LA KABBALE

La kabbale ou cabale (du mot hébreu "qabbalah" = tradition, réception) est la méthode d'enseignement par la transmission de maître à disciple, d'initié à initié, qui remonterait à la plus haute antiquité (elle proviendrait des civilisations égyptienne, phénicienne et babylonienne et aurait été rassemblée par les scribes israélites durant leur captivité à Babylone).

Par extension, le terme désigne des écrits réservés à de petits groupes d'hermétistes ou de gnostiques possédant une connaissance voilée et codée, qualifiée d'occulte ou d'ésotérique : le Sepher Jetzira (Livre de la création ou de la fondation) attribué à Abraham (il a été écrit pendant la période talmudique peut-être entre 600 et 800 de notre ère) et le Sepher ha-Zohar (Livre de la splendeur).
Ces livres passent pour reproduire l’enseignement secret de Raziel 7 à Adam sur ordre de Dieu, quand il fut chassé du paradis terrestre, enseignement révélé à nouveau à Moïse sur le mont Sinaï et dont les Dix Commandements et les textes bibliques ne sont que la partie exotérique.

Le Zohar est un recueil de commentaires du Pentateuque qui constitue l'ensemble le plus important de la littérature hébraïque et kabbalistique.
Rédigé en araméen, il est publié en 1286 par Moïse de Léon, mystique juif d'Espagne qui s'inspire des écrits de Siméon bar Yohai (IIIe s.), lequel aurait reçu ces révélations du prophète Élie.
Le Zohar réunit plusieurs traditions ésotériques et tente de trouver le sens caché des textes bibliques par l'étude mystique et symbolique des nombres et des ouvrages tentant de découvrir le sens secret ou voilé du Pentateuque, notamment des premiers versets de la Genèse, et des textes prophétiques.
Aux traditions bibliques s’ajoutent des spéculations rabbiniques.

Le Livre Clair ou de la Clarté, Sefer Ha Bahir, apparaît au XIIe siècle en Languedoc.

La kabbale est un véritable traité ésotérique sur l’origine, la nature et les destinées du monde, qui suit mais aussi prolonge et interprète à sa façon la Bible.

Dans l'élaboration de la cabale, on distingue 3 périodes :

1- la période précabalistique (XIIIe s.), où les influences des gnostiques, de Plotin et d'Aristote se combinent pour susciter le Sepher Jetzira (le Livre de la création attribué à Abraham) ;

2- l'époque du Sepher ha-Zohar, le Livre de la splendeur (recueil de commentaires du Pentateuque qui constitue l'ensemble le plus important de la littérature hébraïque et kabbalistique, réunit plusieurs traditions ésotériques et tente de trouver le sens caché des textes bibliques par l'étude mystique et symbolique des nombres), écrit en araméen, au XIIIe siècle, par Moïse de Léon (qui s’inspira des écrits de Simon bar Yohai lequel aurait reçu, au IIIe siècle, ces révélations du prophète Elie) ;

3- l'époque de la cabale proprement dite (XVe s.), dont l'auteur principal est Isaac Louria.

La doctrine cabalistique dégage, par un travail de systématisation et de formalisation, la théologie incluse dans la Bible.
C'est une philosophie de l'émanation, étudiant les intermédiaires entre Dieu et le monde, qui se répartissent en 4 degrés ou hypostases : Dieu (atsiouth), la création (béria), la formation (jetsira) et l'homme ('hassia).
La révélation même est rendue possible à travers ce schéma, qui lie directement l'existence humaine à la sagesse divine.
L’Arbre de Vie ou Arbre des Sephiroth symbolise les lois de l'univers ; il représente le processus de création mettant à l'oeuvre, tant dans le macrocosme qu'est l'univers que dans le microcosme qu'est l'être humain, des énergies ou puissances créatrices émanant du Créateur.
Les sephiroth (émanations, numérations ou encore nombres), représentées par des cercles, sont étapes, épreuves, champs de conscience et forces en action dans la réalité que nous percevons 1.
Les 10 sephiroth et les 22 chemins (qui les relient entre elles) associés aux 22 lettres de l'alphabet hébreu, sont les 32 voies de Sagesse.
Selon la kabbale, Dieu a créé le monde parce qu'il désirait "pouvoir contempler Son Propre Visage". Dans l'Arbre sephirotique, la Descente Divine s'effectue de sephirah en sephirah, depuis Keter ou Kéther (la Couronne), représentant l’étincelle divine (le "Je suis" primordial), jusqu'à Malkout ou Malkuth (le Royaume, l’Univers), symbolisant la présence de Dieu dans la matière. Elle passe par Hochma ou Chokmah (la Sagesse), Binah (l'Intelligence, la Compréhension), Hesed ou Chesed (la Grâce, la Miséricorde), Gevoura ou Geburah (la Force, la Sévérité), Tepheret ou Tiphereth (la Beauté, l’Equilibre), Netzah (la Victoire), Hod (la Gloire, le Savoir) et Yesod (le Fondement de l’incarnation) 4.
A chaque sephirah, correspond un archange (Kether : Metatron ; Hokhmah : Ratziel ; Binah : Tsaphkiel ; Hessed : Tsadkiel ; Gebourah : Khamaël ; Tiphereth : Michel ; Netzach : Haniel ; Hod : Raphaël ; Yesod : Gabriel ; Malkouth : Sandalphon) et une partie du corps humain.


L'arbre séphirothique 10

La cabale s'oppose au Talmud qui étudie le détail du texte et le contenu concret des histoires qui y sont racontées.

Pour Albert Pike (1809-1891), la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale 3.
Il est avéré que la franc-maçonnerie et les sociétés ésotériques des 18e et 19e siècles ont puisé sans retenue dans la kabbale. 2

La kabbale accorde une grande importance aux anges et à leurs légions, lesquels sont souvent sollicités dans les opérations de magie.

D'autres kabbalistes, qui ne sont ni de religion juive, ni experts du Zohar, mais plutôt mages, ne gardent de cette science religieuse que les aspects chimériques et mystérieux, attribuant une appartenance kabbaliste à Orphée, Homère, Moïse et autres prophètes.

La plupart des conjurations kabbalistiques commencent par le mot AGLA composé des lettres initiales des mots hébreux Athah Gabor Leolah Adonai (אתה גבור לעולם אדני) 8 ou Ata Gibor Leolam Adonai 9, ou encore Aieth Gadol Leolam Adonai, fameuse formule hébraïque kabbalistique d'exorcisme signifiant : "Tu es puissant et éternel, Seigneur" ou "Tu es puissant à jamais, Seigneur".

Les innombrables démons mentionnés dans la Kabbale, ont des origines diverses mais certains d’entre eux, ont été engendrés par Adam et Eve dans des circonstances singulières : ces derniers auraient eu des relations nocturnes avec des succubes et des incubes.
Cette démonologie ne cesse de se compliquer à mesure que les commentateurs ou les traducteurs de la Kabbale ajoutent leurs propres élucubrations.
La popularité des démons subit maintes fluctuations et les traditions démoniaques chrétiennes ont toujours accordé un rôle plus important à Belzébuth ou à Asmodée qu’à Belphégor ou à Astaroth.


Le Centre de la Kabbale

En 1962, à Los Angeles (USA), Philip Berg fonde le Centre de la Kabbale (The Kabbalah Centre).
Philip Berg, né Feivel Gruberger à Brooklyn (mort en 2013), commence sa carrière en tant qu’agent d’assurances. Mais, en 1962, un voyage en Israël va changer sa vie. Il rencontre Rav Yéhouda Brandwein, élève du Rav Ashlag (auteur du Soulam, un commentaire sur le Zohar) et fondateur d’une yéchiva nommée Kol Yéhouda. Peu après, Feivel Gruberger épouse la nièce de celui-ci dont il divorcera dans les années 70.
C’est de cette proximité familiale avec un véritable kabbaliste que Philip Berg tire tout son savoir ésotérique.
La famille de Rav Ashlag lui confie, à un moment, la diffusion du Zohar accompagné du Soulam mais, Gruberger, de retour aux Etats-Unis, vend l’œuvre pour son propre compte sans penser à reverser des droits d’auteur aux héritiers du rabbin. Il prend le nom de Docteur Philip Berg, s’autoproclame "le plus grand kabbaliste du monde" et fonde le Centre de la Kabbale, censé diffuser la lumière du Zohar...
Suite à l’attaque cérébrale de Philip Berg en 2004, sa femme et ses deux fils, co-directeurs du Centre, ont pris la direction effective des opérations. 5
De nombreux rabbins voient dans ce mouvement néo-kabbaliste, non seulement une appropriation mercantile de leur patrimoine culturel, mais également une dérive sectaire. 6
Le fin bracelet rouge qui orne le poignet des adeptes du Centre de la Kabbale serait un talisman protecteur contre "l'œil du diable". Pour le mettre, il faut procéder à un rituel traditionnel consistant à tourner sept fois le fil rouge autour du poignet gauche en récitant une prière hébraïque fournie avec le mode d'emploi. Une fois le bracelet noué, on doit le garder entre 28 jours et 7 semaines, soit une période incluant un seul cycle lunaire complet. Il est ensuite remplacé... ou non si l'on renonce à la Kabbale. 11


Citations

Une âme aventurée dans le vestibule de l'enfer, perdue dans les antres de la cabale. (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831)

Chez les Juifs, la Cabale consistait en une interprétation mystérieuse de la Bible, fondée sur la tradition, ou communiquée par les anges, ou enfin déduite de quelque combinaison arbitraire de mots ou de lettres. (Louis Charles Dezobry, +1871)


Notes
1 http://www.kabbale.org/arbre_arbre.htm
2 Dictionnaire de la Franc-maçonnerie. Actualité de l’Histoire. 1999
3 Morals And Dogma, 1871
4 Le langage secret des symboles. David Fontana. Duncan Baird Publishers. 1993
5 http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Berg
6 http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_de_la_Kabbale
7 "A en croire les Juifs, la cabale est une tradition d'origine divine, aussi ancienne que le genre humain ; car Raziel, l'ange des mystères, l'enseigna par l'ordre de Dieu à Adam, lorsque celui-ci fut chassé du paradis terrestre. Révélée de nouveau à Moïse au moment même où il recevait de Jéhovah la loi sur le mont Sinaï, elle fut, depuis lors, grâce à une transmission orale, conservée par quelques sages dans toute sa pureté jusqu'au retour de la captivité de Babylone. Quelque attrayante que soit pour un esprit mystique cette origine fabuleuse, elle ne s'appuie, cela va sans dire, sur aucun fondement, et cette prétention à une révélation immédiate et primitive est trop dans l'essence de tous les systèmes religieux pour qu'elle doive surprendre. En réalité, la cabale est née chez les Juifs deux siècles environ avant notre ère. Formée du mélange des idées orientales et du mosaïsme à l'époque de la captivité, elle s'est développée en quelque sorte par une élaboration silencieuse, notamment dans la secte des caraïtes, et elle n'a atteint son développement définitif qu'au temps de Philon et des écoles alexandrines. La kabbale, dès son origine, dit un savant de premier ordre M. Franck, se partageait en deux branches : l'une, qu'on appelait l'Histoire de la Genèse (Maasseh' bereschit), était une explication symbolique de la création ou une théorie de la nature ; l'autre, ayant pour titre l'Histoire du char céleste (Maasseh merkabad), c'est-à-dire du char dont il est question dans la vision de Ezéchiel, formait un système de théologie et de métaphysique, où le développement nécessaire des attributs divins était représenté comme la cause de tous les êtres. On n'attribuait pas à la première le même degré de sainteté et d'importance qu'à la seconde. Celle-ci ne devait être divulguée qu'avec des précautions et des restrictions infinies. Peu à peu on rédigea ces deux sciences, d'abord confiées exclusivement à la mémoire des adeptes. Quelques rares manuscrits, conçus dans le style des anciens oracles, passaient mystérieusement de mains en mains en augmentant sans cesse de volume. Ainsi se formèrent, dans l'espace de plusieurs siècles, les deux principaux et plus anciens monuments de la kabbale, le Sepher iecirah et le Zohar ; dont le premier correspond à l'Histoire de la Genèse, et le second à l'Histoire du char céleste, Nous ne considérons donc ni l'un ni l'autre comme l'ouvrage, d'un seul auteur. Nous n'attribuons pas, comme on l'a fait longtemps et sans motif, le Sepher iecirah à Akibah, ni le Zohar à Simon-ben-Zochaï, bien que celui-ci et ses disciples y aient, selon toute apparence, la plus grande part ; et, par ce moyen, s'évanouissent à la fois toutes les difficultés qu'on a élevées contre l'authenticité de ce livre." (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse.)
8 http://en.wikipedia.org/wiki/AGLA
9 http://www.theurgie.com/kabbale.html
10 http://www.kabbale.eu/wp-content/uploads/2010/01/tolangels.jpg
11 http://mon.astrocenter.fr/prediction/mag/E0072-kabbale-stars


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 15/11/2017

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