Lin, évêque de Rome

L’absence de sources fiables met au conditionnel l’ensemble de la vie de Lin, reconnu par l'Eglise comme deuxième évêque de Rome.
Linus, fils de l'ancien gladiateur breton (de l'Ile de Bretagne) Herculanus 7 et de Claudia 13 de la famille des Mauri, est né vers 18 à Volterra en Toscane.
Il a été converti et ordonné prêtre en 44 par l'apôtre Pierre auquel il succéda (selon Irénée de Lyon) en 67.
Irénée indique que Lin reçut des apôtres eux-mêmes la charge d'évêque.
Pierre, se rendant en Orient (où il participa en 48/49 au concile de Jérusalem), lui confia la conduite de l’Eglise. 

Une tradition fait de Lin le premier évêque de Besançon (Vesontio) où il convertit le tribun Onasius ; chassé de la ville après qu'il eut appelé la foudre sur les faux dieux de la ville, Lin revint à Rome vers 56.
"Certains affirment qu’il fut [...] envoyé dans les Gaules pour y porter le flambeau de la foi, et une tradition veut que Besançon (qui le fête au 26 novembre) eut le bonheur de le recevoir et de l'avoir pour premier évêque. Il y aurait logé chez le tribun Onasius, que ses exhortations convertirent ; Lin aurait fait de cette maison en une petite église consacrée en l'honneur de la résurrection du Sauveur, de la sainte Vierge et de saint Etienne, premier martyr. Le nombre des fidèles, dit-on, s'augmentait de jour en jour, quand les païens firent une fête solennelle en l'honneur de leurs dieux où ils devaient leur offrir beaucoup de sacrifices ; saint Lin qui voulait les détourner de ce culte, se transporta sur la place, il leur dit : « Que faites-vous, mes chers enfants ? Quelle marque de divinité voyez-vous dans ces simulacres que vous adorez ? Ce ne sont que des statues qui n'ont ni esprit ni sentiment, et qui ne représentent que des hommes dont l'incontinence et l'impiété ont été toutes publiques. Ces idoles de pierre et de cuivre ne méritent nullement vos respects, c'est à Dieu seul, créateur du ciel et de la terre, que vous devez offrir des victimes. Quittez donc ce culte sacrilège et acquiescez aux vérités que je vous prêche. » Ce fut comme un coup de tonnerre qui jeta par terre l'une des colonnes du temple et mit en poudre l'idole qu’elle soutenait. Un si grand prodige qui aurait dû les yeux à ces peuples, les endurcit davantage : se jetant tumultueusement sur leur apôtre, ils le chassèrent sur l’heure de la ville. Voilà quelle est la tradition de Besançon qui honore saint Lin comme son premier évêque." 8
Il y a probablement eu confusion entre l'évêque de Rome et un homonyme évêque de Besançon au début du IIIe siècle.
"Tous les anciens catalogues de l'église de Besançon nomment saint Lin pour évêque. Cela prouve qu'il y a eu en effet un Lin évêque de Besançon mais nullement que ce Lin ait été le disciple de saint Pierre et son successeur sur le siège de Rome. On doit dire au contraire que quoique saint Lin évêque de Besançon n'ait été que le successeur immédiat de saint Ferréol (martyr vers 212, ndlr) sur le siège de cette église on l'a cependant mis avant lui dans les catalogues par une erreur commune à plusieurs églises qui ayant eu des évêques du nom des disciples de Jésus Christ ou des apôtres ont supposé qu'ils avaient été leurs premiers évêques." 9
L'actuelle église Sainte-Madeleine, construite au 18ème siècle, remplaça l'église érigée par l'archevêque Hugues Ier de Salins au 11ème siècle, elle-même édifiée sur l'emplacement du baptistère de Lin (fin 3e/début 4e siècle).

Dans sa seconde épître à Timothée (4,21), l'apôtre Paul mentionne "Linus" parmi les principaux chrétiens de la ville de Rome : "Eubulus, Pudens, Linus, Claudia, et tous les frères te saluent. "

Voici ce que la tradition rapporte sur Lin : "Lin, Pape, né en Toscane à Volterra, gouverna le premier l'Eglise à la suite de Pierre. Si grandes étaient sa foi et sa sainteté que non seulement il chassait les démons, mais ressuscitait aussi les morts. Il écrivit les actes du bienheureux Pierre, et spécialement ce qu'il avait fait contre Simon le magicien. II décréta qu'aucune femme n'entrerait dans l'église sans voile sur sa tête. La constance de sa foi chrétienne valut au Pontife une sentence de décapitation de la part de Saturninus, consulaire impie et ingrat, dont il avait délivré la fille que tourmentaient les démons. On l'ensevelit au Vatican près du tombeau du prince des Apôtres, le neuf des calendes d'octobre (23 septembre). Il siégea onze ans, deux mois, vingt-trois jours ; en deux fois, au mois de décembre, il créa quinze évêques et dix-huit prêtres." 10

Lin aurait introduit dans le canon de la messe la partie dite Communicantes : prière de la première partie du Canon romain, première Prière eucharistique, qui commence par ce mot latin Communicantes (Dans la communion de toute l’Église...) ; elle est un appel à l’intercession des saints dont une liste est donnée : la Vierge Marie, Joseph, les apôtres et quelques saints romains.
Il aurait ajouté aux vêtements liturgiques, le pallium, une bande de laine blanche à croix noires, symbole de l'autorité de l'évêque de Rome.
Son pontificat connut deux mouvements hérétiques : celui du gnostique Ménandre, disciple de Simon le Magicien (il administrait le baptême en son propre nom, en lui attribuant la capacité de donner l’immortalité, pratiquait la magie et le spiritisme), et celui des ébionites, judéo-chrétiens qui pratiquaient l'observance de la Loi de Moïse et n’étaient pas d’accord sur la naissance virginale de Jésus ni sur la notion de sa préexistence : Jésus était fils de Dieu, non par naissance, mais par adoption.
Les Actes de Pierre, attribués par la tradition à Lin, sont mentionnés comme apocryphes (c'est-à-dire non-admis dans le Canon des Ecritures) dans le Rescrit d'Innocent Ier (401-417) et le Décret de Gélase (492-496). Ils semblent avoir été composés vers 190, en Syrie ou en Palestine. On n’en possède pas le texte complet : la plus grande partie nous est parvenue dans une version latine appelée Actes de Verceil - Actus Vercellenses - (à cause du lieu où fut découvert le manuscrit) mais dont le véritable titre est Actus Petri cum Simone.
La Passion de saint Pierre et de saint Paul, attribuée à Lin, est également apocryphe. "Les deux livres qui portent le nom de saint Lin touchant la passion de saint Pierre et de saint Paul sont supposés et pleins de fables et d'erreurs. On y dit que saint Pierre fut martyrisé à l'insu de Néron, qu'une partie des magistrats romains étaient chrétiens, que la femme d'Albanus quitta son mari malgré lui par le conseil de saint Pierre, que saint Paul écrivit à Sénèque et Sénèque à saint Paul." 9

D'après le Liber Pontificalis 12, le corps de Lin fut enterré au Vatican, près de celui de Pierre.
Selon un manuscrit de l’abbé et érudit romain François-Marie Torrigio (1580-1650), quand la Confession de Saint-Pierre (la sépulture de Saint Pierre est appelée "confession de saint Pierre" ; le mot "confession" fait référence à la mort violente par laquelle l’apôtre a confessé - c’est-à-dire manifesté explicitement - son attachement au Christ) fut construite en 1615, on trouva un sarcophage sur lequel on pouvait lire les lettres "LINUS" ; mais la présence d'autres lettres effacées à côté de celles-ci, engendra incertitude et doute.

Lin est mentionné dans la première prière eucharistique du Canon de la Messe 14 : "Dans la communion de toute l’Eglise, nous voulons nommer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ, Saint Joseph son époux, les saints Apôtres et Martyrs Pierre et Paul, André, Jacques et Jean, Thomas, Jacques et Philippe, Barthélémy et Matthieu, Simon et Jude, Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien, et tous les saints."
Cependant Louis Moreri (1643-1680) et les dominicains Richard et Giraud font observer que le nom de Lin ne se trouve ni dans les calendriers romains, ni dans les Martyrologes de Jérôme (345-419), ni dans les Sacramentaires de Gélase (492-496) et de Grégoire (590-604).

Des spécialistes affirment que les noms, Lin et Clet, se rapportent à un même évêque de Rome : Anaclet (Quid).
En outre, quelques auteurs ont placé Clément (4e évêque de Rome) immédiatement après Pierre : "c'est que du vivant de cet apôtre et pendant un de ses voyages apostoliques il avait été son vicaire et avait administré pour lui les affaires de son siège " 11

Saint Lin, honoré comme martyr, est fêté le 23 septembre.
Réputé puissant exorciste et grand thaumaturge, il est représenté délivrant des possédés et ressuscitant un mort.
Deux dictons sont attachés à sa fête :
A la saint- Lin, récolte ton lin
A la Saint-Lin, fais rouir le lin.

La commune de Saint-Lin, seule en France à porter ce nom, est située dans le département des Deux-Sèvres (358 habitants).

La municipalité québécoise de Saint-Lin/Laurentides rappelle le souvenir de l'évêque de Rome Lin ; en effet, le 12 novembre 1828, fut érigée canoniquement la paroisse Saint-Lin-de-Lachenaie dont le territoire couvrait une partie des seigneuries de L'assomption, Lachenaie et Marsolet. (Wikipedia)

A Volterra de nombreuses statues, des bas-reliefs, des peintures, une rue du centre historique, des écoles, des gymnases, un monastère et l'Eglise érigée à l'endroit où se trouvait sa maison natale portent le nom de "Lino".
Quelques fragments d'os donnés par Urbain VIII à la cathédrale de Volterra se trouvent dans un buste en argent posé sur l'autel principal de la basilique.
Séjournant à Volterra les 25 et 26 août 1857, Pie IX proclama Lin patron principal de la ville et du diocèse.
Paul VI, recevant en hommage la statue en albâtre de st Lin, déclara "Volterra, soeur du diocèse car elle a donné à Rome, saint Lin, le premier successeur de Pierre".
Lors de sa visite pastorale à Volterra le 23 septembre 1989, jour de la Saint-Lin, Jean-Paul II alla prier dans l'Eglise érigée à l'endroit de la maison natale du saint : "Nous désirons vénérer aujourd'hui d'une manière particulière saint Lin, cet évêque de Rome, premier après la mort de l'apôtre Pierre et patron de votre Diocèse ; et aujourd'hui en célébrant l'Eucharistie au milieu de vous, je désire vénérer le saint martyr Lin, et je le fais avec une émotion particulière." 6


Chronologie des faits qui se sont produits dans les années 67 à 78 durant lesquelles Lin aurait été le deuxième évêque de Rome (les dates de son pontificat sont imprécises)

67
. Néron envoie en Judée, au printemps, le général Flavius Vespasien à la tête de trois légions (60.000 hommes). Nazareth est détruite. Sur le mont Garizim, Cerialis, légat de la Ve légion, fait passer 11.600 samaritains au fil de l'épée. La Galilée est reconquise. Néron voyage en Grèce : il se produit aux jeux Olympiques, inaugure les travaux de percement du canal de Corinthe (qui sera finalement réalisé en 1893) et accorde aux Grecs une exemption d’impôts. Néron, jaloux du succès du général Corbulo qui s'est illustré dans les combats contre les Parthes en Arménie, donne l’ordre de le mettre à mort : Corbulo se suicide avec son épée. Juillet [« pendant la 14ème année du règne de Néron », donc entre juillet 67 et juin 68 15], à Rome, sur la route d’Ostie, au lieudit Trois Fontaines (Aquae Salvae), Paul, parce qu’il est citoyen romain, a le privilège d’être décapité ; Néron déteste les philosophes et il considère que Paul en est un ; selon l’archéologue Giorgio Filippi, responsable du département épigraphique des Musées du Vatican, un sarcophage pouvant contenir les reliques de l’apôtre des gentils a été identifié en 2002-2003, lors de fouilles réalisées dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs édifiée sur le lieu de son exécution : « La tombe que nous avons découverte est celle que les papes et l’empereur Théodose (379-395) ont retenue et présentée au monde entier comme étant celle de l’apôtre » ; le 28 juin 2009, à la basilique romaine de Saint-Paul-hors-les-Murs, Benoît XVI, dans son homélie des vêpres, déclare : "Nous sommes réunis près de la tombe de l’apôtre dont le sarcophage, conservé sous l’autel pontifical, a fait récemment l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse. Un tout petit trou a été percé dans le sarcophage, qui n’a jamais été ouvert en tant de siècles, pour y introduire une sonde spéciale. Elle a permis de relever des traces d’un précieux tissu de lin coloré de pourpre, lamé d’or pur, et d’un tissu bleu à filaments de lin. On a aussi noté la présence de grains d’encens rouge et aussi de substances protéiques et calcaires. Par ailleurs, de minuscules fragments d’os, soumis par des experts qui en ignoraient la provenance à un examen au carbone 14, ont été identifiés comme appartenant à un être humain ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle. Cela paraît confirmer la tradition unanime et incontestée selon laquelle il s’agirait des restes de l’apôtre Paul". Après la mort de Paul qu’il a accompagné à Rome, Luc (né à Antioche, médecin) se retire en Béotie où il rédige probablement son évangile (il s’inspire de celui de Marc) et les Actes des Apôtres (avant 70) : il mourra, à Thèbes en Béotie, vers 80, âgé de 84 ans. La Sardaigne devient province impériale romaine.

68. En mars, Caius Julius Vindex, général romain d'origine gauloise (Aquitaine), propréteur de la Séquanaise, se révolte contre la tyrannie de Néron en faisant appel aux Gaulois : Séquanes, Éduens et Arvernes (il proclame empereur Sulpicius Galba, légat d'Espagne citérieure ; cette décision déplaît aux légions qui défendent le Rhin, aux Trévires, aux Lingons et aux Rèmes). En mai, désireux de satisfaire ses troupes, le légat 1 de Germanie supérieure, Verginius Rufus, met le siège devant Vesontio (Besançon) : Caïus Julius Vindex se porte au secours de la place (les généraux parlementent mais un malentendu éclate entre les armées ; les Gaulois de Vindex sont massacrés par les légions de Rufus ; Vindex se suicide en se perçant le flanc d’un coup d’épée). 8 juin, une partie de l’Empire reconnaît Galba pour empereur, le sénat et les prétoriens se rallient. 9 juin, abandonné par les prétoriens et déchu par le sénat qui le déclare "ennemi public", Néron s’enfuit dans une villa des environs de Rome et se suicide (selon Suétone, il donna l’ordre à son secrétaire Epaphrodite, un esclave affranchi, de l’aider à se trancher la gorge) ; le sénat inflige à Néron la "damnatio memoriae" (toute trace de son existence doit disparaître). Durant l'été, Vespasien détruit les bâtiments esséniens 2 de Khirbet Qumran et prend Jéricho. L'empereur Mingdi (58-75) fait construire le premier temple bouddhiste de Chine, le monastère du Cheval Blanc à Luoyang (Hénan), apportant ainsi une reconnaissance officielle à ce culte. A Yabneh (Syrie), le pacifiste pharisien, Yohannan ben Zakkaï, quitte Jérusalem secrètement et se rend au camp de Vespasien pour lui demander asile ; il est envoyé dans un camp de réfugié dans la ville de Yavné ou Jamnia (après la destruction de Jérusalem en 70, il constituera autour de lui un groupe de sages qui se réuniront pour donner à la Bible hébraïque sa forme finale, instituer des lois, rétablir le calendrier ; la cour de Yabneh remplacera ainsi le Sanhédrin 3 de Jérusalem, dissous en 70, et diffusera la culture rabbinique).

69. Le 2 janvier, les légions de Germanie proclament empereur leur général, Vitellius. Le 15 janvier, Galba, renversé par le néronien Othon, est égorgé par les prétoriens. Le 14 avril, à Bédriac, vaincu par les troupes de Vitellius, Othon se suicide. Le 17 avril, Vitellius est proclamé empereur. Le 1er juillet, à Alexandrie, les légions d’Orient proclament Vespasien empereur : Vespasien est accueilli avec faveur par le préfet Tiberius Julius Alexander, d’origine juive mais renégat, qui vient d’écraser la révolte juive et de ramener le calme à Alexandrie ; Titus, fils aîné de Vespasien, assiste à la consécration du taureau Apis : premier pas dans la voie qui amènera Domitien à ériger des temples aux dieux égyptiens, à Rome même. Révolte du Boïen Maric, simple paysan, qui, suivi par 8 000 compatriotes jusqu’à Autun, se proclame "libérateur des Gaules" ; capturé par l'armée romaine, il est jeté aux bêtes dans l’amphithéâtre de Lyon ; il n'est pas mis en pièces par les fauves et la foule le croit invulnérable ; Vitellius le fait cependant mettre à mort. En août, le sac de Flevum par la tribu des Canninefati marque le début de la révolte du batave Julius Civilis, commandant de troupes auxiliaires de Germanie, et du lingon, Julius Sabinus, qui, soutenu par les druides, soulève la Gaule contre Rome. 24 octobre, à Crémone, Vitellius est écrasé par les troupes du légat de l’Illyrie, Antonius Primus (l’armée du Danube) qui soutient Vespasien. 20 décembre, les partisans de Vespasien pénètrent dans Rome. 22 décembre, Vitellius est égorgé : son corps, déchiqueté par la foule, est traîné jusqu’au Tibre au bout d’un croc ; Vespasien fait une entrée triomphale et est reconnu empereur par le Sénat.

70. Le Batave Civilis, Sabinus, Classicus et Tutor, profitant des rivalités de Aulus Vitellius et de Vespasien (69-79), tentent de refaire une grande alliance gallo-germanique (autour de la prêtresse et prophétesse germaine Velléda de la tribu des Bructères) et s’installent à Cologne, mais les Bataves de l’embouchure du Rhin (conduits par Civilis) sont écrasés à Trèves par le général Petilius Cerialis, et les délégués (notables des cités), réunis à Reims en août, optent pour la fidélité à Rome et à l’empereur ; Civilis rentre dans l’alliance romaine ; Velléda continue la lutte mais, vaincue, elle figurera au triomphe du général Cerialis à Rome ; Julius Sabinus déclare qu’il va s’empoisonner et met le feu à sa maison, mais, avec sa femme Eponine, il se cache dans un souterrain près de Langres, jusqu'à ce qu'ils soient découverts en 78 et mis à mort en 79 ; Eponine, devenue chrétienne, insulte l'empereur Vespasien avant d'être exécutée : sainte Eponine est fêtée le 1er novembre. Le 4 août (9 ab 3830), les Romains, qui ont pris Jérusalem assiégée depuis avril, incendient le second Temple qui est complètement brûlé le 28 août. 2 septembre (8 eloul 3830), selon Flavius Josèphe (Guerre VI, 8-10), historien juif, né à Jérusalem et témoin : les Romains, commandée par Titus (fils de l’empereur Vespasien), pillent les palais et les habitations de la Ville Haute de Jérusalem qu’ils incendient entièrement ; Jérusalem est rasée sauf les trois tours du palais d'Hérode (Hippicus, Phasaél et Mariamne) et une partie de la muraille ; les habitants sont déportés comme esclaves ; c'est la fin de l’Etat juif jusqu’en 1948 ; Vespasien impose à tous les juifs de l'empire, un impôt à Jupiter Capitolin pour financer la reconstruction du Temple de Jupiter à Rome.

Entre 70 et 72. A Rome, construction du Colisée (jusqu'en 80).

70 à 79. Vespasien augmente les taxes et trouve de nouvelles entrées d'argent pour rétablir l'équilibre financier de l'Empire romain.

Entre 70 et 80. Rédaction de l’épître de Jude (ou Thaddée), frère de Jacques le Mineur, martyrisé en Perse (tombeau à Ardaze en Arménie) avec Simon le Zélote son demi-frère. Thaddée (Jude) prêcha au Pont, en Mésopotamie (à Edesse où il aurait converti le roi Abgarus), et en Perse avec Simon où ils luttèrent contre des magiciens. Ils furent tous deux égorgés vers 80.

71 ? En Arménie, martyre de Barthélemy ou Bartholomé (appelé Nathanaël dans l’Évangile de Jean), crucifié, écorché vif puis décapité à Albane (Albanopolis) en Arménie (tombeau à Caschkolé).

71. Titus rencontre à Zeugma une ambassade du roi des Parthes Vologèse Ier au début de l'année ; de retour à Antioche, il maintient les Juifs dans leurs privilèges, puis se rend à Alexandrie par Jérusalem afin d'embarquer pour Rome via Argos. Début de la deuxième guerre de Bretagne (fin en 84) ; les Romains construisent une forteresse à York (Eburacum). Juin, juillet ou août, triomphe 4 de Titus à Rome ; le chandelier (Ménorah), la table des pains de proposition et les 2 trompettes d'argent prises à Jérusalem sont exhibés au peuple. Vespasien ordonne la vente de toutes les terres de Judée et installe une colonie de vétérans à Emmaüs Nicopolis. La mention du culte d’Isis et des cultes alexandrins apparaît officiellement sur les monnaies impériales.

72. L’apôtre Thomas est transpercé par cinq lances à Calamine (Méliapour, aujourd'hui un quartier de Madras) après avoir été l'architecte d'un grand roi : c'est pourquoi, il est représenté avec une équerre ou une règle à la main (parfois aussi avec une des lances qui le transpercèrent) et est le saint patron des architectes et des experts ; ses reliques furent transférées, en l'an 394, du monastère de Mylapore (Méliapour) à la cité d'Édesse en Asie Mineure ; les communautés chrétiennes de l'Inde du Sud, dites des "chrétiens de saint Thomas", font remonter leur origine à la mission de l'apôtre saint Thomas et à l'apport d'une communauté qui serait venue de Syrie au IVe siècle sous la conduite d'un certain Thomas Kanna ; ces communautés se sont maintenues dans l'actuel État du Kerala ; selon des études présentées au colloque de Paris, fin 2012 par l'association EEChO (Enjeux de l'Étude du christianisme des origines), vers 64 ap. JC, des émissaires de l'empereur de Chine Mingdi, seraient venus chercher Thomas dans le sud de l'Inde, au Kerala, où il se trouvait : il resta en Chine trois ans et revint en Inde en 69 ; selon une autre tradition, Thomas mourut en Perse après avoir annoncé l'Évangile aux Parthes et aux Perses ; suite à la prise de Mossoul (Irak) par des djihadistes de l'Etat islamique en 9 juin 2014, les responsables de la communauté syro-orthodoxe locale ont mis en sécurité des reliques présumées de Saint Thomas, jusqu’ici vénérées dans l’église de la ville dédiée à l’Apôtre. Thomas aurait fondé l’Eglise syro-malabare ; on dit qu’après avoir évangélisé les Parthes, les Mèdes, les Perses, les Hyrcaniens et les Bactriens 10, il se rendit aux Indes ; selon le texte apocryphe des Actes de Thomas, Thomas l'apôtre incrédule, fêté le 3 juillet, partit évangéliser l'Inde et arriva, à la fin de l'an 52, au Kerala où il fonda sept églises.
Lucius Flavius Silva, légat de Judée, entreprend le siège de Massada, dernier bastion de résistance des Zélotes, qui tombera le 2 mai 73.

73. En février, en Chine, Bataille de Yiwulu : début de la guerre des Han contre les Xiongnu du Nord (jusqu'en 91). En mars, début de la Censure de Vespasien et Titus (fin en octobre 74) : ils s'en servent pour purger le Sénat des opposants, mais aussi pour l'ouvrir à de nouveaux membres, provinciaux ou italiques. 2 mai, après un siège de 7 mois, les Romains de la Legio X Fretensis commandée par Lucius Flavius Silva, conquièrent la forteresse de Massada, le dernier bastion juif ; à leur arrivée dans la place forte, les hommes découvrent que les défenseurs ont mis le feu à tous les bâtiments, à l’exception des entrepôts de nourriture et qu’ils sont tous morts (960 personnes) : chaque père a supprimé sa famille puis un tirage au sort a désigné 10 hommes pour exécuter les autres ; un second tirage au sort a désigné celui qui devait tuer les 9 autres (des tuiles servant au tirage au sort ont été retrouvées à Massada) ; le récit du "suicide collectif" semble avoir été rapporté à Flavius Josèphe par deux femmes qui ont échappé à la mort en se cachant dans une citerne avec leurs cinq enfants. Les chrétiens se réinstallent à Jérusalem.

74. Vespasien et Titus font entrer au Sénat des notables originaires d'Italie et des provinces occidentales. Vespasien accorde aux habitants des cités d'Espagne le droit latin mais il ne leur permet cependant pas d'accéder aux fonctions publiques (le droit latin, qui remontait au début de l’expansion romaine, fut réactivé par César qui accorda ce statut à plusieurs villes de la Narbonnaise ; la différence principale entre le droit latin et le droit romain, c’est le fait que, en droit latin, la citoyenneté romaine n’est pas attribuée à toute la population, mais seulement aux élites). En Germanie, les Romains occupent la vallée du Neckar. L'historien juif, Flavius Josèphe (37-100), commence à rédiger, en araméen, La Guerre des Juifs mais ce texte sera perdu : il sera refondu et remanié, dans une version grecque, avec des collaborations d'auteurs grecs, entre 75 et 79 (Pierre Vidal-Naquet, in Flavius Josèphe et la guerre des Juifs, Le Banquet, 2006).

Vers 75.
- Mort de Marc. Marc accompagna Barnabé et Paul dans leur mission et fut peut-être le secrétaire de Pierre à Rome vers 60 ou 61 puis il aurait fondé l’Eglise d’Alexandrie où il mourut (certains le considèrent comme l’évangélisateur de l’Egypte). Pierre lui aurait fourni les éléments de son évangile, le plus ancien, écrit dans les années 60. Au IXe siècle (828) des Vénitiens retrouvèrent ses restes en Egypte et les ramenèrent à Venise dont il devint le saint patron. " Des marchands vénitiens, étant allés à Alexandrie; firent tant par dons et par promesses auprès de deux prêtres, gardiens du corps de saint Marc, que ceux-ci le laissèrent enlever en cachette et emporter à Venise." (La Légende Dorée, Jacques De Voragine).

76. Le Pays de Galles est rattaché à Rome.

77. En Gaule, le cadastre, réalisé seulement dans les colonies romaines, est terminé. Le royaume parthe sombre dans l'anarchie à la mort de Vologèse Ier.

78. Pour ne pas déplaire au Sénat, Titus renvoie sa maîtresse Bérénice 5. Selon la tradition, Lin meurt le 23 septembre 78, décapité sur ordre de l'ingrat consul Saturninus dont il avait délivré la fille des démons qui la tourmentaient.


Notes
1 Sous l’Empire, le légat est un gouverneur de Province ou un commandant de légion ; sous la République, c’était un ambassadeur ou un militaire (lieutenant-général), dixit Larousse.
2 Les Esséniens étaient les membres d'une communauté juive fondée vers le IIe siècle av. J.-C., qui avait ses propres règles (système communautaire, pureté rituelle, végétarisme, etc.) Les archéologues pensent que les occupants du site de Qumrân sont probablement les auteurs des manuscrits de la mer Morte.
3 Le Sanhédrin est l’assemblée législative chargée notamment d’exercer la justice, de trancher les questions de doctrines et de traiter les affaires juives en interprétant la Loi juive.
4 Le triomphe romain était une série d’honneurs exceptionnels décernés par le Sénat à un général victorieux ; avec l’autorisation sénatoriale, le vainqueur défilait dans Rome à la tête de ses troupes, sous les acclamations de la foule, depuis la Porta Triumphalis, sur le Champ de Mars, jusqu’au temple de Jupiter Capitolin où le triomphateur célébrait un sacrifice solennel ; de grands banquets étaient ensuite offerts aux magistrats de la cité, parfois même aux soldats et au peuple tout entier.
5 Bérénice, princesse de Judée, fille d'Hérode Agrippa Ier, fut successivement la femme de Marcus, fils d’un magistrat d’Alexandrie, de son oncle Hérode (mort en 48), souverain de Chalcis, et de Ptolémon II, roi de Cilicie. Abandonnant Ptolémon II, elle vécut un moment avec son frère, le roi Hérode Agrippa II de Judée, avec lequel elle fut accusée d’inceste. Durant son séjour à la cour de son frère, l’apôtre Paul comparut devant un tribunal où figuraient Bérénice, Hérode Agrippa II et Porcius Festus, procurateur romain de Judée (Actes 25,26). À l’issue de ce procès, Paul fut envoyé à Rome. Lorsque Titus, futur empereur de Rome (79-81), se trouva en Judée, il fit de Bérénice sa maîtresse, l’emmena à Rome (70) mais renonça à l’épouser face à l’opposition du peuple romain.
6 Mario Canessa, www.livornotop.com/collabora/canessa/francese%201.htm
7 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, Pierre Larousse
8 missel.free.fr/Sanctoral/09/23.php
9 Bibliothèque sacrée, ou Dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, par les Révérends Pères Richard et Giraud dominicains, Charles Louis Richard, 1827
10 L'année liturgique, Dom Guéranger, Abbaye Saint Benoît de Port-Valais.
11 Dictionnaire historique ou Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, François-Xavier Feller
12 Le Livre des papes, rédigé par divers clercs du haut Moyen Âge, est une suite de notices biographiques des différents évêques de Rome, dans l’ordre chronologique, des origines jusqu’à la fin du IXe siècle
13 Selon une autre tradition, Lin et sa soeur Claudia (fêtée le 7 août) qui épousa Rufus Pudens, étaient les enfants de Caractacos ou Caractacus (Caradoc) chef des Trinovantes de Britannia. Caradoc avait été emmené à Rome en 51 de notre ère après qu'il eut fomenté une révolte contre les Romains ; il obtint le pardon de l'empereur Claude et put retourner dans son pays en 57.
14 La première prière eucharistique appelée Canon de la Messe que les spécialistes datent de la fin du IVe siècle, est attribué à Ambroise (+397) ou à un de ses disciples (cependant le Sacramentaire gélasien, à la fin du VIe siècle, est le plus ancien texte liturgique comportant le Canon). Ce Canon fut durant des siècles et jusqu’au Concile Vatican II l’unique Canon de l’Eglise latine.
15 http://carmelsaint-maur.blogspot.fr/2011/01/saint-paul-remy-jobard-8.html

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 20/08/2017

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