LES MAMELOUKS

De la milice au sultanat

Les mamelouks (de l’arabe "mamluk" = possédé) sont des enfants qui ont été achetés à des familles pauvres en Russie et en Asie centrale et acheminés jusqu’en Egypte par des marchands d’esclaves musulmans.
Constituée au XIIIe siècle, la milice des Mamelouks, composée d’esclaves blancs affranchis (essentiellement turcs et circassiens), forma rapidement une élite militaire. Devenus les gardes personnels de Malik al-Salih (al-Malik as-Sâlih Najm ad-Dîn Ayyûb), sultan ayyubide d'Egypte de 1240 à 1249, les Mamelouks gagnèrent en puissance jusqu’à menacer leurs maîtres.
En 1211, déjà, le commandant des forces mameloukes en Inde, Qutbuddin Aibak, s'était autoproclamé sultan de Delhi ; sa dynastie ne dura que jusqu’en 1290.
En 1220, lors de la 9ème croisade, les Mamelouks renversèrent le sultan ayyoubide.
Leur dynastie régna sur l’Égypte de 1250 à 1517.
L’Égypte fut dirigée, de 1250 à 1382, par les Mamelouks turcs kipchaks appelés Bahrites (de "bahr" = fleuve) parce que leur casernement se situait sur une île du Nil.
Elle fut ensuite gouvernée par des Mamelouks circassiens ou tcherkesses (d’origine caucasienne) nommés Burjites, Burdjites ou Bourjites (de "burj" = citadelle) parce que cantonnés dans la citadelle du Caire.
Les deux dynasties mameloukes firent de l’Égypte la principale puissance de la Méditerranée orientale.
Prétendant à un rôle dominant dans l’Islam, ils proclamèrent l’Égypte "royaume islamique" et accrurent le prestige attaché à celui-ci en installant au Caire le califat abbasside.
Centralisant le pouvoir et l’administration, ils intégrèrent au royaume les principautés syriennes.
À son apogée, l’Égypte des Mamelouks s’étendait jusqu’à la Cyrénaïque, à l’est, la Palestine et la Syrie, à l’ouest, et recouvrait même le Hedjaz.


Les Bahrites

Le 2 mai 1250, les Mamelouks bahrites assassinèrent le sultan ayyoubide, Al-Mu'adham (Touran-Shah) et proclamèrent sa veuve, Chajar al-Durr, sultane. Elle fut cependant contrainte à épouser le chef des Mamelouks, Izz al-Din Aybak.
Le principal instigateur du complot, Baybars (ou Baïbars), exilé en Syrie, dut attendre dix ans pour monter sur le trône (il régna de 1260 à 1277). Le sultan Baybars Ier vainquit les Mongols à Aïn Djalout en 1261. Le 8 avril 1271, il s'empara du Krak des Chevaliers (Hospitaliers).
Les Mamelouks continuèrent à acheter des esclaves, pour la plupart venus du Caucase, dont ils faisaient de redoutables soldats.
Le 18 mai 1291, le sultan mamelouk Malik Ashraf Khalil, fils de al-Mansur Qalâwûn (1280-1290), prit Saint-Jean-d’Acre (dernier bastion chrétien) et détruisit Nazareth, mettant fin au Royaume Franc. Les Francs, qui ne furent pas massacrés ou vendus comme esclaves, furent rejetés à la mer.
Dans tout le territoire mamelouk, le statut des dhimmis, juifs et chrétiens, fut durci en 1301.
C'est sous le règne d'al-Nasir Muhammad ibn Kalahun (1309-1340) que la population égyptienne devint en majorité musulmane, en raison notamment des pressions exercées sur les Coptes telles que l'interdiction de certaines fêtes religieuses.
Les Mamelouks dotèrent Jérusalem de mosquées et collèges, tandis qu’ils persécutaient les chrétiens et les juifs, les soumettant au port d’un signe distinctif : jaune pour les juifs, bleu pour les chrétiens.


Les Burjites

En 1382, les Burjites prirent à leur tour le pouvoir en la personne du sultan Barkuk. Alors que les Bahrites avaient instauré une succession héréditaire, les Burjites optèrent pour un système électif qui favorisa les rivalités internes et les révolutions de palais.
Barsbay (al-Malik al-Ashraf Sayf al-Din), 9ème sultan de la dynastie des Mamelouks tcherkesses, régna sur l’Egypte et la Syrie à partir de 1422. Il conquit Chypre en 1424–1426 et captura le roi Janus (Jean II) qui ne fut libéré que contre une forte rançon et le paiement annuel d’un tribut.
En 1448, le sultan mamelouk Djakmak interdit aux musulmans de se faire soigner par des non-musulmans.
Vers 1485–1491, les Ottomans entrèrent en guerre contre les Mamelouks. Le sultan Selim Ier, dit le Terrible ou le Cruel, combattit ces derniers de 1516 à 1517 :
- en Syrie où des dizaines de milliers d'Alaouites furent massacrés,
- en Palestine où Jérusalem passa sous la domination ottomane le 15 août 1516,
- en Égypte où, après avoir vaincu les Mamelouks au mont Mokattam, le 22 janvier 1517, il entra au Caire le 3 février (mais, Toûmân Bây - Al-Achraf Tuman Bay - élu sultan d'Égypte par les Mamelouks, y rentra secrètement et extermina le corps d'occupation ; Selim fut obligé de reprendre la ville rue par rue, maison par maison et Le Caire fut puni de sa révolte par le massacre de 50.000 habitants. Toumân Bây, réfugié chez un chef arabe qui lui était redevable, fut trahi par ce dernier et livré à Selim qui le fit pendre sous l'arcade de la porte Zowaïleh le 13 avril 1517 1).
- et au Hedjaz, plaçant désormais les villes saintes de La Mecque et Médine sous contrôle ottoman (17 juillet 1517).
Contre paiement d’un tribut annuel, Selim Ier permit aux Mamelouks de continuer à gouverner la Syrie et l’Egypte.
La révolte de 1766, dirigée par le bey mamelouk, Ali Bey al-Kabir, fut finalement maîtrisée par les Ottomans en 1777.
Les Mamelouks de Bagdad proclamèrent leur indépendance au XVIIIème siècle, et la conservèrent jusqu'en 1830.
Le 21 juillet 1798, en Egypte, à la bataille des Pyramides, l’armée française vainquit les Mamelouks de Mourad Bey. Napoléon choisit l'un d'eux, Roustan, et l’attacha à son service jusqu'à la fin de son règne. Une partie des Mamelouks, rallié à Bonaparte, forma d'abord un escadron de la garde impériale puis constitua un corps spécial (rattaché aux chasseurs à cheval de la Garde en 1804) qui servit notamment en Belgique. Après la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805), ils formèrent un régiment à part entière. Faisant partie des troupes d'occupation françaises à Madrid au moment de la révolte de mai 1808, ces musulmans attisèrent la haine des Espagnols contre Napoléon. Après la chute de l’Empire, pendant la Terreur blanche (1815), certains d'entre eux furent assassinés à Marseille.
Le 1er mars 1811, au Caire, le sultan Méhémet Ali (ou Muhammad Ali), nommé vice-roi d’Egypte par Bonaparte en 1804, désireux d’en finir avec la menace latente que constituaient les Mamelouks, fit massacrer 470 de leurs beys qu’il avait invités à la Citadelle. Les Mamelouks survivants se réfugièrent à Dongola et se mirent à recruter des esclaves noirs.


Mamelouk ottoman en habit ordinaire (1779)


Note
1 http://www.cosmovisions.com/ChronoEgypteMamelouks.htm (Paul Ravaisse)


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/01/2017

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