Nicolas Ier le Grand, pape

Nicolas, fils du régionnaire Théodore, un très important fonctionnaire de la ville, naît à Rome vers 800/820.
Nanti d'une solide culture, Nicolas, pieux, intelligent, vertueux et travailleur, entre dans les ordres et fait toute sa carrière dans la Curie, au patriarcharum du Latran.
Sous-diacre de Serge II (844-847), puis diacre attaché à Léon IV (847-855), il est un proche conseiller de Benoît III (855-858).
A la mort de Benoît III (17 avril 858), il est élu pape, avec l’approbation de l’empereur Louis II présent à Rome ; il est sacré le 24 avril 858.
Nicolas est un des hommes les plus remarquables de son temps ; il montre une grande fermeté dans tous les actes de son pontificat ; il s’attache à maintenir dans leur intégrité les principes du christianisme et se fait aimer à Rome par ses vertus, notamment par son inépuisable charité.
Il tient tête à Lothaire II qui le protège néanmoins ; il consacre la majeure partie de son pontificat à empêcher le divorce demandé par Lothaire II, roi de Lorraine, qui songe à se remarier (le roi cherche à obtenir son divorce d’avec la reine stérile Theutberge pour épouser sa concubine Waldrade dont il a un fils, Hugues), cassant les sentences des conciles nationaux favorables au roi et excommuniant les évêques qui apportent leur soutien à ce dernier.
Il envoie saint Anschaire de Corbie évangéliser la Scandinavie.
Il s’appuie sur les fausses décrétales pour soumettre les ecclésiastiques francs à Rome
Il fait respecter le droit des évêques à faire appel au Vatican face à l’autorité de leurs supérieurs.
Il soutient Rothade, évêque de Soissons, contre Hincmar, archevêque de Reims.
Il interdit aux princes bretons de transformer Dol en archevêché, rappelle aux métropolites son autorité sur eux et affirme sa primauté sur l'archevêque de Ravenne.
Il ajoute à Sainte-Marie-in-Cosmedin, un oratoire en l'honneur de son saint patron : Nicolas.
Il meurt à Rome le 13 novembre 867.

Saint Nicolas Ier dit le Grand est fêté le 13 novembre. Son zèle et sa fermeté à défendre l’autorité du Saint-Siège lui ont valu une place dans le martyrologe romain ; selon sa propre expression "les canons ont voulu que de toutes les parties du monde on appelât à l’autorité du souverain pontife, dont il n’est point permis d’appeler". Il s'est dit le "représentant de Dieu sur terre".

Au XIe siècle, dans sa Chronique de l'année 868, Réginon de Prüm écrit à son sujet : « Depuis le bienheureux Grégoire, il n’y eut pas sur le trône de saint Pierre de pontife comparable à Nicolas Ier. Il a dompté des rois et des tyrans ; il a gouverné le monde en maître ; il était doux et plein de mansuétude envers les évêques et les prêtres qui avaient de la piété ; mais, envers ceux qui manquaient de vertu et de conscience, il était terrible ».

"Pape d'une brillante personnalité, il sauvegarda la liberté de l'Eglise face à deux empereurs : Michel en Orient et Lothaire en Occident. Il connut bien des difficultés avec le patriarche de Constantinople, Photius. Il fut aussi un pape missionnaire. C'est lui qui envoie saint Anschaire de Corbie, monastère en Picardie, évangéliser la Scandinavie et d'autres saints moines convertir les païens bulgares." 2


858. 24 avril, sacre du pape. Le pape demande à Ignace et à Photios de venir à Rome ; Photios refuse ; le pape annule l’élection de Photios au patriarcat de Constantinople où il est remplacé par Ignace. 11 mai, à Dunhuang en Chine, impression, par Wan Jie, du premier livre : une édition xylographique (procédé de gravure sur bois) du Sutra de diamant, le plus ancien livre-rouleau imprimé conservé. En août, Louis le Germanique, à l'appel des grands du royaume de Francie occidentale, rassemble ses forces à Worms, traverse la Lotharingie par le Col de Saverne et Bar-le-Duc et entre en Neustrie. 1er septembre, les leudes révoltés de Neustrie rejoignent Louis le Germanique à Ponthion et lui prêtent serment ; de là, ils se rendent à Sens, où archevêque Ganelon a pris le parti de Louis, puis entrent en Orléanais, peut-être pour faire leur jonction avec les Aquitains et les Bretons révoltés. 12 novembre, les armées de Charles le Chauve et de Louis le Germanique, depuis trois jours en présence à Brienne, sont prêtes à se livrer bataille, lorsque Charles abandonne ses soldats, dont il se méfie, et s'enfuit en Bourgogne auprès du comte Conrad d'Auxerre. 25 novembre, synode de Quierzy : les évêques de Francie occidentale envoient une lettre de reproche à Louis le Germanique. 7 décembre, Louis le Germanique est à Attigny où il signe un diplôme comme roi de Francie occidentale, après avoir déposé son frère Charles le Chauve : ce dernier n'est sauvé que par l'intervention du clergé dirigé par Hincmar de Reims ; Louis doit se retirer en janvier suivant. Hincmar de Reims tente vainement de christianiser les guildes (tailleurs de pierres, verriers, négociants), qui se réunissent en conjurations lors de la fête du dieu païen Yule (26 décembre) dans de gigantesques banquets.

859-862. Les Vikings, venus d’Espagne et du Portugal, ravagent la côte marocaine, gagnent la Toscane, détruisent Pise et remontent jusqu’au Rhône à Valence où ils sont arrêtés.

859. Girard de Vienne fonde le monastère de Vézelay. 11 mars, décapitation d'Euloge, évêque de Cordoue, arrêté parce qu’il prône la résistance contre l’arabisation de la société et a recueilli une jeune musulmane devenue chrétienne, Léocricia ou Lucrèce, laquelle sera exécutée le 15 (Martyrologe). 28 mai, synode de Metz convoqué par Hincmar en présence de Lothaire II et de Charles le Chauve : une délégation de neuf évêques est envoyé à Louis le Germanique pour qu'il reconnaisse ses torts dans l'invasion de la Neustrie en 858. En juillet, échec de l'entrevue d'Andernach entre Charles le Chauve et Louis le Germanique. En septembre, Charles le Chauve est sur la Loire. 13 octobre, Charles le Chauve est à Tusey, près de Toul. Hiver très rude, probablement le plus froid du IXe siècle.

Vers 860. Le Varègue Riourik fonde Novgorod. Fin de la rédaction du Martyrologe du moine Usuard.

860. 9 janvier et mi-Février, conciles d'Aix-la-Chapelle : Theutberge, épouse de Lothaire II, est accusé d'inceste et enfermée dans un couvent ; elle s'échappe et se réfugie auprès de son frère Hucbert ; début de la crise du divorce de Lothaire II (Lothaire II, n'ayant pas d'héritier de sa femme Theutberge, cherche à divorcer pour épouser sa maîtresse Waldrade qui lui a donné un fils) ; ce divorce provoque l'opposition de l'archevêque de Reims Hincmar et du pape. Poussée arabe contre l'empire byzantin en Anatolie appuyée par les pauliciens de Karbeas (fin en 863). En avril, les Vikings de la Somme, commandés par Weeland, acceptent 3 000 livres d'argent pour attaquer ceux de la Seine ; ils accordent un délai à Charles le Chauve puis passent en Angleterre avec des otages. Avril à mai, les Vikings de Hasteinn et Björn Côte de fer, après avoir hiverné en Camargue, vont à Arles et Nîmes, remontent le Rhône et sont refoulés à Romans par Girart de Roussillon, comte de Vienne pendant l'été ou au début de l'automne ; ils se rendent en Italie où ils pillent Pise et d'autres villes. 1er juin, une bande de Danois, qui ont débarqué sur l'Yser, attaquent les monastères de Saint-Omer et de Saint-Bertin le jour de Pentecôte désertés par les moines, puis ravagent le Ternois. 1er au 7 juin, Conférence de Coblence : paix entre Charles le Chauve, Lothaire II et Louis le Germanique. 18 juin, commandés par Askold et Dir, les Slaves de Kiev et les Varègues (200 bateaux) organisent une expédition maritime contre Constantinople ; en l'absence de l'empereur Michel III, la ville est facilement assiégée, mais une forte tempête éloigne les envahisseurs qui subissent une grave défaite sur terre ; les Byzantins attribuent cette circonstance fortuite à l'intercession de la Vierge et l'épisode sera commémoré sous le nom de fête du Pokrov (Voile). 30 octobre, crue du Tibre : Nicolas organise les secours aux sinistrés qu’il accueille dans l’hospice de Sainte-Marie.

861. En janvier, les Vikings dévastent Paris et l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; ils pillent Melun. 25 mai, au concile de Constantinople, le patriarche de Constantinople Ignace est déposé et Photios confirmé. En juin, plaid de Compiègne : Charles le Chauve confie au duc Robert le Fort la mission de défendre la région entre Seine et Loire (Marche de Neustrie). 25 juin, ouverture du concile de Pîtres (Eure).

862. Riourik fonde le premier Etat russe. Baudoin, comte de Flandres, enlève et épouse la fille de Charles II le Chauve : le scandale remonte en vain jusqu’au pape.

Vers 863. Sur les conseils de Photios, l’empereur envoie Cyrille et Méthode chez les Khazars (tribu turque convertie au judaïsme) : ils évangélisent la Dalmatie, la Hongrie et la Bulgarie ; Cyrille traduit la Bible en slavon et invente l’alphabet glagolitique ; l’alphabet glagolitique ne ressemble à aucun alphabet connu ; l’alphabet dit cyrillique, plus proche du grec par la forme des lettres, ne tarde pas à supplanter le précédent et reste seul en usage.

863. 24 janvier, mort de Charles, roi de Provence et fils de Lothaire : son royaume est partagé entre ses frères Lothaire II et Louis II. Au concile de Rome, au début de l'année, quelques iconoclastes abjurent leur erreur, et disent anathème à leurs chefs, nommément à Théodore, surnommé Crithin ; un anathème solennel, contre les iconoclastes, contre leur faux concile et contre leurs chefs, est lu ; le patriarche de Constantinople, Photios, est excommunié et déposé ; le dernier canon stipule : "Si quelqu’un brave les dogmes, les ordres, les interdictions, les sanctions ou les décrets promulgués sainement par le chef du siège apostolique, qu’il s’agisse de la foi catholique, de la discipline ecclésiastique, de la réprimande des fidèles, du châtiment des scélérats, des interdictions concernant les maux imminents ou futurs, qu’il soit anathème" 1. Mi-juin, le concile de Metz accepte le divorce de Lothaire II ; le pape Nicolas Ier cassera les décisions prises à Metz dès le début de l'année suivante et excommuniera les évêques. 3 septembre, la campagne de l'émir de Mélitène jusqu'à Amisos est arrêtée par la victoire byzantine de Petronas à la bataille de Poson, sur le fleuve Halys, en Anatolie ; le chef des Pauliciens Karbeas est tué et remplacé par son neveu et gendre Chrysocheir (main d'or) ; Petronas remporte une seconde victoire sur l'émir d'Arminiya au col de Haloras (Olor). En octobre, les Vikings de Maurus, s'installent à l'embouchure de la Charente ; ils pillent Saintes, Angoulême, Poitiers (décembre), Ligugé et vont peut-être jusqu'à Limoges et Clermont (864) ; le 4 octobre, dans les environs de Saintes, Turpion, comte d'Angoulême voyant l'inaction de Landry, comte de Saintonge, défie le chef normand Maurus ; les deux adversaires se précipitent l'un sur l'autre avec leurs chevaux et se transpercent mutuellement avec leurs lances ; les Normands, vainqueurs mais intimidés par la mort de leur chef, regagnent leurs navires avec leur butin après avoir pillé Saintes.

864. Au début de l'année, baptême de Boris Ier, roi des Bulgares (en 870, il passera au rite grec). Photios tente de convertir les Russes. En février, l'empereur Louis II assiège Rome pour obliger Nicolas Ier à reconnaître le divorce de son frère Lothaire : le pape fuit, mais Louis tombe malade, ce qu'il prend pour un signe de Dieu, alors il se réconcilie avec le pape. 20 juin, concile de Pîtres en Normandie auquel souscrit Rotland l'archevêque d'Arles. 25 juin, l'Édit de Pîtres déclare Pépin le Jeune, roi d'Aquitaine, déchu de ses États et décide une refonte des monnaies et la fortification des ponts contre les Normands, en particulier le pont de Pîtres ; la diète de Pîtres impose au roi Salomon de Bretagne le paiement d'un tribut à Charles le Chauve. En août, entrevue de Tulln (Autriche) entre Louis le Germanique et le tsar bulgare Boris Ier ; les armées franques interviennent en Grande-Moravie conjointement avec les Bulgares ; assiégé au château de Devin, le prince Ratislav doit reconnaitre la suzeraineté franque et contraindre le clergé à renoncer à la liturgie en langue slave instituée par Cyrille et Méthode ; l'empereur Michel III mène des opérations navales et terrestres contre les Bulgares et contraint Boris Ier à se soumettre et à renoncer à son alliance avec Louis II le Germanique. 19 octobre, à Cordoue (Andalousie), Laura ou Laurence, veuve devenue moniale, est martyrisée avec d’autres chrétiennes qui refusent de se convertir à l’islam (Martyrologe).

865. 29 septembre, mort de Charles, roi d’Aquitaine, fils de Charles le Chauve.

866. Mort de Lothaire le Boiteux (abbé de Saint-Germain d'Auxerre et fils de Charles II le Chauve). Robert le Fort, arrière-grand-père d'Hugues Capet, meurt en combattant les Normands. Le pape interdit la torture. L’archevêque Hincmar de Reims affirme les droits des églises métropolitaines contre l’autorité papale. Concile de Soissons auquel souscrit Jean Ier l'évêque de Cambrai et d’Arras. 29 septembre, un accident de chasse cause la mort de Charles l'Enfant, fils de Charles le Chauve.

867. Concile de Troyes auquel souscrit Jean (Ier) l'évêque de Cambrai et d’Arras. Dans son Encyclique aux Patriarches orientaux, le patriarche de Constantinople, Photios, dénonce l’hérésie latine (le filioque). En août, un synode, réuni par Photios (déposé par Nicolas en 863), dépose le pape ; Nicolas meurt le 13 novembre sans rien connaître de cette initiative et du schisme qui s’ensuit entre les Eglises d’Orient et d’Occident. 24 septembre, l'empereur Michel est assassiné par Basile qui force Photius à la démission, rappelle Ignace (le 23 novembre) et renoue avec Rome alors sous le pontificat de Adrien II (toutefois l’empereur Basile Ier rappellera Photios en 877).


Notes
1 http://missel.free.fr/Sanctoral/11/13.php
2 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/93/Saint-Nicolas-Ier-le-Grand.html

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 21/04/2017

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