Jacques de Compostelle
Jacques le Majeur

Selon la légende, la dépouille de Jacques le Majeur, fils de Zébédée et de Marie-Salomé et frère aîné de Jean l'évangéliste, décapité en 43 ou 44 à Jérusalem sur ordre du roi Hérode Agrippa I, peut-être à la demande du grand-prêtre Abiathar [« Vers ce temps-là, le roi Hérode mit la main sur quelques membres de l’Église pour les maltraiter. Il fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean 1 » (Actes 12, 1-2)], a été mise dans une barque qui vint s'échouer en Espagne où il avait auparavant prêché sans grand succès avant de rentrer en Judée.

« Saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, après l'ascension du Seigneur, prêcha en Judée et dans le pays de Samarie ; il vint enfin en Espagne, pour y semer la parole de Dieu ; mais comme il voyait que ses paroles ne profitaient pas, et qu'il n'y avait gagné que neuf disciples, il en laissa deux seulement pour prêcher, dans le pays, et il revint avec les autres en Judée. » 5

La tradition de l’apostolat de Jacques en Espagne apparaît pour la première fois dans la version latine du texte byzantin du Breviarium Apostolorum. Cette version remonte au VIIe siècle et a été composée hors d’Espagne : la phrase sur la prédication de Jacques en Espagne est un ajout du traducteur car elle n’est pas présente dans le texte grec original. D’autres textes, du Xe au XIIIe siècle, issus du milieu espagnol, rejettent la tradition de la prédication de Jacques en Espagne 2.

"Cependant Jacques, après l'Ascension de  Jésus-Christ au ciel, prêcha sa divinité dans la Judée et la Samarie,  où il amena à la foi beaucoup de gens. Parti bientôt pour l'Espagne, il y convertit quelques hommes au Christ ; de ce nombre furent les sept évêques que saint  Pierre ordonna dans la suite, et envoya les premiers dans ce pays. Jacques, revenu à Jérusalem, y gagna entre autres à la vérité le magicien  Hermogène ; ce fut l'occasion pour Hérode Agrippa,  devenu roi sous l'empereur Claude,  et  qui voulait plaire aux Juifs, de porter une sentence capitale contre l'Apôtre qui proclamait sans crainte Jésus-Christ comme Dieu. Celui qui l'avait amené au tribunal, voyant le courage avec lequel il allait au martyre, se déclara lui-même aussitôt chrétien. Comme on les entraînait au supplice, il implora le pardon de l'Apôtre. « La paix soit à toi ! » dit Jacques, en lui donnant le baiser. Tous deux furent donc frappés de la hache. Peu avant, Jacques avait guéri un paralytique. Son corps fut ensuite transporté à Compostelle, où la renommée souveraine de son culte attire de l'univers entier les pèlerins qui viennent y satisfaire leur dévotion ou accomplir leurs vœux." 6

"Saint Jacques serait venu en Espagne débarquant à l'extrémité ouest de la côte cantabrique à Iria Flavia (l'actuelle Padron). Il aurait prêché en Galice et sur les bords de l'Ebre. Un soir d'octobre 39, il priait près de l'Ebre, quand il fut ébloui par une lumière éclatante où lui apparut la Vierge, assise sur un pilier de jaspe, escortée par des milliers d'anges. Marie lui dit : « C'est ici que je veux être honorée. Tu vas me construire un temple où ce pilier restera jusqu'à la fin du monde. Là j'accomplirai des miracles ». Saint Jacques édifia une chapelle, qui aurait été à l'origine de la basilique Notre-Dame del Pilar, à Saragosse. Revenu en Judée, après un séjour de sept ans en Espagne, saint Jacques y fut exécuté. La légende espagnole dit que sept de ses disciples s'embarquèrent à Jaffa avec son corps dans un sarcophage ; l'embarcation « poussée par les anges », franchit les Colonnes d'Hercule (Gibraltar) et remonta le long de la péninsule pour venir s'échouer à l'extrémité ouest de la côte cantabérique à l'embouchure du rio Ulla. Le sarcophage fut enfoui, en sorte que le lieu de l'inhumation resta longtemps ignoré." 4

Selon une autre tradition, deux de ses disciples ont transporté son corps dans une barque jusqu’en Galice, à l'extrémité occidentale de l'Espagne, où ils l'ont enterré à Ira Flavia (aujourd'hui Padron). Puis le tombeau fut oublié.

« Or, après que saint Jacques eut été décollé, ainsi que le rapporte Jean Beleth, qui a écrit avec soin l'histoire de cette translation, ses disciples enlevèrent son corps pendant la nuit par crainte des Juifs, le mirent sur un vaisseau ; et abandonnant à la divine Providence le soin de sa sépulture, ils montèrent sur ce navire dépourvu de gouvernail ; sous la conduite de l'ange de Dieu, ils abordèrent en Galice, au royaume de Louve. Il y avait alors en Espagne une reine qui portait réellement ce nom et qui le méritait. Les disciples déchargèrent le corps, et le posèrent sur une pierre énorme, qui, en se fondant comme de la cire sous le corps, se façonna merveilleusement en sarcophage. » 5

D'après une autre version, Marie-Salomé ou Salomé la Myrophore, femme de Zébédée, débarqua aux Saintes-Maries (vers 43/45) portant la tête 1 de son fils, l’apôtre Jacques le Majeur.

Les premiers textes qui racontent la translation du corps de Jacques de Jérusalem en Espagne, tout de suite après le martyre, datent du Xe siècle.

Jacques le Majeur, patron des pèlerins et des randonneurs, est invoqué contre les rhumatismes ; il est fêté le 25 juillet.

Chronologie historique

Selon la Chronique de Turpin archevêque de Reims (en réalité une légende rédigée au XIIe siècle), Jacques apparut à Charlemagne (+ 814) et lui demanda de venir en Galice, en suivant la Voie Lactée, pour libérer le chemin qui mène à son tombeau et délivrer l’Espagne des infidèles…

Selon la tradition, le tombeau de Jacques fut découvert vers 813, un dimanche, par l'ermite Pélage (Pelayo), guidé par une étoile miraculeuse vers un cimetière, dans le Campus stellae, le Champ de l'étoile (le nom de Compostelle viendrait plus probablement de compostum tellus c’est-à-dire nécropole), où Théodomir, l'évêque d'Iria Flavia (Padrón), identifia les reliques de l'apôtre (la tombe de Théodomir a été retrouvée à proximité de celle de Jacques).
Saint-Jacques-de-Compostelle devint bientôt un lieu de pèlerinage. Les pèlerins arboraient une coquille, portaient un bâton (le bourdon), s'appelaient jacquets ou jacquots et avaient pour salut de ralliement : "Ultreïa !" (Plus loin !).

Le Martyrologe de Flore (808-838) est le premier texte qui mentionne le sépulcre de Jacques en Galice.
La description de la découverte du sépulcre, et sa datation précise au temps de l’évêque Théodomir d’Iria-Flavia et du roi Alphonse II le Catholique ou le Chaste se trouvent tardivement, dans un acte de 1077, la Concordia de Antealtares, passé entre le monastère San Pelayo et l’évêque Diego Pelàez, puis dans un texte de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle.

813-835 : érection de la première église par le roi des Asturies, Alphonse Il le Chaste.

En 840, le pape Grégoire IV autorise par une bulle spéciale l'évêque d'Ira à transférer son siège épiscopal à Santiago de Compostelle.

Saint Jacques (Santiago) apparaît, en 844, à Ramiro I (roi des Asturies de 842 à 850) lequel vient de subir une défaite face à l'armée de Abd al-Rahman II, et lui annonce sa victoire sur les Sarrasins. Le 23 mai, à la bataille de Clavijo (La Rioja), Santiago lutte en personne contre les Maures qui sont mis en déroute ; d'où son surnom de "matamore" (tueur de Mores). Le 25 mai, en signe de gratitude, Ramiro institue le Voto de Santiago, un tribut dû à la cathédrale de Compostelle, renouvelable chaque année, sur les céréales, par les agriculteurs du Nord de l'Espagne ; il ne sera aboli qu'en 1812 par les Cortès de Cadix. 3

Gilon de Tournus, évêque de Langres de 880 à 891, fait le pèlerinage de Saint-Jacques ; à son retour, il ramène, de Narbonne à Bèze en Bourgogne, le corps de saint Prudent.

Le 6 mai 900, un concile est tenu pour la dédicace de l'église (agrandie et embellie par Alphonse III le Grand qui souhaitait un édifice plus vaste et plus richement décoré) en présence du roi Alphonse, de la reine son épouse, de ses fils, de 17 évêques, d'un grand nombre de seigneurs et d'une foule immense.

En 950, Godescalc, évêque du Puy-en-Velay en Haute-Loire (936-962), organise un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Le 29 mars 968, Saint-Jacques-de-Compostelle est investie par les Vikings qui pillent le Nord de l’Espagne jusqu'en 971.

Un deuxième concile tenu à Compostelle, en 971, a pour objet l'élection de Césaire à l'archevêché de Tarragone, mais l'évêque de Narbonne s'y oppose.

En 997, les Maures d'al-Mansur, maire du palais du calife-enfant de Cordoue, Hishâm, ravagent tout le nord-ouest de l'Espagne. Le 10 août, ils entrent dans Santiago (Saint-Jacques), dont la peur a dispersé tous les habitants, à l'exception d'un vieux moine qui est trouvé assis sur le tombeau de l'apôtre.
Al-Mansur fait raser l'annexe méridionale de l'église, après en avoir enlevé tous les trésors, ainsi que les cloches que des prisonniers chrétiens portent sur leurs épaules jusqu'à Cordoue où elles seront retrouvées ; mais, chose singulière, il respecte le tombeau qu'il entoure d'une garde imposante et qui demeure ainsi inviolé.

Après qu'ayant réuni ses armées à celles des rois de Navarre et de Castille, il a repoussé al-Mansûr à Calatañazor (Castille-et-León) en 998, Bermond II (ou Bermude ou Vermude) dit le Goutteux, roi du León, des Asturies et de Galice, reprend Santiago aux Maures 3 et fait reconstruire l'église.

En 1056, le troisième et dernier concile de Compostelle, présidé par Cresconius, évêque d'Ira, fait des règlements sur la discipline ecclésiastique ; il décide que "les prêtres diraient chaque jour la messe et que les clercs, à chaque indication de jeûnes et de processions publiques en expiation des péchés, seraient tenus de se revêtir de cilices".

En 1075, au-dessus de l'église, commence, sous l'égide du roi Alphonse VI et de l'évêque Diego Pelaez, la construction de la grandiose basilique romaine dédiée à Jacques, qui sera terminée en 1128. C’est celle que nous pouvons voir aujourd’hui augmentée de quelques éléments ajoutés jusqu’au XIXe siècle. Suspendu au plafond de la cathédrale depuis 1851, le botafumeiro (expulseur de fumée), énorme encensoir en laiton argenté, haut de 1,60 m et pesant 54 kg, est l'oeuvre de l’orfèvre Losada.

En décembre 1095, à Brioude (Auvergne), le pape Urbain II, venant du Puy-en-Velay et se rendant à Clermont-Ferrand, signe le décret transférant le siège de l’évêché d’Iria-Flavia (aujourd’hui Padrón) à Compostelle.

Calixte II (Guy de Bourgogne), pape de 1119 à 1124, s'évertue à faire de Saint-Jacques-de-Compostelle une ville sainte du même ordre que Jérusalem et Rome ; avec son frère, Raymond de Bourgogne, roi de León et de Galice, il fait accélérer les travaux de la cathédrale de Saint-Jacques laquelle, terminée en 1128, est consacrée en présence du roi Alphonse IX de León.
Le 26 février 1120, sous l'archevêque et légat Diego Gelmirez, Saint-Jacques-de-Compostelle devient un archevêché.
Selon la Chronique d’Alphonse VII rédigée en 1157, Calixte proclame, en 1122, le premier jubilé plein de l'année sainte qui permet aux pèlerins de bénéficier de l'indulgence plénière (rémission totale des péchés) ; l’année jubilaire à Compostelle, dite année jacquaire, a lieu lorsque le 25 juillet tombe un dimanche, jour de la découverte du tombeau de l’Apôtre (ce qui sera le cas en 2021).

Remontant à environ 1140 (date du dernier miracle décrit), le Liber Sancti Jacobi (Livre de Saint Jacques) ou Codex Calixtinus, compilation d'un ensemble de textes liturgiques, historiques et hagiographiques à la gloire de Compostelle et dont les rédactions successives s'échelonnent sur deux ou trois siècles, est conservé à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Il doit son nom de Codex Calixtinus à une lettre placée en tête du recueil et prétendument signée par le pape Calixte II, mort depuis 1124. 7

Le 1er août 1170, Ferdinand II de Leon installe une confrérie de chevaliers (Ordre de Santiago ou Ordre de Saint-Jacques de l'Épée ou Ordre de Caceres) qui se place sous le patronage de Santiago (saint Jacques) pour défendre la ville de Cáceres (Estrémadure) contre les Almohades.

Réfugiés, en 1175, à Uclès (Castille), en raison de l'avancée musulmane, les chevaliers de Cáceres prennent le nom d'Ordre de Santiago que le pape confirme.

Le saint Calice (Santo Graal en galicien) apparaît pour la première fois comme identifiant les rois de Galice dans un document anglais en 1282.
Certains croient que le Graal est la coupe sacrée détenue par Pierre et de pape en pape jusqu'à Sixte II qui, sous la persécution de Valérien, la confia en 258 à son diacre Laurent lequel la mit en sécurité dans son village près de Huesca (Espagne) d'où en 713 elle fut envoyée au monastère bénédictin de San Juan de la Pena qui se trouvera, un siècle plus tard, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.


Armoiries de la Galice

Jean II, roi de Castille, accorde un sauf-conduit à tous les pèlerins pour l'année jubilaire 1434.

Les reliques de Jacques sont cachées en 1589 quand le pirate anglais, Francis Drake, vient pour combattre les survivants de l'Invincible Armada réfugiés dans le port de La Corogne et aussi pour mettre un terme au culte du saint qu'il considère comme une mystification ; elles ne seront redécouvertes qu'en 1879.

Le 1er novembre 1884, le pape Léon XIII confirme l'identité des reliques (Lettre apostolique Deus Omnipotens).

En 1943, l'ambassadeur de France à Madrid se rend à Compostelle, porteur d'un ciboire offert par le Maréchal Pétain en souvenir de la visite que ce dernier y avait faite en 1939 alors qu'il était ambassadeur.

En 1950, à Paris, un groupe d'intellectuels catholiques crée la Société des Amis de Saint Jacques.

En 1985, la ville de Santiago de Compostela et tout le Chemin de Saint-Jacques sont inscrits au patrimoine mondial par l'UNESCO.

Le 6 novembre 2010, Benoît XVI est accueilli à Saint-Jacques-de-Compostelle par les héritiers du trône, Felipe et Letizia, prince et princesse des Asturies. Il célèbre l'année jubilaire de saint Jacques ; au cours de son homélie, il déclare : "O croix bénie, brille toujours sur les terres d’Europe ! (...) Que saint Jacques, l'ami du Seigneur, obtienne d'abondantes bénédictions pour la Galice, pour les autres peuples de l'Espagne, de l'Europe et de tant d'autres lieux par-delà les mers où l'Apôtre est signe d'identité chrétienne et promoteur de l'annonce du Christ !". (VIS)

Citations

Donne-nous bonne route et beau temps. Fais qu’en compagnie de ton saint ange, nous puissions parvenir heureusement au lieu que nous voulons atteindre et, à la fin au port du salut éternel… Fais que parmi toutes les vicissitudes de ce voyage qu’est cette vie, nous soyons toujours sous ta protection et ton assistance. (Prière des pèlerins de Compostelle, infocatho.cef.fr)

Même si la route te paraît vide, longue et fastidieuse, elle t’entraîne à entrer en toi-même. Ne ferme pas cette porte. Tu y trouveras un jour ou l’autre Dieu qui est en toi, tu découvriras sa vérité. Il te donnera sa vie. Car il est le Chemin, la Vérité, la Vie. (Guide du pèlerin de saint Gilles, Codex Calixtinus, environ 1140)

Dictons météorologiques

Si Saint-Jacques est serein, l’hiver sera dur et chagrin.
De glands sera votre porc dépouillé, si à saint Jacques votre toit est mouillé.
Saint Jacques pluvieux, les glands malheureux.


Armoiries de Saint-Jacques-de-Compostelle


Notes
1 Selon la tradition arménienne, l’église Saint-Jacques de Jérusalem dédiée à Jacques le Juste, frère du Messie et à Jacques le Majeur, apôtre, abrite depuis le 4e siècle la tête de Jacques le Majeur, 1er évêque de Jérusalem, décapité sur ordre de Hérode Agrippa I en 43 ou 44. Sa tête est enterrée sous le pavement actuel d’une petite pièce située au nord de la nef de l’église. Hérode Agrippa I mourut en 44, peut-être empoisonné par les Romains : d’après Flavius Josèphe, les troupes romaines de Césarée maudirent le souvenir de Agrippa, entrèrent de force dans sa maison, violèrent ses filles et célébrèrent sa mort par des fêtes et des libations.
2 Lorenzo Bianchi : http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=2802092_compostelle
3 Wikipedia
4 http://missel.free.fr/Sanctoral/07/25.php
5 Jacques de Voragine, archevêque de Gênes (1230-1298), La légende dorée
6 http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/pentecote/pentecote04/019.htm
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Codex_Calixtinus


Pour en savoir +
http://www.espagne-facile.com/saint-jacques-de-compostelle/862/

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 23/11/2014