Innocent III

Giovanni Lotario de' Conti, fils de Trasimond comte de Segni, naît le 23 novembre 1160 à Gavignano.
Il étudie la théologie à Paris et le droit canon à Bologne.
En 1186, il retourne à Rome où Grégoire VIII l'ordonne sous-diacre.
En 1190, son oncle, Clément III, le nomme cardinal-diacre des Saints-Serge-et-Bacchus.
Sans être prêtre, il est élu pape à 37 ans le 8 janvier 1198 à l’unanimité du collège des cardinaux. Dernier pape élu le jour même de la mort de son prédécesseur (Célestin III), il choisit le nom d'Innocent. Il est intronisé le 22 février.
Innocent III est le plus puissant des papes du Moyen Age ; il se fait l’arbitre de la Chrétienté ; il fait appel au titre de Vicaire du Christ (vicarius Christi) 5 et formule la doctrine de la plenitudo potestatis (= plénitude de puissance) qui confère au pape une puissance illimitée.
Il renforce la suzeraineté papale sur de nombreux pays d'Europe : la Sicile, le Portugal, l'Angleterre, la Portugal et l'Aragon.
Il rend officiel le texte du Credo : "Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du Ciel et de la Terre ; et en Jésus-Christ son Fils unique, Notre-Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux Enfers ; le troisième jour, est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle."
Innocent protège les ordres mendiants (il encourage Dominique), prêche souvent en public et tente d’imposer à la Curie un mode de vie modeste. Il approuve l'Ordre de la Très Sainte Trinité (Trinitaires ou Mathurins) et sa règle.
Il cherche à ramener les hérétiques à l’orthodoxie et compte pour cela sur les cisterciens, qu’il désigne comme légats avec pleine autorité sur les évêques en cette matière et qui, malheureusement, ne réussissent guère (le meurtre de l’un d’entre eux, Pierre de Castelnau, conduit le pontife à lancer la croisade contre les albigeois).
Il est l'instigateur de la quatrième croisade en terre sainte.
Il interdit tout mauvais traitement contre les Juifs de Rome, mais proscrit toutes relations amicales avec eux.
Il interdit l'usage de l'arbalète, arme trop meurtrière, mais n'est pas entendu.
Il meurt le 16 juillet 1216 à Pérouse pendant un voyage.

« Il faut distinguer qu’il y a un double péché : à savoir le péché originel et le péché actuel, l’originel qu’on contracte sans consentement et l’actuel qui est commis avec consentement (…) La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, mais la peine du péché actuel est le supplice de la géhenne éternelle » (Innocent III).

Prophétie de Malachie : Comes signatus (Le comte signé).


Fresque. St Benedict's Sacro Speco Holy Cave (caverna sagrada) à Subiaco (Italie). XIIIe siècle.


1198. 8 janvier, élection du pape ; il est intronisé le 22 février. 6 mars, Philippe de Souabe est élu empereur romain germanique et couronné le 15 avril à Mayence, en concurrence avec Othon IV de Brunswick (1174-1218) ; le pape favorise Othon. 16 avril, mort de Frédéric Ier d'Autriche lors de son retour de Palestine ; Léopold VI Babenberg devient duc d'Autriche. 17 mai, Frédéric II est couronné roi de Sicile ; le pape est régent d’Allemagne en tant que tuteur de Frédéric II et souverain de Sicile à la mort de l’impératrice Constance. En juillet, Philippe Auguste autorise les Juifs à revenir dans le royaume de France. Une "inquisition légatine" est confiée aux cisterciens par Innocent III. Le pape approuve le Grand Ordre hospitalier du Saint-Esprit fondé en 1175. La bulle Post miserabile lance l'appel à la Croisade et donne des privilèges au futur croisé (notamment, la suspension des dettes ainsi que des intérêts dus aux juifs). En août, Innocent III confie au légat Pierre Capuano et au prédicateur franciscain, Foulques de Neuilly, le soin de prêcher la croisade (4e croisade : 1202-1204) et au marquis Boniface de Montferrat le commandement de l'expédition ; Foulques, qui dénonçait les usuriers, fustigeait l’orgueil aristocratique et aidait les prostituées à se racheter, fut accusé par ses contemporains d’avoir détourné une forte partie des très importantes sommes qu’il avait recueillies ; il mourut à Neuilly-sur-Marne, en 1201, avant le départ de la croisade. Le pape nomme le vieil abbé Joachim de Flore prêcheur de la croisade pour le Sud de l’Italie. A Marrakech, mort d'Averroès (Abu al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ruchd) 2. A Aden, conversion forcée des juifs. En novembre, Dandolo, le doge de Venise, obtient le rétablissement des droits et privilèges de Venise dans l’Empire byzantin. 17 décembre, la bulle Operante divine dispositionis 6 approuve l’Ordre mendiant de la Très Sainte Trinité (Trinitaires ou Mathurins) et sa règle ; l'Ordre a été fondé en 1194, à Cerfroid dans l'Aisne, par Jean de Matha et Félix de Valois, pour le rachat des chrétiens captifs dans les Etats barbaresques.

1199. 19 février, par la bulle Sacrosancta romana, le pape assigne la tunique blanche et la croix noire aux Chevaliers Teutoniques et place l'ordre sous la protection du clergé ; un hôpital de campagne, fondé en 1191 par des croisés allemands de Lübeck et de Brême lors du siège d’Acre, est reconnu par Innocent III sous le nom d'Ordre de Sainte-Marie des Teutoniques (dans lequel seront incorporés, en 1237, les Frères de la milice du Christ de Livonie communément appelés Chevaliers Porte-glaive ou Chevaliers de l’Epée). 25 mars, la bulle pontificale Vergentis in senium contre les hérétiques albigeois annonce l’envoi de religieux dans la région d’Albi et pose les bases de l’Inquisition ; l’hérésie devient un crime de "lèse-majesté divine" ; le pape interdit la lecture de la Bible au peuple. Dans une décrétale, Innocent III s’adresse au roi Émeric de Hongrie, en lui demandant de réagir contre la propagation de l’hérésie patarine (doctrine proche de celle des bogomiles de Bulgarie et de Byzance) en Bosnie. 26 mars, devant le château de Châlus (Limousin) qu'il assiège, Richard Ier d’Angleterre dit Cœur de Lion est atteint par un carreau d’arbalète tiré des remparts ; il meurt de la gangrène le 6 avril ; son frère Jean sans Terre usurpe le trône au détriment de l’héritier légitime, le fils de leur frère Geoffroy, leur neveu Arthur de Bretagne ; Jean est couronné duc de Normandie à Rouen le 26 avril et roi d’Angleterre le 27 mai ; les barons angevins prennent parti pour Arthur de Bretagne que Jean fera emprisonné et étranglé à Rouen le 3 avril 1203. En mai, Saintes et Oléron reçoivent leurs chartes de commune. Innocent envoie des prédicateurs dans la région d’Albi. En septembre, les Juifs ayant été injustement maltraités à l'occasion de la 4ème croisade, Innocent, par une Constitution, rappelle les chrétiens dans le devoir : sous peine d'excommunication, on ne doit ni forcer les Juifs à se faire baptiser ; ni les frapper, leur enlever leurs biens sans jugement, les assaillir à coup de bâtons pendant leurs fêtes ; ni enfin envahir leurs cimetières et y déterrer leurs morts 3. 5 octobre, Innocent III lance un appel à la croisade contre les Lives (de Livonie) ; il accorde les mêmes privilèges et les mêmes indulgences que pour la reconquête des lieux saints. En novembre, suite au prêche de Foulques de Neuilly, la constitution d'une armée pour une nouvelle croisade en Terre sainte est décidée à Écry, aujourd'hui Asfeld, par le comte Thibaut III de Champagne. 6 décembre, le concile de Dijon casse le mariage de Philippe Auguste et de Agnès de Méranie : Philippe II a répudié Ingeburge (ou Isemburge) de Danemark (motif : "nouement de l’aiguillette", ce sortilège l’ayant empêché de consommer son mariage) et épousé Agnès de Méranie en 1196 après avoir fait annuler son mariage précédent par un groupe d’évêques complaisants. 31 décembre, la bulle Graves orientalis "opère la première levée interne à l'église sur le clergé. Les proportions vont en être fixées progressivement et à la hausse, généralement autour de 10%, d'où le nom de décime (dîme)".

1200. 2 janvier, Traité de Péronne entre le roi de France Philippe Auguste et le comte Baudouin VI de Hainaut ; Saint-Omer et Aire-sur-la-Lys sont restitués à la Flandre. 15 janvier, au concile de Vienne sur le Rhône, Pierre de Capoue, légat du pape Innocent III, lance l’interdit sur le royaume de France ; Philippe Auguste est contraint à répudier Agnès de Méranie (qui meurt en 1201) et à rappeler Ingeburge de Danemark ; le roi la reprendra officiellement en septembre mais il la laissera en prison jusqu’en 1212. 15 janvier, Philippe Auguste crée juridiquement l'Université de Paris (apparue dès le milieu du XIIe siècle) en octroyant une charte royale accordant le for ecclésiastique à ses membres, quand un conflit éclate entre étudiants et prévôt royal ; les cours sont suspendus ; l’université de Paris échappe à la juridiction du Prévôt de Paris ; le roi accorde des privilèges aux maîtres et étudiants de l’Université de Paris. 12 mai, lettre d'Innocent III contre le mariage illégitime du roi de France Philippe Auguste avec Agnès de Méranie au mépris des droits de sa véritable épouse, Ingeburge, fille du roi de Danemark, Waldemar. 22 mai, par le Traité du Goulet, Jean sans Terre cède le comté d'Évreux à Philippe Auguste et reconnait la suzeraineté du roi de France sur les terres françaises des Plantagenêts. 23 mai, à Port-Mort (Eure), mariage de Louis de France (13 ans), fils du roi Philippe Auguste et d'Isabelle de Hainaut, et de Blanche de Castille (12 ans), fille d'Alphonse VIII de Castille et petite-fille d'Aliénor d’Aquitaine. Apogée du catharisme méridional. 21 juillet, Markward d'Anweiler, duc de Romagne déchu, qui réclame la tutelle sur le royaume de Sicile et assiège Palerme, est battu entre Palerme et Monreale par les troupes du pape Innocent III ; son allié arabe, l'émir Magded, est tué dans la bataille. 30 août, Jean sans Terre épouse Isabelle d’Angoulême qu’il a enlevée le 24, jour de son mariage prévu avec Hugues X de Lusignan ; à la mort de Jean sans Terre en 1216, tandis que son fils aîné deviendra roi d'Angleterre sous le nom d'Henri III, Isabelle rentrera en France et épousera son ancien fiancé Hugues X de Lusignan. Population européenne : 58 millions.

1201. Le concile de Paris condamne l’hérétique Evrard de Nevers. Le roi de France séjourne au Puy-en-Velay (43). Les humiliés (umiliati) de Lombardie sont approuvés par le pape. 2 novembre, Innocent III légitime Philippe Hurepel de Clermont, fils de Philippe Auguste, roi de France, et d'Agnès de Méranie.

1202. A Dünamünde, l'évêque de Livonie, Albert de Buxhoeveden, fonde l'Ordre des Chevaliers Porte-Glaive ou des Frères de la milice du Christ. La décrétale Per venerabilem affirme la souveraineté universelle du Saint-Siège ; l’élection impériale dépend du pape en cas de contestation. 8 octobre, à Venise, départ de la quatrième croisade contre l’Egypte (but initial) ; les Vénitiens offrent une flotte aux croisés en échange de la prise de Zara, port de l’Adriatique appartenant au roi de Hongrie. 24 novembre, en Hongrie, les croisés prennent la ville de Zara (pour payer aux Vénitiens la fourniture des navires) ; le pape excommunie les Vénitiens et les croisés, mais lève aussitôt la peine pour ces derniers. Leonardo Fibonacci, mathématicien italien, publie Liber abbaci, dans lequel il expose les mathématiques arabes et préconise l’utilisation des chiffres arabes et du zéro.

1203. 1er janvier, après la mort de sa mère, Alix de Lorraine (+ 1200), le duc de Bourgogne, Eudes III, renonce à faire valoir ses droits sur la Lorraine. 3 avril, à Rouen, Jean sans Terre assassine Arthur Ier, duc de Bretagne et prétendant au trône d'Angleterre ; la Bretagne se soulève : Alix devient duchesse de Bretagne sous la régence de son père Guy de Thouars. 6 avril, les Croisés quittent Zara pour prendre Corfou qu'ils quittent le 24 mai. 7 avril, Philippe Auguste prend Saumur. 6 juillet, prise de la forteresse de Galata par la quatrième croisade. 11 au 17 juillet, premier siège de Constantinople par les Croisés. 18 juillet, capitulation de Constantinople ; l'empereur Alexis III Ange prend la fuite. 1er août, les Vénitiens rétablissent l'empereur Isaac II Ange et son fils Alexis IV Ange le Jeune, alliés des Croisés. 13 décembre, assemblée de notables à Toulouse où Innocent III a envoyé deux légats, Pierre de Castelnau et Raoul de Fontfroide, afin d'inviter le comte de Toulouse, Raymond VI, à mener une croisade, sur ses terres, contre les albigeois.

Vers 1204. Peire Cardenal, né en 1180 de parents nobles au Puy-en-Velay (une des capitales intellectuelles et religieuses du temps), nanti d’une solide formation intellectuelle et religieuse (Le Puy est alors le premier centre marial de la Chrétienté), entre au service de Raimond VI de Toulouse. Peire Cardenal appartient au siècle d’or occitan. Il fut un adversaire intransigeant de la domination française et de la domination cléricale : « Les clercs se donnent pour des bergers et ce sont des assassins sous leurs airs de sainteté ». Jusqu’à vingt ans, il étudia à l’université de Saint-Maiol, au moment où le fameux troubadour auvergnat Peire de Vic, dit le Moine de Montaudon, possédait la seigneurie de la cour du Puy célèbre par sa magnificence et son rayonnement intellectuel.

1204. Forte sécheresse en France entre février et avril puis températures caniculaires au cours de l'été. 27/28 janvier, Alexis IV Ange, empereur byzantin, est emprisonné avec son père Isaac II Ange dans la nuit par Alexis V Doukas Murzuphle ; Isaac II Ange meurt. 5 février, Alexis V reprend le pouvoir ; le 8, Alexis IV Ange est étranglé dans sa prison. Au Caire, mort de Moïse Maïmonide, rabbin et médecin 1. En février, Pierre II d'Aragon convoque à Carcassonne une première conférence entre catholiques et hérétiques et une deuxième entre catholiques et vaudois. 6 mars, en Normandie, les troupes de Philippe Auguste prennent Château-Gaillard : un commando a pénétré par les trous d’écoulement des latrines et ouvert les portes au gros de l’armée. 12 mars, un traité, conclu entre le doge Enrico Dandolo et les croisés, décide par avance le partage de l'Empire byzantin. 9 avril, premier assaut des croisés sur Constantinople. 12 avril (lundi de Pâques) au 15 avril, les croisés (Francs et Vénitiens), sous le commandement du doge de Venise Dandolo, prennent Constantinople, pillent et massacrent (2 000 Grecs sont tués) ; le 9 mai, les alliés franco-vénitiens se partagent l’Empire byzantin, créent un empire latin d’orient dont la capitale est Nicée ; les Byzantins se replient à Trébizonde (Arménie turque). 21 mai, Philippe Auguste prend Caen. 24 juin, après 40 jours de siège, capitulation de la ville de Rouen (la ville a reçu le 1er juin l'assurance de la conservation de ses droits et coutumes par une charte royale) ; la Normandie entre dans le royaume de France ; les « îles Anglo-Normandes » ne seront en revanche jamais conquises, et resteront sous l'administration des souverains anglais ; Philippe Auguste s’emparera ensuite de l’Anjou et de la Touraine. Le pape condamne la proposition de maître Amaury 8. Innocent III confirme l’Ordre des Chevaliers Porte-Glaive, chargé d’évangéliser les païens des pays Baltes, et leur accorde le même statut que l'Ordre du Temple. Le pape déclare : « De notoriété publique, le roi de France (Philippe Auguste) ne reconnaît au temporel aucune autorité supérieure à la sienne ».

1205. Raimon de Rabastens, évêque de Toulouse, accusé de simonie et de connivence avec les hérétiques, est révoqué par les légats du pape ; Folquet (ou Foulque) de Marseille est élu évêque à sa place ; Folquet lutte avec acharnement pour extirper l’hérésie albigeoise ; il est sans pitié pour ses compatriotes ; l’auteur anonyme de la Canson de la crosada nous dit qu’au concile de Latran, le comte de Foix traite Folquet, devant le pape même, d’"Antéchrist plutôt que d’envoyé de Rome" ; Folquet favorisera la fondation de l’Ordre des Frères prêcheurs et établira officiellement l’Inquisition à Toulouse ; il y fondera l’Université où il intronisera des professeurs venus de Paris pour convertir les Toulousains. Début de la prédication de Diego d'Acebes, évêque de El Burgo de Osma (Espagne), et Dominique de Guzman chez les Cathares ; ils imposent un style plus humble que les cisterciens. La bulle Etsi non Displaceat est une liste d'accusation à l'encontre des juifs, adressée au roi de France Philippe Auguste. La bulle Si adversus vos condamne ceux qui viennent à la défense des hérétiques, leur interdisant de fait le secours d'un avocat, voire de témoins à décharge.

1206. A Fanjeaux-Prouilhe (Aude), un monastère pour femmes chargées de prier pour la conversion des cathares, est fondé par Dominique de Guzman. En France, une ordonnance interdit le prêt à intérêt (assimilé à l’usure) ; elle vise surtout les juifs. Temudjin contrôle toute la Mongolie ; il est proclamé "Tchingiz Kagan" (déformé en Gengis Khan) "empereur océan" (empereur de l’univers).

1207. 5 au 10 janvier, Innocent III envoie plusieurs bulles en Pologne qui est placée sous la protection du Saint-Siège. 22 avril, à Pâques, à Ani (Arménie), massacre de 12 000 Arméniens autour de la cathédrale. Au printemps, Raymond VI, comte de Toulouse, refuse d’adhérer à une ligue contre les hérétiques albigeois ce qui lui vaut d’être excommunié par le légat pontifical Pierre de Castelnau qui jette l'interdit sur ses terres ; Raymond cède et jure d'exterminer les hérétiques, mais le légat juge qu'il n'y met pas assez de zèle et renouvelle l'excommunication. 29 mai, le pape Innocent III confirme par lettre l'excommunication de Raymond VI de Toulouse par son légat Pierre de Castelnau. Innocent III, dans une lettre aux évêques du Midi, expose pour la première fois les principes qui justifient l’extension de la croisade en pays chrétien ; l’Église n’est plus obligée de recourir au bras séculier pour exterminer l’hérésie dans une région ; à défaut du suzerain, elle a le droit de prendre elle-même l’initiative de convoquer à cette œuvre tous les chrétiens, et même de disposer des territoires contaminés en les offrant, par-dessus le suzerain, comme butin aux conquérants : cette pratique, appelée "terram exponere occupantibus" ou "terram exponere catholicis occupandam" (livrer la terre aux occupants, ou à l’occupation des catholiques), recevra aux XVIe et XVIIe siècles le nom d’"exposition en proie". 17 juin, Étienne Langton est consacré archevêque de Cantorbéry par le pape à Viterbe ; cette nomination provoque la brouille entre Jean sans Terre et le Saint-Siège au sujet du titulaire de l'archevêché de Cantorbéry ; Étienne Langton, proposé par le pape, sera finalement retenu (1213). Le pape crée en Italie l'Ordre du Saint-Esprit de Saxia. En août, l'excommunication de l'empereur Philippe de Souabe est levée à la diète de Worms ; réconciliation du pape et de l'empereur. Début septembre, Colloque de Pamiers : dernier débat contradictoire entre catholiques (Diego d'Osma) et cathares (notamment Benoît de Termes) et entre catholiques et vaudois. 4 septembre, Boniface de Montferrat, roi de Thessalonique, est tué par les Bulgares de Kaloyan dans une embuscade à Mosynopolis, dans les Rhodopes. 29 octobre, Traité frontalier de Guadalajara signé entre la Castille, l'Aragon et la Navarre. 17 novembre, Innocent écrit au roi de France pour l'engager à la croisade.

1208. 15 janvier, après une vaine entrevue avec Raimond VI de Toulouse qui persiste dans son refus de lutter contre les cathares, le légat du pape, Pierre de Castelnau, qui se dispose à traverser le Rhône à Saint-Gilles, est assassiné par un personnage que l’on identifie comme étant un écuyer du comte. 10 mars, par une bulle, Innocent III appelle à la croisade contre les hérétiques albigeois (elle durera jusqu’en 1229), excommunie une fois de plus le comte (Raimond VI fera pénitence et se joindra aux croisés le 18-6-1209), délie ses vassaux de leur serment de fidélité et offre ses domaines à qui veut partir en croisade. Le pape canonise Pierre de Castelnau ; les évêques de France, les plus indépendants de la chrétienté, reconnaissent au pape le droit exclusif de canonisation (l’archevêque de Vienne écrit dans ce sens). 23 mars, Innocent III jette l’interdit sur le royaume d’Angleterre.

1209. 16 février, le pape Innocent III lance, à l'archevêque de Tolède, un appel à la croisade contre les Almohades d'Espagne. 24 février, jour de la Saint-Mathias, François d'Assise comprend, au cours de la messe, le sens des conseils que Jésus donna à ses apôtres : vie errante dans la pauvreté pour être libre et prêcher à toute créature la bonne nouvelle de la rédemption par le Christ. En mars, Raymond VI de Toulouse donne Biot aux Templiers qui y fondent une commanderie. 1er mai, le roi de France, Philippe II Auguste, et le légat du pape, Arnaud Amaury (ou Amalric), abbé de Cîteaux, convoquent une assemblée des grands du royaume, près de Sens, pour préparer la croisade contre les albigeois. En juin, les Croisés se rassemblent à Lyon ; l’évêque-comte du Puy-en-Velay, Pons de Tournon, participe à la croisade contre les albigeois. 18 juin, à Saint-Gilles (Gard), Raymond VI de Toulouse fait pénitence et se soumet. 22 juin, Raimond VI de Toulouse s'engage à participer à la croisade. 22 juillet, les croisés de Simon de Montfort saccagent Béziers et massacrent 7 000 personnes (même celles réfugiées dans l’église), en présence du légat du pape Arnaud Amaury (ou Amalric), archevêque de Narbonne et abbé de Cîteaux, auquel, seul, le moine allemand Césaire de Heisterbach attribuera la phrase : « Massacrez-les ! Car le seigneur connaît les siens » (jusqu’à sa mort, l’abbé niera l’avoir dite). 15 août, Simon de Montfort obtient la capitulation du vicomte Raimond-Roger Trencavel à Carcassonne. Castres, bûcher d’hérétiques. 6/12 septembre, le concile d’Avignon, tenu par Hugues Raymond, légat apostolique et évêque de Riez, rassemble quatre archevêques et vingt évêques pour régler les affaires de l'Église contre les albigeois ; il prononce l'excommunication des consuls toulousains et une deuxième excommunication de Raymond VI de Toulouse (les premières commissions inquisitoriales composées de prêtres et de laïcs sont présentes) ; le concile interdit les danses et les jeux dans les églises. En automne, l’Ordre des Frères Mineurs, auquel s’ajoutera en 1212 celui des Pauvres Dames ou Sœurs Pauvres (Clarisses en 1227), est fondé par François d’Assise. En octobre, le pape couronne Otton IV empereur. 8 novembre, Le pape excommunie Jean sans Terre (qui se soumettra en 1213). En novembre, prise et mutilation de Bram (Aude) : 100 cathares ont les yeux crevés et le nez coupé.

1210. En janvier, Raymond de Toulouse se rend à Rome auprès du pape Innocent III pour plaider sa cause ; il obtient la levée de l'interdit et de son excommunication et la possibilité de se justifier devant un concile. Au printemps, Innocent III approuve oralement le projet de règle présentée par François d’Assise. 4 juillet, le pape reconnaît l’Université de Paris mais l’évêque de Paris interdit qu’on y enseigne la métaphysique d’Aristote. 17 juillet, mort de Sverker II de Suède à la bataille de Gestilren : son compétiteur Éric X Knutsson est seul roi de Suède (il est le premier souverain suédois reconnu par le pape). 22 juillet, prise de Minerve (Hérault) par l'armée croisée de Simon IV de Montfort : les cathares qui refusent d'abjurer sont brûlés vifs. En septembre, concile de Saint-Gilles : Raymond de Toulouse comparait pour se justifier des accusations d'hérésie et d'assassinat du légat Pierre de Castelnau ; les évêques lui contestent le droit de se justifier. En septembre, les Templiers refusent de renouveler la trêve de 1204 entre le sultan d'Égypte al-Adel et le royaume d'Acre ; Al-Adel construit une forteresse sur le mont Thabor qui domine la plaine d'Acre. 18 novembre, excommunication d’Otton IV qui a entrepris de conquérir la Sicile. 23 novembre, siège et prise de Termes (Aude) par Simon IV de Montfort. 20 décembre, le concile de Paris, présidé par le cardinal Robert de Courçon, condamne la doctrine d'Amaury 8 et la philosophie naturelle d'Aristote ; dix disciples d'Amaury de Chartres sont envoyés au bûcher ; l'œuvre de David de Dinant (1160-1217), Quaternuli, considérée comme hérétique, est brûlée 4. 28 décembre, bulle vestræ Devotioni : le pape approuve la Compilatio Tertia, collection officielle de la législation de l'Église romaine composée par le cardinal Petrus Collivacinus de Bénévent sur son ordre, et exige qu'elle soit utilisée dans les tribunaux ecclésiastiques et les écoles de loi religieuses ; c’est la première collection occidentale à être promulguée officiellement.

1211. Les légats envoient un ultimatum au comte de Toulouse, lui enjoignant de licencier ses routiers, de livrer les juifs et les hérétiques dont on lui fournira la liste, d’abolir l’usure dans ses États ; sur son refus et celui du comte de Foix, une nouvelle armée de croisés, commandée par Simon de Montfort, leur inflige une série de défaites ; les succès obtenus à Toulouse par le farouche évêque Folquet (ou Foulque) de Marseille ne s’expliquent pas seulement par ses méthodes terroristes ; sa milice, la Confrérie blanche, dirigée autant contre les usuriers que contre les cathares, a surtout recruté ses membres dans le petit peuple encadré par certains représentants de la vieille aristocratie bourgeoise, dépossédés de leur rang par les nouveaux riches. 3 mai, Lavaur est prise par les croisés qui brûlent 400 albigeois ; plus 80 chevaliers "faydits" (félons) sont pendus ou égorgés. Maître Godin d’Amiens est exécuté pour avoir défendu des idées amauriciennes 8. Le chapitre général de l’Ordre de Cîteaux essaie d’obtenir du pape que le poids de ces obligations extérieures soit allégé, mais le Saint-Siège continue à recourir en diverses circonstances aux prélats cisterciens. Construction de la cathédrale de Reims.

1212. 19 mars, Claire d’Assise fonde l’Ordre des Pauvres Dames. Mai-juin, Croisade des infans (mouvements populaires nés en Allemagne et en France qui rassemblent des milliers de pèlerins d’origine paysanne en deux cortèges (20 000 et 30 000 personnes) derrière deux jeunes prophètes (un Allemand de 12 ans qui affirme avoir reçu l'ordre d'un ange de délivrer le Saint-Sépulcre et un berger français de l'Orléanais auquel le Christ, déguisé en pèlerin, a remis une lettre pour le roi de France) se proclamant élus par Dieu pour aller délivrer Jérusalem et le Saint-Sépulcre des païens) ; dans le premier groupe, beaucoup meurent de faim et de soif en cours de route ; ceux qui parviennent à s’embarquer sont capturés par les pirates et vendus comme esclaves aux Sarrasins ; le second cortège est congédié par le roi de France. 16 juillet, Bataille de Las Navas de Tolosa près du col du Muradal dans la sierra Morena (Andalousie) : victoire des chrétiens espagnols (conduits par Sancho VII de Navarre, Pedro II d’Aragon et Alphonse VIII de Castille) sur les musulmans almohades : 60 000 musulmans tués, le jeune calife al-Nasir s’enfuit. 5 décembre, Frédéric II Hohenstaufen (élu en 1211 par une diète de princes) est élu roi des Romains une seconde fois par la diète de Francfort. 9 décembre, à Mayence, opposé à Otton IV par le pape, Frédéric II est couronné roi de Germanie.

1213. En avril, la bulle Maior de Quia appelle à une cinquième croisade. La décrétale Licet Heli permet d'appliquer la procédure inquisitoire contre les hérésies ; elle sera complétée par la décrétale Per tuas litteras. En Angleterre, au concile de Saint Albans, le légat Nicolas donne l’absolution au roi Jean (dans le conflit qui l’oppose à Jean sans Terre au sujet de l’élection de Stephen Langton à l’archevêché de Canterbury, Innocent III l’emporte puisque le roi anglais remet le royaume tout entier sous protection pontificale). 12 septembre, Bataille de Muret (en occitan batalha de Murèth) : les croisés, Simon de Montfort et son fils Amaury, commandant les troupes de Philippe II de France, battent Raymond VI de Toulouse (qui a rejoint le parti cathare) et ses alliés [Pierre II d’Aragon, roi d'Aragon, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier (tué au combat), Raymond-Roger, comte de Foix, et Bernard IV de Comminges], et vont mettre le siège devant Toulouse.

1214. 2 juillet, le prince héritier du royaume de France, Louis, comte d'Artois, écrase l'armée de Jean sans Terre à la Bataille de la Roche-aux-Moines. Le dimanche 27 juillet, à Bouvines, près de Lille, le roi de France, Philippe Auguste (50 000 h), renforcé par quelques milices communales et soutenu par Frédéric II de Hohenstaufen, bat l’empereur d’Allemagne Otton IV de Brunswick et les coalisés flamands du roi d’Angleterre, Jean sans Terre (150 000 h) : Otton s’enfuit, les comtes de Flandres, de Boulogne et de Salisbury sont faits prisonniers ; Philippe Auguste fait porter les insignes impériaux à Frédéric II ; c’est la première victoire nationale. Le pape annule le mariage (en raison des liens de parenté) entre Alphonse IX roi de Leon et Bérengère fille de son cousin Alphonse VIII de Castille. 18 septembre, la Paix de Chinon consacre la perte des possessions de Jean sans Terre au nord de la Loire.

1215. 8 janvier, le concile de Montpellier demande au pape de confier les biens de Raymond VI de Toulouse à Simon IV de Montfort ; le concile édicte 46 canons touchant la conduite des moines et des chanoines. Innocent III rappelle que tout prêtre doit avoir une portion de dîme suffisante pour vivre. En avril, au concile de Paris, Robert de Courçon, légat du pape, fait adopter les statuts de l’Université de Paris dont il est le recteur et confirme l’interdiction des œuvres d’inspiration amauricienne 8. 10 juin, Monaco est prise par les Génois ; le Rocher devient l’objet d’une lutte acharnée entre les Gibelins, partisans de l’Empereur, et leurs ennemis jurés les Guelfes, fidèles au pape. 15 au 19 juin, à Runnymede (Angleterre), les barons révoltés imposent au roi Jean sans Terre la Grande Charte (Magna Carta Libertatum) qui garantit leurs privilèges féodaux : le roi s’engage à ne pas lever d’impôts extraordinaires sans l’accord du Grand Conseil (un collège de 25 barons) ; la charte garantit aussi les libertés des villes contre l’arbitraire royal, le droit de propriété, d’aller et venir, et, en matière de procès criminel, l’impartialité des juges et la proportionnalité des peines. Domingo de Guzman rassemble quelques frères à Toulouse et se place sous l'autorité de l'Evêque de Toulouse, Foulques, qui lui donne l'église Saint-Romain. 25 juillet, à Aix-la-Chapelle, Frédéric II Hohenstaufen (élu en 1211 par une Diète de princes) est couronné roi de Germanie une nouvelle fois. 24 août, Innocent III déclare la Grande Charte invalide et excommunie les barons ; l’archevêque de Cantorbéry, Etienne Langton, qui refuse de publier l’interdit, est suspendu par le pape. 11 au 30 novembre, 4e concile du Latran. 30 novembre, le décret Ad Liberandam, promulgué au concile de Latran, interdit les tournois et instaure une paix entre les princes chrétiens pour une durée relative de trois et quatre ans. 14 décembre, bulle concernant la prédication de la cinquième croisade (1217-1221), après qu'Innocent III a cherché à convaincre le sultan d’Égypte de restituer Jérusalem aux chrétiens et après la construction d’une forteresse musulmane sur le mont Thabor, qui bloque Acre.

1216. Le pape fait Claire abbesse de sa communauté qui compte cinquante religieuses ; les Pauvres Dames (Clarisses en 1227) obtiennent d’Innocent III le "privilegium paupertatis", autorisation permettant à la communauté d’exister sans propriétés ni revenus (ce qui est étranger aux mœurs du temps et contraire au statut canonique des moniales). 21 mai, le prince Louis de France, dit Le Lion, futur Louis VIII (que les barons anglais, révoltés contre Jean sans Terre, ont élu roi d’Angleterre en 1215), débarque à Stonor, dans l’île de Thanet (Angleterre) puis marche sur Londres (reconnu comme roi d’Angleterre à Westminster il ne peut être couronné car il a été excommunié par le pape qui considère l’Angleterre comme fief du Saint-Siège). Dominique fonde l'Ordre des Frères Prêcheurs doté par Innocent III d'une règle inspirée de celle de saint Augustin. 16 juillet, mort du pape.


Notes
1 Moïse Maïmonide, en hébreu Moshe ben Maïmon, dit Ramban, médecin, talmudiste et philosophe juif (Cordoue 1135 - Fustat 1204), vécut à Fès (1160), puis en Palestine (1165), enfin en Égypte. Il fut le médecin d’Aladin. Ses trois grands ouvrages sont : le Luminaire (Siradj), qui comprend notamment les Huit chapitres, traité de philosophie et d’éthique, et les Treize articles de la foi, qui font aujourd’hui partie de la liturgie synagogale ; le Mishne Tora (1180), traité de philosophie religieuse inspiré de la pensée d’Aristote ; le Guide des égarés ou des indécis (1190). Ses travaux ont influencé la pensée juive, mais aussi la philosophie chrétienne d’Albert le Grand, de Duns Scot ; ils constituent, selon Pic de la Mirandole, la première interprétation philosophique de la Bible.
2 Averroès (Abu al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ruchd), 1126-1198, philosophe, juriste malikite et théologien acharite, astronome, mathématicien, physicien et médecin du calife de Cordoue, fut cadi de Séville puis de Cordoue. On lui doit : Traité universel de la médecine, Commentaires d’Aristote dont il développe essentiellement les conceptions matérialistes et rationalistes ; sa théorie de l’intellect nie l’immortalité d’une âme individuelle mais admet un intellect cosmique, universel et éternel, la matière et le mouvement sont éternels et incréés. Auteur de la théorie rationaliste de la "double vérité" qui oppose les opinions rationnelles aux dogmes religieux, il a été condamné à la fois par les dignitaires musulmans et chrétiens.
3 http://catholicapedia.net/Documents/cahier-saint-charlemagne/documents/C114_LA-QUESTION_12p.pdf
4 David de Dinant, théologien qui vécut à la cour du pape Innocent III, enseigna vraisemblablement à l'université de Paris. http://fr.wikipedia.org/wiki/David_de_Dinant
5 Cap "Inter corporalia", 2, "De trans.ep."
6 "Regula primitiva Ordinis Sanctissimae Trinitatis Innocentius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis Johanni, ministro et fratribus Sancte Trinitatis salutem et apostolicam benedictionem.
Operante divine dispositionis clementia in sedis apostolice specula constituti, piis debemus affectibus suffragari et eos, cum a caritatis radice procedunt, perducere ad ef fectum, preserom, ubi quod queritur, Iesu Christi est et private communis utilitas antefertur. Sane, cum tu, dilecte in Christo fili frater Johannes, minister, ad nostram olim presentiam accessisses, et propositum tuum quod ex inspiratione divina creditur processisse, nobis humiliter significare curasses, intentionem tuam postulana apostolico munimine confirmari; nos, ut desiderium tuum fundatum in Christo, preter quem poni non potest stabile fundamentum, plenius nosceremus, ad venerabilem fratrem nostrum [...], episcopum, et dilectum filium [...], abbatem sancti Victoris, Parisienses, cum nostris te duximus litteris remittendum, ut per eos, utpote qui desiderium tuum perfectius noverant, de intentione tua et intentionis fructu ac institutione Ordinis et vivendi modo instructi, assensum nostrum tibi possemus securius et efficatius impertiri. Quia igitur, sicut ex Borum litteris cognovimus evidenter, Christi lucrum appetere videmini plusquam vestrum, volentes ut apostolicum vobis assit presidium, regulam iuxta quam vivere debeatis, cuius tenorem dicti episcopus et abbas suis nobis inclusum litteris transmiserunt, cum his, que de dispositione nostra et petitione tua, fili, minister, duximus adiungenda, presentium vobis et successoribus vestris auctoritate concedimus et illibata perpetuo manere sancimus. Quorum tenorem, ut In nomine sancte et individue Trinitatis.
[1] Fratres domus Sancte Trinitatis sub obedientia prelati domus sue, qui minister vocabitur, in castitate et sine proprio vivant.
[2] Omnes res, undecumque licite veniant, in tres partes dividantur equales; et in quantum due partes sufficient, exequantur ex illis opera misericordie, cum sui ipsorum et eis necessario famulantium moderata sustentatione. Tertia vero pars reservetur ad redemptionem captivorum, qui Bunt incarcerati pro fide Christi a paganis: vel dato pretio rationabili pro redemptione ipsorum, vel pro redemptione paganorum captivorum, ut postea rationabili commutatione et bona fide redimatur christianus pro pagano secundum merita et statutu personarum. Cum vero pecunia data fuerit vel aliquid aliud, licet specialiter et proprie detur ad aliquid, semper de consensu illius qui dederit, tertia pars separetur et aliter non recipiatur; exceptis tenis, pratis, vineis, nemoribus, edificiis, nutrituris et huiusmodi. Fructus enim inde exeuntes deductis expensis, scilicet, medietate remota pro expensis, in tres partes dividantur equales; sed que paucas vel nullas recipiunt expensas, omnes dividantur. Cum vetu panni, terre, nutriture seu minuta venderentur, pretium tamen conveniens in tres partes, ut supra, dividatur.
[3] Omnes ecclesie istius Ordinis intitulentur nomine Sancte Trinitatis, et sint piani operis.
[4] Fratres possunt esse in una cohabitatione tres clerici et tres laici, et preterea unus qui procurator sit, qui non procurator sed minister, ut dictum est, nominetur, ut frater N., minister domus Sancte Trinitatis, cui fratres repromittere -ac impendere obedientiam teneantur.
[5] Omnibus fratribus suis, sicut sibimet minister fideliter administret.
[6] Vestimenta sint lanea et alba, et liceat eis habere pellicias, singulis singulas, et brachas, quas iacentes non deponant.
[7] Iaceant in laneis, ita quod plumea fulcra vel culcitras, nisi in egritudine laborantes, in domibus propriis minime habeant. Cervical vero ad sustentationem capitis permittantur habere.
[8] In capis fratrum imponantur signa.
[9] Equos non ascendant, nec etiam habeant, sed asinos tantum liceat ascendere, datos vel accomodatos, vel de propriis nutrituris susceptos.
[10] Vinum sumendum a fratribus taliter temperetur, ut sobrie surm valeat.
[11] Ieiunent ab Idibus Septembris secunda, quarta et sexta feria et sabbato, nisi solemnis festivitas intervenerit, usque ad Pascha. Sic tamen, ut ab Adwentu usque ad Nativitatem Dominicam, et a Quinquagesima usque ad Pascha, exceptis dominicis diebus, in cibo quadragesimali ieiunent; et alfa similiter ieiunia que consuevit Ecclesia celebrare. Potest tamen quandoque minister ieiunium cum discretione relaxare propter etatem vel viam et alfam iustam Gausam, vel facultate inspecta etiam augmentare.
[12] Carnibus datis ab his qui foris Bunt, vel sumptis de propriis nutrituris, vesci liceat tantum dominicis diebus a Pascha usque ad Adwentum Domini, et a Nativitate usque ad Septuagesimam, et in Nativitate et Epiphania Domini et in Ascensione Domini, et Assumptione et Purificatione beate Marie et in festivitate Oranium Sanctorum.
[13] Nihil emant ad victum, preter panem et pulmentum, scilicet fabas et pisa et huiusmodi legumina, holera, oleum, owa, lac, caseos et fructus. Sed neque carnes, neque pisces, siwe winum liceat emere, nisi ad necessitatem infirmorum, vel minutorum, vel pauperum, aut in magnis solemnitatibus. Liceat tamen nutrituras emere et nutrire. Cum vero in itinere siwe peregrinatione fuerint, liceat eis, sed parce, winum emere, et pisces in Quadragesima, si necesse fuerit; et si quid eis datura fuerit, inde vivant, et residuum in tres partes dividant. Tamen si fuerint in via profecti ad redimendum captivos, quidquid eis datura fuerit, totum debent ponere in redemptionem captivorum, preter expensas.
[14] In civitatibus, in viliis seu castellis, in quibus proprias domoshabuerint, nihil oranino extra domos illas, nisi forte in domo religionis, etiamsi a quovis rogentur, comedant vel bibam, nisi forte aquam in domibus honestis; nec pernoctare presumant extra huiusmodi domos. Numquam in tabernis vel in huiusmodi locis inhonestis habitem, comedant vel bibam. Qui autem hoc presumpserit, iuxta arbitrium ministri gravi vindicte subiaceat.
[15] Talis sit caritas inter fratres clericos et laicos, ut Bodem victu, vestitu, dormitorio, refectorio et Badem mensa utantur.
[16] Infirmi seorsum dormiant et comedant, ad quorum curam habendam conversus aliquis, laicus siwe clericus deputetur, qui ea que necessaria fuerint, inquirat et ministret, sicut fuerit ministrandum. Moneantur tamen infirmi, ut huta siwe nimium sumptuosa cibaria non requirant, commoda potius et salubri moderatione contenti.
[17] Cura hospitum et pauperum et oranium euntium et redeuntium uni de discretioribus et benignioribus fratribus iniungatur, qui audiat eos et, ut expedire viderit, caritatis solatium administret. Requirat tamen ab illis, quos crediderit admittendos, si eis que fratribus apponuntur, velint esse contenti. Ad lauta guidem et sumptuosa cibaria non oportet quemquam admitti. Quecumque tamen prestanda Bunt, cum hilaritate prestentur, et nulli maledictum pro maledicto reddatur. Si quis, et maxime religiosus, ad hospitandum advenerit, benigne suscipiatur et caritate iuxta posse domus illi subministretur. Avena tamen vel aliud in loco avene hospitibus non detur, si fuerint in civitate vel oppido vel ubi venalis inveniatur, nisi forte religiosi sint hospites vel tales qui ad uranum non habeant et emere non possint. Si autem hospites venalem non invenerint, et in domo qua suscepti fuerint, inveniatur, congruenter eis prebeatur.
[18] Nullus frater laicus vel clericus sit, si fieri potest, sine proprio officio. Si quis vetu laborare noluerit et potuerit, locum ipsum deserere compellatur, cum Apostolus dicat: Qui non laborat, non manducet.
[19] Silentium observent semper in ecclesia sua, semper in refectorio, semper in dormitorio. De necessariis tamen liceat loqui in aliis locis, temporibus aptis et remissa voce, humiliter et honeste; et extra predicta loca ubique sermo Borum sit honestus et sine scandalo. Similiter et Borum omnis status, gestus, vita, actio et omnia alia honesta in eis reperiantur.
[20] Capitulum, si fieri potest, singulis dominicis diebus in singulis domibus minister cum fratribus suis teneat, et de negotiis domus et domui seu fratribus datis, ut ad redemptionem captivorum tertia pars deputetur, fratres ministro et minister fratribus radonem fideliter reddat.
[21] Non solum fratribus sed et familie domus pro capacitate sua similiter singulis dominicis diebus, si fieri potest, exhortatio fiat, et quod credere aut agere debeant simpliciter moneantur.
[22] De omnibus rebus et clamoribus in capitulo fratres iudicentur.
[23] Nullus frater fratrem suum in pubblico accuset, nisi bene possit probare. Qui autem hoc fecerit, penam subeat quam reus subiret, si convinci potuisset, nisi minister ex causa cum eo dispensare voluerit. Si qui scandalum vel aliquid huiusmodi fecerint, vel, quod absit, se invicem percusserint, iuxta arbitrium ministri maiori vel minori vindicte subiaceant. Si quis frater in fratrem peccaverit, id est, contra fratrem, id est, eo solo sciente, qui iniuriam passus est, sustineat patienter, licet sit innocens; et cum quieverit commotio animorum, benigne ac fraterne commoneat et corripiat Bum usque ter, inter se et ipsum solum, et penitentiam agere de commisso, et a similibus in posterum abstinere. Quod si non audierit, dicat ministro, et ille corripiat Bum secreto, secundum quod viderit saluti eius expedire. Qui vero scandalum movit, si per se emendare voluerit, totum ante pedes scandalizati petentes veniam se extendat, et si semel non sufficit, usque ter illud idem faciat. Si vero hoc in publicum venerit, quecumque secutura fuerit penitentia, hec sit prior - scilicet, ante pedes ministri petendo veniam totius corporis extensio, et postea secundum eius arbitrium emendetur.
[24] Generale capitulum semel in anno celebretur, quod fieri debet in octavis Pentecostes.
[25] Si pro necessitate domus debitum fuerit aliquod contrahendum, prius in capitulo fratribus proponatur, et cum Borum fiat consilio et assensu, ut sic et suspitiones et murmura evitentur.
[26] Si quisquam de substantia domus violentiam fecerit, et ad iudicem oportuerit referri, non ante hoc fiat quam caritative ille a fratribus primo, post ab aliis vicinis similiter moneatur.
[27] Electio ministri per commune fratrum consilium fiat, nec eligatur secundum dignitatem generis, sed secundum vite meritum et sapientie doctrinam. Ille vetu qui eligitur, sacerdos sit vel clericus ordinibus aptus. Minister vero sive maior siwe minor sacerdos sit.
[28] Maior minister confessiones fratrum omnium congregationum eiusdem ordinis audire potest. Minor vero minister omnium fratrum domus sue audiat confessiones, dummodo verecundia repetiti excessus occasionem minime prebeat, tardius prelatis suis, vel minus pure quam deceat confitendi.
[29] Sollicite vero minister provideat, ut precepta regule sicut ceteri fratres per omnia teneat.
[30] Postquam vero electus fuerit, si ex culpa deponi meruerit, per maiorem ministrum, convocatis tribus vel quatuor ministris minoribus deponatur, et alius qui dignus sit, loco eius subrogetur. Si vero pro remotione terrarum vel alfa causa rationabili maior minister hoc facere non potuerit, ministris minoribus magis religiosis committat; et quod illi fecerint, auctoritate maioris ratum habeatur. Maior vetu minister, si pro excessibus corrigendus vel deponendus sit, per quatuor aut quinque ministros eiusdem ordinis magis religiosos hoc fiat, qui tamen auctoritate generalia capituli ad hoc eligi debent.
[31] Si quis huius ordinis frater esse voluerit, primo per annum cum expensis suis, preter victum, habitu suo et omnibus suis retentis, in ordine pro Deo serviat; et post annum, si bonum et conveniens videatur ministro domus et fratribus et illi, et locus vacaverit, recipiatur. Nihil tamen pro receptione sua exigatur. Si quid tamen gratis dederit, recipiatur, dum tamen tale sit, de quo non videatur Ecclesie litigium imminere. Si vero de cuiusquam moribus fuerit dubitandum, prolixior de eo probatio habeatur. Si ante receptionem aliquis se intemperanter habuerit, et impatiens discipline, et ad arbitrium ministri non emendaverit mores suos, tribuatur ei modeste licentia cum omnibus que attulit recedendi. In ordine vetu aliquis non recipiatur antequam annum videatur vicesimum complevisse. Professio vetu in arbitrio ministri relinquatur.
[32] Pignora non accipiant, nisi decimas cum licentia sui episcopi de uranu laki.
[33] Iuramenta non faciant nisi magm necessitate cum licentia ministri vel iussi ab episcopo suo, vel ab alio vices apostolicas gerente, et hoc pro honesta et iusta causa.
[34] Si quod vitium in re que venditur, notum fuerit, indicetur emptori.
[35] Depositum auri vel argenti vel pecunie non liceat eis suscipere.
[36] Ipsa die qua infirmus venerit vel asportatus fuerit, de pec catis suis confiteatur et communicet.
[37] Omni secunda feria, preter quam in octavis Pasche et Pentecostes et Nativitatis Domini et Circumcisionis et Epiphanie, et preterquam in festivitatibus que ad colendum pronuntiantur, finita missa pro fidelibus, fiat absolutio fidelium defunctorum in cimiterio.
[38] Singulis quoque noctibus, ad minus in hospitali coram pauperibus, pro statu et pace Sancte Romane Ecclesie et tonus christianitatis et pro benefactoribus et pro his pro quibus generalia Ecclesia consuevit orare, communis fiat oratio.
[39] In regularibus horis morem beati Victoris observent, nisi forte pausationes vel alfie prolixitates et wigilie occasione laboris et paucitatis servientium, de consilio piorum et religiosorum virorum fuerint remittende. Propter paucitatem etenim suam tantas pausationes in psallendo facere non tenebuntur, nec ita tempestive surgere.
[40] In rasura similiter ordinem sancti Victoris sequantur clerici. Laici vetu barbas non radam, sed eas crescere modeste permittant. Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostre concessionis et constitutionis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum eius se noverit incursurum.
Datum Laterani, XVI Kalendas Ianuarii
7, anno Incarnationis dominice millesimo centesimo nonagesimo octavo, pontificatus nostri anno primo." (http://www.trynitarze.pl/index.php/regua)
7 Le XVI Kalendas Ianuarii correspond au 17 décembre (http://www.obib.de/Chronologie/romJahrKal.html)
8 En 1204, le pape Innocent III condamne la proposition de maître AMAURY, originaire de Bène, près de Chartres, selon laquelle "tout chrétien est tenu de croire qu’il est membre du Christ et qu’il a souffert avec lui le supplice de la croix" ; Amaury s’incline devant la décision pontificale. Amaury, qui enseigne la théologie et la philosophie à l'université de Paris, professe une sorte de panthéisme mystique, dit du Libre-Esprit (terme se référant à la fois à la liberté de nature et à l'Esprit saint, par lequel Dieu s'incarne en chacun), qu'il puise dans les écrits de Jean Scot Erigène. En 1209, un délateur livre à la justice quatorze personnes, dont le secrétaire d’Amaury, l’orfèvre Guillaume et quelques curés ; livrés au bras séculier par le concile de Paris, dix d’entre eux montent sur le bûcher le 19 novembre, les quatre autres sont condamnés à la prison à vie ; Amaury, impliqué à titre posthume (mort depuis peu), est excommunié ; son corps est déterré et dispersé sur du fumier. Le 20 décembre 1210, le concile de Paris, présidé par le cardinal Robert de Courçon, condamne la doctrine d'Amaury ; dix disciples d'Amaury de Chartres sont envoyés au bûcher. En 1211, Maître Godin d’Amiens est exécuté pour avoir défendu des idées amauriciennes. En avril 1215, au concile de Paris, Robert de Courçon, légat du pape, fait adopter les statuts de l’Université de Paris dont il est le recteur et confirme l’interdiction des œuvres d’inspiration amauricienne. La doctrine amauricienne est une nouvelle fois condamnée par le concile du Latran (11 au 30 novembre 1215), qui la juge « encore plus insensée qu'hérétique ».

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 13/07/2018

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