Marcellin, évêque de Rome

Marcellin, natif de Rome, est évêque de Rome du 30 juin 296 au 24 octobre 304.
Il pratique l’exorcisme.
A partir de l'édit du 24 février 303, a lieu la terrible persécution de Dioclétien.
D'après Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, Marcellin, qui, contraint, aurait manqué de courage en sacrifiant aux idoles, « se repentit beaucoup, pleura et se déposa lui-même ; cependant, toute la foule le réélut encore. Les Césars, qui apprirent cela, firent saisir Marcellin une seconde fois, et comme il ne voulait absolument pas sacrifier, ils commandèrent de le décapiter. La fureur des ennemis se ralluma, en sorte que dans l’espace d’un mois, 17 000 chrétiens furent mis à mort. Marcellin qui devait être décapité, s’avoua indigne de la sépulture chrétienne ; en conséquence il excommunia tous ceux qui auraient la présomption de l’ensevelir. C’est pourquoi son corps resta 35 jours sans sépulture. Après ce temps, saint Pierre, apôtre, apparut à Marcel I, son successeur, et lui dit : « Frère Marcel, pourquoi ne m’ensevelis-tu pas ? » Seigneur, lui répondit Marcel, n’êtes-vous pas déjà enseveli ? » L’apôtre lui dit : « Je me répute non enseveli, tant que je verrai Marcellin sans sépulture. » « Mais, Seigneur, lui répartit Marcel, est-ce que vous ne savez pas qu’il a anathématisé tous ceux qui l’enseveliraient ? » Pierre dit : « N’est-il pas écrit : celui qui s’humilie sera élevé ? C’est à cela qu’il fallait faire attention ; allez donc l’ensevelir à mes pieds. » Il y alla aussitôt et accomplit honorablement les ordres de saint Pierre. »
Saint Marcellin est fêté le 25 octobre.

"Selon la tradition, Marcellin gouverna l'Eglise sous la cruelle persécution de l'empereur Dioclétien. La coupable sévérité de plusieurs qui lui reprochaient une trop grande indulgence à l'égard des chrétiens tombés dans l'idolâtrie 1, lui suscita des épreuves nombreuses ; on l'accusa même calomnieusement d'avoir offert de l'encens aux idoles. Mais ce bienheureux Pontife eut la tête tranchée pour la confession de la foi, en compagnie de trois autres chrétiens nommés Claude, Cyrinus et Antonin. Leurs corps demeurèrent exposés sans sépulture par ordre de l'empereur ; mais au bout de trente-six jours, le bienheureux Marcel, averti en songe par saint Pierre, les fit ensevelir avec honneur dans le Cimetière de Priscille, sur la voie Salaria, au milieu d'un cortège de prêtres el de diacres, au chant des hymnes et à la lueur des flambeaux (...) Dans le cours de son pontificat, Marcellin fit deux ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quatre prêtres et cinq évêques pour divers lieux." 2

"Son pontificat commença dans une ère de paix pour s'achever dans la persécution de Dioclétien qui fit détruire les églises déjà ouvertes et brûler les Livres Saints. Les fidèles étaient privés de leurs charges. Selon les régions, la persécution fut plus ou moins violente. La bibliothèque de l'Eglise romaine fut détruite et les supplices commencèrent envers les chrétiens qui refusaient de sacrifier aux dieux. Une tradition veut même que saint Marcellin aurait cédé à un moment donné, mais l'évêque de Rome se reprit et mourut martyr par fidélité à sa foi en Jésus-Christ." 3


296. 30 juin, Marcellin est élu évêque de Rome.

297. D’Alexandrie, l’empereur Dioclétien adresse au proconsul d’Afrique, Julianus, un édit (dit "du Maximum") stigmatisant la "pernicieuse et monstrueuse nouveauté introduite par la nation perse dans l’Empire romain" ; l’édit condamne le manichéisme comme anti-romain ; les chefs de la secte manichéenne encourent la mort et la confiscation de leurs biens.

301. Au concile d’Alexandrie, Mélèce, évêque de Lycopolis (Haute Egypte), convaincu d’avoir sacrifié aux idoles, est déposé. 3 septembre, date traditionnelle de la fondation de la République de Saint-Marin (fête nationale).

302. En Arménie, Grégoire l’Illuminateur, fils d’un prince parthe réfugié à la cour du roi d’Arménie, convertit le roi Tiridate II (ou III) et les membres de sa cour ; le roi adopte le christianisme comme religion officielle de l’Arménie, l’Arménie est le premier royaume chrétien.

303-311. Grande persécution de Dioclétien (il applique le rescrit de Trajan), la plus violente. Dioclétien veut détruire le christianisme : 4 édits (24 février 303, printemps 303, automne 303 et début 304), appliqués jusqu’en 311, interdisent le culte chrétien, condamnent au supplice les clercs qui refusent d’abjurer, condamnent à mort ou aux travaux forcés ceux qui ne participent pas à un sacrifice général aux dieux tutélaires, ordonnent l’épuration de l’armée et de la cour et la destruction des lieux de culte et des livres sacrés, dépouillent les chrétiens de leurs droits de citoyens et d'hommes libres, réduisent à la condition d'esclaves dans les bains et autres endroits publics les jeunes filles chrétiennes qui refusent d'assister aux sacrifices païens ; le christianisme conquiert néanmoins plus de 50% de la population.

303. 24 février, premier édit : destruction des édifices de cultes chrétiens et des écrits chrétiens, privation des charges, de dignités et de droits pour les aristocrates chrétiens. 7 mars, Perpétue et Félicité, ainsi que Saturus, Saturninus, Revocatus et Secundulus, sont martyrisées dans l’Amphitheatrum Castrense de Carthage. Deuxième édit du printemps 303 : arrestation du clergé ; on s'aperçoit de l'immense densité des chrétiens surtout en Orient. A Nicomédie, martyre de Georges, prince de Cappadoce, officier romain et chrétien 6. Troisième édit de l'automne 303 : obligation pour les clercs de sacrifier.

Vers 304. A Rome, mort du philosophe néoplatonicien Porphyre, disciple de Plotin, défenseur de l’hellénisme, adversaire des chrétiens mais hostile aux sacrifices sanglants, et partisan de la magie pour s’unir à Dieu.

304. Quatrième édit du début 304 : obligation pour tous les chrétiens de sacrifier. « Nous ne pouvons pas vivre sans dimanche » répondent au proconsul de Carthage des chrétiens arrêtés pour rassemblement illicite. 24 octobre, décapitation de Marcellin.


Vacance du Saint-Siège.

Il existe un intervalle de 4 ans entre Marcellin et Marcel Ier. Certains historiens pensent que ces deux évêques de Rome étaient en fait la même personne ; la plupart rejettent cette hypothèse.

305-313. Persécutions et édits de tolérance alternent.

305. 1er mai, les Augustes Maximien (Occident) et Dioclétien (Orient) abdiquent (Dioclétien se retire à Salone en Dalmatie ; Maximien reprendra le pouvoir en 306 avec l’aide de son fils Maxence) : Constance devient "Auguste" avec Galère ; Constance Chlore met un terme aux persécutions contre les chrétiens dans ses territoires et conduit une armée pour soumettre les Pictes d’Ecosse. Persécution de Galère. Au concile de Syrte (Libye), 11 ou 12 évêques, coupables d’avoir livré les saintes Ecritures pendant la persécution, se donnent réciproquement l’absolution de ce crime : ces "traditeurs" provoqueront le schisme des donatistes. Antoine le Grand (+ 356) établit des ermitages en Egypte et se prononce en faveur du célibat des prêtres. 19 septembre, près de Pouzzoles (au nord du golfe de Naples), Janvier, évêque de Bénévent, est décapité 5.

305-306. Concile d’Elvira (Espagne) auquel on attribue 81 canons pénitentiaux : « S’ils sont mariés en entrant dans les ordres, les évêques, prêtres et diacres ne doivent plus avoir de commerce charnel avec leurs femmes, sous peine de déposition » (Canon 33) ; le canon 54 punit d’excommunication la femme qui se fait avorter ; les pédophiles, même mourants, sont exclus de la communion (canon 71) ; un diacre ayant commis un crime secret avant son ordination, s’il le confesse ensuite de lui-même, sera mis en pénitence pendant 3 ans, mais si un autre le découvre, sa pénitence sera de 5 ans, après lesquels il sera réduit à la communion laïque ; les chrétiens ne doivent plus observer le jeûne du Sabbat ni demander à un juif de bénir leurs champs ; chrétiens et juifs ne doivent pas partager leurs repas ni se marier entre eux (les Juifs sont de plus en plus nombreux et influents dans la péninsule ibérique) ; celui qui tuera son esclave devra faire pénitence pendant sept ans ; il est interdit de faire des images de Jésus.

306. Au début de l'année, Constance Chlore et son fils Constantin repoussent les Pictes. 25 juillet, mort de Constance Chlore à Eburacum (York) : Constantin est proclamé empereur par l’armée ; il s'installe à Trèves. Les Francs (Chamaves, Bructères et Chérusques) passent le Rhin, mais sont repoussés par Constantin Ier, qui reconstruit le pont de Cologne sur le Rhin et les poursuit sur l'autre rive ; leurs chefs Ascaric et Mérogaise sont livrés aux bêtes sauvages dans l'amphithéâtre de Trèves. 28 octobre, Maxence, le fils de Maximien, à l'exemple de Constantin, est proclamé "Auguste" par la Garde prétorienne et le peuple de Rome ; il prend le contrôle de l'Italie, de l'Espagne et de l'Afrique ; son père profite des circonstances pour reprendre le pouvoir ; avec 6 empereurs, dont 5 Augustes (Galère et Sévère légitimes, Constantin, Maxence et Maximien usurpateurs) et 1 César (Maximin II Daïa) le système tétrarchique s'effondre.

307. 31 mars, Constantin Ier, séparé de Minervina, épouse Fausta, fille de Maximien Hercule qui le reconnaît comme "Auguste". En avril, Sévère, abandonné par ses troupes, est vaincu par Maxence après une tentative de marche sur Rome ; réfugié à Ravenne, il accepte d'abdiquer si on lui laisse la vie sauve ; il est mis en prison à Rome tandis que Maxence et Maximien s'emparent de ses possessions du nord de l'Italie et du Haut-Danube. En été, Constantin est en Bretagne ; Galère mène une campagne sur le Danube ; Maxence et Maximien, prévoyant une attaque de Galère, mettent l'Italie et Rome en défense. 16 septembre, Sévère se donne la mort (ou est exécuté) en prison à Tres Tabernae près de Rome. En automne, à Interamna, Galère abandonner une seconde invasion de l'Italie du fait de la déloyauté de son armée ; Maxence réoccupe le nord de l'Italie, puis s'assure par ses agents de la loyauté de l'Espagne, ce qui déplait à Constantin. 7


Notes
1 Au cours des premiers siècles du christianisme, un "lapsi" (tombé) est un Chrétien qui a renié sa foi par peur des persécutions. Il existe trois types de "lapsi", chacun d'eux correspondant à une action que leurs persécuteurs leur demandaient d'effectuer pour renoncer à leurs croyances. Ils sont "thurificati" quand ils ont brûlé de l'encens pour honorer des dieux païens, "sacrificati" quand ils leur ont fait un sacrifice, et "libellatici" en tant qu'ils ont reçu un billet (libellus) des autorités impériales attestant qu'ils ont satisfait à cette obligation (certains l'obtenaient moyennant un paiement). L'Église considère tout d'abord cela comme un péché majeur. Cependant, grâce notamment à Cyprien, les Chrétiens lapsis repentis peuvent être réintégrés après une sérieuse pénitence. Par la suite, une partie intransigeante de l'Église qui refuse leur retour au sein de la communauté, provoquera le schisme de Novatien. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lapsi)
2 L'Année Liturgique, Dom Guéranger, 1841 à 1866, Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
3 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1039/Saint-Marcellin.html
4 Jacques de Voragine, La Légende dorée
5 La liquéfaction du sang de saint Janvier contenu dans deux petites ampoules se produit 3 fois par an : le 19 septembre, jour de la fête du saint, le premier samedi de mai et le 16 décembre, jour anniversaire de l’éruption du Vésuve en 1631, qui épargna Naples. Margarita Hack, une célèbre astrophysicienne italienne, annonce avoir découvert le secret de ce phénomène qui ne relève en rien du miracle : « Il s’agit simplement d’une composition chimique à base de fer, datant du Moyen Age, à l’état solide si on n’y touche pas mais qui devient liquide quand on l’agite ». Selon cette scientifique, la composition peut être « facilement effectuée en laboratoire » : chlorure de fer, carbonate de calcium et chlorure de sodium. Le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle par Pierre Larousse donnait déjà une formule : « On rougit de l’éther sulfurique avec de l’orcanette et l’on sature la teinture avec du sperma céti. Cette substance, qui reste figée à 10 degrés au-dessus de 0, se fond et bouillonne à 20 degrés. Il suffit de tenir quelque temps dans la main la fiole où elle est contenue ou de la mettre à proximité d’un cierge allumé, pour la faire entrer en ébullition ». En 1989, le cardinal de Naples a fait procéder à des analyses spectrographiques par le professeur Pier Luigi Baima Bollone, directeur de l’Institut de médecine légale de l’université de Turin, qui a conclu que les fioles contenaient bien de l’hémoglobine. L’Eglise catholique ne considère pas la liquéfaction du sang de Janvier comme un miracle, mais seulement comme un « événement prodigieux » (La Stampa). « Je puis déclarer que le miracle de saint Janvier n’est point une supercherie. Les prêtres sont de bonne foi ». (Montesquieu + 1755)
6 L’empereur Constantin fit construire une chapelle à Georges ; les chrétiens grecs lui donnèrent le titre de "Megalomartyr" (Grand Martyr) puis La Légende dorée lui attribua des combats contre des géants et des dragons redoutables : « Le fier chevalier devient un symbole, le héros du Bien triomphe, par la force de Dieu, du prince des ténèbres et du mal » 4. Partout honoré en Occident, il est le patron de l’Angleterre, du Portugal et de l’Irlande ; il est aussi celui de l’Ethiopie.
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/307

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 03/03/2017

ACCES AU SITE