Eleuthère

Eleuthère Abondio, grec né à Nicopolis d’Epire, qui fut d'abord diacre d'Anicet, est évêque de Rome de 175 (?) au 26 mai 189.
Sur la demande de Lucius, roi de Grande-Bretagne, il envoie des missionnaires évangéliser ce pays, notamment Fugacius et Damien, personnages doctes et pieux. (Liber Pontificalis)
Abgar IX, roi d’Édesse, petit royaume allié à l’Empire romain, lui réclame également des missionnaires.
Il écrit aux Chrétiens de Lyon pour les soutenir face au martyre. Puis il accueille, avec une grande cordialité, la légation que lui envoient les martyrs de l'Eglise de Lyon, conduite par le prêtre Irénée (futur évêque de Lyon) avec lequel il aborde la question de l’hérésie montaniste et la question d’une hiérarchie charismatique et non pas institutionnelle.
Irénée de Lyon, dans une lettre à Eleuthère, l'appelle "Père".
L’essentiel de l'action apostolique d'Eleuthère se déroule en querelles avec les nombreuses sectes gnostiques qui se sont multipliées tels que les marcionites, les valentiniens et les montanistes vis-à-vis desquels il adopte une grande sévérité après avoir longtemps fait preuve de mansuétude.
Sous Eleuthère, la foi fait de grands progrès dans le monde entier, principalement à Rome.
Il ordonne quinze évêques, douze prêtres et huit diacres pour divers lieux.
Selon le Liber Pontificalis, un édit d'Éleuthère décrète qu'aucune nourriture n'est impure : « Et hoc iterum firmavit ut nulla esca a Christianis repudiaretur, maxime fidelibus, quod Deus creavit, quæ tamen rationalis et humana est », combattant ainsi des pratiques héritées des prescriptions juives sur la pureté des aliments.
Eleuthère meurt le 26 mai 189. Il est enseveli au Vatican près du corps de saint Pierre.
Mentionné pour la première fois comme martyr dans le martyrologe d’Adon (archevêque de Vienne en Dauphiné de 859 à 875), saint Eleuthère est fêté le 26 mai.

"D'origine grecque, il (Éleuthère, ndlr) reçut saint Irénée de Lyon qui n'était encore que prêtre pour aborder avec lui la question de l'hérésie montaniste et la question d'une hiérarchie charismatique et non pas institutionnelle [...] Les illustres martyrs de Lyon, alors détenus en prison, (lui) écrivirent une noble lettre sur le maintien de la paix dans l’Église" 2.


177. 1er janvier, Marc Aurèle associe au pouvoir son fils Commode, 15 ans, initié comme lui aux mystères d’Éleusis en 175, qui obtient la puissance tribunicienne et devient officiellement coempereur. 2 août, à Lyon, à l'occasion des fêtes impériales des Trois-Gaules (un rassemblement annuel des délégués des soixante nations gauloises se tenait à Lugdunum le 1er août 4), la communauté chrétienne, accusée d’avoir déclenché une émeute, alors que c'est la populace, excitée par des agitateurs (des montanistes, des marcosiens ou des adorateurs de Cybèle), qui s'est jetée sur les maisons des chrétiens accusés de pratiquer le cannibalisme et l'inceste, est victime d’une flambée de fanatisme local et persécutée ; 47 chrétiens 3 sont martyrisés : Sanctus, diacre de Vienne, et Maturus l’athlète (tous deux égorgés), Attale de Pergame (décapité car citoyen romain), Blandine et les autres chrétiens jetés aux bêtes ; Eusèbe de Césarée conserva une lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne à leurs frères d’Asie et de Phrygie qui fait le récit de la persécution : "Impossible d’évoquer la rage des païens à notre égard et les tourments qu’on nous infligea. D’abord c’est la traque en tous lieux : maisons, forum, bains publics. Ensuite ce furent les coups, les lapidations, les spoliations, les emprisonnements. Enfin vinrent les supplices devant des foules considérables, hurlant la joie dans les amphithéâtres de la ville (...) Après les fouets, les bêtes, le gril, elle (Blandine, ndlr) fut mise dans un filet et livrée à un taureau. Plusieurs fois projetée en l'air par l'animal, elle n'avait plus le sentiment de ce qui se passait tant elle était prise par son espérance et son entretien avec le Christ... Les corps des martyrs furent exposés aux injures de l'air pendant plusieurs jours. Ensuite on les brûla. Les cendres furent balayées jusqu'au Rhône." (Lettre des chrétiens de Lyon aux Eglises d’Asie, peut-être rédigée par Irénée qui succéda à l'évêque Pothin) ; les survivants demandent à Irénée d’être leur ambassadeur auprès du Pape ; Irénée est muni de cette recommandation : « Nous avons chargé de te remettre cette lettre notre frère et compagnon, Irénée, et nous te prions de lui faire bon accueil, comme à un zélateur du testament du Christ. Si nous pensions que le rang crée la justice, nous le présenterions d'abord comme prêtre d'Eglise, car il est cela ». Au retour d'Irénée, le vieil évêque Pothin est mort (90 ans, brutalisé, il est mort dans la prison du Vieux Forum de Trajan - Forum Vetus - qui donna son nom à Fourvière, près du temple de Lug transformé en sanctuaire de Cybèle en 160) ; Pothin aurait apporté un portrait de la Vierge attribué à l'évangéliste Luc ; c’est de cette époque que date le premier sanctuaire marial de Fourvière (la théologie mariale proprement dite fut développée par son successeur, Irénée, que la tradition fait mourir, comme Pothin, dans la prison du Vieux Forum et qui sera le 1er docteur de l’Eglise à célébrer Marie en tant que "Nouvelle Ève") ; au concile de Vienne, on rédigera l’histoire du supplice des martyrs de Lyon (fêtés le 2 juin). Deuxième guerre de Marc Aurèle et Commode contre les Quades et les Marcomans ; Marc Aurèle reçoit sa IXe acclamation comme Imperator à l'issue de nouveaux combats sur le moyen Danube. Des Berbères passent Gibraltar et ravagent la Bétique (Espagne), ils seront refoulés en 180. Celse écrit Le Discours véritable (première réfutation raisonnée et sérieuse de la doctrine chrétienne).

178. Le défunt évêque de Lyon, Pothin, est remplacé par Irénée 1.

Vers 180. Le mot "Trinité" est employé par Théophile d’Antioche.

180-210. Athènes, Sextus Empiricus, philosophe, astronome et médecin grec, dirige l’école sceptique ; avec Pyrrhon et AEnésidème, il est le principal représentant du scepticisme ; on lui doit : Hypotyposes pyrrhoniennes et Contre les savants.

180. 17 mars, à Vindobona (Vienne) en Pannonie, Marc Aurèle, l'empereur philosophe, meurt de la peste ; son fils Commode (Marcus Aelius Aurelius Commodus Antoninus Augustus), déjà associé au trône avec le titre d'"Auguste", reste seul empereur ; le règne de Commode est marqué par la violence et la débauche ; à son arrivée au pouvoir, il ramène la paix sur le Danube, mais gouverne bientôt par la terreur ; s’identifiant à Hercule, il s'entraîne à combattre des gladiateurs pour faire étalage de sa force physique et exige qu’on le vénère comme un dieu (mais il sera assassiné la veille de son premier combat) ; cruel, il oblige des prêtres d'Isis à se battre la poitrine avec des pommes de pin jusqu'à la mort ; de nombreux complots sont tramés pour attenter à sa vie, et il est finalement assassiné en 192. 1ère révolte des Bagaudes (paysans gaulois). Mort d'Hégésippe (Hegesippus) qui, venu de Palestine à Rome à l’époque de Anicet, y composa une Histoire de l’Eglise depuis la Passion du Christ jusqu’à son temps. Irénée (130-202), évêque de Lyon, cite les 4 Evangiles.

184. En Chine, révolte des Turbans Jaunes taoïstes (réprimée en 196) ; le mouvement des Maîtres célestes, se réclamant du premier Maître céleste, Zhang Daoling (34-156), se déclare vers la même époque et leur doctrine, assez proche de celle des Turbans jaunes, se répand dans l’actuel Sichuan.

186. Maternus, soldat révolté, est proclamé empereur gaulois.

189. 26 mai, mort d'Eleuthère.


Notes
1 Irénée (en grec le Pacifique, v. 130-202) naquit en Asie Mineure où, encore enfant, il entendit la prédication de Polycarpe, disciple de Jean l’Evangéliste ; Irénée devint évêque de Lyon après la mort de Pothin (177) ; pendant son épiscopat, il s’opposa activement à l’hérésie du gnosticisme ; vers 180, il écrivit un ouvrage contre les gnostiques sous le titre Contre les hérésies dans lequel il décrit avec précision les doctrines gnostiques auxquelles il s’oppose ; il contribua ainsi à la connaissance du gnosticisme, dont il reste peu de documents ; il défendit la vraie tradition de l’Eglise, transmise par les apôtres et fondée sur la « règle de vérité » qui est la foi en Dieu et en son Fils Jésus-Christ ; il réfuta les gnostiques en s’appuyant sur les Ecritures (il ne retint que les 4 évangiles les plus anciens : les Evangiles canoniques) et dégagea des critères d’interprétation pour une lecture ecclésiale de la Bible ; la dernière partie du livre est surtout anthropologique : Irénée montra la valeur de la vie humaine et du corps, appelé à la résurrection. La tradition du martyre d’Irénée (+202 à Lyon) s’appuie sur des témoignages de Jérôme de Stridon au Ve siècle et de Grégoire de Tours au VIe siècle : "Enfin il fut couronné du martyre, avec une multitude presque innombrable d'autres qu'il avait amenés lui-même a la connaissance et pratique de la vraie foi ; son passage au ciel eut lieu l'an deux cent deux ; en ce temps-là, Septime Sévère Auguste avait ordonné de condamner aux plus cruels supplices et à la mort, tous ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de la religion chrétienne." (L'Année Liturgique, Dom Guéranger, 1841 à 1866, Abbaye Saint Benoît de Port-Valais).
« Il est meilleur et plus utile d’être ignorant et de peu de savoir, mais de s’approcher de Dieu par l’amour, que de se croire savant et habile au point de se trouver blasphémateur à l’égard de son Seigneur pour avoir imaginé un autre Dieu et Père que Lui. » (Irénée de Lyon, Contre les hérésies II.26)
« Lorsque des hommes sont dans la lumière, ce ne sont pas eux qui illuminent la lumière et la font resplendir, mais ils sont rendus resplendissants par elle : loin de lui apporter quoi que ce soit, ils bénéficient de la lumière et en sont illuminés. Ainsi en est-il de ceux qui sont au service de Dieu. » (Irénée, Contre les hérésies)
« Ayant reçu cette prédication et cette foi, l’Eglise, bien que dispersée dans le monde entier, les garde avec soin, comme n’habitant qu’une seule maison. Elle y croit d’une manière identique comme n’ayant qu’une seule âme et qu’un même cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d’une voix unanime. Car si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est un et identique ». (Irénée)
« Dieu n’a besoin de rien mais l’homme a besoin de la communion de Dieu. Car la gloire de l’homme, c’est de persévérer dans le service de Dieu. » (Irénée)
2 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1222/Saint-Eleuthere.html
3 "Blandine, Vettius, Epagatus, Macarius, Silvius, Primus, Ulpius, Vitalis, Comminus, October, Philomenus, Geminus, deux Julia, Albina, Grata, deux Æmilia, Potamia, deux Pompeia, Rodana, Quarta ou Quartia, Materna, Helpis ou Elpis, Attale de Pergame, Sanctus (diacre), Biblis, Alexandre (médecin phrygien), Asclibiades, Maturus (néophyte), Ponticus (garçon de quinze ans), Istus, Aristeus ou Ariste, Cornelius, Zosimus, Titus, Julius, Zoticus, Apollonius, Geminianus, Ausona, Iamnica, Domna, Justa, Trophima, Antonia". http://nominis.cef.fr/contenus/fetes/2/6/2011/2-Juin-2011.html
4 https://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctuaire_f%C3%A9d%C3%A9ral_des_Trois_Gaules

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 17/07/2017

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