Lucius ou Luce III

Ubaldo Allucingoli naît à Lucques.
Il est prêtre-cardinal puis évêque-cardinal. Bien que peu lettré, il est chargé par Innocent II et Adrien IV de diverses missions diplomatiques, dont il s’acquitte avec succès.
Elu pape le 1er septembre 1181, il choisit le nom de Lucius ; il est intronisé le 6.
Malgré le soutien de Frédéric Barberousse, Lucius III ne peut mettre un terme à l’indépendance de la commune de Rome ; chassé deux fois de Rome par ses sujets révoltés, il réside le plus souvent à Vérone où il terminera son existence.
Lucius III peut être considéré comme le véritable créateur de linquisition : il ordonne aux évêques de rechercher, par eux-mêmes ou par leurs subordonnés, les personnes suspectes d’hérésie, et de les abandonner, après que l’Eglise leur aura infligé les peines spirituelles, au bras séculier, auquel incombe l’exercice des peines temporelles.

Prophétie de Malachie : Lux in ostio (La lumière en la porte).


1181. 1er septembre, élection du pape ; il est intronisé le 6.

1182. Massacre des "Latins" de Constantinople par la foule excitée par les prêtres orthodoxes ; le légat pontifical, le cardinal Jean, est décapité et sa tête attachée à la queue d’un chien ; 3 000 tués ; 4 000 occidentaux sont vendus aux Turcs comme esclaves. Philippe Auguste qui, selon les Chroniques de Saint Denis, croit aux rumeurs qui accusent les juifs de meurtre rituel, fait prendre les juifs dans les synagogues et les bannit du royaume (ils se réfugient en Champagne et surtout à Rouen ; le roi reviendra sur sa décision en 1198 mais en les taxant).

1183. 18 juin, Saladin prend Alep et capture l’escadre franque qui tentait une expédition vers Médine, des croisés sont égorgés à La Mecque. 15 août, Le Puy-en-Velay, lors de la procession de l’Assomption, le charpentier Durand, qui aurait eu une vision de la Vierge, tient la vedette [en 1182, le bruit se répandit qu’un charpentier de la ville du Puy, nommé Durand, avait reçu de Dieu, dans une vision, l’ordre de prêcher l’oubli de toutes les haines et le rétablissement de la paix. L’évêque du Puy cautionna le visionnaire et la confrérie des Capuchonnés, Capuchons, Capuciés ou Chaperons Blancs se constitua dans le but de rétablir la paix dans une France dévastée par les bandes de routiers et les guerres privées des seigneurs. Les Capuciés portaient des capuchons de toile blanche et une plaque d’étain représentant la sainte Vierge portant l’Enfant. Le confrère s’engageait à ne pas fréquenter les tavernes, n’avoir pont de couteau, ne pas jurer... L’association fit de rapides progrès, notamment en Bourgogne et dans le Berry, et rassembla des milliers d’adhérents. En 1183, soutenue par un corps de chevaliers, elle massacra sans pitié un corps de sept mille Cottereaux près de Châteaudun. Malheureusement nombre de Capuciés, recrutés parmi les gens sans aveu, se mirent à commettre les actes de brigandage ; abandonnés par la noblesse et le haut clergé dont ils dénonçaient les abus et contre lesquels ils dressaient le peuple, ils furent exterminés en 1184 par les milices communales (entre autres celles de l’Auxerrois) aidées par les routiers. « Tous s’efforçaient de conquérir cette liberté qu’ils disaient tenir de leurs premiers parents dès le jour de la création, ignorant que la servitude a été la peine du péché » commenta l’évêque d’Auxerre]. En septembre, Andronic Ier Comnène se fait couronner empereur byzantin. 28 septembre, victoire ayyubide à la source de Tubania sur le régent du royaume de Jérusalem Guy de Lusignan. 29 septembre, les armées de Saladin et de Guy de Lusignan se font face en Galilée : Saladin se retire le 8 octobre. En octobre, Alexis II Comnène, empereur Byzantin, est étranglé par son tuteur et cousin Andronic Ier Comnène. 20 novembre, sacre de Baudouin V, co-roi de Jérusalem ; Saladin lance plusieurs raids contre le territoire de Renaud de Châtillon, assiège la forteresse de Kerak, mais fait épargner le secteur où se déroulent les noces de la belle-fille de Renaud ; Baudouin IV intervient et fait lever le siège le 4 décembre.

1184-1199. En Espagne, apogée du califat almohade sous al-Mansur conseillé par Averroès.

1184. Les Almohades obligent les juifs à porter des insignes distinctifs. 4 novembre, le concile de Vérone condamne le néomanichéisme ; les vaudois sont condamnés comme hérétiques ; le concile crée l’inquisition épiscopale : il donne ordre aux évêques de rechercher eux-mêmes les hérétiques ; il fait appel aux princes et aux seigneurs pour lutter contre l’hérésie sous peine d’excommunication ; il crée une Constitution qui fait des évêques les premiers inquisiteurs et qui livre aux bras séculiers clercs et laïcs coupables d’hérésie ; la bulle pontificale ad abolendam condamne les diverses formes d'hérésie : cathares, vaudois (le prédicateur lyonnais Pierre Valdès est excommunié), patarins, arnaldistes (partisans de Arnauld de Brescia [exécuté en 1155] qui préconisait que la papauté et le clergé renonçassent au pouvoir temporel et à leurs richesses) et humiliés (umiliati) de Lombardie (ils obtiendront en 1201 l'approbation d'Innocent III) et impose aux évêques de poursuivre les hérétiques dans leur diocèse et aux autorités publiques de leur prêter main-forte (les prélats sont en droit de demander aux fidèles de témoigner sous serment sur les activités des hérétiques qu'ils peuvent connaître).

1185. Au concile de Paris, Philippe Auguste ordonne à tous les prélats assemblés de faire le voyage de Jérusalem pour la défense de la foi. Philippe Auguste annexe les comtés d’Amiens et de Montdidier. 16 mars, mort de Baudouin IV, roi de Jérusalem (lèpre) ; dissensions chez les croisés entre les "poulains" (métis chrétiens nés en Terre sainte de pères chrétiens et de mères musulmanes converties) et les "occidentaux" dont le chef Guy de Lusignan devient roi de Jérusalem. A Marrakech, mort d’Ibn Tufayl, philosophe et médecin arabe : il fut le médecin du sultan auquel il présenta Averroès, qui le remplaça dans cette fonction en 1182 ; il a écrit : Le Guide qui sauve de l’erreur, La Visée la plus haute sur les plus beaux noms de Dieu, Traité sur la Confession religieuse excellente, Politique ; sa philosophie est la recherche d’un accord entre la philosophie héritée des Grecs et une authentique vie mystique inspirée par la méditation du Coran. 25 novembre, mort du pape et élection de son successeur Urbain III.


Sources

Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
16/03/2017
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