Confession, pénitence et réconciliation

SOMMAIRE

1 La confession
2 Chronologie historique
3 Le secret de la confession et la Loi
4 Le sacrement de pénitence ou de la réconciliation
5 Le point de vue théologique
6 Le péché
7 Les vertus chrétiennes
8 Citations


La confession

La confession, dans les théologies juive et chrétienne, est l’aveu de ses péchés à Dieu pour en obtenir l'absolution. La Bible insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de la confession, notamment dans les exhortations des prophètes.

Dans la tradition chrétienne, la confession [du latin "confessio" (= aveu) de "confiteri, confessum" (= avouer)] revêt deux formes : la confession privée à un prêtre, appelée confession auriculaire (qui peut être particulière, lorsqu'on n'accuse que les péchés commis depuis une confession précédente ou générale, lorsqu'on accusé les péchés qu'on a commis pendant toute sa vie) et la confession publique d'un individu devant l'assemblée des fidèles.

Dans l'enseignement catholique, la confession auriculaire est considérée comme une partie essentielle du sacrement de pénitence 1. Les catholiques sont tenus de confesser leurs péchés les plus graves à un prêtre, au moins une fois par an, à Pâques.


La confession, Pietro Longhi (17021785), Galerie des Offices, Florence

Ce pouvoir de lier et de délier, c'est-à-dire de pardonner les péchés, est conféré aux apôtres (Matthieu 16,19 ; 18,18) ; la confession et l'absolution s'appuient aussi sur l'évangile selon Jean (20, 22-23).
La confession auriculaire paraît avoir été pratiquée par un grand nombre de religions différentes et remonter à une haute antiquité.

L'abbé Guillois (+ 1856) écrit : « On se confessait dans les mystères de Bacchus, de Vénus et d'Adonis. Les prêtres qui entendaient les confessions portaient une clef pendue aux épaules : c'était le symbole du secret qu'ils devaient garder. A Samothrace, des sacrifices expiatoires, une confession en règle, précédaient l'admission de l'initié aux mystères cabiriques. Le prêtre qui y présidait se nommait koeês (purificateur, prophète) ; il avait le pouvoir d'absoudre du meurtre, mais le parjure était considéré comme un crime capital. A Eleusis, ce n'était qu'après avoir subi de longues et difficiles épreuves qu'on pouvait être initié aux mystères de Cérès. Un prêtre était chargé d'examiner et de préparer les candidats ; ceux qui s'étaient rendus coupables de grands crimes étaient exclus ; le prêtre soumettait les autres à des expiations fréquentes, et leur faisait sentir la nécessité de préférer la lumière de la vérité aux ténèbres de l'erreur ; il les exhortait à réprimer toute passion violente, à mériter par la pureté de l'esprit et du cœur l'ineffable bienfait de l'initiation. »

Les empereurs eux-mêmes ne sont pas exempts de ces épreuves et de cette confession. L'histoire nous rapporte que Marc-Aurèle, en s'associant aux mystères d’Eleusis, est obligé de se confesser à l'hiérophante. « L'hiérophante, en congédiant l'assemblée, prononçait deux mots égyptiens qui signifiaient : Veillez et soyez purs ! » (Voltaire)

Chez les Chinois, lorsque l'empereur, à la tête de la nation, remplit l’office de sacrificateur, il pratique un grand nombre de cérémonies parmi lesquelles se trouve la confession : il s'avance vers l'autel, brûle des parfums et prend ensuite le yu-pé, pièce de satin sur laquelle il a écrit le détail de ses actions, bonnes ou mauvaises ; il lit cet écrit à voix basse, fait des actes de repentir sur ce qu'il reconnaît avoir été mal, dépose le yu-pé dans une cassette et y met le feu pour le réduire en cendres.

Au Tibet, non seulement tous les religieux, mais presque tous les laïques, ont leur père spirituel, à qui ils font en général l'accusation de leurs péchés. Aussitôt que le pénitent prononce cette formule : « J'ai péché », le directeur fait sur lui une prière pour lui obtenir le pardon qu'il demande. Quatre fois par mois, le 14 et le 15, et ensuite le 29 et le 30 de la lune, les lamas s'assemblent pour entendre l'explication de leur règle. Avant de paraître dans l'assemblée, le grand lama se confesse à celui à qui il a confié la direction de sa conscience ; ainsi purifié, il entre dans le temple et commence à recommander à chacun de se confesser.

En Perse, parmi les ministres de la religion appelés mages, il y a ceux qui entendent les confessions, décident les cas de conscience, et éclaircissent les points de la loi. Les livres des mages ordonnent de pardonner à celui qui a offensé, s'il s'humilie et confesse sa faute. Outre les neaesch qui sont des prières humbles et soumises, et les afergans qui sont des prières en forme de remerciements, les livres contiennent des patets qui sont des actes de repentir des péchés que l'on a commis et qui constituent une véritable confession générale.

C'est une maxime parmi les Indiens que celui qui confesse son péché en recevra le pardon. Ils célèbrent tous les ans une fête, pendant laquelle ils vont se confesser sur le bord d'une rivière, afin que leurs péchés soient entièrement effacés. Le Nittialarma ou rituel des brahmanes, attribue la vertu d'effacer les péchés à certaines prières qui ressemblent assez aux actes de contrition des chrétiens. Confession et pénitence font aussi partie des observances des moines jaïns.

La confession est également connue des anciens habitants du Japon. Celui qui veut expier ses péchés se rend dans un désert où il est reçu par des ermites qui le soumettent à un régime sévère de jeûnes et de mortifications. Celui qui a subi toutes les épreuves arrive enfin au haut d'une montagne où on le met dans une balance suspendue au-dessus d'un abîme. A chaque aveu que fait le pénitent, la balance s'abaisse vers le gouffre. S'il a l'air de ne pas faire un aveu complet, on le précipite au fond. Si, au contraire, sa confession est complète, les balances se relèvent, il est réconcilié avec Dieu et paye grassement le prêtre. 2

La confession est prescrite dans les Églises orthodoxe, copte et orientale.

L'Église d'Angleterre et les autres Églises anglicanes ont conservé la doctrine catholique de la confession. Mais si la pratique de la confession auriculaire a pu connaître un regain au XIXe siècle lors du mouvement d'Oxford, de nombreux anglicans lui préfèrent l'absolution générale pendant l'office.

La confession publique et générale fait partie du culte luthérien et se pratique dans certaines Églises pentecôtistes et fondamentalistes. Le bouddhisme ne l’autorise que dans les monastères.

L’endroit de l’église où se trouvent les reliques d’un martyr ou d’un saint s’appelait autrefois "confession". Cette confession est une crypte de petites dimensions, enterrée d’une partie de sa hauteur, qui supporte l’autel.


Chronologie historique

La confession à un prêtre plonge certes ses racines dans un passé ancien, mais la pratique en est rare dans l'Église primitive (habituellement, les fidèles reconnaissent leur état de pécheurs de façon générale et publique) et parfois reportée aux derniers instants de la vie ; elle s'accompagne d'une discipline sévère.

Dans la Tradition apostolique (215), Hippolyte décrit, comme faisant partie du rite du baptême, un jeûne et une veille de préparation, une confession des péchés, la renonciation au mal et à l'idolâtrie, et une aspersion d'eau, suivie d'une imposition des mains sur le baptisé oint d'huile.

La confession privée aurait été pratiquée en Irlande au IVe siècle et introduite par des moines irlandais sur le continent où elle se serait généralisée à partir du VIIIe siècle.

En 374, le concile de Valence sur le Rhône statue sur la pénitence.

On attribue à Léon Ier (440-461) le remplacement de la confession publique par la confession privée.

En 1123, le premier concile du Latran fait "défense aux abbés et aux moines de donner des pénitences publiques, de visiter les malades, de faire les onctions et de chanter des messes publiques" (canon 17).

En 1215, le 4ème concile du Latran décrète (canon 21 : Omnis Utriusque Sexus) que tous les membres de l'Église occidentale doivent se confesser et communier au moins une fois par an, à Pâques. Le 21ème canon enjoint "à toute personne de l'un et de l'autre sexe, parvenue à l'âge de discrétion, de confesser tous ses péchés an moins une fois l'an à son propre prêtre. Que si quelqu'un, pour une juste cause, veut confesser ses péchés à un prêtre étranger, il en demandera et en obtiendra l'autorisation de son propre prêtre, parce qu'autrement cet étranger ne pourrait le lier ni le délier".
Le fidèle est tenu de se confesser à son curé qui se montre d'autant plus jaloux de son droit qu'il retire de l'administration du sacrement de pénitence ce qu'on appelle le "denier de confession", offrande volontaire en argent que le pénitent fait à son confesseur.
En outre, la coutume du secret de la confession est rendue obligatoire : interdiction est faite au prêtre confesseur, mais aussi à l'interprète ou au passant ayant surpris par hasard une confession, d'en divulguer le contenu.

Le concile œcuménique de Trente (1545-1563) reconnaît 7 sacrements : baptême, pénitence (confession obligatoire pour les péchés mortels), eucharistie, confirmation, mariage, ordre, extrême onction. Ils agissent ex opere operato, c’est-à-dire en vertu de Dieu lui-même, indépendamment de la foi ou de la vertu du prêtre qui les administre.
Certains ordres religieux s'étant arroger le droit de confesser sans la permission des curés, leurs prétentions furent condamnées par le concile de Trente (session 23, ch. XV), qui interdit formellement à tout prêtre séculier ou régulier, n'ayant pas charge d'âmes, d'entendre la confession des fidèles. Mais si les ordres religieux avaient contre eux les conciles, ils réussissaient presque toujours à mettre les papes de leur côté ; ainsi la clémentine Dudum autorisa les ordres mendiants à confesser, à la seule condition qu'ils eussent demandé l'autorisation à l'évêque, même s’il ne l’avait pas accordée. Pour résister à cette invasion du clergé régulier que favorisait Rome, le concile de Bordeaux (1614) défendit aux religieux de confesser sans la permission de l'évêque, malgré les indults qu'ils eussent obtenus de la pénitencerie romaine et refusa l'eucharistie à ceux qui se confesseraient hors de leur diocèse sans autorisation.
Aujourd'hui, le pénitent est libre de choisir pour confesseur tout prêtre approuvé.

Le pape Pie IV (1559-1565) publie une ordonnance « par laquelle toutes les femmes et les filles qui avaient été scandalisées et séduites par leurs confesseurs reçurent ordre de les dénoncer. Un certain nombre des principaux officiers de l’Inquisition furent choisis et autorisés par le pape pour recevoir les dépositions et punir les coupables. (…) A la fin, il parut évident au tribunal de l’Inquisition que le nombre des prêtres qui s’étaient servis de la confession auriculaire pour séduire leurs pénitentes était si grand qu’il était absolument impossible de les punir tous. L’enquête termina subitement ses travaux, et les coupables confesseurs furent laissés tranquilles et libres de continuer leurs œuvres de ténèbres ! Plusieurs autres papes ont fait de sincères efforts pour arrêter les abominations dont les confesseurs se rendent coupables : et toujours avec le même résultat. » 3

Suite à des violations du secret de la confession au nom de la raison d’Etat, Clément VIII doit rappeler, par un bref du 20 mai 1594, qu’il n’est pas permis de faire usage dans l’administration de ce que l’on a appris au confessionnal.

Le 8 août 1910, le décret de Pie X, Quam singulari sur la première communion des enfants, précise : "L'âge de discrétion, aussi bien pour la communion que pour la confession, est celui où l'enfant commence à raisonner, c'est à dire vers sept ans, soit au-dessus, soit même au-dessous. Dès ce moment commence l'obligation de satisfaire au double précepte de la confession et de la communion".

Le 25 janvier 1983, le nouveau Code de droit canonique composé de 7 livres et de 1752 canons remplace celui de 1917 (Constitution apostolique Sacrae disciplinae legis).
Selon le code de droit canonique le secret de la confession est absolu. il ne souffre pas d’exceptions : "Canon 983 – § 1. Le secret sacramentel est inviolable ; c’est pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d’une autre manière, et pour quelque cause que ce soit. § 2. À l’obligation de garder le secret sont également tenus l’interprète, s’il y en a un, et aussi tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont eu, par la confession, connaissance des péchés."
Si le prêtre violait ce secret, qui porte sur les péchés entendus et l’identité du pécheur, il serait excommunié : "Canon 1388 – § 1. Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l’excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique ; celui qui le viole d’une manière seulement indirecte sera puni selon la gravité du délit. § 2. L’interprète et les autres personnes dont il s’agit au can. 983, § 2, qui violent le secret, seront punis d’une juste peine, y compris l’excommunication."
Le 15 juin 1983, Jean-Paul II précise : "Le sacrement de la réconciliation n’est pas seulement réservé à ceux qui ont commis des fautes graves. Il a été institué pour la rémission de tous les péchés et la grâce qui en vient à une efficacité spéciale de purification et de soutien dans l’effort pour devenir meilleur et pour progresser."

Le 9 mai 2002, jour de l’Ascension, Jean-Paul II déclare que "la confession est un devoir pour les catholiques".

Le 9 février 2011, après l'annonce du lancement en Corée du Sud d'une application pour les produits Apple baptisée "A priest in your pocket", le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, soulignant que le sacrement de pénitence nécessite la présence du pénitent et du prêtre, indique qu'il ne peut y avoir de confession par l'intermédiaire des iPhone. : "Il faut mettre l'accent sur cela afin d'éviter toute ambiguïté, on ne peut parler en aucun cas de confession par iPhone" [...] On ne peut pas empêcher quelqu'un de réfléchir en vue de la confession à l'aide d´outils numériques, mais cela ne remplace en aucun cas le sacrement."
Le 10, la Conférence des évêques de Corée du Sud publie une déclaration précisant que cette "préparation à l´acte de pénitence" ne dispense "en aucun cas de l´absolution par un prêtre".

Durant les 26es journées mondiales de la jeunesse (JMJ) se déroulant à Madrid du 16 au 21 août 2011 et à l'initiative de l'archevêché de Madrid, des prêtres se voient accorder le droit d'accueillir, en confession, des femmes ayant subi une interruption volontaire de grossesse. Selon le droit de l'Église catholique, l'interruption volontaire de grossesse est un acte induisant par lui-même un temps d'éloignement des sacrements et nécessitant de rencontrer un prêtre pour une démarche de réconciliation ; seul le prêtre, en effet, en même temps qu'il donne le sacrement du pardon, peut clore cette étape d'éloignement et rouvrir la possibilité de recevoir les sacrements ; le prêtre doit avoir reçu cette mission de son évêque ; si ce n'est pas le cas, c'est à lui d'en faire la demande ; il demande alors à la personne de revenir le rencontrer pour pouvoir lui signifier sa pleine réintégration dans la vie de l'Église. 8

Dans son homélie du 25 octobre 2013, le pape François déclare : "La confession des péchés faite avec humilité, voilà ce que l’Eglise nous demande à tous [.] Et pour se confesser, on va vers notre frère, notre frère prêtre, et on se confesse de manière concrète, comme le faisait Saint Paul" (cf. Epitre aux Romains).
Le 20 novembre, il confirme : "Dans sa miséricorde souveraine, Dieu pardonne chacun mais il veut que ceux qui appartiennent au Christ, les membres de l'Eglise, reçoivent son pardon par l'intermédiaire des ministres de la communauté ecclésiale... Ainsi nous appelle-t-il à vivre la réconciliation dans sa dimension ecclésiale, communautaire [.] Par la faute de l'individualisme et du subjectivisme, beaucoup de gens et nombre de chrétiens ne comprennent plus la dimension ecclésiale du pardon. Dieu pardonne tout pécheur repenti mais le chrétien est lié au Christ qui est uni à l'Eglise [.] Certains disent se confesser directement à Dieu. Si Dieu écoute toujours dans le sacrement de la réconciliation, il envoie un frère porter son pardon au nom de l'Eglise..."

Le 2 août 2015, François invite chacun à ne pas avoir peur d'aller se confesser : "C'est vrai que quand on va au confessionnal, on ressent un peu de honte" reconnaît le Pape, tout en invitant à ne pas oublier "qu'on n'y rencontre pas un jugement sévère, mais le Père, immensément miséricordieux. Il faut se souvenir que même cette honte est une grâce qui nous prépare à l'étreinte du Père, qui pardonne toujours et qui pardonne tout."


Le secret de la confession et la Loi

Le Moyen Âge ayant conféré à la justice un caractère religieux, celui qui assume la fonction de défenseur est astreint au même secret que les autres clercs, c'est-à-dire au secret des confidences reçues. Ces secrets sont protégés solennellement par l'article 378 du code pénal de 1810, devenu actuellement l'article 226.13 du code pénal 4.
« Le secret professionnel a uniquement pour base un intérêt social. Sans doute sa violation peut créer un préjudice aux particuliers, mais cette raison ne suffirait pas pour en justifier l'incrimination. La loi la punit parce que l'intérêt général l'exige. Le bon fonctionnement de la société veut que le malade trouve un médecin, le plaideur, un défenseur, le catholique, un confesseur, mais ni le médecin, ni l'avocat, ni le prêtre ne pourraient accomplir leur mission si les confidences qui leur sont faites n'étaient assurées d'un secret inviolable. Il importe donc à l'ordre social que ces confidents nécessaires soient astreints à la discrétion et que le silence leur soit imposé, sans condition ni réserve, car personne n'oserait plus s'adresser à eux, si on pouvait craindre la divulgation du secret confié. Ainsi l'article 378 [actuel 226.13] a moins pour but de protéger la confidence d'un particulier que de garantir un devoir professionnel indispensable à tous. Ce secret est donc absolu et d'ordre public » 5.

"Dans un arrêt du 4 décembre 1891, la Cour de cassation a eu l'occasion d'élargir la notion de secret professionnel, en reconnaissant aux prêtres catholiques qu'il n'y avait pas lieu de distinguer s'ils avaient eu connaissance des faits par la voie de la confession ou en dehors de ce sacrement. Une décision du tribunal correctionnel de la Seine du 19 mai 1900 a confirmé que les ministres du culte étaient tenus de garder le secret des confidences qu'ils pouvaient recevoir à raison de leur qualité, et reprenant en cela la motivation de l'arrêt précité du 4 décembre 1891, a affirmé que la prohibition de toute violation du secret était absolue" 6.

En 1959, la Cour de cassation reconnaît cependant que les ministres du culte, qu'ils appartiennent d'ailleurs à la religion catholique ou à la religion réformée, sont tenus de garder le secret sur les révélations qui peuvent leur être faites dans la mesure où les faits leur ont été confiés dans l'exercice de leur ministère sacerdotal ou en raison de ce ministère (Cass. crim., 11 mai 1959, Gaz. Pal. 1959.2.79).

"Une décision du tribunal correctionnel de Bordeaux du 22 avril 1977 a rappelé, s'agissant d'un pasteur de l'Eglise réformée, que tout ce qu'il avait pu apprendre lors de l'entretien préalable au mariage religieux imposé à de futurs époux était couvert par le secret. Les tribunaux ont cependant rejeté en dehors du ministère du culte et de l'article 378 de l'ancien code pénal les confidences faites à un prêtre en tant que parent (Cass. crim. 11 mai 1959), en raison "de sa dignité, et de sa profonde connaissance de la nature humaine" (Cass. 1er Civ. 12 juin 1965), ou en tant que médiateur (CA Basse Terre 14 octobre 1985)". 6

Article 226-13 du Code Pénal. Modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 - art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002 : "La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire, est punie d'un an d'emprisonnement et de 15000 euros d'amende."
Article 226-14 du Code Pénal. Modifié par Loi n°2007-297 du 5 mars 2007 - art. 34 JORF 7 mars 2007 :
"L'article 226-13 n'est pas applicable dans les cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret. En outre, il n'est pas applicable :
1° A celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices, y compris lorsqu'il s'agit d'atteintes ou mutilations sexuelles, dont il a eu connaissance et qui ont été infligées à un mineur ou à une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique..."
"En principe, la révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire est passible d'une condamnation pénale, en application de l'article 226-13 du code pénal. Toutefois, certaines exceptions sont prévues à l'article 226-14 du code pénal, qui distingue les cas où la loi impose la révélation du secret des cas où la loi autorise cette révélation, ainsi que les cas particuliers des atteintes ou sévices graves infligés à un mineur de 15 ans ou à une personne particulièrement vulnérable, et la situation des médecins qui constatent l'existence de tels sévices ou agressions à l'égard de quiconque. Au vu de l'article 226-14 précité, il semble qu'un ecclésiastique, comme toute autre personne, qui révélerait des infractions de sévices graves ou d'atteintes sexuelles sur un mineur de quinze ans ou une personne vulnérable hors d'état de se protéger, n'encourrait aucune poursuite pour violation du secret professionnel, puisque la loi lui autorise cette révélation
" 6.


Le sacrement de pénitence ou de la réconciliation

Le sacrement de pénitence, appelé aujourd'hui "sacrement de la réconciliation", permet au catholique de se réconcilier avec Dieu. Au cours de ce sacrement, le pénitent doit avouer ses fautes ou péchés. Par cet aveu, il reconnaît comme sien le péché. L'aveu doit être précis et montrer les circonstances qui peuvent modifier la gravité de l'acte. Le prêtre permet au pénitent de discerner ses fautes. En fin de confession, le fidèle récite l'acte de contrition 10, puis le prêtre lui donne l'absolution au nom de l'Église et lui attribue une pénitence constituée le plus souvent par une prière de réparation.

Selon la liturgie (du grec "leitourgia" = service public) de 1973, il existe la pénitence sacramentelle avec confession individuelle et 3 autres types de rites pénitentiels :
1°) non sacramentel ;
2°) communautaire avec confession et absolution individuelles ;
3°) communautaire avec absolution collective dans des cas exceptionnels.


Le point de vue théologique 7

L'aveu des péchés à un homme ayant reçu le pouvoir de les pardonner ne semble pas attesté dans le Nouveau Testament : la correction fraternelle et la monition de la communauté visent d'abord à faire reconnaître par le coupable ses torts extérieurs (Matthieu 18,15) : la confession mutuelle à laquelle convie Jacques (Jacques 5,15) s'inspire peut-être de la pratique juive, et Jean (I Jean 1,9) ne précise pas la forme que doit prendre l'aveu nécessaire.
Toutefois la confession de ses péchés est toujours le signe du repentir et la condition normale du pardon. Les juifs qui viennent trouver Jean-Baptiste confessent leurs fautes (Mt 3,6). Pierre s'avoue pécheur, indigne d'approcher de Jésus (Luc 5,8), et celui-ci, décrivant le repentir de l'enfant prodigue, y fait entrer l'aveu de son péché (Lc 15,21). Cet aveu, exprimé en paroles par Zachée (19,8), en gestes par la pécheresse (7,36-50), ou encore par le silence de la femme adultère qui ne se défend pas (Jn 8,9-11), est la condition du pardon qu'accorde Jésus. Là est le point de départ de la confession sacramentelle.
Tout homme est pécheur et doit se reconnaître tel pour être purifié (I Jn 1,9). Cependant la reconnaissance de son indignité et la confession des lèvres tirent leur valeur du repentir du cœur, et la confession de Judas est vaine (Mt 27,4).
Ainsi, sous les deux Alliances, celui qui confesse sa foi au Dieu qui sauve, comme celui qui confesse son péché se trouvent l'un et l'autre libérés du péché par la foi (Galates 3,22). Pour eux s'accomplit la parole : « Ta foi t'a sauvée » (Lc 7,50).
L'acte de conversion scellé par le baptême est accompli une fois pour toutes ; il est impossible d'en renouveler la grâce (Hébreux 6,6). Or les baptisés sont susceptibles de retomber dans le péché : la communauté apostolique en a fait très tôt l'expérience. En ce cas, la repentance est encore nécessaire si l'on veut participer malgré tout au salut. Pierre y invite Simon le magicien (Actes 8,22). Jacques presse les chrétiens fervents de ramener les pécheurs de leur égarement (Jacques 5,19). Paul se réjouit de ce que les Corinthiens se sont repentis (2 Corinthiens 7,9), tout en craignant que certains pécheurs ne l'aient pas fait (12,21). Il presse Timothée de reprendre les opposants, en espérant que Dieu leur accordera la grâce du repentir (2 Timothée 2,25). Enfin dans les messages aux sept Églises qui ouvrent l'Apocalypse se lisent de claires invitations à la repentance qui supposent des correspondants déchus de leur première ferveur (Apocalypse 2,5-16-21 ; 3,3-19).
Sans parler explicitement du sacrement de pénitence, ces textes montrent que la vertu de pénitence doit avoir sa place dans la vie chrétienne, en prolongement de la conversion baptismale. Seule la pénitence, en effet, prépare l'homme à affronter le Jugement de Dieu (Actes 17,30). Or l'histoire est en marche vers ce jugement. Si sa venue semble tarder, c'est uniquement parce que Dieu "use de patience, voulant que personne ne périsse et que tous, si possible, arrivent au repentir" (2 Pierre 3,9). Aussi bien est-il urgent que, par la pénitence, les chrétiens « se sauvent de cette génération dévoyée ». (Ac 2,40)


Le péché

Le péché, du latin "peccatum" (faute, action coupable), est la transgression, volontaire ou nom, de la loi divine et de ces commandements. L'ancien français l'entendait aussi pour un tort, une injustice, une infortune subie, lui prêtant la même valeur qu'à dommage. 9
Selon la Bible, le péché originel est la faute que tout homme porte en lui depuis la chute d'Adam et son expulsion du jardin d'Eden : « C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché... » (Romains 5,12)
« Quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean 8,34).
« Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures » (1 Corinthiens 15,3)
« Il faut distinguer qu’il y a un double péché : à savoir le péché originel et le péché actuel, l’originel qu’on contracte sans consentement et l’actuel qui est commis avec consentement (…) La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, mais la peine du péché actuel est le supplice de la géhenne éternelle. » (Innocent III pape 1198-1216).
« ... Le plus grand pécheur qui en appelle simplement à ma pitié désarme mon courroux ; Je le justifie par ma Miséricorde insondable et infinie... Avant de venir comme Juge équitable, j'ouvre toutes grandes les portes de ma Miséricorde : qui ne veut les franchir doit passer par ma Justice. » (Ste Faustine + 1938, Notes du 6, VI, 1937)
"Le péché du vingtième siècle est la perte du sens du péché". (Pie XII, 26 octobre 1946)
"Le relativisme relativise tout et à la fin, on n’arrive plus à distinguer le bien du mal". (Benoît XVI)

Les 7 péchés capitaux sont l'avarice, la colère, l'envie, la gourmandise, la luxure, l'orgueil et la paresse ; mais l'Église catholique distingue le péché mortel et le péché véniel (ou peccadille). Avec l'Église orthodoxe, elle déclare que péché véniel et péché mortel peuvent être effacés par la confession sincère et la contrition alors que le protestantisme professe que la foi et le repentir sincère suffisent.
"Vivre dans le péché" signifie vivre loin de Dieu et "pécher contre l’esprit" consiste en un refus d'accepter Dieu, une attitude orgueilleuse dont le Christ assure qu'elle ne peut être pardonnée.
La miséricorde accordée par Dieu au pécheur exige que celui-ci pardonne à son prochain (Matthieu 5,23-28).

La notion de péché a existé de tout temps et dans toutes les religions où il consiste en la violation d'un "tabou". De même, partout et depuis toujours ont existé des cérémonies expiatoires, épreuves, ordalies, purifications, jeûnes, mortifications et pèlerinages...
Dans l'Ancien Testament, le bouc émissaire était une victime expiatoire chargée d'emporter tous les péchés d'Israël : « Le bouc emportera sur lui toutes les iniquités dans une terre désolée ; il sera chassé dans le désert » (Lévitique XVI, 22).
L'islam n'a pas adopté le principe biblique et chrétien du péché originel. Si le Coran parle nommément des péchés, dont la définition est qu'il est une transgression volontaire des lois divines, il ne mentionne jamais le péché originel. C'est la raison pour laquelle le Coran ignore la rédemption de cette tache originelle par le salut et le rachat des fautes de l'humanité par le sacrifice du Christ sur la croix.


Les vertus chrétiennes

Les vertus (du latin "virtus" = mérite de l'homme) chrétiennes correspondent aux anciennes divinités féminines et sont à la fois des principes vitaux, moraux, sociaux et spirituels.
L'iconographie les représente sous un aspect féminin portant des attributs tels que le mors et l'horloge pour la Tempérance, le dragon extrait d'une tour (ou un lion maîtrisé) pour la Force, la balance et l'épée pour la Justice, et enfin le miroir, le compas et le serpent maîtrisé pour la Prudence. Ce sont les vertus les plus représentées, les 4 vertus cardinales.
À leur suite se trouvent les 3 vertus théologales : la Charité, l'Espérance et la Foi.


Citations

Dieu aime à pardonner. Il faut donc que les enfants de Dieu soient, eux aussi, pacifiques et miséricordieux, qu’ils se pardonnent réciproquement comme le Christ nous a pardonnés et que nous ne jugions pas de peur d’être jugés. (Tertullien + 230/240, Traité de la pudeur)

Jésus, regarde ceux qui tombent,
montre-toi et redresse-nous.
Sous ton regard disparaît la tache,
la faute se noie dans les pleurs.
Toi, lumière, brille à nos sens.
Dissipe le sommeil de l'âme.
A toi notre premier cantique,
A toi le tribut de nos vœux. (Ambroise, évêque de Milan, +397, Hymne Aeternae rerum conditor)

Il faut nous déplaire à nous-mêmes quand nous péchons, parce que les péchés déplaisent à Dieu. Et puisque nous ne sommes pas sans péché, nous ressemblerons à Dieu au moins en ce que le péché nous déplaît, comme à lui. Pour une part tu seras uni à la volonté de Dieu, car ce qui te déplait en toi, c'est ce que déteste celui qui t'a crée. (Augustin, évêque d'Hippone, +430, Sermon sur l'Ancien Testament)

La tentation, ce n'est pas un mal. C'est une épreuve méritoire et la place où nous pouvons répondre de notre amour pour Dieu. (Pierre Damien + 1072, Dominus vobiscum)

Bienheureux, toi dont la conscience est en paix. Sans ignorer tes fautes, faiblesses et omissions, tu gardes confiance. Si ton cœur te condamne, tu sais que Dieu est plus tendre que ton cœur. (Norbert, évêque de Magdebourg, + 1134)

C’est par l’esprit de douceur que vous ferez du bien à vos auditeurs, tandis qu’ils seront peu touchés si vous vous contentez de considérations générales sur les vices et les vertus. (Vincent Ferrier + 1419, Traité de la vie spirituelle)

La vraie pénitence est ferme et constante : pourtant (par conséquent), elle nous fait, non pas pour un jour ou une semaine, mais sans fin et sans cesse, batailler contre le mal qui est en nous. (Jean Calvin, Traité de la sainte Cène, 1540)

Si l’eau éteint le feu, la charité éteint les péchés. (Jean de Dieu, + 1550, dans une Lettre à ses frères)

O Seigneur, faites-moi voir la quantité et l'énormité de mes maux, afin que je les déteste et que je m'humilie en la grandeur de ma misère. Mais faites-moi voir aussi l'infinité de votre miséricorde, afin que mon cœur y ait une grande et absolue confiance. O mon Dieu, faites-moi considérer comment, depuis mes dernières résolutions jusqu'à cette heure, je me suis conduit envers vous, envers le prochain, envers moi-même, et combien les péchés se sont accrus et multipliés dans mon cœur, par actions, par paroles, par désirs et par pensées. Rappelez à ma mémoire de quels bienfaits j’ai abusé, combien d'inspirations de votre grâce j'ai méprisées, combien de bons mouvements j'ai rendus inutiles. O Seigneur, que je vous connaisse et que je me connaisse ! J'ai eu assez de faiblesse et de malice pour commettre le mal ; mais, hélas ! je n'ai pas assez de lumière pour le connaître et pour le détester. C'est une grâce que j'attends de votre infinie bonté, O mon Dieu ! (Prière de François de Sales 1567–1622)

Il y a, dans toutes les confessions, un péché qu'on ne dit pas [...] La confession est une chose excellente, un frein aux crimes invétérés [...] Il n'y a peut-être point d'établissement plus sage que la confession ; la plupart des hommes, quand ils sont tombés dans de grands crimes, ont naturellement des remords. Les législateurs, qui établirent des mystères et des expiations, voulurent empêcher les coupables de se livrer au désespoir et de retomber dans leurs crimes. (Voltaire 1694-1778)

La confession est très bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine à pardonner, et pour faire rendre aux voleurs ce qu'ils peuvent avoir dérobé au prochain [...] Que de restitutions, de réparations, la confession ne fait-elle pas faire chez les catholiques ! (J.-J. Rousseau 1712-1778)

Les curés sont consolés de ne pas être mariés quand ils entendent les femmes se confesser. (Armand Salacrou, Une femme libre, 1934)

Le péché du vingtième siècle est la perte du sens du péché. (Pie XII, 26 octobre 1946)


Notes
1 Le baptême, rappel du baptême du Christ par saint Jean-Baptiste, fait entrer le catéchumène dans l’Église, la confirmation parfait cette entrée (le confirmé reçoit l’Esprit saint et accède à l’âge adulte chrétien), le mariage (monogame) est indissoluble car c’est un engagement envers Dieu, l’ordre, qui marque l’entrée au service de l’Église, comporte 3 degrés (diacre, prêtre et évêque) et l’extrême-onction (onction d’huile sainte sur le front) est dispensée aux malades à l’approche de la mort.
Deux sacrements se répètent tout au long de la vie : l’eucharistie instaurée par Jésus au cours de son dernier repas, la Cène, la veille de sa crucifixion, commémore le sacrifice du Christ et la pénitence par laquelle le croyant reconnaît ses péchés qui peuvent alors être absous.
Les orthodoxes reconnaissent les sept sacrements et parlent plutôt de Sainte Liturgie pour ce qui concerne l’eucharistie. Les protestants ne reconnaissent en général que l’eucharistie (qu’ils appellent Sainte Cène) et le baptême, deux sacrements en vigueur dès le début du christianisme, institués dans des circonstances précises par Jésus, ainsi que le rapportent les Évangiles du Nouveau Testament. Il en va de même pour les anglicans, qui confèrent néanmoins une valeur aux cinq autres.
2 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse
3 Extrait du livre Le prêtre, la femme et le confessionnal (nouvelle édition, 1925) du Père Chiniquy qui quitta l’Eglise de Rome et se convertit à la foi évangélique.
4 esprit-et-vie.com/breve.php3?id_breve=143
5 Émile Garçon, Code pénal annoté, art. 378, n° 7
6 BULLETIN OFFICIEL DU MINISTÈRE DE LA JUSTICE n° 95, 1er juillet - 30 septembre 2004
7 Vocabulaire de théologie biblique, Ed. du Cerf. 1977
8 http://www.forumreligioncatholique.com/t79-le-sacrement-de-reconciliation
9 Dictionnaire historique de la langue française. Le Robert. 1994
10 Acte de contrition : "Mon Dieu, j'ai un très grand regret de Vous avoir offensé, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché Vous déplait. Je prends la ferme résolution avec le secours de Votre sainte grâce de ne plus Vous offenser et de faire pénitence."


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 12/08/2017

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