Pascal II

Raniero (Rainier) naît vers 1050 à Bieda (aujourd’hui Bleda, commune de Santa Sofia)  en Émilie-Romagne.
Moine bénédictin de Cluny et chargé des affaires de son ordre auprès de la Curie, il est abbé de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs.
En 1073, il est créé cardinal  du titre de Saint-Clément par Grégoire VII.
Sous Urbain II, il se rendit en Espagne en tant que légat où il s'occupa de plusieurs affaires importantes comme la réorganisation de l'archevêché de Tarragone et l'organisation ecclésiastique des régions libérées par la Reconquista.
Elu à l'unanimité le 13 août 1099, il choisit le nom de Pascal ; il est intronisé le 14.
Pascal II se rend en Pèlerinage au Puy-en-Velay.
Il organise avec succès la Première Croisade.
Pascal met fin à la querelle des investitures divisant le roi Henri Ier d’Angleterre et Anselme, archevêque de Canterbury mais ne peut mettre un terme à celle qui l’oppose aux souverains du S.E.R.G., Henri IV et son fils Henri V.
Il ordonne la reconstruction de la basilique des Quatre-Saints-Couronnés, sur les cendres de celle qui avait été détruite par les Normands lors du sac de Rome de 1084.
Il meurt le 21 janvier 1118.


1099. 13 août, élection du pape.

1100. Le pape maintient l'excommunication de Philippe Ier pour bigamie (Berthe de Frise qu'il a fait enfermer dans un monastère du château de Montreuil-sur-Mer et Bertrade de Montfort épouse de Foulque comte d'Anjou). A Fez et Grenade, massacre de juifs. Au Mexique, les Nahuas dominent le Plateau central, les Aztèques ne sont encore qu’une tribu nomade circulant dans le Nord. 5 août, couronnement de Henri Ier Beauclerc en Angleterre. 8 septembre, mort de l'antipape Clément III : l'antipape Théodoric, évêque de Sainte-Rufine, est intronisé à Rome, en opposition à Pascal II. 25 décembre, son frère Godefroi de Bouillon étant décédé (empoisonné par un émir ?), Baudouin d’Edesse est sacré roi de Jérusalem. Population européenne : 44 millions.

1101. En janvier, l'antipape Theodoricus ou Thierry est capturé par des partisans de Pascal II : enfermé au monastère de la Trinité à La Cava, il y mourra en 1102. En mars, l'antipape Albert est traîné devant Pascal qui le fait enfermer au monastère de Saint-Laurent d’Aversa, en Campanie, où il demeurera jusqu’à la fin de ses jours. Avril à mai, Baudouin Ier prend Arsouf et Césarée avec l’aide de la flotte génoise, massacre Arabes et Juifs et pille : dans le butin, les croisés croient trouver la coupe dont le Christ se serait servi à la dernière Cène (origine de la légende du Graal). Philippe Ier rachète la vicomté de Bourges. Le concile de Poitiers jette les bases définitives de la nouvelle communauté de Fontevrault fondée par Robert d’Arbrissel. 27 juillet, Bruno reçoit du pape Pascal II la confirmation de l'autonomie de ses ermites. 6 octobre, après avoir émis une profession de foi et fait devant les frères sa confession générale, Bruno rend l'âme à la chartreuse de San Stefano in Bosco, filiale de La Torre, où il est enseveli ; "O Dieu, montre-nous ton visage qui n’est autre que ton Fils, puisque c’est par lui que tu te fais connaître, de même que l’homme tout entier est connu par son seul visage. Et par ce visage que tu nous auras montré, convertis-nous. Convertis les morts que nous sommes des ténèbres à la lumière. Convertis-nous des vices aux vertus, de l’ignorance à la parfaite connaissance de toi" (Bruno).

1102. 12 mars, dans un canon du synode du Latran ou concile de Rome, le pape Pascal II interdit à tout clerc de recevoir des mains d'un laïque des églises ou des biens ecclésiastiques ; le 15 avril, le pape adresse des lettres dans ce sens à Anselme de Cantorbéry ainsi qu'au roi d'Angleterre, qui arrivent à Londres en septembre ; un conflit sur l'investiture commence entre Henri Ier d'Angleterre et le pape (fin en 1107) ; le concile confirme l’excommunication prononcée contre Henri IV par Grégoire VII ; le pape Pascal II délie de son serment le roi Henri (le futur empereur Henri V) qui mène une lutte sans pitié contre son père (qui abdiquera et mourra en 1106). 4 juin, début du règne de Boleslas III Krsywousty (Bouche-Torse), duc de Pologne à la mort de Ladislas Ier.

1103. Pascal II crée l’archevêché de Lund (Scanie), métropole de la Scandinavie. L'empereur d'Allemagne Henri IV assure les juifs de sa protection contre le versement d'un impôt spécial.

1104. 26 mai, Baudouin Ier prend Akko (Saint-Jean d’Acre). 2 décembre, le concile de Paris absout Philippe Ier et Bertrade : Robert d'Arbrissel qui assiste au concile persuade Bertrade de Montfort de se séparer du roi Philippe Ier (dont elle est l’épouse illégitime) et de renoncer au monde ; elle quitte la cour et se rend dans le village de huttes bâti par Robert autour d'une source nommée la fontaine d'Evrault (Bertrade s’éteindra vers 1117 après avoir fondé le prieuré de Haute-Bruyère).

1105. En août, Baudouin écrase une armée égyptienne à Ramla. Une bulle de Pascal II mentionne le culte de "la Bienheureuse Vierge Noire de Rocamadour".

1106. Accord entre le pape et Philippe Ier qui renonce à l’investiture des évêques, garantit leur libre élection et reçoit leur serment pour les biens temporels. Concile de Florence contre l’évêque du lieu qui prétend que l’Antéchrist est né. 28 septembre, Combat de Tinchebray en Normandie : Henri Ier d’Angleterre vainc son frère Robert Courteheuse, le fait prisonnier et prend le commandement de la Normandie qui est à nouveau rattachée à l’Angleterre.

1107. Le concile de Troyes annule le mariage, au motif qu’il n’a pas été consommé, de Louis (futur Louis VI le Gros) et de Lucianne de Montlhéry de Rochefort qu’il a répudiée le 23 mai (Lucianne épousera Guichard, sire de Beaujeu, tige d’une illustre maison).

1108. 3 août, Louis VI [dit le Gros (fort en taille et en appétit), le Grand, l’Eveillé, le Batailleur, le Justicier (car aimant ferrailler contre les chevaliers brigands) et le Chassieux] qui succède à son père Philippe Ier (décédé le 29 juillet), est sacré à Orléans par l’archevêque de Sens (Bertrade de Monfort s’est retirée à l’abbaye de Fontevraud). La congrégation de Saint-Victor de Paris (chanoines régulier de saint Augustin) est fondée par Guillaume de Champeaux, célèbre professeur de l’école cathédrale de Paris : elle resta un foyer intense de vie intellectuelle, illustrée par les théologiens Hugues et Richard « de Saint-Victor », au XIIe siècle ; de nombreuses abbayes en dépendaient, notamment Sainte-Geneviève à Paris, Saint-Vincent à Senlis, Saint-Augustin à Bristol.

1109. 21 avril, mort d'Anselme, archevêque de Canterbury, théologien célèbre, surnommé le « docteur Magnifique », qui enseigna à l’abbaye du Bec-Hellouin (Normandie, 1078) et fut l’un des fondateurs de la scolastique 1. 10 juin, Tripoli est conquis par Guillaume Jourdain. Abbaye de Cîteaux, Étienne Harding succède à l’abbé Albéric et met au point un texte de la Bible.

1110. Henri V marche sur Rome ; Pascal II lui propose de lui restituer des terres en Germanie, qui appartiennent à l’Eglise, si, en contrepartie, il renonce au droit de nommer des responsables de l’Eglise.

1111. 9 février, concordat de Sutri entre le pape et Henri V mais l’opposition des prélats de l’Eglise germanique fait échouer cet accord et empêche le sacre de l'empereur ; Henri, furieux, quitte Rome en emmenant Pascal II prisonnier. 12 avril, Traité de Ponte Mammolo entre le pape et l'empereur : Henri reprend les investitures (le droit de nommer des évêques) et laisse au clergé les régales. 12 avril, l'antipape Sylvestre IV se soumet à Pascal II. 13 avril, Henri V est couronné empereur par le pape. En octobre, les Pisans concluent leur premier traité avec Byzance : leurs droits de douane sont abaissés à 4 % (au lieu de 10 %). Mort d'Al-Ghazali(ou Rhazali), appelé Algazel par les chrétiens 2.

1112. Le concordat de Sutri, entre le pape et l’empereur, est invalidé par un concile romain. Le concile de Vienne sur le Rhône, auquel participe, entre autres, Hugues l'évêque de Grenoble, condamne l’investiture par un laïque des évêchés, des abbayes et des biens ecclésiastiques, et excommunie Henri V d’Allemagne. A 22 ans, Bernard de Fontaines (1090-20 août 1153) entraîne avec lui à l’abbaye de Cîteaux, une trentaine d’hommes parmi lesquels ses frères et l’un de ses oncles 3.

1113. 15 février, le pape consacre la congrégation de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem comme ordre hospitalier indépendant dont la devise est : "Nos seigneurs, les malades" ; Raymond Ier, comte de Tripoli, leur offrira le Krak des Chevaliers en 1142 ; les Hospitaliers admettront des Chevaliers en 1140 et se constitueront en Ordre militaire en 1154. Fondation des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris par Guillaume de Champeaux.

1114. Un suaire de la tête du Christ, découvert lors de la 1ère croisade par Adhémar de Monteil, évêque du Puy (mort en mer au retour en 1105) est donné aux cisterciens de Cadouin en Dordogne : identifié en 1933 comme un tissu du XIe siècle comportant des inscriptions en arabe coufique, le culte sera interrompu. Le terme "apostoliques" désigne les premiers cathares exécutés à Cologne et dans la région de Soissons. Le pape désavoue le mariage entre un chrétien et une musulmane célébré par Arnoul, le patriarche de Jérusalem. Le pape reconnaît l'ordre du Saint-Sépulcre : les milites sancti Sepulcri, les donats gens d'armes, ont alors une double dépendance, une dépendance religieuse envers les chanoines et une dépendance charitable envers les Hospitaliers qui les entretiennent 4.

1115. A Oviedo (Espagne), concile auquel assiste Alphonse Ier le Batailleur, roi d’Aragon et de Navarre (1104-1134). L’abbé de Cîteaux, Étienne Harding, charge Bernard de fonder l’abbaye de Clairvaux. 3 août, Notre-Dame de Paris, Louis VI le Gros épouse Adélaïde de Savoie, nièce du futur pape Calixte II.

1116. Pascal II réaffirme son opposition à l’investiture des responsables de l’Eglise par le roi. Le pape lève l'accusation de bigamie dont Baudouin Ier de Jérusalem faisait l'objet.

1117. En mars, Henri V prend Rome ; à l'approche d'Henri V, le pape Pascal II s'est enfui à Bénévent (c’est à son retour à Rome qu’il trouvera la mort le 21 janvier 1118). 25 mars, Henri V se fait couronner pour la seconde fois par Maurice Bourdin, archevêque de Braga et légat du pape auprès de l’empereur Henri V lequel le fera élire pape, le 9 mars 1118, sous le nom de Grégoire VIII contre Gélase II.

1118. 21 janvier, mort du pape.


Notes
1 Anselme définit la spéculation philosophique comme une explication de la foi (fides quaerens intellectum) et pose dans le Proslogium, la nécessité de croire pour comprendre. Mais il veut que l’on s’efforce ensuite de comprendre ce que l’on croit : « Ne pas faire passer la foi d’abord, c’est présomption ; mais ne pas faire appel ensuite à la raison, c’est négligence ». C’est à Anselme que l’on doit l’argumentation de l’existence de Dieu appelée depuis "preuve ontologique" et qu’il a exposée dans le Monologium sous la forme suivante : « Nous avons l’idée d’un être parfait ; or la perfection absolue implique l’existence ; donc l’être parfait existe. » En fait, ce n’est pas de la définition logique d’une idée qu’Anselme tire la notion d’existence : c’est la présence dans l’intelligence d’une intuition irréductible et infinie qui atteste "qu’on ne peut pas penser que Dieu n’existe pas".
2 Vers 1092, Al-Ghazali (ou Rhazali), appelé Algazel par les chrétiens, enseigna à l’université de Bagdad jusqu’à ce que le conflit opposant chiites et sunnites lui révèle la rivalité existant entre les califes et les Seldjoukides. Cela l’amena à remettre en cause sa conception de la foi et à douter de l’autorité de la Tradition. Par la suite il adopta le mysticisme comme moyen d’amener l’homme vers la perfection. Il enseigna ensuite en Iran à l’université de Nichapour (1105) où il rédigea son ouvrage sur la Reviviscence des sciences de la religion (Ihya’ ‘ouloum al-din), que l’on a parfois comparé à la Somme théologique de Thomas d’Aquin. Al Ghazali voulait justifier la voie mystique de l’amour divin comme suprême but spirituel de l’homme. Il associa mystique et orthodoxie qui selon lui étaient deux visions distinctes ayant cependant un seul et même objectif. Attiré par le soufisme, il devint derviche. Il est considéré comme un savant et un saint, comme l’un des grands théologiens de l’islam.
3 En 1112, à 22 ans, Bernard de Fontaines (1090-20 août 1153) entraîne avec lui à l’abbaye de Cîteaux, une trentaine d’hommes parmi lesquels ses frères et l’un de ses oncles. En 3 ans, la communauté crée 3 nouveaux monastères cisterciens dont celui de Clairvaux. Bernard en est nommé abbé. C’est à 70 monastères que cette abbaye donnera vie. Sévère, la règle qu’impose Bernard de Clairvaux est toute d’ascèse et de contemplation. Entre 1130 et 1137, les querelles déchirent l’Eglise entre l’antipape Anaclet II et Innocent II. Bernard convainc les rois, les princes et l’empereur de se rallier à Innocent. Il est aussi celui qui combat toutes les hérésies, qu’elles soient celles des albigeois, d’Abélard ou de Pierre de Bruys (qui, au nom de sa doctrine proclamant l’omniprésence de Dieu, en vient à profaner des lieux de culte) et la doctrine du moine Raoul qui veut l’extermination des juifs. Lorsqu’en 1144 le royaume de Jérusalem est menacé, Eugène III, lui-même cistercien, autorise Bernard à prêcher croisade. C’est ce qu’il fait devant Louis VII à Vézelay le 31-3-1146 et à Spire le 25-12 devant l’empereur Conrad III. Bernard peut écrire au pape : « Vous avez commandé, j’ai obéi. Sous votre autorité, j’ai ouvert la bouche et les guerriers se sont multipliés comme l’herbe dans le champ sous la pluie d’avril ». Ce sont en effet plus de 100 000 hommes qu’entraîne Bernard derrière lui pour la deuxième croisade. C’est après avoir tenté d’arrêter la guerre entre les Messins et le comte de Bar que Bernard meurt de retour à Clairvaux. Canonisé en 1174. Ses écrits, quelque 450 lettres, quelque 300 sermons dont ceux sur la Vierge à laquelle il voue une dévotion très forte, des traités comme Degrés de l’humilité et de l’orgueil ou Traité de l’amour de Dieu ou encore Sur la grâce et le libre-arbitre, font de lui un docteur de l’Eglise. A sa mort, en 1153, ce sont 343 abbayes cisterciennes qui auront surgi du sol européen. "Ne point aspirer à monter, c’est descendre" ; "On manque de tout, quand on se flatte de tout posséder" ; "Qui n’a d’autre maître que soi, est le disciple d’un sot" ; "L'amour se suffit à lui-même, il plaît par lui-même et pour lui-même. Il est à lui-même son mérite, il est à lui-même sa récompense. L'amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d'être ni son fruit : son fruit, c'est l'amour même. J'aime parce que j'aime. J'aime pour aimer". (Bernard de Clairvaux).
4 Depuis le XIVe siècle, des pèlerins sont adoubés dans l’Eglise du Saint-Sépulcre par d’anciens chevaliers vivant auprès des Franciscains (les premières chroniques mentionnant des adoubements au Saint Sépulcre datent de 1336). L’ordre du Saint-Sépulcre est issu du "Chapitre du Saint-Sépulcre pour protéger le tombeau du Christ et organiser la vie spirituelle en assistant le patriarche" mis en place par Godefroy de Bouillon après la prise de Jérusalem. Le chapitre est composé de vingt chanoines séculiers qui vivent en communauté. En adoptant la règle de saint Augustin en 1114, le chapitre devient ordre régulier sous le nom d'ordre du Saint-Sépulcre avec la reconnaissance du pape Pascal II. Sous la Restauration, un ordre français concurrent, la pieuse confrérie royale du Saint sépulcre (fondée en 1325), est supprimé par Louis XVIII poussé par Chateaubriand qui déclare avoir été adoubé par le véritable ordre en 1806. En 1928, cependant, les chevaliers français obtiennent la garde des reliques de la Passion à Notre-Dame de Paris durant le carême ; en 1932, ils se constituent en lieutenance.

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
02/06/2017
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