratiqué en France depuis le XVIe siècle, le "savant antiquaire" n’hésite pas à voir des hiéroglyphes égyptiens formant un Livre de Thot. Il mêle les thèmes divinatoires et symboliques, évoquant la kabbale et les "bohémiens". - Le 19 octobre, à Yorktown (Virginie), Jean-Baptiste Rochambeau (baron de Vimeur, membre de la loge Saint-Jean d'Écosse du Contrat Social à Paris) et La Fayette, avec l'appui de l'escadre de l'amiral De Grasse, contribuent à la victoire des troupes américaines commandées par le frère George Washington. 1782. Sous la direction du Duc de Brunswick, le Grand Convent Général de la Franc-Maçonnerie à Wilhemsbad reconnaît le Rite écossais Rectifié, système maçonnique (créé par Willermoz en 1778) dont tout l’enseignement symbolique ne fait qu’illustrer la théosophie martinésiste, qui rejette l’origine templière et condamne la pratique de l’alchimie par les frères. "Ce convent avait pour objet de décider du sort des loges templières en opposition avec les loges martinistes. Les jésuites furent accusés de l'orientation des loges templaristes qui furent dès lors dissoutes." 12 1783 : - Le 19 septembre, à Versailles, devant le roi, les frères Montgolfier expérimentent avec succès leur aérostat (à bord duquel se trouvent un coq, un canard et un mouton). Jacques Montgolfier sera initié à la loge Les neuf Sœurs, à Paris, en 1784. - Le 21 novembre, à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier (membre de la loge « Saint-François du Parfait Consentement » de la Grande Loge de Clermont) et le marquis d'Arlandes effectuent le premier voyage aérien, à Paris, du château de la Muette à la Butte aux cailles. En 1784, Mozart entre dans la franc-maçonnerie. Il devient rapidement Maître en avril 1785. Il écrit plusieurs œuvres pour ses frères maçons, dont la Maurerische Trauermusik (musique funèbre maçonnique) et la Flûte enchantée (1791) qui est une description de l’initiation à la franc-maçonnerie. 1785 : - lors du convent de Paris, le baron Gleichen déclare, citant des sources Rose-Croix, que les maçons "seraient venus en Angleterre sous le roi Arthur". (Un écrit de la loge de Saint Louis des Amis Réunis à Calais indique que l'on donnait autrefois le grade de « Chevalier de la Table Ronde du Roi Arthur » dans un rituel primitif de cette loge. L'usage d'une Table Ronde serait indispensable à certains travaux de hauts grades du Rite écossais.) - 1er août, départ de l’expédition scientifique et commerciale du comte de La Pérouse (initié à la loge "L'Heureuse Rencontre" à Brest) : les 2 bateaux, la Boussole et l’Astrolabe, ont été aménagés spécialement (ils seront aperçus pour la dernière fois aux Nouvelles Hébrides en janvier 1788, par un capitaine britannique) 1786 : Le Grand Orient adopte le Rite français : le modèle est fixé pour les trois premiers degrés en « loge bleue » qui connaissent une forte influence anglaise en distinction toujours des rites écossais. Les rites maçonniques Le terme de rite ne concerne pas seulement la maçonnerie dite "bleue" (celle des trois grades: apprenti, compagnon et maître), car à celle-ci se superpose une maçonnerie dite de perfectionnement, c’est-à-dire de hauts grades, lesquels sont en nombre variable selon les rites. Chaque rite développe une symbolique ou une vision du monde qui lui est particulière. Parmi les nombreux rites maçonniques qui ont vu le jour à partir du XVIIe siècle figurent le rite d’York (début du XVIIIe siècle), le rite écossais rectifié (fondé en France en 1782), le rite français (1786), le rite écossais ancien et accepté (1801) et le rite écossais (fondé en Belgique en 1962). Dans le rite d’York, les membres sont nommés "maçons de l’Arche royale" et passent successivement par 4 grades ; l’étape suivante est celle des " maçons royaux et élus " qui passent par 3 grades successifs ; la dernière étape est celle des "chevaliers de l’Ordre du Temple". Le rite écossais ancien et accepté, formé à Charleston (Caroline du sud) en 1801 et adopté par la Grande Loge de France, comporte 33 grades comprenant 3 degrés. En France, pendant tout le XIXe siècle, l'expression "Rite écossais" désignait l'ensemble des ateliers du Suprême Conseil de France par opposition à ceux du Grand Orient de France qui pratiquaient très majoritairement le Rite français. Le Rite Français est pratiqué par différentes obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France où il est majoritaire à 80 % mais également : à la Grande Loge Nationale Française, à la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, à la Grande Loge Mixte de France, à la Loge Nationale Française, etc. En 1973, le GODF a remis la patente du Rite Français à la Grande Loge Féminine de France ; l'obédience féminine a développé une version du rite français adaptée à ses spécificités 42. 1788 : constitution du Rite de Misraïm par Cagliostro. Le 16 avril 1791, Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, sera condamné par l’Inquisition romaine à la prison perpétuelle pour sacrilège, hérésie, démonisme et complot. Il mourra le 28 août 1795 dans la forteresse Saint-Léon. On dit qu'il a été étranglé sur l’ordre du pape Pie VI. 1789 : - Le Grand Orient de France contrôle 60 loges à Paris, 448 en province, 40 dans les colonies, 19 à l’étranger et 68 dans l'armée royale, l’ensemble regroupant quelque 70 000 francs-maçons (la plupart nobles ou bourgeois, riches et cultivés). Les loges sont l’ossature des clubs révolutionnaires. - Le 4 mars, George Washington (initié le 4 novembre 1752 dans la loge de Fredericksburg en Virginie) est élu à l’unanimité par le collège électoral comme premier Président des États-Unis. - Le 23 juin, à Versailles, le roi ayant déclaré " nulles, illégales et inconstitutionnelles" les délibérations du Tiers, le marquis de Dreux-Brézé ordonne, de par le roi, aux membres de l’Assemblée de se séparer : Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (reçu en 1783 à la loge "Les Neuf Soeurs" de Paris), répond : « (…) nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes » et les députés, unanimes, s’écrient : « Tel est le vœu de l’Assemblée ». A la fin de l’année, Mirabeau, jouant double jeu, deviendra le conseiller secret du roi qui lui versera des sommes considérables. - Début juillet, enfermé à la Bastille, Donatien Alphonse François, comte de Sade dit "marquis de Sade" et franc-maçon selon certains, ameute le peuple en criant par la fenêtre de sa cellule qu’on égorge les prisonniers (il est transféré à Charenton peu avant le 14 ; en vertu du décret de l’Assemblée nationale abolissant les lettres de cachet, il est libéré le 2 avril 1790 ; il est initié vers 1791 dans la loge « Les amis de la liberté » ; arrêté comme suspect en décembre 1793, il est sauvé de l’échafaud par la chute de Robespierre et remis en liberté le 15 octobre 1794 ; en 1801, le Consulat, le fait arrêter en tant qu’auteur d’ouvrages obscènes et incarcérer à Sainte-Pélagie, puis à Bicêtre ; en 1803, considéré comme fou, il est interné à la maison de santé de Charenton où le théâtre devient sa principale distraction et où il meurt le 2 décembre 1814) - Le 11 juillet, le frère La Fayette présente son projet de Déclaration des droits naturels de l’homme vivant en société élaboré avec son ami Thomas Jefferson (ambassadeur des États-Unis en France) et inspiré de la déclaration d'Indépendance américaine. - Le 17 juillet, le roi Louis XVI reconnaît les nouvelles autorités parisiennes: le maire Bailly (membre de la loge parisienne « Les Neuf Sœurs ») et le commandant de la garde nationale La Fayette. - Le 26 août, l'Assemblée adopte la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dont le frère Sieyès est l’un des rédacteurs. - Le 9 novembre, le Grand Orient invite ses membres « à enseigner les devoirs nouveaux et à tirer des événements la leçon qu’ils comportent ». - Le 30 novembre, sur proposition du député corse Salicetti, l’Assemblée décrète que « l’île de Corse fait partie de l’empire français et que ses habitants sons régis par la même constitution que les autres Français », tous les Corses forcés de s’expatrier pour avoir défendu leur liberté pourront regagner l’île sans être inquiétés. L’acte de 1768 est effacé en dépit de la protestation génoise ; la Corse est vraiment française en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pasquale Paoli (initié franc-maçon, le 15 juin 1778, au sein de la Loge "Les Neuf Muses n° 325" de Londres), rappelé de son exil londonien, est reçu en triomphateur à Paris comme un martyr de la liberté ; il rentre en Corse en juillet 1790. 1791 : - Le 21 juin, Louis XVI est arrêté à Varennes en Argonne (Meuse) ; c’est le 20, vers minuit, que le roi Louis XVI, en compagnie de sa famille et de la gouvernante de ses enfants, a quitté subrepticement Paris pour rejoindre, à Metz, le camp du marquis de Bouillé et y attendre les secours de l’empereur Léopold ; la fuite aurait été organisée par l’amant de la reine, le comte de Fersen, colonel du Royal Suédois et membre de la loge « L’Olympique de la Parfaite Estime ». - Le 24 juin, les francs-maçons noirs américains, réunis à Boston, constituent l' African Grand Lodge of North America ; Prince Hall (mulâtre né d'un marchand de cuir anglais et d'une esclave affranchie venue des colonies françaises, et initié en 1775 au sein de la Military Lodge 441 attachée à l'armée britannique stationnant à Boston) est élu grand-maître à l'unanimité ; il le restera jusqu'à sa mort en 1807. 23 - L’abbé Fiard dans Lettres sur le diable puis dans La France trompée par les magiciens et démonolâtres du XVIIIe siècle, fait démontré par des faits (1803) accuse les jacobins et francs-maçons d’être possédés du diable. Les compagnonnages ont, à la fin du XVIIIe siècle, le pouvoir de "damner" une ville en la privant de la quasi-totalité de ses ouvriers. Ils sont, de ce fait, l'une des principales cibles des décrets d'Allarde et Le Chapelier (14 juin 1791) interdisant les coalitions et les corporations ouvrières. Sous la Révolution, et plus encore sous l'Empire, les compagnonnages sont tolérés et surveillés étroitement par la police. La conscription leur enlève d'importantes forces vives et les compagnonnages connaissent sous la Restauration une période de renouveau, malgré quelques heurts avec les autorités. Les compagnons regrettent l'Ancien Régime, sans loi d'Allarde et sans livret ouvrier. 1792 : - Le 20 mars, l'Assemblée législative adopte la machine à trancher la tête des condamnés à mort proposée par le frère Guillotin : la loi est signée par Louis XVI le 25. - Dans la nuit du 25 au 26 avril, à la demande du maire de Strasbourg, Philippe de Dietrich, le capitaine Claude Joseph Rouget de l'Isle (membre de la loge Les Frères Discrets, à Charleville) compose le Chant de guerre pour l'armée du Rhin qui, chanté par les fédérés marseillais à leur entrée dans Paris le 30 juillet 1792, deviendra la Marseillaise. - 3 septembre, Marie-Thérèse Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe et Grande Maîtresse des Loges d'Adoption (reçue à la loge féminine « la Candeur » le 12 février 1777), est jugée par un tribunal improvisé siégeant à la prison de la Force. Relâchée après interrogatoire, elle est massacrée dans la cour de la prison par des septembriseurs, puis, sa tête est promenée au bout d'une pique. 1793 : - Le 22 février, le duc d’Orléans, Philippe Égalité, cousin du roi dont il a voté la mort, Grand Maître du Grand Orient, démissionne de la franc-maçonnerie : "Je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement". - Le 13 juillet, le jacobin député à la Convention, Jean-Paul Marat, initié en Angleterre, est poignardé dans sa baignoire par Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont qui soutient les Girondins. - En août, le projet de Code civil rédigé par Jean-Jacques Régis de Cambacérès (membre de la Loge Ancienne et de la Réunion des Élus, à Montpellier puis Vénérable de la loge Saint-Jean de la Grande Maîtrise, à Paris) est rejeté. Choisi par Bonaparte comme second consul après le 18 brumaire, Cambacérès prendra une part importante à la rédaction du Code civil en 1804) - 18 septembre, le président George Washington, en costume maçonnique (il a été initié le 4 novembre 1752 à la loge de Fredericksburg en Virginie), pose la première pierre du Capitole. Après lui, les présidents des USA seront francs-maçons jusqu'à Gérald Ford (initié le 30 septembre 1949 à la Malta Lodge N°465 de Grand Rapids dans le Michigan). - Le 26 octobre, à Lyon, Georges Couthon (orateur de la Loge "Saint-Maurice" à Clermont-Ferrand) entame la démolition d’une maison de la place Bellecour (sur ordre de la Convention, la ville de Lyon qui s’était insurgée doit être détruite ; en tant que membre du Comité de salut public, Couthon est chargé d’organiser la répression, mais il ne peut se résoudre à appliquer le décret de la Convention et est remplacé par Collot d’Herbois et Fouché). Sous la Terreur (5 septembre 1793 au 27 juillet 1794), la Révolution française malmène la franc-maçonnerie : des frères sont guillotinés (notamment Jacques Danton et Jean Sylvain Bailly de la loge "les Neuf Soeurs" à Paris et Camille Desmoulins de la "Loge des Maîtres" à Amiens) ; la plupart des loges sont fermées. Le 18 novembre 1794, sur la proposition de Joseph Lakanal, la Convention décide la fondation de 24 000 écoles primaires. Sous l'Empire, Lakanal est membre des Loges "Le Point Parfait" et "La Triple Harmonie" à Paris. 1795 : - Fondation de la société d’Orange, Orange Society (futur Orange Order), société secrète, par des presbytériens du comté d'Armagh en Irlande, dans le but d'y perpétuer l'autorité britannique et la suprématie protestante en luttant contre la Société des Irlandais Unis (union de catholiques et de protestants partisans de l’indépendance) fondée en 1791. La société d’Orange tient son nom du roi Guillaume III d'Orange Nassau qui mit à bas le pouvoir politique des catholiques irlandais. Les orangistes furent accusés de fanatisme anticatholique et les autorités britanniques les obligèrent à suspendre leurs activités en Irlande en 1836. Quand le Premier ministre anglais, William Ewart Gladstone, se prononça en faveur de l'autonomie irlandaise en 1885, l'ordre reprit ses activités et devint un pôle de résistance, recrutant de nombreux nouveaux membres, particulièrement en Ulster. Les orangistes conservèrent leur influence, surtout chez les protestants d'Irlande du Nord, et des loges féminines ont même été créées. La société fête le 12 juillet l’anniversaire de la bataille de la Boyne, à l'issue de laquelle Guillaume III prit le contrôle de l'Irlande. - Le 16 juin, au camp de Mülheim, Louis XVIII, initié en 1784, est proclamé « roi de France et de Navarre, par la grâce de Dieu ». Le 14 mai 1796, le médecin britannique Edward Jenner (affilié à la loge Faith and Friendship à Berkeley, Angleterre, dont il sera Vénérable) pratique la première vaccination antivariolique. 1797 : après les victoires sur les Autrichiens à Rivoli (Vénétie), le 14 janvier, et à La Favorite aux portes de Mantoue, le 16 janvier, Bonaparte surnomme le général André Masséna (de la loge "Les Vrais Amis Réunis", à l'orient de Nice) « l’enfant chéri de la victoire », surnom que des "mauvais esprits" transformeront en « enfant pourri de la victoire » à cause de ses pillages systématiques, notamment ceux des monts-de-piété. 1798/1799 : Bonaparte aurait été reçu dans la franc-maçonnerie à Memphis (Égypte) et aurait créé la loge " Isis". 1799 : - 21 mai, le Grand Orient et la Grande Loge de Clermont fusionnent en Grand Orient de France (Napoléon placera son frère Joseph à sa tête en 1804). - 10 juin, mort de Joseph Boulogne, chevalier de Saint-Georges, le « Voltaire de la musique » (né à la Guadeloupe, fils d’une esclave et d’un planteur, escrimeur, poète et violoniste, il est le premier noir franc-maçon de France et le premier noir compositeur de musique occidentale). - 20 juillet, Joseph Fouché, initié à la loge Sophie Madeleine, Reine de Suède à Arras, est nommé ministre de la Police par le Directoire. Le 31 août 1800, dans le Golfe du Bengale, le corsaire Robert Charles Surcouf [initié en 1796, à la loge "La Triple Espérance", à Port-Louis (Ile Maurice) et membre, en 1809, de "La Triple Essence", à Saint-Malo] prend le Kent, un énorme vaisseau britannique de la Compagnie des Indes armé pour la guerre. De 1801 à 1854, des rixes sanglantes ont lieu entre les compagnons des 3 rites. 1801 : - Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon, reçu louveteau à 17 ans, à la loge La Paix de Toulon, devient Grand Maître de la Grande Mère Loge de Westphalie. Il sera roi de Westphalie de 1807 à 1813. - Joseph Jérôme de Lalande, directeur de l'Observatoire de Paris en 1793, publie le premier répertoire valable des étoiles (environ 50.000). Il est le premier vénérable de la loge "Les Neuf Soeurs" à Paris. - 4 octobre : par l'arrêté du 12 vendémiaire an X, Bonaparte chasse la secte théophilanthropique de tous les édifices publics (le culte sera interdit en tout lieu en mars 1803). Le fondateur de la théophilanthropie, Jean-Baptiste Chemin-Dupontes (1760-1852), retourne alors à la franc-maçonnerie (en 1815, il sera vénérable de la Loge des Sept Écossais réunis). 1802 : Pierre Jean Georges Cabanis (de la Loge "Les Neuf Soeurs" à Paris) publie le traité des Rapports du physique et du moral de l'homme. 1804 : - 21 mars (30 ventôse an XII) : promulgation du Code Civil initié par le premier consul, rédigé par 4 magistrats : Tronchet, Bigot de Préameneu, Malleville et Portalis (Vénérable de la loge L'Étroite Persévérance des Amis Réunis) et à l’élaboration duquel le ministre de la justice, le frère Cambacérès, a participé. - 21 mai, ouverture du cimetière de l’Est, dit du Père-Lachaise, conçu par le frère Alexandre Théodore Brongniart, l'architecte de la Bourse. - Fondation du Suprême Conseil de France. Joseph Bonaparte, initié à la loge La Parfaite Sincérité de Marseille, devient Grand Maître de la Maçonnerie française. Napoléon encourage la création de loges dans ses armées. - Le mathématicien, astronome et physicien Pierre-Simon Laplace est membre du collège des grands officiers du Grand Orient de France. 1805 : - Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord est initié à la Loge impériale des francs chevaliers à Paris. Il restera apprenti toute sa vie. - Le 21 octobre, à Trafalgar, les 27 navires de l’amiral anglais Horatio Nelson (de la loge "Union Lodge York 331"), qui meurt atteint par un éclat d’obus, détruisent la flotte franco-espagnole commandée par l’amiral Villeneuve (18 vaisseaux sur 33 sont coulés ; Villeneuve est fait prisonnier) : 3 400 français, 1 000 espagnols et 450 anglais ont péri. - Le 11 novembre, Simon Bolivar, le futur "libertador" de la Colombie, reçoit, à Paris, le grade de Compagnon dans la loge Saint-Alexandre d'Ecosse. Cet ami de La Fayette aurait été initié à la franc-maçonnerie à Cadix (Espagne). 1806 : - La Fayette est Vénérable de la loge Les Amis de la Vérité de Rosoy. - Le 5 juin, Louis Bonaparte, frère de Napoléon, est proclamé roi de Hollande Il aurait été adjoint au Grand maître avant d’être remplacé par Cambacérès cette année-là (Cambacérès prendra la direction de toutes les obédiences). Charbonnerie ou carbonarisme S'il faut en croire Benoist Malon (Histoire du socialisme), au XIe siècle, un moine de Sarrebruck, nommé Théodebald, fonde une association secrète composée exclusivement de charbonniers et de bûcherons. Cette société a pour but d'obtenir « que les affaires publiques fussent réglées d'après la volonté du suffrage de tous », et d'arriver ainsi à fonder ce que Théodebald nomme l'Etat démocratique égalitaire, sur le modèle des premières communautés chrétiennes qui acceptaient aussi les esclaves. Jésus est le grand-maître honorifique de cette association dont les affiliés sont divisés en groupes appelés "ventes". Le mot d'ordre est "Espérance et Foi". 13 Au XIIIe siècle, le nom de « carbonari » est donné à des conspirateurs guelfes, favorables au pouvoir pontifical, lesquels, afin d'échapper à la surveillance des gibelins, se réunissent dans des cabanes de charbonniers au milieu des bois. Le carbonarisme (ou la charbonnerie) reparaît dans les premières années du XIXe siècle, et est considéré comme une des ramifications de la franc-maçonnerie. En 1814, une petite ville de l'Abruzze Citérieure, Lanciano, compte à elle seule 2 000 carbonari armés. On dit que le roi de Naples, Ferdinand, et la reine Caroline, se servirent des républicains ainsi enrégimentés sous la conduite de Campo Bianco, pour tenter de chasser Murat et les Français, puis les désavouèrent. De 1806 à 1815, la première phase de la charbonnerie est caractérisée par l’éclosion de "fraternités", sociétés d’entraide créées par des militaires. La société révolutionnaire des charbonniers était à l’origine une société secrète corporative française regroupant des charbonniers vivant dans les forêts, dont les règlements étaient calqués sur les rituels compagnonniques (comme celui des Charbonniers du Jura). La charbonnerie emprunte en grande partie à la franc-maçonnerie son symbolisme et son rituel initiatique. Passée et enracinée en Italie, sous sa première forme napolitaine, elle y fut essentiellement antifrançaise et opéra contre Murat qui la persécuta violemment. Le 24 novembre 1807 meurt à Burlington, en Ontario, le chef mohawk Joseph Brant « Thayendanegea ». Il fut le plus célèbre des chefs de guerre des Cinq Nations iroquoises qui combattirent pour parer à l'avance des Européens. Il décida ensuite de combattre aux côtés des Anglais dans la guerre de la Révolution après la mission d'information en Angleterre. Cet intellectuel était aussi fin stratège militaire que traducteur de documents religieux (missionnaire pour l'Église d'Angleterre auprès des Mohawks). Reçu franc-maçon, en 1776, à la "Hiram Cliftonian Lodge" en Grande-Bretagne, il fonda, en 1798, la "Brantford Lodge n°31". 1808 : - Le 22 mai, le pape Pie VII lance une circulaire interdisant aux espagnols de prêter serment à "un gouvernement (celui de la France) protecteur de toutes les sectes et de tous les cultes sans en excepter la religion juive, cette implacable ennemie de Jésus-Christ", un gouvernement dont les constitutions, les lois et les actes respirent "l’indifférentisme, le système le plus injurieux, le plus opposé à la religion catholique". - Le 30 juin, un cardinal espagnol résidant à Rome écrit à l’archevêque de Grenade pour l’exhorter à la lutte contre ce roi Joseph qui est "un franc-maçon, hérétique, luthérien, comme sont tous les Bonaparte et la nation française." - Napoléon I autorise Raymond de Fabré-Palaprat (autoproclamé Grand Maître sous le titre de Monseigneur Bernard Raymond), un illuminé, à reconstituer l’Ordre du Temple et à organiser des cérémonies. Quelques maçons, convaincus de l’origine commune des 2 institutions, le rejoignent. - Au Congrès d'Erfurt (27 septembre au 14 octobre) Napoléon décore de la Légion d'honneur, Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) ; celui-ci a été initié à la Loge "Amalia zu den drei Rosen" à Weimar en 1780. 1809 : - le Grand Orient d’Italie (Milan) et le Grand d’Orient de Naples se réunissent. - Charles XIII, roi de Suède de 1809 à 1818, crée l'Ordre qui porte son nom ; il est destiné à récompenser la vertu et les traits de bienfaisance, et n'est conféré qu'aux sujets suédois qui appartiennent à la franc-maçonnerie. 1810 : - 21 mai, Londres, mort de Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d'Éon de Beaumont, dit le Chevalier d'Éon (initié à la loge "L'Immortalité" de Londres puis membre de la Loge "Les Amis Réunis" à Tonnerre), espion célèbre qui se déguisait en femme. - Christian Friedrich Samuel Hahnemann (initié à la Loge "Sankt Andrea zu den drei Seeblattern" à Hermanstadt en Transylvanie) publie son ouvrage Organon der Heilkunst dans lequel il explique la théorie de l'homéopathie. 1813 : après des scissions, l’acte d’Union donne à la Grande loge Unie d’Angleterre ses statuts, à caractère religieux, qu’adopteront les loges du monde entier. 1814 : - Par un édit du 24 mai 1814, Ferdinand VII d’Espagne fait fermer les loges et déclare la maçonnerie "crime d'état". Après sa restauration, en 1824, il renouvelle cet édit, menaçant de la peine de mort tout maçon qui ne fera pas sa déclaration et sa soumission dans le délai d'un mois. - 29 mai : mort de Joséphine Tascher de la Pagerie, épouse du général de Beauharnais, puis de Napoléon Bonaparte. Elle raviva la Maçonnerie d'Adoption dont elle était la Grande Maîtresse. 1815 : - 18 juin, à Waterloo, au sud de Bruxelles, les troupes anglo-hollandaises de Arthur Wellesley, duc de Wellington (initié en 1790 à la loge "Lodge at Trim n°494" en Irlande), et les troupes prussiennes de Gebhardt Lebrecht von Blücher (de la Loge "Archimedes" à Altenburg) remportent la victoire décisive sur l’armée de Napoléon I. - Le Suprême Conseil proclame l’indépendance du Rite écossais Ancien et Accepté. Le Grand Orient crée le Suprême Conseil des Rites (futur Grand Collège des Rites) - Constitution du Rite de Memphis par des frères ayant suivi Napoléon en Égypte. - Le 7 décembre, à Paris, le maréchal Michel Ney (initié en 1801 à la loge "Saint-Jean de Jérusalem" de Nancy), condamné par le Chambre des Pairs, est fusillé (certains prétendent qu'il ne l'a pas été). Autres maréchaux francs-maçons : Suchet, Serurier, Beurnonville, Masséna, Lefebvre, Mortier... 1817 : - Portugal, échec d’une conspiration soutenue par la charbonnerie et la franc-maçonnerie. - James de Rothschild (1792-1868), franc-maçon qui aurait fait partie des hauts grades (33° degré du Conseil suprême français), s’installe définitivement à Paris, sous la raison sociale de Rothschild frères. Son frère, Nathan Meyer Rothschild (1777-1836), établi à Londres, a été initié, en 1802, à la Loge londonienne Emulation N°21. Le 11 octobre 1818, le duc Decazes (qui, en tant que souverain grand-commandeur, reconstituera le Suprême Conseil de France en 1821) envoie aux préfets une circulaire autorisant les réunions maçonniques (Louis XVIII est franc-maçon comme le futur Charles X son frère). 1820 : - Dans la nuit du 13 au 14 février : assassinat du duc de Berry (fils de Charles X et neveu de Louis XVIII) poignardé par Louis Louvel, ouvrier républicain, alors qu’il sort de l’Opéra. Il meurt le 14 à 6 heures. Il était membre de la loge La Trinité. - En décembre, La Fayette participe au premier complot de la charbonnerie (imitation du carbonarisme italien, importé de Naples en 1820 par Joubert et Dugied). Cette société secrète rassemble républicains et bonapartistes hostiles aux Bourbons. Les objectifs de la Charbonnerie sont l’indépendance nationale et la monarchie constitutionnelle. Des francs-maçons, notamment La Fayette, sont initiés. 1821 : - Suite à l’enlèvement à Batavia (État de New York) du journaliste William Morgan (il quitta la loge "La Branche d’Olivier" à Batavia, après avoir été rejeté d'un chapitre des hauts grades maçonniques, et publia, sous le titre Free-masonry exposed and explained, un livre dans lequel il révélait les secrets de la mystérieuse institution et reproduisait les rituels maçonniques), les loges font l’objet d’attaques virulentes aux États-Unis ; on accuse les frères d'avoir noyé Morgan dans la rivière Niagara. Un monument à sa mémoire est érigé dans le vieux cimetière de Batavia ; sur le socle est gravée l'inscription suivante : "Sacred to the memory of William Morgan, a native of Virginia, a captain in the war of 1812, a respectable citizen of Batavia, and a martyr to the freedom of writing, printing and speaking the truth. He was abducted from near this spot in the year of 1826, by Freemasons, and murdered for revealing the secrets of their order. The court records of Genesee County, and files of the Batavia Advocate, kept in the recorder's office, contain the history of the events that caused the erection of this monument, September 13, 1882. The bane of our civil institutions is to be found in Masonry, already powerful and daily becoming more so. I owe to my country an exposure of its dangers." 14 Suite à la vague d'antimaçonnisme qui s'ensuit, le Parti antimaçonnique est créé, de nombreux frères démissionnent et la Grande Loge de New York passe de 500 à 65 loges entre 1826 et 1846 15. - 13 septembre : encyclique Ecclesiam a Jesu Christo de Pie VII contre les sociétés secrètes et notamment celle des carbonari : " Personne n'ignore quel nombre prodigieux d'hommes coupables se sont ligués dans ces temps si difficiles contre le Seigneur et contre le Christ, et ont mis tout en œuvre pour tromper les fidèles par les subtilités d'une fausse et vaine philosophie, et pour les arracher du sein de l'Église, dans la folle espérance de ruiner et de renverser cette même Église. Pour atteindre plus facilement ce but, la plupart d'entre eux ont formé des sociétés occultes, des sectes clandestines, se flattant par ce moyen d'en associer plus librement un plus grand nombre à leurs complots et à leurs desseins pervers. (...) arrêtons et décrétons que la susdite société des Carbonari, ou de quelque autre nom qu'elle soit appelée, doit être condamnée et prohibée..." En janvier 1822 à Belfort et en février à Saumur, échouent des complots d’officiers affiliés à la charbonnerie. Berton, général à la retraite, qui dirige les "ventes" (sections de 20 membres) de l'Ouest, s'empare de Thouars, échoue devant Saumur et se dirige alors vers La Rochelle où l’arrestation des 4 sergents charbonniers l'oblige à se cacher. Le 2 décembre 1823, devant le Congrès des Etats-Unis, le président James Monroe (initié en 1775, à 18 ans, à la Loge "Williamsburg Lodge 6", de Williamsburg en Virginie) énonce sa doctrine en matière de politique étrangère américaine : il condamne toute intervention européenne sur le continent américain (notamment les activités coloniales), écarte toute intervention américaine en Europe, mais autorise l’intervention américaine sur tout le continent américain. En 1824, Thomas de Quincey publie dans London Magazine un article intitulé « Historico-Critical Inquiry into the origins of the Rosicrucians and the Freemasons » où il indique que la franc-maçonnerie n’est ni plus ni moins que le rosicrucianisme modifié par ceux qui l’ont introduit en Angleterre 33. Le 23 novembre 1825, deux carbonari sont décapités à Rome : Leonida Montanari pour avoir offensé publiquement le pape et Angelo Targhini pour avoir blessé un espion du Vatican 24. 1826 : - Le 13 mars 1826, la lettre apostolique Quo graviora de Léon XII condamne la société des francs-maçons et les autres sociétés secrètes : " Si quelqu'un (ce qu'à Dieu ne plaise) était assez endurci pour ne pas abandonner ces sociétés dans le temps que Nous avons prescrit (1 an), il sera tenu de dénoncer ses complices, et il sera sous le poids des censures s'il revient à résipiscence après cette époque ; il ne pourra obtenir l'absolution qu'après avoir dénoncé ses complices, ou au moins juré de les dénoncer le plus tôt possible..." - A Serrières, Philippe Suchard, membre de la Loge maçonnique La Bonne Harmonie à Neuchâtel, crée la première fabrique de chocolat en Suisse. 1828 : Philippe Buonarroti (1761-1837) écrit Histoire de la Conspiration de l’égalité. Franc-maçon, ce Toscan est affilié aux Illuminés de Bavière. Admirateur de Rousseau et enthousiasmé par la Révolution, il accourt en France où Robespierre le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie. Arrêté à Menton comme robespierriste après le 9 Thermidor et transféré à Paris, Buonarroti se lie en prison avec Babeuf ; le premier croit en l’Être suprême et continue à vénérer l’Incorruptible ; le second, antirobespierriste, fait profession d’athéisme. Ils deviennent pourtant inséparables. Condamné à la déportation, Buonarroti voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806, Fouché, qui continue de protéger les babouvistes, obtient pour lui le droit de se fixer à Genève ; Buonarroti y retrouve le jeune frère de Marat et y commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire. Durant les trente dernières années de sa vie, sous le couvert de la franc-maçonnerie (il fonde successivement les loges des Sublimes Maîtres Parfaits et de la Charbonnerie française), il organise sans relâche des réseaux de sociétés secrètes à travers la France et l’Italie, et même à travers toute l'Europe. Trait d’union entre la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, Buonarroti est aussi le trait d’union entre l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme dont il est l’un des créateurs et des chefs secrets. Il exercera une influence sur le jeune Blanqui, de l’aveu de ce dernier. Changeant de séjour pour déjouer les polices, de Genève à Bruxelles et de Bruxelles à Paris (où il mourra), il est le premier révolutionnaire professionnel. Le 13 avril 1829, au Royaume-Uni, toutes les mesures discriminatoires envers les catholiques (depuis 1673) sont abrogées par le Roman Catholic Relief Act obtenu par le député irlandais Daniel O'Connell (1775-1847) pourtant exclu de l'Eglise parce que franc-maçon. 1830 : - En juillet, Giuseppe Mazzini, patriote et révolutionnaire italien, exilé en France, fonde à Marseille le mouvement Jeune Italie (Giovine Italia) qui compte bientôt des sections dans de nombreuses villes italiennes. Il avait rejoint en 1827 la société révolutionnaire des Carbonari, mais il l’abandonna la trouvant inefficace. Il deviendra Grand Maître du Grand Orient d'Italie. - La rue d’Artois est débaptisée par les émeutiers et devient rue Laffitte. On ne peut séparer la carrière éblouissante du banquier Jacques Laffitte (1767-1844) de son appartenance à la franc-maçonnerie [il aurait été également charbonnier, ndlr], pas plus que son rôle important lors des Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet), révolution libérale et maçonne s'il en est. 25 - Henri Beyle dit Stendhal (de la loge "Sainte-Caroline" à Paris) publie Le Rouge et le Noir. - 11 décembre, échec de la "Conspiration de Saint-Pierre" projetée par la carbonaria contre le pouvoir temporel du pape ; les conjurés sont arrêtés par la gendarmerie pontificale ; Louis-Napoléon est expulsé de Rome. 1831 : - 31 mai : enterrement de Henri Grégoire, dit l’abbé Grégoire, des milliers d’étudiants et d’ouvriers rendent hommage à l’homme de liberté qu’il fut. Grégoire est député du clergé aux Etats généraux de 1789. Dès le 19 juin, il siège avec le tiers état. Contre tous les privilèges, il est partisan du suffrage universel et il est parmi les premiers à prêter serment à la constitution civile du clergé. Evêque constitutionnel de Blois, il est élu à la Convention. Il fait reconnaître aux Juifs leurs droits civils et politiques. Il préconise au sein du comité d’instruction publique l’imposition de la langue française dans toutes les provinces. Il invente l’expression « vandalisme révolutionnaire ». Il est encore membre de l’Institut, du Conseil des Cinq-Cents, du Corps législatif. Il devient sénateur en 1801. Il tente d’organiser l’Eglise gallicane. Il en arrive à refuser le Concordat et à renoncer à son évêché. Il se réfugie dans l’opposition à l’Institut de France qu’il a contribué à fonder. En vain, Napoléon l’accable d’honneurs : titre de comte d’Empire, grade de commandeur dans la Légion d’honneur, auquel il renonce publiquement en 1828. Il se prononce pour la déchéance de Napoléon I (cette attitude ne lui vaudra pas la reconnaissance de la Restauration, puisqu’elle fera invalider son élection en tant que député de l’Isère en 1819). Il voyage beaucoup et poursuit sa double obsession : la réunion des communions chrétiennes, déjà annoncée dans son Projet de réunion de l’Église russe à l’Église latine (1799), et la liberté des hommes de couleur, qui motive son pathétique appel anti-esclavagiste au Congrès de Vienne en 1815. Peu lui importent les épithètes de franc-maçon (il a fréquenté naguère la loge des Neuf Sœurs à Paris) ou de janséniste, que lui vaut son amour des ruines de Port-Royal. Jamais il n’acceptera la calomnie de régicide, dont on le salit ouvertement, lors de son élection dans l’Isère en 1819. Chacun sait, pourtant, qu’il était en mission à l’armée du Mont Blanc, au moment du procès de Louis XVI, et qu’il avait rayé les mots « à mort » dans sa lettre à la Convention. Inflexible sur la doctrine de l’Église, il refuse, sur son lit de mort, de rétracter le serment constitutionnel. Le contre-révolutionnaire abbé Guillon, séduit par cet esprit aussi intransigeant qu’attachant, lui accorde les derniers sacrements, malgré l’interdiction de l’archevêque de Paris. 1835 : le frère Samuel Colt (1814-1862) crée le premier revolver à barillet : son fameux six coups. 1836 : - Le 6 mars, le frère David De Crocketagne, dit Davy Crockett, et ses compagnons meurent héroïquement en défendant Fort Alamo contre les troupes mexicaines. - Fondation en Guadeloupe d’une loge des Disciples de Hiram. 1838 : Les évêques belges condamnent la franc-maçonnerie et interdisent aux catholiques d’y participer ; Léopold I (George Chrétien Frédéric Saxe Cobourg Gotha aurait été initié la Loge bernoise "Zur Hoffnung 1813") juge cette initiative extrêmement dangereuse. 1839 : - 12 mai : émeutes républicaines à Paris suscitées par Armand Barbès et Louis Auguste Blanqui (membre du groupe français des carbonaristes, société révolutionnaire secrète, il a soutenu Louis-Philippe au début de son règne). Blanqui, accusé d’avoir préparé une insurrection, est arrêté. - Paris, Agricol Perdiguier, compagnon menuisier dit "Avignonnais la vertu", publie le Livre du compagnonnage par lequel il veut réconcilier les trois rites concurrents. Contrôlant l'embauche et les salaires, les compagnonnages font l'objet d'attaques nombreuses de la part de la monarchie de Juillet. Agricol Perdiguier, menuisier, élu député en 1848, tente d'adapter les compagnonnages aux nouvelles donnes économiques, industrielles et sociales. Mais le compagnonnage est incapable de s'adapter à un monde ouvrier travaillant en usine, dans une France irriguée par les chemins de fer. 1840 : Publication de "Qu’est-ce que la propriété ?" par Pierre Joseph Proudhon (1809-1865). Considéré comme l’un des pères de l’anarchisme et adversaire des théories de Marx (qu’il qualifie de "ténia du socialisme") et du communisme "absurdité antédiluvienne", Proudhon prône l’association des ouvriers plutôt que la révolution prolétarienne. Il est membre de la loge Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié de Besançon. 1842 : - Dans son numéro de mars, le journal l'Atelier écrit : « Les associations du compagnonnage se nomment devoirs ; ce mot indique assez que, dans la pensée de ses fondateurs, cette réunion d'ouvriers a une fonction à remplir plutôt qu'un droit à exercer ; c'est une solidarité mutuelle entre tous ceux qui en font partie, un contrôle moral qui s'exerce par l'association sur ses membres, et qui ne leur permet pas de s'écarter du chemin de la probité la plus stricte. Le compagnonnage est donc avant tout une institution morale ; car, pour y entrer et y rester, il faut être honnête homme dans toute la rigueur du mot. Tous les ouvriers peuvent y entrer sous cette condition jointe à celle de capacité. La société veille sur eux comme sur ses enfants ; elle ne souffre pas qu'ils fassent des dettes ; elle leur défend la lutte ; elle garantit leur salaire et leur assure du travail autant que cela se peut ; elle les secourt dans le chômage. Telle est la base des travaux de l'association : si quelques-uns des articles, principalement celui que nous avons souligné, sont bien négligés dans l'exécution, c'est la faute des hommes, et non celle de l'institution. Tout, dans le compagnonnage, repose sur l'élection, et les chefs sont révocables. C'est au moyen d'une caisse entretenue par des cotisations fixes et périodiques qu'une société de compagnonnage donne des secours aux malades, aux inoccupés et aux détenus pour coalition ; qu'elle soutient les procès intentés par les maîtres, et qu'elle nourrit les ouvriers qui ne veulent pas travailler au rabais. Les maîtres reconnaissent et subissent son existence, la majorité même s'en trouve bien. Les cupides seuls s'en plaignent. La société répond de la probité et de la capacité de l'homme qu'elle a embauché, car elle paye pour lui s'il ne tient pas ses engagements, et elle ne l'a reçu compagnon, comme dans les anciennes corporations, qu'après la confection d'un chef-d’œuvre ou pièce difficile du métier. Elle nourrit celui qui n'a pas d'ouvrage ou lui donne un secours de route pour gagner une autre ville. Sa sollicitude est de tous les instants ; elle envoie au chevet du malade des amis pour le consoler ; elle l'accompagne à sa dernière demeure et fait les frais d'inhumation. Elle a des récompenses honorifiques pour la bonne conduite ; elle a des punitions plus sévères que celles de la justice pour celui qui a forfait à l'honneur : on le chasse ignominieusement de l'assemblée, convoquée tout exprès, après lui avoir fait subir mille affronts. Il est ensuite signalé sur tout le tour de France, et nulle part il ne trouve d'accueil. » - Le grand maître du Grand Orient affirme : "Là où la dispute politique ou religieuse commence, notre maçonnerie cesse". On lit dans l'Illustration du 28 novembre 1845 : " Chaque société de compagnons, chaque profession dans chaque société est plus ou moins d'accord ou en hostilité avec les autres. Elle a sa caisse à part, ses chefs particuliers, ses règlements spéciaux ; mais elle appartient néanmoins, par le fond et la base de son organisation, au compagnonnage. Les statuts sont les mêmes, à quelques détails près. ". 1848 : - 21 février : Louis Blanc (de la loge "Les Philadelphes" à Londres) et Ledru-Rollin décide un défilé de protestation contre l’interdiction du banquet républicain. - 22 février : l’opposition à Louis-Philippe emmenée par Louis Blanc, Michelet, Lamartine et François-Vincent Raspail (de la loge "Les Amis de la Vérité" constituée de Carbonari et de républicains), organise une gigantesque manifestation de la Madeleine au Palais-Bourbon, des incidents éclatent en fin d’après-midi ; un manifestant est tué. - 24 février, après une fusillade aux Tuileries qui ont été prises d’assaut et pillées, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils le comte de Paris ; la duchesse d’Orléans est nommée régente mais doit renoncer à toute prétention devant la poussée populaire ; la Chambre est envahie par les émeutiers ; un gouvernement provisoire, présidé par Dupont de l’Eure, est constitué (Dupont de l’Eure, Lamartine, Crémieux, Garnier-Pagès, Marie, Marrast, Flocon, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Arago, Martin dit Albert) proclame la République (IIe). - 27 avril 1848 : publication des décrets d'abolition de l’ esclavage, rédigés par la commission d’abolition présidée par le frère Victor Schœlcher, sous-secrétaire aux Colonies, libre-penseur initié à la loge "Les Amis de la Vérité" à Paris et affilié à "La Clémente Amitié". 13 avril 1849 : Première Constitution du Grand Orient de France : La franc-maçonnerie, "institution éminemment philanthropique, philosophique et progressive, a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme". Le Grand Orient adopte pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Elle fut lancée en France par Antoine François Momoro, l’un des dirigeants les plus efficaces de la Société des amis des droits de l'homme et du citoyen ("Club des cordeliers") fondée par Danton le 27 avril 1790. Jean-Nicolas Pache, élu maire de Paris le 11 février 1793, la fit inscrire sur les bâtiments publics le 21 juin. En décembre 1790, dans un discours sur l’organisation des gardes nationales, Robespierre avait préconisé que les mots "Le Peuple Français" et "Liberté, Égalité, Fraternité" fussent inscrits sur les uniformes et sur les drapeaux, mais le projet ne fut pas réalisé. En juin 1793, les Montagnards adoptèrent officiellement la devise "Liberté, Égalité, Fraternité". La Constitution de 1848 la définit comme un "principe" de la République. Réinscrite sur le fronton des édifices publics à l'occasion de la célébration du 14 juillet 1880, elle figure dans les constitutions de 1946 et 1958. Le 3 décembre 1851, au matin, suite au coup d’état réalisé la veille par Louis Napoléon Bonaparte, Jean-Baptiste Baudin essaie avec quelques collègues de soulever le faubourg Saint-Antoine : 150 ouvriers environ ébauchent une barricade rapidement emportée par les forces de l’ordre : Baudin est tué [Victor Schoelcher, dans son « Histoire des crimes du 2 Décembre » écrit : « Sa mort ne fut pas sans amertume - Nous ne voulons pas nous sacrifier pour les 25 francs, lui avait dit un ouvrier ! [...] - Vous allez voir, répliqua Baudin, comme on meurt pour 25 francs ! » Le mot ne figure pas dans la notice sur Baudin du « Dictionnaire universel » (1866) de Pierre Larousse, qui dit avoir été, sur la barricade, « à vingt pas » du représentant. Baudin l’a-t-il réellement prononcé ? Rien ne permet de le nier. Jean-Baptiste Baudin (1811-1851) servit en Algérie, de 1837 à 1839, en qualité de chirurgien militaire. Il quitta l’armée et se fixa à Paris où il devint le médecin des pauvres. En contact avec le milieu ouvrier, il connut aussi Michelet, Quinet, Michel de Bourges, Lamennais. Républicain de très bonne heure, touché par les idées saint-simoniennes et fouriéristes, franc-maçon initié à la loge Le Temple des Amis de l'Honneur Français, il se lança avec enthousiasme dans la politique active après la révolution de février 1848 et présida notamment le club de l’Avenir. Le 25 mai 1848, il fut arrêté comme complice après la journée du 15 mai. Élu représentant de l’Ain à la Législative, il siégea à la Montagne, s’intéressa aux questions d’éducation, et s’opposa à la droite et au prince-président Louis-Napoléon Bonaparte. 1852 : au lendemain du coup d'Etat de décembre 1851, les dignitaires du Grand Orient, Berville et Desanlis offrent la grande maîtrise au prince Lucien Murat qui accepte. Celui-ci achète l'hôtel de la rue Cadet. 1855 : Paris, premier congrès maçonnique universel. Le 9 juillet 1860, éclate à Damas une émeute antichrétienne, probablement à l’instigation d’agitateurs ottomans. En effet, le pacha a décidé, en mars, le massacre des maronites, ces chrétiens d’Orient, uniates de rite syrien. Abd el-Kader protège le consulat de France et les chrétiens : 12 000 sont sauvés. Abd el-Kader est décoré de la Grande Croix de la Légion d’honneur et de la médaille pontificale. Il reçoit les trois grades de la Franc-maçonnerie le 18 juin 1864, dans la loge Les Pyramides à Alexandrie, au nom de la Loge parisienne Henri IV (mais l’émir signifiera sa rupture définitive au Grand Orient de France en 1865). 1861 : - Le 14 mars, coopté par ses amis (Fauvety, vénérable de la Loge Renaissance par les émules de Hiram, et Caubet, qui appartiennent tous deux au Grand-Orient), Eliphas Lévi (Alphonse-Louis Constant, ancien diacre) est initié dans la Loge parisienne "la Rose du parfait silence" dont Caubet est le Vénérable. - Le Grand Orient de France constitue la Loge des Pyramides à Alexandrie ; elle tient ses travaux en français. 1862 : - 11 janvier, Napoléon III, probablement carbonariste, qui veut imposer son autorité à la Maçonnerie, promeut Grand Maître du Grand Orient le général Magnan et lui demande de réunir les loges du rite français et celles du rite écossais ancien et accepté. Jean Pons Guillaume Viennet (1777-1868), homme politique et écrivain et Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France en 1860, s’oppose à Magnan qui doit renoncer à son projet de faire absorber le Suprême Conseil par le Grand Orient. - Le Frère Marconis de Nègre, Grand Hiérophante du Rite de Memphis, unit celui-ci au Grand Orient. Le 9 février 1863, la Société d'Utilité Publique de Genève, décide de constituer un Comité présidé par le Général Dufour, et comprenant en qualité de membres : Gustave Moynier, Henry Dunant (choqué à la vue du champ de bataille de Solferino en 1859, ce franc-maçon a écrit Un souvenir de Solferino), le Dr Théodore Maunoir et le Dr Louis Appia. Ce "Comité des Cinq", qui se donne le nom de "Comité international de secours aux militaires blessés", envisage la création de postes d'infirmiers volontaires auprès des armées en campagne. Le Comité deviendra la Croix-Rouge lors de la Conférence internationale de Genève tenue du 26 au 29 octobre. Dunant est soutenu par Napoléon III. Il recevra le prix Nobel de la Paix en 1901. 1865 : - La Constitution du Grand Orient indique que " la propagande maçonnique par la parole, les écrits et le bon exemple, est recommandée à tous les maçons" ; et, comme conséquence nécessaire de ce précepte, elle ajoute que " tout maçon a le droit de publier son opinion sur les questions maçonniques." - Dans son Histoire du Grand Orient de France, A-G Jouaust définit la franc-maçonnerie : "La franc-maçonnerie ou, par abréviation, la maçonnerie est une institution philosophique et philanthropique, qui, ouvertement ou secrètement, a pénétré dans toutes les contrées du globe avec l'esprit de progrès et de liberté du XVIIIe siècle, et qui s'y est solidement établie. Elle réunit, à l'aide de symboles et de signes particuliers, les hommes libres, c'est-à-dire les libres penseurs, et leur assure les avantages de l'association pour l'exercice de leurs droits et de leurs devoirs, soit envers leurs semblables, soit envers eux-mêmes. Elle a pour but l'amélioration morale et matérielle de l'homme, pour principes la loi du progrès de l'humanité, les idées philosophiques de tolérance, de fraternité, d'égalité, de liberté, abstraction faite de la foi religieuse ou politique, des nationalités et des distinctions sociales." - 25 septembre : allocution consistoriale Multiplices inter de Pie IX condamnant la Franc-maçonnerie: "société perverse d'hommes (...), qui, contenue d'abord dans les ténèbres et l'obscurité, a fini par se faire jour ensuite, pour la ruine commune de la religion et de la Société humaine". - 26 octobre : le pape reproche à Mgr Darboy d’avoir donné l’absoute au Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient, en présence d’insignes maçonniques posés sur cercueil. Selon certains, le pape Pie IX, Giovanni Maria Mastai Ferretti, aurait été initié dans sa jeunesse. 1867 : Naissance en Angleterre de la Societas Rosicruciana in Anglia d’inspiration authentiquement chrétienne. Le 17 novembre 1869, en présence de l’impératrice Eugénie, de l’empereur d’Autriche et des princes héritiers d’Angleterre et de Prusse, le vice-roi d’Egypte, Ismaïl Pacha (Grand Maître de la Grande Loge d'Égypte) inaugure le canal de Suez réalisé par Lesseps. 1870 : - 24 octobre, les décrets (136 et 137) "Crémieux" (Adolphe Crémieux, juif [Isaac Jacob] initié à la franc-maçonnerie à la loge du Bienfait anonyme à Nîmes) accordent la nationalité française aux 33 000 Juifs d’Algérie : « Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis ». Les décrets sont publiés le 7 novembre. - Le décret Crémieux du 25 novembre réforme l'usage de la guillotine : il retire l'échafaud et les dix marches que gravit le condamné devant la foule ; il supprime aussi la charge de bourreau de province (il en existait un par ressort de cour d'appel) : il n'y a alors plus qu'un seul « exécuteur en chef », assisté par cinq « aides », pour tout le territoire national (seules la Corse et l'Algérie conservent leurs bourreaux). 1871 : - Le 21 avril, les francs-maçons parisiens (parmi lesquels Jules Vallès, Flourens et Eudes) tentent une médiation entre communards (dont 25% sont francs-maçons) et soldats versaillais. - Le 26 avril, Jules Vallès (initié à la loge "La Justice 135"), membre de l'Internationale, cravate de son écharpe rouge la bannière de sa loge. - Eugène Pottier (1816-1897) écrit L'Internationale, chant des travailleurs du monde entier. Exilé, il sera initié à New York à la Loge "Les Égalitaires" (loge des proscrits de la Commune). - Jean-Baptiste Clément, créateur du Temps des Cerises, adhèrera à la Franc-Maçonnerie, plusieurs années après la Commune. - Pour l'avocat et écrivain américain Albert Pike (1809-1891), Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale (Morals And Dogma, 1871) ; la franc-maçonnerie et les sociétés ésotériques des 18e et 19e siècles ont puisé dans la kabbale 4. - Michel Bakounine (de la Loge italienne "Il Progresso Sociale") écrit dans Dieu et l’Etat : « Satan est le premier libre-penseur et sauveur de ce monde. Il libère Adam et imprime sur son front le sceau de l'humanité et de la liberté en le faisant désobéir. » 1873 : L’encyclique Et si multa de Pie IX condamne moins la maçonnerie que les carbonari et autres sociétés secrètes infiltrées dans les loges. 1877 : - Le Grand Orient de France considère « les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres et se refuse à toute affirmation dogmatique ». Il modifie l’article 1er de sa constitution imposant la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme, le nouvel article étant ainsi rédigé : " La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité". L’invocation au Grand Architecte de l’Univers n’est plus obligatoire ainsi que la présence de la Bible sur l’autel. Chaque loge agit comme elle le souhaite. Le Grand Orient de France est condamné par la Grande Loge de Londres qui l’exclut de l’ordre maçonnique. - 4 mai : Discours de Léon Gambetta (initié à la loge La Réforme, à Marseille, en 1869) qui déclare en réponse aux protestations des évêques contre la suppression du pouvoir temporel du pape: « et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu’en disait un jour mon ami Peyrat : le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! » 1878 : Emmanuel Arago devient Grand Orateur du Suprême Conseil de France. 1880 : - Le 10 septembre, au Congo, l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza (de la loge "Alsace Lorraine" à Paris) et le Makoko, chef des Téké, signent un traité d’amitié. - Le 23 septembre 1880, Jules Ferry est président du Conseil. Il a été initié en 1875 à la loge La Clémente Amitié, le même soir que Littré, puis affilié à la Loge Alsace-Lorraine de Paris. 1881 : - Fondation du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm après la réunion, par Garibaldi, du Rite de Misraïm constitué en 1788 par Cagliostro et du Rite de Memphis constitué en 1815 par des frères ayant suivi Napoléon en Égypte. Initié à Montevideo en 1844 à la loge L'Asile de la Vertu, Garibaldi était membre de la loge Les Amis de la Patrie au Grand Orient de France. - Le Frère sculpteur Jacques France propose aux municipalités une nouvelle version du buste de Marianne qui rencontre un grand succès. Il réalise aussi une version "maçonnique" à l’usage des loges. Le 20 avril 1884, l’encyclique Humanum genus de Léon XIII reproche "à la secte des francs-maçons" son anticléricalisme militant, son adoption du positivisme et du rationalisme, et même son satanisme : " Depuis que, par la jalousie du démon, le genre humain s'est misérablement séparé de Dieu auquel il était redevable de son appel à l'existence et des dons surnaturels, il s'est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l'un pour la vérité et la vertu, l'autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité. Le premier est le royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable Église de Jésus Christ, dont les membres, s'ils veulent lui appartenir du fond du cœur et de manière à opérer le salut, doivent nécessairement servir Dieu et son Fils unique, de toute leur âme, de toute leur volonté. Le second est le royaume de Satan. Sous son empire et en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant les funestes exemples de leur chef et de nos premiers parents, refusent d'obéir à la loi divine et multiplient leurs efforts, ici, pour se passer de Dieu, là pour agir directement contre Dieu (...) A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s'être coalisés dans un immense effort, sous l'impulsion et avec l'aide d'une Société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la Société des francs-maçons. Ceux-ci, en effet, ne prennent plus la peine de dissimuler leurs intentions et ils rivalisent d'audace entre eux contre l'auguste majesté de Dieu. C'est publiquement, à ciel ouvert, qu'ils entreprennent de ruiner la sainte Église, afin d'arriver, si c'était possible, à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ (...) Le but fondamental et l'esprit de la secte maçonnique avaient été mis en pleine lumière par la manifestation évidente de ses agissements, la connaissance de ses principes, l'exposition de ses règles, de ses rites et de leurs commentaires auxquels, plus d'une fois, s'étaient ajoutés les témoignages de ses propres adeptes. En présence de ces faits, il était tout simple que ce Siège apostolique dénonçât publiquement la secte des francs-maçons comme une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du christianisme qu'à ceux de la société civile. Il édicta donc contre elle les peines les plus graves dont l'Église a coutume de frapper les coupables et interdit de s'y affilier (...) dans l'espace d'un siècle et demi, la secte des francs-maçons a fait d'incroyables progrès. Employant à la fois l'audace et la ruse, elle a envahi tous les rangs de la hiérarchie sociale et commence à prendre, au sein des États modernes, une puissance qui équivaut presque à la souveraineté. De cette rapide et formidable extension sont précisément résultés pour l'Église, pour l'autorité des princes, pour le salut public, les maux que Nos prédécesseurs avaient depuis longtemps prévus. On est venu à ce point qu'il y a lieu de concevoir pour l'avenir les craintes les plus sérieuses ; non certes, en ce qui concerne l'Église, dont les solides fondements ne sauraient être ébranlés par les efforts des hommes, mais par rapport à la sécurité des états, au sein desquels sont devenues trop puissantes, ou cette secte de la franc-maçonnerie, ou d'autres associations similaires qui se font ses coopératrices et ses satellites(...) ce qui n'est ni moins horrible ni plus supportable, c'est de voir répudier les bienfaits miséricordieux acquis par Jésus Christ, d'abord aux individus, puis aux hommes groupés en familles et en nations : bienfaits qui, au témoignage des ennemis du christianisme, sont du plus haut prix. Certes, dans un plan si insensé et si criminel, il est bien permis de reconnaître la haine implacable dont Satan est animé à l'égard de Jésus Christ et sa passion de vengeance (...) Demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu, de se faire notre auxiliaire et notre interprète. Victorieuse de Satan dès le premier instant de sa conception, qu'elle déploie sa puissance contre les sectes réprouvées qui font si évidemment revivre parmi nous l'esprit de révolte, l'incorrigible perfidie et la ruse du démon. Appelons à notre aide le prince des milices célestes, saint Michel, qui a précipité dans les enfers les anges révoltés ; puis saint Joseph, l'époux de la Très Sainte Vierge, le céleste et tutélaire patron de l'Église catholique et les grands apôtres saint Pierre et saint Paul, ces infatigables semeurs et ces champions invincibles de la foi catholique. Grâce à leur protection et à la persévérance de tous les fidèles dans la prière, Nous avons la confiance que Dieu daignera envoyer un secours opportun et miséricordieux au genre humain en proie à un si grand danger. " 1886 : - Le 1er mai, la Federation of Organized Trades and Labor Union (F.O.T.L.U.) appelle les ouvriers américains à faire grève en faveur de la journée de huit heures. Le mouvement est un succès en raison du renfort apporté par les Knights of Labor (Chevaliers du travail), organisation héritière de traditions maçonniques, alors beaucoup plus puissante que les syndicats. - Le 28 octobre, à New York, la président Cleveland inaugure la Statue de la Liberté dont le bronze est monté sur une armature du frère Gustave Eiffel 27 : elle est l’œuvre du sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi, franc-maçon initié en 1875 à la loge Alsace-Lorraine du Grand Orient de France. La statue a été offerte officiellement par la France aux États-Unis le 4 juillet 1884 à l’occasion du Centenaire de l’Indépendance américaine. 1887 : - En Angleterre, fondation de la "Golden Dawn in the Outer", société dissidente de la "Societas Rosicruciana in Anglia". - Charles Fauvety, du Grand Orient de France, publie La Religion laïque ; issu du protestantisme libéral, il recherche une harmonie entre la religion et la raison, ne conservant Dieu que dans un sens panthéiste et ne considérant l’immortalité de l’âme que comme une probabilité. - Mort de Giuseppe Petroni, ancien avocat de la Rote Sacrée et ancien officier de l'Armée Pontificale, qui fut emprisonné à vie mais libéré en 1870. Devenu franc-maçon, il donna une allure anticléricale à la Franc Maçonnerie italienne. Il constitua la loge "Propaganda" où il réunit des hommes célèbres. 1888 : - En Allemagne, Franz Hartmann fonde l’ordre de la Rose-Croix ésotérique. - Stanislas de Guaïta fonde avec Joséphin Péladan l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, dont fait aussitôt partie Gérard Encausse dit Papus. Les tentatives d'union compagnonniques aboutissent à un nouvel éparpillement : fondée en 1889, l'Union compagnonnique devient bientôt une quatrième obédience compagnonnique. Le XIXe siècle a assisté surtout à la naissance du compagnonnage romantique en même temps que les compagnons se faisaient écrivains. 1891 : Fondation de l’ordre Martiniste par Gérard Encausse dit Papus et Augustin Chaboseau. L’ordre revendique l'héritage initiatique de Louis-Claude de Saint-Martin, disciple de Martinès de Pasqually le fondateur des Élus-Cohens (Hauts grades maçonniques), et se propose de perpétuer l’ésotérisme judéo-chrétien. 1893 : - Georges Martin et Maria Deraismes fondent la Grande Loge Symbolique Écossaise "Le Droit Humain", ordre maçonnique mixte international, proche du Grand Orient de France bien qu’ayant choisi le rite écossais. - Création à Rome de la Ligue internationale antimaçonnique. 1894 : - Fondation de la Grande Loge de France qui se réfère au " Grand Architecte de l’Univers ". - Joseph Rudyard Kipling (initié à la Loge "Hope and Esperance Lodge 782" à Lahore en Inde) publie Le Livre de la jungle. 1895 : - Le 17 janvier, Félix Faure (loge "La Parfaite Aménité" du Havre) est élu Président de la République (ses brillantes réceptions à l’Elysée lui vaudront le surnom de « Président Soleil ») - Le 27 mai, à Londres, accusé d’attentat aux mœurs avec des personnes du sexe masculin (homosexualité), Oscar Wilde (initié en 1875 à la Loge "Apollo Lodge" à Oxford) est condamné à 2 ans de travaux forcés. - L'écrivain français, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil, exclu de la Franc-maçonnerie dès le 1er degré pour « fraude littéraire » (plagiat), publie en collaboration avec le docteur Charles Hacks et sous l'unique pseudonyme de Docteur Bataille, Le diable au XIXème siècle. Il y accuse les loges d'adorer le démon et prétend qu'une certaine Diana Vaughan, fiancée du démon Asmodée, a écrit pour lui ses confessions où elle parle d'un culte satanique appelé « palladisme ». Il affirme aussi que l'américain Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, mort en 1891 à Washington, était un pape luciférien et le chef suprême de tous les francs-maçons du globe, et qu'il conférait avec Satan tous les vendredis à trois heures. Du coup, Mgr Northrop, évêque de Charleston (Caroline du Sud), se rend spécialement à Rome pour assurer Léon XIII que les francs-maçons de sa ville épiscopale sont de dignes gens et que leur temple ne s'orne d'aucune statue de Satan 16.Le 19 avril 1897, Léo Taxil donnera une conférence dans la grande salle de la Société de géographie de Paris, et avouera, devant un auditoire indigné puis furieux, qu'il s'agissait d'un canular. 1896 : Congrès antimaçonnique de Trente organisé par la Ligue internationale antimaçonnique (créée en 1893). Début du XXe siècle : A Tintagel, en Cornouailles, le "Hall de Chevalerie", siège de l'Ordre International des Chevaliers et Dames de la Table Ronde de la Cour du roi Arthur à Camelot, construit à la gloire du Roi Arthur et de ses chevaliers par Sir Thomas Glasscock, Grand Maître de l'Ordre au début du XXe siècle, est également utilisé par les maçons de la Grande Loge Unie d'Angleterre de l'endroit, d'ailleurs propriétaires des lieux qu'ils entretiennent avec un soin constant. 1901 : - Les socialistes lèvent l'interdit qui, auparavant, frappait la franc-maçonnerie. - Juin, le Grand Orient joue un rôle déterminant dans la fondation du parti républicain radical et radical-socialiste. 19 mars 1902 : Léon XIII condamne la franc-maçonnerie (lettre apostolique Annum ingressi). 1903 : Léon XIII écrit un exorcisme contre les ennemis de l'Église. 1904 : Affaire des fiches Après l’institution des délégués chargés de surveiller les sentiments républicains des habitants des communes, le gouvernement de Émile Combes (docteur en théologie, ex-séminariste, anticlérical, initié en 1869 à la Loge Les Amis Réunis de Barbezieux) va se faire communiquer des fiches sur lesquelles est mentionné le zèle républicain des fonctionnaires, et des militaires en particulier. C’est sur l’initiative du député de Béziers et haut dignitaire maçonnique, Louis Lafferre, que les loges sont sollicitées afin d’établir des fiches sur les officiers, et de les adresser au Ministre de la Guerre, le général André. Jaurès et Millerand protestent, mais Lafferre défend ses fiches et fait exclure Millerand du Grand Orient. Il existe 2 fichiers: l'un, nommé Carthage, comporte la liste des officiers douteux, suspects de cléricalisme, et l'autre, nommé Corinthe, celle de l'élite républicaine. On trouve en marge des fiches personnelles des annotations du genre: "assiste aux offices religieux", "s’est rendu à la communion de son fils", " va à la messe ", " met ses enfants à l’école libre " ou " a un frère jésuite ". Le Grand Orient de France participe à l'élaboration des fichiers bien que de nombreux Frères refusent d'établir ces listes qui ne comportent pas moins de 20 000 noms. Le scandale éclate lorsque Bidegain, secrétaire au Grand Orient, vend une copie des fichiers au Figaro qui les publie. Le député nationaliste Guyot de Villeneuve lit des fiches le 4 novembre à la Chambre ; le monarchiste Syveton gifle alors le ministre de la guerre qui démissionne le 15. Syveton est découvert mort asphyxié à son domicile le 4 décembre (suicide suite à une affaire de mœurs) et on s'empresse d'en faire porter la responsabilité aux francs-maçons. Trente-cinq députés maçons se désolidarisent du ministère Combes qui tombe le 19 janvier 1905. 1909 : Harvey Spencer Lewis, réorganise et réactive l’AMORC "Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix". Symbole : une croix dorée (représentant le corps de l’homme) ayant une rose rouge en son centre (représentant l’âme en voie d’évolution). Il existe deux autres obédiences : l’étrange "Fraternité des Polaires" qui se prétend une résurrection de la "vraie Rose-Croix" et l’École internationale de la Rose-Croix ou "Lectorium Rosicrucianum" dont le siège est aux Pays-Bas, qui s’inspire à la fois des cathares, du Graal et de la Rose-Croix, et se veut gardienne des antiques mystères chrétiens. 1910 : Fondation de la Ligue française antimaçonnique par Paul Copin Albancelli. 1912 : En Angleterre, les membres de la franc-maçonnerie mixte créent un ordre du Temple et de la Rose-Croix. 1913 : - Fondation de la Grande Loge Nationale Française (seule obédience française reconnue par la Masonry anglaise). - Fondation de la Grande Loge Mixte Française qui disparaît durant la 1ère guerre mondiale. - Charles Robert Richet (de la Loge "Cosmos" à Paris), physiologue français qui a découvert le phénomène de l'anaphylaxie, reçoit le Prix Nobel de médecine. Le 27 mai 1915, Benoît XV approuve le canon 2335 par lequel sont excommuniés latae sentenciae (par le fait même) ceux qui donnent leur adhésion à une secte maçonnique ou à des sociétés secrètes qui se livrent à des complots contre l'Église ou des pouvoirs civils légitimes. Le 12 décembre 1916, le maréchal Joseph Jacques Césaire Joffre (initié à la loge Alsace Lorraine à Paris en 1875) est remplacé par Nivelle à la tête des armées françaises. 1917 : - Le 10 janvier meurt à Denver (Colorado) William Frederic Cody, dit Buffalo Bill, figure mythique de la Conquête de l'Ouest. Celui qui fut Maître à la loge "Platte Valley 32" dans le Nebraska puis, en 1871, Franc-Maçon de Marque au chapitre "Euphrates 15", et enfin 32 du Rite Écossais, Chevalier Templier, est enterré avec les honneurs maçonniques 17. - Le 27 mai, par la bulle Providentissima, Benoît XV promulgue le Codex Juris Canonici (nouveau code de droit canonique élaboré par Pie X et Pietro Gasparri, qui entre en vigueur le jour de la Pentecôte 1918 soit le 19 mai) appelé aujourd’hui Codex Iuris Senior. Selon le code de droit canonique : " 2335 Ceux qui donnent leur nom à une secte maçonnique ou à d'autres associations du même genre qui complotent contre l'Eglise ou les pouvoirs civils légitimes, contractent par le fait même une excommunication simplement réservée au Siège apostolique. " 1918 : - Le 17 avril, le baron Rudolf von Sebottendorf (de son vrai nom Adam Alfred Rudolf Glauer), un ingénieur allemand naturalisé turc, fonde la Société Thulé (Thule Gesellschaft), ou Ordre de Thulé ou Groupe de Thulé (dont étaient probablement membres Rudolf Hess et Goering et, peut-être Hitler), société secrète pangermaniste, antisémite et illuministe, qui a pour emblème la croix de Wotan, une croix gammée aux branches courbes. Rudolf von Sebottendorf, qui est aussi franc-maçon et adepte du soufisme et de la théosophie, pratique la numérologie, l'astrologie et l'alchimie. Il avait l'ambition de concilier la franc-maçonnerie et le Coran. (http://fr.wikipedia.org/). - Le 16 septembre, le major-général John Pershing (initié franc-maçon à la Loge "Lincoln Lodge" de Lincoln au Nebraska), à la tête de 300 000 hommes de l'AEF (American Expeditionary Force) appuyés par 110 000 Français, remporte la bataille du saillant de Saint-Mihiel. En 1919, André Citroën (loge "La Philosophie Positive" à Paris) reconvertit son usine d'armement en industrie automobile ; il absorbe le constructeur automobile Mors et fonde Citroën avec pour emblème le double chevron (souvenir de sa première usine d'engrenages à chevrons). Le 16 mai 1921, le président Alexandre Millerand (initié à la Loge "L'Amitié") rétablit les relations diplomatiques avec le Vatican. 1922 : La IIIe Internationale oblige les membres du parti communiste français à choisir entre le parti et la franc-maçonnerie. Le parti communiste français interdit à ses membres d'adhérer à la Franc-Maçonnerie. 1923 : - Paul Vulliaud (1875-1950), peintre et érudit originaire de Lyon, publie sa grande œuvre : La Kabbale juive. Paul Vulliaud, après avoir exposé au salon de la Rose-Croix du Sar Péladan, se fâcha avec celui-ci à l’occasion de son ouvrage, La Pensée ésotérique de Léonard de Vinci (1906), qu’il lui avait dédié (l’édition de 1910, qui critique Péladan, a été rééditée en 1945). En octobre 1907, Vulliaud fondait la revue mensuelle Les Entretiens idéalistes, qui durera jusqu’en juillet 1914 et à laquelle collaborèrent Fernand Divoire, Henri Clouard, Paul Vaillant-Couturier, Léon Bloy. Vulliaud publia en 1925 Le Cantique des cantiques d’après la tradition juive ; en 1926, Joseph de Maistre franc-maçon ; en 1929, Les Rose-Croix lyonnais au XVIIIe siècle, composé à l’aide du fonds Willermoz, propriété de l’éditeur Émile Nourry. La bibliothèque de Vulliaud a été donnée par sa veuve à l’Alliance israélite universelle. - 29 octobre 1923 : proclamation de la République turque dont Mustafa Kemal dit Atatürk est le premier président. Il aurait été membre de la loge italienne "Macedonia Resortae Veritas". 1924 : - 13 juin : Gaston Doumergue (de la loge "L'Écho" du Grand Orient à Nîmes) est élu à la présidence de la République (son mandat s'achèvera le 13 juin 1931). - Les loges new-yorkaises professe la croyance à l’existence d’un Dieu personnel et à l’immortalité de l’âme : "Il existe un Dieu unique, père de tous les hommes ; la Sainte Bible est la grande Lumière en maçonnerie, et la règle et le guide pour la foi et la pratique. L’homme est immortel. La conduite détermine la destinée. L’amour de l’homme, après l’amour de Dieu, est le premier devoir de l’homme. La prière, communion de l’homme avec Dieu, est secourable." 1926 : - Le frère (et Sir) Arthur Conan Doyle, créateur de Sherlock Homes, publie une Histoire du Spiritisme. - En décembre, les ministres des affaires étrangères des gouvernements français et allemand, Aristide Briand et Gustav Stresemann (initié en 1925 à la Loge "Friedrich der Grosse"), reçoivent le Prix Nobel de la paix. 1927 : - Les 20 et 21 mai, en 33 heures et 30 minutes, Charles Augustus Lindbergh (reçu en 1926 à la loge "Keystone Lodge 243" à Saint-Louis dans le Missouri), à bord de son avion Spirit of Saint Louis, est le premier pilote à relier New York à Paris. - En décembre, le frère Henry Ford (1863-1947) met la Ford Modèle A sur le marché. Le 29 juin 1929, à Londres, Alexander Fleming (Vénérable de la loge "Santa Maria") publie dans le British Journal of Experimental Pathology sa découverte de la pénicilline (par hasard, le 3 septembre 1928, en rentrant de vacances) : « un certain type de penicillium produit en culture une puissante substance antibactérienne. On suppose qu’elle peut être un antiseptique efficace ». L’article passe inaperçu tout comme une découverte identique faite à Lyon en 1897 par le docteur Ernest Duchesne que l’Académie de Médecine reconnaîtra en 1949, comme le précurseur de l’antibiothérapie et l’initiateur d’une des plus grandes découvertes du siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une équipe de chimistes dirigée par Ernst Boris Chain et Howard Walter entreprend de purifier la pénicilline et de la produire sous une forme stable ce qui permettra son usage clinique. 1931 : - 23 avril, mort de Victor Augagneur, professeur à la Faculté de Médecine de Lyon, maire de Lyon, député, ministre des travaux publics puis de l'Instruction Publique, Gouverneur de Madagascar, et Vénérable de la Loge "Les Amis de la Vérité" à Lyon. - Chaboseau instaure l’ordre Martiniste traditionnel, parrainé par l’AMORC (ordre de la Rose-Croix). Le 6 mai 1932, le président de la République Paul Doumer (initié à la loge "L'Union Fraternelle") tombe sous les balles de Gorguloff (un émigré russe illuminé qui sera exécuté le 14 septembre). Doumer meurt le 7. Albert Lebrun lui succède le 10 mai. 1934 : - L’affaire Stavisky rejaillit sur la Maçonnerie : 3 000 maçons démissionnent. - Aristide Quillet (fondateur de la loge "la Marseillaise" de Paris en 1936), publie son Dictionnaire encyclopédique en 6 volumes. L’avènement de régimes politiques autoritaires dans la première moitié du XXe siècle constitue une menace sérieuse pour la franc-maçonnerie : Hitler impute la responsabilité de diverses actions subversives aux francs-maçons, auxquels il attribue même les incidents qui ont mené à la Première Guerre mondiale. Le 17 août 1935, les ordres francs-maçons sont dissous en Allemagne. Staline, Mussolini, Franco (il haïssait son père, lequel était franc-maçon), Salazar et Pétain feront de même. Le 28 mars 1937, à Pâques, Pie XI publie l’encyclique Nos es muy conocido (Il nous est bien connu) stigmatisant la persécution religieuse au Mexique depuis l'adoption de la constitution de 1917 jugée maçonnique par l'Église. 1938 : Le texte d'Arthur Groussier pour un retour aux sources symboliques du Rite Français est adopté par le Grand Orient (1955 marquera un début de retour du symbolisme dans le rituel du Grand Orient sous le nom de "rite français dit Groussier"). 1940 : - Le 10 mai, Winston Churchill (initié à la franc-maçonnerie à « Studholme Lodge », à Londres en 1901) est nommé Premier Ministre en remplacement de Chamberlain ; il refuse de négocier une paix séparée avec Hitler. - Le 20 juin, 27 parlementaires hostiles à Laval dont Daladier, Mendès-France (initié à la loge "Union et Progrès" de Pacy-sur-Eure) et Georges Mandel, embarquent au Verdon sur le "Massilia", paquebot de ligne réquisitionné par le gouvernement Paul Reynaud, à destination de Casablanca (départ le 21). - Le 24 juin, à Casablanca, les passagers du paquebot "Massilia" sont consignés dans un hôtel dès leur arrivée. Les députés mobilisés comme officiers, Jean Zay (initié à la Loge "Étienne Dolet" d'Orléans), Mendès-France, Alex Wiltzer et Pierre Viénot, seront arrêtés pour "désertion devant l'ennemi", rapatriés en métropole et traduits devant le Tribunal militaire de Clermont-Ferrand. Édouard Daladier et Georges Mandel, accusés d'être responsables de la défaite, seront jugés au procès de Riom. Les autres parlementaires ont été autorisés à regagner la France le 18 juillet. - Le 10 juillet, Vincent Auriol (initié à la loge "Les Cœurs Réunis" à Toulouse), Alexandre Bachelet (initié à la loge "L'Étoile Polaire", Orient de Batignolles), Camille Bedin (franc-maçon) et Paul Ramadier (initié à la loge "La Parfaite Union" à Rodez) font partie des 80 députés qui votent contre l’attribution des pleins pouvoirs à Philippe Pétain. - Le 7 août, Arthur Groussier, président du Grand conseil de l’ordre du Grand Orient annonce la dissolution volontaire de celui-ci. - Le 14 août, une loi interdit les sociétés secrètes, les loges sont dissoutes, leurs biens et archives saisis. A Paris, une exposition antimaçonnique est présentée au Petit Palais. - Le 26 août, à la mairie de Fort-Lamy, le gouverneur du Tchad, Félix Eboué (initié en 1922, à la loge "La France Équinoxiale" à Cayenne), proclame, avec le colonel Marchand, commandant militaire du territoire, le ralliement officiel du Tchad au général de Gaulle. 1941 : 11 août, France, une loi ordonne l’expulsion des francs-maçons de la fonction publique et la publication au Journal Officiel des noms des dignitaires (540 fusillés, 989 déportés). 1944 : - 22 mars : Paris, 84 avenue Foch, mort de Pierre Brossolette, résistant et franc-maçon (initié à la loge "Emile Zola"), qui s'est défenestré du 5e étage après avoir été torturé par la Gestapo. - 21 juin : la milice exécute Jean Zay, ministre de l'Éducation Nationale du Front Populaire, initié en 1926 à la loge "Étienne Dolet", à Orléans. 1945 : - 12 avril : Warm Springs (Géorgie), mort du président Franklin D. Roosevelt ; à ce frère défunt, succède le frère Harry S. Truman qui devient le 33e président des États-Unis d’Amérique. - Fondation de l’Union Maçonnique Féminine de France (qui deviendra, en 1952, la Grande Loge Féminine de France). - Le 2 septembre, le général américain Douglas MacArthur [reçu franc-maçon "au maillet" (at sight) puis affilié à la Loge "Manila" aux Philippines], commandant suprême des forces alliées dans le Sud-Ouest du Pacifique, préside la signature des actes de capitulation du Japon à bord de l'USS Missouri Les compagnons du XXe siècle acceptent d'être aussi des syndiqués. Relativement préservés lors de l'épisode de l'État français, les compagnonnages se dotent de structures fermes entre 1945 et 1946. le 27 juin 1946, le chef du vietminh, Ho Chi Minh, initié au GODF en 1919 à Paris et affilié à la Loge Benjamin Franklin en Suisse 35, est reçu dans la capitale française par son ami et "frère" Marius Moutet, ministre socialiste de la France d’Outre-Mer. Le 5 juin 1947, le général américain George Catlett Marshall [reçu franc-maçon "au maillet" (at sight) en 1941 au District of Columbia] présente le programme de la reconstruction européenne, le fameux « Plan Marshall » ; la France l’accepte le 17 juin (elle bénéficiera de l’aide américaine jusqu’en 1964). 1949 : 29 mars, Jean Mamy, journaliste et réalisateur, condamné à mort pour sa collaboration particulièrement active avec l'occupant, est le dernier fusillé de l'épuration. Son dernier film, le moyen métrage Forces occultes (1943), est une œuvre de propagande qui attaque la franc-maçonnerie dont il a fait partie (Vénérable, entre 1931 et 1939, de la loge Renan, du Grand Orient de France), le parlementarisme et les juifs, et dénonce un prétendu complot judéo-maçonnique. Le président Vincent Auriol (initié dans la loge Les Coeurs Réunis à Toulouse), lui a refusé sa grâce. 1952 : - L’Union Maçonnique Féminine de France devient la Grande Loge Féminine de France. - Fondation de l’ordre Martiniste de Philippe Encausse. 1953 : La promulgation de sa Déclaration de principes place la Grande Loge de France dans une position intermédiaire entre celle du Grand Orient de France et celle de la Grande Loge Nationale Française. Quoique formée partiellement d'agnostiques, elle tient à maintenir de bonnes relations avec l'Église catholique dont elle reçoit parfois des dignitaires à l'occasion de conférences ou de séminaires comme elle le fait avec les représentants des autres religions (Wikipedia, Grande Loge de France). La Grande Loge de France rétablit l'obligation pour ses loges de travailler en présence d'une Bible ouverte sous l’équerre et le compas ; quelques loges lisent les premiers versets de l’évangile de Jean auquel elle est souvent ouverte, sans aucune obligation (Claude Gagne). 1954 : - 21 juillet, fin de la Conférence de Genève ouverte le 26 avril et à laquelle ont participé les représentants du Cambodge, de l’Etat du Vietnam, des Etats-Unis d’Amérique, de la France, du Laos, de la République démocratique du Vietnam, de la République populaire de Chine, du Royaume-Uni et de l’Union des Républiques socialistes soviétiques : la Déclaration finale, signée notamment par le président du Conseil, Pierre Mendès-France (initié en 1928 à la loge Union et Progrès, à Pacy-sur-Eure, le 9 octobre 1928), et Pham Van Dong, met fin à la guerre d'Indochine opposant, depuis 1946, la France, le Cambodge, le Laos et le Viêt-Nam. - Fin 1954 : France, fondation de la Grande Loge du Régime Rectifié 1956 : - Le 22 octobre, l’avion marocain de la compagnie Air Atlas, qui transporte de Rabat à Tunis 5 représentants du FLN (Ben Bella, Khider, Lacheraf, Boudiaf et Aït Ahmed), est intercepté en plein vol par l’aviation française qui le contraint à se poser à Alger où les nationalistes sont arrêtés : l’opération a été menée par le ministre-résident en Algérie, Robert Lacoste, avec l’aval du président du conseil Guy Mollet (de la loge "La Conscience" à l'orient d'Arras). - Le 9 novembre, Cecil Blount DeMille (1881-1959), réalisateur et producteur américain de cinéma, présente à New York son dernier film, Les Dix Commandements, un remake de sa propre œuvre de 1923, qui est un triomphe mondial. Ancien pasteur, il avait été Initié à la Prince d'Orange Lodge No. 16, à New York. Il effectua un voyage en Europe où il rencontra entre autres Churchill, le pape Pie XII et Konrad Adenauer. (Wikipedia) 1958 : - Suite à une scission au sein de la G.L.N.F., fondation de la Grande Loge Nationale Française Bineau et de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. - Le 28 octobre, Angelo Giuseppe Roncalli, dont on dit qu’il a été reçu dans l’ordre de la Rose-Croix, est élu pape et prend le nom de Jean XXIII. Nonce en France en novembre 1944, il entra en amitié avec des hommes politiques tels que le frère Vincent Auriol et Édouard Herriot [maçon sans tablier (non initié) fréquentant les loges, participant à des tenues blanches et entouré de frères]. 1960 : Fondation de la Grande Loge française de Memphis-Misraïm. 1961: - Création du Centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg (CLIPSAS) qui fédère des obédiences "libérales" désireuses de préserver leurs spécificités face aux obédiences anglo-saxonnes "dogmatiques". - Le jésuite Michel Riquet participe à une tenue maçonnique au Grand Orient de France. En 1962, le Président du Sénat, Gaston Monnerville (initié à la Loge "Vérité 280" de Toulouse) s’oppose au projet de référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel. 1964 : Scission à la Grande Loge de France : 600 frères rejoignent la Grande Loge Nationale de France. 26 avril 1968 : Fondation de la Loge Nationale Française. Dans les années 70, les travaux des loges portent sur insémination artificielle, divorce par consentement mutuel, greffe d’organes, droit des homosexuels, internement psychiatrique, euthanasie, etc. 1973 : - Fondation de la Grande Loge Mixte Universelle. - Le Grand Orient de France remet la patente du Rite Français à la Grande Loge Féminine de France ; l'obédience féminine développe une version du rite français adaptée à ses spécificités (Wikipedia, Rite français). - 11 septembre, au Chili, un putsch militaire est conduit par le général Pinochet (+10/12/2006), franc-maçon initié à la loge San Bernardo (mais qui ne fut pas un frère actif) : mort du président Allende, initié à la loge Hiram de Santiago dont il fut le vénérable (selon son médecin il s’est suicidé avec une arme de collection offerte par son ami Fidel Castro ; pour d’autres il a été abattu par la junte ou par un des ses propres gardes) 1974 : Le révérend père jésuite Michel Riquet, propose, en vain, une réconciliation de l’Église catholique avec la maçonnerie française. Le 11 septembre 1975, la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi déclare que le canon 2335 ne viserait que les catholiques faisant partie d’associations agissant contre l'Église (il reste cependant interdit aux clercs, aux religieux et aux membres séculiers de faire partie d’une association maçonnique sauf dispense). 1976 : - Fondation de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis. - Création de la revue Brèche par l’abbé Jean-François Six, responsable du secrétariat français pour les non-croyants. Cette revue se trouve ensuite codirigée par son fondateur et par un franc-maçon du Grand Orient de France, Bernard Montanier, ce qui vaut quelques difficultés à ce dernier dans son obédience. 1979 : le 30 octobre, le ministre du travail, Robert Boulin, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines). "En 1975-1976, en tant que Vénérable Maître de la Loge James Anderson de la Grande Loge de France, j'ai initié Robert Boulin au grade d'apprenti franc-maçon. Il est ainsi devenu pour moi un frère et un ami jusqu'à sa disparition brutale en 1979. Il était maître maçon parce qu'assidu aux travaux de la loge (...) Pendant les 48 heures qui ont suivi sa mort, je n'ai pas cru au suicide, tout comme le Vénérable qui m'avait succédé." (Pourquoi je ne crois pas au suicide de Robert Boulin, Par Père Michel Viot, Prêtre catholique, 24/06/2010, Tribune Rue89) 1981 : Fondation de la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm, issue de la fondation des loges Hator en 1965 et Le Delta en 1971. 1982 : - 18 juin, Londres, Roberto Calvi, membre de la loge Propaganda Massonica Due (P2) dirigée par le Grand-Maître Licio Gelli (exclu du Grand Orient d'Italie en 1981), et président de Banco Ambrosiano dont la banque du Vatican (IOR) est devenu l'actionnaire majoritaire, est retrouvé pendu sous le pont de Blackfriars Bridge. - Fondation de la Grande Loge Mixte de France (scission de la Grande Loge Mixte Universelle). 1983 : - Le canon 1184 du nouveau code de droit canon (constitution apostolique Sacrae disciplinae legis) ne mentionne pas les francs-maçons parmi ceux auxquels on doit refuser les funérailles catholiques et il ne maintient pas leur excommunication prévue à l’ancien canon 2335. Le canon 1374 prévoit que "doivent être punis d’une juste peine ceux qui donnent leur nom à une association qui se livre à des complots contre l'Église ; les promoteurs ou dirigeants d’une telle association seront punis par l’interdit." - 26 novembre : la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle : "Certains se sont demandés si la pensée de l'Église sur la franc-maçonnerie avait changé parce qu'il n'en est pas fait mention expresse dans le nouveau Code de Droit Canon comme c'était le cas dans l'ancien Code. La Sacrée Congrégation est en mesure de répondre que cet état de fait est dû à un critère utilisé pour la rédaction et qui a été observé également pour d'autres associations, passées de la même façon sous silence, dans la mesure où elles étaient comprises dans des catégories plus larges. Le jugement négatif de l'Église sur la franc-maçonnerie demeure dont inchangé parce que ses principes ont toujours été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l'Église ; c'est pourquoi il reste interdit par l'Église de s'y inscrire. Les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s'approcher de la Sainte Communion. Les autorités ecclésiastiques locales n'ont pas la faculté d'émettre sur la nature des associations de la franc-maçonnerie un jugement qui entraînerait une dérogation à ce qui est mentionné ci-dessus, conformément à l'esprit de la Déclaration du 17 février 1981 de cette même Sacrée Congrégation. Le Souverain Pontife Jean-Paul II, au cours de l'audience accordée au soussigné le Cardinal Préfet, a approuvé la présente déclaration adoptée au cours de la réunion ordinaire de cette Sacrée Congrégation et en a ordonné la publication. Donné à Rome, au Siège de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 26 novembre 1983. Joseph Cardinal Ratzinger, Préfet Fr. Jérôme Hamer, o.p., Archevêque titulaire de Lorium, Secrétaire." 1985 : - 26 juin, la Grande Loge Unie d'Angleterre affirme dans son bulletin trimestriel : « La franc-maçonnerie n'est pas une religion ni le remplacement d'une religion. Elle exige de ses membres la croyance en un Être suprême mais ne fournit aucune méthode de foi par elle-même... Il n'y a pas de Dieu maçonnique. Un franc-maçon reste voué au Dieu de la religion qu'il professe. Les francs-maçons se réunissent dans le respect commun de l'Être Suprême, mais il demeure "Suprême" dans leurs propres religions et ce n'est pas le rôle de la franc-maçonnerie d'essayer d'unir les religions. Il n'y a pas de Dieu maçonnique composé. » - Les cinq obédiences maçonniques françaises lancent un appel à la fraternité avec des associations humanitaires et des représentants de diverses religions, revendiquant le droit à la justice, à la liberté et à l’égalité pour les immigrés. 1987 : - Le 5 février, Michel Baroin, ancien commissaire de police aux Renseignements généraux puis à la Direction de la surveillance du territoire (DST), président de la GMF puis de la FNAC, grand maître du Grand Orient de France (GODF) entre 1977 et 1978 et maire de Nogent-sur-Seine en 1983, est tué dans un accident d’avion en Afrique : son avion s’écrase au Cameroun peu après son décollage de Brazzaville, au Congo, où il venait de rencontrer le président congolais Denis Sassou-Nguesso. Il est enterré au cimetière de Vaugirard à Paris après une cérémonie religieuse célébrée par la hiérarchie catholique, conformément à sa volonté explicite. 28 - Toulouse, colloque maçon-catholique. - 13 juillet : le synode général de l'Église d’Angleterre qualifie la franc-maçonnerie d’hérétique et juge la pratique maçonnique incompatible avec l’appartenance à l'Église chrétienne. 1988 : - Le 17 février, la Suisse remet à l’Italie Licio Gelli, grand maître de la loge Propaganda 2 (P 2) et présumé responsable de la banqueroute de la Banco Ambrosiano liée à la banque vaticane. - Le 15 juin 1988, alors que la guerre civile menace la Nouvelle-Calédonie, Jacques Lafleur (RPCR) et Jean-Marie Tjibaou (FLNKS), qui sont tous les deux francs-maçons, se rencontrent pour la première fois depuis 5 ans, suite à l'envoi, par le premier ministre, Michel Rocard, d'une délégation composée de Christian Blanc, de monseigneur Guilerteau, de Roger Leray, l'ancien grand maître du Grand Orient de France, du conseiller d’État Jean-Claude Périer, du sous préfet Pierre Steinmetz et du pasteur Jacques Stewarte, lesquels ont permis de renouer les fils du dialogue. Les négociations aboutissent aux accords de Matignon. - Fondation de la Grande Loge Traditionnelle. 1989-2004 : Marc Blondel, membre de la loge « République » du Grand Orient de France (Le Point, 4 janvier 2002), est secrétaire général du syndicat Force ouvrière du 4 février 1989 au 7 février 2004. Le 8 mars 1995, Roland Dumas est nommé Président du Conseil constitutionnel par le Président de la République, François Mitterrand ; il se met en congé le 23 mars 1999 et démissionne le 1er mars 2000. "Celui qui fut député (PS) de Dordogne de 1981 à 1988 a longtemps fréquenté le temple de la rue Saint-Front (à Périgueux, ndlr). Il était membre des Amis persévérants et l'étoile de Vésone réunis [...] "Il a surtout terni notre image au moment de l'affaire Elf et de ses frasques avec la Périgourdine Christine Deviers-Joncour", grommelle un "fils de la veuve" [...] "On peut évoquer l'image controversée de Dumas, personnalité semi-mondaine, mais on ne peut pas jeter la pierre à Dumas franc-maçon", défend Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de France. "D'ailleurs, si c'est moi qui l'ai exclu au moment de la karchérisation des loges, c'est aussi moi qui l'ai réintégré lorsque la justice l'a blanchi", rappelle-t-il à L'Express. A l'époque de sa mise au ban, Roland Dumas fréquentait, à Paris, l'atelier baptisé "Demain", en parallèle de son activité maçonnique à Périgueux. Aujourd'hui, il ne porte plus le tablier en Dordogne, mais a rejoint, dans la capitale, la loge Patriam recuperare" 29. 1996 : Mai, création de l’Association maçonnique intercontinentale libérale. Le 18 mars 2001, pour la première fois depuis 1905 (Victor Augagneur), la ville de Lyon se donne un maire, Gérard Collomb, qui est aussi un « frère » du Grand Orient de France initié en 1989 18. Il est réélu le 9 mars 2008. 2002 : - Fin septembre : Alain Bauer, grand maître du Grand Orient de France, et le grand maître de la Grande Loge de France approuvent le procureur de Nice, Éric de Montgolfier, qui dénonce les agissements de réseaux maçonniques locaux. Ces deux grandes obédiences de la franc-maçonnerie française auraient décidé de lancer une opération "mains propres". - Le 12 décembre, dans une interview donnée au Nouvel Observateur, Alain Bauer préconise "l'éradication des fraternelles" inventées pour permettre à des frères et des sœurs de se rencontrer et de faire des affaires. 2003 : - Le 23 juin 2003, à l’occasion du 275ème anniversaire de la fondation de la première loge française, le Président Chirac reçoit officiellement les dignitaires des 9 principales obédiences de la franc-maçonnerie : Le Grand Orient de France(GODF), La Grande Loge de France (GLDF), Le Droit Humain (DH), La Grande Loge Féminine de France (GLFF), La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO), La Grande Loge Mixte de France (GLMF), La Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm (GLFMM), La Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), La Loge Nationale Française (LNF). Le 26, les frères sont réunis à Lyon pour fêter cet anniversaire. - En novembre, fondation à Nice de la Grande Loge Traditionnelle et Moderne de France (GLTMF) Le 10 décembre 2005, au lendemain du 100ème anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, une centaine de francs-maçons de toutes obédiences manifestent à Paris pour défendre la laïcité. Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France, déclare sur LCI : "La laïcité, c'est une valeur essentielle, c'est le fondement de la République." Jean-Marie Matisson, grand maître adjoint au GOF chargé de la laïcité, explique que celle-ci "est le socle de l'édifice républicain et la valeur principale qui anime le Grand Orient.". Le GOF demande notamment "que la loi de 1905 soit étendue à toute la France" c'est-à-dire aux départements d'Alsace et de Moselle encore soumis au Concordat de 1801 dont il réclame l'annulation. Les francs-maçons, qui jugent "dangereuse" la commission d'études sur la loi de 1905 créée par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, ont remis au président de l'Assemblée une liste de propositions destinées à défendre la laïcité. Les francs-maçons avaient manifesté précédemment, en 1994, contre un projet de réforme de la loi Falloux (LCI). 2006 : - Le 9 septembre, la Grande Loge Féminine de France (GLFF), principale obédience féminine, accueille une "cérémonie de présentation" d'un couple de femmes homosexuelles, en présence de délégations de la GLFF et de représentants d'autres obédiences maçonniques ainsi que de la Fraternelle des enfants de Cambacérès, groupement réunissant des francs-maçons homosexuels de toutes obédiences (AFP). - Le 24 octobre, la Cour de cassation (Chambre civile 1, N° 04-16.706) estime que "ne constitue pas une atteinte à la vie privée, la révélation dans un article de presse relatif à la mise en examen du maire d'une commune, l'appartenance de l'intéressé et d'autres membres du conseil municipal à la franc-maçonnerie, dès lors que cette révélation s'inscrit dans le contexte d'une actualité judiciaire et est justifiée par l'information du public sur un débat d'intérêt général." 2007 : - Le 2 mars, le Vatican redit son opposition aux francs-maçons. « L'appartenance à la Franc-maçonnerie et à l'Église catholique sont incompatibles » aux yeux de l'Église, rappelle Mgr Gianfranco Girotti, régent du tribunal de la pénitencerie apostolique. Il souligne que « l'Église catholique a toujours critiqué la conception mystique propre à la Franc-maçonnerie, la déclarant incompatible avec sa propre doctrine » et rappelle avec la Congrégation pour la doctrine de la foi que l'adhésion à une loge maçonnique demeure interdite par l'Église. Ceux qui y contreviennent sont en état de "péché grave" et ne peuvent pas avoir accès à l'eucharistie. (Le Figaro, 5 mars 2007) - Le 6 mai, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. L'éditorial Sud-Ouest 19 qui publie un entretien avec l'écrivain Jacques Clouché, mentionne que "La Lumière", sa loge de Neuilly, aurait été fréquentée par Nicolas Sarkozy, pendant sa traversée du désert, après la défaite d’Édouard Balladur. 2008 : - "Maçon depuis un quart de siècle, le tribun de gauche (le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon, ndlr) s'est taillé un franc succès avec sa « planche » (exposé) très anti-Sarkozy, dans le grand temple Arthur-Groussier, à Paris, le 22 janvier dernier" 20. - Dans une interview publiée dans L'Express du 20 février 2008, Xavier Bertrand, ministre du Travail, des relations sociales et de la solidarité, reconnaît avoir adhéré à la franc-maçonnerie en 1995 et faire partie du Grand Orient de France (classé à gauche, ndlr), Loge "les Fils d'Isis" de Terguier (Aisne). - "Le 18 décembre 2008, le Saint-Siège et la France ont signé un accord « sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur » : la France rejoint enfin la pratique des autres pays européens en validant officiellement les études universitaires poursuivies dans les établissements supérieurs catholiques. L’accord (décret 2009-427 du 16 avril 2009, ndlr) n’a été publié au Journal officiel que le 19 avril 2009. Le retard est dû, sans doute, à la colère et au mécontentement qu’ont exprimés plusieurs organisations laïques et certains milieux universitaires. Un « Collectif pour la promotion de la laïcité » s’est constitué contre cet accord ; il est composé d’instances maçonniques (au premier rang, le Grand Orient de France), d’organisations laïques, toutes paramaçonniques, et de quelques députés et sénateurs (tous francs-maçons ou proches d'eux, tels que les sénateurs Michel Charasse, présenté souvent comme « maçon sans tablier » 39, et Jean-Luc Mélenchon qui intégra la loge Roger Leray du Grand Orient de France en 1983 38). Ce Collectif a lancé une pétition et préparé un recours "pour excès de pouvoir", déposé devant le Conseil d’Etat, demandant l’annulation du décret." (Yves Chiron, Présent, 28 novembre 2009 21). 2009 : - En mars, Alain Bauer, spécialiste des questions de sécurité, devient professeur titulaire de la chaire de criminologie du Conservatoire national des arts et métiers ; Alain Bauer a été Grand Maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003 avant d'en démissionner en 2005 28. - Le 8 juin 2009, à Barcelone (Espagne), mort de Omar Bongo (né en 1936), Président de la République du Gabon et Grand Maître de la Grande Loge du Gabon en 1983. 2010 : - Le 8 avril, l'instance juridique du Grand Orient de France (GODF) autorise ses loges à initier des femmes : "La chambre suprême de justice maçonnique (CSJM) a décidé que les loges qui avaient pris la liberté en 2008 d'initier des femmes n'avaient pas agi en contradiction avec notre règlement (...) ces six femmes doivent être administrativement régularisées comme membres du Grand Orient de France (...) cette décision autorise les 1.128 loges du Grand Orient de France qui le souhaitent à initier des femmes" explique le chargé de communication du Grand Orient de France, Gérard Contremoulin. - Le lundi 10 mai, invitation de la Grande Loge Nationale de France à assister au grand temple de la Grande Loge Nationale Française, 12, rue Christine de Pisan, à Paris, à une conférence de Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen, aux côtés de la pasteure Agnès von Kirchbach, du théologien Ghaleb Bencheikh, du Grand rabbin Haïm Korsia, sur le thème "Franc-maçonnerie régulière et monothéisme au XXIe siècle". Le même jour, à Lyon, le club "Dialogue et Démocratie française", qui rassemble des francs-maçons, hommes et femmes de toutes obédiences, réunit le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, le Grand rabbin Richard Wertenschlag, le président du Conseil régional du culte musulman, Azzedine Gacci, et le président de l´Eglise réformée de Lyon, Joël Rochat, pour un dîner-débat sur le thème "Laïcité, religion, spiritualité". - Le 2 septembre, réunis en convent à Vichy (Allier), 1 200 représentants des loges du Grand Orient votent, à la majorité de 51,5%, que "ne peut plus être refusé qui que ce soit dans l'obédience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe". Guy Arcizet, médecin retraité de 67 ans et membre du parti socialiste, est élu Grand Maître. 2011 : - Le 19 février, un collège de grands officiers installateurs de la Grande Loge unie d'Angleterre, des Grandes Loges unies d'Allemagne et de la Grande Loge nationale française, installe la Grande Loge nationale régulière de la principauté de Monaco (GLNRPM). Jean-Pierre Pastor, consul de Monaco à La Havane, en est le grand maître, Claude Boisson, ancien vice-président du Conseil national (le parlement monégasque), le député grand maître, et enfin Franck Nicolas, ancien partenaire de bobsleigh du prince Albert, le grand secrétaire. Monseigneur Bernard Barsi, archevêque de Monaco, en rappelant la déclaration de la Congrégation de la doctrine de la foi en date du 26 novembre 1983 (voir, ndlr), déclare que l'adhésion à la franc-maçonnerie, quelle que soit l'obédience choisie, est incompatible avec l'appartenance à l'Église catholique. 26 - Le 9 mai, le Grand Orient de France communique : "La progression des courants populistes dans de nombreux pays européens préoccupe les francs-maçons du Grand Orient de France [...] Des discours xénophobes et europhobes gagnent les grandes formations politiques traditionnelles". - Le 22 juillet, à Oslo (Norvège), une explosion secoue les abords du siège du gouvernement, puis, sur l'île d'Utoeya dans le fjord d'Oslo, un homme déguisé en policier ouvre le feu sur 600 jeunes gens rassemblés à une université d'été de la jeunesse travailliste. L'auteur de ces 2 attentats dont le bilan s'élève à 76 morts, Anders Behring Breivik, est un Norvégien de 32 ans. Peu avant de passer à l'acte, il a diffusé sur internet un manifeste de 1.500 pages dans lequel il vise le marxisme, le multiculturalisme et l'islam et déplore "la féminisation de la culture européenne" ; il fait remonter le début de son odyssée à 2002 à Londres avec la fondation, avec 8 autres personnes, de « l’Ordre militaire et tribunal pénal européen - les chevaliers Templiers ». Il figure sur la liste des membres de la loge Søilene (Ordre norvégien maçonnique) sous la désignation : "Behring, Anders né en 1979" 32. - Le 3 décembre, plusieurs centaines de membres de la Grande Loge nationale de France (GLNF), opposés à leur Grand Maître François Stifani dont ils réclament le départ depuis plusieurs mois, manifestent à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) où a lieu la tenue solennelle annuelle. Claude Seiler, ex-Grand maître provincial de la GLNF et un des principaux opposants, reproche notamment à Stifani d’avoir "dit que la GLNF avait 43.000 membres à la disposition du président de la République". Il déclare que "François Stifani veut utiliser la GLNF à ses fins personnelles, en introduisant de la politique dans l’obédience" et que "les règles maçonniques veulent qu’on ne parle pas de politique, ni de religion" 34. - Le 22 novembre, devant les frères du Grand Orient de France, François Hollande, candidat PS à la présidentielle - souvent présenté comme un maçon sans tablier 37 - déclare qu’il envisage d'inscrire la loi de Séparation des Eglises et de l’État dans la Constitution 36. - Le 10 décembre, Guy Arcizet, le Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), met en garde contre la "caricature" qui consisterait à "réduire" la franc-maçonnerie à l'affaire de proxénétisme dite de l'Hôtel Carlton de Lille et indique que le Grand Orient de France a suspendu quatre frères mis en examen dans cette affaire, notamment pour proxénétisme aggravé en bande organisée. 2012 : - Depuis 2011, l'avocat Gilbert Collard (initié à la fin des années 1960 dans l'atelier marseillais des Vieux Amis de la GLDF fréquenté par son père, il rejoignit la GLNF après la mort de ce dernier) préside le comité de soutien à Marine Le Pen, candidate à la présidence de la République. Conclusion Les effectifs de la franc-maçonnerie diminuent partout dans le monde sauf en France où ils augmentent. Il y aurait en France 150 000 maçons dont 23 000 sœurs ; les obédiences principales, le Grand Orient, la Grande Loge Nationale Française et la Grande Loge de France, compteraient respectivement 50 000, 38 000 et 28 000 membres. Le Droit Humain (DH), seule obédience mixte jusqu'ici et plutôt classée à gauche, revendique 15.000 adhérents, et la Grande Loge féminine de France (GLFF) dit regrouper quelque 14.000 femmes. La plupart des 6 millions de francs-maçons dans le monde sont américains (2/3) et britanniques. La franc-maçonnerie a perdu beaucoup de son autorité sur le pouvoir politique au cours du XXe siècle. Mais elle continue à se manifester en prenant position sur des questions de société ou d’éthique. Le compagnonnage n’a plus grande importance au sein du monde ouvrier, mais il demeure une institution de formation reconnue dans le monde artisanal et dans celui du bâtiment. Je préférerais avoir la gorge tranchée plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés (Serment maçonnique). Le gouvernement de Rome plaît au peuple, en ce qu'il emploie rarement la peine de mort pour tout autre crime que le carbonarisme. (Henri Beyle dit Stendhal 1783-1842) Les sociétés de métiers sont probablement aussi anciennes que les métiers. On retrouve des traces de leur existence et de leur action dans toutes les histoires. La maçonnerie n'est autre chose, dans sa source comme dans ses emblèmes, que l'association des ouvriers maçons ou bâtisseurs, complète en ses trois grades, l'apprenti, le compagnon et le maître, et l'origine réelle de la franc-maçonnerie, c'est le compagnonnage. (Charles Nodier 1781-1844) Les carbonari étaient divisés en sections appelées cercles ou ventes. (Chateaubriand 1768-1848) De même que la maçonnerie, le compagnonnage possède aussi comme symboles certains instruments d'architecture, tels que le compas, la règle, les ciseaux, le marteau et plusieurs autres encore. (Jean-Gabriel-Victor de Moléon, pseudonyme de Victor Tuleu, 1784-1856) La secte des illuminés, fondée et dirigée par Weishaupt, se propageait en Allemagne, en concurrence avec les francs-maçons et les rose-croix. (Lamartine 1790-1869) C'est un tas d'imbéciles qui s'assemblent pour faire bonne chère et exécuter quelques folies ridicules. Néanmoins, ils font de temps à autre quelques bonnes actions. [Napoléon parlant des francs-maçons, propos tenus à Sainte-Hélène (1815 à 1821) 31] Le compagnonnage confère à l'initié une noblesse dont il est aussitôt fier et jaloux jusqu'à l'excès. (G. Sand 1804-1876) Les secrets du carbonarisme sont éventés, et partout les agents du pouvoir sont sur sa piste. (G. Sand) Le compagnonnage est un instrument de désordre public et de discorde civile. Il tend à perpétuer la guerre entre les diverses classes de la société et la division de l'état en plusieurs sortes de nations. En cela, il est au rebours du principe, fondamental désormais, de l'organisation sociale, qui est l'unité nationale à tous les points de vue possibles, et la solidarité des intérêts. (Michel Chevalier 1806-1879) La franc-maçonnerie est la religion universelle. (Charles Fauvety 1813-1894) Les Francs-Maçons n’ont pas assez d’influence pour être pris en considération, mais trop pour qu’on s’en désintéresse. (Charles de Gaulle 1890-1970) Il n’est pas un grand acte de la nation moderne qui ne soit marqué du nom d’un Franc-Maçon. (Jacques Mitterrand 1908-1991, grand-maître du Grand Orient de France, La Politique des Francs-Maçons) La franc-maçonnerie a son mot à dire dans le fonctionnement de la société, et elle le dit. (Philippe Dechartre, de son vrai nom Jean Duprat-Geneau, doyen du Conseil économique et social 30) Notes : 1 Dictionnaire des Symboles. Jean Chevalier - Alain Gheerbrant. Ed. R. Laffont. 1995 2 The origins of Freemasonry, Cambridge University Press, 1990. 3 Dictionnaire des Mythologies, Myriam Philibert, Actualité de l’Histoire, 1997. 4 Dictionnaire illustré de la Franc-maçonnerie. Thomas Decker. Editions de Lodi. Actualité de l’Histoire. 1999. 5 Antoine Faivre, D'Hermès-Mercure à Hermès Trismégiste : au confluent du mythe et du mythique, dans Présences d’Hermès Trismégiste, Albin Michel, coll. Cahiers de l’Hermétisme, 1988, p. 25 6 www.memphismisraim.fr/ 7 L'Internaute Histoire ; Damnation réservée aux membres, Tony Perrottet traduit par Holly Pouquet, 31 Janvier 2010, slate.fr 8 Dictionnaire de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou 9 http://www.editions-maconniques.fr/shopexd.asp?id=127 10 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse 11 franc-maconnerie.org 12 www.morgane.org 13 nouvelobs.com/Blogs > Internautes > La démocratie, une si belle invention 14 www.theforbiddenknowledge.com/hardtruth/uspresidentasmasons_1b.htm 15 Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article "Etats-Unis", p. 276-277 16 Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, La Pochothèque, France, 2000, Albert Pike, page 666 17 http://emsomipy.free.fr/Dico/zFmCelebres0Art.Odo.htm 18 Les francs-maçons de retour à la mairie, Demir Serge, 08/11/2001 19 www.sudouest.fr/2010/04/27/eloge-maconnique-76538-4622.php 20 Les francs-maçons et le pouvoir par François Koch, publié le 19/02/2008, lexpress.fr/ 21 http://yveschiron.blogspot.com/ 22 http://lacurieusehistoiredumonde.centerblog.net/5721816-Les-Batisseurs-ou-Confrerie-des-Freres-batisseurs 23 http://fr.wikipedia.org/wiki/Prince_Hall 24 http://www.rationalisme.org/french/chronos_5.htm 25 http://archives.contrepoints.org/Les-heros-de-la-liberte-Jacques.html 26 Le Point.fr - 24/01/2011 et 24/02/2011 27 http://www.godf-eauvive.org/18,11,14,0,14/Mortset-celebres.html 28 http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Baroin 29 http://www.lexpress.fr/region/le-tres-controverse-frere-roland-dumas_578400.html publié le 19/06/2008 30 Cité par France 5, Les Francs-Maçons et le pouvoir, 6 octobre 2009 31 Roger Dachez, Histoire de la franc-maçonnerie française, PUF, coll. Que sais-je?, 2003, p. 81 32 http://www.tv2.no/nyheter/prosjekt/frimurer/losjer/soilene/medlemmer/2 33 http://www.gadlu.info/rose-croix-et-franc-maconnerie.html 34 http://www.liberation.fr/societe/01012375482-plusieurs-centaines-de-br-franc-macons-manifestent 35 http://www.cercledereflexion.org/forum_TET_fr.php 36 http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Francois-Hollande-veut-remettre-en-chantier-la-laicite-_NP_-2012-01-23-761111 37 http://davidm.blog.lemonde.fr/2011/11/30/ce-quon-dit-hollande-et-bayrou-au-grand-orient-de-france/ 38 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_M%C3%A9lenchon 39 http://www.contre-info.com/conseil-constitutionnel-ou-loge-maconnique 40 http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-pen-et-ses-freres-francs-macons_1068383.html 41 http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Anderson_(1678-1739) 42 Wikipedia, Rite français Sources Référence publication : Compilhistoire. Reproduction interdite sans autorisation. Auteur : Jean-Loup Cadet-Tuyère. Date de mise à jour : 23/05/2012 |