Homme de Neandertal
Et autres homininés représentants du genre Homo

SOMMAIRE

Homme de Neandertal
Homo sapiens
Homo antecessor
Homme de Tautavel. Homme de Heidelberg
Homme de Denisova. Homme de Sima
Homme de Flores
Homme de Tourville-la-Rivière
Représentants du genre Homo


Qui était le néandertalien ?

L’homme de Neandertal, homme fossile découvert par deux ouvriers, début août 1856, près de Düsseldorf dans la vallée de la Düssel (appelée Neanderthal), occupa l'Europe et le Proche-Orient (de la Sibérie à l’Atlantique et des Iles de Bretagne à la Palestine) il y a environ 250 000 ans pour disparaître vers 28 000 ans.

Selon une étude de Clive Finlayson, du Musée de Gibraltar, et de ses collègues, publiée le 13 septembre 2006, par la revue Nature, les derniers néanderthaliens étaient certainement présents à Gibraltar (grotte de Gorham) jusqu'à moins 28 000 ans et probablement encore il y a 24 000 ans.

Le néandertalien fut reconnu comme le premier homme fossile différent de l’homme actuel, Homo sapiens, avec lequel il a coexisté pendant des milliers d’années (12 000 ans en Europe et 60 000 ans au Proche et Moyen Orient).
Certains considèrent qu'il représente une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens et le nomment donc Homo sapiens neandertalensis tandis que d'autres considèrent qu'il représente une espèce indépendante et le nomment Homo neandertalensis.

L’homme de Neandertal était doté d’un crâne dolichocéphale volumineux, d’une capacité un peu supérieure à celle de l'Homme moderne (10% de plus). Le néandertalien, avec un cerveau un peu plus gros, ne devait-il pas être plus doué ? Depuis peu, les spécialistes pensent que le volume du cerveau n’est pas forcément proportionnel à l’intelligence.
Le redressement de son corps et sa bipédie étaient comparables à ceux de l’homme actuel.
Le mâle mesurait 1,65 m en moyenne (des individus auraient atteint 1,90 m) et pesait jusqu’à 100 kg (1,55 m et 70 kg pour la femelle).
Une solide ossature et une large poitrine "en tonneau" en faisait une force de la nature.
Les traits des néandertaliens sont considérés comme primitifs : crâne aplati, nez large, mâchoires et pommettes saillantes, front et menton fuyant, arcades sourcilières très développées.
Ils avaient une oreille plus fine que celle d'Homo sapiens.
Les anthropologues font valoir que l'homme de Neandertal était doté des caractéristiques anatomiques nécessaires pour parler comme les terminaisons nerveuses des muscles de la langue indispensables pour former des sons. Leur larynx étant plus court que celui des hommes modernes, le ton moyen émis par les Néandertaliens devait être plus haut et plus aigu que chez Sapiens. En 1983, un os hyoïde néandertalien (l'os hyoïde est un petit os qui maintient la base de la langue et qui est indispensable à l'élocution), très semblable à celui de l'homme moderne, a été découvert à Kébara (Israël).
Selon André Leroi-Gourhan, "il y a possibilités de langage à partir du moment où la préhistoire livre des outils, puisque outils et langages sont liés neurologiquement".
"Ils devaient avoir un langage nasal, explique Marylène Patou-Mathis, et parler des langues très différentes des nôtres, peut-être moins riches en vocabulaire et en syntaxe. Mais sa pensée n’en était pas moins riche. Tout le contenu informatif, symbolique et conceptuel ne passe pas seulement dans les mots, mais aussi les gestes, les offrandes, les dessins sur le sol comme les chasseurs-cueilleurs aborigènes".


Homme de Neandertal

"Toutes les études sur l’artisanat de Néanderthal révèlent qu'il a inventé la technique de débitage Levallois, mais aussi la découpe de la pierre en laminaire, en discoïde, en biface." (Marylène Patou-Mathis)
Les néandertaliens maîtrisaient le feu et cuisaient leur nourriture.
Ils possédaient des parures (pendeloques) et ornaient leur corps de pigments noir et rouge.
Ils vivaient de la cueillette, de la chasse (nomades, ils suivaient les hardes de mammouths) et de la pêche. Leurs lances étaient longues et lourdes.
Ils soignaient leurs aînés et les malades.
Ils aménageaient des sépultures, pratiquaient probablement l’anthropophagie (des ossements de six Néandertaliens, datant de 100 000 à 120 000 ans et portant des traces de dépeçage et de broyage, ont été trouvés dans la grotte de la Baume de Moula-Guercy à Soyons en Ardèche) et un culte des crânes (disposition rituelle d’objets autour du crâne).
Ils gravaient sur les parois de leurs grottes des symboles magiques ou religieux (vulve, triangles).
Une flûte en os d’ours a été trouvée en Croatie.

Les néandertaliens sont une branche latérale de l'arbre évolutif humain, qui s'est éteinte sur quelques milliers d’années (leur trace se perd à Gibraltar).
Leur disparition pourrait être due au fait qu’ils aient cessé de progresser technologiquement et qu’ils n’aient pu s’adapter aux changements climatiques (brusque détérioration du climat sur le continent il y a 40 000 ans 5) et à un nouvel environnement : la disparition des forêts, pour ce chasseur qui traquait sa proie au cœur des bois et la tuait à coup de pieu, le condamna à la famine car il ne possédait pas d’armes de jet efficaces en terrain découvert, telles que le propulseur de javelot et la fronde employées par sapiens.
Peut-être aussi qu’ils n’ont pu assurer la survie de leur espèce en raison d’une natalité très faible (consanguinité, stérilité) ou encore qu’ils ont été éliminés progressivement par l’homme moderne, décimés par des maladies apportées par lui ou simplement exterminés ?
Les premiers hommes modernes forts de leur supériorité technologique ont poussé les néandertaliens à quitter leurs habitats pour des endroits où la nourriture et les abris étaient plus difficiles à trouver 5, précipitant leur disparition, survenue il y a quelque 28 000 ans, après plus de 300 millénaires d'existence pendant lesquels ils avaient su affronter avec succès la rudesse de l'Europe glaciaire.

Dans un article paru le 7 juin 2006 dans la revue Current Biology, une équipe de chercheurs français, dirigée par Catherine Hänni, du laboratoire Paléogénétique et évolution moléculaire (CNRS, École Normale Supérieure de Lyon), qui a réussi à déchiffrer la plus vieille séquence néandertalienne jamais analysée, confirme que les néandertaliens sont bien nos lointains cousins et non pas nos aïeux directs et qu’ils se sont donc éteints sans descendance.
Mais cette conclusion est loin de faire l'unanimité. Vincent Plagnol, chercheur au Department of Molecular and Computational Biology de l’University of Southern California, et son collègue, Jeffrey Wall, annoncent que les peuples d’Europe pourraient avoir hérité génétiquement de 5% de Néanderthalien (publié le 23 août 2006 dans la revue PLoS Genetics).

3 novembre 2006. Erick Trinkaus (Washington University, St Louis, USA) et son équipe a étudié et daté des ossements découverts en 1952 à Pestera Muierii (La Grotte de la Vieille Femme) en Roumanie. Ces fossiles n'étaient plus étudiés depuis longtemps et avaient été approximativement datés à l'époque. Cette nouvelle étude au Carbone 14 a permis de dater la mâchoire à - 30 000 ans. Ces fossiles sont donc contemporains des derniers Néandertaliens, juste avant leur disparition. Selon Erick Trinkaus certaines caractéristiques anatomiques du fossile moderne (Homo sapiens) présentent des similitudes avec celles, plus archaïques, de Néandertal. En particulier, la taille et les proportions des molaires indiquent une origine plus primitive en rapport avec Homo neanderthalensis. Pour le scientifique, le crâne présente également un chignon occipital caractéristique de Néandertal. Comme dans les cas des fossiles de Mladec (République Tchèque) et de Lagar Velho (Portugal), Trinkaus affirme que Sapiens et Néandertal pouvaient se reproduire et que nous avons tous maintenant un peu de Néandertal en nous... Homo sapiens aurait donc tout simplement "absorbé" l'espèce Homo neanderthalensis 1.

« Les Néandertaliens n’ont jamais représenté qu’une très petite partie de l’espèce humaine. Et lorsque de nouvelles populations ont pénétré en Europe et se sont mêlées aux Néandertaliens, d’autre gènes ont été introduits, d’autres caractéristiques physiques, si bien qu’au fil du temps la contribution des hommes de Néandertal n’a cessé de se réduire. Ce qui reste ne mérite ainsi plus le nom de Néandertal, même si l’on peut encore trouver des caractéristiques néandertaliennes aujourd’hui. Mais je crois qu’il est important d’insister sur le fait qu’aucune des populations qui vivaient voilà 2 000 générations n’a disparu. Toutes ces populations se sont éteintes. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ont disparu, ni qu’elles n’ont pas de descendants. Je crois sincèrement que les hommes de Néandertal ont des descendants en Europe. » (Milford Wolpoff, professeur d’anthropologie à l’Université du Michigan)

Selon des chercheurs européens qui ont étudié les échantillons d'ADN de Néandertaliens dans des fossiles retrouvés dans une cave dans le nord de l'Espagne, et dont le résultat des travaux paraît le 18 octobre 2007 dans la revue américaine Current Biology, les Néandertaliens, étaient pourvus du gène-clé (FOXP2) qui permet d’acquérir le langage. L’un des co-auteurs de cette recherche, Johannes Krause, anthropologue de l'Institut Max Planck à Leipzig (Allemagne), affirme : « Il n'y a aucune raison de penser que les Néandertaliens ne pouvaient pas parler. »

« Dans la controverse sans fin sur les liens de parenté entre l'homme moderne (Homo sapiens) et l'Homme de Néandertal, Eugène Morin (Department of Anthropology, Trent University, Peterborough, Canada) vient d'apporter un nouveau sujet de discussion. Selon lui, un changement climatique brutal et important a durement frappé l'Europe de l'ouest au moment de la transition entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur, un événement daté de 35 000 à 40 000 ans. La biodiversité des mammifères aurait considérablement diminué, affectant gravement les conditions de vie pour les populations humaines, qui auraient connu une décroissance importante. L'article vient d'être publié dans les PNAS (Proceedings of the national academy of sciences of the United States of America). Ce scénario, selon le chercheur, met à mal l'hypothèse classique selon laquelle des Homo sapiens venus d'Afrique auraient colonisé justement à cette époque une Europe jusque-là peuplée de Néandertaliens. Ce n'était vraiment pas le moment pour des humains de s'installer là, explique-t-il en substance, alors que le territoire devenait hostile. En revanche, cette situation critique aurait rétréci les populations d'Hommes de Néandertal, favorisé la dissémination de mutations et finalement donné un coup de fouet à l'évolution. Le Néandertalien serait ainsi progressivement devenu un Homo sapiens. C'est dans la grotte de Saint-Césaire, en Charente-Maritime, qu'Eugène Morin a découvert les principaux indices qui l'ont amené à cette hypothèse. A cet endroit se sont accumulés des restes fossiles durant des milliers d'années. Le crâne d'une femme néandertalienne y a d'ailleurs été exhumé en 1979. De nombreux os fossiles y ont été retrouvés, avec des traces de tailles de boucheries et de cuisson. Par ailleurs, leur teneur en isotope 15 de l'azote indique qu'il s'agit surtout de restes d'herbivores. Les hommes de cette époque se nourrissaient essentiellement de bisons, de rennes, de chevaux et de cerfs. L'occupation de la grotte a été si constante, explique le chercheur, que l'étude des fossiles permet d'estimer la densité des populations humaines au fil du temps. Par ailleurs, en compilant des données de 27 sites nord-américains où ont été trouvés des restes humains de tribus indiennes, Eugène Morin a mis en évidence une corrélation entre la densité des populations humaines et la biodiversité des grands mammifères herbivores, deux valeurs qui croissent et décroissent en même temps. Approchés des données tirées de la grotte de Saint-Césaire, ces résultats l'ont conduit à conclure que les populations humaines avaient fortement décru au cours de cette période glaciaire, en partie à cause de la raréfaction de leurs ressources en nourriture, en particulier le renne. L'hypothèse d'une invasion d'Homo sapiens venus d'Afrique, qui aurait supplanté Néandertal, semble improbable à l'auteur. De plus, souligne-t-il, les stratégies des humains pour trouver de la nourriture – chasser le grands herbivores – n'ont pas changé au cours de cette période, ce qui aurait été le cas si une nouvelle espèce avait remplacé les Néandertaliens. » 4

Le 26 août 2008, le Journal of Human Evolution publie une étude faite par des équipes de chercheurs de l'Université d'Exeter en Angleterre, de la Southern Methodist University de Dallas, la Texas State University, et de la Think Computer Corporation.
Ces scientifiques ont passé trois ans à recréer des outils faits à partir d'éclats de silex et ont comparé le type d'outils créés par les hommes de Néanderthal et ceux faits par les Homo sapiens. Ils ont conclu qu'il n'y avait pas de différence statistique entre l'efficacité des deux techniques.

Dans une étude publiée le 24 décembre 2008 dans la revue spécialisée PLosONE, une équipe franco-américaine de chercheurs du CNRS (universités de Bordeaux et Versailles/Saint-Quentin) et du Kansas, qui, par simulation, a reconstitué le climat de l'époque et analysé la dispersion des sites, explique que, malgré les perturbations climatiques, "les Néandertaliens auraient pu continuer à occuper les mêmes territoires si les hommes anatomiquement modernes ne les avaient pas investis". Il y a eu une compétition mortelle entre ces deux espèces humaines...

Un article de Kheira Bettayeb dans Le Journal du CNRS de septembre 2009 (N°236) fait état de deux études, comprenant des chercheurs du CNRS, qui peuvent expliquer l'extinction de Neandertal :
- Effectuée par une équipe internationale menée par Fernando Ramirez Rozzi, du laboratoire Dynamique de l'évolution humaine : individus, populations, espèces du CNRS, à Paris, la première étude suggère que les relations entre l'homme de Neandertal et l'homme moderne (Homo sapiens) n'étaient pas au beau fixe… puisqu'elle fait état d'agressions du premier par le second ! 2. "Surprenants, nos résultats suggèrent que les néandertaliens ont été en contact avec les premiers représentant des hommes modernes ; et ces derniers semblent avoir rapporté des corps de néandertaliens dans leur caverne pour les manger…" précise Fernando Ramirez Rozzi. Pour parvenir à cette conclusion, le paléoanthropologue, spécialiste du développement dentaire, et son équipe ont analysé des fossiles trouvés sur le site préhistorique des Rois, à Moutiers (Charente)...
- Réalisée par les chercheuses marseillaises Silvana Condemi, Anna Degioanni et Virginie Fabre, du laboratoire Anthropologie bioculturelle 3, la seconde étude confirme l'existence de trois sous-groupes de néandertaliens différents génétiquement (PLos ONE, 15 avril 2009). Ces chercheuses ont pu établir l'existence des trois sous-groupes dans la population néandertalienne (un occidental, un méditerranéen et un oriental). Elles suggèrent même l'existence d'un quatrième en Asie occidentale. Les petites variations génétiques de ces différents groupes seraient dues à une microévolution induite par l'environnement où chacun des groupes vivait. L'existence d'une telle subdivision génétique, avec peu de migrations entre les sous-groupes, pourrait avoir fragilisé les néandertaliens et favorisé leur extinction.

Le 7 mai 2010, la revue Science publie les résultats d'une étude dirigée par Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck de Leipzig. "Il y a du Neandertal en nous. Du moins si nous sommes non africains. Dans ce cas, 1 % à 4 % de notre matériel génétique a pour origine Homo neanderthalensis. Nous nous croyions simples cousins, issus d'un ancêtre commun. Nous nous découvrons aussi métissés avec cet humain disparu." C'est la conclusion la plus spectaculaire tirée de l'étude de l'ADN prélevé sur trois os de néandertaliens issus de la grotte croate de Vindija (-40 000 ans) et sur d’autres fossiles de néandertaliens recueillis à El Sidron (Espagne, -49 000 ans), dans la vallée de Neander (Allemagne, -40 000 ans) et à Mezmaiskaya (Caucase, Russie, -60 000 à -70 000 ans). Pour la première fois, le génome nucléaire d'un homme fossile est séquencé, à hauteur de 60%. Les croisements génétiques pourraient remonter à il y a environ 80 000 ans, quand les hommes modernes venant d'Afrique rencontrèrent les populations de Néandertal établies au Proche-Orient.

Le 13 septembre 2011, une équipe de chercheurs espagnols dirigés par Miguel Cortes Sanchez de l'université de Séville, publie les résultats de leur étude réalisée à partir de la découverte de restes de coquillages, notamment de moules, dans la grotte de Bajondillo à Torremolinos dans le sud de l'Espagne : elle atteste que les Néandertaliens, comme les Homo sapiens, mangeaient des fruits de mer il y a 150 000 ans 6.

Le 1er septembre 2014, Clive Finlayson, directeur du musée de Gibraltar et coordinateur de l’équipe internationale de recherche annonce, dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS), la découverte, dans la grotte de Gorham à Gibraltar, de formes géométriques gravées remontant à plus de 39 000 ans, premier exemple d’art pariétal des Néandertaliens montrant qu'ils étaient aussi capables d’abstractions.

Selon une étude publiée le 25 mai 2016 dans la revue Nature. l'Homme de Néandertal a très probablement construit il y a 176 500 ans d'étranges structures circulaires en stalagmites dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne).

En juillet 2016, Scientific Reports, un journal du groupe Nature, publie les travaux de l'anthropologue française, Hélène Rougier, révélant que, dans la Troisième caverne de la grotte de Goyet en Belgique, plusieurs os humains, issus de six Néandertaliens et datés de 40 000 ans, montrent des traces de découpe : "On peut conclure que certains Néandertaliens sont morts et ont été mangés ici".


Homo sapiens

Omo 1 et Omo 2, sont les plus vieux représentants connus de l'espèce Homo sapiens : deux crânes, baptisées Omo 1 et Omo 2, découverts en 1967 à Kibish en Éthiopie, sont datés d'environ 195 000 ans en février 2005, par Ian McDougal. 11

En Juin 2003, à Herto en Ethiopie, une équipe internationale dirigée par Tim White, F. Clark Howell (Berkeley, Californie), et Berhane Asfaw met à jour le fossile dénommé "Homo sapiens idaltu" (idaltu = ancien en langue Afar) et communément appelé "l'homme d'Herto" : il est daté de 154 000 ans. 11

Les restes de "l'homme de Zhirendong", découverts en 2007 dans le sud de la Chine, sont datés d'au moins 100 000 ans par des scientifiques chinois et américains (Sciences et Avenir - Décembre 2010)

Un fossile d’Homo sapiens, trouvé en Israël, date de 92 000 ans.

Les ossements fossiles de Cro-Magnon (v. 30 000 ans) ont permis de reconstituer des silhouettes d’individus grands (1,80 m en moyenne ; 1,95 à Grimaldi) au front droit, au nez long et étroit et à la face allongée.


Homme de Cro-Magnon

L’Homo sapiens inventa la fronde et le propulseur.
Il sculpta le bois et la pierre.
Dans des abris et des grottes peu profondes, il peignit des images à même la paroi (surtout des animaux et des signes abstraits).
Homo sapiens est sans doute originaire de l'Afrique au sud, du Sahara ou du Proche-Orient, et son évolution a pu débuter entre 200 000 et 150 000 ans.
Ces humains se sont ensuite répandus dans toutes les parties du monde soit en remplaçant les populations d’Homo sapiens plus anciennes (ce qui s'est sans doute produit en Europe), soit en se mélangeant à elles (au Proche-Orient).
Toutes les populations que Sapiens rencontra ont disparu.

Des comparaisons de l’ADN des mitochondries (qui ne sont héritées que de la mère), prélevé chez des femmes de diverses parties du monde, suggèrent que tous les humains modernes auraient divergé, en une seule génération, en Afrique tropicale : celle que l'on a appelé "l'Eve mitochondriale" aurait habité l'Afrique il y a 200 000 ans, avant d’occuper l’Asie, l’Europe puis l’Amérique...

« Homo sapiens est notre ancêtre, hors l’histoire de l’humanité c’est une longue histoire qui plonge ses racines très profondément dans les tropiques d’Afrique. À partir du moment où émerge le genre humain, cette histoire va se développer dans l’espace puisqu’elle va couvrir toute l’Afrique et bientôt toute l’Eurasie tandis qu’elle continuait à se développer biologiquement sous la forme d’une évolution d’espèce à partir d’un homme premier que l’on appelle l’Homo Habilis avec des outillages très simples à l’homme second que l’on appelle l’Homo Erectus avec ses beaux outillages symétriques et à l’homme troisième que l’on appelle l’homo sapiens, notre héros. La face de l’ancêtre a encore une petite projection qui n’existe plus chez l’Homo sapiens qui a la face plate, elle a des arcades sus-orbitaires encore fortes au-dessus des yeux chez Homo erectus, ces arcades sont tout à fait lisses et planes chez l’Homo sapiens, et au-dessus le front demeure fuyant chez l’Homo erectus alors qu’il est haut et bombé et généreux chez l’Homo sapiens. » (Yves Coppens)

Le génome des humains, à l'exception de ceux d'origine africaine, contient 1 % à 4 % de gènes néandertaliens (7 mai 2010, revue Science).


Homo antecessor

La revue Nature publie le 27 mars 2008, la découverte, dans la Sierra d'Atapuerca, à 17 km à l'est de Burgos, dans le gisement de la Gran Dolina, par une équipe de paléoanthropologues espagnols dirigée par Juan Arsuaga et Eduald Carbonell, de la mâchoire inférieure du plus vieil européen de l'Ouest qui vivait en Espagne, il y a 1,2 million d'années.
Avec cette découverte, la lignée d'Homo antecessor, ancêtre des Néandertaliens, confirme l'ubiquité dans toute l'Eurasie - de la péninsule ibérique à la Chine - des hominidés, il y a plus d'un million d'années.
Cette espèce, baptisée Homo antecessor, se présente sous la forme d'un hominidé plutôt petit, moins costaud que son descendant néandertal, avec un crâne d'environ 1100 centimètres cubes, et un bourrelet sub-orbitaire important mais en deux morceaux.


Homo heidelbergensis

Les fossiles de l’Homo erectus tautavelensis, l'homme de Tautavel, découverts, en 1971, dans la Caune de l'Arago près de Tautavel (66), par Henry de Lumley et son équipe, sont datés de 300 000 à 450 000 BP ["Before Present" en anglais (abrégée en BP), "avant le présent" en français, est utilisée en archéologie pour désigner le nombre d'années écoulées avant l'année 1950 du calendrier grégorien qui a été choisie comme année de référence car elle correspond aux premiers essais de datation au carbone 14].
Il s'agit d’un prénéandertalien, ancêtre direct de l'Homme de Néandertal et représentant de l'espèce Homo heidelbergensis, l'Homme de Heidelberg dont la mandibule, datée de près de 700 000 ans, a été découverte, en 1907, dans une sablière de la région de Maüer en Allemagne.
Le site d'Atapuerca à 17 km à l'est de Burgos (Espagne), gisement de la Sima de los Huesos (Grotte des Os) a livré des os appartenant à un groupe d'une trentaine de squelettes d'Homo heidelbergensis, estimé entre 300 000 et 420 000 ans.
L'Homo heidelbergensis vivait en Europe et en Afrique au Pléistocène moyen, entre environ 600 000 ans et 200 000 ans avant notre ère. Descendant d'Homo antecessor, il serait l'ancêtre de Néanderthal.


Homme de Tautavel


Homme de Denisova. Homme de Sima.

En 2008, des chercheurs trouvent une phalange humaine dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, au sud de la Sibérie. Les chercheurs de l’équipe de Svante Pääbo et Johannes Krause, de l’Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne) parviennent à en extraire l’ADN mitochondrial. L’Homme de Denisova (ou Denisovan) aurait vécu 30 000 ans à 48 000 ans en arrière (d'après la datation du sol de la grotte). Les éléments retrouvés à proximité (outils, parures) indiquent qu'il était aussi évolué que Sapiens et Néandertal avec qui il partageait le même territoire. Une comparaison avec les autres ADN connus montre même qu'il faut remonter jusqu'à 1 million d'années dans le passé pour trouver un ancêtre commun à l'hominidé de Denisova, l'homme moderne et Néandertal. Svante Paabo et Johannes Krause (Institut Max Planck) pensent qu'ils sont face à une nouvelle espèce qui aurait quitté l'Afrique après l'expansion d'Homo erectus (-1,9 millions d'années) et avant celle des néandertaliens (-500 000 ans) 7.
Des travaux publiés dans la revue britannique Nature le 22 décembre 2010, montrent une parenté avec l'homme de Neandertal et les ancêtres des habitants actuels de Nouvelle-Guinée, ce qui permet de penser qu'il y a eu des croisements entre les Denisovans et les ancêtres des Mélanésiens.
En août 2011, un article de Laurent Abi-Rached publié par Science décrit le séquençage de l'ADN de ce Dénisovien qui montre que des croisements se sont produits avec les Homo Sapiens 8.

Le 4 décembre 2013, la revue scientifique Nature, révèle que l'ADN d'un être humain vieux de 400 000 ans a été reconstitué à partir d'un fémur trouvé dans le Sima de los Huesos (gouffre des os) à Atapuerca, au nord de l'Espagne ; l'étude souligne que, même s'il partage bien des traits avec les Dénisoviensl'Homme de Sima a, en réalité, divergé de cette lignée quelque 700 000 ans avant notre ère.


Homo floresiensis (Homme de Florès)

En septembre 2003, dans une caverne de l’île de Flores (Indonésie), des paléontologues dirigés par les Australiens Michaël Morwood et Radien P. Soejono du Centre indonésien pour l’archéologie de Djakarta découvrent un squelette d’hominidé âgé de 18 000 ans, une femme de 30 ans, ne mesurant pas plus d’un mètre pour un poids de 16 à 28 kg et d’une capacité crânienne de 380 cm3 qu’ils baptisent Edu. Les restes, datés entre - 95 000 et -12 000, de 6 autres individus sont mis à jour en septembre 2004 et la preuve est faite que ces contemporains des Néandertaliens et des Sapiens utilisaient des outils en silex et maitrisaient le feu.
Le 28 octobre 2004, dans la revue Nature, Peter Brown de l’université de la Nouvelle-Angleterre à Armidale (Australie), Richard Roberts et Thomas Sutikna communiquent sur ce nouvel hominidé, l’Homo floresiensis (Homme de Flores surnommé Hobbit).
En janvier 2007, dans l’édition des Annales de l’académie américaine des sciences (PNAS), une équipe de chercheurs de l’Université de l’Etat de Floride publie une étude sur le cerveau d’Homo floresiensis et conclut que le cerveau du petit homme de Flores possédait "toutes les caractéristiques structurelles cérébrales d’un cerveau humain normal". Homo floresiensis, qui représente donc une espèce distincte des Homo sapiens, n’était pas atteint de microcéphalie ni d’une autre anomalie : il était simplement plus petit que Homo sapiens, sa petite taille pouvant s’expliquer par l’isolement géographique et l’endogamie.
Dans un article publié le 8 avril 2007 dans les Biology Letters de la Royal Society britannique, Lindell Bromham de l’Université nationale d’Australie à Canberra et Marcel Cardillo de l’Imperial College de Londres, affirment que les petits hommes de Florès, qui cohabitaient sur l’île avec des hommes modernes, il y a 12 000 ans, ont bien été victimes, comme certaines espèces animales, du phénomène de "nanisme insulaire". Etaient-ils des Homo sapiens pathologiques, descendant d’Homo erectus probablement arrivés sur l’île il y a quelque 850 000 ans, ou d’ancêtres plus anciens, comme semble le suggérer une étude récente sur les os du poignet ?
Le 4 août 2014, l'académie américaine des sciences (PNAS) publie les résultats d'une étude selon laquelle les hommes de Florès ne seraient pas une nouvelle espèce d'hominidés. Les anomalies relevées sur les restes de squelette s’expliqueraient par une trisomie. 9
Selon deux études publiées le 9 juin 2016 dans la revue britannique Nature, de nouveaux fossiles trouvés sur l'île montreraient que des petits hominidés, qui y vivaient il y a 700 000 ans, sont probablement les ancêtres de cette énigmatique espèce. 12


Homme de Tourville-La-Rivière

Le 10 septembre 2010, des os d'un bras humain, datés d'environ 200 000 ans, sont mis au jour par une équipe d’archéologues de l’Inrap sur le site préhistorique de Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), en Normandie.
La découverte est présentée le 9 septembre 2014 lors d'une conférence de presse à Paris, simultanément à sa publication dans la revue scientifique américaine Plos One par un groupe de chercheurs du CNRS, de l’Inrap, de l’université nationale australienne, du Centre national de recherche sur l’évolution de l’Homme à Burgos (Espagne) et du département d’Anthropologie de l’université Washington à Saint Louis.
L'homme de Tourville-la-Rivière est daté entre 236 000 et 183 000 ans (Pléistocène moyen), correspondant à la fin d'une période interglaciaire. Les chercheurs le qualifient de "prénéandertalien", les Néandertaliens se situant plutôt entre -118 000 et -30 000. 10


Représentants du genre Homo

Homo ? de Ledi-Geraru dans l’état éthiopien de l’Afar > 2,8 millions d'années
Homo rudolfensis > -2,4 à -1,8 millions d'années
Homo habilis > -2,4 à -1,6 millions d'années, l'humain habile
Homo gautengensis > -2 millions d'années à -800 000 ans
Homo georgicus > -1,8 à -1,2 millions d'années, probablement le premier représentant du genre Homo hors d'Afrique
Homo ergaster > -1,9 à -1 million d'années, l'humain industrieux
Homo antecessor > -1,2 millions d'années à -700 000 ans, l'humain avant-coureur
Homo erectus > -1 million d'années à -300 000 ans, l'humain érigé
Homo heidelbergensis > -600 000 à -200 000 ans, l'humain de Heidelberg
Homo helmei > -500 000 à 300 000 ans
Homo neanderthalensis > -250 000 à -28 000 ans, l'humain de Neanderthal
Homo sapiens idaltu > -195 000 à -154 000 ans
Homo rhodesiensis > -300 000 à -125 000 ans, l’humain de Rhodésie
Homo floresiensis > -95 000 à -12 000 ans, l'humain de Florès
Homo soloensis > -95 000 à -12 000 ans
Homo sapiens > -200 000 ans à nos jours, l'humain actuel ou « humain sage »
Homme de Maludong ou Homme du cerf rouge en Chine ? > -14 500 à -11 500. Seul le séquençage de l'ADN des hominidés de Maludong permettra d'établir avec certitude leur degré de parenté avec les humains modernes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hominine
http://www.snv.jussieu.fr/vie/dossiers/evolution/ligneehumaine/homo.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hominid%C3%A9_de_Maludong


Citations

Pour mener l'être humain vers la civilisation, il a fallu quelques millions d'années, alors que le retour au Néandertal prend moins d'une semaine. (Frédéric Beigbeder, L'amour dure trois ans, 1997)

Je hais l'idée d'une aube nouvelle où les homo sapiens vivraient en harmonie, car l'espoir que cette utopie suscite a justifié les plus sanglantes exterminations de l'histoire. (François Bizot, Le portail, 2000)


Notes
1 http://www.hominides.com/html/actualites/neandertal-roumanie-trinkaus-hybride-0016.html
2 Journal of Anthropological Sciences, vol. 87, 2009, pp. 153-185
3 Laboratoire CNRS / Université Aix-Marseille-II / EFS Alpes Méditerranée
4 Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences, 5 janvier 2008
5 selon l'étude publiée le 28/07/2011 dans la revue Science : Paul Mellars, de l'université de Cambridge, principal auteur de l'étude.
6 http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0024026
7 http://www.hominides.com/html/actualites/nouvelle-espece-hominide-siberie-0288.php
8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Hominid%C3%A9_de_Denisova
9 http://www.pnas.org/content/early/2014/07/31/1407382111.full.pdf+html?sid=0e08f557-d7bc-48b0-ada6-6916c8476433
10 http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/paleontologie-nouveau-pre-neandertalien-decouvert-homme-tourville-riviere-55569/
11 http://fr.wikipedia.org/wiki/Omo_1_et_Omo_2
12 http://www.atlantico.fr/atlantico-light/ancetre-homme-flores-surnomme-hobbit-probablement-ete-decouvert-2728090.html


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/01/2017

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