Gélase Ier

Gélase est d'origine berbère (Kabyle) de la tribu des Djelass, que les historiens localisent dans l'actuelle Algérie, tantôt à Mila, dans le Constantinois, tantôt à Béni Yefrène (sud de Mostaganem) ou à Béni Saf (nord de Tlemcen). Mais, comme il l'affirme lui-même, en 494, dans sa lettre à l'empereur Anastase (Ep. XII, n. 1), il est "né Romain".
Avant son élection comme pape, le 1er mars 492, Gélase est le secrétaire de son prédécesseur, Félix III (ou II), avec lequel il élabore des textes ecclésiastiques.
A l’époque de l'élection de Gélase, Odoacre et Théodoric se disputent l’Italie, il sait néanmoins conserver une sorte d’indépendance avec les chefs barbares, tolérants en matière religieuse, bien qu’ils soient ariens.
Au milieu de l’écroulement de l’Empire romain et de la dévastation de l’Italie, Gélase continue imperturbablement de s’occuper de querelles théologiques.
Il lutte contre le paganisme (particulièrement contre les Lupercales, en instaurant, en 494, la fête de la Chandeleur en mémoire de la présentation de Jésus-Christ au temple et de la purification de la Vierge et la Saint-Valentin.
Il combat le schisme d’Acace et l’hérésie pélagienne.
Il chasse de l’Eglise les hérétiques manichéens et combat les eutychéens.
Il excommunie Euphémius, patriarche de Constantinople, qui n’a pas voulu rayer des diptyques le nom de son prédécesseur (Acace) excommunié par décret romain.
Il condamne le millénarisme.
C’est un des premiers papes à affirmer la primauté de la papauté sur le pouvoir temporel : en 494, il écrit à l'empereur Anastase une lettre dans laquelle il formule le principe qui doit inspirer les relations entre la papauté et l'empire.
Gélase, qui porte le titre de Summus pontifex, rappelle la primauté romaine sur tous les sièges épiscopaux et sur les conciles généraux de l’Eglise : « Ce n’est pas par des décisions des conciles que l’Église de Rome a été mise au-dessus des autres Églises, mais elle a obtenu cette primauté par la parole du Seigneur, notre Sauveur, dans l’Évangile : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’Église romaine ! »
Il modifie les rites liturgiques et ordonne que le pain et le vin soient utilisés dans la célébration de l’eucharistie.
C’est un des auteurs les plus éminents de son époque ; nombre de ses lettres ont été conservées et on lui doit divers traités théologiques, en particulier un livre Contre Eutychès et Nestorius sur les deux natures du Christ.
La tradition lui attribue la rédaction d'une partie d'un sacramentaire compilé au VIe siècle, le Décret gélasien (Decretum Gelasianum), qui reprend des documents remontant à l'époque du pape Damase, une déclaration sur l'Esprit saint, la liste (canon) des Livres saints, une déclaration sur la primauté romaine et les sièges patriarcaux, et y ajoute la liste des conciles œcuméniques et une liste des livres à recevoir ou à écarter (De libris recipiendis et non recipiendis), liste qui est, en quelque sorte, le premier Index de l'Église 1. Il n'a pu être l'auteur du sacramentaire (livre contenant les prières de la messe propres au célébrant), compilé à Chelles entre 628 et 731, qui porte son nom et qui reprend les changements introduits dans la liturgie par ses soins : Liber sacramentorum Romanae ecclesiae appelé Sacramentarium Gelasianum (Sacramentaire gélasien).
Renommé par sa piété et ses vertus, Gélase Ier a reçu le titre de saint bien qu’il n’eût pas fait l’objet d’une canonisation particulière. Il est fêté le 21 novembre.

"Il ne fut pape que durant quatre années, mais ses enseignements sur le péché originel, sur la double nature, humaine et divine, du Verbe et sur la primauté du Siège Apostolique ont marqué dans l'histoire de l'Eglise. Une vingtaine de lettres authentiques, un sacramentaire qui regroupe les formules liturgiques de l'Eglise latine, un traité des deux natures en Jésus-Christ et une soixantaine de "canons" sont l'œuvre qu'il nous laisse [...] Pour que l’unité de l’Église n’ait pas à souffrir de l’autorité impériale, il illustra le premier à fond les propriétés des deux pouvoirs et leur liberté réciproque ; avec une extrême charité, poussé par les besoins des indigents, pour pouvoir soulager les pauvres, il mourut dans la plus grande pauvreté." 2


492. 1er mars, élection du pape. 8 mai, apparition de l’archange Michel sur le mont Gargano, près de Sipontum (aujourd’hui San Angelo), dans le royaume de Naples 6.

493. A Soissons, mariage de Clovis et de Clotilde, fille du roi des Burgondes.

494. Sabas devient le supérieur de tous les moines de Palestine. Gélase fait parvenir à l'empereur Anastase une lettre (Duo sunt...) dans laquelle il formule le principe qui doit inspirer les relations entre la papauté et l'empire : « Il y a, auguste empereur, deux pouvoirs principaux pour régir le monde : l’autorité sainte des pontifes et la puissance royale. Des deux, celle des prêtres est d’autant plus importante qu’ils doivent, dans le jugement divin, rendre compte au Seigneur des rois eux-mêmes. Votre pieuse majesté ne pourra donc qu'en conclure que personne, en aucun temps, sous aucun prétexte humain, ne pourra jamais se dresser contre la fonction absolument unique de cet homme que le précepte du Christ lui-même a placé à la tête de tous et que la Sainte Église reconnaît comme son chef. » 3

495. 13 mars, concile à Rome. 3 mai, Rome, le synode des évêques soutient le pape qui refuse que l’empereur monophysite Anastase Ier le Silenciaire (+ 518) établisse le monophysisme 4.

496. Dans un célèbre concile tenu à Rome, le pape, donnant le catalogue des livres (Decretum Gelasianum, ndlr) que les fidèles pouvaient lire sans danger et avec profit, et de ceux qu'ils devaient éviter, signale parmi ces derniers certains Actes de saint Georges (de Cappadoce, ndlr), comme rédigés par un écrivain hérétique et inepte, et défend d'en faire usage 5. 19 ou 21 novembre, mort du pape Gélase.

Vers 496. Clovis et ses Francs saliens mènent plusieurs campagnes contre les Alamans qui occupent la Franche-Comté et une partie de la Suisse (Clovis les rejettera au-delà de Rhin vers 506) ; la date précise de la bataille de Zülpich (au sud de Cologne), anciennement Tolbiac (nom gaulois), reste indéterminée ; selon l’historien du VIe siècle Grégoire de Tours, Clovis, en pleine déroute, fait le vœu de se convertir à "Jésus que Clotilde (son épouse) proclame fils du Dieu vivant" si la victoire lui est accordée (Clotilde est une princesse burgonde, convertie au catholicisme sous l’influence de l’évêque de Vienne, Avit) ; par ailleurs, nombre de Francs ont déjà adopté le catholicisme au contact des populations gallo-romaines soumises depuis les débuts du règne de Clovis ; de son côté, celui-ci a marqué à plusieurs reprises sa déférence pour une religion pratiquée par la majeure partie des élites des populations vaincues ; cette conversion, qui aboutira au baptême de Clovis, est donc autant une stratégie politique qu’un choix personnel. Selon Grégoire de Tours, tous les évêques de Gaule (dont surtout Rémi l’évêque de Reims + 533) et le pape se rallient au roi franc.


Notes
1 Pierre Thomas Camelot, Encyclopædia Universalis 2007
2 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/115/Saint-Gelase-Ier.html
3 Wikipedia
4 Chronique de l'humanité. J. Legrand SA. Ed. Chronique. 1986
5 http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/paques/paques02/saints/038.htm
6 Selon la légende, des bouviers, cherchant un taureau qu’ils avaient perdu, le trouvèrent les cornes embarrassées dans une caverne. Pour faire sortir l’animal de sa retraite, on lança vers lui une flèche, mais la flèche se retourna à mi-chemin contre celui qui l’avait tirée. Ce fait extraordinaire remplit d’une telle crainte les bouviers, qu’ils n’osèrent plus s’approcher de la caverne. L’évêque de Siponte ordonna 3 jours de jeûne et de prières publiques. Trois jours après, saint Michel apparut à l’évêque, déclarant que, par cet événement, il avait voulu indiquer que cet endroit était sous sa protection, et que Dieu voulait qu’on y bâtît une église consacrée sous son nom et en l’honneur de tous les anges. Trente ans plus tard, le pape Boniface II consacrait l’église dédiée à saint Michel sur le mont Gargano, église qui est devenue le rendez-vous de nombreux pèlerinages, et où se sont opérés de grands miracles. L’archange aurait défendu en personne la ville de Sipontum contre une attaque des habitants de Naples, alors païens. Le prodige du mont Gargano s’est renouvelé, en 708, sur les côtes de Bretagne où, là aussi, sur le Mont appelé d’abord Tombe et Gargan (devenu depuis le Mont Saint-Michel) : l’archange apparut et demanda l’édification d’un oratoire.

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
25/10/2016
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