Dominique de Guzman
(Saint Dominique)
Domingo Núñez de Guzmán Garcés, troisième fils de Félix de Guzman, naquit vers 1170 à Caleruega en Castille.

Soutenu par un oncle prêtre, il entra, à l'âge de 14 ans, à la célèbre école de Palencia où il étudia la théologie et la philosophie.
Connu pour sa générosité, il vendit toutes ses livres pour aider les pauvres pendant une famine.

Ordonné prêtre, il fut élu, en 1196, chanoine régulier de la cathédrale d'Osma en Castille et s'inscrivit dans les réformes ecclésiastiques sur le plan local.

En 1203, Dominique accompagna son évêque, Diego d'Azevedo, chargé par Alphonse VIII de Castille d'une ambassade auprès du roi de Danemark afin d'obtenir une princesse en mariage pour l'infant.
En traversant le midi de la France, ils remarquèrent le succès des albigeois auprès de la population, succès qui provenait sans doute de leur instruction et de leur manière de vivre : ils allaient deux par deux, dans la pauvreté volontaire, et s'efforçaient de prêcher l'exemple.

En 1205, de retour de Danemark, après un deuxième voyage, Diego et Dominique allèrent à Rome et obtinrent du pape Innocent III la mission de parcourir, avec quelques compagnons, les régions atteintes par l'hérésie et d'y prêcher l'Evangile par la parole et par l'exemple.
Ils furent frappés par les abus du clergé et l'importance qu'avait pris l'hérésie des albigeois.
Comme les "bons hommes", ils prirent la route à pied, dans le dénuement, emportant seulement les livres nécessaires à l'office, l'étude et la « dispute » (l’explication théologique qu'il menait avec les hérétiques).

Puis, en 1206, en accord avec son évêque 1, Dominique quitta le chapitre d'Osma et la communauté des chanoines de Saint Augustin, pour devenir curé de paroisse à Fanjeaux (Aude), près de Carcassonne, en plein pays cathare.
Pour concurrencer une institution cathare comparable, il fonda à Prouilhe (près de Fanjeaux) un monastère pour quelques « parfaites » converties chargées de prier pour la conversion des cathares.

En 1207, une dispute théologique fut organisée sur plusieurs jours à Montréal, près de Carcassonne entre le futur saint Dominique et l’évêque cathare Guilhabert de Castres, mais la prédication échoua.

Le miracle du feu
:

Selon les versions, il se produisit soit à Montréal soit à Fanjeaux.
En 1207, la joute oratoire qui opposa Dominique à Guilhabert de Castres, évêque cathare, aboutit à l'ordalie (jugement de Dieu) par le feu.
Après que les écrits des deux orateurs eurent été jetés dans le feu, ceux de Guilhabert de Castres brûlèrent, alors que ceux de Dominique échappèrent aux flammes en s'élevant par trois fois au-dessus du foyer...


Le miracle de Fanjeaux par Pedro Berruguete

Le 10 mars 1208, après l'assassinat de Pierre de Castelnau, légat pontifical, par un familier du comte de Toulouse, le 15 janvier 1208, le pape Innocent III appela à la croisade contre les albigeois.
Dominique ne collabora pas à la croisade comme d'autres clercs, évêques et moines : il ne fit que prêcher pendant que d'autres se battaient.
Et, contrairement à la légende, si les dominicains y prirent part, il ne participa pas lui-même à l' inquisition.

En 1215, Dominique rassembla quelques frères à Toulouse et se plaça sous l'autorité de l'Evêque de Toulouse, Foulques, qui lui donna l'église Saint-Romain.
Au mois de novembre, Dominique et Foulques participèrent à Rome, au IVe concile du Latran : là, avec le pape Innocent III, ils projetèrent l'établissement d'un Ordre de Prêcheurs.

En 1216, Dominique fonda l'Ordre des Frères Prêcheurs doté par Innocent III (+ 16 juillet) d'une règle inspirée de celle de saint Augustin.

En janvier 1217, l'Ordre reçut l'approbation ecclésiastique du nouveau pape Honorius III. Dès cette année, les dominicains commencèrent à se disperser à travers toute l'Europe et à y fonder des couvents.

En 1218, Honorius III créa pour Dominique la fonction de maître du Saint-Palais et de théologien personnel du pape.

En 1220, au chapitre de Bologne, Dominique donna ses premières structures à l’ordre des frères prêcheurs.
Il fonda pour les laïcs, la Militia Christi, l'Ordre chevaleresque de la Milice du Christ, pour « défendre les droits de l’Eglise et résister à la malice de l’hérésie ».

Dominique mourut à Bologne le 6 août 1221, pendant une campagne missionnaire dans le nord de l'Italie.

Canonisé par le pape Grégoire IX le 3 juillet 1234, saint Dominique (Dominicus) est fêté le 8 août (anciennement le 4).
Il est représenté avec un chien, à cause du jeu de mots : "Dominicanus" (dominicain) : "Domini canis" (chien du Seigneur).

On lui attribue l’invention du chapelet. Ce qui est certain, c'est qu’il répandit cette façon de prier, et en fit un des caractères spéciaux de l'ordre qu'il fonda. Notre Dame du Rosaire est la patronne de l’Ordre Dominicain.

"Dominique avait une telle intégrité morale, il était emporté par un tel élan de ferveur qu'on découvrait en lui de façon évidente un chef-d'œuvre de noblesse et de grâce. Il régnait en lui une parfaite égalité d'esprit, sauf quand il était bouleversé de compassion et de miséricorde. Et puisque le cœur en joie se reflète dans la gaîté du visage, il manifestait au dehors l'équilibre paisible de sa vie intérieure par l'amabilité et la sérénité de ses traits. En toute circonstance, par ses paroles et sa conduite, il se montrait un homme évangélique. Pendant la journée, avec ses frères ou ses compagnons, personne n'était plus simple et plus joyeux. Pendant la nuit, personne n'était plus adonné à toutes sortes de veilles et de prières. Il ne parlait guère qu'avec Dieu, dans l'oraison, ou de Dieu, et il exhortait ses frères à en faire autant.
Il adressa fréquemment à Dieu cette demande particulière : qu'il daignât lui accorder une vraie charité, capable de rechercher et d'obtenir le salut des hommes ; il estimait qu'il serait véritablement un membre du Christ, s'il se dépensait avant tout, totalement et de toutes ses forces, à gagner des âmes, de même que le Seigneur Jésus, Sauveur de tous, s'est offert sans réserve pour notre salut. Et c'est pour cette œuvre que, selon le dessein prémédité par la Providence, il institua l'Ordre des Frère Prêcheurs. Il exhortait souvent les frères de cet Ordre, de vive voix et par lettres, à étudier sans cesse le Nouveau et l'Ancien Testament. Il portait toujours sur lui l'évangile de saint Matthieu et les lettres de saint Paul, et il les étudiait tellement qu'il les savait à peu près par cœur. Il fut désigné deux ou trois fois pour l'épiscopat et il refusa toujours, préférant vivre dans la pauvreté avec ses frères, plutôt que d'avoir un évêché. Il garda intacte jusqu'à la fin la délicatesse d'une chasteté absolue. Il désirait être flagellé, coupé en morceaux, et mourir pour la foi du Christ. Le pape Grégoire IX a dit de lui : Je l'ai connu comme un homme qui suivait parfaitement la règle des Apôtres, et je ne doute pas qu'il soit au ciel associé à leur gloire." 2

Citations :

Allons de l'avant dans la joie, en pensant à notre Sauveur. (Dominique)

Durant le jour, nul ne se mêlait plus que lui (Dominique, ndlr) à ses frères ou ses compagnons, nul n’était plus enjoué. Mais durant les heures de la nuit, nul n’était plus assidu à veiller et à supplier de toutes les manières. Il consacrait le jour au prochain et la nuit à Dieu (...) Il accueillait chaque homme dans le grand sein de la charité et, étant donné qu'il aimait chacun, tous l'aimaient. Il s'était fait pour règle personnelle de se réjouir avec les personnes heureuses et de pleurer avec ceux qui pleuraient. (Jourdain de Saxe +1237, successeur de Dominique)

Dominique enjoignit un jour à frère Bertrand (Bertrand de Garrigues, ndlr) de ne plus pleurer ses propres péchés, mais plutôt ceux des autres, car il avait remarqué que ce frère s’affligeait trop de ses propres péchés. Si grande fut la vertu de ces paroles, que dès lors frère Bertrand pleura tant sur les autres qu’il ne pouvait plus pleurer sur lui-même, même s’il l’avait voulu. (Ordinis praedicatorum historica)

Il (Dominique, ndlr) allait jusqu'à prétendre forcer la justice même du Père, en priant pour les damnés : "ad in infernos damnatos extendebat caritatem suam" (Bernanos + 1948)


Dominique de Guzmán par Claudio Coello
Musée du Prado, Madrid


Notes :
1 Diego d'Azevedo entra, lui, chez les cisterciens ; vénéré comme bienheureux dans l’Ordre de Cîteaux, il est fêté le 6 février.
2 http://missel.free.fr/Sanctoral/08/08.php


Pour en savoir + : http://dominicains.com/fondations-des-precheurs/196-vie-de-saint-dominique-de-guzman

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation.

Date de mise à jour : 25/04/2012