Halloween. Toussaint. Défunts.
SOMMAIRE

1. Halloween et Samain 4. Commémoration des Défunts
1.1 Origine de Halloween 4.1 Présentation
1.2 Samain 4.2 El Dia de los Muertos
1.3 Pommes et gâteaux 5. La Mort et la Vie éternelle
1.4 La citrouille 5.1 Les lieux inférieurs
1.5 Le Nouvel An des sorcières 5.2 Les rites funèbres
1.6 Superstitions 5.3 Le point de vue théologique
2. La Toussaint 5.3.1 L’homme condamné à mort par le péché
2.1 Présentation 5.3.2 La mort du juste
2.2 Chronologie historique 5.3.3 Résurrection et Vie éternelle
2.3 Dictons météorologiques 5.4 Le saint viatique, l’extrême-onction
3. La sainteté 5.4.1 Présentation
3.1 Présentation 5.4.2 Chronologie historique
3.2 Chronologie historique 5.4.3 Administration du sacrement de l’onction des malades
3.3 Citations 5.5 Citations

HALLOWEEN ET SAMAIN

Halloween


La fête de Halloween [mot anglais, contraction de All Hallows’ Eve (la veille de la Toussaint), All Hallows Day étant la Toussaint] est célébrée la veille de la Toussaint (soirée du 31 octobre) dans les pays anglo-saxons.
Cette fête est également appelée : Night of the Witch (la Nuit de la Sorcière) et Samween (de Samain Eve : la veille de Samain).
Les enfants, entre autres traditions, se déguisent en fantômes et en sorcières. Ils vont ensuite de maison en maison récolter des friandises en posant aux habitants l'ultimatum « Trick or treat ! » [Un tour (dans le sens de « jouer un tour à quelqu’un ») ou une friandise !].
Halloween a été introduite aux États-Unis par les immigrants irlandais qui avaient dû quitter leur pays ravagé par une terrible famine, causée par la maladie de la pomme de terre, en 1845-1847.
C'est à la fin du XIXe siècle que Halloween devint une fête nationale aux États-Unis. La coutume du Trick or treat n'apparut que dans les années 30.
Importée d’outre-Atlantique à l’instigation d’entreprises commerciales à la fin du XXe siècle, Halloween devint presque incontournable en Europe. En 1992, le leader mondial du déguisement (César) inonda l'Europe de masques et de tenues lugubres. Ce furent les étudiants qui adoptèrent la coutume en premier, suivis bientôt par les écoliers. Puis, en 1997, Disneyland Paris, Coca-Cola et McDonald's firent, à leur tour, la promotion de Halloween. L'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas ne résistèrent pas à la déferlante. En France, France Telecom popularisa l'événement, cette année-là, en déversant 8 500 citrouilles sur le Trocadéro à Paris afin de promouvoir des forfaits de téléphonie mobile. Estimé à 11 millions de francs (1,68 million d'euros) en 1997, le budget annuel « Halloween » des Français bondit à 100 millions de francs (15,24 millions d'euros) en 1998.
En 2002, pour résister à cette mode païenne et commerciale concurrençant la fête religieuse de Toussaint, les catholiques de France ripostèrent en organisant, le 31 octobre, des concerts « Holywins » (le saint gagne), rendez-vous musicaux et festifs pour les jeunes, chrétiens ou pas, notamment à Paris.
En 2005, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) indiquait que la célébration de Halloween en France avait culminé en 2000 et « s'effondrait aussi vite qu'elle avait progressé ». Mais elle reprenait du poil de la bête en 2011.

Samain

Halloween est la survivance de l’ancienne fête celtique de Samain (ou Samhain) ou Samhuinn (gaélique) ou Samonios (gaulois) qui signifie « réunion».
Selon les croyances celtiques, le monde des vivants se rapproche de celui des morts (l’Autre monde, le Sid) pendant la nuit et quelqu’un né la nuit peut plus facilement voir fantômes et esprits.
Dans l'Irlande rurale, il est dit que celui qui sort la nuit peut rencontrer les « petits hommes » et retrouver parmi eux ses chers disparus. Les morts peuvent déranger les vivants à certaines époques de l'année.
En Écosse, la fête de Halloween est traditionnellement célébrée par des garçons au visage barbouillé de noir appelés guysers (épouvantails). Évoquant l'esprit des défunts, ils importunent tout un chacun afin de recevoir des présents.
Bien avant la conquête romaine et l'ère chrétienne, les populations celtes qui peuplaient l'Irlande et la Grande-Bretagne, mais également le nord et l'ouest de la Gaule, célébraient leur nouvel an, le Samain, autour de notre 1er novembre ; en effet, leur calendrier étant lunaire, le Nouvel An ne tombait pas toujours à la même date.
La fête elle-même durait une semaine entière, trois jours avant et trois jours après. Cette fête, la plus importante, marquait simultanément la fin de l'été, le début d'une nouvelle année et de la saison hivernale, l'achèvement des récoltes et le retour des troupeaux à l'étable.
Pour les Celtes, pendant la nuit du Samain, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts n'existe plus. L'esprit des morts est alors libre de revenir sur Terre, pour rendre aux vivants des visites pas toujours amicales.
Les Celtes croyaient que les âmes des morts prenaient forme animale et revenaient hanter les vivants. Une des croyances associées à cette fête était de laisser de la nourriture aux portes des villages et de l'offrir aux fantômes afin de les dissuader d'investir votre maison ou de saccager vos récoltes. Mais une cohorte d’esprits mauvais et de sorcières les accompagnait. Se déguiser d'une façon effrayante (avec des peaux de bêtes) était le moyen de passer auprès des revenants pour l'un des leurs. Quand les Celtes devaient sortir, le soir, ils portaient des navets dans lesquels ils avaient découpé un visage terrifiant et placé une chandelle.
Chaque année, à l’occasion du Samain et en dépit de leur morcellement politique, les Celtes se réunissaient au nombril (en grec : omphalos) de chacune de leurs grandes unités nationales : Gaule, Espagne, Bretagne, Pannonie, Asie, etc. Pour la Gaule, le nombril se trouvait chez les Carnutes car leur pays passait pour le centre de la Gaule.

Le panthéon celtique n'est pas seulement composé de dieux individualisés, mais de populations surnaturelles contre lesquelles les peuples historiques ont dû se battre ou avec lesquelles ils ont contracté des alliances. Le monde a commencé par un âge où le surnaturel était le naturel, où le prodige était normal.
En Irlande, c'est à Samhain que le dieu Dagda s'unit à la déesse Morigu, reine des spectres et des enfers, laquelle, un an avant la bataille de Mag Tured, lui avait donné les indications pour détruire les Fomôiré.
Les ancêtres des Irlandais luttèrent contre les dieux (Dagda, Lug et les autres Tuatha Dé Danann (Tribus de Dana) du nom de la déesse-mère appelée également Ana ou Anann) et remportèrent la victoire finale à Tara. Le poète Amairgen fit un partage égal entre les 2 camps : les dieux reçurent tout le sous-sol (plus particulièrement les collines et le royaume des fées), les hommes la surface de la terre.
Lors de Samain, des nouveaux-nés étaient sacrifiés à l'idole Crom Ruach ou Crom Cruaich, sans doute pour apaiser les puissances du monde inférieur et contribuer à la fertilité.
Le monde souterrain était conçu comme un éden bienheureux constamment égayé de chants d'oiseaux et dont les habitants resplendissaient de jeunesse et de beauté. L'entrée de ce monde s'ouvrait dans certaines grottes, certains tertres, lacs et marécages. Les mortels pouvaient y pénétrer exceptionnellement et y résider des siècles en croyant n'avoir vécu que quelques jours...
Les deux mondes devenaient perméables une fois l'an, pendant la nuit qui précédait Samain. A cette occasion, les Celtes honoraient leurs morts car ils croyaient que les esprits des défunts retournaient ce soir-là dans leurs demeures terrestres.

La Baie du Mont Saint-Michel conserve une solide réputation de passage vers le monde des invisibles. On célèbre toujours Samain dans cette région. Le Mont est effet considéré comme l'île des morts où les trépassés se donnent rendez-vous le 1er novembre. A Pleine Fougères, à 14 kilomètres du Mont, lors des obsèques, on a coutume de porter le cercueil du défunt sur une éminence surplombant la baie et de le tourner quelques instants vers le Mont.

Pommes et gâteaux

Avec la conquête romaine, le Samain se combina naturellement aux célébrations romaines du dernier jour d’octobre en l'honneur de Pomona (déesse des vergers et des fruits) qu’on remerciait pour sa prodigalité (on se régalait des dernières pommes et poires).
Le culte rendu à Pomone, nymphe étrusque des fruits et des fleurs, annexée par la religion romaine, avait pour but de rendre les terres fécondes. Pomone, dont le nom est tiré du terme pomum (fruit, pomme), est représentée assise sur un grand panier de fleurs et de fruits. Elle tient des pommes et un rameau. Elle est couronnée de pampres et de raisins, tandis qu'elle verse les fruits d'une corne d'abondance.
La déesse, jusqu’à la fin des temps, assurera la fructification des plantes et des arbres pour le plus grand bien des hommes.
Cette fête romaine des cueillettes (ou des récoltes) survit dans les jeux coutumiers anglo-saxons utilisant des pommes (fruit merveilleux pour les peuples antiques).

Au Moyen Age, la tradition de Samain-Halloween s'éteignit dans le royaume de France et se fit lentement oublier en Grande-Bretagne. Il n'y a qu'en Irlande qu'elle resta très vivace. Le temps passant, les rites celtes laissèrent la place à d'autres pratiques : c’étaient désormais les habitants les plus pauvres qui frappaient aux portes des maisons du village pour quémander des soul cakes (gâteaux de l'âme), petits gâteaux remplis de piment, muscade, cannelle, ou d'autres épices douces, de raisins secs ou de raisins de Corinthe, en échange desquels ils promettaient de prier pour le repos de l'âme des morts de la famille du généreux donateur. Chaque gâteau mangé représentait une âme humaine libérée de purgatoire. Depuis les années 1930, ce sont les enfants qui vont de porte en porte pour demander des bonbons ou de l'argent, et jouer des tours à ceux qui ne leur donnent pas de friandise.

L'un des plats servis au dîner en Irlande à Halloween est appelé callcannon. A ce plat de purée de pommes de terre, de panais et oignons frits, étaient mélangés une bague, un dé, une poupée en porcelaine et une pièce. Celui qui trouvait la bague pouvait se marier dans l'année, celui qui trouvait la poupée en porcelaine aurait un enfant, celui qui trouvait le dé ne se marierait jamais, et celui qui aurait la chance de trouver la pièce serait riche.

La citrouille

La citrouille sculptée est appelée « Jack O'Lantern » en souvenir de Jack, un légendaire irlandais. Jack, particulièrement avare et porté sur la bouteille, qui rencontra une nuit le Diable dans un pub irlandais. Peu prompt à vendre son âme au Diable, Jack se moquait de lui régulièrement au cours de leurs rencontres, ce qui lui interdit, au jour de sa mort, d’aller en Enfer. Et par son avarice, il ne put bien sûr accéder au Paradis. Plongé dans le noir, Jack réussit à obtenir du Diable un peu de charbon ardent pour éclairer sa route, qu’il promène dans un gros navet évidé. Le voici donc condamné à errer dans les rues, une lanterne à la main, jusqu’au jugement dernier. Le soir de Halloween, on dispose les « Jack O'Lantern » à l'entrée des maisons pour éloigner les mauvais esprits.

Le Nouvel An des sorcières

La légende veut que Samain corresponde au Nouvel An des sorcières.
Jusqu'au XVe siècle, les gens croyaient que des milliers de sorcières et de sorciers parcouraient l'Europe durant cette nuit. Elles s'enduisaient d'un onguent magique qui leur donnait le pouvoir de s'envoler sur leur balai pour rejoindre leur sauterie, à l'invitation du Diable en personne. Pendant ce temps, leurs enfants gardaient les troupeaux de crapauds dans les champs.
Le côté mystique (voire satanique) de la sorcière réserve à cette dernière une place de choix dans le folklore de Halloween. Elle participe à la ronde des déguisements et des masques (portés à l'époque celte pour tromper les mauvais esprits) avec son acolyte le chat noir, que l'on soupçonne d'être en fait une sorcière réincarnée.
Au début du XXe siècle, les enfants de France, surtout dans les campagnes, creusaient encore betteraves, citrouilles et navets pour jouer aux fantômes, en ignorant qu’ils fêtaient Samonios.
Les lutins et les fées sont directement issus de la tradition celte ; les fantômes et les squelettes évoquent le retour des âmes défuntes, et les diables, l'esprit du mal. Vampires, chauves-souris et autres Frankenstein se sont joints plus récemment à ce ballet infernal.


Kandaurov Anton, 1899

Superstitions

Il faut veiller à ne pas mettre ses vêtements à l'envers un jour de Halloween sinon, la rencontre avec une sorcière est assurée.
Croiser la route d'un chat noir ce jour-là attire immanquablement le mauvais sort.
Méfiez-vous des bougies aux flammes bleutées : un esprit rôde à proximité.
Ne faites surtout pas votre ménage, le jour de Halloween car, en passant le balai, vous pousseriez le bonheur hors de votre foyer.
Croquez une pomme devant un miroir et vous verrez le visage de votre futur époux ou future épouse !
Mettez des pommes dans un baquet rempli d'eau et attrapez-en une avec les dents : plus le fruit est gros, plus vous serez riches !
Si vous accouchez le 31 octobre, votre chérubin aura le rare privilège de voir les fantômes et même de converser avec eux.


LA TOUSSAINT

Présentation


La Toussaint est la fête de tous les saints connus et inconnus.
Les orthodoxes célèbrent la Toussaint, qu’ils nomment « Dimanche de tous les saints », le premier dimanche après la Pentecôte. Le culte des saints est très développé dans l'orthodoxie.
Les protestants, qui rejettent le culte des saints, ne célèbrent pas la fête de la Toussaint.

Chronologie historique

Dès le IVe siècle, en Orient, l'Église d'Édesse consacre le premier dimanche après la Pentecôte et celle d’Antioche le 13 mai, à fêter « tous les martyrs » dont le nombre devient trop important pour une commémoration individuelle.

En 610, dans son effort pour christianiser les traditions païennes, Boniface IV (608-615) transforme le Panthéon de Rome (temple dédié à tous les dieux que lui a donné en 609 l’empereur byzantin Phocas) en église, consacrée à « Sainte Marie de tous les saints martyrs », qui prendra ensuite le nom de Notre-Dame des Martyrs. Le pape y fait transporter toutes les reliques des martyrs des catacombes romaines soumises régulièrement au pillage et institue une "fête de tous les martyrs" le 13 mai.

En 731, Grégoire II, dédie une chapelle de l’église Saint-Pierre de Rome à tous les saints. La même année, son successeur, Grégoire III, décide que seront fêtés tous les saints.

En 775, un ecclésiastique anglo-saxon, Kathwulf, écrit à Charlemagne pour lui demander d'instaurer une fête de tous les saints (probablement pour lutter contre la fête celte de Samhain).

En 798, un concile à Riesbach crée une fête nouvelle, la Toussaint, aux calendes de novembre (l'idée vient d'Alcuin, abbé à Tours, mais originaire d'Angleterre ; d’ailleurs, Tours sera le seul lieu de France où la Toussaint sera fêtée). En Angleterre, la fête de tous les saints est célébrée le 1er novembre. La coutume de fêter tous les saints se répand en Occident, mais chaque Église le fait à une date différente (13 mai à Rome).

Ce n'est qu'en 835 que la fête de la Toussaint est transférée au 1er novembre, par Grégoire IV. A l’occasion de la venue en France de ce pape en 837, la fête est instituée sur tout le territoire de l'Empire carolingien par Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire, 3ème fils de Charlemagne et empereur d'Occident (toutefois, la Toussaint ne sera adoptée à Angers qu’en 1314).

En 1480, Sixte IV place la Toussaint au niveau des grandes fêtes chrétiennes en lui attribuant une octave, c’est-à-dire une semaine de liturgie spéciale.

Pie X (1903-1914) en fait une fête d'obligation (l’assistance à la messe est obligatoire).

Dictons météorologiques

Le mois de novembre est malsain : il fait tousser dès la Toussaint.
Autant d’heures de soleil à la Toussaint, autant de semaines à souffler dans ses mains.
Telle Toussaint, tel Noël, Pâques au pareil.
A la Toussaint, le froid revient et met l'hiver en train.
La Toussaint venue, laisse-là ta charrue.
Vent de Toussaint, terreur de marin
En novembre s’il tonne, l’année sera bonne.
Brouillard en novembre, l'hiver sera tendre.


LA SAINTETE

Présentation

Le modèle de sainteté a été donné par la vie du Christ.
En un sens général, on appelle « saints » les morts qui sont censés posséder le bonheur du ciel.
Le saint (qui sacrifie sa vie corporelle à sa vie spirituelle) se distingue du sage (qui conçoit la vertu comme un « équilibre » entre désirs physiques et aspirations spirituelles) et du héros (dont la destinée est une réalisation physique ou une réalisation historique). En d'autres termes, le héros a un destin uniquement terrestre ; le sage équilibre la part des besoins physiques et des aspirations spirituelles ; le saint ne veut vivre que de la vie de l'esprit.
La notion de sainteté est spécifiquement chrétienne, dans la mesure où le détachement spirituel est lié à l'idée de souffrances physiques. Il y a, dans la sainteté, quelque chose de dramatique, qui est absolument étranger à la sérénité de l'ascèse hindoue. L'ascète n'est pas celui qui surmonte sa vie physique, mais celui qui ne la sent pas : le fakir n'a rien de commun avec le saint.

Chronologie historique

Dès les premiers temps de la chrétienté, les fidèles rendent des honneurs à ceux qui, pour témoigner de la vérité de la religion, ont sacrifié leur vie, et mérité par là, le nom de « martyrs » (témoins). Ils élèvent sur les tombeaux qui renferment leurs restes (reliques) des autels sur lesquels ils célèbrent les saints mystères. Ils exhument leurs corps de leur première sépulture pour les transporter dans des églises où ils leur rendent un culte particulier. Ils érigent des églises en leur honneur et fêtent l'anniversaire de leur martyre.

Dans la célébration des saints mystères, on a recours à leur intercession pour implorer les grâces du Seigneur ; on demande à Dieu une place à leur côté. Ces prières, consacrées dans leur formule définitive, sont parvenues jusqu'à nous avec le nom des premiers martyrs, dans ce qu'on appelle le canon de la messe ; ce qui explique le mot de « canonisation » employé dans le sens de déclaration de sainteté.

Pour éviter des erreurs, Cyprien de Carthage (+ 258) ordonne de prendre des informations exactes sur ceux qui sont morts pour la foi, et de lui envoyer une relation détaillée de leur martyre.

Plus tard, le nombre des martyrs diminuant avec la fin des persécutions, on accorde le titre de saints et un culte spécial aux simples confesseurs qui se sont distingués par leurs vertus.

A la fin du VIème, Grégoire de Tours témoigne de la diffusion du culte des saints dans les campagnes.

A l’origine, ce sont les évêques qui canonisent, puis, vers les XIIe-XIIIe siècle, le pape finira par faire autorité.

En 754, le roi Pépin prie instamment le pape Etienne III (ou II) de mettre l'évêque Suibert au nombre des saints.

Le 11 juin 993, le pape Jean XV fait paraître la première bulle de canonisation connue afin de proclamer la sainteté d’Ulric ou Ulrich ou Udalric (890-973), évêque d’Augsbourg, mort vingt ans plus tôt.

Le terme canonizare (canoniser) apparaît dans la bulle adressée au comte de Mantoue où Benoît VIII (1012-1024) confirme le culte de l’ermite Siméon de Padolirone mort en 1016.

En 1153, Gautier de Pontoise est canonisé par l’évêque de Rouen (jusqu’au XIIe siècle, le procès est instruit par les évêques qui font la déclaration de béatification pour leurs propres diocèses).

C’est en vain que, sous Alexandre III, le concile de Latran III, en 1179, réserve au seul pontife de Rome le droit de canoniser.

En 1208, les évêques de France, les plus indépendants de la chrétienté, reconnaissent au pape le droit exclusif de canonisation (l'archevêque de Vienne écrit dans ce sens).

En 1215, le quatrième concile du Latran, 12e concile œcuménique, reconnaît que le pape a le monopole de la canonisation.

En 1234, l’introduction du bref Audivimus dans les Décrétales de Grégoire IX consacre, en droit du moins, cette prérogative papale.

Innocent IV (1243-1254) définit la canonisation : « Canoniser consiste à décider en toute régularité et de façon canonique qu’un saint soit honoré comme tel, c’est-à-dire qu’il lui sera rendu un culte solennel comme on le fait pour les saints de la même catégorie : s’il s’agit d’un confesseur, que l’on célèbre pour lui l’office des confesseurs ; s’il s’agit d’un martyr, l’office des martyrs, et ainsi de suite. »

En 1373, Witikind, évêque de Minden, canonise l'évêque Félicien.

Au XVIème, les protestants rejettent le culte des saints, le Christ étant l'unique médiateur entre Dieu et les hommes.

En 1563, le concile de Trente décrète : « Les saints qui règnent avec Jésus-Christ offrent à Dieu des prières pour les humains. C'est une chose bonne et utile de les invoquer et supplier humblement, pour obtenir des grâces et des faveurs de Dieu, par son fils Jésus-Christ, qui est notre seul rédempteur et notre sauveur. » (De invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum et de sacris imaginibus, XXVème session)

Le 22 janvier 1588, par la constitution Immensa Aeterni Dei, Sixte Quint crée la congrégation des Rites, à laquelle il confie, entre autres, le soin de traiter des causes des saints, avec les deux étapes désormais obligatoires : la béatification consacrant un culte limité à un lieu ou à un ordre, et la canonisation consacrant un culte universel.

Urbain VIII, dans deux constitutions promulguées en 1625 et 1634, définit des règles strictes en matière de béatification et de canonisation.

Prospero Lambertini (futur pape Benoît XIV) précise la procédure de béatification et de canonisation dans son traité De servorum Dei beatificatione et de beatorum canonizatione (1734-1758) qui fera autorité jusqu’à la réforme du droit canon de 1917 : « Dès que la réputation de sainteté de quelqu'un est fortement entrée dans l'esprit du peuple et qu'on cite des miracles dus à son intervention, l’Église procède à l'instruction de la cause. Une triple enquête est faite par l'ordinaire : 1° sur la vie du fidèle ; 2° sur les miracles qu'on lui attribue ; 3° sur ses écrits. Elle est ensuite envoyée à Rome pour être soumise à une congrégation spéciale, sur l'ordre du pape. Le résultat de ce premier examen donne lieu à ce qu'on appelle la béatification, qui précède ordinairement la canonisation. Ce n'est qu'après quelque temps que la cause est de nouveau soumise à une autre congrégation et longuement débattue, entre l'avocat de Dieu ou défenseur de celui qui est proposé pour être canonisé, et l'avocat du diable ou son accusateur. Enfin le tribunal, suffisamment éclairé par ces débats, déclare qu'il y a lieu ou qu'il n'y a pas lieu à la canonisation, laquelle, dans l'affirmative, est définitivement décrétée par le pape. »
La canonisation est l’acte officiel de l'Église catholique pour admettre une personne défunte parmi les saints. Elle est l'aboutissement d'un procès ayant permis d'examiner le cas de cette personne à Rome, devant la congrégation des Rites. Au terme de la procédure de canonisation, au cours de laquelle un « avocat de Dieu » s'oppose à un « avocat du Diable », les cardinaux donnent leur avis au pape qui prend la décision finale. La cérémonie solennelle est célébrée à Saint-Pierre de Rome, puis le bienheureux devenu saint reçoit une place dans le calendrier afin qu'il puisse être fêté à date fixe.

Le 27 mai 1917, par la bulle Providentissima Benoît XV promulgue le Codex Iuris Canonici (nouveau code de droit canonique élaboré par Pie X et Pietro Gasparri, entrant en vigueur le jour de la Pentecôte 1918 soit le 19 mai) appelé aujourd'hui Codex Iuris Senior ou Code de Droit Canon de 1917 ; le Code stipule (art. 2101) : " La discussion sur les vertus ou le martyre ne peut être commencée que cinquante ans après la mort du serviteur de Dieu."

En 1930, Pie XI institue une section historique à la congrégation des Rites, à laquelle sont confiées les causes « historiques » (celles qui nécessitent une étude critique), et en 1939 il renvoie aux évêques concernés l’instruction de ces causes, rendant superflu tout procès romain.

Paul VI établit que, pour toute cause, ancienne ou récente, on ne fera plus qu’un procès, instruit par l’évêque avec l’autorisation du Saint-Siège (lettre apostolique Sanctitas clarior du 19 mars 1969). Il institue, le 8 mai de la même année, la congrégation pour les Causes des saints.

Selon la constitution apostolique Divinis perfectionis magister de Jean-Paul II (25 janvier 1983), il appartient à l’ordinaire (l’évêque diocésain) d’ouvrir la procédure en vue de la béatification d’un serviteur de Dieu soit d’office, soit à la demande de fidèles. Il confie à un postulateur le soin de mener une enquête sur la vie de la personne et, le cas échéant, sur ses écrits. Si ces enquêtes sont positives, il transmet le dossier à la congrégation pour les Causes des saints, où le collège des Rapporteurs étudie, avec l’aide de collaborateurs externes, les causes qui lui sont confiées, puis prépare le dossier ou positio sur les vertus ou/et le martyre du serviteur de Dieu. Une commission spéciale étudie la question des miracles, avec des médecins et des théologiens. Il appartient aux consulteurs de la congrégation de voter la validité et la recevabilité de ces diverses démarches : leurs conclusions sont soumises aux cardinaux et évêques de la congrégation, qui étudient encore le cas avant de remettre leur avis au pape : c’est à ce dernier seul que revient de droit la décision sur la béatification, puis sur la canonisation. Une déclaration de "vénérabilité", décret reconnaissant l’héroïcité des vertus du serviteur de Dieu, précède l'étape de la béatification.
Le serviteur de Dieu est béatifié (proclamé bienheureux) s'il est reconnu qu'un miracle a eu lieu par son intercession après sa mort. Si un deuxième miracle est reconnu, il est canonisé (proclamé saint).
Le culte public du bienheureux n'est autorisé que là où le Saint-Siège le prévoit. Celui du saint est autorisé, voire même prescrit, partout dans l'Église universelle. La canonisation est une sentence définitive, irréformable, sur la sainteté de la personne. Elle engage l'autorité suprême du pape et touche au dogme de l'infaillibilité pontificale.

Le 7 février 1983, sont promulguées les Normes pour la cause des saints (Novæ leges pro causis sanctorum) : l'article 9a stipule que les évêques doivent attendre cinq ans après la mort de la personne concernée avant d'introduire sa cause.

Le 7 avril 1983, le cardinal Palazzini, Préfet de la Congrégation chargé de suivre l’examen des causes de béatification et de canonisation, note que « on constate actuellement une très notable augmentation du nombre de miracles signalés dans le monde. »

Au début de son pontificat (2005), Benoît XVI décide que la proclamation solennelle des bienheureux aura lieu désormais dans leur diocèse d’origine et non plus au Vatican, comme il était d’usage sous le pontificat de Jean-Paul II.

Dans l’Instruction Sanctorum Mater du 17 mai 2007, publiée le 18 février 2008, la Congrégation pour les causes des saints explique le déroulement précis d’une enquête diocésaine et invite les évêques à faire preuve de plus de rigueur. Avant d’entreprendre l’enquête, « l’évêque devra procéder à certaines vérifications déterminantes pour prendre sa décision », notamment en ce qui concerne la réputation de sainteté ou de martyre qui doit être « spontanée et non pas procurée artificiellement ».

Citations et proverbes

Les saints ressemblent à un jardin dont les arbres portent des fruits variés, tout en étant arrosé par la même eau. De fait autre est l’activité de tel saint, autre celle d’un autre, mais c’est un seul Esprit qui agit en eux tous. (Sentences des Pères du Désert. Ed. Solesmes)

Puissante armée des saints, troupe bienheureuse des apôtres et évangélistes, des martyrs, des confesseurs, des docteurs, des anachorètes et des moines, des prêtres, des saintes femmes et des vierges pures, priez sans cesse pour nous misérables pécheurs. Tendez-nous une main secourable, détournez de nos têtes coupables la justice irritée de Dieu ; faites entrer par vos prières notre frêle navire dans le port de la bienheureuse éternité. (Texte attribué à Augustin d'Hippone + 430)

Elle nous attend, cette Église des premiers-nés, et nous n'y prêtons pas attention. Ils nous désirent, les saints, et nous n'en faisons guère de cas. Ils comptent sur nous, les justes, et nous restons indifférents. Réveillons-nous enfin, frères, ressuscitons avec le Christ, recherchons les réalités d'en haut, goûtons ces réalités. Désirons ceux qui nous désirent, accourons vers ceux qui nous attendent, empressons-nous de rejoindre par les vœux de notre esprit ceux qui comptent sur nous. (Bernard de Clairvaux 1090-1153)

Il est de notre intérêt, non de l’intérêt des saints, que nous honorions leur mémoire. Penser à eux, c’est en quelque sorte les voir. De la sorte, nous sommes transportés par notre fine pointe spirituelle vers la Terre des Vivants. (Bernard de Clairvaux)

Ce n’est pas en paradis que se fabriquent les saints. C’est sur terre. (Joseph de Cupertino +1663).

Je vois des saints de tous les âges, de tous les tempéraments, de toutes les conditions : il n'y a donc ni âge, ni tempérament, ni condition qui excluent de la sainteté. Ils ont eu au dehors les mêmes obstacles, les mêmes combats que nous : ils ont eu au dedans les mêmes répugnances, les mêmes sensibilités, les mêmes tentations, les mêmes révoltes de la nature corrompue ; ils ont eu des habitudes tyranniques à détruire, des rechutes à réparer, des illusions à craindre, des relâchements flatteurs à rejeter, des prétextes plausibles à surmonter, des amis à redouter, des ennemis à aimer, un orgueil à saper par le fondement, une humeur à réprimer, un amour-propre à poursuivre sans relâche, jusque dans les derniers replis du cœur. (Fénelon 1651-1715)

A l'époque du couronnement, le pape Pie VII proposait à l'empereur de canoniser un Bonaventure Bonaparte, mort obscurément dans un cloître. (Damas-Hinard 1805-1870)

Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre. (Thérèse de Lisieux +1897)

La sainteté est une tentation. (Jean Anouilh, Becket ou l'Honneur de Dieu, 1959)

La sainteté vit dans l'histoire et aucun saint n'échappe aux limites et aux conditionnements propres à notre humanité (...) En béatifiant l'un de ses fils, l'Eglise ne célèbre pas les choix historiques particuliers qu'il a pris, mais elle l'indique plutôt comme devant être imité et vénéré pour ses vertus, comme une louange à la grâce divine qui resplendit en celles-ci. (Homélie de Jean Paul II, septembre 2000)

Chacun devrait avoir un Saint que lui soit familier, pour le sentir proche par la prière et son intercession, mais aussi pour l'imiter. Pour cela, nous devons connaître plus de Saints, à commencer par celui dont vous portez le nom, en lisant sa vie et ses écrits : ils deviendront de bons guides pour aimer encore plus le Seigneur et des soutiens valables pour votre croissance humaine et chrétienne. Comme vous le savez, moi aussi, je suis lié de manière particulière à quelques figures de Saints : parmi celles-ci, outre Saint Joseph et saint Benoît dont je porte le nom, et d'autres, il y a Saint Augustin, que j'ai eu le grand don de connaître, pour ainsi dire, de près à travers l'étude et la prière et qui est devenu un bon "compagnon de voyage" dans ma vie et dans mon ministère. (Benoît XVI, 25 août 2010)

A chaque saint sa chandelle.
Comme on connaît les saints, on les honore.
Selon le saint, l’encens.
Saint qui ne guérit rien, n'a guère de pèlerins.
Il n'est si petit saint qui ne veuille avoir son offrande.
Il n'est miracle que de vieux saints.
La fête passée, adieu le saint.


COMMEMORATION DES FIDELES DEFUNTS

Présentation


Amalaire, diacre de Metz, dans son ouvrage Des Offices ecclésiastiques qu'il dédie à Louis le Débonnaire en 827, donne « l'Office des Morts » ; mais cet office n'a pas encore un caractère général et il ne se dit que pour les particuliers.

En 998, Odilon, abbé de Cluny, institue, dans les monastères de son ordre, un office liturgique à l’intention de tous les frères défunts [du latin defunctus, de defungor (s'acquitter de sa dette)], « tous les morts qui dorment en Christ », le 2 novembre, lendemain de la Fête de Tous les Saints.
Mosheim affirme qu'Odilon institua cette fête sur les exhortations d'un ermite de Sicile qui prétendait avoir appris par révélation que les prières des moines de Cluny avaient une efficacité particulière pour délivrer les âmes du purgatoire.
Cette fête, propre aux clunisiens, se répandit avec l’extension et le rayonnement de la congrégation, en même temps que se précisait la doctrine concernant les âmes du purgatoire : elle était célébrée dans toute l'Église d'Occident au XIIIe siècle.
On joignit aux prières diverses des bonnes œuvres, surtout des aumônes, et, au XVIIIe siècle, il y avait encore en France quelques diocèses où les laboureurs faisaient ce jour-là quelque travail gratuit pour les pauvres et offraient à l'Église du blé, qui, selon saint Paul, est le symbole de la résurrection des corps.

Au XVème siècle, les dominicains d’Espagne célébraient trois messes le 2 novembre. Le pape Benoît XV (+1922) étendit cette possibilité à toute l'Église afin de mieux prier pour les nombreux morts de la guerre.

En Bretagne, la Toussaint marque davantage la fête des trépassés que celle de tous les saints : elle célèbre les âmes des disparus, des trépassés, et ces êtres d'outre-tombe sont désignés par un nom collectif : ann Anaon (les Âmes). On croyait naguère, qu’à la Toussaint, les Anaon circulaient sur les routes, pour revenir à leur ancien domicile...
Au pays de Rosporden, la nuit qui précède la Gouel an Anaon (la fête des Âmes), il est d'usage, après le repas du soir, d'allumer un feu dans l'âtre : c'est le feu de l'Anaon, uniquement destiné à la purification des âmes.
Durant la nuit qui précède la fête des morts, les Anaon devisent sereinement, et qui osera se rendre dans un cimetière entendra leurs conversations...

Les protestants ne prient pas pour les défunts.

Il n'y a pas de jour dédié aux morts dans le judaïsme et l’islam.

El dia de los Muertos

Le Jour des morts (El dia de los Muertos) tient une place très importante sur les calendriers espagnol et latino-américains.

El Dia de los Muertos reprend un rituel des anciennes peuplades mexicaines (Mayas, Toltèques, Aztèques) célébrant les morts et la continuation de la vie.

Les Espagnols imposèrent les dates du 1er et 2 novembre (fête des saints et fête des défunts), car ces jours tombaient au milieu des fêtes de la mort des Aztèques. Les 1er et 2 novembre sont des jours de fête : le premier est celui des enfants défunts (los Angelitos « les petits Anges »), le second celui des adultes défunts (les Aztèques célébraient deux fêtes des morts : l'une pour les enfants et l'autre pour les adultes).

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, certains mexicains font des feux devant leurs maisons pour se signaler aux défunts amis et chasser les mauvais esprits.

Dans les cimetières, les tombes sont nettoyées, décorées de fleurs plus spécialement des fleurs orange (le cempoalxuchitl). Les enfants morts reçoivent des jouets, les hommes adultes de la tequila ! On dépose de quoi festoyer ainsi que des confiseries et des cierges. Il n'est pas rare d'organiser un pique-nique près des tombes.
On brûle des cierges et de l’encens (copal). La cendre d’encens chasse les esprits des morts et les mauvaises intentions envoyées par Satan ; elle peut être utilisée comme remède aux maux d’yeux.

Des autels à la mémoire des disparus sont dressés dans la plupart des foyers. Décorés avec les photos des défunts, ils accueillent les boissons et les friandises qui étaient les préférées de ceux dont on célèbre le souvenir.

Sur les calaveritas, pains sucrés en forme de têtes de mort ou de cercueil que l'on dépose sur les tombes ou les autels, sont inscrits les prénoms des morts. On mange ce gâteau qui symbolise la mort et la renaissance. Il y a aussi les pains des morts.

Le Jour des morts donne lieu à Mexico à un véritable festival qui s'étire désormais du 31 octobre au 2 novembre et qui honore la mémoire des morts avec profusion de tequila et de joyeuses bandes de mariachi.


LA MORT ET LA VIE ETERNELLE

Les lieux inférieurs


Dans les croyances primitives, longtemps conservées par l’Ancien Testament, la mort n'est pas un anéantissement total même si le défunt « n'est plus » (Psaumes 39,14 ; Job 7,8-21 ; 7,10). En même temps que le corps est inhumé, quelque chose du défunt, une ombre, subsiste dans le shéol.
Mais ces enfers sont conçus de façon très rudimentaire : un trou béant, un puits profond, un lieu de silence (Ps 115,17), de perdition, de ténèbres, d'oubli (Ps 88,12 ; Jb 17,13).
Là, tous les morts rassemblés participent au même sort misérable (Jb 3,13-19 ; Isaïe 14,9), même s'il y a des degrés dans leur ignominie (Ezéchiel 32,17-32) : ils sont livrés à la poussière (Jb 17,16 ; Ps 22,16 ; 30,10) et à la vermine (Isaïe 14,11 ; Jb 17,14).
Leur existence n'est plus qu'un sommeil (Ps 13,4 ; Daniel 12,2) : plus d'espérance, de connaissance de Dieu, d'expérience de ses miracles, de louange qu'on lui adresserait (Ps 6,6 ; 30,10 ; 88,12 ; 115,7 ; Is 38,18).
Dieu même oublie les morts (Ps 88, 6). Et une fois passées les portes du shéol (Jb 38,17 ; Sagesse 16,13), il n'y a point de retour (Jb 10,21). Telle est la perspective désolante que la mort ouvre à l'homme pour le jour où il doit être « réuni à ses pères » (Genèse 49,29).
Que l'Ancien Testament en soit resté à ce niveau de croyances jusqu'à une époque tardive, c'est le signe qu'à l'encontre de la religion égyptienne et du spiritualisme grec, il a refusé de dévaloriser la vie d'ici-bas pour tendre ses espoirs vers une immortalité imaginaire 1.

Les rites funèbres

Les rites funèbres sont chose universelle : depuis la lointaine préhistoire, l'homme tient à honorer ses morts et à rester en contact avec eux. L'Ancien Testament conserve l'essentiel de ces traditions séculaires : gestes de deuil (2 Samuel 3,31 ; Jérémie 16, 6) ; ensevelissement rituel (I Samuel 31,12 ; Tobie 2,4-8), car ne pas recevoir de sépulture est une malédiction (Deutéronome 21,23 ; I Rois 14,11 ; Jr 16,4) ; soin des tombeaux (Gn 23 ; 49,29-32 ; 50,12) ; repas funéraires (Jr 16,7), voire offrandes sur les tombeaux des défunts (Tb 4,17) bien qu'elles soient déposées « devant des bouches closes » [Siracide (Ecclésiastique) 30,18]. Pourtant la révélation impose déjà des limites à ces coutumes, liées chez les peuples d'alentour à des croyances superstitieuses : d'où l'interdiction des incisions rituelles (Lévitique 19,28 ; Dt 14,1), et surtout la proscription de la nécromancie (Lv 19,31 ; 20,27 ; Dt 18,11), tentation grave en un temps où la magie était florissante et où l'on pratiquait l'évocation des morts comme on s'adonne aujourd'hui au spiritisme (I S 28 ; 2 R 21,6). Il n'y a donc pas dans l'Ancien Testament de culte des morts à proprement parler, comme il y en avait un chez les Égyptiens. 1

Le 8 mai 1963, durant le concile Vatican II, un décret du Saint-Office, qui sera promulgué par Paul VI le 5 juillet [Code de Droit Canonique, c. 1176 §3], supprime l’interdiction de funérailles religieuses à ceux qui ont demandé à être incinérés : la crémation n’est plus condamnée par l’Eglise catholique à condition qu’elle à condition qu’elle n’ait pas été choisie pour des raisons contraires à la doctrine chrétienne.
En France, la loi du 15-11-1887 institua la liberté des funérailles et le décret du 27-4-1889 (Sadi Carnot) abrogea le capitulaire de Charlemagne (785) qui interdisait l’incinération des morts. La Révolution française avait essayé, sans grand succès, de relancer cette pratique. Elle ne commença à se répandre que dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’action des adversaires de l’Eglise romaine, notamment les Libres penseurs et les Francs-maçons, agissant au sein d’associations pour la propagation de la crémation.
Le pape Léon XIII avait décidé le 15 décembre 1886 : « Si quelqu’un a fait demande publique pour lui de la crémation et est mort sans rétracter cet acte coupable, il est défendu de lui accorder les funérailles et la sépulture ecclésiastiques ».
Le Code de Droit canonique de 1917 reprit cette interdiction et précisa : « Si quelqu’un a prescrit que son corps soit livré à la crémation, il n’est pas permis d’exécuter sa volonté. Si elle est insérée dans un contrat, un testament ou un acte quelconque, elle doit être tenue pour non écrite. » (Canon 1203, 2).
L’Eglise catholique autorise la crémation depuis le 8 mai 1963 à condition qu’elle n’ait pas été choisie pour des raisons contraires à la doctrine chrétienne (la crémation « doit ne pas être désirée comme négation des dogmes chrétiens dans un esprit sectaire, par haine de la religion catholique ou de l’Eglise ») et qu’elle ne manifeste pas une mise en cause de la foi dans la résurrection. Le service religieux est interdit devant une urne funéraire : il doit avoir lieu avant la crémation. l’Eglise désapprouve la dispersion des Cendres et la conservation des urnes à domicile. La décision conciliaire a été insérée dans le nouveau code de droit canonique de 1983. La crémation, admise par les protestants depuis 1898, est refusée par les juifs et les orthodoxes et non pratiquée par les musulmans.
En 2007, 28% des français ont choisi l’incinération. La Loi du 19 décembre 2008 accompagne l’essor de la crémation en comblant certaines lacunes juridiques.

Le point de vue théologique 1

La mort est le sort commun des hommes, « le chemin de toute la terre » (1 Rois 2,2 ; 2 Samuel 14,14 ; Siracide (Ecclésiastique) 8,7). En mettant fin à la vie de chacun, elle appose un sceau sur sa physionomie : mort des patriarches « comblés de jours » (Genèse 25,7 ; 35,29), mort mystérieuse de Moïse (Deutéronome 34), mort tragique de Saül (1 S 31)...
Mais devant cette nécessité inéluctable, comment ne pas sentir que la vie, si ardemment désirée, n'est qu'un bien fragile et fugitif ? Elle est une ombre, un souffle, un néant (Psaumes 39,5 ; 89,48 ; 90 ; Job 14,1-12 ; Sagesse 2,2) ; elle est une vanité, puisque le sort final de tous est le même [Qohélet (Ecclésiaste) 3 ; Ps 49,8], fût-ce celui des rois (Si 10,10) ! Constatation mélancolique d'où naît parfois, en face de ce destin obligatoire, une résignation désabusée (2 S 12,23 ; 14,14).
Pourtant, la vraie sagesse va plus loin ; elle accepte la mort comme un décret divin (Si 41,4), qui souligne l'humilité de la condition humaine en face du Dieu immortel : qui est poussière, retourne à la poussière (Gn 3,19). L’homme sent dans la Mort une force ennemie. Elle est le berger funèbre qui parque les hommes aux enfers (Ps 49,15) ; elle pénètre dans les maisons pour faucher les enfants (Jérémie 9,20). Certes, dans l'Ancien Testament, elle revêt aussi la figure de l'ange exterminateur, exécuteur des vengeances divines (Exode 12,23 ; 2 S 24,16 ; 2 R 19,35), voire même celle de la Parole divine qui extermine les adversaires de Dieu (Sg 18,15). Mais cette pourvoyeuse des enfers insatiables (Proverbes 27,20) a plutôt les traits d'une puissance d'en bas, dont toute maladie et tout danger font pressentir l'approche sournoise. Aussi le malade se voit-il déjà « compté parmi les morts » (Ps 88,4) ; l'homme en péril est cerné par les eaux de la mort, les torrents de Bélial, les filets du shéol (Ps 18,5 ; 69,15 ; 116,3 ; Jonas 2,4-7). La Mort et le Shéol ne sont donc pas seulement des réalités de l'au-delà ; ce sont des puissances en action ici-bas et malheur à qui tombe sous leurs griffes ! Qu'est-ce finalement que la vie, sinon une lutte angoissée de l'homme aux prises avec la Mort ?

- L’homme condamné à mort par le péché

Le drame a débuté aux origines de l'histoire humaine : par la faute de l'homme, le Péché est entré dans le monde, et par le Péché, la Mort (Romains 5,12-17 ; I Corinthiens 15,21). « Dieu n'est pas l'auteur de la Mort, il ne veut pas la perte des vivants ; Il a tout créé pour être, tout ce qu'engendre le monde est salutaire. » (Sagesse 1, 13).
Depuis lors, tous les hommes « meurent en Adam » ( I Corinthiens 15,22), si bien que la Mort règne sur le monde (Rm 5,14). Ce sentiment de la présence de la Mort, que l'Ancien Testament exprimait de façon si forte, correspondait donc à une réalité objective, et derrière le règne universel de la Mort se profile celui de Satan, le « prince de ce monde », « homicide » depuis l'origine (Jean 8,44).
Ce qui donne force à cet empire de la Mort, c'est le Péché : il est « l'aiguillon de la Mort » (I Corinthiens 15,56 ; Osée 13,14), car la mort est son fruit, son aboutissement, son salaire (Romains 6,16-21-23).
Mais le Péché lui-même a dans l'homme un complice : la convoitise (7,7) ; c'est elle qui donne naissance au péché, lequel à son tour enfante la mort (Jacques 1,15) ; en un autre langage : c'est la chair, dont le désir est la mort et qui fructifie pour la mort (Romains 7,5 ; 8,6) ; par là notre corps, créature de Dieu, est devenu « corps de mort » (7,24).
Donnant la connaissance du péché (3,20) sans la force d'en triompher, condamnant le pécheur à mort de façon explicite (5,13), la Loi est devenue « la force du péché » (I Corinthiens 15,56).
C'est pourquoi le ministère de cette Loi, sainte et spirituelle en elle-même (Romains 7,12-14), mais simple lettre qui ne conférait pas la puissance de l'Esprit, a été en fait un ministère de mort (2 Co 3,7).
Sans le Christ, l'humanité était donc plongée dans l'ombre de la mort (Matthieu 4,16 ; Luc 1,79 ; Isaïe 9,1) ; aussi la mort fut-elle, en tout temps, l'une des composantes de son histoire, et elle reste l'une des calamités que Dieu dépêche sur un monde pécheur (Apocalypse 6,8 ; 8, 9 ; 18,8). De là le caractère tragique de notre condition : par nous-mêmes, nous sommes livrés sans rémission à l'emprise de la mort.

- La mort du juste

La mort corporelle prend pour le chrétien un sens nouveau.
Elle n'est plus seulement un destin inévitable auquel on se résigne, un décret divin qu'on accepte, une condamnation encourue en conséquence du péché. Le chrétien « meurt pour le Seigneur » comme il avait vécu pour lui (Romains 14,7 ; Philippiens 1,20). Et s'il meurt en martyr du Christ, versant son sang en témoignage, sa mort est une libation qui a valeur de sacrifice aux yeux de Dieu (Ph 2,17 ; 2 Timothée 4,6). Cette mort, par laquelle il « glorifie Dieu » (Jean 21,19), lui vaut la couronne de vie (Apocalypse 2,10 ; 12,11). De nécessité angoissante, elle est donc devenue objet de béatitude : « Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ! Qu'ils se reposent désormais de leurs peines ! » (Ap 14,13). La mort des justes est une entrée dans la paix (Sagesse 3,3), dans le repos éternel, dans la lumière sans fin : « Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis ! »

- Résurrection et Vie éternelle.

Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour, il les délivre de la mort. (Psaume 32)
L'espoir d'immortalité et de résurrection qui se faisait jour dans l'Ancien Testament a trouvé dans le mystère du Christ, sa base ferme. Car non seulement l'union à sa mort nous fait vivre actuellement d'une vie nouvelle, mais elle nous donne l'assurance que « celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à nos corps mortels » (Romains 8,11).
Alors, par la résurrection, nous entrerons dans un monde nouveau où « il n'y aura plus de mort » (Apocalypse 21,4) ; ou plutôt, pour les élus ressuscités avec le Christ, il n'y aura pas de « seconde mort » (Ap 20,6 ; 2,11) : elle sera réservée aux réprouvés, au Diable, à la Mort, à l'Hadès (Ap 21,8 ; 20,10-14).
C'est pourquoi, pour le chrétien, mourir est finalement un gain, puisque le Christ est sa vie (Philippiens 1,21). Sa condition présente, qui le rive à son corps mortel, est pour lui accablante : il préférerait la quitter pour aller demeurer auprès du Seigneur (2 Corinthiens 5,8) ; il a hâte de revêtir le vêtement de gloire des ressuscités, pour que ce qu'il y a en lui de mortel soit absorbé par la vie (2 Co 5,1-4 ; I Co 15,51-53). Il désire s'en aller pour être avec le Christ (Philippiens 1,23). 1
"Jésus lui dit (à Marthe, ndlr) : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" (Jean 11,25-26)
Le 21 novembre 1964, Paul VI promulgue la constitution Lumen Gentium (Vatican II) : « Ainsi donc en attendant que le Seigneur soit venu dans sa majesté, accompagné de tous les anges (Matthieu XXV 31) et que, la mort détruite, tout lui ait été soumis (I Cor. XV 26-27), les uns parmi ses disciples continuent sur la terre leur pèlerinage, d’autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore; d’autres enfin, sont dans la gloire contemplant dans la pleine lumière, tel qu’il est, Dieu un en trois Personnes ». (Lumen Gentium 49)
Le 30 juin 1968, Paul VI prononce solennellement le Credo du peuple de Dieu qui proclame : " Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu’elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l’instant où elles quittent leur corps, Jésus les prenne au paradis comme il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps. Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et en aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle. Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et Nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières, comme Jésus nous l’a dit : Demandez et vous recevrez. Aussi est-ce avec foi et dans l’espérance que Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Béni soit le Dieu trois fois saint. Amen."

Le saint Viatique, l’extrême-onction

Présentation


Quand la fin est proche, l'eucharistie est reçue en « viatique » (c'est-à-dire pour le « voyage »), afin d’aider le croyant à assumer sa propre mort. C'est le sacrement du grand passage, le dernier sacrement 2.
Cette extrême communion n'est plus appelée à donner des forces pour le combat de la vie terrestre, mais à donner la force et la grâce de quitter le monde présent dans l’amour du Christ ressuscité.
Il n'existe pas à proprement parler de sacrement de la mort dans l'Église catholique. Aux malades dont la santé commence à être dangereusement compromise et qui demandent un réconfort, l'Eglise propose le sacrement de l’onction des malades. Il a été longtemps appelé « extrême onction » parce qu'il comprend l’apposition d'huiles saintes sur le front et qu'il était réservé aux mourants.

« On nomme viatique la communion des mourants, parce qu'elle est destinée à leur donner la force nécessaire pour faire le grand voyage (…) Cet usage était fort ancien dans l'Église. Saint Julien nous apprend qu'au IIe siècle, lorsqu'on avait consacré l'eucharistie, dans les assemblées chrétiennes, et que les assistants y avaient participé, les diacres la portaient aux absents, c'est-à-dire aux malades. Nous savons encore par Tertullien et par saint Cyprien (de Carthage, ndlr) qu'au IIIe siècle les fidèles, toujours exposés au martyre, emportaient avec eux l'eucharistie et la conservaient, afin de la prendre en viatique et de puiser dans cet aliment les forces dont ils avaient besoin pour confesser Jésus-Christ dans les tourments (…) On sait que les malades, pour recevoir le viatique, sont dispensés de l'obligation d'être à jeun, c'est-à-dire de n'avoir rien bu ni mangé dans la journée. Il y a des Pères de l'Église et des conciles qui ont nommé viatique trois sacrements que l'on administrait aux mourants pour assurer leur salut : 1° le baptême, quand on le donnait à des catéchumènes qui ne l'avaient pas encore reçu ; 2° la pénitence ou l'absolution, à l'égard de ceux qu'on réconciliait avec l'Église, à l'article de la mort ; 3° l'eucharistie administrée aux malades. » 3

Chronologie historique

On utilisait de l’huile pour soigner les plaies (Isaïe 1,6).
« Le sacrificateur fera avec le doigt de sa main droite sept fois l'aspersion de l'huile qui est dans sa main gauche, devant l'Éternel. Le sacrificateur mettra de l'huile qui est dans sa main sur le lobe de l'oreille droite de celui qui se purifie, sur le pouce de sa main droite et sur le gros orteil de son pied droit, à la place où il a mis du sang de la victime de culpabilité. Le sacrificateur mettra ce qui lui reste d'huile dans la main sur la tête de celui qui se purifie, afin de faire pour lui l'expiation devant l'Éternel. Puis il offrira l'une des tourterelles ou l'un des jeunes pigeons qu'il a pu se procurer, l'un en sacrifice d'expiation, l'autre en holocauste, avec l'offrande ; et le sacrificateur fera pour celui qui se purifie l'expiation devant l'Éternel. Telle est la loi pour la purification de celui qui a une plaie de lèpre, et dont les ressources sont insuffisantes. » (Lévitique 14,27-32)
Quant au bon samaritain : « Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin… » (Luc 10,34)
« Ils (les apôtres, ndlr) chassaient beaucoup de démons, et ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient. » (Marc 6, 13)

Au IIIème siècle, l’évêque Hippolyte de Rome témoigna de l'existence d'un rituel pour l'Onction des malades.

En 994, le concile d'Anse (69), présidé par Thibauld, évêque de Vienne, fait obligation aux prêtres d’apporter le viatique aux mourants.

Le 14ème canon du deuxième concile du Latran (1139) interdit les combats militaires qui se faisaient dans les foires, et ordonna que les gladiateurs qui « seront blessés dans ces combats soient privés de la sépulture ecclésiastique, quoiqu'on ne doive pas leur refuser la pénitence et le viatique ».

« Le Saint Concile (…) déclare & enseigne ; que comme nostre Rédempteur infiniment bon ; qui a voulu pourvoir en tout temps ses serviteurs de remèdes salutaires contre tous les traits de toutes sortes d'ennemis, a préparé dans les autres Sacremens de puissans secours aux Chrestiens, pour se pouvoir garantir pendant leur vie, & mettre à couvert des plus grands maux spirituels : aussi a-t-il voulu munir & fortifier la fin de leur course, du Sacrement de l'Extrême-Onction, comme d'une forte & asseûrée défense. » (XIVème session du Concile de Trente, 25 novembre 1551.)

En 1576, le cardinal Charles Borromée initia la pratique de sonner pour escorter le saint viatique.

En 1812, Napoléon ayant ordonné le transfert secret à Fontainebleau du pape Pie VII, celui-ci, malade, reçut au Mont Cenis le saint viatique.

Selon le Catéchisme de saint Pie X (Chapitre 7) publié en 1905, le sacrement d’Extrême-onction
1 il augmente la grâce sanctifiante ;
2 il efface les péchés véniels et même les péchés mortels que le malade repentant ne pourrait plus confesser ;
3 il enlève cette faiblesse et cette langueur pour le bien qui restent même après avoir obtenu le pardon des péchés ;
4 il donne la force de supporter le mal avec patience, de résister aux tentations et de mourir saintement ;
5 il aide à recouvrer la santé du corps, si c’est utile au salut de l’âme. (Catéchisme de saint Pie X , Chapitre 7, 1905)

Selon le Concile Vatican II :
"L'Extrême-Onction, qu'on appelle aussi et mieux l'Onction des malades, n'est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à toute extrémité. Aussi le temps opportun pour le recevoir est déjà certainement arrivé lorsque le fidèle commence à être en danger de mort par suite d'affaiblissement physique ou de vieillesse." (Concile Vatican II, Constitution sur la liturgie, n° 73, 4 décembre 1963).
"Par l'onction sacrée des malades et la prière des prêtres toute l'Église recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, afin qu’il adoucisse leurs peines et les sauve. Elle les exhorte à s'unir spontanément à la passion et à la mort du Christ…" (Concile Vatican II, Constitution sur l’Église, Lumen Gentium, n° 11, 21 novembre 1964).

Le 30 novembre 1972, le Pape Paul VI promulgua le nouveau rituel de l'Onction des malades.

Selon le Catéchisme de l'Église Catholique publié en 1992 :
"1499 Par l’Onction sacrée des malades et la prière des prêtres, c’est l’Église toute entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour qu’il les soulage et les sauve ; bien mieux, elle les exhorte, en s’associant librement à la passion et à la mort du Christ à apporter leur part pour le bien du peuple de Dieu.
1511 L'Église croit et confesse qu'il existe, parmi les sept sacrements, un sacrement spécialement destiné à réconforter ceux qui sont éprouvés par la maladie : l'Onction des malades : cette onction sainte des malades a été instituée par le Christ notre Seigneur comme un sacrement du Nouveau Testament, véritablement et proprement dit, insinué par Marc [cf. Mc 6, 13], mais recommandé aux fidèles et promulgué par Jacques, apôtre et frère du Seigneur : « Si l'un de vous est malade, qu'il fasse appeler les anciens de la communauté qui prieront pour lui en pratiquant une onction d'huile au nom du Seigneur. Leurs prières, inspirées par la foi, sauveront le malade, le Seigneur le relèvera, et s'il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. » (Lettre de Saint Jacques aux chrétiens, 5,14-15).
1512 Dans la tradition liturgique, tant en Orient qu'en Occident, on possède dès l'antiquité, des témoignages d'onctions de malades pratiquées avec de l'huile bénite. Au cours des siècles, l'Onction des malades a été conférée de plus en plus exclusivement à ceux qui étaient sur le point de mourir. A cause de cela elle avait reçu le nom de "Extrême-Onction". Malgré cette évolution la liturgie n'a jamais omis de prier le Seigneur afin que le malade recouvre sa santé si cela est convenable à son salut.
1513 La Constitution apostolique Sacram unctionem infirmorum du 30 novembre 1972, à la suite du deuxième Concile du Vatican a établi que désormais, dans le rite romain, on observe ce qui suit : le sacrement de l'Onction des malades est conféré aux personnes dangereusement malades, en les oignant sur le front et sur les mains avec de l'huile dûment bénite - huile d'olive ou autre huile extraite de plantes - en disant une seule fois : "Per istam sanctam unctionem et suam piissimam misericordiam adiuvet te Dominus gratia Spiritus Sancti, ut a peccatis liberatum te salvet atque propitius allevet" (Par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'Il vous sauve et vous relève).
1524 A ceux qui vont quitter cette vie, l'Église offre, en plus de l'Onction des malades, l'Eucharistie comme viatique. Reçue à ce moment de passage vers le Père, la communion au Corps et au Sang du Christ a une signification et une importance particulières. Elle est semence de vie éternelle et puissance de résurrection, selon les paroles du Seigneur : " Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour " (Jn 6, 54). Sacrement du Christ mort et ressuscité, l'Eucharistie est ici sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde vers le Père (cf. Jn 13, 1)."

Administration du sacrement de l'onction des malades

Le sacrement de l'onction des malades est célébré par un prêtre. Ni les diacres ni les laïcs ne peuvent exercer ce ministère. (Code de droit canonique, canon 1003 § 1, qui reprend exactement la doctrine exprimée lors du Concile de Trente)

L'essentiel de la célébration de ce sacrement consiste en deux éléments :
- l'imposition des mains : geste qui appelle la descente de l'Esprit saint et se fait en silence ;
- l'onction faite sur le front et les mains du malade avec « l'huile des malades ». Cette onction est accompagnée d'une prière. Le prêtre dit : « N., par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint » et la personne répond : « Amen ». « Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'il vous sauve et vous relève ». « Amen ».

Si un malade qui a reçu l'onction recouvre la santé, il peut, en cas de nouvelle maladie grave, recevoir de nouveau ce sacrement. Au cours de la même maladie, si elle s’aggrave, ce sacrement peut être réitéré.

L'huile des malades est bénite, lors de la messe chrismale pendant la semaine sainte, par l'évêque entouré de tous les prêtres.

Citations

Oui, Dieu a créé l'homme incorruptible, il en a fait une image de sa propre nature. (Livre de la Sagesse, II, 23. Bible de Jérusalem)

La mort n’est qu’un épouvantail (Socrate + 399 av. J.-C.)

La mort est une loi, non un châtiment. (Sénèque + 39)

Je confesse que le Christ est Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Il est juste que je lui rende mon âme, à lui mon créateur et mon sauveur. Ainsi la vie ne m’est pas ôtée, elle est transformée en une vie meilleure. Peu importe la faiblesse du corps, par laquelle il se dissout finalement, du moment que mon âme, transportée aux cieux, soit rendue à son créateur. (Epipode martyr à Lyon + 177/178)

La mort n'est peut-être qu'un changement de place. (Marc-Aurèle + 180)

Si cette vie était la seule, ce serait avec raison que nous craindrions de la perdre. Mais il y en a une autre, qui n’est jamais perdue, et que le Fils de Dieu nous a fait connaître. (Cécile de Rome + 230)

Aurais-tu peur de la mort ? - Non, car la mort, c’est la vie qui s’ouvre enfin, en toute vérité, dans la lumière divine et pour toujours. (Actes des martyrs)

Efforçons-nous de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau, c'est-à-dire la charité, la douceur et la justice. (Antoine le Grand + 356)

Tu nous as délivrés, Seigneur, de la crainte de la mort. Tu as fait du terme de notre vie le commencement de la vie véritable… Fais-moi remise de ma sentence afin que je prenne haleine et qu’une fois dépouillée de mon corps, je sois trouvée devant toi sans tache ni ride sur le visage de mon âme. (Prière de Macrine mourante + 379)

Lorsque les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sûrement profitable à ceux qui méritèrent, de leur vivant, que de tels suffrages leur soient appliqués après cette vie. (Augustin d'Hippone + 430)

Vivez de telle sorte que la fin de la vie - on l’appelle la mort - ne vous effraie pas. Le trépas serait-il une peine lorsqu’il ne conduit pas aux supplices de l’enfer ? (Honorat à ses moines, Ve siècle)

Nous qui sommes en ce siècle des voyageurs et des étrangers, nous devons nous rappeler continuellement que nous ne sommes pas encore arrivés chez nous. (Césaire d'Arles + 543)

Au soir de la vie, même d’une vie d’infidélité, comme au matin, Jésus ne cesse de nous faire entendre ce même appel, impérieux et miséricordieux : « Suis-moi ! » … Seigneur, je ne peux pas dire que je t’ai suivi. Je t’ai souvent perdu de vue… Lève-toi et recommence… Seigneur, tu me fais encore, peut-être pour la dernière fois, la grâce de m’appeler ? … Oui, mon enfant. Veux-tu venir ? … Seigneur je viens ! (Un moine de l’Eglise d’Orient, Simples regards sur le Sauveur)

Tous les maux d’ici-bas ne durent pas plus longtemps que la vie et la vie n’est qu’un instant. Quant à la récompense de ces maux, elle est immortelle. Si Dieu ne vous frappait pas, vous risqueriez d’être insolvable jusqu’à votre mort. (Lydwine + 1433, grabataire durant 38 ans)

A la fin du jour, c'est sur l'amour qu'on vous examinera. (Jean de la Croix + 1591, Maxime 80)

Ce n'est pas la mort que je crains, c'est le mourir. (Montaigne + 1592)

Ne considérons donc plus la mort comme des païens, mais comme des chrétiens, c’est-à-dire avec l’espérance [...] puisque c’est le privilège spécial des chrétiens. Ne considérons plus un corps comme une charogne infecte, car la nature trompeuse le figure de la sorte, mais comme le temple inviolable et éternel du Saint-Esprit. » « Sans Jésus, la mort est abominable, mais avec lui c’est une chose sainte, douce et joyeuse pour le véritable croyant. (Pascal + 1662)

La mort ne surprend pas le sage ; il est toujours prêt à partir. (La Fontaine + 1695)

La mort aux malheureux ne cause point d'effroi. (Racine + 1699)

Je tiens au défunt par de si fortes chaînes,
Que je n'y veux penser de plus de trois semaines. (Edme Boursault + 1701)

Le premier moment de la vie est le premier pas vers la mort. (J.-B. Rousseau + 1778)

La mort est le commencement de l'immortalité. (Robespierre + 1794, Discours à la Convention nationale du 8 thermidor an II)

Les vivants sont pressés de jeter le défunt dans l'éternité et de se débarrasser de son cadavre. (Chateaubriand + 1848)

Si l'on en croyait les épitaphes qui auréolent la mémoire des défunts, chaque mort serait une perle de perfection. (Claudia Bachi + 1854)

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
Elle allait à grands pas, moissonnant et fauchant,
Noir squelette laissant passer le crépuscule.
Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule,
L'homme suivait des yeux les lueurs de la faux.
Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux
Tombaient ; elle changeait en désert Babylone,
Le trône en échafaud et l'échafaud en trône,
Les roses en fumier, les enfants en oiseaux,
L'or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux.
Et les femmes criaient: "Rends-nous ce petit être.
Pour le faire mourir, pourquoi l'avoir fait naître ?"
Ce n'était qu'un sanglot sur terre, en haut, en bas ;
Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats ;
Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre ;
Les peuples éperdus semblaient sous la faux sombre
Un troupeau frissonnant qui dans l'ombre s'enfuit.
Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit.
Derrière elle le front baigné de douces flammes,
Un ange souriant portait la gerbe d'âmes. (Victor Hugo, Les Contemplations, Mors, Mai 1854)

Le disparu, si l'on vénère sa mémoire, est plus précieux et plus puissant que le vivant. (Antoine de Saint-Exupéry + 1944, Citadelle)

Toute civilisation est hantée, visiblement ou invisiblement, par ce qu’elle pense de la mort. (André Malraux + 1976, Antimémoires)

La mort n’est rien puisque Dieu, par elle, nous conduit à la vie. Qu’importe de perdre aujourd’hui une vie passagère si nous devons ainsi gagner cette vie pour toujours. (Yves Sterckmann, Lectionnaire Emmaüs)

La masse des regrets et des remords
Constitue la pesanteur de la mort.
L'homme jeune souhaite rencontrer la femme de sa vie ; l'homme âgé espère trouver la femme de sa mort.
Et si notre existence terrestre n'était qu'une minuscule parenthèse dans la phrase de notre vie réelle ? Et si cette phrase n'était qu'une petite phrase parmi la multitude des phrases écrites dans l'immense Livre de la Vie ? (Jean-Paul Coudeyrette, Autocitations)

Le jour des morts ne remue pas la terre si tu ne veux sortir les ossements de tes pères (Proverbe)


Notes :
1 Vocabulaire de théologie biblique. Ed. du Cerf. 1977.
2
Sur les sept sacrements, cinq n’interviennent qu’une fois dans l’existence : le baptême, rappel du baptême du Christ par Jean-Baptiste, fait entrer le catéchumène dans l’Église, la confirmation parfait cette entrée (le confirmé reçoit l’Esprit saint et accède à l’âge adulte chrétien), le mariage (monogame) est indissoluble car c’est un engagement envers Dieu, l’ordre marque l’entrée au service de l’Église et l’extrême onction (onction d’huile sainte sur le front) est dispensée aux malades à l’approche de la mort.
Deux sacrements se répètent tout au long de la vie : l’eucharistie instaurée par Jésus au cours de son dernier repas, la Cène, la veille de sa crucifixion, commémore le sacrifice du Christ et la pénitence par laquelle le croyant reconnaît ses péchés qui peuvent alors être absous.
Les orthodoxes reconnaissent les sept sacrements et parlent plutôt de Sainte Liturgie pour ce qui concerne l’eucharistie. Les protestants ne reconnaissent en général que l’eucharistie (qu’ils appellent Sainte Cène) et le baptême, deux sacrements en vigueur dès le début du christianisme, institués dans des circonstances précises par Jésus, ainsi que le rapportent les Évangiles du Nouveau Testament. Il en va de même pour les anglicans, qui confèrent néanmoins une valeur aux cinq autres.
3 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, Pierre Larousse


Voir dossier : Au fil de l'an

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation.

Date de mise à jour : 13/05/2012