JEANNE D'ARC
En souvenir de Jeanne d'Arc, héroïne patriote brûlée vive par les Anglais à Rouen le mercredi 30 mai 1431 après un procès inquisitorial, la loi du 10 juillet 1920 institue une "fête nationale de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme", le deuxième dimanche du mois de mai.
Sainte Jeanne d'Arc est fêtée par l'Église catholique le 30 mai.


SOMMAIRE

1 L’enfance de Jeanne 13 Le procès d’inquisition en matière de foi
2 Le contexte géopolitique 13.1 Le procès d'office
3 Les visions et les voix 13.2 Le jugement
4 Le voyage à Chinon 13.3 L’exécution
5 Le dauphin Charles 14 Le comportement de Charles VII
6 Jeanne se prépare à la guerre 15 Après la mort de Jeanne
7 Prise d’Orléans 16 Héroïne et sainte
8 Le sacre de Charles VII 17 La thèse du sang royal
9 L’échec devant Paris 18 Autres pucelles et héroïnes
10 Opérations de police et anoblissement de Jeanne 19 Les reliques de Jeanne
11 Jeanne se bat seule 20 Oeuvres littéraires et artistiques
12 La capture de Jeanne 21 Citations


L’enfance de Jeanne

Le 6 janvier 1412, Jeanne naît à Domrémy en Barrois (Vosges), dans le fief de Neufchâteau, ancienne terre lorraine devenue champenoise en 1220. Elle porte une tache rouge derrière l’oreille droite.
On raconte que la mère de Jeanne, enceinte d'elle, rêva qu'elle accouchait de la foudre et qu'au moment de la naissance, dans la nuit de l'Epiphanie, "Tous les habitants de Domrémy, saisis d'un inconcevable transport de joie, se mirent à courir çà et là, se demandant l'un à l'autre quelle chose étoit donc advenue ? Les coqs, ainsi que hérauts de cette allégresse inconnue, éclatèrent en tels chants que jamais semblables n'avoient été ouïs". 13

Jeanne appartient à une famille agricole qui a une certaine aisance et possède 12 ou 15 hectares de terres, une maison avec jardin, quelques chevaux et du bétail. Le père, Jacques Tarc 7, est né à Sept-Fonds, en Champagne ; il occupe le poste de doyen qui lui confère le pouvoir de collecter les impôts et procureur ; la mère, Isabelle Romée, à Vouthon, en Barrois, d'une famille ancienne et peut-être noble. Son nom de Romée vient de ce que ses parents ont fait le pèlerinage de Rome. Ils ont cinq enfants : trois fils et deux filles. Jeanne est le troisième de ces enfants.
Dans les documents d’époque, le nom de famille est écrit : "Tarc, Darc, Dare, d’Ay". Jeanne, à son procès, "respondit que son père estoit nommé Tarc". A un autre moment, elle précise "qu'elle avait pour surnom d'Arc". Elle aurait hérité ce surnom de son père : selon Charles du Lis, issu de Pierre le plus jeune frère de Jeanne, Jacques, le père de la Pucelle, avait pour signet ou pour sceau un arc "bandé de 3 flèches" 10). C'est le nom de "Tarc" qui figure sur les actes du procès de réhabilitation pour désigner sa famille 7. C'est le nom d'"Ay" qui figure sur la lettre d’anoblissement de Jeanne et de toute sa famille 7. Le nom "Jeanne d’Arc" apparaît pour la première fois en 1576 dans un poème.

Tous les témoignages nous montrent Jeanne possédée, pour ainsi dire dès le berceau, d'une sorte d'exaltation religieuse. Elle n'apprend ni à lire ni à écrire, chose commune alors, même dans les conditions plus élevées. C’est sa mère qui lui donne l'éducation religieuse. Elle grandit, parmi les légendes celtiques vivaces encore en ce pays, nourrie des traditions naïves sur les fontaines et les arbres miraculeux, les fées, les apparitions, etc. Ces rêveries populaires, les mythes chrétiens, la vie des saints et des martyrs, composent toute son éducation. Elle se révèle très pieuse et solitaire, marquée par l'enseignement des ordres mendiants.

Jusqu'à l'âge de treize ans, Jeanne est occupée aux travaux rustiques, aux soins de la maison, peut-être à la garde des troupeaux de son père. Elle jeûne, se confesse et communie souvent, va visiter les malades, et consacre aux exercices religieux tout le temps qui n'est pas absorbé par les soins domestiques. Elle paraît mélancolique et rêveuse, aimant la solitude, le son des cloches, dormant peu, pleurant quelquefois sans cause, et manifestant une grande force de vie exaltée et concentrée. Elle atteint la puberté : on dit qu'elle ne connut jamais les incommodités périodiques de son sexe, mais que cette anomalie physique n'altéra ni sa santé ni son développement...


Le contexte géopolitique

Le 17 août 1424, à Verneuil-sur-Avre, l'Anglais Jean de Lancastre, duc de Bedford, bat et capture le duc d’Alençon.
Une poignée de Français enfermés dans Vaucouleurs, tient bon jusqu'à la fin, mais toute la vallée est soumise aux incursions des bandes anglaises.
En 1425, les habitants de Domrémy doivent abandonner une première fois leur village devant la menace bourguignonne.

En ce temps-là, la France est partagée en deux : les Anglais du roi de France légal, Henri VI, occupent le nord de la Loire et la Guyenne.
La guerre civile ravage le pays : les Armagnacs, partisans du dauphin Charles de Ponthieu [à la mort de son père Charles VI le 21 octobre 1422, il a été acclam roi de France, sous le nom de Charles VII, dans le manoir féodal des évêques du Puy-en-Velay situé sur le rocher d’Espaly], s’opposent aux Bourguignons qui soutiennent les Anglais.
Les Armagnacs sont partisans des gallicans, les Bourguignons des papistes.


Les visions et les voix

En 1425, alors âgée de treize ans, Jeannette, de Domrémy, enclave encore fidèle à Charles VII (que les Anglais qualifient avec mépris de "soi-disant Dauphin" ou de "roi de Bourges"), a sa première vision : un jour de jeûne, en été, dans le jardin de son père, elle croit voir une lumière et entendre une voix, qu'elle prend d'abord pour celle de Dieu (plus tard elle demeura convaincue que c'était celle de saint Michel, l'archange des jugements et des batailles, très populaire en France à cette époque de la guerre contre les Anglais). Désormais elle vit en pleine extase ; les apparitions se multiplient ; les voix mystérieuses se présentent comme "saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite". Sainte Catherine et sainte Marguerite, patronnes de la jeunesse, se montrent à elle périodiquement. Saint Michel, patron de la France, lui apparaît, accompagné d’anges.
"A travers la voix de l'archange saint Michel, Jeanne se sent appelée par le Seigneur à intensifier sa vie chrétienne ainsi qu'à s'engager personnellement pour la libération de son peuple. Sa réponse immédiate, son oui, est le vœu de virginité, avec un nouvel engagement dans la vie sacramentelle et dans la prière : participation quotidienne à la Messe, confession et communion fréquentes, longs temps de prière silencieuse devant le Crucifix ou l'image de la Vierge." 9
Enfin, après une série de visions, l’archange lui commande d'aller trouver M. de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, afin d'être par lui adressée au roi de France qu'elle est destinée à mettre en possession de tout son royaume.


Jeanne d'Arc à Domrémy par Jules Bastien-Lepage (1879)


Le voyage à Chinon

On veut alors la marier de force, dans l'espoir de la ramener à des idées qui semblent plus raisonnables (mais l'officialité de Toul lui donne raison contre ses parents).
Malgré ses douleurs à la pensée de quitter ses parents et son foyer, elle résiste aux ordres comme aux prières et finit par convertir à ses idées un de ses oncles, qu'elle envoie auprès du sire de Baudricourt. L'homme de guerre reçoit assez mal le paysan et lui donne le conseil de bien souffleter sa nièce.

En 1428, quand les Anglo-Bourguignons mettent le siège devant Vaucouleurs qui résiste, Jeanne et les siens se réfugient à Neufchâteau.
En mai, Jeanne entraîne son oncle à Vaucouleurs ; elle se présente hardiment devant le capitaine Robert de Baudricourt, et lui annonce qu'elle est envoyée par Dieu pour délivrer le royaume des Anglais, faire sacrer le dauphin et le mettre en possession du trône ; elle veut aller parler au dauphin, et, pour arriver jusqu'à lui, s’il le faut, "elle userait ses jambes jusqu'aux genoux". Baudricourt la traite de folle et la renvoie chez elle. Néanmoins, ébranlé par tant de conviction et de détermination, celui-ci se résout à envoyer en janvier 1429, une missive au dauphin Charles réfugié à Chinon ; il envoie aussi une lettre, dont on ignore la teneur, à René d'Anjou, le duc de Bar.

Le 12 février 1429, elle fait une nouvelle tentative auprès de Baudricourt.
Sous la pression de plusieurs gentilshommes ralliés à la cause de Jeanne et après une séance d’exorcisme pratiquée par le curé de Vaucouleurs, Jean Fournier, et d’où elle sort victorieuse, le capitaine Baudricourt cède et accepte de lui donner un équipement et une escorte.

Le mercredi 23 février, à Vaucouleurs, le cortège est prêt vers trois heures de l’après-midi 16 17.
L'escorte de Jeanne est composée du chevalier Jean de Novelonpont dit Jean de Metz, chef de l’expédition, du chevalier Bertrand de Poulangy, de Jean Coulon dit Jean d'Honnecourt ou de Dieulouard écuyer de René d'Anjou, et de son frère Julien d'Honnecourt serviteur habituel de Bertrand de Poulangy, du chevaucheur-inspecteur royal, Jean Collet de Vienne, envoyé de Chinon par le Dauphin, avec son archer et écuyer Richard.
Jeanne, en costume d'homme, porte à la ceinture l'épée donnée par Baudricourt.
Toute la population de Vaucouleurs s'apitoie sur cette brave fille qui va se jeter à travers tant de périls.
"Ne me plaignez pas, leur crie-t-elle en poussant son cheval, c’est pour cela que je suis née !"

Elle entre hardiment dans Auxerre, ville bourguignonne, entend la messe dans la cathédrale, passe le pont de l'Yonne, puis se dirige sur Gien et vers la Loire.
A Sainte-Catherine-de-Fierbois (37) où elle s’arrête pour prier la sainte, elle fait écrire sa demande d’audience au Dauphin qui réside à Chinon. Collet de Vienne et son archer partent remettre la missive au Dauphin et reviennent dans l'après-midi : Charles donne ordre de mener immédiatement la jeune fille à Chinon où elle logera chez une femme désignée par lui et convoque Jean de Metz et Bertrand de Poulangy pour qu'il lui rende compte du voyage. Jeanne demeure trois jours chez son hôtesse, évitant de sortir et de répondre aux questions du voisinage.

Le 6 mars, au bout de 11 jours de route, la petite troupe arrive à Chinon où Jeanne est logée dans la tour du Coudray, celle où le Grand Maître du Temple, Jacques de Molay, fut emprisonné et aurait prononcé sa célèbre malédiction.
Le 7 mars, Jeanne est interrogée sur ses intentions ; "J'ai reçu du Roi des cieux le commandement de repousser les Anglais qui assiègent Orléans et de conduire le roi de France à Reims pour qu'il y soit sacré et couronné." 19
Charles la reçoit le 8 mars.


Le dauphin Charles

Ce 8 mars 1429 18 26, vers 19 heures, le comte de Vendôme introduit Jeanne dans la grande salle du château de Chinon.
Selon le chroniqueur Philippe de Bergame 1, elle est "très forte, de petite taille (brevi statura), de figure paysanne (rusticana facie) et a des cheveux noirs (nigro capillo)". Sa poitrine, plutôt forte, ne passe pas inaperçue.
Elle se présente avec une dignité sans embarras.
Bien que le dauphin Charles se soit dissimulé parmi les courtisans, laissant la place la plus proche du trône au comte de Clermont, elle le reconnaît, va droit à lui, et mettant un genou terre, dit : « Gentil dauphin, le roy du ciel m'a envoyée pour vous secourir, s'il vous plaît me donner gens de guerre. Par grâce divine et force d'armes, je ferai lever le siège d'Orléans et vous mènerai sacrer à Reims. »
Elle gagne la confiance de Charles par un "signe secret" qu'elle refusera de révéler à son procès. Peut-être le persuade-t-elle qu'il est bien l'héritier légitime du trône, ce dont il doute, étant convaincu de n'être qu'un bâtard (comme l’a déclaré sa propre mère) ? Selon certains, elle aurait confié en aparté au dauphin : « Je te dis de la part de Messire (Dieu) que tu es fils de roy et vray héritier de France. » Jeanne a pu songer que ce faible monarque avait des doutes sur la légitimité de sa naissance : les désordres et les débauches d'Isabeau de Bavière étaient connus jusque dans les campagnes, et Jeanne, en rassurant Charles sur ce point, par "ordre d'En Haut", dit-elle, aurait touché juste.

Le 14 mars, à Poitiers, où siège la cour de Parlement, le dauphin la fait soumettre à l'interrogatoire d’une commission composée de théologiens et de magistrats à qui elle fait quatre prédictions (qui se réaliseront) : les Anglais lèveraient le siège d'Orléans, le roi serait sacré à Reims, Paris rentrerait dans l'obéissance au roi et le duc d'Orléans reviendrait de sa captivité en Angleterre.
Enveloppée de questions captieuses par ces savants personnages, elle répond avec une présence d'esprit extraordinaire.
« Si Dieu veut délivrer le peuple de France, hasarde un des théologiens, point n'est besoin de gens d'armes.
- Eh ! s'écrie-t-elle, les gens d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »
Frère Séguin, la questionne malignement : « En quelle langue parlent vos voix ?
- Meilleure que la vôtre ! répond-elle d'un air narquois (frère Séguin est Limousin).
- Croyez-vous en Dieu ? reprend le théologien en colère.
- Mieux que vous ! » et elle lui tourne le dos.
« Dieu ne veut point qu'on croie à vos paroles, dit un autre théologien, si vous ne montrez un signe qui prouve qu'on doit vous croire. (Dans la langue théologique, "signe" a le sens de "miracle").
- Je ne suis pas venue à Poitiers pour faire des signes. Qu'on me conduise à Orléans, qu'on me donne des gens d'armes, et je vous y montrerai des signes. Allons, il n'est besoin de tant de paroles ; ce n'est plus le temps de parler, mais d'agir ! »
Les théologiens, tout étourdis de ces vives répliques, appellent à leur aide tous les auteurs sacrés et profanes, et les saintes Écritures et les Pères ; Jeanne s’esclaffe : « Eh ! Il y a plus dans les livres de Dieu que dans les vôtres ! »
Après plus de 15 jours d'examen, les doctes juges sont d'avis que l'on peut licitement employer la jeune fille, Dieu ayant souvent suscité des vierges, etc. On voit de vieux légistes du parlement sortir "en pleurant à chaudes larmes".
Mais il faut s'assurer auparavant si elle est réellement vierge (on croit alors que le démon ne peut contracter de pacte avec une vierge). Quelques matrones, en présence de la reine, s'acquittent de l’examen qui se termine à l'honneur de Jeanne. La belle-mère de Charles VII, Yolande d'Aragon, confirme la virginité de Jeanne ; elle arrangera le financement de l'armée de Jeanne qui partira au secours d'Orléans 6.

Proclamée officiellement "pucelle" et sa mission étant approuvée, Jeanne dicte, le 22 mars, sa Lettre aux Anglais :
"+ JHESUS MARIA + Roy d'Angleterre, et vous, duc de Bedfort, qui vous dictes régent le royaume de France ; vous Guillaume de la Poule, conte de Sulfork ; Jehan, sire de Talebot; et vous, Thomas, sire d'Escales, qui vous dictes lieutenant dudit duc de Bedfort, faictes raison au roy du ciel ; rendez à la Pucelle qui est cy envoiée de par Dieu, le Roy du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est ci venue de par Dieu pour réclamer le sanc royal. Elle est toute preste de faire paix, se vous lui voulez faire raison, par ainsi que France vous mectrés jus, et paierez ce que vous l'avez tenu. Et entre vous, archiers, compaignons de guerre, gentilz et autres qui estes devant la ville d'Orléans, alez vous ent en vostre païs, de par Dieu ; et ainsi ne le faictes, attendez les nouvelles de la Pucelle qui ira vous voir briefement à vos bien grand domaiges. Roy d'Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chief de guerre, et en quelque lieu que je actaindray vos gens en France, je les en ferai aler, veuillent on non veuillent, et si ne vuellent obéir, je les ferai tous occire. Je suis cy envoiée de par Dieu, le Roy du ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute France. Et si vuellent obéir, je les prandray à mercy. Et n'aiez point en vostre oppinion, quar vous ne tendrez point le royaume de France, Dieu, le Roy du ciel, filz sainte Marie ; ainz le tendra le roy Charles, vrai héritier ; car Dieu le Roy du ciel, le veult, et lui est révélé par la Pucelle, lequel entrera à Paris à bonne compagnie. Se ne voulez croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons dedens et y ferons ung si grant hahay, que encore a-il mil ans, que en France ne fu si grant, se vous ne faictes raison. Et croyez fermement que le Roy du ciel envoiera plus de force à la Pucelle, que vous ne lui sariez mener de tous assaulx, à elle et à ses bonnes gens d'armes; et aux horions verra-on qui ara meilleur droit de Dieu du ciel. Vous, duc de Bedfort, la Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous faictes mie détruire. Si vous lui faictes raison, encore pourrez venir en sa compaignie, l'où que les Franchois feront le plus bel fait que oncques fut fait pour la chrestienté. Et faictes response se vous voulez faire paix en la cité d'Orléans; et se ainsi ne le faictes, de vos bien grans dommages vous souviengne briefment. Escript ce mardi sepmaine saincte."
Le 24, Jeanne avec Charles et sa suite sont à Châtellerault. Ils sont de retour à Chinon vers le 25 ou 26.
Ce 25 mars 1429, vendredi saint coïncidant avec la fête de l’Annonciation, se déroule le Jubilé de Notre-Dame du Puy-en-Velay (43) : Bertrand de Poulengy, Jean de Metz, lieutenants de Jeanne d’Arc, accompagnent Isabelle Romée, sa mère, et ses deux frères qui intercèdent pour Jeanne à l’occasion du Grand Pardon. 2
Charles autorise Jeanne à participer aux opérations militaires ; elle accompagnera, de la hauteur de ses 158 centimètres, les troupes confiées à Gilles de Rais qui a pour mission de délivrer Orléans (assiégée depuis le 12 octobre 1428).
Les capitaines Jean d’Alençon et Étienne de Vignoles dit La Hire acceptent immédiatement la présence de Jeanne dont l'enthousiasme transfigure les troupes.
Jeanne annonce au dauphin : « Vous recouvrerez votre royaume avec l’aide de Dieu et par mon labeur. »


Jeanne se prépare à la guerre

Jeanne est déjà populaire dans toute la France avant d'avoir agi. Les Anglais, qui la croient sorcière, sont sous l'empire d'une vague terreur, et les Orléanais attendent l'arrivée du grand secours.
La devise de Jeanne est : "Dieu premier servi".
On affecte à la Pucelle que ses frères, Pierre et Jean, ont rejointe : un écuyer, deux pages, deux hérauts d'armes, un aumônier (un religieux augustin), deux valets, etc.
Elle est équipée d’une armure blanche de 20 kg offerte par le Dauphin.
Jeanne a commandé, à un artisan de Tours (Hauves Poulnoir), un étendard blanc fleurdelisé sur lequel sont peints "la Figure du monde" (le Christ du Jugement) et "deux anges à ses côtés" et l’inscription "Jhesus Maria". Dans son interrogatoire du 17 mars 1430, Jeanne indiquera qu'il s'agit des archanges Michel et Gabriel. Le plus souvent, elle porte elle-même son étendard et le préfère à son épée, parce qu'elle ne veut pas tuer (elle ne tuera en effet jamais personne). L’étendard disparaîtra après sa capture à Compiègne, sans qu’il en reste rien 15.
Sur son pennon (fanion de forme triangulaire placé au bout de la lance) est représentée "Notre-Dame ayant devant elle un ange lui présentant un lys". Il sera brûlé accidentellement au moment de l'entrée de Jeanne à Orléans 15.
Elle porte l’épée marquée de 5 croix et de 3 fleurs de lys (cette épée serait celle de Charles Martel qui, après la bataille de Poitiers, l’aurait offerte aux prêtres du sanctuaire de Sainte-Catherine-de-Fierbois) découverte sous des dalles, derrière l’autel de l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois en Touraine, parmi d'autres déposées par des soldats de passage, épée dont les voix ont révélé l'existence à Jeanne et qu’elle a réclamée.
Le fait de l'épée trouvée sur les indications de Jeanne, qui porte en soi un grand caractère de merveilleux, apparaîtra aux juges de Rouen comme une comédie jouée pour frapper l'imagination populaire.
Selon Jules Quicherat, Jeanne d'Arc la brisera à Saint-Denis, en tapant de son plat sur le dos d’une prostituée (certains y verront un mauvais présage). 22
C'est une épée prise à un bourguignon qu'elle offrira en ex-voto à Saint-Denis.


Jeanne d'arc peinte entre 1450 and 1500 (Centre Historique des Archives Nationales, Paris)

Jeanne part de Tours le 25 avril à la tête de l'armée composée de 4 000à 5 000 hommes et financée par Yolande d'Aragon (qu'elle appelle "Ma Reyne"), duchesse d'Anjou, reine de Sicile et belle-mère de Charles VII ; en même temps Jeanne envoie au camp des Anglais une sommation, dictée par elle, pour qu'ils lèvent le siège d'Orléans et lui remettent les clefs des villes qu'ils ont prises : « Rendez à la pucelle envoyée ici par Dieu le roi du ciel les clés de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. ».
Jeanne expulse (quand elle ne les marie pas) les prostituées de l'armée de secours et fait précéder ses troupes d'ecclésiastiques.


La prise d’Orléans

Le 29 avril 1429, l'armée arrive près d'Orléans.
La Hire, Jean Poton, seigneur de Xaintrailles, Armagnac, Dunois (bâtard de Louis d’Orléans), Gaucourt et autres capitaines fameux se sont jetés dans la ville et la défendent vaillamment.
Jeanne, avec le convoi de vivres et 200 chevaux, traverse la Loire sur une flottille conduite par Dunois et par le jeune duc d'Alençon, pendant que les Orléanais font diversion par une vaillante sortie, puis, vers 20 heures, à la lueur des torches, elle entre dans la ville, à cheval, revêtue de son armure et entourée de capitaines et de seigneurs. Le peuple l'accueille avec enthousiasme et vénération.
Elle veut qu'on attaque dès le lendemain les bastilles anglaises ; mais l'armée qu'elle a amenée ayant dû redescendre pour passer en sûreté la Loire à Blois, il est décidé qu'on attendrait son retour.
Le 1er mai, Dunois part chercher l’armée royale restée à Blois.
Le 2 mai, Jeanne va hors de la ville examiner les positions de l’ennemi.
Le 4 mai, Jeanne et ses troupes reprennent la bastille Saint Loup.
Le 7 mai, aux côtés de Gilles de Rais, Jeanne attaque la dernière bastille, nommée les Tourelles. Au moment où elle applique une échelle contre la muraille, au plus fort du combat, elle est atteinte par un trait d'arbalète qui pénètre au-dessus du sein entre le gorgerin et la cuirasse et traverse de l'autre côté, puis précipitée au fond du fossé. Des soldats anglais, descendant en toute hâte dans le fossé, tentent de s'emparer d'elle, mais elle est sauvée par le sire de Gamaches. On l'emporte hors de la mêlée ; on la débarrasse de ses armes. La flèche sort de près d'un demi-pied par derrière ; en se voyant si grièvement blessée, elle a peur et se met à pleurer : un peu de la femme reparaît, mais, son grand cœur reprenant tout à coup le dessus, elle saisit vivement la flèche et l'arrache : le sang sort à gros bouillons. Quelques femmes qui se trouvent autour d’elle poussent de grands cris. « Rassurez-vous, leur dit Jeanne d'une voix vibrante, ce n'est pas du sang qui sort de cette plaie, c'est de la gloire ! » Cette blessure, devant le fort des Tournelles, à Orléans, Jeanne l'avait prédite ; elle l'avait annoncée au roi étant encore à Chinon : « Je serai blessée au-dessus du sein » ; elle rappellera, dans son interrogatoire, et la blessure et la certitude qu'elle avait de la recevoir, ses voix le lui ayant révélé. Il existe un témoignage irréfutable. Elle reçut cette blessure le 7 mai 1429 ; or, le 12 avril précédent, un ambassadeur flamand, qui était à la cour de Charles VII, avait écrit à son gouvernement une lettre où se trouvait cette phrase : « La Pucelle [.] doit être blessée d'un trait dans un combat devant Orléans, mais elle n'en mourra pas. » Le passage de cette lettre a été consigné sur les registres de la chambre des comptes de Bruxelles.
Orléans tombe le 8 mai, à la stupéfaction générale.
Dans son traité De Puella Aurelianensi du 14 mai, Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, se prononce en faveur de la mission divine de Jeanne.
Malgré sa blessure, Jeanne continue à s'occuper activement des grandes affaires du salut national.


Le sacre de Charles VII

Contre l'avis des conseillers du roi, Jeanne impose alors son idée : pour affirmer à la face du monde la légitimité du Dauphin et bien que le père de ce dernier soit mort depuis sept ans, elle convainc Charles de se faire sacrer. Elle veut l’entraîner sur-le-champ à Reims ; elle pense qu'il faut devancer les Anglais qui ont commis la faute de ne point sacrer encore leur jeune Henri VI. Le premier sacré sera le vrai roi de France. Mais les politiques et les hommes de guerre veulent qu'auparavant on débarrasse au moins le cours de la Loire des garnisons anglaises.
On rassemble de nouvelles forces, et dans les premiers jours de juin on va prendre Jargeau, Meung et Beaugency. Jeanne assiste à ces expéditions sous le commandement du duc d'Alençon, ainsi qu’à la brillante et décisive victoire de Patay (18 juin 1429) où l'armée anglaise est écrasée et son chef, Talbot, fait prisonnier par Étienne de Vignoles dit La Hire. La marche sur Reims est enfin décidée.
L'armée se rassemble à Gien, et, le 28 juin, Jeanne ouvre avec l'avant-garde cette marche aventureuse à travers 60 lieues de pays occupé par l'ennemi.
On arrive devant Auxerre, qui demande et obtient de garder la neutralité. Mais Troyes, bien fortifiée et munie, défendue par une garnison de Bourguignons et d'Anglais, arrête l'armée royale sous ses murs. La Pucelle insiste pour l'attaque, assurant que sous trois jours, et même le lendemain, on entrerait dans la place. Contre toute attente, Troyes est en effet emportée (9 juillet).
A Châlons, tout le peuple vient au-devant de la Pucelle. Le 16, l'armée entre sans coup férir à Reims.
Le 17 juillet 1429, l'archevêque de Reims, Regnault de Chartres, sacre Charles VII qui se trouve dès lors le vrai roi de France.
Jeanne est debout au pied de l'autel, en habit de guerre, son étendard à la main (nul autre chef de guerre n'a été admis à apporter le sien). Elle dit au roi : « Gentil roi, ores est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous êtes vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir. »
Le même jour, Gilles de Rais est fait maréchal de France (il figure parmi les quatre seigneurs de haute lignée qui ont été chargés d'apporter la sainte ampoule de l'abbaye de Saint-Rémy à la cathédrale).


L’échec devant Paris

Le roi sacré, Jeanne veut marcher sur Paris que tient toujours le régent anglais Bedford auquel le cardinal Winchester vient d'amener du renfort et qui est soutenu par le parti bourguignon.
Soissons, Laon, Provins, Coulommiers, Château-Thierry, Compiègne se rallient à la cause royale (Poton de Xaintrailles a forcé les Anglais à lever le siège de Compiègne). Beauvais chasse son évêque, Pierre Cauchon, parce qu’il est dévoué aux Anglais.
Mais la majorité des conseillers de Charles VII, en particulier La Trémoille, pense qu'il faut traiter avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Seuls les Armagnacs soutiennent Jeanne.
Christine de Pisan, dans un poème du 31 juillet 1429, voit en Jeanne la réalisation des prophéties de la Sibylle, de Bède et de Merlin : la France sauvée par une vierge.
Le 15 août, à Montépilloy, sous un soleil de plomb, les troupes anglaises et les troupes françaises du roi Charles VII, commandées par Jeanne d'Arc et son compagnon Étienne de Vignolles dit la Hire se font face ; quelques escarmouches se produisent mais pas de bataille générale ; le soir, Charles VII quitte ses positions et emmène son armée à Crépy-en-Valois, le duc de Bedford s'en va sur Senlis.
Charles VII prend possession de Saint-Denis le 25 août, et vient attaquer Paris où il échoue : l’armée, commandée par le duc d’Alençon, est repoussée. Mais Jeanne persiste. Malgré la présence de ses dévoués compagnons, Etienne de Vignolles dit La Hire (le valet du jeu de cartes) et Poton de Xaintrailles, Jeanne qui s'est avancée jusque dans les fossés pour tenter l'assaut, a la cuisse traversée d'un trait d'arbalète (le 8 septembre) à la porte Saint-Honoré ; elle demande que le sire de Rais soit près d’elle. On l'emporte, fort découragée. Le 9 septembre, Charles, qui a signé à Compiègne, le 28 août, une trêve de quatre mois avec le duc de Bourgogne, lui interdit de renouveler l’attaque de Paris ; il fait retraite vers la Loire le 13 septembre.
Il semble que Jeanne considérait sa mission comme terminée après le sacre : par deux fois, elle voulut se retirer chez elle. L'enthousiasme populaire ne lui demandait rien moins que l'infaillibilité dans le succès et même des miracles : à Lagny, elle ressuscita un bébé mort le temps qu'il soit baptisé ; des femmes accouraient au-devant d'elle pour la prier de toucher des croix et des chapelets, etc. Elle-même avait dit : « Je ne durerai qu'un an ; il me faut l'employer. »

Après l'attaque manquée de Paris, il est décidé en conseil qu'on se retirerait sur la Loire, l'argent manquant tout à fait pour tenir plus longtemps l'armée sur pied. Toutefois, on laisse des garnisons dans les principales villes recouvrées.
Le 21 septembre, l’armée royale est démobilisée à Gien. Jeanne est mise en résidence surveillée à Bourges. Elle fréquente les bains publics appelés "étuves" (le verbe "estuver" signifiant "baigner dans l’eau chaude") et aime les belles robes.


Opérations de police et anoblissement de Jeanne

Avec des forces très réduites, Jeanne est appelée à participer à une opération de police contre un seigneur récalcitrant ; elle aboutit, le 4 novembre, à la reprise de Saint-Pierre-le-Moûtier malgré la fuite d'une grande partie des siens, mais à un échec, le 22 ou 25 décembre, devant La Charité-sur-Loire d’où, après quarante jours d'attaques meurtrières contre Perrinet Gressart, un chef de bande à la solde des Anglo-Bourguignons, la dispersion de ses troupes l'oblige de se retirer. Pendant le siège, le roi lui a fait parvenir des lettres d'anoblissement pour elle, pour sa famille et toute leur postérité.

Le 24 décembre, Charles VII anoblit Jeanne "d’Ay" (c’est le nom qui figure sur la lettre d’anoblissement 7) et toute sa famille (même en ligne féminine) et lui donne pour armoiries une épée soutenant la couronne, encadrée de deux lys d’or sur fond d’azur : « d'azur à deux fleurs de lys d'or et une épée d'argent, à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d'or ». Du coup, ses deux frères changent leur nom en celui de "du Lis". Le roi accorde à Gilles de Rais le privilège d’ajouter à ses armes un semis de fleurs de lys.


Jeanne passe l’hiver 1429-1430 à la cour de Bourges et à Sully (auprès du roi) où elle a été assignée à résidence.
Elle fait, du côté de Melun et ailleurs, quelques petites expéditions sur lesquelles on n’a pas de renseignements bien certains.


Jeanne se bat seule

À la fin de mars 1430, elle forme une petite troupe de deux cents mercenaires piémontais, payés avec ses propres deniers (dix à douze mille livres), pour combattre les Bourguignons.
Jeanne, pour la première fois véritable chef de guerre, marche vers la captivité et la mort.
Elle accourt à Compiègne, pour défendre cette place contre les Anglo-Bourguignons qui assiègent une forteresse voisine, Choisy-sur-Aisne, bientôt tombée entre leurs mains par capitulation. Ce succès leur permet de venir assiéger Compiègne.


La capture de Jeanne

Le 23 mai 1430, Jeanne, blessée, tente une sortie, mais elle est capturée par les Bourguignons du bâtard de Wandonne qui la fait conduire au poste bourguignon de Margny, puis à Clairoy avant de la livrer à Jean de Luxembourg.
L’arrestation de Jeanne marque le début d’une trêve de fait avec les Anglais, trêve qui durera jusqu’en septembre 1435.
La grande nouvelle se répand dans toute la France avec la rapidité de l'éclair. Les Anglais en témoignent une joie délirante. A Paris, on fait des réjouissances publiques, le clergé chante un Te Deum solennel, et des nuées de prédicateurs font retentir les chaires de calomnies et d'insultes grossières contre l'héroïne nationale.
Mais ailleurs, et surtout dans les villes de la Loire, la consternation est inexprimable : à Orléans, à Tours, à Blois, on ordonne des prières publiques et des processions pour sa délivrance.
Les Bourguignons, qui ne partagent pas la haine féroce des Anglais, la traitent d'abord convenablement. Jean de Ligny (de Luxembourg) l'envoie à la tour de Beaulieu, puis au château de Beaurevoir, près de Cambrai, où sa femme et sa tante ont pour la captive tous les égards dus à son malheur et à sa vertu.
Dès le 26 mai, le frère Martin, vicaire général de l'inquisiteur de la foi au royaume de France, requiert le duc de Bourgogne de lui livrer la Pucelle, "soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentant l'hérésie".
Le même jour, l'université de Paris (entièrement cléricale et bourguignonne), demande que Jeanne soit jugée comme sorcière. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, prétend que Jeanne ayant été prise en son diocèse, le jugement lui en appartient, conjointement avec l'inquisiteur. L'université de Paris appuie la requête. Les Anglais, de leur côté, pressent et menacent. Il leur faut le jugement de Jeanne comme sorcière, car si ses victoires restaient des œuvres de Dieu, leur cause alors deviendrait celle du démon, dans l'opinion publique.

L’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, écrit aux Rémois pour les rassurer. La prise de la Pucelle, dit-il, ne change rien : déjà un jeune berger du Gévaudan vient de se manifester qui en fera autant qu’elle...
Jeanne vient à peine d'être faite prisonnière que les conseillers de Charles VII, La Trémoille et Regnault, suscitent un visionnaire, un berger enthousiaste, pour prendre à la tête de l'armée la place de l'héroïque martyre.
Regnault de Chartres écrit à l'échevinage de Reims "que Dieu avoit souffert prendre Jeanne pour ce qu'elle s'estoit constituée en orgueil, et pour les riches habits qu'elle avoit pris, et qu'elle n'avoit fait ce que Dieu lui avoit commandé, mais avoit fait sa volonté".
L'évêque ajoute "qu'il étoit venu vers le roi un jeune pastour, gardeur de brebis des montagnes du Gévaudan, lequel ne disoit ni plus ni moins que avoit fait Jeanne la Pucelle, et qu'il avoit commandement de Dieu d'aller avec les gens du roi, et que sans faute les Anglois et les Bourguignons seroient desconfits".
Pour Regnault de Chartres, si l'on parvient, à faire faire des miracles au berger, ou à persuader au peuple qu'il en fait, la Pucelle sera vite oubliée. Il a assez bien choisi son homme, comme visionnaire ou extatique : « C'estoit, dit le Journal d'un bourgeois de Paris, un méchant garçon, Guillaume le bergier, qui faisoit les gens ydolastres en lui, et chevaulchoit de costé, et monstroit de fois en aultre ses mains et pieds et son costé, et estoient tachés de sang, comme saint François. » Mais, comme homme de guerre, il n'a pas grand succès ; dès son premier fait d'armes, il tombe entre les mains des Anglais, qui, sans autre forme de procès, le font jeter à l'eau, cousu dans un sac. Ainsi finit le "bergier" ou "bregier", comme l'appellent les chroniques.

Jean de Luxembourg livre Jeanne, moyennant 10 000 écus d’or (livres tournois), à son suzerain Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui la fait transférer à Arras, puis au donjon de Crotoy, et enfin la remet entre les mains des Anglais (Jean de Lancastre, duc de Bedford), le 21 novembre 1430.
Conduite à Rouen le 25 décembre 1430, l’héroïque Pucelle est enfermée dans la grosse tour du château, la tour de Bouvreuil (qui prendra le nom de Tour de la Pucelle), et enchaînée dans une cage de fer. Sa captivité, dès ce moment, se change en Passion. Confiée à la garde de soldats anglais choisis dans un corps composé de bandits qu'on nomme "houspilleurs", elle subit toutes les insultes, les mauvais traitements, et même des tentatives de viol.
Les Anglais la confient à la justice de l’Eglise en assurant qu’ils la reprendront si elle n’est pas accusée d’hérésie.


LE PROCES D'INQUISITION EN MATIERE DE FOI

Le "procès d'inquisition en matière de foi" a pour but d'établir que Jeanne est une hérétique ; que Charles VII, en conséquence, doit victoires et couronne aux maléfices d'une femme envoûtée par le diable, et non à une sainte inspirée par le Ciel.
Le tribunal, qui siège entre le 9 janvier et le 29 mai 1431 à Rouen, est présidé par Pierre Cauchon qui s’est adjoint, malgré les réticences de celui-ci, un dominicain, frère Jean le Maître, vicaire de l’inquisiteur de France à Rouen.
Cauchon est assisté par son chanoine, Jean d'Estivet (procureur général), et par soixante et onze ecclésiastiques (leur nombre sera porté jusqu'à quatre-vingt-quinze dès que commenceront les séances publiques), spécialistes du droit divin et humain, dont une dizaine d'assesseurs issus de l’université de Paris favorable aux Anglais.
"Nous, évêque susdit (Pierre Cauchon, ndlr), avons fait convoquer les maîtres et docteurs qui suivent, savoir :
Messeigneurs Gilles [de Duremort], abbé de Fécamp, docteur en théologie ;
Nicolas [Le Roux], abbé de Jumièges, docteur en droit canon ;
Pierre [Miget], prieur de Longueville, docteur en théologie ;
Raoul [Roussel], trésorier de l'Eglise de Rouen, docteur en l'un et l'autre droit ;
Nicolas [de Venderès], archidiacre d'Eu, licencié en droit canon ;
Robert [Barbier], licencié en l'un et l'autre droit ;
Nicolas [Coppequêne], bachelier en théologie,
et Nicolas [Loiseleur], maître ès arts."
"Maître Jean de la Fontaine, maître ès arts et licencié en droit canon, a été nommé conseiller commissaire et instructeur."

Les assesseurs reçoivent d'énormes gratifications, et Cauchon lui-même, outre la promesse de l'archevêché de Rouen, est comblé d'or par les Anglais.


Le procès d'office

La procédure s'ouvre, le 9 janvier 1431, avec le "procès d'office" qui correspond à l'instruction.
Le 13 janvier, la virginité de Jeanne est constatée par des matrones (l’examen a été demandé par Cauchon).
Le mercredi 21 février, a lieu la première séance publique dans la chapelle royale du château de Rouen : la Pucelle est amenée devant ses juges et les interrogatoires commencent.
"Mon père s’appelait Jacques d’Arc. Ma mère, Isabelle. Chez moi, on m’appelait Jeannette. Depuis ma venue en France Jeanne (...) Quand je fus grande, après l’âge de raison, en général je ne gardais pas les bêtes, mais j’aidais à les mener au pré."
- Quel âge avez-vous ?
- A peu près dix-neuf ans."
Jusqu’au 24 mai 1431, une jeune fille de dix-neuf ans, qui ne sait ni lire ni écrire, tient tête aux meilleurs théologiens. Elle se défend avec bon sens. Sa présence d'esprit, son courage éclatent dans le long procès-verbal qui a été conservé. La plupart des questions qu’on lui pose ne sont que des pièges dans lesquels on compte bien faire tomber cette simple fille des champs.
Elle commence par demander à Cauchon de l'entendre en confession : il refuse.
L'évêque, qui a au préalable mené une soigneuse enquête sur le passé et sur les mœurs de Jeanne, commence à interroger la jeune fille.
Elle déclare, dès son premier interrogatoire, en parlant de ses voix : « qu'elle n'eust consulté là-dessus évêque, curé, ni aucune personne ecclésiastique. »
Parmi beaucoup de naïvetés, elle dit des choses sublimes : « Je viens de par Dieu ; je n'ai que faire ici ; renvoyez-moi à Dieu, dont je suis venue... Vous dites que vous êtes mon juge ; avisez, bien à ce que vous ferez, car vraiment je suis envoyée de Dieu ; vous vous mettez en grand danger. »
Interrogée sur ce qu'elle sait de sa religion, elle répond avec prudence : « J'ai appris de ma mère Pater noster, Ave Maria, Credo : elle seule m'a instruite en ma croyance. » Cela coupe court à toutes les subtilités des théologiens.

Interrogatoire public du jeudi 22 février 1431 :
- Jeanne : "J'avais 13 ans quand j'eus une voix de Dieu pour m'aider à me bien conduire. La première fois j'eus grand'peur. Cette voix vint sur l'heure de midi, pendant l'été, dans le jardin de mon père." [.]
- L'interrogateur : « Qui vous montra le roi ? »
- Jeanne : « Quand j'entrai dans la chambre du roi, je le reconnus entre les autres, par le conseil et révélation de ma voix, et lui dis que je voulais aller faire la guerre aux Anglais. »

Interrogatoire public du samedi 24 février 1431 :
- L'interrogateur : « N'y a-t-il pas aussi un bois près de Domrémy ? »
- Jeanne : « Il y a là un bois qu'on nomme le Bois Chênu 14, qu'on voit de la porte de mon père. Il en est à moins d'une demi-lieue. »
- L'interrogateur : « Ce bois est-il hanté par les fées ? »
- Jeanne : « Je ne sais et n'ai pas ouï dire qu'il fût hanté par les fées. Mais j'ai ouï conter par mon frère qu'on disait dans le pays : « Jeannette a pris son fait près de l'arbre des Fées. » Il n'en est rien et je le lui ai dit. »
- L'interrogateur : « Ne vous a-t-on pas regardée comme l'envoyée du Bois Chênu ? »
- Jeanne : « Quand je vins vers mon roi, quelques-uns me demandaient si, dans mon pays, il y avait quelque arbre qui s'appelait Bois Chênu, parce qu'il y avait des prophéties disant que des environs de ce bois devait venir une pucelle qui ferait des merveilles Mais à cela je n'ajoutai pas foi. »
- L'interrogateur : Jeanne, voulez-vous avoir un habit de femme ?
- Jeanne : Donnez-m'en un, je le prendrai et partirai. Autrement, non. Je suis contente de celui-ci, puisqu'il plaît à Dieu que je le porte."

Interrogatoire public du mardi 27 février 1431 :
- L'assesseur : « Quelle est la voix qui, la première, vint à vous, quand vous aviez treize ans environ ?
- Jeanne : Ce fut saint Michel, je l'ai vu devant mes yeux ; il n'était pas seul, mais bien entouré d'anges du ciel.
- L'assesseur : Par quel conseil êtes-vous venue en France ?
-
Jeanne : Je ne vins en France que sur l'ordre de Dieu.
- L'assesseur : Avez-vous vu saint Michel et les anges réellement et avec leurs corps ?
- Jeanne : Je les ai vus des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois ; et quand ils s'éloignaient de moi, je pleurais et j'aurais bien voulu qu'ils m'emportassent avec eux.
(...)
- L'interrogateur : Aviez-vous une épée ?
- Jeanne : J'avais une épée que j'avais prise à Vaucouleurs.
- L'interrogateur : N’aviez-vous pas une autre épée ?
- Jeanne : Étant à Tours ou à Chinon, j'envoyai quérir une épée qui était dans l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, derrière l'autel. Cette épée fut trouvée sur-le-champ, toute rouillée.
- L’interrogateur : Comment saviez-vous que cette épée était là ?
- Jeanne : Je le sus par mes voix. Il y avait par-dessus cinq croix. Onques n'avais vu l'homme qui l'alla quérir. J'écrivis aux gens d'Eglise du lieu d'avoir pour agréable que j'eusse cette épée, et les clercs me l'envoyèrent. Elle était sous terre, pas fort avant, et derrière l'autel comme il me semble. Au fait, je ne sais pas au juste si elle était devant l'autel ou derrière. Je cuide avoir écrit qu'elle était derrière. Aussitôt qu'ils eurent trouvé cette arme, les clercs du lieu la frottèrent. La rouille tomba aussitôt sans efforts. Ce fut un marchand d'armes de Tours qui l'alla quérir. Les clercs du lieu me donnèrent un fourreau ; ceux de Tours également. Les deux fourreaux qu'ils me firent étaient de velours vermeil et l'autre de drap noir. J'en fis faire encore un autre de cuir bien fort.
- L'interrogateur : Aviez-vous l'épée de Fierbois quand vous fûtes prise ?
- Jeanne : Quand je fus prise, je ne l'avais point. Je la portai constamment depuis que je l'eus jusqu'à mon départ de Saint-Denis, après l'assaut de Paris.
- L'interrogateur : Aviez-vous votre épée quand vous fûtes prise ?
- Jeanne : Non, j'en avais une qui avait été prise sur un Bourguignon.
- L'interrogateur : Où est restée l'épée de Fierbois ? Dans quel village ?
- Jeanne : À Saint-Denis, j'ai offert une épée et des armes, mais ce n'était pas celle-là.
- L'interrogateur : Aviez-vous cette épée à Lagny ?
- Jeanne : Je l'avais à Lagny. De Lagny à Compiègne je portai l'épée du Bourguignon que j'ai dit (...)
- L'interrogateur : Où avez-vous laissé l'épée de Fierbois ?
- Jeanne : Dire où je la laissai ne touche point le procès et ne répondrai pas là-dessus quant à maintenant.
- L'interrogateur : En quelles mains est votre avoir ?
- Jeanne : Mes frères ont mes biens, chevaux, épée et le reste, ainsi le crois, montant à plus de douze mille écus.
- L'interrogateur : Quand vous allâtes à Orléans, aviez-vous un étendard ou bannière, et de quelle couleur ?
- Jeanne : J'avais une bannière dont le champ était semé de lis. Il y avait la figure du monde et deux anges à ses côtés. Elle était de toile blanche, de celle qu'on appelle boucassin. Il y avait écrit dessus "Jhesus Maria", comme il me semble, et elle était frangée de soie.
- L'interrogateur : Ces noms "Jhesus Maria" étaient-ils écrits en haut, en bas ou sur le côté ?
- Jeanne : Sur le côté, comme il me semble.
- L'interrogateur : Qu'aimiez-vous mieux, votre bannière ou votre épée ?
- Jeanne : J'aimais quarante fois mieux ma bannière que mon épée.
- L'interrogateur : Qui vous fit faire cette peinture sur la bannière ?
- Jeanne : Je vous ai assez dit que je n'ai rien fait que du commandement de Dieu.
- L'interrogateur : Qui portait votre bannière ?
- Jeanne : C'est moi-même qui portais ladite bannière quand je chargeais les ennemis, pour éviter de tuer personne. Je n'ai jamais tué un homme. »

Rapidement, les séances, qui étaient d'abord publiques, ont lieu à huis clos, dans la prison où celle-ci est détenue.
L'interrogatoire est centré sur les voix qu’elle prétend entendre : celles de saint Michel et des saintes Catherine et Marguerite. Jeanne dit qu'en effet elle avait des visions, qu'elle entendait des voix, etc., mais en évitant de s'embarrasser dans les détails où on veut l'engager.
Une autre fois qu'elle est pressée de demandes insidieuses : « Vous voulez que je parle contre moi-même !
- Savez-vous être en état de grâce ?
- C'est grand'chose de répondre à telle demande.
- Savez-vous être en état de grâce ?
- Si je n'y suis pas, Dieu m'y mette ! Et si j'y suis, Dieu m'y maintienne !
- Est-ce Dieu qui vous a prescrit de prendre habit d'homme ?
- C'est petite chose que l'habit.
- Vous disiez que les pennonceaux faits à la ressemblance de votre étendard portaient bonheur.
- Je disais aux soldats français : Entrez hardiment dans les rangs des Anglais, et j'y entrais moi-même.
- Était-il bien d'avoir attaqué Paris le jour de la Nativité de Notre-Dame ?
- C'est bien fait de garder les fêtes de Notre-Dame ; ce serait bien de les garder tous les jours.
- Sainte Catherine et sainte Marguerite haïssent-elles les Anglais ?
- Elles aiment ce que Notre Seigneur aime, et haïssent ce qu'il hait. »
- Les saintes vous parlaient-elles en anglais ?
- Comment parleraient-elles cette langue, puisqu'elles ne sont pas du parti des Anglais ?
- Quel signe avez-vous montré au roi pour lui prouver que vous veniez de la part de Dieu ?
- Allez le demander à lui-même si vous l'osez
. »
Les voix, affirme Jeanne, lui ont transmis la volonté de Dieu ; elles l'ont conduite auprès du dauphin Charles à Chinon ; puis elles lui ont ordonné d'aller lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le roi à Reims. Les hommes d’Eglise considèrent l'origine des voix comme éminemment suspecte. Les paroles ne viendraient-elles pas du diable plutôt que de Dieu ?
Cauchon demande à Jeanne comment les voix se manifestent et avec quelle fréquence.
Directe, pleine de bon sens, Jeanne ne perd jamais son sang-froid, quelles que soient les interrogations.
A la question de savoir si saint Michel, lorsqu'il lui parle, lui apparaît tout nu (question qui vise à montrer qu'il s'agit d'un démon et non du saint), elle répond sans hésiter : « Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ? ». (1er mars)
Interrogée [sur] "quel signe [elle] donne que cette révélation lui vienne de par Dieu et que ce soient les saintes Catherine et Marguerite qui parlent avec elle", elle répond : « Je vous ai assez dit que ce sont saintes Catherine et Marguerite, et croyez-moi si vous voulez. […] Sainte Catherine m'a dit que j'aurais secours ; et je ne sais si ce sera en étant délivrée de prison ou quand je serai en jugement, s'il survenait un trouble par le moyen duquel je pourrais être délivrée, et je crois que ce sera l'un ou l'autre. Mais le plus souvent me disent mes voix que je serai délivrée par grande victoire ; et ensuite me disent mes voix : "Prends tout en gré, ne te chaille de ton martyre, tu t'en viendras enfin au Royaume de Paradis". Et cela, mes voix me le disent simplement et absolument, c'est à savoir sans faillir. J'appelle cela martyre pour la peine et adversité que je souffre en prison et ne sais si j'en souffrirai de plus grande, mais je m'en rapporte du tout à Notre Seigneur. » (Séance du 14 mars).

Interrogée sur ce que lui disait saint Michel, Jeanne répond qu’il lui ordonna d’aller au secours du roi de France. Elle ajoute : « me racontait l’ange la pitié qui était au royaume de France » puis « De l’amour ou haine que Dieu a pour les Anglais, je n’en sais rien, mais je sais bien qu’ils seront tous boutés hors de France, excepté ceux qui périront. » (7e interrogatoire, 15 mars).
Au souvenir des maux de la patrie, son visage s'enflamme, son esprit s'exalte : « Avant qu'il soit sept ans, s'écrie-t-elle, les Anglais délaisseront un plus grand gage qu'ils n’ont fait devant Orléans et perdront tout en France ! Les Anglais auront la plus grande perte qu'ils aient jamais eue en France, et ce sera par grande victoire que Dieu enverra aux Français. Je sais cela par révélation aussi bien que je sais que vous êtes là devant moi. Cela sera avant sept ans ; je serais bien fâchée que cela tardât si longtemps. Avant la Saint-Martin d'hiver on verra bien des choses, et il se pourra que les Anglais soient mis jus terre. »
Cette sorte de vision patriotique, qui lui fait entrevoir la délivrance finale de la France (délivrance qui ne fut du reste pas complète dans les termes qu'elle indiquait, Paris seul s'étant rendu avant les sept ans), cette assurance d'un fait alors si incertain, non seulement pour ses juges, mais même pour les compagnons de Charles VII, est certainement une des choses les plus remarquables de la vie de l'héroïne.
« Je ne sache pas, dit-elle en réponse à une question, qu'il y eût à Domrémy plus d'un Bourguignon et j'aurais voulu qu'il eût la tête coupée ; toutefois si cela avait plu à Dieu » ajoute-t-elle, comme pour atténuer la naïve violence de sa pensée.
On lui demande si elle est réellement vierge, et on la fait de nouveau visiter. Les juges s'efforcent ensuite d'établir qu'elle a voué sa virginité non à Dieu, mais au diable.
Quand les juges lui demandent pourquoi son étendard a été porté à Reims, au sacre du roi, avec ceux des autres capitaines, Jeanne déclare : « Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur. » (9e interrogatoire, 17 mars).

L'habit d'homme, que Jeanne conserve envers et contre tout parce qu'elle en a fait le symbole de sa mission, est également un point très important pour les membres du tribunal.
Au fil des jours, le port des vêtements de l'autre sexe, péché considéré alors comme très grave, s'affirme comme le signe de son insoumission à l'Église.
La malheureuse fille tombe malade dans sa prison (peut-être a-t-on tenté de l'empoisonner). Cependant elle ne faiblit pas. Menacée de la torture, elle refuse de répondre autrement qu'elle ne l'a fait.


Le jugement

Le 27 mars 1431 s'ouvre la deuxième partie du procès de Jeanne : le jugement proprement dit.
Le promoteur Jean d'Estivet expose son réquisitoire et remet au tribunal l'acte d'accusation.
L'évêque offre ensuite à ladite Jeanne de lui désigner et attribuer un conseil.
"A quoi ladite Jehanne respondit : Premièrement de ce que [vous m'] admonnestez [pour] mon bien et de nostre foy, je vous mercye et à toute la compagnie aussi. Quant au conseil que me offrés, aussi je vous mercy e, mais je n'ay point de intencion de me départir du conseil de Notre-Seigneur. Quant au sèrement que voulés que je face, je suis preste de jurer dire vérité de tout ce qui touchera vostre procès. Et elle jura en touchant les saints évangiles."

L'interrogatoire a servi à établir le réquisitoire aux fins que « ladite Jeanne soit prononcée et déclarée sorcière et sortilège, devineresse, fausse prophétesse, invocatrice et conjuratrice des malins esprits, superstitieuse, impliquée et adonnée aux arts magiques, mal sentant dans et de notre foi catholique, schismatique en l'article Unam sanctam et plusieurs autres ; douteuse, déviée, sacrilège, idolâtre, apostate de la foi ; maldisante et malfaisante, blasphématrice envers Dieu et ses saints ; séditieuse, perturbatrice et impéditive de la paix, excitatrice aux guerres, cruellement avide de sang humain et incitatrice à le répandre ; abandonnant sans vergogne toute décence et convenance de son sexe, usurpant impudemment un habit difforme et l'état d'homme d'armes ; par ces motifs et autres, abominable à Dieu et aux hommes ; prévaricatrice des lois divine, naturelle, et de la discipline de l'Église ; séductrice de princes et de populaires, en permettant et consentant, au mépris et dédain de Dieu, qu'elle fust vénérée et adorée ; en donnant ses mains et ses vêtements à baiser ; usurpatrice du culte et des honneurs divins ; hérétique ou du moins véhémentement suspecte d'hérésie ; et que sur et pour ces faits, conformément aux sanctions divines canoniques, elle soit punie et corrigée. »
Le refus de reconnaître l'autorité de l'Église, c'est-à-dire celle du pape et des évêques, est l'un des principaux chefs d'accusation retenus contre la jeune héroïne française par le tribunal de l’Inquisition :
« À l'Église militante, elle diffère et refuse de se soumettre, elle, ses faits et ses dits, quoiqu’elle en ait été plusieurs fois requise et admonestée ; elle dit [...] que là-dessus elle ne se rapportera pas à la détermination ou au jugement d'homme vivant, quel qu'il soit, mais seulement au jugement de Dieu. » (31 mars)
Autres charges : le port de l'habit d'homme (soi-disant ordonné par Dieu) ; les visites des saints Michel, Catherine et Marguerite, dans lesquels le tribunal voit plutôt des démons ; l'utilisation idolâtre du nom de Jésus dans les lettres, la prétention de connaître l'avenir et toute une série de péchés regardés comme mortels, tels que son départ du domicile de ses parents sans leur consentement ou un combat mené un jour de fête religieuse.
"Ladite Jeanne attribue à Dieu, à ses anges et à ses saints, des prescriptions qui sont contraires à l'honnêteté féminine, prohibées par la loi divine, abominables à Dieu et aux hommes et interdites par les sanctions ecclésiastiques sous peine d'excommunication ; comme de revêtir des habits d'homme courts, brefs et dissolus, tant en vêtement de dessous et chausses, que autres. D'après le même précepte, elle a mis quelquefois des vêtements somptueux et pompeux, d'étoffes précieuses et draps d'or, de fourrures, et non seulement elle s'est habillée de robes courtes (huques), mais aussi de tabards (paletots flottants) et de robes fendues de chaque côté. Il est notoire qu'elle fut prise portant une huque de drap d'or ouverte de chaque côté, coiffée de chapeaux ou bonnets d'hommes ; les cheveux tondus en rond à la manière des hommes ; généralement et au mépris de la vergogne de son sexe, et non seulement elle s'est habillée d'une manière qui blessait toute pudeur féminine, mais même celle qui convient à des hommes bien morigénés ; elle a usé de tous les affublements et vêtements par lesquels se distinguent les hommes les plus dissolus ; et cela en portant aussi des armes invasives..."
Le tribunal accuse aussi Jeanne d'avoir cherché à se suicider en sautant du haut d'une tour du château de Beaulieu-en-Vermandois ; elle réplique que ce péché lui a été remis depuis qu'elle s'en est confessée.

Le moine dominicain, Isambart de la Pierre, qui soutient Jeanne, lui conseille de faire appel au concile de Bâle (favorable aux thèses gallicanes) ; il est interrompu par l'évêque Cauchon : "Taisez-vous de par le diable !". Vainement, Jeanne interjette appel au concile : l'évêque défend aux notaires de le consigner au procès-verbal. Elle s'écrie : "Hélas ! vous écrivez ce qui est contre moi et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi." 11

Le 5 avril 1431, lors de la 43e séance, douze articles destinés à servir de base aux consultations et à la condamnation sont transmis aux consulteurs, mais non à l'accusée. Le réquisitoire est soumis à l'université de Paris, qui doit se prononcer sur la culpabilité de l'accusée.
"ARTICLE I. — Et d'abord une femme dit et affirme que, lorsqu'elle avait treize ans ou environ, elle a vu de ses yeux corporels saint Michel qui la consolait et quelquefois saint Gabriel, lesquels tous deux lui apparurent en effigie corporelle. Quelquefois aussi elle vit une grande multitude d'anges. Depuis, saintes Catherine et Marguerite se sont fait voir corporellement à cette femme. Elle les voit chaque jour, entend leurs voix, les a embrassées et baisées, les touchant sensiblement et corporellement. Elle a vu les têtes desdits anges et saintes ; d'autres parties de leur personne, ou de leurs vêtements, elle n'a rien voulu dire. Lesdites saintes lui ont plusieurs fois parlé près d'une fontaine, située près d'un grand arbre, appelé communément l'arbre des fées. La renommée court au sujet de ces arbres et fontaine que les dames fées les hantent et que des fiévreux y vont, quoique ce soit profane, pour recouvrer la santé. Là et ailleurs elle a révéré lesdites saintes et leur a fait révérence.
De plus, elle dit que ces saintes apparaissent et se montrent à elle couronnées de couronnes très belles et précieuses. Depuis ce moment, et à plusieurs reprises, elles disent à cette femme, par ordre de Dieu, qu'il lui falloit se rendre auprès d'un prince séculier, promettant que par la main de cette femme et de son assistance ledit prince recouvrerait à force d'armes un grand domaine temporel, ainsi que sa gloire mondaine, et aurait victoire de ses adversaires ; que ce prince la recevrait et lui donnerait à cet effet un commandement militaire. Elles lui prescrivirent, de la part de Dieu, de s'habiller en homme, ce qu'elle a fait et continue si persévéramment qu'elle a déclaré aimer mieux mourir que de quitter cet habit. Elle a fait cette déclaration tantôt pure et simple, tantôt en ajoutant : à moins d'un exprès commandement de Dieu. Elle a également préféré être privée des sacrements et de l'office divin en temps prescrit par l'Eglise, plutôt que de quitter l'habit d'homme et prendre celui de femme. Ces saintes l'auraient également favorisée pour s'éloigner, âgée de dix-sept ans, de la maison paternelle, à l'insu et contre le gré de ses parents, pour se mêler aux gens d'armes, vivant avec eux de jour et de nuit, sans avoir jamais, ou rarement, aucune femme auprès d'elle.
Les mêmes saintes lui ont dit et prescrit beaucoup d'autres choses, pour lesquelles elle se dit envoyée par Dieu et par l'Eglise triomphante, l'Église victorieuse des saints qui jouissent déjà de la béatitude, auxquels elle soumet toutes ses louables actions. Quant à l'Eglise, elle a différé et refusé de s'y soumettre, elle, ses dits et faits : quoiqu'elle ait été itérativement avertie et requise ; disant qu'il lui était impossible de faire le contraire de ce qu'elle a affirmé dans son procès, par ordre de Dieu, et qu'elle ne s'en rapportera à la détermination ou jugement d'aucun être vivant. Elles lui ont, dit-elle, révélé qu'elle obtiendra la gloire des bienheureux avec le salut de son âme, si elle garde sa virginité, qu'elle leur a vouée la première fois qu'elle les a vues et entendues.
ARTICLE II. — Item elle dit que son prince a été instruit par un signe, de sa mission. Ce signe fut que saint Michel s'approcha dudit prince, en compagnie d'une multitude d'anges, les uns couronnés, les autres ailés, ainsi que saintes Catherine et Marguerite. L'ange et cette femme marchaient ensemble sur terre par les chemins, les escaliers et la chambre, tout le long du parcours, suivis des autres anges ou saintes. Un ange remit audit prince la couronne très précieuse d'or, et s'inclina devant lui en faisant révérence. Une fois elle a dit que lors de cette réception merveilleuse son prince était seul, ayant seulement de la compagnie à quelque distance ; une autre fois, à ce qu'elle croit, un archevêque reçut le signe ou couronne et le transmit audit prince en présence et à la vue de divers seigneurs laïques.
ARTICLE III. — Item elle a reconnu et constaté que celui qui la visite est saint Michel, par le bon conseil, le réconfort, la bonne doctrine qu'il lui donne et fait; aussi parce qu'il se nomme et dit : « Je suis saint Michel.» Semblablement, elle connaît distinctement l'une et l'autre saintes Catherine et Marguerite, parce qu'elles se nomment et la saluent. C'est pourquoi elle croit en saint Michel qui lui apparaît ainsi. Elle écrit que les paroles dudit saint sont bonnes et vraies, comme elle croit que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert et est mort pour notre rédemption.
ARTICLE IV. — Item elle dit et affirme qu'elle est sûre, de certains événements futurs et pleinement contingents, qu'ils arriveront, comme elle est certaine de ce qu'elle voit actuellement devant elle. Elle se vante d'avoir et avoir eu connaissance de choses cachées, par les révélations verbales de ses voix : par exemple, qu'elle sera délivrée des prisons et que les Français feront en sa compagnie un fait plus beau qu'il n'a jamais été fait par toute la chrétienté. Elle a connu par révélation, sans autre instruction, des gens qu'elle n'avait jamais vus ; elle a révélé et manifesté une épée cachée.
ARTICLE V. — Item elle dit et affirme que du commandement de Dieu et de son bon plaisir elle a pris, porté, continuellement porte et revêt habit d'homme. Depuis elle a dit : que Dieu lui ayant ordonné de porter l'habit d'homme, il lui fallait avoir robe courte, chaperon, gippon, braies et chausses à aiguillettes, cheveux coupés en rond au-dessus des oreilles, ne gardant rien de son sexe que ce que la nature lui a donné. Dans cet habit elle a reçu plusieurs fois l'Eucharistie. Elle a refusé de le quitter comme il est dit ci-dessus. Elle a ajouté que si elle retournait en habit d'homme et armée comme avant sa prise, ce serait le plus grand des biens qui pût advenir au royaume de France ; que pour rien au monde elle ne s'engagerait à ne pas le faire, obéissant à Dieu et à ses ordres.
ARTICLE VI. — Item elle confesse et affirme qu'elle a fait écrire beaucoup de lettres, dont quelques-unes portaient ces noms Jhesus Maria, avec le signe de la croix. Quelquefois elle mettait une croix et alors elle ne voulait pas que l'on fit ce que mandait la dépêche. En d'autres elle dit qu'elle ferait tuer ceux qui n'obéiraient pas, et que « l'on verrait aux coups de quel côté est le droit divin du ciel ». Souvent elle dit qu'elle n'a rien fait que par révélation et ordre de Dieu.
ARTICLE VII. — Item elle dit et confesse que, à l'âge de dix-sept ans environ, elle, spontanément et par révélation, alla trouver un écuyer qu'elle n'avait jamais vu ; quittant ainsi la maison paternelle contre la volonté de ses parents qui demeurèrent presque fous à la première nouvelle de son départ. Elle le requit de la conduire ou faire conduire au prince susdit. L'écuyer, capitaine alors, lui donna sur sa demande un costume masculin, ainsi qu'une épée, et la fit conduire par un chevalier, son écuyer et quatre compagnons d'armes. Arrivés devant le prince, elle lui dit qu'elle voulait guerroyer contre ses adversaires. Elle lui promit de le mettre en grande domination, qu'elle vaincrait ses ennemis et qu'elle était envoyée du ciel. La prévenue affirme qu'en agissant ainsi elle a bien fait et par révélation divine.
ARTICLE VIII. — Item dit et confesse que elle-même, personne ne la contraignant ni forçant, se précipita d'une tour très haute, préférant mourir plutôt que de se voir livrée aux mains de ses adversaires et que de survivre à la destruction de Compiègne. Dit aussi qu'elle ne put se soustraire à cette action; et cependant saintes Catherine et Marguerite susdites le lui avaient défendu, et elle dit que c'est grand péché de les offenser. Mais elle sait bien, dit-elle, que ce péché lui a été remis depuis qu'elle s'en est confessée. Elle dit en avoir eu révélation.
ARTICLE IX. — Item que lesdites saintes lui promirent de la conduire au paradis, si elle conservait bien la virginité qu'elle leur a vouée, tant de corps que d'âme. Elle en est aussi sûre que si elle était déjà dans la gloire des bienheureux. Elle ne pense pas avoir fait acte de péché mortel, car, à son avis, si elle y était, saintes Catherine et Marguerite ne la visiteraient pas comme elles font chaque jour.
ARTICLE X. — Item que Dieu aime certains [princes déterminés et nommés encore errants, et les aime plus qu'il n'aime ladite femme. Elle le sait par révélation desdites saintes, qui lui parlent français et non anglais, n'étant pas du parti de ces derniers. Depuis qu'elle a su par révélation que ses voix étaient pour le prince susdit, elle n'a pas aimé les Bourguignons.
ARTICLE XI. — Item qu'elle a plusieurs fois fait révérence aux voix et esprits susdits, qu'elle appelle Michel, Gabriel, Catherine et Marguerite, se découvrant la tête, fléchissant les genoux, baisant la terre sous leurs pas, leur vouant sa virginité, quelquefois embrassant, baisant Catherine et Marguerite. Elle les a touchées sensiblement et corporellement, leur a demandé conseil et secours, les a invoquées ; quoique non invoquées, elles la visitent souvent. A acquiescé et obéi à leurs conseils et commandements, et cela dès le principe, sans demander conseil à quiconque, tel que père, mère, curé, prélat ou autre ecclésiastique. Néanmoins, croit fermement que ses dites révélations viennent de Dieu et par son ordre. Elle le croit aussi fermement que la foi et que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert et est mort pour nous ; ajoutant que si un malin esprit lui apparaissait, qui feignît être saint Michel, elle saurait bien discerner s'il est saint Michel, ou non. Dit que sans être contrainte ou requise aucunement, elle a juré à saintes Catherine et Marguerite, qui lui apparaissent, qu'elle ne révélerait pas le signe de la couronne à donner au prince vers qui elle était envoyée. A la fin ajoute : à moins de permission de le faire.
ARTICLE XII. — Item que si l'Eglise lui commandait d'agir contre le précepte qu'elle dit avoir reçu de Dieu, elle ne le ferait pas pour chose quelconque, affirmant que ses actes incriminés sont l'oeuvre de Dieu et qu'il lui serait impossible de faire le contraire. Elle ne veut s'en référer là-dessus à la détermination de l'Eglise militante ni d'aucun homme du monde, mais seulement à Notre-Seigneur Dieu, dont elle accomplira toujours les préceptes, principalement en ce qui concerne ces révélations et les actes qui lui ont été ainsi inspirés. Dit qu'elle n'a pas pris sur sa tête ces réponses, mais par les préceptes de ses voix et par leurs révélations. Lui a été cependant plusieurs fois déclaré par les juges et autres présents l'article Unam sanctam Ecclesiam catholicam, en lui exprimant que tout fidèle accomplissant le voyage d'ici-bas est tenu d'y obéir, de soumettre ses faits et dits à l'Eglise militante, principalement en matière de foi et qui touche à la doctrine sacrée, ainsi qu'aux sanctions de l'Eglise."


Le 14 mai, l'Université de Paris, toutes facultés réunies, conclut, sur les 12 articles qui lui ont été soumis :
"- Avis de la Faculté de Théologie :
I Quant au 1er article,... attendu la fin, le mode, la matière desdites révélations, la qualité de la personne, le lieu et autres circonstances, que ces révélations sont des mensonges feints, séducteurs et pernicieux, ou que les apparitions et révélations susdites sont superstitieuses et procèdent des esprits malins et diaboliques : Belial, Satan et Behemmoth.
II. Ce que contient le 2e ne lui paraît pas vrai, mais mensonger, présomptueux, séductif, pernicieux, feint et dérogatif pour la dignité des anges.
III. Les signes ne sont pas suffisants. Ladite femme croit légèrement et affirme témérairement. De plus, dans la comparaison qu'elle fait elle mécroit et erre en la foi.
IV. Superstition, assertion divinatoire et présomptueuse, accompagnée d'une vaine jactance.
V. Blasphème envers Dieu ; mépris de Dieu dans ses sacrements ; prévarication de la loi divine, de la doctrine sacrée, des sanctions ecclésiastiques ; mécréance, erreur eu la foi, vaine jactance. La prévenue est en outre suspecte d'idolâtrie et d'exécration d'elle et de ses vêtements, pour parler la langue des anciens gentils.
VI. La prévenue est traîtresse, dolosive, cruelle, ayant soif de l'effusion du sang humain, séditieuse, provoquant à la tyrannie, blasphématrice de Dieu en ses mandements et révélations.
VII. Elle est impie envers ses parents, méconnaît le précepte d'honorer ses père et mère ; scandaleuse, blasphémeuse envers Dieu, erre en la foi, s'engage en promesse téméraire et présomptueuse.
VIII. Pusillanimité tournant au désespoir et au suicide, assertion présomptueuse et téméraire ; quant à la rémission de sa faute, faux sentiment du libre arbitre.
IX. Assertion présomptueuse et téméraire, mensonge pernicieux, contradictoire au précédent article ; mal senti en la foi.
X. Assertion présomptueuse et téméraire, divination, superstitieuse, blasphèmes envers saintes Catherine et Marguerite. Transgresse le commandement d'aimer son prochain.
XI. Idolâtre, invocatrice des démons ; erre en la foi ; affirmation téméraire ; serment illicite.
XII. Schismatique, mal pensante de l'unité et autorité de l'Eglise, apostate et opiniâtrée jusqu'ici dans l'erreur.
- Avis de la Faculté des décrets.
I. Elle est schismatique, le schisme étant la séparation illicite, par inobédience, de l'unité de l'Eglise, etc.
II. Elle erre en la foi contre Unam sanctam. Et, dit saint Jérôme, quiconque y contredit n'est pas seulement mal avisé, malveillant et non catholique, mais hérétique.
III. Apostate ; car sa chevelure, que Dieu lui a donnée pour voile, elle l'a fait couper mal à propos, et de même, laissant habit de femme, elle s'est vêtue en homme.
IV. Menteuse et devineresse se disant envoyée de Dieu, se vantant de parler avec les anges et les saints.
V. Par présomption de droit, cette femme erre en la foi : 1° étant anathème par les canons de l'autorité et demeurant longuement en cet état ; 2° parce qu'elle dit aimer mieux ne pas recevoir corpus Christi, etc., plutôt que de reprendre habit de femme. Elle est aussi véhémentement suspecte d'hérésie, et doit être diligemment examinée sur les articles de foi.
VI. Elle erre en ce qu'elle dit être sûre d'aller en paradis, etc... Si donc ladite femme, charitablement admonestée, n'abjure publiquement au gré du juge et ne donne pas satisfaction convenable, elle doit être abandonnée au bras séculier, pour la juste punition de son crime."


Jeanne est jugée idolâtre, blasphématrice, invocatrice de démons, schismatique, apostate, menteuse, devineresse et "véhémentement suspecte d'hérésie".
Jeanne n’est pas démonolâtre et elle le dit sans ambiguïté : si elle partageait les traditions de son entourage paysan, fêtes autour d’un "arbre de fées" et légendes du Bois chenu (où elle se rendait pour prier chrétiennement et où sera érigée la basilique), elle "n’y croyait pas".
À plusieurs reprises, Jeanne est admonestée par des religieux qui l'encouragent à revenir sur ses erreurs. Les ecclésiastiques lui exposent les périls que lui font courir son obstination et son orgueil. Son âme sera dévorée par les flammes éternelles et son corps par un feu plus immédiat.
"Ne croyez-vous pas être sujette à l’Église qui est sur la terre, notre Saint Père le Pape, cardinaux, évêques et autres prélats d’Église ?
- Oui, Notre Seigneur premier servi. Je m’en attends à mon juge, c’est le Roi du ciel et de la terre ; j’en appelle à Dieu et à notre Seigneur le Pape."
Le 24 mai, Jeanne fait appel au pape (Eugène IV élu depuis le 3 mars) : « Je m'en rapporte à Dieu et à notre Saint Père le pape ». L'appel est rejeté par le tribunal : « Cela ne suffit pas ; on ne peut aller quérir notre Saint Père si loin ; et aussi les ordinaires sont juges chacun en leur diocèse. C'est pourquoi il faut que vous vous en rapportiez à notre Mère la Sainte Église, et que vous teniez ce que les clercs et gens compétents disent et ont déterminé de vos dires et de vos faits ». 12

L'arrêt de condamnation déclare Jeanne "devineresse, blasphématrice, hérétique obstinée", dit qu'elle devra faire amende honorable et qu'elle sera enfermée toute sa vie dans une prison, livrée à la justice séculière (on ne peut la condamner à mort que si elle se met en état de rechute, si elle devient "relapse", c'est-à-dire que, après avoir abjuré ses prétendues erreurs, elle retombe dans l'une d'elles).
Jeanne réalise soudain qu'elle ne sera pas sauvée comme elle l'a toujours cru et elle prend peur.
Choquée après un simulacre d’exécution au cimetière Saint-Ouen, elle interrompt la lecture de son juge pour abjurer et se soumettre à l'Église.
On lui fait signer d'une croix sa rétractation :
« Je Jehanne, communément appelée la Pucelle, misérable pécheresse, après ce que j'ay cogneu les las (lacs) de erreur auquel je estoie tenue, et que, par la grâce de Dieu, sui retournée à notre mère saincte Eglise, affin que on voye que non pas fainctement, mais de bon cuer et de bonne volonté, sui retournée à cette, je confesse que j'ay très griefment péchié, en faignant mençongeusement avoir eu révélacions et apparicions de par Dieu par les anges et saincte Katherine et saincte Marguerite ; en séduisant les autres, en criant (croyant) facilement et légièrement, en faisant superstitieuses divinacions, en blasphémant Dieu, ses sains et ses sainctes; en trespassant la loy divine, la saincte Escripture, les droiz canons ; en partant habit dissolu, difforme et déshonneste contre la décence de nature et cheveux rongnez en ront en guise de homme, contre toute honnesteté du sexe de femme ; en portant aussi armeures par grant présompcian ; en désirant crueusement effusion de sang humain ; en disant que toutes ces choses j'ay fait par le commandement de Dieu, des angelz et des sainctes dessus dictes, et que en ces choses j'ay bien fait et n'ay point mespris en mesprisant Dieu et ses sacrements ; en faisant sédicions et ydolatrant, par aourer (adorer) mauvais esprits, est en invocant iceuix. Confesse aussi que j'ay esté scismatique et que par pluseurs manières ay erré en la foi. Lesqueiz crimes et erreurs, de bon cuer et sans ficcion, je, de la grâce de Notre-Seigneur, retournée à voye de vérité, par la saincte doctrine et par le bon conseil de vous et des docteurs et maîtres que m'avez envoyez, abjure, déteste, regnie et de tout y renonce et m'en dépars. Et sur toutes ces choses devant dictes, me soubmetz à la correccion, disposicion, amendement et totale déterminacion de notre mère saincte Eglise et de vostre bonne justice. Aussi je vous jure et prometz à monseigneur saint Pierre, prince des apostres, à notre saint père le pape de Romme, son vicaire et à ses successeurs, et à vous, mes seigneurs, révérend père en Dieu, monseigneur l'évesque de Beauvais, et religieuse personne frère Jehan le Maistre, vicaire de monseigneur l'inquisiteur de la foi, comme à mes juges, que jamais, par quelque exhortement ou autre manière, ne retourneray aux erreurs devant diz, desquelz il a pieu à notre seigneur moy délivrer et ostel ; mais à toujours demourer en l'union de notre mère saincte Église, et en l'obéissance de notre saint père le pape de Romme. Et cecy je diz, afferme et jure par Dieu le Tout-Puissant, et par ces sains Évangiles. Et en signe de ce, j'ay signé ceste cédule de mon signe ; ainsi signée: JEHANNE. »
Son châtiment est commué en prison à perpétuité, peine réservée aux hérétiques repentis, à la grande fureur des Anglais qui sont partisans du bûcher.
Parmi les chefs d'accusation, il y a celui d'avoir revêtu des habits d'homme : dès ce moment elle doit les quitter. Mais on les laisse à sa portée. Après avoir été menacée de viol par ses gardes, elle reprend ces vêtements protecteurs : les Anglais, qui veulent la faire périr, ont pu simuler une tentative de viol pour la contraindre à reprendre l'habit d'homme et à devenir ainsi rechue ou relapse, ce qui la perd.
En sortant d’auprès d’elle, l’évêque de Beauvais dit aux Anglais qui attendent dehors : « Farewell (adieu) ; faites bonne chère ; c’est fait. » (Déposition de frère Isambard de la Pierre, frère prêcheur) 20

Le 27 mai 1431, Jeanne, en habit d’homme, revient sur son abjuration et se repent d'avoir trahi ses voix.

Les 28 et 29 mai se tient le "procès de relaps", c'est-à-dire de retour à l'hérésie après l'abjuration :
"Dans la chapelle de l’archevêché, à Rouen.
Dernière délibération.
N. de Venderès : Jeanne doit être et est considérée hérétique. La sentence ayant été portée par les juges, Jeanne doit être abandonnée au bras séculier, avec prière de la vouloir traiter bien doucement.
Gilles, abbé de Fécamp : Jeanne est relapse. Cependant il est bon de lui relire la cédule comminatoire qui lui a été lue dernièrement et de la lui expliquer en lui prêchant la parole divine. Cela fait, les juges ont à la déclarer hérétique, puis à l’abandonner au bras séculier avec prière de la traiter bien doucement.
J. Pinchon : Elle est relapse. Pour le reste s’en rapporte aux théologiens.
G. Erard : Relapse, et partant doit être abandonnée (comme M. de Fécamp).
R. Gilbert, comme G. Erard.
L’abbé de Saint-Ouen, J. de Châtillon, E. Emengard, G. Boucher, le prieur de Longueville, G. Haiton, A. Marguerie, J. Alépée, J. Garin, comme M. de Fécamp.
D. Gastinel : Cette femme est hérétique et relapse ; elle doit être abandonnée au bras séculier sans recommandation de la traiter doucement.
P. de Vaux : idem.
P. de Houdenc, J. Nibat, Guillaume abbé de Mortemer, J. Guesdon, N. Coppequesne, G. du Desert, P. Maurice, Baudribosc, Cavai, Loyseleur, Desjardins, Tiphaine, du Livet, du Crotoy, P. Correl, Ledoux, Colombel, Morel, Ladvenu, Dugrouchet, Pigache, Delachambre médecin, comme M. de Fécamp.
Th. de Courcelles, Is. de la Pierre, comme M. de Fécamp. Ils ajoutent que cette femme doit être encore avertie charitablement pour le salut de son âme, en lui représentant qu’elle n’a plus rien à espérer de sa vie temporelle.
J. Mauget, comme M. de Fécamp."
20

Le procès de Jeanne, dont les frais furent entièrement pris en charge par les Anglais, se déroula suivant toutes les règles de l'inquisition. La plus grande régularité des formes fut observée au cours du procès et l'accusée eut toutes les garanties habituelles à cette odieuse procédure.
Le défaut d'informations préalables, le secret de quelques interrogatoires et l'absence de défenseurs, relevés comme autant de vices de forme par quelques historiens, sont autant de points réglés par le code inquisitorial, les seize décrets du concile de Toulouse de 1229.
Suivant une décrétale, en matière de foi, la procédure devait s'effectuer "d'une manière simplifiée et directe, sans vacarme d'avocats ni figure de jugement".
Le secret de quelques interrogatoires n'est pas non plus un vice de forme, puisque, d'après le code inquisitorial, toute la procédure pouvait être secrète, et quant au défaut d'informations, les juges étaient dispensés d'informer toutes les fois qu'il y avait notoriété, cri public. 3
Les 71 juges ou assesseurs qui prirent une part plus ou moins active au procès de condamnation sont presque tous des ecclésiastiques.
On y compte un évêque, celui de Beauvais, 9 archidiacres ou abbés, 8 chanoines, 22 prêtres, moines, frères prêcheurs, inquisiteurs ou consulteurs de l’Inquisition, 23 docteurs en théologie ou en décret.
De plus, 3 évêques furent consultés, les évêques de Lisieux, de Coutances et d'Avranches, et ce dernier seul opina pour Jeanne ; 3 autres, le cardinal de Saint-Eusèbe, appelé le cardinal d'Angleterre, et les évêques de Noyon et de Boulogne-sur-Mer assistèrent à la cérémonie (ou plutôt à la comédie) de l'abjuration et à l'exécution de Jeanne.
Enfin ce fut l'université de Paris, corps bien plus ecclésiastique que laïque, qui fournit toutes ses lumières et ses plumes les plus savantes, soit pour la position des questions, soit pour la rédaction du procès. Consultée entre la condamnation et le bûcher, elle répondit "qu'au fait d'icelle femme avoit été tenue grande gravité, sainte et juste manière de procéder".


L’exécution

Le mercredi 30 mai 1431, au lever du jour, Jeanne, bien qu’hérétique, est autorisée par l'évêque à recevoir le sacrement de l'Eucharistie 4 21.
Vers 9 heures, l'exécution a lieu, à Rouen même, sur la place du Vieux Marché.
Cauchon lit la sentence :
"(...) attendu néanmoins que, après cette abjuration, séduite dans ton cœur par l'auteur de schisme et d'hérésie, tu es retombée dans ces délits, ainsi qu'il résulte de tes déclarations, ô honte !, itératives, comme le chien retourne à son vomissement ; attendu que nous tenons pour constant et judiciairement manifeste que ton abjuration était plutôt feinte que sincère. Pour ces motifs, nous te déclarons retombée dans les sentences d'excommunication que tu as primitivement encourues, relapse et hérétique, et par cette sentence émanée de nous siégeant au tribunal, nous te dénonçons et prononçons, par ces présentes, comme un membre pourri, qui doit être rejeté et retranché de l'unité ainsi que du corps de l'Église, pour que tu n'infectes pas les autres. Comme elle, nous te rejetons, retranchons et t'abandonnons à la puissance séculière, en priant cette puissance de modérer son jugement envers toi en deçà de la mort et de la mutilation des membres, priant aussi que le sacrement de pénitence te soit administré, si en toi apparaissent les vrais signes de repentir." 20
(Suit la sentence spéciale d’excommunication).

Le chaperon de la condamnée est remplacé par une mitre où sont écrits les mots : "Hérétique, relapse, apostate".
Sur la place noire de monde, une pancarte placée au sommet du bûcher rappelle que celle qu'on va brûler pour le bien de tous est "menteresse, pernicieuse, abuseresse du peuple, devineresse, superstitieuse, blasphématrice de Dieu, présomptueuse, malcréante de la foi de Jésus-Christ, vanteresse, idolâtre, cruelle, dissolue, invocatrice de diables, apostate, schismatique, hérétique et relapse".
Arrivée au pied du poteau, Jeanne réclame une croix. Curieusement, il n'y en a point. Alors, un soldat anglais en confectionne une avec deux brindilles de fagots qu'il assemble avec un bout de ficelle. Jeanne glisse cette croix de fortune par le haut de sa chemise, contre sa poitrine.
Elle réclame de l’eau bénite qu’on va chercher à l’église voisine.
En montant sur le bûcher, Jeanne lance à Cauchon : « Évêque, je meurs par vous ! ». Puis elle réclame une autre croix pour l'avoir devant les yeux jusqu'à la fin. On court chercher une croix de procession qu'on lui brandit.
Le bourreau allume le feu qui crépite et enfume Jeanne ; elle crie que ses "voix ne l’ont pas trompée", puis « De l'eau ! » et enfin « Jésus ! ». Elle ne cesse de clamer ce nom tant qu'elle garde conscience.
Le bûcher étant trop haut, le bourreau ne peut l’étrangler avant que le feu ne l'atteigne...
Jean Tressart, un secrétaire du roi d'Angleterre, s'écrie : « Nous sommes perdus ! Nous avons brûlé une sainte ! »
« Quand sa robe est brûlée, relate le Journal d'un bourgeois de Paris, on tire le feu en arrière pour que le peuple ne doute plus ; il la voit toute nue, avec tous les secrets d'une femme ; et quand cette vision a assez duré, le bourreau remet le feu grand sous la pauvre charogne. »
Les restes, calcinés à deux reprises, sont rassemblés dans un petit sac puis jetés à la Seine par le bourreau afin que nul n'en fasse des reliques. Selon la légende, son cœur, retrouvé parmi les cendres, est emporté par le fleuve jusqu’à l’océan.
Regnault de Chartres, archevêque de Reims et conseiller de Charles VII, écrit aux habitants de Reims "que le supplice de la Pucelle est une marque de la justice divine, qui a voulu châtier une orgueilleuse".
Le chroniqueur Perceval de Cagny, le seul des chroniqueurs qui ait combattu à ses côtés, déclare qu'elle "disoit de moult merveilleuses choses, toujours parlant de Dieu et de ses saints".
Jeanne est devenue une martyre, et, grâce à elle, l'élan est maintenant du côté français.


Le comportement de Charles VII

Charles VII, probablement peu audacieux et gêné par le bellicisme de Jeanne, n’est pas intervenu et n’a même pas protesté.
Seuls, Gilles de Rais et Étienne de Vignoles dit La Hire, à la tête d’une bande d’écorcheurs (soudards non payés), tentèrent de délivrer Jeanne en s’approchant de Rouen : La Hire fut capturé mais parvint à s’échapper, l’année suivante, du donjon de Dourdan.
Pourquoi Charles ne soutint-il pas Jeanne contre ses conseillers La Trémoille et Regnault de Chartres ? Comment eut-il la lâcheté de l'abandonner à ses bourreaux ?
Ce n'est pas seulement dans la perfidie de ses conseillers qu'il faut chercher la solution de ce problème : c'est surtout dans le caractère même du roi. Il ne faut pas oublier que l'on a affaire au Charles VII qui, plus tard, victorieux, maître de la France, se laissera mourir de faim par défiance de son fils ; au Charles VII à qui un de ses conseillers écrivait : « Vous voulez toujours être caché en châteaux, méchantes places et manières de petites chambrettes, sans vous montrer et ouïr les plaintes de votre pauvre peuple ! »
Charles VII vécut toujours loin des yeux, sombre et agité ; jamais, à proprement parler, il ne tint une cour.
Après la mort de Jeanne, on rencontra chez lui la même indécision, la même défiance de lui-même et des autres.
A son entrée à Paris, il se laissa faire le compliment d'usage par le théologien Nicole Midi, celui-là même qui avait harangué la Pucelle sur le bûcher, à Rouen.
L'université de Paris eut part à toutes ses bonnes grâces ; cependant, comme une expiation nécessaire, il ft ouvrir une enquête sur le procès de Jeanne le 15 février 1450.



Après la mort de Jeanne

Henri VI d’Angleterre est sacré roi de France à Notre-Dame de Paris le 17 décembre 1431.
En 1432, Cauchon est récompensé par l’évêché de Lisieux où il restera jusqu’à sa mort en 1442 (en 1435, il prend part au concile de Bâle) et Dunois enlève Chartres aux Anglais.
En 1433, Gilles de Rais commande, avec le maréchal de Rieux, l'avant-garde de l'armée française, placée sous les ordres du connétable de Richemont.
Par le traité d’Arras, signé le 21 septembre 1435, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, se réconcilie avec Charles VII qui se repent du meurtre du duc Jean sans Peur. Philippe reconnaît Charles comme l’unique et véritable souverain du royaume de France.
Dunois aide Richemont à prendre Paris en 1436.
Charles VII entre à Paris en 1437 ; sur son étendard rouge semé de soleils d’or : saint Michel terrassant le Dragon.
Charles VII prend Pontoise en 1441.
Les Anglais négocient une trêve à Tours en 1444.
Le 10 novembre 1449, le roi entre à Rouen et, le 15 février 1450, il fait procéder à une enquête sur la façon dont s’est déroulé le procès de Jeanne. Cette enquête n’a pas de suite. La Normandie est reprise en 1450.
Le 10 mai 1452, le pape Nicolas V prescrit un procès en nullité. Le cardinal d’Estouteville, légat pontifical, fait rouvrir l’enquête sans résultat.
Par la victoire de Castillon, le 17 juillet 1453, Charles VII met fin à la présence anglaise en Guyenne. Il reprend Bordeaux le 19 octobre : seul Calais reste aux Anglais.
En 1454, Isabelle Romée et ses deux fils, Jean et Pierre, sollicitent du pape Nicolas V une sentence de réhabilitation.
Le 7 juillet 1456, à l'archevêché de Rouen, le procès en réhabilitation de Jeanne, ordonné par Callixte III sur la demande formulée le 7 novembre 1455 par sa mère Isabelle Romée (soutenue par le grand inquisiteur de France, le dominicain Jean Bréhal), déclare la nullité de la sentence, met en lumière l'innocence de Jeanne et sa parfaite fidélité à l'Eglise. Les commissaires pontificaux, sous la présidence de Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, déclarent le procès de condamnation de Jeanne et la sentence "entachés de vol, de calomnie, d’iniquité, de contradiction, d’erreur manifeste en fait et en droit y compris l’abjuration, les exécutions et toutes leurs conséquences" et, par suite, "nuls, invalides, sans valeur et sans autorité". Ils ordonnent "l'apposition [d'une] croix honnête pour la perpétuelle mémoire de la défunte" au lieu même où Jeanne est morte. Le jugement de Jeanne est cassé par décret du pape Calixte III pour "corruption, dol, calomnie, fraude et malice".
Le 27, se déroulent, à Orléans, les premières fêtes en l’honneur de l’héroïne.
Calixte III excommunie Cauchon à titre posthume et fait jeter son cadavre à la voirie.
Pie II (pape de 1458 à 1464) écrit dans ses Mémoires : "Etait-ce oeuvre divine ou humaine ? Il me serait difficile de l’affirmer. Quelques-uns pensent que les Anglais prospéraient, les grands de France étant divisés entre eux, sans vouloir accepter la conduite de l’un des leurs ; peut-être que l’un d’eux plus sage et mieux éclairé aura imaginé cet artifice, de produire une vierge divinement envoyée, et à ce titre réclamant la conduite des affaires. Il n’est pas un homme qui puisse refuser d’avoir Dieu pour chef ; c’est ainsi que la direction de la guerre et le commandement militaire ont été remis à la Pucelle."
En 1567, les protestants détruisent le monument élevé à Orléans en mémoire de Jeanne.


Héroïne et sainte

Chaque année, le matin du 8 mai, depuis 1457 (année qui a suivi l'arrêt de réhabilitation de Jeanne d'Arc), les Fêtes Johanniques d'Orléans donnent lieu à la lecture d'un Panégyrique de Jeanne d'Arc, au cours d'une messe solennelle, où sont conviées les différentes autorités, croyantes ou non, pour célébrer la délivrance, le 8 mai 1429, par Jeanne et son armée, de la ville assiégée par les Anglais. Au cours du défilé qui a lieu l'après-midi à travers la ville, des organisations de natures très diverses défilent, chacun arborant son costume de cérémonie : par exemple, parmi le groupe des universitaires, « les historiens défilent en toge jaune, les juristes en toge rouge ». 27

En 1841, l'historien Jules Michelet (Jeanne d'Arc, Histoire de France) célèbre l'anticléricalisme de Jeanne d'Arc qui s'est opposée à l'Église tant à Poitiers qu'à Rouen. Il écrit : "Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d'une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu'elle a donné pour nous". 28

En 1856, Henri Martin, historien républicain, publie un livre sur "Jeanne Darc" dans lequel il fait de celle-ci l'incarnation de l'esprit et des vertus gauloises, la "pure essence" française. Selon lui, elle représente un "messie de rationalité" s'opposant au clergé romain 8.

Le 8 mai 1869, Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, prononce un véritable panégyrique de Jeanne où, pour la première fois, il évoque la sainteté de la Pucelle

Après la guerre de 1870, Jeanne devient "la bonne Lorraine", symbole de la revanche sur les Allemands.

Le 14 mai 1890, Lucien Herr, bibliothécaire de l'École normale supérieure, écrit dans Le Parti Ouvrier, sous le pseudonyme de Pierre Breton, un article, intitulé Notre Jeanne d'Arc, qui dénie à l'Église catholique romaine tout droit d'instaurer le culte de celle qu'elle a brûlé quelques siècles plus tôt : « Jeanne est des nôtres, elle est à nous ; et nous ne voulons pas qu'on y touche » 8.

Le 27 janvier 1894, Léon XIII indique que la papauté accepte l’ouverture de la cause de Jeanne et prononce sa vénérabilité : "Johanna nostra est".

Des socialistes rendent hommage à Jeanne, notamment l'écrivain Charles Péguy, qui lui consacre deux drames, Jeanne d'Arc (1897) et Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910) ou Jean Jaurès, qui l'élève en figure patriotique dans ses discours 28. En 1910, dans L'armée nouvelle, Jean Jaurès rend hommage à Jeanne d'Arc 8.

Le 17 février 1909, les camelots du roi, qui se sont enfermés dans la Sorbonne, pénètrent dans l'amphithéâtre, à l'heure du cours de Thalamas (un professeur ayant tenu des propos jugés désobligeants sur Jeanne d’Arc). Ils étendent "l'insulteur de Jeanne d'Arc" sur la chaire, relèvent sa redingote et lui administrent une fessée.

Le 18 avril 1909 Pie X prononce la béatification de Jeanne.

Les adeptes du caodaïsme, né au Vietnam en 1919 et rénové par Lê Van Trung en 1926, vénèrent la Pucelle d’Orléans.

Le 16 mai 1920, Benoît XV prononce la canonisation de Jeanne ; sainte Jeanne d’Arc est fêtée par l'Église le 30 mai.

En souvenir de la "Pucelle d'Orléans" (appellation apparue pour la première fois en 1555), héroïne patriote, la loi du 10 juillet 1920 institue une "fête nationale de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme", le deuxième dimanche du mois de mai. La proposition de loi de Maurice Barrès disait : « Ainsi tous les partis peuvent réclamer Jeanne d'Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. C'est autour de sa bannière radieuse que peut s'accomplir aujourd'hui, comme il y a 5 siècles, le miracle de la réconciliation nationale. »
"Une cérémonie publique est organisée chaque année, à Paris, place des Pyramides. L'usage veut qu'elle soit placée sous la présidence du ministre des anciens combattants et victimes de guerre et qu'une gerbe soit déposée par le représentant de l'Etat. Chaque année, les édifices publics doivent être pavoisés aux couleurs françaises à cette occasion." 25
Cette célébration est tombée en désuétude pour la plupart des Français et des représentants de l'Etat.

Le 2 mars 1922, par sa Lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam, Pie XI proclame Jeanne "patronne secondaire de la France" : "Nous déclarons avec la plus grande joie et établissons Pucelle d’Orléans admirée et vénérée spécialement par tous les catholiques de France comme l’héroïne de la patrie, sainte Jeanne d’Arc, vierge, patronne secondaire de la France, choisie par le plein suffrage du peuple, et cela encore d’après Notre suprême autorité apostolique, concédant également, tous les honneurs et privilèges que comporte selon le droit ce titre de seconde patronne."

Pendant l'Occupation, les Résistants s'emparent du symbole de la pucelle d'Orléans. Aragon, Résistant communiste, la cite dans ses poèmes. Après la guerre, le Parti communiste de Maurice Thorez s'intéresse de près à la "paysanne de France abandonnée par son roi et brûlée par l'Église" 28.
Jeanne d'Arc est même étudiée dans les académies militaires soviétiques ! 30

Le 8 mars 1948, à l'appel du Parti Communiste Français et de la CGT, 100 000 femmes défilent à Paris, de la République à la statue de Jeanne d'Arc, place des Pyramides.

En 1982, le président socialiste François Mitterrand se rend à Orléans pour les fêtes de Jeanne d'Arc. 28

En 1987, le député lepéniste Bruno Mégret écrit : "Elle (Jeanne, ndlr) nous rappelle qu'aujourd'hui comme hier, alors que les classes dirigeantes ont renoncé à assurer l'avenir de la nation, c'est de notre peuple que doivent venir les forces de renouveau". 28

En 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, le Front National institue sa propre fête de Jeanne d’Arc le Premier Mai.

En 1996, à Orléans, Jacques Chirac, insistant sur le fait que la pucelle d'Orléans "appartient à tous les Français", interroge : "Comment ne pas voir combien Jeanne est étrangère à toute idée de mépris et de haine ?" 28

En 1998, la jeune ministre, Ségolène Royal, invitée d'honneur des fêtes à Orléans, s'adresse à Jeanne : "Dans un monde confisqué par les hommes, tu as commis un triple sacrilège: être une femme stratège, être une femme de guerre, être une femme de Dieu. [...] Je veux te dire ici au nom de toutes les femmes, tes soeurs immolées, mutilées, vendues, exploitées, tuées dès la naissance parce que femmes, que l'on aurait besoin que tant d'autres Jeanne d'Arc se lèvent partout dans le monde". 29

En 2006, Pat Benincasa, artiste américaine spécialiste d’art sacré, installée dans le Minnesota, fabrique et expédie en Irak des centaines de médaillons de Jeanne d'Arc, dans l'espoir qu’elle protégera les soldats américains : « Nos soldats tombent sous les bombes, et ils n'ont pas d'armure. Je me suis demandée ce que je pouvais leur envoyer pour les protéger, et Jeanne s'est imposée. (…) Jeanne d'Arc traverse les frontières, les nations, l'Histoire, et elle parle à chacun d'entre nous. Elle a mis sa foi en Dieu pour accomplir l'impossible. »

Le 6 janvier 2012, le président de la République, Nicolas Sarkozy, se rend à Domrémy (Vosges) puis à Vaucouleurs (Meuse), pour célébrer le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc 29. Le chef de l'Etat lui rend hommage comme tous ses prédécesseurs de la Ve République (hormis Georges Pompidou).

En 2013, Ségolène Royal consacre à Jeanne d'Arc un chapitre de son livre, Cette belle idée du courage. 28

Le 20 mars 2015, un Historial Jeanne d'Arc, le plus grand lieu de mémoire - et de tourisme - consacré à l'héroïne française de la Guerre de Cent ans, est inauguré, à Rouen, au sein de l'archevêché où subsistent des vestiges de la salle du tribunal ecclésiastique qui condamna Jeanne d'Arc au bûcher pour hérésie en 1431 puis la réhabilita 25 ans plus tard. 23

Le 8 mai 2016, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, se rend à Orléans pour présider la 587e édition des fêtes commémorant la libération de la ville par la Pucelle. Il salue un personnage qui « comme notre hymne et notre drapeau », est « notre histoire commune, ce qui nous a fait et nous tient ensemble. Comme une flèche (...) sa trajectoire est nette, Jeanne fend le système, elle brusque l'injustice qui devait l'enfermer ».


La thèse du sang royal

Certains ont vu en Jeanne une fille naturelle de la reine Isabeau de Bavière qui accoucha officiellement le 10 novembre 1407 d'un fils nommé Philippe qui mourut peu après. Elle aurait eu cet enfant de Louis d'Orléans, son beau-frère (assassiné le 23 novembre). Tous deux, craignant une vengeance de Charles VI quand il reviendrait à la raison, auraient décidé de soustraire à sa vengeance l'enfant à naître, et de lui substituer un enfant mort (le véritable enfant, une fille, aurait été caché en province chez les Darc).
Ainsi, Jeanne aurait été la demi-sœur de Charles VII (par Isabeau) et de Dunois (par Louis) d'où ses rapports confiants avec eux...
Cette thèse est réfutée par la plupart des historiens, mais elle est soutenue par un des princes d’Orléans.
Au sujet de la mort d’Isabeau de Bavière (29 septembre 1435), Brantôme (Pierre de Bourdeille, abbé de Brantôme, 1535-1614) écrit : « On attribua sa mort à un saisissement du cœur que lui causèrent les outrageuses railleries de ses adversaires ; car ils prenaient plaisir de lui dire en face que le roi Charles n’était pas le fils de son mari. »


Autres pucelles et héroïnes

Une chose curieuse, c'est que Jeanne a eu des précurseurs, comme elle eut, de son vivant et après sa mort, des émules et des imitateurs.
C'était d'ailleurs une croyance très répandue dans toutes les provinces de France que le royaume devait être sauvé par une pucelle.
Dans le moment même où Jeanne accomplissait son œuvre, on vit apparaître plusieurs de ces amazones chrétiennes, entre autres une certaine Catherine de la Rochelle, rivale de la vierge de Domrémy, inspirée comme elle et qui avait le même confesseur, l’étrange frère Richard. Ce singulier religieux était à la fois le père spirituel de quatre femmes aspirant au même rôle. Une d'elles, Pierronne de Bretagne, après avoir suivi Jeanne, fut prise à Corbeil par les Anglo-Bourguignons, amenée à Paris, jugée en cour d'Eglise et brûlée.
Plus tard, il surgit aussi de fausses pucelles, qui se donnaient pour la malheureuse Jeanne, échappée au supplice de Rouen ou ressuscitée.
Diverses mentions du Journal d'un bourgeois de Paris se rapportent au bruit qui courait en 1440 : que Jeanne d'Arc n'était pas morte à Rouen et qu'un miracle l'avait sauvée des flammes.
L'imagination populaire, toujours avide de merveilleux, ne pouvait croire à la mort de l'héroïne…

Une de ces vaillantes aventurières, nommée Claude, qui se faisait appeler "Jeanne du Lis, la pucelle de France", apparut en 1436, près de Metz.
A Orléans, les vieux comptes de la ville font mention de sommes données à un héraut d'armes pour avoir apporté des nouvelles de Jehanne la Pucelle ; le propre frère de Jeanne, Pierre du Lis, à qui Charles VII avait donné un petit domaine près d'Orléans, demanda aussitôt à la ville un peu d'argent pour aller voir sa sœur. Ce Pierre du Lis, toujours besogneux, semble avoir voulu tirer parti de cette supercherie dont il ne pouvait être dupe. Jeanne du Lis était alors à Arlon, dans le Luxembourg, et deux chroniqueurs de Metz, le doyen de Saint-Thibaud et Pierre Vigneules, relatent tous les deux cette étrange apparition : Jeanne du Lis montait à cheval, portait l'épée et courait un peu partout, multipliant le nombre de ses partisans et de ses dupes. Toujours est-il que, le 20 mai 1436, à Metz, elle rencontra Pierre et Jean, les deux frères de Jeanne d'Arc, qui la reconnurent pour leur sœur...
Suivant un chroniqueur de Metz, elle épousa le 2 septembre (ou le 7 novembre) 1436, à Arlon, en présence de Mme de Luxembourg, un chevalier lorrain, Robert des Armoises dont elle eut deux fils.
Elle alla guerroyer en Italie comme "soudoyer" (mercenaire) du pape Eugène IV, puis figura en 1439 comme "capitaine de gens d'armes" dans la guerre civile qui éclata en Poitou (le maréchal de France, Gilles de Rais, qu'elle avait rejoint à Tiffauges en Vendée, lui confia des soldats de sa troupe avec lesquels elle combattit à ses côtés et prit le Mans). Dans une pièce du Trésor des Chartes, Charles VII donne commission à un capitaine d'armes de guerroyer au Mans en compagnie d'une aventurière qui se fait appeler Jehanne la Pucelle. Le XLVIe chapitre de la Chronique de don Alvaro de Luna, un ouvrage historique espagnol, est intitulé : « Comment la Pucelle d'Orléans estant sous les murs de La Rochelle envoya demander secours au roi...».
Jeanne du Lis fut accueillie la même année avec de grands honneurs à Orléans où vivait cependant la mère de la vraie Pucelle, pensionnée par la ville et qui aurait pu la démasquer. Non seulement elle fut reconnue de Pierre du Lis, tout disposé à tirer profit de la situation, mais de la propre mère de Jeanne d'Arc, du trésorier Jean Boucher qui avait reçu chez lui l'héroïne pendant tout le siège, des principaux notables et d'un grand nombre d'habitants qui l'avaient vue ou même avaient combattu à ses côtés. On l'accueillit, on la fêta, on lui fit des présents considérables que relatent les comptes de ville de cette année 1439.
Cette aventurière, la "dame des Armoises", profitant sans doute d'une vague ressemblance, mystifia la ville d'Orléans, de concert avec Pierre du Lis, pour en arracher quelques libéralités. Elle donna le change jusqu’en 1440 où elle fut démasquée par l'Université et le Parlement de Paris.
Bien qu'elle eût commis de nombreuses escroqueries, Jeanne des Armoises fut protégée par le roi René de Lorraine ; elle mourut riche et anoblie en 1449 ou 1458 à Jaulny (54).
En 1560, les sieurs des Armoises affirmaient encore descendre de la Pucelle.
Des historiens soutiennent qu'on a fait brûler quelque sorcière à la place de la bâtarde royale dont le frère, Charles VII, a organisé l’évasion, que Jeanne était en réalité plus âgée (4 à 5 ans de plus), qu'elle était instruite et avait reçu une véritable formation de chevalier, et que Jeanne des Armoises et Jeanne d'Arc ne faisaient qu'une...

Selon le chroniqueur Pierre de Sala, il vint à la cour de Charles VII une prétendue Jeanne d'Arc qui essaya, par supercherie, de se faire reconnaître du roi. Aidée sans doute de quelque courtisan qui l'avait avertie, elle vint droit au roi, mêlé à la foule de ses gentilshommes, mais reconnaissable en ce que, récemment blessé au pied, il portait, dit Sala, "une botte fauve".
La comédie échoua pourtant et l'aventurière ainsi que ses complices "fut justiciée très asprement, comme en tel cas appartenoit, après avoir confessé sa trahison".

En 1456, Jeanne de Sermaises apparut en Anjou. Accusée de s'être fait appeler la Pucelle d'Orléans et d’avoir porté des vêtements d’homme, elle fut emprisonnée jusqu'en février 1458, et libérée à la condition qu'elle s’habillerait "honnêtement".

Une autre Jeanne, enfin, parut en 1473, à Cologne, se donnant pour mission de rétablir Oldaric Mandeuchect sur le trône épiscopal de Trêves. Ce n'était qu'une illuminée qui échappa au bûcher grâce à la protection du comte de Virnembourg.


Les reliques de Jeanne

Le docteur Philippe Charlier, fort du succès qu’il a obtenu en analysant les restes d'Agnès Sorel, a travaillé sur des supposés reliques de Jeanne, notamment une côte, trouvées dans un bocal chez un apothicaire en 1867 et conservées au Musée d’Art et d’Histoire de Chinon.
Le 5 avril 2007, il conclut, dans un article paru dans la revue britannique Nature, qu’une étude au carbone 14 a daté les restes entre le 6e et le 3e siècle avant notre ère, qu’un examen spectrométrique des os a montré qu'ils correspondaient aux momies égyptiennes de cette période et "qu'il s'agit donc de restes momifiés d'origine égyptienne datés de la Basse époque".
Le diocèse de Tours a précisé que les éléments contenus dans le bocal de Chinon n'étaient pas considérés "comme des reliques par l'Église".
La ville de Riom (63) possède une lettre que Jeanne dicta à un secrétaire, mais qu’elle signa et scella elle-même. La cire d’un sceau avait emprisonné un cheveu "noir"", peut-être de Jeanne, mais il a, hélas, disparu…

Porté par la Pucelle d'Orléans quand elle commandait les troupes françaises contre l'envahisseur britannique et récupéré à sa mort par les Anglais, le modeste anneau de laiton de Jeanne d'Arc, mis aux enchères à Londres le 26 février 2016, est acquis par le propriétaire du parc vendéen Le Puy du Fou, Nicolas de Villiers, pour la somme de 376 833 euros. Il sera exposé dans un monument spécialement construit à l'extérieur du Grand Parc du Puy du Fou où chacun pourra l'admirer gratuitement.


Oeuvres littéraires et artistiques

Jeanne d'Arc a inspiré plusieurs œuvres littéraires ou historiques : La Pucelle ou La France délivrée (Jean Chapelain, 1656), La Pucelle d'Orléans (Voltaire, 1756), Jeanne d’Arc (Henri Wallon, 1860), Vie de Jeanne d’Arc (Anatole France, 1908), Jeanne d’Arc (Michelet, 1925).
Au théâtre, elle a été le sujet de nombreuses pièces telles que La Pucelle d'Orléans (Die Jungfrau von Orléans, 1801) de Schiller, Sainte Jeanne (Saint Joan, 1923) de Bernard Shaw, L'Alouette (1953) de Jean Anouilh, Sainte Jeanne des abattoirs de Bertolt Brecht. Charles Péguy lui consacra deux drames, Jeanne d'Arc (1897) et Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910).
Le compositeur Arthur Honegger lui dédia son oratorio, Jeanne au bûcher (sur un texte de Paul Claudel), joué pour la première fois en 1938.
De nombreux réalisateurs lui ont consacré des films : Georges Méliès (film muet en 1899), Cecil B. DeMille (1916), Carl Theodor Dreyer (1928), Marco de Gastyne (1929), Victor Fleming (1948), Jean Delannoy (1953), Roberto Rossellini (1954), Otto Preminger (1957), Robert Bresson (1962), Jacques Rivette (1993), Luc Besson (1999), Christian Duguay (1999).


Citations

Messire Dieu, premier servi.
Dieu fait ma route.
Ceux qui font la guerre au saint royaume de France font la guerre au roi Jésus. (Jeanne d’Arc)

Et Jehanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan. (François Villon +1463, Testament, Ballade des dames du temps jadis)

Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d'une femme, de sa tendresse et des larmes, du sang qu'elle a donné pour nous. (Jules Michelet, 1841, Jeanne d'Arc, Histoire de France, Livre V)

L’âme française est plus forte que l’esprit français, et Voltaire se brise à Jeanne d’Arc. (Victor Hugo, 1901, Tas de Pierres)

Jeanne d'Arc, même brûlée par les prêtres, ne mérite pas nos sympathies. (Journal L'Action, 14 avril 1904)

Que le 8 mai prochain la France libre-penseuse proteste par une tempête de sifflets, par une trombe de huées contre le culte rendu à une idiote qui causa notre malheur. (Laurent Tailhade, 26 avril 1904)

C'est une Celte, Jeanne d'Arc, qui sauva la patrie. Vous connaissez mes idées [...] et vous savez de quel nom nous appelons l'ennemi qui a remplacé chez nous l'Anglais envahisseur du XVe siècle… Cet ennemi s'appelle pour nous le Juif et le franc-maçon. (Édouard Drumont, dans une réunion publique en 1904)

Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C'est une martyre et une sainte que l'Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste ? C'est l'héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims... Pour les républicains c'est l'enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies... Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu'elle disait : "J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux." Ainsi tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d'Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. (Maurice Barrès 1862-1923)

A une belle défaite selon les règles, la naïve enfant préfère une victoire fautive. (Joseph Delteil 1894-1978, Jeanne d’Arc)

Au début de 1429, Jeanne entreprend son aventure et parvient à rencontrer le Dauphin, le futur roi de France Charles VII, qui la fera interroger par ses théologiens, lesquels émirent un jugement positif, ne voyant en elle qu'une bonne chrétienne. Le 22 mars elle dicta une lettre au roi d'Angleterre dont les troupes assiégeaient Orléans, proposant une paix véritable, dans la justice, entre deux peuples chrétiens. Après le rejet de sa proposition, elle entreprit de libérer la ville, ce qui advint le 8 mai. Le moment culminant de son action politique fut le couronnement de Charles VII à Reims le 17 juillet, rapidement suivi du début de sa passion. Le 23 mai 1430, elle fut livrée à ses ennemis et conduite à Rouen pour un procès qui la condamnera à mort le 30 mai 1431. Ce sont des ecclésiastiques français qui, ayant fait un choix opposé à celui de Jeanne, se prononcèrent négativement sur sa personne et sa mission. Ce procès fut une page noire de l'histoire de la sainteté, mais aussi lumineuse quant au mystère de l'Eglise, comme l'a déclaré le Concile Vatican II. A la différence des saints théologiens ayant honoré l'université de Paris, tels Bonaventure, Thomas d'Aquin ou Duns Scot, ces juges ont manqué à la charité et à l'humilité en refusant de voir dans cette jeune fille l'action divine. Le mystère de Dieu se révèle à qui a un cœur d'enfant et reste caché aux savants. (Benoît XVI, Catéchèse, 26 janvier 2011 5)


Notes
1 De claris mulieribus, 1497
2 André Douzet, http://www.france-secret.com/puyenvelay_art.htm
3 Manuel des inquisiteurs
4 Jeanne d'Arc, J. Michelet
5 http://eucharistiemisericor.free.fr
6 http://fr.wikipedia.org/wiki/Yolande_d'Aragon
7 http://www.stejeannedarc.net/dossiers/famille_jeanne_darc.php
8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythes_de_Jeanne_d'Arc
9 http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110126_fr.html
10 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1866_num_10_1_67238
11 Jeanne d'Arc à Rouen par A. Chéruel. Revue de Rouen et de la Normandie. Juin 1845.
12 http://www.virgo-maria.org/mystere-iniquite/documents/chapters/documents_published/doc1/node23.html
13 http://cluster.biodiversityliby19.org/h/histoiredespaysa02bonnuoft/histoiredespaysa02bonnuoft_djvu.txt
14 Une prophétie attribuée à Merlin annonçait qu'une vierge venue des environs du Bois-Chenu sauverait le royaume (Sainte Jeanne d'Arc par le Père L. H. Petitot, 1921)
15 http://musee.jeannedarc.pagesperso-orange.fr/etendard.htm
16 http://www.mediterranee-antique.info/Auteurs/Fichiers/DEF/France_A/Jeanne_Arc/T1/JDA_104.htm
17 http://missel.free.fr/Sanctoral/05/30.php
18 http://his.nicolas.free.fr/Personnes/PagePersonne.php?mnemo=JeanneDArc
19 L'Histoire de France Pour les Nuls Par Jean-Joseph JULAUD. Ed First. 2004
20 http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jeanne/index.htm
21 Déposition de Guillaume Manchon, greffier : "Pouvait-on donner la communion à une personne ainsi déclarée excommuniée et hérétique ? Ne fallait-il pas absolution en forme de l'Eglise ? Les juges et conseillers mirent ce point en délibération et décidèrent de lui accorder, sur sa requête, le sacrement de l'Eucharistie, avec l'absolution." http://www.abbaye-saint-benoit.ch/martyrs/martyrs0006.htm#_Toc90637021
22"Une autre histoire, tout aussi conventionnelle, expose quant à elle que Jeanne abandonna cette arme intacte en l'église de Lagny sur Marne (dans laquelle elle reste par ailleurs introuvable). Il est probable d'ailleurs que cette église se trouvait alors sous la coupe d'un affidé du mouvement franciscain. Or cette arme, qui a appartenu à Godefroid de Bouillon, existe toujours, conservée par une communauté franciscaine en l'église du Saint Sépulcre de Jérusalem." http://www.jeannedomremy.fr/S_ChinonRouen/fierbois.htm
23 http://fr.canoe.ca/voyages/destinations/europe/archives/2015/03/20150320-115246.html
24 http://www.stejeannedarc.net/condamnation/lettre_seanc_public5_3.php
25 http://www.i-defense.org/agenda/Fete-nationale-de-Jeanne-d-Arc-et-du-patriotisme_ae65952.html
26 "Arrivée à Chinon le mercredi 23 février 1429, Jeanne n'est reçue par le roi que deux jours plus tard, non dans la grande salle de la forteresse mais dans ses appartements privés lors d'une entrevue au cours de laquelle elle parle au Dauphin de sa mission, la grande réception devant la Cour à l'origine de la légende n'ayant lieu qu'un mois plus tard" (Marie Ève Scheffer, Jeanne D'Arc, femme providentielle, dans « L'ombre d'un doute », 4 décembre 2011, citée par https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_d%27Arc)
27 https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_johanniques_d%27Orl%C3%A9ans
28 http://www.europe1.fr/politique/jeanne-darc-est-elle-de-droite-ou-de-gauche-2738563
29 http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/06/emmanuel-macron-orleans-honorer-jeanne-darc-recuperee-toutes-sauces_n_9856190.html
30 http://www.leparisien.fr/politique/symbole-jeanne-d-arc-depasse-les-clivages-08-05-2016-5776877.php#xtref=http%3A%2F%2Fnews.google.com%2F


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 11/09/2017

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