Corneille, évêque de Rome

Corneille, fils de Castinus, de la famille patricienne des Cornelii, est Romain.
Prêtre, il est élu évêque de Rome en mars 251 ; mais une partie de la communauté romaine refuse son élection au profit du savant Novatien, prêtre ordonné par Fabien.
Corneille affirme la primauté romaine.
Il organise le clergé de Rome et les institutions caritatives.
Partisan de la miséricorde envers les lapsi 2 (tombés), ces chrétiens qui ont, sous la menace, offert des sacrifices aux divinités païennes (sacrificati) ou brûlé l’encens à leurs autels (thurificati), auxquels Novatien refuse le pardon, Corneille les reçoit dans la pénitence ; il est soutenu par Cyprien 1.
Arrêté à la fin de 252, Corneille est exilé à Cemtucellae (Civitavecchia) où il meurt en juin 253 ; son corps est ramené à Rome et déposé à Saint-Calixte dans la crypte de Lucine le 14 septembre.
Saint Corneille, martyr, est fêté le 14 septembre.

Il figure toujours dans la première prière eucharistique du Canon de la messe : "Dans la communion de toute l’Eglise, nous voulons nommer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ, Saint Joseph son époux, les saints Apôtres et Martyrs Pierre et Paul, André, Jacques et Jean, Thomas, Jacques et Philippe, Barthélémy et Matthieu, Simon et Jude, Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien, et tous les saints."

"De concert avec une très sainte matrone du nom de Lucine, il (Corneille, ndlr) transporta des catacombes en un lieu plus convenable les corps des Apôtres Pierre et Paul. Celui de Paul lut placé par Lucine dans un terrain qu'elle possédait sur la voie d'Ostie, près du lieu où il avait été frappé du glaive ; Corneille déposa celui du Prince des Apôtres non loin également de l'endroit où on l'avait crucifié. Ce fait, comme celui de la conversion d'un grand nombre de personnes au Christ par ses soins, étant dénoncé aux empereurs, on l'envoya en exil à Centumcelles, où vinrent le consoler les lettres de saint Cyprien, évêque de Carthage. Le commerce de charité chrétienne qui s'établit entre eux de cette manière ayant par sa fréquence irrité les empereurs, Corneille fut rappelé à Rome. On le frappa comme criminel de lèse-majesté avec des fouets armés de plomb, et on l'entraîna pour sacrifier à l'idole de Mars. Sur son refus de se prêter à une impiété aussi détestable, il fut décapité le dix-huit des calendes d'octobre. La bienheureuse Lucine, aidée des clercs, ensevelit son corps dans un arénaire qui lui appartenait près du cimetière de Calliste" 3.

"Son pontificat fut marqué par la querelle de la réintégration des lapsi, chrétiens qui n'avaient pas eu le courage du martyre et avaient renié leur foi. Saint Corneille, soutenu par saint Cyprien, les acceptait dans la pénitence. Novatien, élu antipape, leur refusait le pardon. Le schisme se répandit en Italie, en Gaule et même en Orient. Saint Cyprien écrivit alors son traité "Sur l'unité de l'Église", où il rappelle le rôle fondamental du Siège des apôtres Pierre et Paul d'où procède l'unité des évêques. Le schisme se réduisit sans totalement disparaître quand arriva une nouvelle persécution. Saint Corneille fut arrêté et exilé à Civitavecchia où il mourut." 4

"Il (Corneille, ndlr) a passé par toutes les fonctions de l’Eglise, il a bien servi le Seigneur dans les divers emplois qui lui ont été confiés, en sorte qu’il n’est monté au faîte sublime du sacerdoce qu’en gravissant tous les degrés ecclésiastiques." (Cyprien)


251. En mars, élection de l'évêque de Rome. Le concile de Carthage confirme l’élection de Corneille et publie des canons sur la manière de recevoir à la pénitence et à la communion les apostats (lapsi) ou les chrétiens qui ont faibli pendant la persécution ; ceux qui ont acheté des certificats de sacrifice (libellus) sont pardonnés, ceux qui ont sacrifié devront faire une longue pénitence ; le concile condamne le prêtre Novat et le schisme de Novatien ; l'évêque Cyprien y lit sous forme de discours ses traités De Lapsis, et De Catholicae Ecclesiae unitate. En juin, les Goths battent les armées impériales à Abrittus en Dacie (aujourd'hui Razgrad en Roumanie) ; Dèce est tué avec son fils : c’est le 1er empereur romain qui tombe au combat ; il a peut-être été trahi par Trébonien Galle (Gaius Vibius Trebonianus Gallus) qui est proclamé empereur le 15 août. En automne, à Rome, un concile où siègent soixante évêques dont Denys d'Alexandrie et Cyprien de Carthage, approuve Corneille et excommunie Novatien.

252. Les attaques des Germains et des Goths se multiplient aux frontières. En Orient, les Perses Sassanides lancent plusieurs offensives contre l’Empire. La peste (ou typhus) ravageant l’empire, Gallus accuse les chrétiens d’avoir irrité les dieux ; à la fin de l'année, sur ordre de l'empereur Trébonien Galle, Corneille est arrêté et exilé à Centum Cellæ (Civita-Vecchia) où il mourra en juin 253.

253. En juin, mort de Corneille en exil.


Notes
1 CYPRIEN, Thascius Caecilius Cyprianus (v. 200-258), était issu d’une famille d’aristocrates carthaginois ; il distribua aux pauvres une grande partie de sa fortune lorsqu’il se convertit au christianisme. Il fut élu évêque de Carthage en 249. Peu de temps après débuta la persécution des chrétiens par l’empereur romain Dèce, et Cyprien s’enfuit de Carthage. Se sentant menacés, un grand nombre de chrétiens renièrent leur foi. Lorsque la persécution cessa en 251, sous le règne de l’empereur Gallus, l’Eglise était divisée au sujet des lapsi 2 et de ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques. Pour les premiers, Cyprien prônait l’indulgence, alors qu’il refusait d’accepter ceux qui tenaient leur foi des hérétiques. Sur le baptême, la position de l’Eglise, développée par Etienne Ier (254-257), était opposée à celle de Cyprien, et la controverse fit rage entre les deux parties. En 257, l’année du martyre d'Etienne, Cyprien se rallia à la position défendue par celui-ci, qui fut ensuite confirmée par le concile d’Arles en 314. Pendant une nouvelle vague de persécutions sous l’empereur Valérien, Cyprien fut jugé et décapité le 14-9-258. Considéré comme un des plus grands Pères de l’Eglise, il a écrit De catholicae Ecclesiae unitate (Sur l’unité de l’Eglise) : « La tunique du Christ, tissée d’une seule pièce et sans couture, ne peut être divisée par ceux qui la possèdent. Indivise, d’un seul morceau, d’un seul tissu, elle figure la concorde et la cohésion de notre peuple, à nous qui avons revêtu le Christ. Par le mystère de ce vêtement et par son symbole, le Christ a rendu manifeste l’unité de l’Eglise ».
2 Au cours des premiers siècles du christianisme, un "lapsi" est un chrétien qui a renié sa foi par peur des persécutions. Il existe trois types de "lapsi", chacun d'eux correspondant à une action que leurs persécuteurs leur demandaient d'effectuer pour renoncer à leurs croyances. Ils sont "thurificati" quand ils ont brûlé de l'encens pour honorer des dieux païens, "sacrificati" quand ils leur ont fait un sacrifice, et "libellatici" en tant qu'ils ont reçu un billet (libellus) des autorités impériales attestant qu'ils ont satisfait à cette obligation (certains l'obtenaient moyennant un paiement). L'Église considère tout d'abord cela comme un péché majeur. Cependant, grâce notamment à Cyprien, les lapsis repentis peuvent être réintégrés après une sérieuse pénitence. Par la suite, une partie intransigeante de l'Église qui refuse leur retour au sein de la communauté, provoquera le schisme de Novatien. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lapsi)
3 L'Année Liturgique, Dom Guéranger, 1841 à 1866, Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
4 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1858/Saint-Corneille.html

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 30/07/2018

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