Pie VI

Giannangelo Braschi, né dans une famille noble le 27 décembre 1717 à Cesena (Romagne), est élevé par les jésuites.
Docteur en droit civil et canonique (1735), il est secrétaire du cardinal Raffo (légat de Ferrare) en 1740.
En 1755, il est chanoine de Saint-Pierre et secrétaire du pape Benoît XIV qui lui annonce : « J’ai commencé votre fortune, mais c’est vous qui l’achèverez ! »
Ordonné prêtre en 1758, il est nommé trésorier de la chambre apostolique par Clément XIII en 1766 ; les fripons disent de lui : « Il a des dents pour mordre et un nez pour flairer ! »
Il est nommé cardinal par Clément XIV en 1773.
Il est élu pape le 15 février 1775 après un conclave de 5 mois et choisit le nom de Pie : il déclare avoir choisi ce nom "car Pie V est le dernier pape que l’Eglise a mis au nombre des saints : je veux marcher sur ces traces pour parvenir". Il est intronisé le 22.
Pie VI est un pape pieux, charitable et modéré.
Il fait assécher les marais Pontins.
Des assassinats multiples étant commis la nuit à Rome, le pape abolit tous les privilèges attachés à certains lieux et fait saisir les assassins partout où ils se trouvent, persuadé que "l’hommage le plus pur qu’on puisse rendre à l’Etre Suprême est de réprimer le crime comme d’honorer la vertu". Quelques années après, déterminé par les mêmes motifs, il supprime le droit dont jouissent "a latere" (en vertu d’une bulle de Clément XII) les cardinaux et les légats
Il tente d’enrayer le fébronianisme et le joséphisme.
La Révolution française, en supprimant les ordres religieux, les dîmes, les annates, en déclarant la nation propriétaire des biens ecclésiastiques, en réunissant Avignon et le Comtat Venaissin à la France et en établissant la constitution civile du clergé (1790) que le pape condamne comme schismatique et hérétique, porte au Saint-Siège un coup terrible ; Pie VI excommunie la Nation Française, mais ses brefs et la protection qu’il accorde dans ses Etats aux prêtres réfractaires irritent contre lui la France nouvelle ; le massacre de l’envoyé de la République française, Basseville, accompli en 1793 par la populace romaine (peut-être à l’instigation des prêtres) comble la mesure ; les armées françaises soumettent la Haute Italie et Pie VI est sommé de rétracter les brefs lancés contre la Révolution ; le pape voit Bonaparte s’emparer de Bologne et est contraint, par le traité de Tolentino (1797), d’abandonner Ferrare, Bologne, la Romagne, de renoncer à toute prétention sur le Comtat Venaissin, de désavouer le meurtre de Basseville et de payer une contribution de 30 millions de francs, indépendamment des tableaux et objets d’art qu’il doit livrer.
Pie VI meurt le 29 août 1799, à 1 heure 20, à Valence (France) où il a été conduit sur ordre de Bonaparte ; il est enterré civilement dans un terrain non consacré. Le 17 février 1802, le premier Consul Bonaparte fera ramener son corps à Rome où il sera inhumé avec tous les honneurs.

Prophétie de Malachie : Peregrinus Apostolicus (pèlerin apostolique)


1775. Hiver glacial. 15 février, élection de Pie VI. 5 avril, un édit du pape, qui interdit aux Juifs de sortir du ghetto la nuit sous peine de mort, rétablit la surveillance du ghetto de Rome par l'Inquisition, ainsi que le port de la rouelle. 18 avril au 6 mai, Guerre des farines : les récoltes de 1774 ayant été très mauvaises, le prix du pain (libre depuis un décret de Turgot) monte en flèche ; dans toute la France, le peuple prend à partie les spéculateurs accusés de stocker le blé ; le 2 mai l'émeute arrive jusqu'à la cour de Versailles où l'on demande du pain à Marie Antoinette ; le 3, les Halles et les boulangeries de Paris sont mises à sac ; le 4, l'armée intervient pour faire cesser les pillages ; des émeutiers sont arrêtés et pendus ; le 10, le calme est rétabli. 19 avril, à Lexington (Massachusetts), un détachement britannique, en route pour détruire un dépôt d’armes, tombe dans une embuscade tendue par les indépendantistes américains (200 soldats anglais sont tués) : c’est le début de la Guerre d’indépendance menée contre la Grande-Bretagne par les 13 colonies d’Amérique du Nord. 23 avril, les New-yorkais chassent de la ville le gouverneur de la Couronne. 2 mai, Benjamin Franklin, physicien et homme politique américain, cartographie le Gulf Stream. 9 mai, invasion du Canada par les Américains qui prennent le fort Ticonderoga (autrefois Carillon), le fort de Crown Point (autrefois Pointe-à-la-Chevelure) le 11 mai et le fort Saint-Jean le 18 mai. 10 mai, second Congrès continental des représentants des colonies d’Amérique du Nord : ils rassemblent au sein de l’"armée continentale" les milices formées par les différentes colonies américaines ; le 15 juin, George Washington sera nommé "commandant en chef des forces continentales" par le Congrès. 16 au 25 mai, suite à plusieurs années de mauvaises récoltes, grande jacquerie dans le Nord-Est de la Bohême. 22 mai, devant l'invasion américaine au Canada, l'évêque de Québec Jean-Olivier Briand accepte d'aider le gouverneur Carleton à inciter les « Canayens » à s'enrôler dans la milice pour défendre leur patrie et leur roi. 29 mai, le Congrès général américain invite les habitants du Canada à se joindre aux colonies américaines pour obtenir l'indépendance de l'Empire britannique ; Jean-Olivier Briand, évêque de Québec, donne l'ordre d'être fidèle aux Britanniques et interdit le mariage entre les femmes et les soldats américains (il interdira même les sacrements pour tous les Canadiens rebelles). 6 juin, au Brésil, l'esclavage des Indiens est aboli et remplacé par une main d'œuvre servile en provenance de l'Angola, autre colonie portugaise des côtes africaines. 11 juin, à Reims, sacre de Louis XVI. 15 juin, George Washington est nommé commandant en chef des forces continentales par le Congrès. 17 juin, Bataille de Bunker Hill, près de Boston : 2 400 soldats Britanniques remportent la victoire sur 1 000 miliciens commandés par les colonels Putman et Prescott. La France donne à la Corse une certaine autonomie : elle est dotée du statut de pays d'Etat, ce qui lui permet de disposer d'un conseil souverain détenant des pouvoirs similaires à ceux des Parlements de France ; les intendants s’efforcent de promouvoir des réformes économiques et sociales, des collèges sont créés, la noblesse locale est reconnue et ses fils peuvent (comme Napoléon Bonaparte) être envoyés en France aux frais du roi, la fiscalité est faible. 20 août, fondation de Tucson en Arizona par les Espagnols. En septembre, à la requête des juifs de Lorraine, française en 1766, et de l’Alsacien Herz Cerfbeer de Mendelheim, Louis XVI accorde à tous les Juifs de France les mêmes droits patrimoniaux qu’aux autres Français. 6 septembre, George Washington demande aux Québécois d'appuyer les Américains dans leur guerre pour l'indépendance. 13 octobre, le Congrès des États-Unis charge un Comité de la Marine, précurseur du futur ministère, de créer une flotte de guerre (US Navy) pour les treize colonies. 2/3 novembre, au Québec, sur la rivière Richelieu, prise du fort Saint-Jean par les Américains après 45 jours de siège. 10 novembre, 2 bataillons de Continental Marines (troupes d’infanterie embarquée) sont constitués : en mars 1776, pendant la guerre d’Indépendance, ils effectueront leur premier combat aux Bahamas ; le corps des Marines sera institué officiellement le 11 juillet 1798 par un acte du Congrès des États-Unis d’Amérique. 13 novembre, Montréal capitule devant les insurgents américains : les forces britanniques se replient sur Québec. 21 novembre, l’Assemblée du clergé de France (3 juillet au 13 décembre) publie Avertissement aux Fidèles sur les avantages de la Religion chrétienne et les effets pernicieux de l'Incrédulité. 25 décembre, la bulle Inscrutabili divinae sapientiae condamne les nouvelles idées, notamment l’irréligion, l’impiété et l’athéisme, sans nommer la franc-maçonnerie, et rappelle le pouvoir et la primauté absolus du pape. 31 décembre, Bataille de Québec : les Américains tentent sans succès d'envahir la ville de Québec, afin de gagner à leur cause les Canadiens, également sous domination britannique : les Anglais repoussent les assaillants et tuent le général Richard Montgomery.

1776. 5 janvier, suppression de la corvée royale. 5 février, Louis XVI signe l’édit abolissant les corporations : il ne sera pas appliqué. 27 février, Bataille de Moore's Creek Bridge en Caroline du Nord : l'armée britannique est vaincue par les patriotes indépendantistes. 9 mars, publication de Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations par l'économiste écossais Adam Smith : cette œuvre lui a parfois valu d’être considéré comme le fondateur de la science économique. 17 mars, les insurgés, commandés par Georges Washington, chassent les Anglais de la région de Boston. 25 mars, suppression de la vénalité pour les gardes d’officiers ; les classes privilégiés se dressent contre les réformes de Turgot (suppression de la corvée, des jurandes et des maîtrises) qui sera remplacé par Necker ; Malesherbes doit démissionner. 28 mars, Juan Bautista de Anza, accompagné de 247 colons, trouve le site pour le fort Presidio qui deviendra San Francisco. Le français J.V. Morice décrit le commerce en Afrique de l’Est : "En mars et en avril, les Maures et les Arabes se rendent dans le royaume de Kilwa pour s’y fournir en esclaves, car Kilwa est le grand centre de rassemblement de tous les esclaves venus de l’intérieur du continent". 1er mai, Adam Weishaupt (juif ashkénaze converti au catholicisme qui étudia chez les jésuites) et le baron Adolf von Knigge fondent, sur le modèle des sociétés maçonniques, la société secrète des Perfectibilistes qui deviendra l'Ordre Secret des Illuminés (lluminati) Germaniques, les Illuminés de Bavière. 6 mai, arrivée de renfort britannique à Québec dont des Mercenaires allemands ; les américains lèvent le siège de Québec. 7 juin, devant le Second Congrès Continental, Richard Henry Lee, délégué de Virginie, propose une déclaration, appuyée par John Adams du Massachusetts, proclamant que "ces colonies unies, sont et doivent être de plein droit des Etats libres et indépendants" : la résolution est adoptée par 12 colonies, seule celle de New-York s’abstient. 8 juin, Bataille de Trois-Rivières opposant l'Armée continentale américaine aux troupes britanniques ; bien que deux fois plus nombreux que leurs ennemis (2 000 contre 1 000), les colons américains qui tentent d'envahir le Québec, sont repoussés et battus par les Britanniques ; les Américains abandonnent la Province à ses derniers et quittent finalement le pays le 17 juin. 29 juin, fondation de la ville de San Francisco par deux Pères franciscains venus du Mexique. 30 juin, arrêt du conseil du roi supprimant toutes les loteries particulières (à l’exception de celles des Enfants trouvés et de la Pitié, rattachées à l’administration de la loterie) et instituant la Loterie royale de France : l’Etat se réserve le monopole exclusif de ce jeu et organise deux tirages par mois. 4 juillet, au Congrès de Philadelphie, la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, rédigée par Jefferson, Adams et Franklin, est adoptée par 12 colonies anglaises d’Amérique du Nord (la 13e colonie, celle de New York, n’a pas pris part au vote car ses délégués n’y ont pas été autorisés par l’assemblée de leur Etat : elle se ralliera le 9) ; le Congrès adopte le nom d'États-Unis d'Amérique. 9 juillet, en Virginie, Bataille du Monongahela : victoire des forces françaises et indiennes sur les Anglais. 12 juillet, à Plymouth, début du troisième voyage du Britannique Cook dans le Pacifique. 27 août, victoire britannique sur les troupes de George Washington à la Bataille de Long Island ou de Brooklyn. 7 septembre, le Turtle est le premier sous-marin militaire à être utilisé dans une bataille : il essaie de couler, sans succès, le HMS Eagle britannique dans le port de New York. 17 septembre, la première expédition espagnole arrivée sur les côtes sud-est de l’Amérique du nord découvre une baie magnifique qui sera baptisée San Francisco car le débarquement a eu lieu à la date anniversaire du jour où François d’Assise reçut les stigmates. 20 septembre, à New York, les Britanniques affrontent les insurgents et s'emparent de la ville. 11 octobre, Bataille de l'île Valcour : les Britanniques contrôlent le lac Champlain. 16 novembre, Bataille de Fort Washington. 25 décembre, reconnaissance des îles Kerguelen par James Cook. 25 décembre, George Washington traverse le Delaware. 26 décembre, Bataille de Trenton dans le New Jersey : les insurgents américains vainquent les forces britanniques. 31 décembre, l'américain Benjamin Franklin vient demander de l'aide à la France contre les Britanniques. Charles-Michel de L'Épée, dit l'Abbé de L'Épée : Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques. Adam Smith (1723-1790) publie la Richesse des nations, ouvrage qui deviendra le texte fondateur du libéralisme économique ; il est considéré comme le père de la science économique moderne.

1776-1788. Edward Gibbon : Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain.

1777. 1er janvier, parution du Journal de Paris, premier quotidien français. 3 janvier, à Princetown, victoire de George Washington sur les Anglais. 24 février, mort de Joseph Ier de Portugal : sa fille, Marie Ire, lui succède. 13 mars, le Ministre des Affaires Etrangères, Vergennes, présente au roi Louis XVI les députés américains. 13 juin, Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Motier, marquis de La Fayette 1, accompagné du baron de Kalb et de treize officiers, à bord de son bateau, La Victoire, débarque dans le petit port de South Inlet, près de Georgetown, en Caroline du Sud. 14 juin, le second Congrès continental adopte le drapeau des Etats-Unis : The Star-Spangled Banner (bannière étoilée) ou Stars and Stripes (étoiles et bandes) qui compte 13 bandes horizontales rouges et blanches et 13 étoiles blanches sur fond bleu représentant les 13 Etats fondateurs. 29 juin, Necker est nommé directeur général des Finances. 2 au 6 juillet, Siège de Fort Ticonderoga (État de New York) par les britanniques : la prise du Fort, sans combat, provoque un tollé dans l'opinion publique américaine. 8 juillet, adoption de la Constitution du Vermont ; le Vermont est le premier État de l'Union à abolir graduellement l’esclavage : l’esclave doit se racheter en travaillant jusqu’à 21 ans. 31 juillet, Lafayette est incorporé, non sans difficulté, dans l'armée des États-Unis, avec le grade de major général. 6 août, Bataille d'Oriskany entre une milice d'insurgents américains et une force de loyalistes britanniques composée majoritairement d'Iroquois. 16 août, Bataille de Bennington (Vermont) : des rebelles miliciens vainquent un détachement de l'armée du royaume de Grande-Bretagne. 22 août, victoire loyaliste à la bataille de Staten Island. 11 septembre, Campagne de Philadelphie, défaite américaine à la Bataille de Brandywine ; c'est la première bataille du jeune marquis de La Fayette qui y est blessé à la jambe et qui y gagne l'admiration de George Washington. 19 septembre, victoire américaine lors de la 1ère bataille de Saratoga. 26 septembre, les troupes britanniques envahissent Philadelphie. 1er octobre, Traité de San Ildefonso entre l'Espagne et le Portugal : l'Espagne récupère la ville de Colonia del Sacramento (Uruguay) et les îles d'Annobón et de Fernando Póo dans les eaux du golfe de Guinée ; elle cède au Portugal des zones conquises au Sud du Brésil. 4 octobre, Bataille de Germantown : les indépendantistes américains sont vaincus par l'armée britannique. 7 octobre, Deuxième Bataille de Saratoga (Bataille de Bemis Heights) en Nouvelle Angleterre : les troupes anglaises du général anglais John Burgoyne, venues du Canada (8 000 hommes), sont battues par les insurgents, menés par le général George Washington, qui remportent ainsi leur première grande victoire dans la guerre d’indépendance. 22 octobre, victoire américaine à la Bataille de Red Bank. 15 novembre, le Congrès américain adopte les Articles de la Confédération. 25 novembre, victoire américaine à la bataille de Gloucester. 29 novembre, sur ordre d'Antonio María de Bucareli y Ursúa, vice-roi de Nouvelle-Espagne, fondation de San José (Californie) sous le nom de Pueblo de San Jose de Guadalupe. 5 au 8 décembre, Bataille de White Marsh : victoire américaine. 9 décembre, Louis XVI rétablit le Mont-de-piété : créé en Italie par le moine Barnabé de Terni en 1462, il apparut en France en 1637 mais fut fermé en 1644 ; rétablie en 1777, il disparaîtra pendant la Révolution et sera réorganisé par Napoléon en 1804 ; en 1918, il deviendra le Crédit Municipal de Paris. 16 décembre, la Virginie est le premier État à ratifier les Articles de la Confédération. 17 décembre, Louis XVI reconnaît l’indépendance des colonies britanniques d’Amérique. 30 décembre, mort, sans héritier, de Maximilien III Joseph de Bavière, prince-électeur de Bavière depuis 1745 : c'est un très lointain cousin, issu de la branche ainée de la Maison de Wittelsbach, l'électeur palatin Charles Théodore de Bavière, qui est appelé à lui succéder.

1778. 18 janvier, James Cook découvre certaines des îles Sandwich, aujourd'hui îles d'Hawaii, et en effectue le relevé. 24 janvier, le Canton de Vaud, qui faisait partie des terres de Savoie, devient indépendant. 30 janvier, à Versailles, Traité d'amitié et d'accord commercial entre la France et les États-Unis (représentées par le comte de Vergennes et Benjamin Franklin) : le traité énonce le principe de la liberté des mers et du droit des états neutres à commercer avec des nations en guerre ; la France s'engage à prendre sous sa protection les navires des États-Unis et à leur favoriser le commerce en Méditerranée, et, en contrepartie, les Français ne seront pas troublés dans leur droit de pêche sur les bancs de Terre-Neuve. 6 février, second Traité (destiné à rester secret) entre la France et les États-Unis : alliance défensive au cas où une guerre éclaterait entre la France et l'Angleterre ; aucune des 2 parties ne pourra conclure de paix ou de trêve avec la Grande-Bretagne sans avoir au préalable obtenu le consentement de l'autre ; en mars, l’Angleterre rompt ses relations diplomatiques avec la France. 7 mars, James Cook atteint la côte du continent nord-américain au large de l'actuel Oregon ; cherchant le passage du Nord-Ouest, il longe la côte jusqu'en Alaska en traçant les côtes de la Colombie-Britannique (il passe 1 mois dans la baie de Nootka), s'engage dans ce qui est appelé aujourd'hui le détroit de Cook, puis poursuit sa route vers le nord, et remonte jusqu'au détroit de Béring qu'il franchit avant d'être contraint de faire demi-tour face à la banquise de la calotte glaciaire (18 août) ; il remet alors le cap vers les îles Sandwich, où il est contraint d'hiverner. 30 mai, à Paris, mort de François-Marie Arouet, dit Voltaire 13. 17 juin, en Manche, la frégate française Belle Poule oblige la frégate anglaise Arethusa à se replier sur son escadre ; le 10 juillet, le roi de France donnera l'ordre au duc de Penthièvre, amiral de France, "d'armer en guerre contre le Royaume-Uni". 21 juin, l’Espagne entre en guerre contre l’Angleterre. 28 juin, Bataille de Monmouth : les Américains battent l'armée britannique. 28 juin, les Anglais évacuent Philadelphie pour s’opposer à une attaque de la flotte française. 3 juillet, la Prusse déclare la guerre à l’Autriche : c’est le début de la Guerre de succession de Bavière ; l’Autriche signera sa capitulation le 7 septembre 1778 à Hambourg. Juillet/août : la flotte française renonce à attaquer New York et échoue devant Newport. 27 juillet, Bataille d'Ouessant : la flotte française met en fuite la flotte britannique à l'ouest de l'île d'Ouessant. 3 août, ouverture de la Scala de Milan. 6 au 8 septembre, Bataille de la Dominique : les forces britanniques qui occupent l'île se rendent aux Français. 17 septembre, traité entre les Américains et les Delaware à Fort Pitt. 28 octobre, à Québec, publication d'un manifeste par l'amiral français Charles-Henri, comte d'Estaing, dans lequel il propose aux « Français d'Amérique » se s'allier aux États-Unis. 14 au 15 décembre, victoire navale britannique sur la flotte française à la Bataille de Sainte-Lucie aux Antilles. 18 au 28 décembre, prise de Sainte-Lucie par les Britanniques. Antoine Augustin Parmentier : Examen chimique de la pomme de terre.

1779. 14 février, aux îles Sandwich (aujourd’hui Hawaï), victime du vol d'une chaloupe qu'il veut récupérer, l’explorateur anglais James Cook est tué par des indigènes. 2 mars, mort du shah de Perse, Karim Khan ; son second fils Mohammad Ali Khan est désigné par Zaki Khan, le frère du défunt, pour lui succéder ; Abol Fath Khan, un frère de Mohammad Ali Khan, est désigné co-monarque, mais Mohammad Ali Khan mourra d'une attaque cardiaque le 19 juin. 12 avril, Traité d'Aranjuez : signé par la France et l'Espagne, il établit l'engagement de l'Espagne aux côtés de la France en faveur des indépendantistes américains et prévoit l'envahissement de l'Angleterre par les deux pays 10. 13 mai, Traité de Teschen, signé par la Prusse et l'Autriche : il met fin à la guerre de Succession de Bavière. Franc-maçonnerie en Russie. 19 juin, mort de Mohammad Ali Khan : son frère, Abol Fath Khan, devient seul chah de Perse. En été, tout l’Ouest de la France est frappé de dysenterie (175 000 morts). 2 juillet, prise de la Grenade par la France. 6 juillet, défaite de la Royal Navy à la bataille navale de Grenade. 8 août, Louis XVI édicte la suppression gratuite du servage sur le domaine royal. 16 septembre au 19 octobre, échec du siège de Savannah par les franco-américains. 20 et 21 septembre, Bataille de Bâton-Rouge (Louisiane) : les Espagnols vainquent les Britanniques. 23 septembre, Bataille navale de Flamborough Head : victoire américano-française sur les Britanniques. 27 décembre, le vicomte François Anne de Chefdebien d’Aigrefeuille, consul de Narbonne, et ses fils, dont cinq sont chevaliers de l’ordre de Malte, créent le Rite Primitif de Narbonne qui serait à l'origine des Philadelphes, société ésotérique et mystique, inspirée par les mythes de l’Antiquité égyptienne, fondée le 19 avril 1780.

1780. 14 mars, les Espagnols prennent le fort de Mobile, dernier fort britannique sur le Mississippi. 7 avril, inauguration du Grand Théâtre de Bordeaux.
17 avril, Bataille navale de la Martinique entre la Royal Navy britannique et la Marine royale française : l'issue de la bataille est indécise. 28 avril, La Fayette, de retour de France à bord de l’Hermione, débarque à Boston. 2 mai, Rochambeau et son corps expéditionnaire quittent Brest et traversent l'Atlantique. 11 juillet, l'escadre du Chevalier de Ternay entre dans la rade de Newport (Rhode Island) ; débarquement d’un corps expéditionnaire de 6 000 hommes (sous les ordres de Jean-Baptiste Rochambeau, baron de Vimeur) envoyés par Louis XVI au secours des insurgés américains. 16 août, Bataille de Camden en Caroline du Sud : victoire des forces britanniques sur les insurgents. 24 août, Louis XVI décrète l’abolition de la "question préparatoire" (torture infligée à un accusé pendant la procédure pour lui arracher les aveux de son crime, appliquée seulement au cas où sa culpabilité est déjà établie mais pas suffisante pour pouvoir le condamner à mort). En Pennsylvanie (USA), abolition graduelle de l’esclavage (l’esclave doit se racheter en travaillant jusqu’à 28 ans). 10 septembre, Bataille de Pollilur : le royaume de Mysore vainc les troupes britanniques de la Compagnie anglaise des Indes orientales. 7 octobre, à Blacksburg (Caroline du Nord), Bataille de Kings Mountain : les indépendantistes américains vainquent les Britanniques. 29 novembre, mort de Marie-Thérèse d'Autriche : son fils Joseph II devient roi de Hongrie et de roi de Bohême. Lessing : L’Education du genre humain (Lessing concilia le romantisme et le rationalisme allemand. Sa théorie morale de l’histoire, fondée sur la foi dans le progrès moral de l’humanité, a inspiré profondément la philosophie de Fichte).

1781. 6 janvier, Bataille de Jersey : dernière tentative française de s'emparer de l'île de Jersey ; les forces françaises sont vaincues par les Britanniques. 19 janvier, Necker crée l’administration des hôpitaux. 13 mars, l’astronome anglais William Herschel détecte, dans son télescope, la septième planète du système solaire : Uranus. 15 mars, Bataille de Guilford Court House en Caroline du Nord : les Britanniques vainquent les forces américaines. 16 mars, la Bataille du cap Henry, dans la baie de Chesapeake, en Virginie, oppose les flottes françaises et britanniques : l'attaque des Français, menés par le commandant Charles Sochet des Touches, échoue face à l'escadre britannique commandée par Marriott Arbuthnot ; le 5 septembre, une seconde bataille aura lieu au même endroit et verra, cette fois, la victoire décisive des Français. 16 avril, Bataille navale de Porto Praya dans les îles du Cap-Vert entre les flottes britanniques et françaises : les Français essuient des dégâts mais parviennent à se dégager. 19 mai, démission de Necker tombé en disgrâce pour avoir dénoncé les gaspillages de la cour dans son Compte rendu au Roy. En Angleterre, les communautés protestantes sont tolérées. Installation d’une colonie de pères franciscains à Los Angeles. En Autriche, l’empereur Joseph II entreprend des réformes (joséphisme) par de nombreux édits et décrets : abolition du servage (sauf pour les Tsiganes), liberté de conscience et de culte accordée aux juifs et protestants ; initié lui-même, il reconnaît la franc-maçonnerie ; il ouvre l’Université aux Juifs ; il limite et subordonne l’Eglise catholique à l’Etat, interdit au clergé de publier des bulles pontificales sans l’accord de l’empereur, impose le serment aux évêques, interdit les pèlerinages, processions et procès en sorcellerie ; il autorise le mariage civil et le divorce ; il fait établir le cadastre. Au Danemark, le stavnsband, forme de servage pesant sur la paysannerie, est aboli. 5 août, Bataille navale du Dogger Bank en mer du Nord : elle oppose les flottes de Grande-Bretagne et des Provinces Unies. 17 août, apparition du livret d'ouvrier sous la pression des corporations et de la police : il identifie l'ouvrier, enregistre ses sorties et ses entrées chez ses maîtres successifs lors de son tour de France. 4 septembre, fondation d'El Pueblo de Nuestra Senora La Reina de Los Angeles (qui sera abrégé en Los Angeles) par le gouverneur de Californie, Felip de Neve. 5 septembre, Bataille navale de la baie de Chesapeake : la flotte française, commandée par l'amiral François de Grasse, vainc les Britanniques. 28 septembre au 19 octobre, Bataille de Yorktown (Virginie) : Jean-Baptiste Rochambeau (baron de Vimeur, membre de la loge Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social à Paris) et La Fayette, avec l’appui de l’escadre de l’amiral De Grasse, contribuent à la victoire des troupes américaines commandées par George Washington ; les 8 000 soldats britanniques du général Charles Cornwallis se rendent aux 6 000 insurgés américains renforcés par les 5 000 hommes du corps expéditionnaire français de Rochambeau et du corps de volontaires de Lafayette. 5 novembre, John Hanson est élu Président du Congrès continental. 15 novembre, Túpac Katari (Julián Apasa Nina), chef des révoltés du peuple aymara du Haut-Pérou, est écartelé par les Espagnols. 28 novembre, à Londres, création de l'Ancient Order of Druids. 7 décembre, la flotte de Suffren appareille de l'Île-de-France ; dans l'océan Indien, elle élimine les croisières britanniques, protège la colonie hollandaise du Cap et couvre les opérations de la Compagnie française des Indes Orientales. Antoine Court de Gébelin, pasteur protestant et franc-maçon installé à Paris, fait paraître le 8e volume de son Monde primitif, une sorte d’encyclopédie assez fantaisiste. Kant : La critique de la raison pure.

1782. 25 et 26 janvier, Bataille navale de Saint-Kitts (Petites Antilles) : la flotte britannique chasse la flotte française mais elle ne parvient pas à empêcher l'île Saint-Christophe de tomber entre les mains des Français. 5 février, l’Espagne, aidée par la France, reprend Minorque aux Anglais. 8 mars, Massacre de Gnadenhütten dans l'Ohio : les Amérindiens Lénapé sont tués par les milices américaines (96 morts dont 60 femmes et enfants). 3 avril, Bataille de Gondelour (Inde) : la flotte du bailli de Suffren vainc la flotte britannique. 6 avril, le roi de Thaïlande, Taksin, est exécuté (battu à mort, enfermé dans un sac en velours) sur ordre de son successeur Rama Ier. 9 au 12 avril, Bataille des Saintes (groupe d'îles situé dans les Antilles) : la flotte française est vaincue par la flotte britannique. 22 avril, le pape quitte Vienne (Autriche) où il s'est rendu en mars. 17 mai, Empire marathe (Inde) : Traité de Salbai proposé par Mahadji Sindhia après que son armée a été battue par les Britanniques auxquels il concède Salsette et Elephanta. 10 juillet, l'empereur d'Autriche, Joseph II, établit la liberté du travail, ordonne la suppression des monastères qui ne se consacrent ni à l’enseignement, ni à l’éducation, ni au soin des malades et sécularise leurs biens. Le pape se rend à Vienne (« Je vais à Vienne comme j’irais au martyre. Pour l’intérêt de la religion, il est de notre devoir de risquer et, s’il est nécessaire, de sacrifier ses jours. Serait-ce donc dans la tempête, qu’il nous serait permis d’abandonner un seul instant le vaisseau de l’Eglise ? ») pour négocier, mais sans grand succès ; Joseph II fait remettre au pape par le vice-chancelier de l’empire, un diplôme qui élève son neveu à l’éminente dignité de prince du Saint Empire, en l’exemptant des taxes usitées en pareil cas, et qui montent à 184 500 livres ; Pie VI remet le diplôme à l’empereur en le priant de réserver cette grâce à des temps plus heureux et en lui disant : « Je ne veux pas qu’on puisse me reprocher de m’être autant ou plus occupé de l’élévation de ma famille que des intérêts de l’Eglise». Le convent maçonnique de Willemsbad (à la base du Rite Ecossais Rectifié) rejette l’origine templière et condamne la pratique de l’alchimie par les frères. 30 novembre, signature des préliminaires de paix entre l’Angleterre et les Etats-Unis. 14 décembre, à Annonay, les frères Montgolfier essaient le prototype de leur ballon gonflé à lair chaud, une sphère de 3 m³.

1783. 4 février, un armistice est conclu entre Américains et Anglais ; la paix sera signée à Versailles le 3 septembre. 10 mars, Bataille navale au large de la Floride entre la flotte américaine et la flotte britannique qui bat en retraite. 19 mars, création de l’Ecole royale des Mines. 3 mai, le servage est introduit officiellement en Ukraine. 4 juin, à Annonay (Ardèche), les frères Jacques et Joseph Montgolfier, papetiers, réussissent à faire voler un ballon de toile et de papier, gonflé avec de l’air chaud produit par la combustion d’un mélange de paille et de laine. 8 juin, éruption du volcan islandais Laki libérant un immense nuage toxique : l'été sera caniculaire et l'hiver très rigoureux. A Rome, Joseph II signe un concordat au sujet de la Lombardie. L’empereur autrichien prend des mesures contre les sectes ; il abolit les péages privés et les corvées. Louis XVI promet des mesures en faveur des protestants français. Emancipation graduelle des esclaves dans le Massachusetts et le New Hampshire (USA) ; le Maryland interdit l'importation d'esclaves. 27 août, démonstration à Paris d'un ballon gonflé à l'hydrogène mis au point par le physicien Jacques Charles. 3 septembre, le Traité de Paris, signé par la France et l'Angleterre, met un terme à la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique : l’Angleterre reconnaît l’indépendance des 13 colonies américaines (3 000 Français sont morts au combat) ; le Traité de Versailles, signé par la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne, complète le Traité de Paris : la France récupère Saint-Pierre et Miquelon, Sainte-Lucie, Tobago, la Trinité, et se voit reconnaître la possession de comptoirs en Inde et au Sénégal ; l’Angleterre perd la Floride qui devient espagnole ; l’Espagne récupère aussi Minorque (Baléares). 7 septembre, Joseph Brant (Thayendanegea), chef de guerre des Mohawks, s'adresse au Conseil des Indiens à Lower Sandusky, en Ohio, où sont réunis des Shawnis, des Cherokees ainsi que des membres d'autres tribus, et tente de les convaincre de s'unir. 19 septembre, à Versailles, les frères Montgolfier expérimentent avec succès leur aérostat Le Martial (à bord duquel se trouvent un coq, un canard et un mouton) devant le roi ; Jacques Montgolfier sera initié à la loge Les neuf Sœurs, à Paris, en 1784. 19 octobre, la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique. 19 octobre, à la Folie Titon aujourd'hui située rue de Montreuil à Paris (à l'époque encore bourg de Saint-Antoine), le premier vol humain dans l'espace est effectué par Jean-Baptiste Réveillon, Jean-François Pilâtre de Rozier et Giroud de Villette : le ballon est captif, c'est-à-dire relié au sol par un cordage. 21 novembre, à Paris, à bord d’une montgolfière, Pilâtre de Rozier (membre de la loge Saint-François du Parfait Consentement de la Grande Loge de Clermont) et le marquis d’Arlandes effectuent le premier voyage aérien, du château de la Muette à la Butte aux cailles. 1er décembre, premier voyage en ballon gonflé à l’hydrogène : son constructeur, le physicien Jacques Alexandre César Charles, et le mécanicien Nicolas Robert, volent depuis les Tuileries jusqu’à Nesle dans l’Oise (40 kilomètres). 18 décembre, en Angleterre, le roi George III nomme William Pitt Premier ministre ; à 24 ans, le libéral Pitt the Youger (le Jeune) ou le Second Pitt par opposition à son père William Pitt the Elder (l’Ancien) applique les théories de l’économiste Adam Smith pour assainir les finances du royaume.

1783-1784. France, hiver rigoureux.

1784. 14 janvier, le Congrès des États-Unis ratifie le premier Traité de paix entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. 13 février, le britannique Henri Cort met au point le procédé du puddlage permettant d’affiner la fonte pour obtenir du fer ou de l’acier de meilleure qualité. 2 mars, la foule rassemblée sur le Champ de Mars à Paris assiste à l’ascension d’un aérostat construit et conduit par Jean-Pierre Blanchard : le ballon, poussé par le vent, franchit la Seine et revient se poser rue de Sèvres. 11 mars, la seconde guerre de Mysore en Inde, opposant la Compagnie anglaise des Indes orientales et le gouvernement de Mysore soutenu par les Français, se termine par le Traité de Mangalore qui préconise la restitution aux deux camps des conquêtes territoriales remportées au cours des combats. 9 avril, le Royaume-Uni ratifie le Traité de Paris. 14 avril, mentalement déficient, Christian VII de Danemark et de Norvège, laisse la régence à son fils Frédéric VI. 25 avril, à Dijon, Guyton de Morveau et l'abbé Bertrand s'envolent à bord d'un ballon. 30 mai, Traité de Paris : la paix signée entre les Provinces-Unies et la Grande-Bretagne met fin de la Quatrième Guerre anglo-néerlandaise ; les Provinces-Unies doivent céder la ville indienne de Nagapatam et laisser libre la navigation aux Moluques. 4 juin, à Lyon, Mme Thible, chanteuse d'opéra, est la première femme à voler, avec M. Fleurant, à bord d'une montgolfière baptisée La Gustave en l'honneur du roi Gustave III de Suède. 1er juillet, Convention de Versailles : Saint-Barthélemy, aux Antilles, devient suédoise. Émancipation graduelle des esclaves dans les États de Rhode Island et du Connecticut (USA). Le roi de France autorise la construction de synagogues en Lorraine, à la condition expresse qu’elles ne soient pas visibles de la rue ou n’offrent pas de façade monumentale. Joseph II ordonne la destruction des livres de théologie et impose l’allemand comme langue officielle. 13 août, India Act de William Pitt le Jeune, plaçant les acquisitions indiennes sous l'autorité du Parlement britannique. 1er septembre, à Bristol, John Wesley rompt de facto avec l'Eglise anglicane en ordonnant diacres deux de ses prédicateurs itinérants, Richard Whatcoat et Thomas Vasey ; le lendemain, il les ordonne "anciens" (elders), c'est-à-dire prêtres, et ordonne son ami Thomas Coke "inspecteur" (superintendent), autrement dit évêque ; à la mort de Wesley, le 2 mars 1791, on compte environ 70 000 méthodistes (nommés ainsi à cause de la régularité et l'esprit de méthode apportés dans leurs pratiques religieuses par les frères Wesley et leurs amis du Club des Saints (Holy Club) de l'université d'Oxford, en 1720) en Grande-Bretagne et 60 000 aux États-Unis. 19 septembre, les frères Robert et Colin Hullin parcourent 200 km de Paris à Beuvry en 6 heures et 40 minutes : c'est le premier voyage aérien de plus de 100 km. 22 septembre, sur l'île Kodiak en Alaska, l'explorateur Grigori Ivanovitch Chelikhov établit la première colonie russe permanente sur le continent américain. 31 octobre au 2 novembre, en Transylvanie, révolte des paysans roumains contre le système de servage. Emmanuel Kant (1724-1804) publie Idées d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique 2.

1785. 7 janvier, le Français Jean-Pierre Blanchard et le physicien américain John Jeffries traversent la Manche dans un ballon sphérique gonflé à l’hydrogène. 16 février, Antoine Laurent de Lavoisier décompose l'eau en oxygène et en hydrogène. 18 février, en Perse, début du règne du Shah Jafar Khan. 23 mars, la loge franc-maçonne "Amitié" de Bordeaux, refuse plusieurs demandes d'adhésions d'ouvriers et gens de métier. 27 mars, naissance de Louis Charles de France, le futur Louis XVII (+1795). En Juin, la Révolte des Patriotes de la République des Provinces-Unies se construit contre le stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau et contre les aristocrates ; le stathouder est contraint de fuir la Hollande pour s'installer en Gueldre ; en septembre 1787, la révolution sera matée par l'intervention armée de la Prusse qui rétablira le stathouder dans ses pouvoirs. 15 juin, à Wimille près de Boulogne-sur-Mer, Jean-François Pilâtre de Rozier et Pierre-Ange Romain, le concepteur du ballon, meurent dans le premier accident aérien de l'histoire. La Fayette, étudie avec Jefferson, ambassadeur USA, le dossier du protestantisme français. Casanova se retire au château de Dux, en Bohême, chez son ami le comte de Waldstein dont il devient le bibliothécaire ; il écrit Icosameron (1787), Histoire de ma fuite des Plombs de Venise (1788) puis Histoire de ma vie publiée à titre posthume en 1822. A Fareins (Ain), fondation des Flagellants ou Fareinistes, jansénistes, par les frères Claude et François Bonjour. 1er août, départ de l’expédition scientifique et commerciale du comte de La Pérouse (initié à la loge L'Heureuse Rencontre à Brest) : les 2 bateaux, la Boussole et l’Astrolabe, ont été aménagés spécialement (ils seront aperçus pour la dernière fois aux Nouvelles Hébrides en janvier 1788, par un capitaine britannique). 15 août, arrestation du cardinal de Rohan (affaire du Collier de la reine) qui est embastillé : Louis XV pour la Du Barry, sa favorite, avait commandé un riche collier qui, à sa mort, n’était pas achevée ; Cagliostro et la comtesse de La Motte le proposèrent au cardinal de Rohan, qui voulait l’offrir à Marie-Antoinette pour qu’elle intervienne en sa faveur dans une affaire de concussion ; le cardinal acheta le collier mais croyant le remettre à la reine, lors d’une entrevue nocturne, le donna à une complice de Cagliostro et de la comtesse de la Motte ; le collier fut démonté et vendu au détail ; les joailliers portèrent plainte contre le cardinal, qui n’avait pas achevé de payer. 27 août, Traité d'Elissonde fixant les limites France/Espagne dans la vallée des Aldudes (64). 22 octobre, embastillé, le scandaleux marquis de Sade termine Les Cent Vingt Journées de Sodome. Kant : Fondements de la métaphysique des mœurs : "Agis selon la maxime qui peut en même temps s’ériger elle-même en loi universelle [.] Car des êtres raisonnables sont tous sujets de la loi selon laquelle chacun d’eux ne doit jamais se traiter soi-même et traiter tous les autres simplement comme des moyens, mais toujours en même temps comme des fins en soi".

1786. En janvier, Malesherbes, garde des sceaux, consulte Rabaut Saint-Etienne (fils du pasteur Rabaut de Nîmes auquel La Fayette avait rendu visite) sur une nouvelle loi pour les protestants. 19 mai, un règlement assigne notamment au bedeau de chasser les chiens de l’église (il sera appelé "Suisse"). 22 au 31 mai, procès de l’Affaire du Collier de la reine, pour escroquerie et crime de lèse-majesté envers la reine ; le cardinal de Rohan est déchargé des plaintes et des accusations portées contre lui : il est néanmoins envoyé par le Roi à La Chaise-Dieu (43) en tant qu’abbé (ce sera le dernier abbé de cette abbaye), puis il pourra regagner son diocèse de Strasbourg le 3 janvier 1789 ; le mage Joseph Balsamo qui se dit comte de Cagliostro, est enfermé à la Bastille puis expulsé de France en 1786 ; sa complice, la prétendue comtesse de La Motte, condamnée à la flagellation et à la séquestration à vie à la Salpêtrière, est marquée au fer rouge du "V" de "voleuse" ; son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace ; Rétaux de Villette, banni, s'exile à Venise ; Nicole Leguay est déclarée "hors de cours" (mise hors de cause) 7. A Lyon, grèves et émeutes. Joseph II supprime les corps de métier et conseille à l’Eglise de faire dire les messes en langue vulgaire. Le Grand Orient adopte le Rite français. 7 août, le médecin Gabriel Michel Paccard et le chasseur Jacques Balmat accomplissent la première ascension du Mont Blanc. 17 aout, mort de Frédéric II de Prusse : son neveu, Frédéric-Guillaume II de Prusse, lui succède. 25 août, les archevêques de Cologne, Mayence, Trêves et Salzbourg réclament une plus grande indépendance par rapport au pape : la Ponctuation d’Ems, qui s’élève contre l’ingérence du pape dans les affaires de l’Eglise catholique romaine allemande (le pape voulait établir une nonciature à Munich), est formulée dans cette ville par une délégation ecclésiastique. 29 août, dans le Massachusetts, début de la Révolte de Daniel Shays : la population, endettée par la guerre d'Indépendance, se soulève contre la saisie des propriétés. 17 septembre, au Japon, Ienari Tokugawa devient le onzième shogun. 18 septembre, synode de Pistoia organisé par Léopold Ier, grand-duc de Toscane, frère de Joseph II ; le synode est condamné par la bulle dogmatique Auctorem fidei car il approuve la réforme religieuse teintée de jansénisme, orientée contre le catholicisme romain et reprenant les idées du fébronianisme. 26 septembre, à Londres, Traité Eden-Rayneval : il donne un cadre aux échanges commerciaux entre la France et l'Angleterre. 30 novembre, Léopold Ier, Grand-duc de Toscane, abolit la torture et la peine de mort après que Cesare Beccaria a publié son traité Des délits et des peines prônant la suppression de la peine capitale : la Toscane est le premier Etat à abolir la peine de mort et la torture.

1787. En France, année marquée par pluies et inondations auxquelles succède sécheresse. 11 janvier, William Herschel, compositeur et astronome germano-britannique, découvre Titania et Obéron, deux lunes d'Uranus. 22 février (au 25 mai), l’Assemblée des notables, est hostile aux réformes de Calonne ; le 8 avril, Calonne démissionnera ; il sera remplacé par Loménie de Brienne qui ne pourra pas, également, réaliser les réformes fiscales et sociales indispensables 12. 23 avril, l’assemblée des évêques toscans repousse les thèses jansénistes et renvoie Léopold Ier. 1er mai, publication du Code civil de Joseph II (Code joséphin) : mariage civil, principe de l’égalité judiciaire. 22 mai, 1re réunion de la Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (Société pour l’abolition de la traite) créée par un jeune député anglais, William Wilberforce, soutenu par son ami, le Premier ministre William Pitt ; des esclaves libérés par les abolitionnistes britanniques bâtissent la ville de Freetown en Sierra Leone. 25 mai au 17 septembre, à Philadelphie aux États-Unis, Convention constitutionnelle réunissant 13 Etats ; le 13 juillet, le Congrès américain adopte l'Ordonnance du Nord-Ouest afin de sauvegarder les territoires indiens du Nord-Ouest, dans la région des Appalaches : elle ne sera pas longtemps respectée ; le 17 septembre, la Convention de Philadelphie adopte la Constitution des Etats-Unis rédigée, entre autres, par Benjamin Franklin, président du Conseil de Pennsylvanie ; les notables sont renvoyés après avoir réclamé la tenue d’États généraux par l’intermédiaire de la Fayette qui a posé le problème protestant devant l’assemblée. 10 août, l'Empire ottoman déclare la guerre à la Russie. 7 novembre, Louis XVI signe l'Edit de Versailles (enregistré 29-1-1788), édit de tolérance qui rend aux non-catholiques les droits civils (état civil) mais pas la liberté de culte, ni l’accès aux charges, et institue une forme civile du mariage pour les non-catholiques. 7 décembre, le Delaware ratifie la Constitution ; il devient officiellement le premier Etat des Etats-Unis d'Amérique. 12 décembre, la Pennsylvanie ratifie la Constitution des États-Unis d'Amérique et devient le deuxième État des États-Unis. 18 décembre, le New Jersey ratifie la Constitution des États-Unis d'Amérique et devient le troisième État des États-Unis.

1787-1788. James Madison : Le fédéraliste.

1788. 1er janvier, au Royaume-Uni, le London Daily Universal Register devient le Times. 2 janvier, la Géorgie ratifie la Constitution des États-Unis d'Amérique et devient le quatrième État des États-Unis. 9 janvier, le Connecticut ratifie la Constitution et devient le cinquième État des États-Unis. 26 janvier, début de la colonisation britannique en Australie : une escadre de 11 navires, commandée par le capitaine Arthur Phillip et transportant 450 marins, leurs familles et 714 prisonniers, accostent à Port Jackson (futur Sydney) ; le 26 janvier est le jour de la fête nationale australienne. 6 février, le Massachusetts ratifie la Constitution et devient le sixième État des États-Unis. 19 février, la société Les Amis des Noirs est créée par Brissot ; elle comptera parmi ses 130 ou 140 membres, l’abbé Grégoire, Condorcet, Trudaine, Mirabeau, Soufflot, Molier, Pétion, La Fayette, Mirabeau, le duc de la Rochefoucauld, le comte de Clermont-Tonnerre et le juriste Sonthonax ; elle peut également compter sur la bienveillance de Necker et sur le journal de Brissot, Le Patriote Français. 28 avril, le Maryland ratifie la Constitution et devient le septième État des États-Unis. 1er mai, un édit royal supprime la "question préalable et l'interrogatoire sur la sellette", et oblige les juges à motiver leurs décisions, mais les parlements refusent de l'entériner. 5 mai, Assemblée du Clergé de France : elle refuse un "don gratuit" de 8 millions de livres à la monarchie aux abois et sollicite la réunion des Etats Généraux qui n'ont pas été convoqués depuis 1614. En mai, les quakers français se séparent des calvinistes. 23 mai, la Caroline du Sud ratifie la Constitution et devient le huitième État des États-Unis. 7 juin, émeutes proparlementaires à Grenoble (Journée des tuiles) et en Bretagne. 20 juin, au Danemark, le ministre Bernstorff abolit le servage en Slesvig et Holstein. 21 juin, le New Hampshire ratifie la Constitution des États-Unis d'Amérique et devient le neuvième État des États-Unis. 21 juin, entrée en vigueur de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. 25 juin, la Virginie ratifie la Constitution et devient le dixième État des États-Unis. 28 et 29 juin, Bataille du Dniepr : le général russe Souvorov et ses alliés autrichiens vainquent les Ottomans. 2 juillet, début de la Guerre russo-suédoise. 13 juillet, la grêle ravage l’Ouest de la France (de 1788 au printemps 1789 de faibles récoltes causent l’épuisement des stocks, le prix du pain flambe), la famine guette. 21 juillet, à Vizille, les états du Dauphiné demandent la convocation des Etats généraux. 26 juillet, l'État de New York ratifie la Constitution et devient le onzième État des États-Unis. 8 août, le roi convoque les Etats généraux. 22 août, les Britanniques établissent un comptoir à Sierra Leone, afin de servir d'asile aux esclaves affranchis d'Angleterre. 25 août, Necker remplace Brienne. Prusse, l’édit de religion abroge les libertés de culte. 12 décembre, des princes du sang dont le comte d’Artois, frère du roi, présentent à Louis XVI un mémoire dans lequel on peut lire : "Sire, l’Etat est en péril ; une Révolution se prépare dans les principes du gouvernement". 13 septembre, le Danemark envahit la Suède. 14 décembre, en Espagne, mort de Charles III : son fils, Charles IV, lui succède. 27 décembre, doublement du Tiers Etat aux Etats généraux. Emmanuel Kant publie Critique de la raison pratique ; Kant distingue la morale de toute recherche du bonheur (terrestre ou céleste) : « La morale n’est donc pas à proprement parler la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur (.) Tel est le véritable mobile de la raison pure pratique ; il n’est autre que la pure loi morale elle-même, en tant qu’elle nous fait sentir la sublimité de notre propre existence suprasensible et que, subjectivement, dans les hommes qui ont conscience en même temps de leur existence sensible et de la dépendance qui en résulte pour eux relativement à leur nature, en tant que pathologiquement affectée, elle produit du respect pour leur plus haute détermination ».

1789. La France est le pays le plus peuplé d'Europe (26 millions dont 350 000 nobles et 130 000 ecclésiastiques) ; Paris 600 000 h, Lyon 150 000 ; espérance de vie 29 ans ; population rurale 85% (les paysans détiennent 40 à 45% des terres). En janvier, au terme d’un voyage entre Paris et Aix, Mirabeau s’exclame : "On dirait que l’Ange exterminateur a frappé l’espèce humaine d’une extrémité du royaume à l’autre ; tous les fléaux sont déchaînés ; j’ai trouvé partout des hommes morts de froid et de faim". En janvier, le comte Emmanuel Joseph Sieyès, dit l’abbé Sieyès (1748-1836), fait paraître Qu’est-ce que le tiers état ? 3. 28 janvier, un mandement de monseigneur de Marbeuf, archevêque de Lyon, décrit la situation : « Le tonnerre gronde de loin en loin, la foudre va bientôt éclater (...) une subversion générale semble menacer toutes les institutions politiques, civiles et religieuse (…) le peuple fera une insurrection, il s’élèvera contre le noble... » ; cet écrit a si fort déplu au peuple de Lyon qu’il l’a brûlé en cérémonie, comme un écrit diffamatoire ; on dit que le roi a vivement reproché à l’archevêque les termes de son écrit. Fin janvier et février 1789, nombreuses émeutes en Bretagne. En février, crise du pain suite à la grêle catastrophique du 13 juillet 1788. 25 mars, à Aix-en-Provence, émeute due à la disette lors des réunions électorales aux États Généraux. 6 avril, le premier congrès des États-Unis atteint enfin son quorum pour proclamer, sans surprise, l'élection, à l'unanimité, de George Washington à la présidence des États-Unis. 7 avril, début du règne du sultan ottoman Selim III qui succède à son oncle Abdulhamid Ier. 12 avril, selon le Journal Historique et Littéraire, le duc d’Orléans veut demander aux Etats Généraux l’établissement du divorce. 27 et 28 avril, à Paris, Emeute au faubourg Saint-Antoine et saccage de la manufacture de papiers peints de Réveillon : l’armée tire (>130 tués) ; on murmure que des meneurs ont soudoyé les ouvriers de la manufacture. 28 avril, mutinerie, dirigée par Fletcher Christian, sur le navire britannique La Bounty (HMAV Bounty). 30 avril, depuis le Federal Hall de New York, ville choisie pour servir de capitale provisoire, George Washington prête serment et prend officiellement ses fonctions de chef du pouvoir exécutif. 3 mai, l’abbé Roy, censeur royal pour les matières théologiques, qui avait eu un procès avec Réveillon, est accusé d’avoir distribué de l’argent aux révoltés. 5 mai, à Versailles, le roi Louis XVI proclame l’ouverture des Etats généraux : 1 139 députés, 578 pour le Tiers état (le nombre de représentants du Tiers état a été doublé par le roi le 27 décembre 1788), 291 pour le clergé et 270 pour la noblesse. 6 mai, le capitaine espagnol Esteban José Martínez prend possession de Nootka Sound, sur l'île de Vancouver, et y construit le Fort San Miguel, seul établissement espagnol au Canada ; il pille des navires britanniques, déclenchant ainsi le conflit de la baie Nootka. 17 juin, les députés du Tiers état décident, par 490 voix contre 90, de constituer une Assemblée Nationale. 19 juin, le clergé rejoint le Tiers. 20 juin, sous prétexte de réparations à faire pour la prochaine séance, les gardes, sur ordre du roi, interdisent aux députés du tiers état l’accès à la salle de l’hôtel des Menus Plaisirs, où se tenaient les états généraux ; les 300 députés présents se réunissent alors dans la salle du Jeu de paume, choisie par le député Guillotin, où ils prêtent le Serment du jeu de paume : les députés jurent "de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeraient, jusqu’à ce que la constitution du royaume soit affermie sur des fondements solides". 23 juin, à Versailles, le roi déclarant "nulles, illégales et inconstitutionnelles" les délibérations du Tiers, le marquis de Dreux-Brézé ordonne, de par le roi, aux membres de l’Assemblée de se séparer ; Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (reçu en 1783 à la loge Les Neuf Soeurs de Paris), répond : « (…) nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes » et les députés, unanimes, s’écrient : « Tel est le vœu de l’Assemblée » ; à la fin de l’année, Mirabeau, jouant double jeu, deviendra le conseiller secret du roi qui lui versera des sommes considérables. 25 juin, 47 nobles dont le duc d’Orléans, rejoignent le Tiers. 27 juin, Louis XVI est contraint d'inviter le clergé et la noblesse à se joindre à l’Assemblée nationale. 29 juin, les 400 électeurs de Paris décident d'organiser une milice bourgeoise. 30 juin, une manifestation populaire délivre une dizaine de gardes-françaises détenus à l'Abbaye. 3 juillet, Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, est élu président de l’Assemblée nationale. Début juillet, enfermé à la Bastille, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, ameute le peuple en criant par la fenêtre de sa cellule qu’on égorge les prisonniers ; il est transféré à Charenton peu avant le 14 ; en vertu du décret de l’Assemblée nationale abolissant les lettres de cachet, il est libéré le 2 avril 1790 ; arrêté comme suspect en décembre 1793, il sera sauvé de l’échafaud par la chute de Robespierre et remis en liberté le 15 octobre 1794 ; en 1801, le Consulat, le fera arrêter en tant qu’auteur d’ouvrages obscènes et incarcérer à Sainte-Pélagie, puis à Bicêtre ; en 1803, considéré comme fou, il sera interné à la maison de santé de Charenton où le théâtre deviendra sa principale distraction et où il mourra le 2 décembre 1814. 9 juillet, l’Assemblée nationale se déclare constituante. 11 juillet, La Fayette 1 présente son projet de "Déclaration des droits naturels de l’homme vivant en société" élaboré avec son ami Thomas Jefferson (ambassadeur des Etats-Unis). 11 juillet, des troupes sont postées et les hauteurs garnies de canons. 11 juillet, le roi renvoie ses ministres libéraux, notamment le directeur des Finances, Jacques Necker, qu’il remplace par Breteuil : ce limogeage va causer une panique financière et une insurrection parisienne car le baron Necker est très apprécié des Français. 11 juillet, au Palais Royal, montés sur des chaises, des orateurs improvisés, dont Camille Desmoulins, haranguent la foule, annonçant une "Saint-Barthélemy des patriotes". 12 juillet, l’Assemblée Constituante adopte la Constitution civile du clergé (les clercs sont élus et doivent prêter serment à la Constitution). 12 juillet, affrontements entre des dragons et un cortège qui porte des bustes de Necker et du duc d’Orléans ; le régiment Royal-Allemand charge dans le jardin des Tuileries ; un vieillard est sabré par le colonel de Lambesc ; des orateurs (notamment Camille Desmoulins) appellent le peuple aux armes. 13 juillet, la foule s’empare du Garde-meuble ; le couvent Saint-Lazare est livré au pillage ; les électeurs aux états généraux, réunis à l’Hôtel de Ville, élisent une commission permanente (gouvernement municipal chargé d’assurer l’approvisionnement de la ville et le maintien de l’ordre grâce à une "milice civique" de 48 000 citoyens portant une cocarde bleue et rouge). 14 juillet, Prise de la Bastille. 14 juillet, le voyageur britannique Alexander Mackenzie atteint l'océan Arctique en passant par le fleuve qui portera son nom. 15 juillet, La Fayette 1 organise et commande la Garde nationale ; Louis XVI renvoie les troupes (20 000 hommes) qui campaient autour de Paris. 16 juillet, le roi rappelle Necker. 17 juillet, le roi reconnaît les nouvelles autorités parisiennes : le maire Bailly (membre de la loge parisienne Les Neuf Sœurs) et le commandant de la garde nationale La Fayette, créateur de la cocarde tricolore (que le roi accepte de porter) et fondateur du Club des Feuillants, des modérés partisans d’une monarchie constitutionnelle (Barnave, Sieyès et André Chénier adhèrent à ce club qui disparaîtra après le 10-8-1792). 20 juillet au 6 août, "la Grande Peur", psychose collective générée par la rumeur (le petit peuple a peur d’être victime de brigands ; une fois la crainte passée, les paysans s’en prennent aux châteaux). 2 août, dans un article du Journal Politique National, l’abbé Sabatier de Castres critique le projet de faire précéder la constitution d’une déclaration des droits de l’homme. 4 août, Louis XVI nomme ministres 3 partisans de La Fayette (les archevêques de Bordeaux et de Vienne et le comte de Saint-Priest). 4 août, à une grande majorité, l’Assemblée décide que la Constitution sera accompagnée d’une déclaration des droits de l’homme. 4 août, 20 heures, discussions autour du rapport de l’avocat Target sur les moyens d’arrêter les troubles dans les campagnes, puis le vicomte de Noailles, un seigneur ruiné, appuyé par le duc d’Aiguillon, réclame l’abolition des privilèges fiscaux, la suppression des corvées et de la mainmorte. 5 août, 2 heures du matin, vote à l’unanimité de l’abolition de la féodalité (privilèges et droits seigneuriaux), de celle des trois ordres et de leurs particularités (fiscale, militaire et judiciaire) mais aussi de l’unification du territoire national ; le roi est proclamé "restaurateur de la liberté française". 11 août, décrets d’abolition des servitudes personnelles, des corvées, du droit de chasse et de la vénalité des offices (moyennant indemnisation des anciens titulaires) ; décret interdisant de nommer des représentants particuliers pour défendre les intérêts des corporations devant la municipalité ; abolition de la dîme perçue par le clergé qui se confie en la sagesse de la Nation "pour que l’Evangile soit annoncé, que le culte ne perde rien de sa décence et que les pauvres soient soulagés". 23 août, l’Assemblée constituante reconnaît par décret la liberté religieuse et refuse au catholicisme le titre de religion d’état. 24 août, l’Assemblée constituante abroge les lois restreignant la liberté de la presse. 26 août, l’Assemblée adopte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. 31 août, première insurrection d’esclaves en Martinique. 11 septembre, les députés accordent au roi le "refus suspensif" (veto) par 673 voix pour, 325 contre et 11 abstentions. 12 septembre, Jean-Paul Marat sort le premier numéro de L’Ami du peuple. 15 septembre, à l’unanimité, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare comme points fondamentaux de la monarchie française : "1° Que la personne du roi est inviolable et sacrée, 2° Que le trône est indivisible, 3° Que la couronne est héréditaire dans la race régnante, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l’exclusion perpétuelle et absolue des femmes et de leurs descendants". 16 septembre, débat à l’Assemblée sur l’exclusion des droits au trône des branches étrangères de la maison de Bourbon (ainsi en va-t-il de la branche espagnole, en application du traité d’Utrecht. Les débats portent ensuite sur les droits de la maison d’Orléans ; mais le bruit continuel des cris et des disputes empêche l’Assemblée de procéder au vote). 21 septembre, les députés votent que "le refus suspensif du roi cessera à la seconde législature qui suivra celle qui aura proposé la loi". 22 septembre, article 1 de la constitution : "le gouvernement français est monarchique"… ; le régiment de Flandre approche de Versailles, une rumeur dit que les soldats viennent favoriser le départ du roi pour Metz. 23 septembre, l’assemblée décrète que le pouvoir législatif appartient à l’Assemblée et le pouvoir exécutif au roi. 24 septembre, les protestants peuvent postuler à des emplois publics. 24 septembre, découverte de l'uranium, du zirconium et du chrome par le chimiste et minéralogiste allemand Martin Heinrich Klaproth. 5 octobre, à Versailles : conduits par l’huissier Maillard, 7 000 à 8 000 femmes et hommes (la plupart déguisés en femmes), venus de Paris, réclament du pain au roi qui promet de faire ravitailler la ville ; sur le conseil de Necker, le roi laisse le peuple bivouaquer devant le château ; le lendemain matin, une échauffourée éclate, des gardes sont tués et les émeutiers pénètrent jusque dans les appartements royaux contraignant Louis XVI et sa famille ("le boulanger, la boulangère et le petit mitron") à aller s’installer aux Tuileries à Paris. 6 octobre, le roi et l’Assemblée constituante s’installent à Paris. 6 octobre, le Club breton formé par les députés bretons, auxquels se joignent d’autres députés, se transporte rue Saint-Honoré à Paris dans la bibliothèque (ou le réfectoire) du couvent des Jacobins (les Jacobins étaient des moines dominicains installés en France depuis 1218. Leur premier couvent se tenait à la place d’un hospice qui accueillait les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle, d’où leur nom) et prend le nom de Société des Amis de la Constitution, vite surnommée : Club des Jacobins 4. 10 octobre, le député Guillotin propose que les mêmes délits soient punis des mêmes peines quels que soient le rang et l’état du coupable, et que tout criminel condamné à mort ait la tête tranchée. 13 octobre, par l’intermédiaire de l’abbé de Fontbrune, Louis XVI fait parvenir une lettre secrète au roi d’Espagne (il y proteste contre tout ce à quoi il avait paru consentir, et affirme n’avoir agi que contraint par la force) ; depuis Turin le comte d’Artois écrit à l’empereur d’Autriche Joseph II pour solliciter une intervention armée en France. 15 octobre, le duc d’Orléans part pour l’Angleterre ; cette absence suscite une foule de conjectures : on le soupçonne d’être le moteur caché des troubles qui ont eu lieu à Paris et à Versailles au début du mois d’octobre ; ses adversaires l’accusent d’avoir voulu se faire nommer régent ; il aurait soudoyé les principaux chefs d’atelier du faubourg Saint-Antoine et projeté le massacre de Bailly et de La Fayette, afin de les remplacer par ses propres créatures ; en prenant le parti de venir habiter à Paris, le roi a dissipé ce projet ténébreux avant d’ordonner à son auteur de s’éloigner du royaume ; le duc d’Orléans est parti avec son confident, M. de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, que l’on soupçonne d’être "la plus dangereuse liaison que le duc ait pu former". 2 novembre, sur proposition de l’évêque d'Autun, Talleyrand 5, l’Assemblée nationale, par 568 voix contre 346, décrète : "1° Que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation, à la charge de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres, sous la surveillance et d'après les instructions des provinces ; 2° Que dans les dispositions à faire pour subvenir à l'entretien des ministres de la religion, il ne pourra être assuré à la dotation d'aucune cure moins de 1 200 livres par an, non compris le logement et les jardins en dépendant." 7 novembre, interdiction aux députés de devenir ministre. 9 novembre, le Grand Orient invite ses membres à "enseigner les devoirs nouveaux et à tirer des événements la leçon qu’ils comportent". 11 novembre, à l’Assemblée, Target défend le plan sur la division du royaume (la forme des départements a été choisie afin que, de tout point du département, l’on puisse arriver au chef-lieu en une journée de marche). 13 novembre, déclaration obligatoire des domaines ecclésiastiques. 26 novembre, le président Washington, avec l'accord de la chambre de Congrès, déclare ce jour fête nationale de l'Action de Grâce (Thanksgiving Day) aux États-Unis. 28 novembre, après avoir présenté à l’Assemblée ses idées de réforme du code criminel, le député et docteur Joseph Ignace Guillotin suggère l’abolition de supplices inhumains tels que la roue ou le gibet et préconise l’utilisation d’une machine à décapiter conçue par le chirurgien Antoine Louis. 30 novembre, sur proposition du député corse Salicetti, l’Assemblée décrète que "l’île de Corse fait partie de l’empire français et que ses habitants sont régis par la même constitution que les autres Français" ; tous les Corses forcés de s’expatrier pour avoir défendu leur liberté pourront regagner l’île sans être inquiétés ; l’acte de 1768 est effacé en dépit de la protestation génoise ; la Corse est vraiment française en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; Pasquale Paoli (initié franc-maçon, le 15 juin 1778, au sein de la Loge Les Neuf Muses n° 325 de Londres), rappelé de son exil londonien, est reçu en triomphateur à Paris comme un martyr de la liberté ; il rentrera en Corse en juillet 1790. 1er décembre, décret établissant l’égalité des peines pour tous les citoyens. 14 décembre, décret uniformisant le statut des municipalités. 16 décembre, l’Assemblée décrète que les troupes françaises, autres que les gardes et milices nationales, seront recrutées par engagements volontaires. 19 décembre, création des assignats rapportant 5% et gagés sur les biens confisqués à l’Eglise. 22 décembre, décret divisant la France en départements (entre 75 et 85), comportant entre 6 et 9 districts, puis en cantons et enfin en communes devant être dotées d’une assemblée élue (le décret du 26 février 1790 instaurera finalement 83 départements). 23 décembre, le comte de Clermont-Tonnerre plaide la cause des comédiens, des juifs et des bourreaux ; son discours est combattu par l’abbé Maury qui affirme que "les Juifs sont le fléau des provinces agricoles". 24 décembre, un décret de l’Assemblée reconnaît les non-catholiques aptes aux emplois civils et militaires et leur droit d’élection et d’éligibilité ; les comédiens sont réintégrés dans la communauté nationale ; les Juifs ne bénéficient pas de ces améliorations. 25 décembre, Paris, un bulletin imprimé, distribué dans toute la ville, porte le trouble en ce jour de fête, on peut y lire : « Le marquis de Favras a été arrêté avec madame son épouse, la nuit du 24 au 25, pour un plan qu’il avait fait de soulever trente mille hommes pour faire assassiner M. de La Fayette et le maire de la ville, et ensuite nous couper les vivres. Monsieur, frère du roi, était à la tête. Signé Barauz. ». 26 décembre, le Comité des recherches de la ville de Paris confirme l’arrestation d’avant-hier, dénonce Favras et son épouse comme auteurs d’un complot destiné à se défaire de Necker, Bailly et La Fayette et à conduire la famille royale vers Péronne : Monsieur, frère du roi, nie être le commanditaire de la conjuration et dit n’avoir pas parlé à Favras, ancien officier de ses gardes suisses, depuis 1775 (né à Blois en 1744, Thomas de Mahy, marquis de Favras, doit beaucoup à Monsieur, comte de Provence : les débuts d’une carrière prometteuse, quand il figure parmi les officiers de sa garde suisse, et les plus grandes alarmes pour son propre avenir, à l’occasion de la conspiration découverte cette semaine. Entre-temps, M. de Favras, s’est essayé à plusieurs entreprises : au mois d’avril, il a rédigé un plan de rénovation des finances du royaume qui est demeuré sans suite, en juillet, il s’est offert pour veiller à la sécurité de la famille royale et a proposé de conduire le roi à Metz. Arrêté sur ordre de La Fayette, qui a eu vent de ces projets, le marquis de Favras devra, pour sa défense, se passer du soutien de Monsieur, qui reconnaît avoir eu recours à lui pour un emprunt de 2 millions, mais nie l’avoir vu, ni même lui avoir écrit...) ; Favras sera pendu en place de Grève le 19 février 1790. 30 décembre, M. Lehoc, commandant le bataillon du district des Jacobins Saint-Honoré, propose une "conscription purement volontaire par laquelle tous les citoyens auxquels leur âge, leur force physique et leur fortune permettent d’en faire le sacrifice à l’Etat, s’obligeraient, en cas de guerre et d’attaque imprévue de faire une campagne à leurs frais, et de voler au secours de la patrie". Jeremy Bentham (Introduction aux principes de morale et de législation) fait de l’utilitarisme (doctrine de l’hédonisme universel) la base de sa réforme.

1790. 11 janvier, après le soulèvement des Pays-Bas qui chassa les troupes autrichiennes, création de l’État fédératif de la République des "États-Belgiques-Unis". 15 janvier, création des départements français (suite au décret du 22 décembre 1789), par l'Assemblée constituante qui en définit la carte et en fixe le nombre à 83 ; ils remplacent les 34 généralités ou provinces en vigueur sous l'Ancien Régime. 21 janvier, Guillotin propose une nouvelle fois de faire décapiter les condamnés à mort à l’aide de la machine inventée par le Dr Louis. 28 janvier, décret accordant aux Juifs les droits de citoyen actif. 30 janvier, en Angleterre, invention du canot de sauvetage par Henry Greathead. 2 février, création de la première Société Fraternelle des Deux Sexes. 13 février au 19 février, l'Assemblée constituante décide l'abolition des vœux monastiques et la suppression des ordres et congrégations régulières autres que d'éducation publique et de charité. 20 février, Pierre-Léopold de Habsbourg-Lorraine succède à Joseph II en tant qu'empereur des Romains, roi de Hongrie et de Bohême, sous le nom de Léopold II. 26 février, l’Assemblée Constituante vote le décret nommant les 83 départements ; suppression des douanes intérieures. 26 février, par décret la Corse, qui était divisée en onze juridictions royales (Aiacciu, Aleria, Bastia, Bonifaziu, Calvi et Balagna, Capicorsu, Corti, A Porta d'Ampugnani, Nebbiu, Sartè et Vicu), est partagée en neuf districts (ex-juridictions) : Bastia, Oletta, A Porta, Cervioni, Corti, l'Isula Rossa, Aiacciu, Tallà et Vicu. 28 février, le recrutement pour l’armée est national et réservé aux Français ; les grades militaires ne sont plus réservés aux nobles. 4 mars, lettres patentes du roi sur le décret du 26 février : « L'île de Corse ne formera provisoirement qu'un seul département. L'assemblée des électeurs se tiendra dans la pieve d'Orezza ». 8 et 28 mars, la Constituante adopte un décret et une instruction qui écartent les colonies du droit métropolitain et crée des assemblées coloniales ouvertes aux propriétaires ; il confirme l’esclavage mais donne l'égalité de droit entre tous les citoyens libres ; le 28 mai, les Blancs de Saint-Domingue, qui ont élu une assemblée excluant les libres de couleur, voteront une Constitution. 15 mars, le roi signe finalement le décret d’application des décisions prises dans la nuit du 4-8-1789 : suppression des droits féodaux, égalité des partages lors des successions, suppression du droit d’aînesse et du privilège de masculinité. 21 mars, décret d’abolition de la gabelle. 27 avril, Danton fonde la Société des amis des droits de l’homme et du citoyen ; parce qu’elle tient ses séances dans l’église des Cordeliers, on l’appelle le club des Cordeliers ; l’un des dirigeants les plus efficaces, Momoro, lance la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" ; cette devise aurait été inventée par le maire de Paris, Jean-Nicolas Pache, autre cordelier notable ; membres principaux : Marat, Camille Desmoulins, Fabre d’Eglantine, Hébert, Chaumette. 12 mai, La Fayette 1, Condorcet et Sieyès fondent la Société de 1789. 22 mai, Décret de Déclaration de paix au monde : "La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et (déclare) qu'elle n'emploiera jamais la force contre la liberté d'aucun peuple". 12 juin, à Avignon, le légat du pape est chassé par les révolutionnaires qui réclament le rattachement à la France ; Avignon est annexée. 13 au 15 juin, à Nîmes, des milices protestantes massacrent des centaines de catholiques. 19 juin, la Constituante abolit les titres de noblesse. Strasbourg, célébration des premiers baptêmes civiques. En juillet, en Corse, Paoli cumule les charges de président du Conseil général et de commandant de la garde nationale (en fait, il ne gouverne pas. Malade, retiré à Corte, il est débordé par la rivalité des clans, mais porte toutefois la responsabilité de nombreux troubles). 3 juillet, la Constituante supprime les congrégations à vœu solennel. 12 juillet, l’Assemblée constituante vote la Constitution civile du clergé qui modifie unilatéralement le concordat de 1516 : les curés sont élus par un corps électoral et le clergé est rémunéré par l'Etat. 14 juillet, au Champ de Mars, la Fête de la Fédération célèbre la prise de la Bastille et l’unité de la Nation. 14 juillet, après avoir été accueilli à Paris, Paoli, amnistié, rentre en Corse via Macinaggio avec le commandement militaire insulaire. 22 juillet, le pape écrit à Louis XVI pour dénoncer comme schismatique la Constitution civile du clergé et excommunie la Nation française. 14 août, Traité de Varala : fin du conflit entre la Russie et la Suède. 24 août, le roi promulgue la constitution civile du clergé. 27 septembre, décret relatif aux Juifs qui prêteront le serment civique. En octobre, fondation des Amis de la Vérité. 9 octobre, Léopold II est couronné empereur des Romains à Francfort-sur-le-Main. 19 octobre, fonte des objets d’or et d’argent appartenant aux églises. 24 octobre, l’Assemblée décrète que le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc monarchiste. 28 octobre, à Port-au-Prince à Saint-Domingue, soulèvement des Libres de couleur organisé par Vincent Ogé qui réclame l'exécution du décret du 8 mars ; battus, Ogé et ses partisans seront livrés par les Espagnols et exécutés le 26 février 1791. 15 novembre, Léopold II est couronné roi de Hongrie à Bratislava. 27 novembre, le décret Voidel exige que chaque membre du clergé porte dorénavant "serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi" ; un refus engendre leur révocation ; l'Assemblée a déjà décidé de l'élection des évêques et des curés par tous. 1er décembre, abolition de la gabelle ; les protestants ont accès à tous les emplois. En décembre, dans un discours sur l’organisation des gardes nationales, Robespierre préconise que les mots "Le Peuple Français" et "Liberté, Egalité, Fraternité" soient inscrits sur les uniformes et sur les drapeaux, mais le projet ne sera pas réalisé. 26 décembre, Louis XVI signe le décret enjoignant aux prêtres de prêter serment à la Constitution civile du Clergé ; le pape condamne ce décret tandis qu’environ 45% des ecclésiastiques refusent de s’y plier ; seuls 7 évêques sur 160 acceptent de prêter le serment. L'ingénieur français Claude Chappe invente son télégraphe visuel (sémaphore). Kant : Critique du jugement. Louis Claude de Saint-Martin : L’Homme de désir.

1791. 3 janvier, les ecclésiastiques qui ne prêtent pas le serment décrété par la Constituante (clercs réfractaires) sont menacés de déchéance. 4 janvier, à l'Assemblée, 42 évêques sur 44 sont contre le serment ; Talleyrand et Gobel pour. 7 janvier, l’Assemblée vote la loi qui prévoit l’octroi aux inventeurs de brevets d’invention ; la loi du 25 mai en constituera le règlement d’exécution. 13 février, à Uzès, des protestants massacrent des catholiques. 13 février, Combat de Vannes : affrontement entre des paysans venus défendre l'évêque et les patriotes de la garde nationale de Lorient. 16 février, loi relative à l'organisation de la Gendarmerie nationale. 24 février, à Paris, intronisation des premiers évêques constitutionnels ; deux prêtres jureurs sont sacrés par Talleyrand. 2 mars, le décret d’Allarde supprime les corporations ; c'est aussi une manière d'interdire le droit de grève. 10 mars, le bref Quod aliquantum condamne la Constitution civile du clergé et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen "qui ne fait aucune référence à Dieu". 1er avril, Napoléon Bonaparte est nommé lieutenant au 4e régiment d’artillerie. 4 avril, un décret de l’Assemblée constituante transforme l’église Sainte-Geneviève en "temple civique destiné à accueillir les cendres des grands hommes de la patrie" : le Panthéon ; Mirabeau, décédé le 2, y entre. 13 avril, le bref de condamnation Caritas demande aux jureurs de se rétracter, annule les élections épiscopales et suspend Talleyrand et les autres consécrateurs (bon nombre de jureurs se rétractent). 16 avril, à Rome, le comte de Cagliostro (Joseph Balsamo), franc-maçon (fondateur du Rite de Misraïm en 1788), alchimiste, spirite, médium et hypnotiseur, est condamné par l’Inquisition à la prison perpétuelle pour sacrilège, hérésie, démonisme et complot (il meurt le 28 août 1795 dans la forteresse Saint-Léon ; on dit qu’il a été étranglé sur ordre du pape). 18 avril, Londres, Wilberforce prononce à la Chambre des Communes un discours passionné condamnant la traite des Noirs. 3 mai, une effigie de Pie VI est brûlée au Palais Royal ; rupture diplomatique entre Paris et Rome. 3 mai, proclamation de la première Constitution polonaise (fête nationale). 7 mai, l’Assemblée accorde la tolérance aux prêtres réfractaires. 26 mai, l'Assemblée décrète que le Louvre et les Tuileries réunis seront le palais national destiné à l'habitation du roi et à la réunion de tous les monuments des sciences et des arts et aux principaux établissements de l'instruction publique. 3 juin, l’Assemblée constituante repousse une suggestion de Maximilien de Robespierre visant à abolir la peine de mort, édicte que "tout condamné à mort aura la tête tranchée" et demande au docteur Guillotin et au chirurgien Louis d’améliorer leur machine à couper les têtes. 10 juin, George III, roi d’Angleterre, signe l’Acte constitutionnel du Canada, voté le 10 juin, qui partage la colonie en deux provinces : le Haut-Canada, à dominante anglophone, à l’ouest de la rivière Ottawa ; à l’est, le Bas-Canada réunissant les Canadiens de souche française ; la nouvelle Constitution entrera en vigueur le 26 décembre. 13 juin, décret pour recrutement de volontaires dans la Garde Nationale : conscription libre. 14 juin, la Loi Le Chapelier interdit les concertations de travailleurs sur "leurs prétendus intérêts communs" et proscrit les organisations ouvrières notamment les corporations des métiers, mais également les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. 20 juin, Louis (le futur Louis XVIII), frère de Louis XVI, compromis dans le complot de Favras qui projetait d’enlever le roi, gagne Bruxelles grâce à un passeport anglais falsifié puis Coblence où il prend la tête des émigrés et retrouve son frère, le comte d’Artois (futur Charles X). 21 juin, à Varennes en Argonne (Meuse), arrestation du roi ; c’est le 20, vers minuit, que le roi Louis XVI, en compagnie de sa famille et de la gouvernante de ses enfants, quitte subrepticement Paris pour rejoindre, à Metz, le camp du marquis de Bouillé et y attendre les secours de l’empereur Léopold ; avant de partir, Louis XVI a rédigé une Déclaration à tous les Français, un manuscrit de seize pages in quarto, son "testament politique", et a demandé à La Porte, son intendant, de déposer le lendemain de sa fuite cette Déclaration sur le bureau du président de l'Assemblée, Alexandre de Beauharnais ; la fuite aurait été organisée par l’amant de la reine, le comte de Fersen, colonel du Royal Suédois et membre de la loge L’Olympique de la Parfaite Estime ; le marquis de La Fayette 1, commandant de la garde nationale, envoya des courriers dans toutes les directions pour ordonner l’arrestation des fuyards ; plusieurs fois reconnue malgré les déguisements, la famille royale fut parfois acclamée, parfois conspuée ; mais le fils du maître de poste de Sainte-Menehould, Drouet, devançant les voyageurs, prévint les municipaux de Varennes où il fit arrêter la berline ; rejoint quelques temps plus tard par les lieutenants de Bouillé, Louis XVI refusa de faire couler le sang et se laissa arrêter. En été, en France, introduction de l’Eglise méthodiste par John Angel. 11 juillet, la dépouille de Voltaire entre au Panthéon. 17 juillet, Fusillade du Champ de Mars : Bailly et La Fayette font tirer la garde nationale sur la foule (5 000 à 6 000 personnes menées par le Club des Cordeliers) qui manifeste pour obtenir la destitution du roi et lapide la troupe ; une cinquantaine de manifestants sont tués. 4 août, Traité de Sistova entre Selim III et l’Autriche. Nuit du 14 août, à Saint-Domingue (Haïti), au Bois Caïman, près de Morne Rouge, des nègres "marrons" (esclaves ayant fui les plantations et s’étant réfugiés dans les forêts) revendiquent l’abolition de l’esclavage au cours d’une cérémonie vaudou dirigée par le prêtre vaudou, Boukman, entouré de ses lieutenants Romaine le prophète, Hyacinthe, Biassou et Jean-François. Nuit du 22 au 23 août, début de l’Insurrection des esclaves au nord de Saint-Domingue (l’UNESCO a fait du 23 août la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition) : en novembre, François Dominique Toussaint-Louverture se joindra à la révolte des esclaves haïtiens contre la France et se fera remarquer par son courage et ses qualités de stratège. 26 août, les Etats-Unis accordent à John Fitch un brevet pour son navire à vapeur. 27 août, Déclaration de Pillnitz : les empereurs d'Autriche, Léopold II, et de Prusse, Frédéric-Guillaume II, préconisent le rétablissement de Louis XVI sur son trône et le recouvrement de ses droits. En septembre, Olympe de Gouges publie la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" : elle sera guillotinée en 1793 pour avoir pris la défense de Louis XVI. 3 septembre, l’Assemblée adopte la Première Constitution française qui inclut la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen : la France demeure une monarchie mais le roi, qui doit prêter serment à la Constitution, n’est plus que le représentant de la nation, il peut être déchu en cas de haute trahison, son droit de veto ne s’applique ni aux lois constitutionnelles, ni aux lois fiscales ; la Constitution est promulguée le 14. 6 septembre, Léopold II est couronné roi de Bohême à Prague. 13 septembre, le roi Louis XVI approuve la Constitution ; il devient le "Roi des Français". 14 septembre, suite au référendum de 1790 et au vote de l’Assemblée nationale le 12, un décret rattache à la France le Comtat Venaissin et Avignon ; le 23, un décret, en complément des dispositions du 14 septembre, crée le district de l'Ouvèze avec Carpentras pour chef-lieu, rattaché à la Drôme et le district de Vaucluse avec Avignon comme centre administratif, rattaché aux Bouches-du-Rhône. 24 septembre, la Constituante abandonne aux assemblées coloniales, composées essentiellement de représentants de colons blancs, le droit de régler la condition des hommes de couleur libres. Entre le 25 septembre et le 6 octobre, l'Assemblée nationale adopte le premier Code pénal. 28 septembre, l’Assemblée nationale vote la loi sur l’Emancipation des juifs de France ; la loi attribue aux juifs de France le statut de citoyen au même titre que les autres ; le port de la rouelle, une pièce de tissu ronde qu’ils devaient porter pour être distingués, est aboli. 28 septembre, décret portant que tout homme, de quelque couleur qu’il soit, jouit en France de tous les droits de citoyen. 29 septembre au 14 octobre, des décrets rendent obligatoire l’appartenance à la Garde nationale pour les citoyens actifs (électeurs) de 18 à 60 ans. 30 septembre, l'Assemblée constituante devient l'Assemblée Législative. 1er octobre, première réunion de l’Assemblée législative. 6 octobre, l’Assemblée législative refuse d’abolir la peine de mort : « La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu'il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés ». 4 novembre, Bataille de la Wabash ou Défaite de St Clair, près de Fort Recovery (Ohio) : les Indiens (1 180 guerriers), menés par Little Turtle de la tribu des Miamis, Blue Jacket de la tribu Shawnee, et Buckongahelas de la tribu Delaware écrasent les troupes américaines (1 000 hommes) menées par le général Arthur St. Clair. 18 novembre, les prêtres réfractaires (non-jureurs) sont mis hors la loi. 29 novembre, l’Assemblée législative décide que les prêtres qui n’auraient pas prêté serment dans les 8 jours seraient réputés "suspects de révolte contre la loi et de mauvaises intentions contre la patrie". En décembre, un décret interdit les cartes de vœux, les cartes de visites et même les visites du Jour de l’An. 15 décembre, aux Etats-Unis d'Amérique, ratification du Bill of Rights (Déclaration des Droits) regroupant les 10 premiers amendements à la Constitution. Thomas Paine publie Les droits de l’homme. L’abbé Fiard, dans Lettres sur le diable (1791) et La France trompée par les magiciens et démonolâtres du XVIIIe siècle, fait démontré par des faits (1803), accuse les Jacobins et les Francs-maçons d’être possédés du diable.

1792. 9 janvier, Traité d'Iasi en Moldavie entre l'Empire Ottoman et la Russie qui obtient l'annexion de la Crimée, de la forteresse d'Otchakov, et le littoral de la mer Noire jusqu'à l'embouchure du Dniestr. 1er mars, mort de Léopold II, empereur du Saint-Empire : son fils aîné, François II, lui succède. 16 mars, le Danemark est le premier pays européen à abolir la traite des noirs avec effet dans 10 ans. 16 mars, au cours d’un bal masqué à l’opéra de Stockholm, le roi de Suède, Guillaume III, reçoit une balle dans le dos tirée par le capitaine-comte Anckarström exécutant d’une conspiration de nobles opposés à l’absolutisme et dont les privilèges ont été supprimés en 1789 (le roi mourra le 29 mars) ; Gustave III a rétabli l'absolutisme pour réaffirmer la tolérance religieuse, abolir la torture et faciliter les conditions paysannes ; proche de la France, il souhaitait intervenir pour y rétablir la monarchie 10 ; son fils Gustave IV Adolphe lui succède. 20 mars, l’Assemblée législative adopte la machine à trancher la tête des condamnés à mort : la loi (ironie du sort) est signée le 25 mars par Louis XVI. 28 mars, en France, l’Assemblée législative établit une égalité de droit entre tous les hommes libres (blancs et noirs affranchis. 29 mars, en Suède, mort de Gustave III assassiné : son fils Gustave IV lui succède, sous la régence de son frère Charles. 30 mars, décret de confiscation des biens des nobles émigrés depuis le 1er juillet 1789. 2 avril, en adoptant le Mint Act, le Congrès des Etats-Unis instaure une nouvelle unité monétaire : le dollar. 6 avril, vendredi saint : abolition de toutes les communautés religieuses. 16 avril, George Vancouver explore le littoral occidental de l'Amérique du Nord. 20 avril, Louis XVI déclare la guerre (votée par l’Assemblée législative) à l’empereur François II d’Autriche, qui, avec son allié, le roi de Prusse, prend aussitôt l’offensive. 25 avril, Nicolas Jacques Pelletier, un voleur de grand chemin, "inaugure" la guillotine. Nuit du 25 au 26 avril, à la demande du maire de Strasbourg, Philippe de Dietrich, le capitaine Claude Joseph Rouget de l’Isle 16 (membre de la loge Les Frères Discrets à Charleville) compose le Chant de guerre pour l’armée du Rhin lequel, chanté par les fédérés marseillais à leur entrée dans Paris le 30 juillet 1792, deviendra la Marseillaise ; le 29 avril, sur la place d’Armes de Strasbourg, le chant est entonné par la Garde nationale pour accueillir les volontaires de Rhône et Loire. 11 mai, Robert Gray est le premier à entrer dans la rivière Columbia nommée d'après le nom de son navire, Columbia Rediviva. 17 mai, réunis sous un platane devant les numéros 68-70 de Wall Street, 24 courtiers fondent la première place financière du monde, la Bourse de New-York. 27 mai, loi du 2e veto (décret Guadet) : tout prêtre insermenté, dénoncé par 20 citoyens d’un canton, est expulsé de France. 29 mai, Pacifique nord : George Vancouver fait le tour de l'île qui portera son nom. 1er juin, le Kentucky devient le quinzième État de l'Union. 5 juin, François II, qui succède à son père Léopold II, est élu roi des Romains ; il sera couronné empereur du Saint-Empire romain germanique le 14 juillet. 6 juin, François II est couronné roi de Hongrie. 19 juin, en France, décret : les titres de noblesse seront brûlés. 20 juin, menés par Santerre, brasseur au faubourg Saint-Antoine, les sans-culottes, exigeant que le roi retire son veto aux décrets pour la déportation des prêtres réfractaires et la création d'un camp de gardes nationaux, entrent aux Tuileries (ils seront évacués le soir) ; le roi accepte de se coiffer du bonnet rouge 14, la reine en coiffe le dauphin ; le roi boit à la santé de la nation mais ne cède pas. 28 juin, La Fayette 1 (chef de l’armée du Nord, qui a quitté le front sans autorisation après avoir négocié un armistice avec les Autrichiens et amené son armée à Compiègne [où Louis XVI pourrait se rendre] afin de rétablir la monarchie constitutionnelle) propose en vain ses services au roi (qui ne l’aime pas). 7 juillet, Adrien Lamourette, prélat et homme politique, membre de la Législative, demande, face au péril extérieur, l’union de tous les députés, qu’il mène à se donner l’accolade (la scène est restée célèbre sous le nom de "baiser Lamourette"). 8 juillet, la France déclare la guerre à la Russie. 8 juillet, cocarde obligatoire pour les hommes. 11 juillet, la patrie est déclarée en danger par l'Assemblée Nationale. 14 juillet, Vienne (Dauphiné) fête les volontaires marseillais allant à Paris : l’abbé Pessoneaux, prêtre jureur, enseignant, compose le 7e couplet de la Marseillaise. 19 juillet, déclaré traître à la patrie, La Fayette s’enfuit en Flandres (où les Autrichiens l’arrêtent et l’emprisonnent jusqu’en 1797). 30 juillet, les volontaires Marseillais entrent à Paris en chantant le Chant de guerre pour l’armée du Rhin composé par Rouget de l’Isle : il est aussitôt rebaptisé Marseillaise. 1er août, publication à Paris du Manifeste dit de Brunswick (le duc de Brunswick étant le général en chef des armées austro-prussiennes) sommant le peuple français de libérer le roi et menaçant Paris d’une vengeance exemplaires s’il était fait outrage à la famille royale (signée par le duc, mais œuvre du marquis de Limon, cette déclaration exaspère le peuple et précipite la chute de la monarchie). 4 août, suppression des congrégations hospitalières ; les religieuses des hôpitaux sont maintenues à titre individuel. 5 août, François II est couronné roi de Bohême. Nuit du 9 au 10 août, la Commune de Paris fait sonner le tocsin et battre la générale. 10 août, Danton envoie la section du faubourg Saint-Antoine (12 000 hommes) et les fédérés provinciaux (5 000 hommes) s’emparer des Tuileries défendues par 1 800 hommes dont 1 100 gardes suisses : les Suisses sont massacrés (des femmes mutilent les cadavres des gardes) ; le palais est pillé ; Louis XVI et sa famille doivent se placer sous la protection de l’Assemblée qui se déclare en séance permanente et se fait délivrer le sceau de l'État pour marquer sa prise de pouvoir ; le soir, l'Assemblée législative, qui assume tous les pouvoirs, désigne par acclamation un conseil exécutif provisoire, composé de six ministres (Étienne Clavière, Roland, Joseph Servan, Danton, Monge et Lebrun) ; elle envoie aux armées 12 députés disposant de pouvoirs étendus (dont la suspension des généraux) ; le principe de la création d'une nouvelle assemblée, la Convention nationale, est acquis. 11 août, Chaumette, procureur de la Commune de Paris, fait interdire le port du costume ecclésiastique en dehors de l'exercice du culte ; le 16, il interdit les processions religieuses. 13 août, suspension du roi par décret ; Louis XVI et sa famille sont emprisonnés au Temple. 14 août, La Fayette tente de s’emparer du pouvoir. 17 août, à Paris, sur proposition de Danton, création d’un tribunal criminel extraordinaire pour juger les défenseurs royalistes des Tuileries (supprimé en novembre, le tribunal révolutionnaire sera reconstitué le 10 mars 1793) ; le commandement des armées de l’Est est confié à Dumouriez, celui des armées du Nord à Kellermann. 18 août, suppression des congrégations séculières et des confréries. 21 août, sur la place du Carrousel, le premier condamné politique, Collenot d'Angremont, est guillotiné. 22 août, révoltes royalistes en Vendée, Bretagne, Dauphiné. 26 août, décret de déportation frappant les réfractaires (30 000 quittent le pays). 29 août, les troupes prussiennes assiègent Verdun qui se rend le 2 septembre. 31 août, le député Tallien déclare à l'Assemblée : "Nous avons fait arrêter les prêtres perturbateurs ; ils sont enfermés et, sous peu de jours, le sol de la liberté sera purgé de leur présence". 2 au 5 septembre, Massacres de septembre prêchés par Marat, organisés par la Commune de Paris (les tueurs sont rémunérés) et approuvés par Danton : 1 200 détenus, arrêtés par les révolutionnaires comme ennemis de la Patrie et rebelles à la Constitution civile du clergé, sont massacrés dans les prisons de Paris : Carmes, l'Abbaye, La Force, séminaire de Saint-Firmin, monastère de Saint-Germain-des-Prés ; parmi eux, 191 ecclésiastiques seront béatifiés : 3 évêques, 127 prêtres séculiers, 56 religieux et 5 laïcs. 3 septembre, Marat fait tirer sur ses presses la circulaire suivante : « Prévenue que des hordes barbares s’avançaient contre elle, la Commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : « Nous marchons à l’ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos enfants » (signée par les membres du Comité de surveillance, cette circulaire est expédiée dans les départements avec le contreseing du ministre de la Justice, apposé par Fabre d’Eglantine). 9 septembre, massacres à Versailles. 18 septembre, l'Assemblée législative dissout la Commune de Paris. 19 septembre, un décret ordonne "le transport dans le dépôt du Louvre des tableaux et autres monuments relatifs aux beaux-arts se trouvant dans les maisons royales". 20 septembre, les troupes de Dumouriez et de Kellermann remportent la victoire de Valmy sur le Prussiens du duc de Brunswick (423 tués : 240 Français et 183 Prussiens). 20 septembre, avant de se séparer, l’Assemblée législative décrète la laïcisation de l’état civil en transférant aux communes la tenue des registres d’état civil pour remplacer les registres du clergé et vote le divorce. 21 septembre, la Convention décrète que "la royauté est abolie en France" : ce bref texte, signé par Pétion, Brissot, Lasource, Danton et Monge, est voté à l’unanimité de 749 voix par la Convention (à la tribune, l’abbé Grégoire a proclamé : « Les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique ») ; la République est instaurée. 22 septembre, jour de l’équinoxe d’automne, premier jour de l’an I du calendrier révolutionnaire ou calendrier de la Liberté. 25 septembre, Couthon et Danton font proclamer que "la République française est une et indivisible" ; la Convention nationale adopte comme nouveau sceau de l’État "une figure de la Liberté" représentée par une femme avec un bonnet phrygien. 2 octobre, création de la Mission baptiste de Londres. 9 octobre, l’assemblée décide de rendre exécutive la Loi sur le divorce. 13 octobre, à Washington aux États-Unis, début de la construction de la Maison-Blanche. 21 octobre, prise de Mayence par la France. 21 octobre, exploration de la rivière Columbia par William Robert Broughton ; il découvre plusieurs îles à l'embouchure de la Colombia, sur la côte occidentale de l'Amérique du Nord, et leur donne son nom. 6 novembre, à Jemmapes (Belgique), victoire de Dumouriez et ses 40 000 volontaires contre l’armée autrichienne du duc Albert de Saxe-Tenchen ; Dumouriez prend Mons le 7 et entre dans Bruxelles le 14 ; la Belgique passe sous domination Française. 27 novembre, la Savoie est réunie à la France : création du département du Mont-Blanc. En Arabie, mort de Muhammad ibn Abd al-Wahhab, fondateur du wahhabisme, allié avec Mohammed Ibn Séoud. 3 décembre, décret ordonnant que Louis XVI soit jugé par la Convention. 11 décembre, à la Convention, ouverture du procès du roi (défendu par de Sèze, Tronchet et Malesherbes) qualifié "d’usurpateur et mis hors de l’humanité" : Robespierre déclare : « Louis doit mourir parce qu’il faut que la patrie vive… ». 25 décembre, Louis XVI écrit son testament. Johann Gottlieb Fichte : Essai d'une critique de toute révélation.

1793. 3 janvier, la loi sur l'abolition de l'esclavage est appliquée au Haut-Canada (actuel Ontario) par le lieutenant-gouverneur Simcoe ; elle libère tout esclave qui vient dans la province ; elle dit aussi que tout enfant né d'une mère esclave doit être libéré à l'âge de 25 ans. 13 janvier, à la tribune de la Convention, Danton s'exprime sur les frontières naturelles de la France : "Les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l’horizon, du côté du Rhin, du côté de l’Océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République." 15 janvier, la Convention se prononce sur la culpabilité du roi pour « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l'État » (691 pour, soit l'unanimité des députés présents) et sur le recours au peuple pour ratifier le jugement (424 pour, 287 contre, 12 abstentions). Selon le Patriote français du 15 janvier, au Club des Jacobins, le maître-boucher, Louis Legendre, propose de couper le corps du roi en 83 morceaux (un par département) pour qu’ils servent d’engrais aux arbres de la Liberté plantés dans les préfectures ; le compte-rendu de séance, donné par le Journal des débats de la Société des Jacobins (n° 339), rapporte ainsi les paroles de Legendre : "C'est en vain que vous plantez l'arbre de la liberté dans les quatre-vingt-trois départements ; il ne rapportera jamais de fruits si le trône du tyran n'en fume les racines 17." 17 janvier, Louis XVI est condamné à mort pour "conspiration contre la liberté de la nation et d’attentat contre la sûreté générale de l’Etat" par 366 voix (la majorité étant de 361 voix pour 721 votants) contre 355 : 319 votes pour détention et bannissement après la guerre, 2 pour mise aux fers, 34 pour la mort avec clauses restrictives (1 pour une possibilité de commutation, 23 pour l’amendement Mailhe : discussion sur pour un sursis jusqu’à l’expulsion des Bourbons, 2 pour un sursis jusqu’à la paix avec possibilité de commutation ; irrégularités non relevées : 12 votes pour la mort du roi sont nuls (Robert, député de Paris, n’est pas français ; 4 députés ne sont pas inscrits ; 4 suppléants n’ont pas le droit de vote ; 3 députés votent après s’être récusés). 19 janvier, après un nouveau décompte nominal demandé par les modérés, 361 députés contre 360 (290 votes pour détention, bannissement et fers, 44 pour des modalités de sursis et 26 pour l’amendement Mailhe) votent la mort du roi ; mais Vergniaud ajoute aux votes pour la mort sans condition les 26 votes pour l’amendement Mailhe et annonce "387 votes pour la mort sans condition" ; Hébert, quoiqu’un des ennemis les plus acharnés du roi, ne peut s’empêcher d’être frappé de sa constance, de sa longanimité : « Je voulus être du nombre de ceux qui devaient être présent à la lecture du jugement de Louis. Il l’entendit avec un sang-froid rare : il avait dans ses manières et dans ses regards quelque chose de visiblement surnaturel â l’homme. Je me retirai en voulant retenir des larmes qui coulaient malgré moi, et bien résolu de finir là mon ministère ». 20 janvier, 2 heures du matin, 310 votes pour le sursis, 380 contre. 20 janvier, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, député de la Convention, qui a voté la mort de Louis XVI, est assassiné par un royaliste. 21 janvier, 10 h 22, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) : Louis XVI est guillotiné ; son confesseur l’a exhorté « Fils de Saint Louis, montez au ciel ! » ; le roi veut parler au peuple mais les tambours de la garde nationale couvrent sa voix : ses derniers mots auraient été : « Peuple, je meurs innocent ! Je pardonne aux auteurs de ma mort » ; le bourreau montre sa tête aux spectateurs, certains s’emparent de lambeaux ensanglantés de son habit ; les libres-penseurs commémorent l’évènement en mangeant une tête de veau à chaque anniversaire. 23 janvier, la diète polonaise ratifie le second partage de la Pologne : la Russie obtient l'annexion des territoires de l'ouest ukrainien et de la Biélorussie lituanienne ; la Prusse reçoit Dantzig, Thorn et la Grande-Pologne. 28 janvier, à Hamm (Westphalie), le dauphin Louis est proclamé roi de France (Louis XVII) par Louis, comte de Provence (futur Louis XVIII), qui devient régent. 31 janvier au 4 février, le comté de Nice et Monaco sont rattachés à la France après un vote de la population et forment le 85e département sous le nom d'Alpes-Maritimes ; le 14 février, la Convention nationale décrète que « la ci-devant principauté de Monaco est réunie au territoire de la République (française), et fait partie du département des Alpes-Maritimes » ; Monaco prend le nom de Fort Hercule, ses richesses sont dispersées, l’épouse de Joseph Grimaldi sera guillotinée en 1794. 1er février, la Convention déclare la guerre à l’Angleterre et aux Provinces Unies. 14 février, quiconque dénoncera un réfractaire touchera 100 livres. 14 février, par le Catholic Relief Bill, les catholiques reçoivent le droit de vote en Irlande (les milices protestantes d'Ulster font pression pour qu'ils n'obtiennent pas l'éligibilité). 15 au 26 février, une expédition contre la Sardaigne, à laquelle participe Bonaparte, est mal soutenue par Paoli et échoue ; sommé de venir se justifier à Paris, Paoli refuse, convoque une Consulte illégale à Corte et lui fait approuver la rupture avec la Convention ; demeuré fidèle à la France, Bonaparte est pourchassé par les paolistes et s’embarquera en juin ; Paoli, mis hors la loi par la Convention, subit l’influence de Pozzo di Borgo, qui est le véritable responsable de l’appel aux Anglais. 22 février, le duc d’Orléans, Philippe Egalité, cousin du roi dont il a voté la mort, Grand Maître du Grand Orient, démissionne de la franc-maçonnerie : « Je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement ». 23 février, la Convention décrète la levée de 300 000 hommes tirés au sort parmi les célibataires de 18 à 25 ans. 7 mars, la Convention déclare la guerre à l’Espagne. 10 mars, Soulèvement des paysans dans l’Ouest (Vendéens et Chouans) suite à l’annonce de la conscription de 300 000 hommes pour aller combattre sur le front ; en quelques jours, plusieurs villages, tels que Chemillé, Saint-Florent-le-Vieil, ou encore Tiffauges se rebellent ; les troupes du vendéen Charrette massacrent des partisans de la Convention à Machecoul le 11 (selon une étude, basée sur des listes nominatives, réalisée en 1972 par l'abbé Le Clainche, et reprise par Jacques Hussenet, le nombre des victimes auraient été de 180 à 200, dont la moitié étaient de Machecoul) et prennent Cholet le 14. 10 mars, création du Tribunal Révolutionnaire qui a pour but de lutter contre "toute entreprise contre-révolutionnaire, tout attentat contre la liberté, tout complot royaliste" ; Danton déclare : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être » ; le tribunal révolutionnaire fonctionnera à plein régime jusqu'au 31 mai 1795, date à laquelle il sera définitivement supprimé ; début de La Terreur. Soulèvements royalistes dans le midi, à Marseille, Bordeaux et Lyon. 14 mars, les vendéens prennent Cholet. 18 mars, le général Charles François du Périer dit Dumouriez est battu à Neerwinden par les troupes autrichiennes du prince de Cobourg. 19 mars, l'armée est battue par les insurgés à Chantonnay (Vendée). 19 mars, décret de la Convention : toute personne prise les armes à la main ou porteuse d’une cocarde blanche est jugée hors la loi et exécutée dans les 24 heures. 31 mars, Dumouriez est vaincu à Louvain. 1er avril, Dumouriez passe à l’ennemi et se réfugie chez les Autrichiens le 5 ; impliqué dans le complot de Dumouriez qui vise à renverser la Convention en marchant sur Paris, Louis-Philippe d’Orléans (qui sera roi des Français le 9 août 1830), fils de Louis Philippe Joseph d’Orléans (Philippe Egalité qui avait voté la mort du roi son cousin), ancien membre de la Garde nationale et du Club des Jacobins, passe également à l’ennemi (compromettant ainsi son père qui est guillotiné le 6 novembre) ; il gagne la Belgique puis la Suisse. 2 avril, Pascal Paoli est désigné "traître à la Patrie française" par la Convention ; en réponse, il réunit une Consulte et rompt les liens avec la Convention pour se tourner vers l'Angleterre. 5 avril, décret donnant à l’accusateur public du Tribunal révolutionnaire, Fouquier-Tinville, pouvoir de "faire arrêter, poursuivre et juger tout prévenu desdits crimes" (crimes de conspiration) sur simple dénonciation. 6 avril, à l’instigation de Danton, création du Comité de Salut Public qui a autorité sur le Tribunal Révolutionnaire. 21-23 avril, la Convention décide de déporter en Guyane les ecclésiastiques réfractaires et tous ceux qui seront dénoncés pour incivisme par 6 citoyens de leur canton (le 17 septembre, la mesure sera étendue aux prêtres assermentés dénoncés pour incivisme). 1er mai, les insurgés vendéens prennent Thouars. 10 mai, la Convention nationale s'installe au palais des Tuileries. 14 mai, les armées britanniques de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve s'emparent de Saint-Pierre-et-Miquelon. 19 mai, Bataille de Mas Deu : l'armée française est battue par les troupes espagnoles. 20 mai, assassinat du deuxième padishah d'Afghanistan, Timour Shâh Durrani. 25 mai, Prise de Fontenay-le-Comte par la rébellion vendéenne. 26 mai, George Vancouver, qui a remonté le long de la côte de l'actuelle Colombie-Britannique, fait le tour de l'île qui porte maintenant son nom. 29 mai, début du Soulèvement de Lyon contre la Convention. 31 mai, à l’appel de Robespierre, les Montagnards, menés par Varlet et Roux, chefs de file des Enragés, encerclent la Convention, renversent les Girondins et réclament leur mise en accusation. En juin, les Montagnards adoptent officiellement la devise Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort lancée par l’hébertiste Antoine François Momoro et que Jean-Nicolas Pache, maire de Paris, fait inscrire sur l'Hôtel de Ville ; à l’origine, cette devise avait été adoptée par la Société des amis des droits de l’homme et du citoyen fondée par Danton le 27 avril 1790. 2 juin, arrestation de 31 députés girondins (25 seront envoyés à la guillotine). 9 juin, les vendéens prennent Saumur. 9 juin, la citadelle belge d'Arlon, commandée par les Autrichiens, est prise par l'armée française. 12 juin, Jacques Cathelineau, simple colporteur, est nommé généralissime de l’armée vendéenne qui a pris le nom d’"armée catholique et royale". 19 juin, sous la gouverne de John Graves Simcoe, premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada (Ontario), l'Assemblée législative adopte une loi (Act against slavery) qui interdit l'importation d'esclaves dans la colonie. 24 juin, adoption de la Constitution de l’an I (elle ne sera jamais appliquée). 29 juin, Nantes repousse l'armée vendéenne de Cathelineau : celui-ci, blessé dans la bataille, mourra quelques jours plus tard. 3 juillet, le jeune Louis XVII est arraché à sa mère, Marie-Antoinette, et confié au savetier Simon ; il sera retiré à Simon et enfermé en 1794 jusqu'à sa mort le 8 juin 1795. 9 juillet, l'assemblée législative du Haut-Canada adopte un projet de loi contre l'esclavage, intitulé "An Act to prevent the further introduction of Slaves and to limit the Term of Contracts for Servitude within this province" ; même s'il eut préféré une abolition complète, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe fait des compromis pour satisfaire les intérêts des quinze membres de l'assemblée législative qui possèdent des esclaves ou font partie de familles qui possèdent des esclaves ; après la proclamation de la loi, les dispositions suivantes s'appliquent : les esclaves déjà au Haut-Canada demeurent la propriété de leurs maîtres à vie, les enfants nés d'esclaves doivent être libérés à l'âge de 25 ans, les enfants des enfants nés d'esclaves doivent être affranchis à la naissance, aucun esclave ne peut entrer dans la province (tout esclave amené au Haut-Canada serait automatiquement affranchi), les propriétaires d'esclaves affranchis doivent garantir leur sécurité. 12 juillet, Claude Chappe, ingénieur français, envoie le premier message télégraphique aérien sur une distance de 15 kilomètres, de Saint Martin du Tertre (Val d’Oise) à Belleville. 13 juillet, 20 rue des Cordeliers à Paris : Charlotte Corday, qui fréquente les milieux girondins de Caen, poignarde le conventionnel montagnard Jean-Paul Marat (rédacteur en chef du journal L’Ami du peuple, il réclame 100 000 têtes) dans sa baignoire ; elle sera exécutée le 17. 19 juillet, la Convention ordonne la déportation des évêques qui apporteront quelque obstacle au mariage des prêtres. 22 juillet, Alexander Mackenzie, qui a quitté Fort Fork le 9 mai, a remonté Rivière-la-Paix et a rejoint le cours supérieur de la Rivière Fraser ; redirigé sur la Rivière Bella Coola, il la descend et atteint l'Océan Pacifique. 23 juillet, un décret porte qu’il ne sera laissé qu’une seule cloche dans chaque paroisse et que toutes les autres seront mises à la disposition du pouvoir exécutif pour être fondues en canons. 27 juillet, entrée de Robespierre au Comité de salut public. 1er août, face à la menace Vendéenne, le Comité de salut public crée l'Armée de l'ouest placée sous les ordres de Kléber. 1er août, la Convention décide de détruire les sépultures royales de Saint-Denis. 1er août, unification des poids et mesures : naissance du kilogramme et du mètre. En août, le projet de Code civil rédigé par Jean-Jacques Régis de Cambacérès (ouvertement homosexuel ; membre de la Loge Ancienne et de la Réunion des Élus à Montpellier puis Vénérable de la loge Saint-Jean de la Grande Maîtrise à Paris) est rejeté ; Cambacérès, choisi par Bonaparte comme second consul après le 18 brumaire, prendra une part importante à la rédaction du Code civil en 1804. 8 août, Lyon se révolte contre la Convention montagnarde. 9 août, début du Siège de Lyon. 10 août, la Convention accepte la Constitution du 24 juin (elle ne sera jamais appliquée) précédée d’une nouvelle déclaration des droits de l’homme et du citoyen. 10 août, première fête de la déesse Raison (dont Hébert qui soutient le mouvement de déchristianisation est un fanatique), une statue est érigée place de la Bastille. 10 août, inauguration du Musée du Louvre. 23 août, les armées révolutionnaires reculant partout, décret sur la "levée en masse", les Français célibataires et veufs sans enfant de 18 à 25 ans sont en réquisition permanente : "tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées jusqu’au moment où les ennemis seront chassés du territoire de la République". 24 août, décimes et centimes remplacent sous et deniers. 25 août, Marseille est reprise par l’armée. 29 août, les royalistes s'emparent de la ville de Toulon qui va se donner aux Britanniques ; début du siège de Toulon. 29 août, à Saint-Domingue, Toussaint Louverture commande l'insurrection et cherche à unir les esclaves noirs ; invasion de l'île par les anglo-espagnols, alliés des royalistes blancs ; Léger-Félicité Sonthonax, présent en tant que représentant de la Convention nationale, proclame l'abolition de l'esclavage pour les esclaves de la province du Nord de Saint-Domingue. 5 septembre, les Sans-culottes de Paris, guidés par les Enragés et les Hébertistes, occupent la Convention contrainte d’instituer une politique de terreur ; le Comité de Salut public doit admettre en son sein Billaud-Varenne et Collot d’Herbois (la Terreur dure du 5 septembre 1793 au 27 juillet 1794). 6 et 8 septembre, à Hondschoote, l’armée du Nord bat les coalisés. 17 septembre, sur la proposition de Merlin de Douai, la Convention adopte la loi des Suspects : « Tous les gens suspects qui se trouvent dans le territoire de la République et qui sont encore en liberté seront mis en état d’arrestation. - Sont réputés gens suspects: ceux qui se sont montrés partisans de la tyrannie et du fédéralisme, et ennemis de la liberté, ceux qui ne pourront pas justifier de leurs moyens d’exister et de l’acquit de leur devoirs civiques, ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme, les fonctionnaires publics suspendus de leurs fonctions, ceux des ci-devant nobles qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution, ceux qui ont émigré dans l’intervalle du 1er Juillet 1789 à la publication de la loi du 8 avril 1792, quoiqu’ils soient rentrés en France dans le délai fixé par cette loi ou précédemment ». 18 septembre, Bataille de Tiffauges : les vendéens battent l'armée de Mayence. 21 septembre, décret rendant le port de la cocarde obligatoire pour les femmes. 5 octobre, Gilbert Romme fait adopter par la Convention son calendrier républicain ou révolutionnaire à compter du 22-9-1792 (il sera abandonné le 1er janvier 1806) : elle débaptise villes, places et rues. 6 octobre, la Convention nationale vote, sur proposition de Barrère, un décret ordonnant la destruction des mausolées royaux puis l’exhumation des cadavres des tyrans afin de récupérer le plomb des cercueils pour fabriquer des balles ; les tombeaux royaux de Saint-Denis sont ouverts pendant quinze jours et profanés ; le 12 octobre, les restes (52 rois, 32 reines et plus de 70 grands du royaume) sont jetés dans deux fosses communes (une pour les Valois, l’autre pour les Bourbons) ; après plusieurs siècles de pérégrinations rocambolesques, la tête d'Henri IV, conservée par deux retraités qui ont accepté de la confier à la science en 2008, est authentifiée par une équipe de spécialistes français, danois, italiens et américain rassemblés autour du Dr Philippe Charlier, médecin légiste de Garches, selon le British Medical Journal (BMJ) du 15 décembre 2010. 9 octobre, Lyon (soulevé pour soutenir les Girondins), après un siège de deux mois, est repris par les troupes républicaines sous la direction du Montagnard, Georges Couthon, ami fidèle de Robespierre et membre du Comité de Salut public. 10 octobre, à l’instigation de Saint-Just, la Convention décrète que "le gouvernement de la France sera révolutionnaire jusqu’à la paix". 12 octobre, Barère fait décréter que Lyon sera rasé et s’appellera désormais "Commune Affranchie". 16 octobre, 12 h 15, l’ex-reine de France, Marie-Antoinette, après un procès expéditif (entamé le 14 et scandaleusement conduit par Hébert), meurt sur l’échafaud. 16 octobre, à Wattignies, la victoire de Jourdan sur les Autrichiens vaut à Lazare Carnot, créateur des armées de la République, le surnom d’"organisateur de la victoire". 17 octobre, à Cholet, les Vendéens sont battus par l’armée de l’Ouest (Lechelle, Marceau et Kléber). 21 octobre, un décret envoie à l’échafaud les prêtres qui se sont soustraits au bannissement et leurs complices. 24 octobre, Fabre d’Eglantine (parolier de la célèbre chanson "Il pleut, il pleut bergère" et inventeur des noms des mois du calendrier républicain) institue la fête du Travail célébrée le 19 septembre ; déplacée par Saint-Just au le 1er pluviôse (20 janvier), elle ne durera que quelques années. 25 octobre, le lieutenant John Hayes, de Compagnie anglaise des Indes orientales, revendique la Nouvelle-Guinée au nom de la Grande-Bretagne. 26 octobre, à Lyon, Georges Couthon (orateur de la Loge Saint-Maurice à Clermont-Ferrand) entame la démolition d’une maison de la place Bellecour ; sur ordre de la Convention, la ville de Lyon qui s’est insurgée doit être détruite ; en tant que membre du Comité de salut public, Couthon est chargé d’organiser la répression, mais il ne peut se résoudre à appliquer le décret de la Convention et est remplacé par Collot d’Herbois et Fouché. 28 octobre (7 brumaire An II), la Convention décrète qu’aucun ecclésiastique ne pourra être dorénavant nommé instituteur, ni aucune religieuse. 28 octobre, aux États-Unis, Eli Whitney invente l'égreneuse de coton. 30 octobre (9 brumaire An II), un décret de la Convention interdit toutes les sociétés populaires de femmes ; les clubs de femmes sont interdits. 31 octobre, les chefs girondins sont guillotinés. 2 novembre (12 brumaire An II), la Convention décrète l’égalité des droits entre les enfants légitimes et les enfants naturels en cas d’héritage. 5 novembre, un rapport de Marie-Joseph Chénier envisage la création d’un culte national pour remplacer le christianisme. 6 novembre, la Convention autorise les communes à fermer les églises. 6 novembre, Louis Philippe Joseph d’Orléans (Philippe Égalité) est guillotiné ; il vota la mort de son cousin, le roi Louis XVI, ce qui fit dire à Robespierre : « Il était le seul qui pouvait se permettre de ne pas voter la mort » ; accusé d’être partisan des girondins et de vouloir restaurer la monarchie, il fut arrêté le 6 avril 1793 et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire. 7 novembre (17 brumaire An II), tous les ecclésiastiques députés à la Convention, à l’exception de l’abbé Grégoire, renoncent solennellement à leur fonction sacerdotale, abjuration du clergé constitutionnel de Paris. 8 novembre, la Convention publie le décret sur le tutoiement obligatoire dans les administrations. 10 novembre (20 brumaire), Pierre-Gaspard Chaumette, procureur de la Commune de Paris, organise le "culte de l’Etre suprême" à la cathédrale de Notre-Dame rebaptisée "Temple de la Raison" ; instaurée par les déistes pour incarner la République et ses valeurs, cette nouvelle religion investit de nombreux édifices tandis que la Convention a pour ambition de la substituer définitivement au culte catholique ; Robespierre n’y participe pas, la Convention y assiste. 10 novembre, arrivé à Lyon avec Fouché, Collot d’Herbois organise une répression violente (1 600 morts) et fait élever une colonne portant la phrase : "Lyon s’est révoltée. Lyon n’est plus" ; Fouché 6 reçoit le surnom de "mitrailleur de Lyon". 15 novembre, les vendéens, malgré leur supériorité numérique, ne parviennent pas à s’emparer de Granville et font demi-tour en direction du sud. 15 novembre (25 brumaire An II), la Convention supprime les loteries jugées immorales. 18 novembre, inauguration du Muséum Central des Arts (Louvre). 20 novembre (30 brumaire An II), la Convention décrète que les prêtres mariés ne seront sujets ni à la déportation ni à la réclusion. 21 novembre (1er frimaire An II), la Convention décrète que les ecclésiastique qui abdiquent leur état auront droit à une pension annuelle : ceux de moins de 50 ans, 800 livres, de 50 à 70 ans 1 000 livres, de 70 ans et plus 1 200 livres. 21 novembre, les restes de ste Geneviève sont brûlés place de Grève ; Robespierre s’élève contre les "mascarades religieuses". 23 novembre (3 frimaire An II), la Convention ordonne la fermeture de tous les lieux de culte de la capitale ; prise à l’instigation des chefs radicaux Pierre Gaspard Chaumette et Hébert, cette décision accentue le fossé séparant les jacobins centristes, menés par Robespierre, et les hébertistes (les "Enragés"), puissants à la Convention et au sein de la Commune de Paris ; le mouvement de déchristianisation s’étend rapidement à toute la France ; le culte de la Raison, véritable religion révolutionnaire, est activement encouragé. 24 novembre (4 Frimaire an II), décret instituant le calendrier révolutionnaire : « La première année de la république française a commencé à minuit le 22 septembre 1792 ». 24 novembre, fermeture des églises de France (elles seront rouvertes au mois de mai 1795). 4 décembre (14 frimaire An II), à Lyon, la répression tourne au massacre (64 prisonniers sont mitraillés au canon sur l’esplanade des Brotteaux). 4 décembre, les vendéens renoncent au siège d'Angers et se replient vers Le Mans. 6 décembre (16 frimaire), rejoint par Danton, Robespierre obtient l’interdiction de "toutes violences et mesures contraires à la liberté des cultes" ; Hébert proteste de sa foi en "Jésus-Christ, fondateur des sans-culottes". 13 décembre, l'armée vendéenne est décimée au Mans. 19 décembre (29 frimaire An II), la ville de Toulon qui s’était livrée aux Anglais le 29 août, est reprise par le général Dugommier, grâce à l’artillerie du capitaine Bonaparte. 19 décembre, la Convention décrète la gratuité et l’obligation de l’enseignement primaire. 22 décembre, Bonaparte (24 ans) est nommé général de brigade. 23 décembre (3 nivôse An II), à Savenay (Loire-Atlantique), l’armée catholique et royale qui reste de la virée de Galerne, est anéantie par les armées de la Convention ; le général Kléber, victorieux des vendéens, sera rappelé à Paris pour avoir désapprouvé la sévérité des mesures prises contre eux.

1794. En janvier, Robespierre impose le culte de Joseph Bara, treize ans, tué lors d'une échauffourée en Vendée. En janvier, l’abbé Grégoire forge le néologisme "vandalisme" pour stigmatiser les destructions d’œuvres d’art commises par les sans-culottes et Camille Desmoulins mène une campagne farouche de dénonciation des hébertistes, accusés de corruption et de violences gratuites. 19 janvier (30 nivôse an II), en Vendée, le généralissime Turreau envoie à ses généraux les instructions suivantes : "Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas...". 21 janvier, les colonnes infernales de Turreau fondent sur la Vendée ; pendant près de cinq mois, elles vont multiplier exactions et massacres : les douze colonnes ont pour ordre d'exterminer tous les "brigands" ayant participé à la révolte, femmes et enfants inclus, de faire évacuer les populations neutres ou patriotes, de saisir les récoltes et les bestiaux et d'incendier les villages et les forêts, de faire enfin de la Vendée un "cimetière national" avant de la faire repeupler par des réfugiés républicains 15 ; des historiens parlent d'un "génocide" vendéen ; cette guerre fratricide a fait 300 000 morts. 27 janvier, sur une proposition du député Barère, la Convention décide que le Français est la langue obligatoire : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreur ». 4 février (16 pluviôse an II), sur proposition des députés Levasseur, Lacroix et Vadier, la Convention abolit l’esclavage sur tout le territoire de la République Française : « La Convention nationale déclare aboli l’esclavage des nègres dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la constitution » (cependant, dès 1799, la traite reprendra au Sénégal). 15 février, adoption du pavillon de marine tricolore (en 1812, Napoléon attribuera ce drapeau aux régiments d’infanterie). 20 février, l’île Bourbon est rebaptisée "île de la Réunion" par la Convention. 21 février, liberté des cultes. 11 mars, la Convention décide la création d’une Ecole Centrale de travaux publics ; elle recevra le nom d’Ecole polytechnique le 1er septembre 1795. 24 mars, Hébert et ses amis "patriotes prononcés ou enragés" sont exécutés ; saisissant l’occasion d’affaires troubles liées à la liquidation de la Compagnie des Indes, dans laquelle se trouvent mêlés hébertistes et dantonistes ainsi qu’un contre-révolutionnaire, le baron de Batz, Robespierre a accusé les hébertistes de préparer un coup d’État et de favoriser un "complot de l’étranger". 27 mars, le congrès des Etats-Unis vote la création de l'United States Navy qui succède aux Continental Marines. 28 mars, arrestation de Marie Jean de Caritat, marquis de Condorcet, qui s’empoisonne le lendemain ; Condorcet a écrit Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain où il remplace le sentiment religieux habituel par une religion du progrès de l’humanité qui annonce Auguste Comte. 4 avril, vainqueur des Russes à la Bataille de Raclawice, Tadeusz Kosciuszko parvient à chasser les Prussiens et les Russes de Varsovie grâce au soulèvement du peuple de la capitale. 5 avril, Danton (accusé par Robespierre d’être trop "indulgent" et arrêté le 30 mars), Camille Desmoulins (opposant à la politique de terreur), Fabre d’Eglantine, Hérault de Séchelles et Philippeaux sont guillotinés. 23 avril, une petite flotte conduite par le commissaire Victor Hugues appareille d'Aix pour la Guadeloupe occupée par les Anglais ; Hugues débarque par surprise le 2 juin, proclame l'abolition de l'esclavage le 7 et recrute aussitôt une armée révolutionnaire qui reconquiert la Guadeloupe ; puis il installe un tribunal révolutionnaire et une guillotine à Pointe-à-Pitre, devenue Port-la-Liberté, pour liquider les colons (békés) monarchistes ; très vite on essaiera d'instituer un système de travail forcé pour les anciens esclaves, mais ces derniers, non payés, se révolteront à plusieurs reprises et seront massacrés ; les Anglais se maintiennent dans les autres îles avec le soutien des planteurs royalistes 11. 7 mai (18 floréal), après un discours de Robespierre, la Convention adopte un décret proclamant la foi de la nation en l’Etre suprême et en l’immortalité de l’âme et organisant un culte de l’Etre Suprême ; Robespierre, hostile à la déchristianisation et au culte de la Raison des hébertistes, cherche à mettre en place un culte inspiré de la philosophie des Lumières : cette tentative pour réveiller le civisme et la morale républicaine se soldera par un échec ; 4 fêtes commémoratives sont instituées : 21 janvier, 31 mai, 14 juillet et 10 août. 8 mai, Lavoisier est guillotiné ; « La République n’a pas besoin de savants » : mot attribué par l’évêque constitutionnel Henri Grégoire au président Dumas du Tribunal révolutionnaire, à l’occasion du procès de Lavoisier, qui demandait un délai pour terminer une expérience de chimie en cours ; le mot a aussi été attribué au vice-président Coffinhal. 18 mai, Bataille de Tourcoing : victoire française. 22 mai, victoire des coalisés (Angleterre, Espagne, Provinces-Unies et Portugal) à la Bataille de Tournai. Suite à la déclaration du 26 mai, les prisonniers de guerre anglais et hanovriens doivent être mis à mort. 1er juin, Bataille du 13 prairial an II : au large d'Ouessant, la flotte française est attaquée par la flotte anglaise. 1er juin, entrée en vigueur du Code général de Droit prussien. 7 juin, l’esclavage est aboli à la Guadeloupe. 8 juin, loi instituant le baptême civil, toujours pratiqué par les Libres Penseurs. 8 juin (Pentecôte), 20 Prairial an II, une fête de l’Etre suprême et de la Nature se déroule au Champ-de-Mars : Robespierre, disciple de Rousseau, officie ("le législateur est le prêtre du bonheur du peuple") et brûle un mannequin symbolisant l’athéisme. 8 juin, la Vierge Noire du Puy-en-Velay est livrée aux flammes. 10 juin (22 prairial an II), la loi de prairial permet d’exécuter tout accusé sans audition de témoin, ni interrogatoire, ni défense ; elle institue la Grande terreur voulue par Robespierre (surnommé "l’incorruptible" par Marat) : 1 376 personnes sont guillotinées à Paris jusqu'au 9 Thermidor (27 juillet). 10 juin, à la Consulte de Corte, Paoli fait reconnaître la rupture avec la France et les nouveaux liens avec l’Angleterre ; la même assemblée vote une Constitution qui reconnaît le roi d’Angleterre et comporte un Parlement élu ; Paoli espère l’indépendance sous protectorat britannique, mais il est vite déçu ; les Britanniques transforment l’île en "Royaume anglo-corse" et désigne un vice-roi, sir Gilbert Elliot ; Pozzo di Borgo est président du Conseil d’État ; finalement, Elliot obtient la mise à l’écart de Paoli qui quitte la Corse sans résistance en 1795 et se retire à Londres où il meurt en 1807 ; la mère de Bonaparte doit quitter précipitamment Ajaccio avec ses enfants, en barque, et de Calvi fuir la Corse pour le continent, tandis que la "casa Bonaparte" est pillée et brûlée par les partisans de Paoli. 14 juin, en Guyane française, l’esclavage est aboli. 26 juin (8 messidor), à Fleurus (Belgique) victoire de Jourdan sur les Autrichiens qui évacuent la Belgique. 9 juillet, à la prison d’Orange, 32 religieuses, accusées "d’avoir voulu détruire la République par le fanatisme et la superstition", sont décapitées (20 autres sont sauvées par un décret de la Convention). 12 juillet, au siège de Calvi, l’amiral britannique Horatio Nelson qui soutient une insurrection corse contre la France, perd un œil. 17 juillet, 16 carmélites de Compiègne sont guillotinées. 27 juillet, le général Pichegru prend Anvers. 27 juillet, 9 thermidor an II, arrestation de Robespierre (blessé à la mâchoire par une balle tirée par le gendarme Merda ou ayant raté son suicide selon la plupart des historiens actuels). 28 juillet, exécution, sans jugement, de Robespierre "l’incorruptible", de Saint-Just "l’archange de la Terreur", de Couthon, de "Robespierre jeune" (frère de Maximilien) et d’une vingtaine d’autres jacobins : la Convention fait fermer le club des Jacobins et instaure la République thermidorienne : Fin de la Terreur. 31 juillet, démantèlement de l'appareil de Terreur : les Comités de salut public et de sûreté générale sont replacés sous la règle du renouvellement mensuel des membres, et pour éviter les membres permanents, un député ne peut y être réélu qu'après un délai d'un mois. 1er août, abolition de la loi sur les suspects. 10 août, en Corse, après que le gouvernement britannique a négocié avec Pascal Paoli sur la cession de la Corse à la Grande-Bretagne, l'amiral anglais Hood bat les Français (le dernier bastion français, Calvi, se rendra le 20) ; mise en place du Royaume anglo-corse ; Londres impose le vice-roi Gilbert Elliot. 20 août, Bataille de Fallen Timbers, dernière bataille de la guerre amérindienne du Nord-Ouest, qui aboutira au Traité de Greenville (3 août 1795) : les forces du général Anthony Wayne écrasent la coalition des Shawnees (chef Blue Jacket), Lénapé (ou Delaware, chef Buckongahelas), Miamis (chef Little Turtle), Wyandot, Ojibwés, Outaouais, Pottawatomis et Mingos, à laquelle s'était jointe une compagnie de miliciens canadiens sous le commandement du capitaine Alexander McKillop, ce qui ouvre la vallée de l'Ohio à la colonisation américaine. 28 août, bulle Auctorem Fidei : "Sans doute, dans cette agitation des temps actuels, dans ce changement des choses qu'accompagne la perturbation la plus étrange, la lutte contre tous les genres d'ennemis du nom Chrétien est grave pour les hommes vertueux ; plus grave encore pour nous qui devons avoir plus de zèle pour les intérêts du christianisme que tous les autres, à cause de la charge de tous le troupeau dont la conduite a été confiée à notre sollicitude pastorale". 12 septembre (26 fructidor an II), la Convention décide d'exclure la dépouille de Mirabeau du Panthéon : elle y est remplacée par celle de Marat. 18 septembre, Séparation des Eglises et de l’Etat, suppression du budget du culte. 28 septembre, fondation de l’Ecole centrale des travaux publics (future École polytechnique). 10 octobre, Bataille de Majociewice, Kosciuszko est battu et fait prisonnier par l’armée d’Alexandre Souvorov ; le 4 novembre, Varsovie capitulera après le massacre de la population du faubourg de Praga par les troupes de Souvorov : 20 000 civils seront tués par les soldats russes. 11 octobre, les cendres de Jean-Jacques Rousseau entrent au Panthéon. 30 octobre (9 brumaire), fondation de l’Ecole Normale Supérieure formant les instituteurs à l'enseignement. 4 novembre, les Russes prennent Varsovie et massacrent les Polonais. 11 novembre, Traité de Canandaigua : il établit la paix et l'amitié entre les États-Unis et les Six Nations (Iroquois = Haudenosaunee) et affirme leurs droits territoriaux dans l'État de New York. 12 novembre, fermeture du club des Jacobins. 18 novembre, le général Jacques François Coquille, plus connu sous le surnom de Dugommier, meurt au combat lors de la Bataille de la Sierra Negra en Catalogne. 22 novembre, l'armée française assiège les Autrichiens enfermés dans la forteresse de Luxembourg : les Autrichiens finiront par capituler le 7 juin 1795. En décembre, à la Guadeloupe, Victor Hugues, commissaire de la Convention, exerce les pleins pouvoirs que lui a octroyés la République ; il instaure un régime impitoyable et radical et installe la guillotine ; pendant 4 ans, la Guadeloupe est livrée à la Terreur : békés pro-anglais et esclaves révoltés sont exécutés 8. 16 décembre, exécution de Jean-Baptiste Carrier qui, avec l’approbation de Fouché, organisa les noyades de Nantes et fit fusiller les "suspects" sans jugement (32 000 morts dont 2 000 enfants, 764 femmes, 760 prêtres, 1 400 nobles et 5 300 artisans). 21 décembre, proposition de l’abbé Grégoire sur la liberté des cultes. Hiver 94/95, début de la Terreur blanche ; au temps de la réaction thermidorienne (1994-1995), des bandes organisées (formées surtout de sympathisants royalistes) telles que la compagnie de Jéhu, la compagnie du Soleil et les Triqueurs, exercent de sanglantes représailles contre les jacobins, les acquéreurs de biens nationaux, les prêtres constitutionnels et les protestants, particulièrement dans le midi et le Sud-Est ; elles se rendent tristement célèbres par leurs assassinats et leurs pillages. Maïmon : Essai d’une nouvelle logique ou Théorie de la pensée.

1794-1812. Fichte : Théorie de la science (Il s’agit de la science philosophique). Cette théorie n’est "de part en part, qu’une réflexion sur la liberté".

1795. 18 janvier, les armées révolutionnaires françaises ayant envahi les Provinces-Unies auxquelles la France avait déclaré la guerre deux ans plus tôt, Guillaume V s'enfuit en Grande-Bretagne et le comité d'Amsterdam prend le contrôle de la municipalité de la ville "au nom de la République batave". 20 janvier, l'armée du général français Pichegru entre dans Amsterdam. 21 janvier (3 ventôse an III), un décret pose le principe de séparation des cultes et de l’État. 2 février, à Lyon, massacre de terroristes détenus. 17 février, à La Jaunaye, Hoche et Charette signent la paix accordant aux Vendéens la liberté de culte, l’amnistie et l’exemption de la conscription. 21 février (3 ventôse), la Convention rétablit la liberté de culte, mais insiste sur le fait qu’il doit se dérouler sans signes ostentatoires (pas de sonneries de cloches ni de port d'habits sacerdotaux en public) et que l’Etat ne sera pas mis à contribution pour fournir des lieux de prières ; les prêtres constitutionnels ne sont plus payés, les non-jureurs sont tolérés en civil. 25 février, loi Lakanal créant les Ecoles centrales (ancêtres des lycées). 1er avril (12 germinal), échec des révoltes des sans-culottes parisiens qui tentent de reprendre le pouvoir ; la Convention décrète la déportation à Cayenne de Collot d’Herbois et de ses amis. 5 avril (16 germinal), le Traité de Bâle met fin à la guerre avec la Prusse qui reconnaît le Rhin comme frontière naturelle de la France. 7 avril (18 germinal an III), décrets : nomenclature des nouvelles mesures : mètre, gramme, litre avec leurs préfixes (kilo, hecto, déci, etc.) ; le mètre devient l'unité de longueur et la base du nouveau système métrique : les scientifiques Delambre et Méchain définissent le mètre comme étant la dix millionième partie du quart d'un méridien terrestre ; création du bureau des longitudes ; le système monétaire séculaire fondé sur la livre (livre-sou-denier) est aboli au profit du système monétaire décimal basé sur le franc. 20 avril, Traité avec les Chouans. 2 mai, Traité avec le vendéen Stofflet ; il reprendra le combat peu après et sera fusillé à Angers, le 25 février 1796. 7 mai, Fouquier-Tinville, accusateur public près le Tribunal Révolutionnaire, symbole de la Terreur, est guillotiné après un long procès. En mai, à Lyon, plus d’une centaine d’anciens terroristes et de Jacobins emprisonnés sont massacrés par la foule. 16 mai (27 floréal) : Traité de la Haye entre la France et la Hollande qui devient la République batave. 20 au 23 mai, à Paris, échec d’une 2e tentative d’insurrection jacobine. 8 juin, à la Tour du temple, mort de Louis de France (Louis XVII), âgé de 10 ans, couvert d’ulcères et atteint de tuberculose osseuse ; le 8 juin 2004, l’urne contenant le cœur de Louis XVII sera déposée dans la chapelle des Bourbons à l’intérieur de la crypte royale de la basilique de Saint-Denis ; la plupart des historiens sont persuadés que l’enfant mort à la prison du Temple était bien Louis-Charles, dit Louis XVII, le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette ; c’est la conclusion d’un test d’empreinte génétique comparant des cellules du cœur desséché de l’enfant (le cœur avait été retiré par le chirurgien Pelletan quand il avait pratiqué l’autopsie le 9) et les cheveux de sa mère (le professeur Cassiman a identifié le cœur comme "un cœur parent de Marie-Antoinette") ; Louis XVII n’a donc pas été libéré, pas plus qu’il n’a réussi à s’échapper comme l’affirmaient certains royalistes et de nombreux usurpateurs d’identité ayant prétendu être Louis XVII ou un de ses descendants ; pourtant, les résultats des tests de l’ADN mitochondrial n’ont mis que très provisoirement fin à la controverse ; déjà, certains arguent que les analyses établissent uniquement un lien de parenté entre l’enfant et la famille royale et que le cœur conservé appartiendrait en fait à Louis-Joseph, fils aîné de Louis XVI, mort en 1789 ; pour d’autres, notamment le professeur Brinckmann qui a participé aux tests ADN, le cœur examiné ne peut être celui de Louis-Joseph - qui avait été embaumé conformément aux usages royaux encore en vigueur lors de son décès - parce qu’il ne porte aucune trace d’un tel embaumement ; selon l’abbé Reyre (Anecdotes chrétiennes 1840) : « …le jeune Louis dépérissoit à vue d’œil (…) Il mourut couvert d’ulcères dans la Tour du Temple, le 9 juin 1795, à l’âge de 10 ans, 2 mois, 11 jours. Il fut mis dans un cercueil de bois, et transporté de suite au cimetière de Ste Marguerite, faubourg St Antoine, où il fut inhumé. On crut, dans le temps, qu’il avoit été empoisonné ; et c’est encore aujourd’hui l’opinion la plus générale. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on avait offert, sous Robespierre, une somme de cent mille écus à un apothicaire de Paris, pour avoir le secret d’un poison lent et efficace. Après le 9 thermidor, un député, nommé Brival, osa reprocher au comité de salut public, d’avoir commis beaucoup de crimes inutiles, et d’avoir oublié celui-là ». 16 juin, au camp de Mülheim, Louis XVIII est proclamé "roi de France et de Navarre, par la grâce de Dieu" (il aurait été initié à la franc-maçonnerie en 1784). 23 juin, Débarquement des émigrés à Quiberon : suite à ce débarquement, Charrette dénonce le traité de Jaunaye et reprend les armes le 25 juin. 23 juin, victoire navale britannique à la Bataille de Groix. 14 juillet (26 messidor an III), la Marseillaise est décrétée "chant national". 22 juillet (4 thermidor), second Traité de paix de Bâle entre la France et l’Espagne : la France rend à l'Espagne les terres occupées durant la guerre du Roussillon ; l'Espagne cède la République dominicaine. 3 août, Traité de Greenville entre les Etats-Unis et les Amérindiens : signé à la suite de la Bataille de Fallen Timbers (20 août 1794), il met fin à la guerre du Nord-ouest. 22 août (5 fructidor), la Constitution de l’an III, acceptée par référendum le 6 septembre et proclamée le 23 septembre (1er vendémiaire), est précédée d’une déclaration des droits mais aussi des devoirs de l’homme et du citoyen ; les auteurs de cette Constitution, las des "gouvernements forts" veulent rendre impossible la dictature d’un homme ou d’une assemblée ; ils confient le pouvoir législatif à deux assemblées au lieu d’une, le Conseil des Cinq-Cents pour préparer les lois, le Conseil des Anciens pour les voter, et le pouvoir exécutif à cinq directeurs choisis par les Anciens sur une liste proposée par les Cinq-Cents ; les charges sont renouvelées partiellement chaque année à raison d’un directeur et d’un tiers des représentants ; les directeurs n’ont pas le droit de dissoudre les chambres lesquelles n’ont pas le droit de les renverser, mais, en cas de désaccord, aucun d’eux ne peut imposer légalement sa volonté à l’autre ; directeurs et conseils vont tour à tour recourir à des coups d’État pour se succéder ; présent dans les deux Directoires, Barras est la figure de proue de ce régime, et si ses collègues, dont Sieyès, ou Carnot, sont intègres, il est, lui, toujours prêt à se vendre, et son comportement est pour beaucoup dans l’impopularité du régime. 21 septembre, fondation d'Orange Order (Orange Society), société secrète, par des presbytériens du comté d’Armagh en Irlande, dans le but d’y perpétuer l’autorité britannique et la suprématie protestante en luttant contre la Société des Irlandais Unis (union de catholiques et de protestants partisans de l’indépendance) fondée en 1791 ; la société d’Orange tient son nom du roi Guillaume III d’Orange Nassau qui mit à bas le pouvoir politique des catholiques irlandais ; les orangistes furent accusés de fanatisme anticatholique et les autorités britanniques les obligèrent à suspendre leurs activités en Irlande en 1836 ; quand le Premier ministre anglais, William Ewart Gladstone, se prononça en faveur de l’autonomie irlandaise en 1885, l’ordre reprit ses activités et devint un pôle de résistance, recrutant de nombreux nouveaux membres, particulièrement en Ulster ; les orangistes conservèrent leur influence, surtout chez les protestants d’Irlande du Nord, et des loges féminines ont même été créées ; la société fête le 12 juillet l’anniversaire de la bataille de la Boyne, à l’issue de laquelle Guillaume III prit le contrôle de l’Irlande. 22/24 septembre, création de la Société des missions de Londres (London Missionary Society). 29 septembre, 7 vendémiaire an IV, décret du établissant en détail la police extérieure des cultes : les ministres de tous les cultes doivent promettre par écrit leur "soumission et obéissance aux lois de la République", les actes de l'État-civil ne peuvent être délivrés par les ministres des cultes et ne doivent pas faire mention des cérémonies religieuses, l'enseignement est laïcisé (plus en théorie qu'en pratique, car les moyens manquent). 1er octobre (9 vendémiaire an IV), par décret spécial de la Convention, la France annexe les Pays-Bas autrichiens (provinces belges) et l’évêché de Liège et crée 9 départements ; le Luxembourg devient le département des Forêts français. 5 octobre (13 vendémiaire an IV), à Paris, les partisans du retour de la monarchie, mécontents des dispositions prises par la Convention en matière électorale, auxquels se sont jointes des sections de la Garde nationale, essayent de fraterniser avec les soldats qui défendent la Convention : Paul Barras donne l'ordre d'ouvrir le feu et Bonaparte (choisi par Barras sur les conseils de sa maîtresse, Joséphine de Beauharnais) les fait mitrailler au canon (300 morts devant l’église Saint-Roch) ; quelques jours plus tard, Bonaparte, surnommé "général Vendémiaire", est promu général de division, puis nommé commandant de l'armée de l'Intérieur. 24 octobre, 3e partage de la Pologne entre l’Autriche, la Prusse et la Russie : la Pologne n’existe plus, il est interdit de prononcer son nom. 25 octobre (3 Brumaire), le conventionnel Daunou fait voter une loi créant l’Institut national (actuel Institut de France) qui réunit 5 académies : l’Académie française, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et l’Académie des sciences morales et politiques. 26 octobre, la Convention supprime la peine capitale à dater de la proclamation de la paix universelle (?!). 26 octobre, fin de la Convention et début du Directoire composé de 2 assemblées : les Cinq-cent et les Anciens ; le Directoire exécutif (5 directeurs) est élu le 31 : La Révellière-Lépeaux, Letourneur, Reubell, Barras et Sieyès (le 3 novembre, il refuse son poste et est remplacé par Carnot) ; le général Bonaparte remplace Barras comme Commandant en chef des armées de l’intérieur. 19 décembre, l’Autriche signe un armistice avec la France. 26 décembre, à Bâle, Marie-Thérèse Charlotte dite "Madame Royale", fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, détenue par le Directoire, est échangée contre Camus, Beurnonville, Lamarque, Quinette, Bancal et Drouet (celui qui fit arrêter Louis XVI à Varennes), tous faits prisonniers par l’armée autrichienne devant Maubeuge en octobre 1793 ; en 1799, Madame Royale épousera le fils de Charles X : Louis-Antoine de Bourbon. Condorcet : Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain ; Emmanuel Kant : Projet de paix perpétuelle ; selon Kant, l’état de paix ne s’instaurera vraiment, que lorsqu’il existera une constitution politique réglant impérativement, non seulement les relations des individus dans un État, mais les relations des États entre eux ; une telle union juridique des hommes ferait de chacun un "citoyen du monde" ; les chefs d’État devraient donc avoir pour but, non seulement le bien de leur pays, mais celui du monde entier. James Hutton, chimiste et géologue écossais, le père de la géologie, résume ses théories dans Théorie de la Terre ; il considère que la Terre est beaucoup plus vieille qu’on ne le pense, provoquant une forte opposition de la part de ceux qui s’en tiennent au récit biblique de la Création ; sa théorie suscite la curiosité des scientifiques (Lyell en particulier) et encourage un certain Darwin.

1796. 1er janvier (11 nivôse), le Directoire crée le ministère de la Police générale. 1er février, la France déclare la guerre à la Grande-Bretagne et aux Provinces-Unies. 9 février, après l'abdication de son père Qialong, Jiaqing (Jen-Tsung) devient empereur de Chine. 19 février, suppression des assignats. 26 février, en France, interdiction des clubs. 2 mars (12 ventôse), le général de division Bonaparte est nommé commandant en chef de l’Armée d’Italie. 9 mars, à Paris (IIe), Bonaparte épouse civilement Joséphine (Marie-Josèphe-Rose Tascher de la Pagerie), veuve du vicomte de Beauharnais ; deux jours après, Bonaparte rejoindra son poste à Nice. 13 mars, les Cinq-Cents débattent de la liberté de la presse et rejettent toute forme de restriction le 19. 29 mars, Charette (François Athanase Charette de La Contrie) est fusillé ; fin de la guerre de Vendée. 16 avril, loi du 27 Germinal an IV prononçant la peine de mort contre les « provocateurs à la royauté et au rétablissement de la constitution de 1793 et à la dissolution du Corps législatif ou du Directoire ». 16 avril, loi sur la liberté de la presse. 28 avril, Victor-Amédée III, roi de Sardaigne et prince de Piémont, signe l'armistice de Cherasco. 10 mai, l'armée autrichienne est battue à Lodi. 10 mai (21 floréal an IV), François-Noël Babeuf 9 et son ami Darthé, chefs de la Conspiration des Egaux visant à renverser le Directoire et à faire appliquer la Constitution de 1793, sont arrêtés sur dénonciation de Grisel (une taupe au service de Carnot), jugés par une haute cour de justice et exécutés le 27 mai 1797, 7 prairial an V (ils sont portés à l’échafaud car ils ont tenté, la veille, de se donner la mort) : certains conjurés épargnés, comme Buonarroti, contribueront à faire connaître le babouvisme aux théoriciens socialistes du XIXe siècle, notamment Marx. 14 mai, le médecin britannique Edward Jenner (affilié à la loge Faith and Friendship à Berkeley, Angleterre, dont il sera Vénérable) pratique la première vaccination antivariolique. 15 mai, Traité de Paris : il permet à la France de récupérer le duché de Savoie, Tende, le comté de Nice ainsi que Beuil ; l'armée française peut circuler librement sur les terres de la Maison de Savoie. 1er juin, le Tennessee devient le 16e État de l'union américaine. En juin, Bonaparte, commandant l’armée d’Italie qui menace les Etats de l’Eglise, rançonne le pape (21 millions de francs, 100 objets d’art, 500 manuscrits) et exige la promulgation d'une bulle contre tous ceux qui encouragent la guerre civile en France ; le pape traite discrètement avec l’Autriche. 23 juin, le pape signe l'armistice de Bologne. 5 juillet, la bulle Pastoralis sollicitudo demande aux catholiques français de se soumettre à la République. 15 juillet, le Directoire proclame la pacification de la Vendée : "les troubles de l'Ouest sont apaisés". 20 juillet, à Ségou (Mali), l'Ecossais Mungo Park atteint le fleuve Niger qu'il explore pour le compte de l'African Association. 5 août, à Castiglione (Lombardie), une armée autrichienne est anéantie par Bonaparte. 8 septembre, à Bassano (Vénétie), Bonaparte bat les Autrichiens. Nuit du 9 au 10 septembre (23 et 24 fructidor), les babouvistes 9 soulèvent les soldats du camp de Grenelle contre le Directoire, mais les insurgés, qui ont été manipulés et piégés, sont écrasés. Jacqueries antifrançaises en Italie. 19 septembre, alors qu’il effectue une reconnaissance près d’Altenkirchen, le général Marceau est blessé mortellement ; l’armée autrichienne lui rend les honneurs pour son courage, son humanité et son désintéressement. 20 septembre, lettre apostolique de Pie VI sur La Dévotion aux saints anges gardiens. 7 octobre, loi communalisant les hôpitaux. 16 octobre, Bonaparte fonde la Confédération cispadane (territoires se trouvant au sud du fleuve Pô) comprenant Modène et les Légations occupées par l'armée française ; la confédération sera transformée en République cispadane quelques mois plus tard. 19 octobre, les Anglais évacuent la Corse et des troupes françaises venues d’Italie débarquent aussitôt ; Bonaparte, devenu Premier consul, maintient l’île sous un régime d’exception, tout en lui accordant des avantages fiscaux ; le général Morand, qui a tous les pouvoirs jusqu’en 1811, exerce une justice impitoyable. 24 octobre (3 brumaire an V), loi créant la pièce de monnaie d’un décime, gravée par Augustin Dupré, à l’effigie de la Liberté coiffée du bonnet phrygien ; Mme Tallien ou Mme Récamier aurait servi de modèle ; Barras, membre du Directoire, aurait choisi un prénom pour représenter le nouveau régime, Marianne, inspiré de Marie-Anne, le prénom de l’épouse de Reubelle, alors président du Directoire ; pour d’autres, Marianne, en tant que personnification de la République, a été mentionnée pour la première fois, dans la chanson : le Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne), écrite en 1792 par un cordonnier de Puylaurens (Tarn). 15 au 17 novembre, Bonaparte fait reculer les Autrichiens à Arcole. 17 novembre (6 octobre du calendrier julien), en Russie, mort de l'impératrice Catherine II ; son fils Paul Ier lui succède. 21 novembre, à Thueyts (Ardèche), Marie Rivier fonde les Sœurs de la Présentation de Marie de Bourg-Saint-Andéol. Laplace publie Exposition du système du monde ; Théorie du pouvoir politique.

1797. 14 et 15 janvier, victoire de Rivoli (Vénétie) contre les Autrichiens. 16 janvier, victoire de Bonaparte à La Favorite aux portes de Mantoue : Bonaparte surnomme Masséna "l’enfant chéri de la victoire". 2 février, à Mantoue, capitulation de l’armée autrichienne. 9 février, Victor prend Ancône. 10 février, Victor prend Lorette ; la vierge de bois de Lorette est expédiée à Paris où elle est entreposée au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale ; elle sera rendue au pape Pie VII, venu à Paris, le 28 novembre 1804, pour le sacre de Napoléon. 14 février, Bataille navale du cap Saint-Vincent, au sud-ouest du Portugal : victoire britannique sur les Espagnols. 17 février, les Anglais prennent l’île de la Trinité aux Espagnols. 19 février (1er ventôse), Traité de Tolentino : Pie VI reconnaît l’annexion d’Avignon et du comtat Venaissin et abandonne Ferrare, Bologne, Ravenne et la Romagne (des incidents éclatent contre les Français qui commettent des exactions, entraînant une violente répression) ; le pape désavoue le meurtre de l’envoyé de la République française Basseville (1793) et doit payer une contribution de 15 millions de francs (qui s'ajoute aux 16 millions en souffrance depuis l'armistice de Bologne du 23 juin 1796), indépendamment des tableaux et objets d’art qu’il doit livrer ; la République cisalpine vient de naître devant le "citoyen-pape" effondré. 4 mars, début de la présidence fédéraliste de John Adams aux États-Unis. 28 mars, dans le New Hampshire, le brevet pour une machine à laver le linge mécanique est délivré à l'Américain Nathaniel Briggs. 17 avril, Massacre des Français à Vérone : Français et Autrichiens s’entendent pour faire disparaître l’État de Venise. 27 avril, annulation des lois frappant les gens d’Eglise. 12 mai, le Grand Conseil déclare l’État de Venise dissous ; le doge Manin (dernier doge) doit abdiquer et laisser la place aux jacobins locaux, en attendant les troupes autrichiennes installées en janvier 1798 en vertu du Traité de Campoformio (17 octobre) : ce qui reste de l’empire vénitien est partagé. 24 mai, le navigateur britannique James Wilson découvre les Îles Gambier (Polynésie française en 1881). 6 juin, agitée par les idées révolutionnaires et pressée par les armées de Bonaparte, Gênes doit accepter une constitution calquée sur le modèle français : la République ligurienne. 17 juin, le chah d'Iran, Agha Mohammad Khan, est assassiné : son neveu Bâbâ Khan lui succède sous le nom de Fath Ali Shah Qajar. 29 juin, à Milan, Bonaparte proclame la République cisalpine. 23 juin, Frédéric-Guillaume Joachim, se jette dans l'Oder, équipé du scaphandre de Karl-Henrich Klingert de Breslau, et scie un tronc d'arbre au fond du fleuve. 16 juillet (28 messidor An V), les lois contre les prêtres réfractaires sont abolies. Création de la Société néerlandaise des missions. 16 juillet, crise ouverte au sein du Directoire où Barras, Reubelle (président du Directoire de 1796 à 1999) et La Révellière-Lépeaux s’allient contre Carnot et le royaliste Barthélemy (un remaniement ministériel défavorable à la droite est décidé : arrivée de Talleyrand aux relations extérieures et de Hoche au ministère de la Guerre). 22/25 août, Bataille de Santa Cruz de Tenerife : les Espagnols repoussent les Anglais qui se retirent ; l'amiral Nelson a laissé un bras dans la bataille. 23 août, Emanuel Allen est le dernier esclave à être vendu lors d'enchères publiques, à Montréal. 1er septembre, Toussaint-Louverture est nommé général en Chef des armées françaises de Saint Domingue (il installe progressivement un "pouvoir noir" sur l’île). 4 septembre (18 fructidor an V), Coup d'Etat de Fructidor : le Directoire étant menacé par des élus modérés qui préparent le retour de la monarchie, Barras, Reubell et La Revellière, font un coup d’état ; le général Pierre Augereau (envoyé sur Paris par le général Bonaparte à la demande du Directoire) assiège les 2 assemblées (Conseil des Anciens et Conseil des 500) ; 51 députés suspects de sympathies royalistes sont déportés en Guyane. 5 septembre (19 fructidor), les mesures d’apaisement sont révoquées (deuxième Terreur), les lois contre les prêtres réfractaires remises en vigueur (2 000 prêtres déportés) : un article de loi impose aux prêtres de prêter serment "de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de l'an III". 30 septembre, le Directoire rétablit la Loterie Nationale. Octobre 1797 à octobre 1798 : 2 135 prêtres (Français et Belges) sont déportés. 17 octobre (26 vendémiaire an VI), Traité de Campoformio : l’Autriche reconnaît les républiques cisalpine (Milan et l’Ouest de la république de Venise) et ligurienne (Gênes) ; une clause reconnaît à la France la Belgique et la rive gauche du Rhin, de l’Alsace à Coblence. 20 octobre (29 vendémiaire An VI), à Saint-Domingue : le général mulâtre André Rigaud se rallie à Toussaint-Louverture. 22 octobre, à 17 heures, Jacques Garnerin effectue le premier saut en parachute de l’histoire : après s’être élevé en ballon au-dessus du parc des Mousseaux (actuel parc Monceau) à Paris, il coupe la corde reliant le ballon à la nacelle qui descend, suspendue à un parachute. 18 novembre, le Directoire accède à la demande des exilés vaudois installés à Paris qui ont présenté une réclamation demandant que la France, par le traité de Lausanne de 1564, garantisse les privilèges des Vaudois et exige le rétablissement des États de Vaud ; le 28 décembre, le Directoire accorde la protection officielle de la France pour le pays de Vaud. 28 décembre (8 Nivôse an VI), à Rome, le général Duphot (attaché à l’ambassade de France à Rome) est tué au cours d’une émeute ; certains prétendent qu’il a été abattu par les troupes pontificales : rupture avec le pape.

1797/1798. Adrien-Marie Legendre, mathématicien français, membre de l'Académie des sciences présente son Théorème des nombres premiers dans son ouvrage sur la Théorie des nombres.

1798. 4 janvier, les bourgeois de la République de Mulhouse votent le rattachement à la France (97 voix pour, 5 contre). 20 janvier, le Directoire ordonne au général Berthier de prendre Rome. 22 janvier, Directoire batave aux Pays-Bas. 24 janvier, à Lausanne, proclamation de l’éphémère République lémanique, occupée aussitôt par les Français. 28 janvier (9 pluviôse An VI), traité de Mulhouse : Mulhouse est réunie à la France. 10 février, les Français prennent Rome. 12 février, mort de l'ex-roi de Pologne, Stanislas II, dernier roi de la Pologne indépendante jusqu'au 25 novembre 1795. 15 février, le chef d’état-major de l’armée française, Louis Alexandre Berthier, proclame la République romaine qui remplace les États du pape ; l'émeraude de la tiare pontificale est confisquée par les commissaires français et envoyée au Museum d'Histoire Naturelle de Paris d'où Napoléon la fera retirer pour la faire incruster sur la tiare qu'il offrira à Pie VII au début de 1805. 5 mars, Bonaparte est nommé général en chef de l’armée d’Orient. 22 mars, les Français remplacent la Confédération suisse par la République helvétique, régie par une nouvelle Constitution. 12 avril, à Londres, des évangélistes anglais fondent la Church Missionary Society. 12 avril, les troupes françaises, qui ont, sur ordre du Directoire, envahi la Suisse, mettent en place la République helvétique. 15 avril, les troupes françaises annexent la République de Genève et transforment la ville en chef-lieu du département du Léman ; à la chute de Napoléon Ier, Genève recouvrera sa liberté et fera partie de la Confédération helvétique. 11 mai (22 Floréal an VI), coup d’état du Directoire (5 directeurs) qui invalide les élections de germinal dans plusieurs départements : 106 députés jacobins, partisans d’une révolution sociale, sont remplacés par des partisans. 19 mai (30 floréal), à Toulon, départ de l’expédition d’Egypte décidée par le Directoire le 5 mars et placée sous le commandement de Bonaparte. En juin, Pie VI, réfugié à Sienne puis à la chartreuse de Galluzzo à Florence, est fait prisonnier par les troupes françaises en dépit de son grand âge et de sa maladie ; il est conduit successivement à Bologne, à Parme (28 mars 1799) et à Turin ; les armées russe et autrichienne approchant, les Français le contraignent à franchir les Alpes ; le pape est emmené à Briançon, à Grenoble, à Tullins au château de la Boussinière (10 juillet 1799), à Saint-Marcellin (11 juillet), à Romans, et finalement à Valence (14 juillet) où il mourra le 29 août 1799. 9 juin, en route pour l’Egypte, le général Bonaparte prend l’inexpugnable île de Malte : le trésor de l’Ordre de Malte (3 millions), son armement et ses vaisseaux sont confisqués ; les chevaliers peuvent regagner leur pays (une pension leur sera versée ; un grand nombre se réfugie à Saint-Pétersbourg) ; Bonaparte fait libérer les prisonniers barbaresques et italiens. 21 juin, Bataille de Vinegar Hill dans le comté de Wexford : les Britanniques battent les rebelles irlandais. 1er juillet, Bonaparte entre dans Alexandrie. 7 juillet, le congrès des Etats-Unis décide d'annuler les traités signés avec la France ; un embargo sur tous les produits français est instauré ; John Adams soutient la révolution contre les colons français à Haïti et ordonne à la marine de s'emparer des bateaux français. 21 juillet, en Egypte, Bataille des Pyramides : victoire de l’armée française sur les Mamelouks de Mourad Bey et prise du Caire le 23 ; Bonaparte a beau se dire "l’ennemi du pape" et "respectueux de Dieu, son prophète et le Coran" pour plaire aux musulmans, ceux-ci proclament le djihad contre les Français. 1er août, en rade d’Aboukir, la flotte française est détruite par l’amiral Nelson. D'août 1798 à juin 1799, en Cochinchine, les chrétiens sont persécutés. 27 août, Bataille de Castlebar en Irlande : les soldats français accompagnés des rebelles irlandais vainquent les troupes britanniques. 5 septembre, loi Jourdan : service militaire obligatoire pour les hommes de 20 à 25 ans ; souvent présentée comme fondement de la conscription, la loi n’a pas été totalement appliquée, tirage au sort et remplacement étant établis dès 1799 ; la Restauration, répondant à une forte demande de l’opinion publique, abolira la conscription. 9 septembre, l’Empire ottoman déclare la guerre à la France. 24 septembre, la loi du 3 vendémiaire an VII ordonne la levée d'un contingent de 200 000 hommes. 11 octobre, au nord-ouest de l’Irlande, la flotte française composée de huit navires et 2 900 hommes, venue pour débarquer des forces afin de soutenir le soulèvement des catholiques irlandais qui a débuté en avril, est chassée et en grande partie détruite par la marine britannique. 29 décembre, Traité d’alliance (contre la France) entre la Russie, l’Angleterre et Naples. Thomas Robert Malthus, professeur de mathématiques et pasteur de l'église anglicane, publie anonymement : Essai sur le principe de la population en tant qu'il influe sur le progrès futur de la société avec des remarques sur les théories de M. Godwin, de M. Condorcet et d'autres auteurs. Abbé Barruel : Mémoires pour servir l’histoire du jacobinisme. Philippe Pinel, médecin aliéniste et philosophe : Nosographie Philosophique ou Méthode de l'analyse appliquée à la médecine.

1799. 10 janvier, en Italie, prise de Capoue par les Français ; les Napolitains entrés en guerre en novembre 1798, marchent sur Rome, mais rapidement défaits, ils battent en retraite ; le roi de Naples se replie en Sicile ; les patriotes proclameront la République parthénopéenne le 21 janvier. 18 janvier (29 Nivôse an VII), la première machine destinée à fabriquer du papier en continu, inventée par le français Nicolas Robert, est brevetée. 23 janvier, les troupes françaises de Championnet entrent à Naples. 7 février, décès de l'empereur de Chine, Qianlong : son fils Jiaqing lui succède le 9. 12 mars, le Directoire déclare la guerre à l’Autriche et à la Toscane. 25 mars, en Allemagne, Bataille de Stockach : les 40 000 hommes de Napoléon Bonaparte (armée du Danube) sont repoussés par 60 000 soldats autrichiens. 9 avril, le chimiste britannique Humphrey Davy découvre les propriétés anesthésiques du protoxyde d'azote (gaz hilarant) découvert en 1772 par Joseph Priestley. 16 avril, au Mont Thabor (Palestine), l’armée turco-arabe du Grand Turc est battue par l’armée française. 20 mai, échec de Bonaparte devant Saint-Jean-d'Acre qu'il assiège depuis le 18 mars : ses hommes sont victimes de la peste (2 200 morts) ; la forteresse est défendue par des Turcs, sous les ordres d'Ahmed Pasha, et par deux navires britanniques. 21 mai, le Grand Orient et la Grande Loge de Clermont fusionnent en Grand Orient de France (Napoléon le dirigera indirectement en plaçant son frère Joseph à sa tête en 1804). 4 au 7 juin, Bataille de Zurich : Masséna remporte une première victoire mais finit par battre en retraite. 18 juin (30 Prairial an VII), coup d’état par les Conseils contre Treilhard, Merlin de Douai et La Révellière-Lépeaux, membres du Directoire, dont ils obtiennent la démission. 19 juin, Bataille de la Trebbia : les soldats russes et autrichiens repoussent les Français. 22 juin, présentation du mètre étalon par les savants Méchain et Delambre. 19 juillet, découverte de la Pierre de Rosette par un soldat français ; en 1801, les Britanniques victorieux exigeront la livraison des monuments antiques, dont la Pierre de Rosette. 25 juillet, à Aboukir, une armée turque, débarquée par les Anglais, est rejetée à la mer par les Français. Début août, insurrection royaliste dans la Haute-Garonne. 13 août, le Directoire rétablit le droit des visites domiciliaires par la police et déclare certains départements en « état de trouble ». 15 août, à Novi, défaite française : le général Joubert est tué, perte de l’Italie. 23 août, Bonaparte quitte l’Egypte en secret après avoir confié le commandement à Kléber. 29 août, 1 heure 20, à Valence (26), mort du pape Pie VI ; il est enterré civilement dans un terrain non consacré ; le 17 février 1802, le premier Consul Bonaparte fera ramener son corps à Rome où il sera inhumé avec tous les honneurs.


Vacance du Saint-Siège (jusqu'à l'élection de Pie VII le 14 mars 1800)

1799 (suite). 19 septembre, à Bergen, Brune bat les Anglo-Hollandais. 25 au 27 septembre, Masséna bat les Russes à Zurich. 1er octobre, à Venise, ouverture du conclave (35 cardinaux) chargé d'élire le successeur de Pie VI, sous la protection, mais aussi sous l'influence de l'empereur François II. 2 octobre, Bataille d'Alkmaar aux Pays-Bas : l'armée russo-britannique contraint les troupes franco-néerlandaises à se replier ; le 6, elle est victorieuse. 14 octobre, les troupes royalistes de Bourmont occupent Le Mans. 16 octobre (24 vendémiaire), Bonaparte arrive à Paris. 23 octobre, Lucien Bonaparte est élu président du Conseil des Cinq Cents. 9 novembre (18 brumaire an VIII) et 10 novembre, Coup d’état de Bonaparte assisté de Sieyès, Fouché, Ducos, Talleyrand et de ses frères Lucien, Joseph et Louis (Lefebvre et ses grenadiers expulsent le Conseil des Cinq-Cents) : le Directoire est remplacé par un exécutif de 3 consuls : Bonaparte, Sieyès et Ducos. 24 novembre, fondation de l’administration des Contributions directes. 10 décembre (19 frimaire), Loi créant les bases du système métrique. 12 décembre, Traité de Pouancé avec les Chouans. 13 décembre (22 frimaire), la Constitution de l’an VIII institue le Consulat : trois consuls seront élus par le Sénat pour une période de 10 ans ; la Constitution entre en vigueur le 25 décembre. 15 décembre (24 frimaire), proclamation consulaire : « La Révolution est finie ; elle en reste aux principes qui en ont marqué le commencement ». 25 décembre (4 nivôse an VIII), la Constitution est mise en application : Bonaparte demande à Sieyès de désigner les Consuls ; ce dernier choisit Bonaparte (Premier consul), Cambacérès et Lebrun. 26 décembre (5 nivôse an VIII), décret instituant le Conseil d'État. 28 décembre, proclamation des consuls de la République aux habitants de l'Ouest ; fin de la grande Chouannerie. 28 décembre, en France, un décret autorise l'ouverture des églises le dimanche. Création de la Société des missions de l’Église [anglicane]. 30 décembre, décret prescrivant de rendre des honneurs solennels à la dépouille mortelle de Pie VI, prisonnier du Directoire, décédé à Valence (Bonaparte escompte se concilier par là le Sacré Collège réuni en conclave à Venise, pour empêcher l’élection du candidat de l’Autriche et obtenir celle d’un pape qui se prête à des négociations).

1800. Pas de jubilé. 17 janvier, le nombre des journaux parisiens autorisé est réduit à 13. 18 janvier, par décret du Premier consul, Bonaparte, la Caisse des Comptes Courants devient la Banque de France le 13 février. 17 février (28 pluviôse), adoption de la loi présentée par Chaptal sur la nouvelle division du territoire et l’établissement des préfectures et sous-préfectures ; les arrondissements sont rétablis. 19 février, le Premier Consul, Bonaparte, s'installe au palais des Tuileries et occupe la chambre du roi. 14 mars, élection de Pie VII.


Notes
1 Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Motier, marquis de La Fayette, né le 6 septembre 1757 dans une famille noble de Chavaniac (43), orphelin à 13 ans, fit ses études au collège Louis le Grand, à Paris. Il servit dans l’armée française de 1771 à 1776, parvenant au grade de capitaine. Favorable à la cause américaine, La Fayette, âgé de 20 ans, après que les colonies eurent déclaré leur indépendance à l’égard de la Grande-Bretagne, affréta un vaisseau à ses frais ("la Victoire") et mit clandestinement la voile pour l’Amérique, à partir de à Los Pasajes (Espagne), le 26 avril 1777, accompagné du baron de Kalb et treize officiers ; le débarquement eut lieu le 13 juin, dans le petit port de South Inlet, près de Georgetown, en Caroline du Sud. La Fayette fut nommé major général par une résolution spéciale du Congrès le 31 juillet 1777 : le Congrès prit acte "du fait que le marquis de La Fayette, par suite de son grand zèle pour la liberté, dans laquelle les Etats-Unis sont engagés, a quitté sa famille et les siens, et est venu à ses frais offrir ses services aux États-Unis, sans réclamer ni traitement ni indemnité particulière, et décida de le nommer major général en considération de son zèle, de l’illustration de sa famille et de ses alliances". La Fayette devint un intime de George Washington et membre de son état-major. Il fut blessé à la bataille de Brandywine en septembre 1777, fut nommé commandant de division et combattit à Monmouth. Le 6 février 1778, la France et les États-Unis signèrent un traité d’alliance et de commerce : Londres déclara alors la guerre à Paris. La Fayette, revenu en France le 6 février 1779, réussit à obtenir une aide financière et militaire pour les Américains (en mai 1780, Louis XVI enverra un corps expéditionnaire de 6 000 hommes sous le commandement de Rochambeau) ; le 10 mars 1780, Lafayette repartit en Amérique à bord de la frégate L’Hermione et participa à la campagne de Virginie, qui se termina par la reddition du général anglais, lord Charles Cornwallis, à Yorktown en octobre 1781 ; La Fayette regagna la France la même année (lorsqu’il retourna aux Etats-Unis en 1784, il fut accueilli en héros). Devenu, en 1789, député de la noblesse de Riom aux États généraux, La Fayette promulgua une déclaration des droits, inspirée de la déclaration d’Indépendance américaine. Il organisa et commanda la Garde nationale et créa le Club des Feuillants, des modérés qui prônaient une monarchie constitutionnelle. Il réprima sévèrement l’émeute du Champ de Mars du 17 juillet 1791 en faisant tirer sur la foule qui réclamait la destitution du roi : sa popularité en fut ébranlée et il prit la tête de l’armée du centre. En 1792, il commanda l’armée du Nord lors de la guerre contre l’Autriche, mais, opposé à l’abolition de la royauté, il cessa le combat ; accusé par les Jacobins de vouloir retourner ses troupes contre la France et déclaré traître à la patrie par l’Assemblée, il se réfugia à Liège. Arrêté par les Autrichiens le 19 août 1792, il fut interné jusqu’en 1797 dans des prisons prussiennes et autrichiennes (Bonaparte négocia sa libération pendant le traité de Campo Formio le 18 octobre) ; cependant, il ne rentra en France qu’en 1799, et se tint à l’écart du régime napoléonien. En 1806, il fut Vénérable de la loge Les Amis de la Vérité de Rosoy (il a été également initié à la Charbonnerie). Il était député de Seine-et-Marne lors des Cent-Jours (1815). Après Waterloo, il aida Fouché à pousser l’Empereur à abdiquer ; après la chute de ce dernier, il reprit son activité politique de député (de la Sarthe en 1818 et de Meaux en 1827). Il visita les États-Unis de 1824 à 1825, à l’invitation du Congrès qui lui fit don de 200 000 dollars et de grandes étendues de terres. Député jusqu’à sa mort, le 20 mai 1834, il fut de nouveau commandant de la Garde nationale, le 29 juillet 1830 ; d’abord rallié à Louis-Philippe, il rejoignit l’opposition en 1831. Libéral épris de justice sociale et partisan de l’ordre public, républicain sous la monarchie et monarchiste sous la République, il s’attira l’animosité à la fois des royalistes, qui le considéraient comme traître à l’aristocratie, et des révolutionnaires radicaux qui lui reprochaient sa trop grande modération. Il conserva ses convictions démocratiques même lorsque ses biens furent confisqués pendant la Révolution française. Il prôna l’égalité sociale, la représentation populaire, la tolérance religieuse et défendit la liberté de la presse. La Fayette a été fait "citoyen d’honneur des Etats-Unis" le 8 août 2002.
2 Idées d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique par Emmanuel Kant (1724-1804) : « Le moyen dont se sert la nature pour mener à son terme le développement de toutes ses dispositions est leur antagonisme dans la société, dans la mesure où cet antagonisme finira par être la cause d’un ordre réglé par des lois. J’entends ici par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes, c’est-à-dire leur penchant à entrer en société, lié toutefois à une opposition générale qui menace sans cesse de dissoudre cette société. Une telle disposition est très manifeste dans la nature humaine. L’homme a une inclination à s’associer, parce que dans un tel état il se sent plus qu’homme, c’est-à-dire qu’il sent le développement de ses dispositions naturelles. Mais il a aussi un grand penchant à se séparer (s’isoler) : en effet, il trouve en même temps en lui l’insociabilité qui fait qu’il ne veut tout régler qu’à sa guise et il s’attend à provoquer surtout une opposition des autres, sachant bien qu’il incline lui-même à s’opposer à eux. Or, c’est cette opposition qui éveille toutes les forces de l’homme, qui le porte à vaincre son penchant à la paresse, et fait que, poussé par l’appétit des honneurs, de la domination et de la possession, il se taille une place parmi ses compagnons qu’il ne peut souffrir mais dont il ne peut se passer. Ainsi vont les premiers véritables progrès de la rudesse à la culture, laquelle repose à proprement parler sur la valeur sociale de l’homme ; ainsi tous les talents sont peu à peu développés, le goût formé, et même, par le progrès des Lumières, commence à s’établir un mode de pensée qui peut, avec le temps, transformer notre grossière disposition naturelle au discernement moral en principes pratiques déterminés, et ainsi enfin transformer cet accord pathologiquement extorqué pour l’établissement d’une société en un tout moral. »
3 Le comte Emmanuel Joseph Sieyès, dit l’abbé Sieyès (1748-1836), entré sans vocation dans les ordres, est, en 1775, chanoine de Tréguier, et, 2 ans plus tard, vicaire général de Chartres. Fasciné par les écrits des philosophes et passionné par son temps, il publie en 1788 Essai sur les privilèges mais, dès l’année suivante, en janvier 1789, paraît Qu’est-ce que le tiers état ? (>30 000 exemplaires vendus). Lorsque s’ouvrent les Etats généraux, c’est en tant que député de Paris que l’abbé Sieyès siège au sein du tiers. Parmi les plus célèbres des députés, il joue dès le mois de juin un rôle décisif. Il convainc les 3 ordres de se réunir. Il propose aux députés de former Assemblée nationale. Il rédige, le 20 juin, le serment du Jeu de paume. Il est encore, quelques temps plus tard, l’un des rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. A la Constituante, il siège en tant que député de la Sarthe. C’est lui qui fait adopter par cette assemblée la division de la France en 83 départements. Convaincu que la propriété est un droit naturel, il fait en sorte que la Constitution de 1791 maintienne le suffrage censitaire. Après le vote de la constitution civile du clergé, il décline la proposition qui lui est faite de devenir évêque de Paris. Quoique monarchiste constitutionnel, il vote à la Convention la mort de Louis XVI. Pendant le temps de la Terreur, son attitude lui vaut d’être surnommé par Robespierre : "la taupe de la Révolution". Après thermidor, il entre au Comité de salut public. En avril 1795, il est président de la Convention. Il est encore l’un des directeurs du Directoire puis siège au Conseil des 500. Après quelques mois où il est ambassadeur à Berlin, il revient au Directoire en mai 1799. Rival de Barras, l’un des directeurs comme lui, il redoute que les conquêtes de la Révolution ne soient remises en cause. Bonaparte à son retour d’Egypte lui semble bientôt être l’homme dont l’Etat a besoin. Il prépare donc avec lui le coup d’Etat du 18 brumaire an VIII. S’il est nommé consul provisoire, s’il est l’un des rédacteurs de la Constitution de l’an VIII que Bonaparte ne tarde pas à épurer pour qu’elle le serve seul, Sieyès demeure un personnage important. En 1800, il devient président du Sénat. En 1803, il entre à l’Académie française. En 1809, l’empereur le fait comte d’Empire. Régicide, il doit s’exiler lorsque la Restauration se met définitivement en place en 1816, d’autant plus que, pendant les Cent-Jours, il est devenu pair. Ce n’est qu’en 1830, à la chute de Charles X, que son exil prend fin.
4 D’abord réservé aux députés, le club des Jacobins s’ouvre aux journalistes et écrivains. Tout postulant doit être parrainé par cinq membres. Des filiales naissent en province et les Jacobins se dotent d’un journal pour faire la liaison : Journal des débats de la société des Amis de la Constitution séant aux Jacobins de Paris. A l’Assemblée constituante, les Jacobins occupent les places du haut, ce qui leur vaut le surnom de Montagnards. Des personnalités comme le duc d’Aiguillon, le duc de Noailles, La Fayette, Barnave, Sieyès ou Robespierre fréquentent le Club. Au départ, la majorité des Jacobins, partisans de la monarchie constitutionnelle, est plutôt modérée. Après la fusillade du Champ de Mars (17 juillet 1791) et la fuite du roi à Varennes, les idées républicaines gagnent du terrain. Les éléments les plus modérés, favorables à la monarchie constitutionnelle, La Fayette et Bailly, quittent le club et créent le club des Feuillants en juillet 1792. Les Jacobins prônent alors l’idéal démocratique. Ils soutiennent l’insurrection du 10 août 1792, mettant fin à la monarchie, proclament la République et demandent, par la voix de Saint-Just, la mort du roi. Les massacres de septembre 1792 et les élections à la Convention provoquent le départ des Girondins du club des Jacobins. Les Jacobins prennent le titre de Société des Amis de la liberté et de l’égalité et s’opposent de plus en plus violemment aux positions des Girondins, hostiles au centralisme des Jacobins, ainsi qu’au suffrage universel. À partir de 1793, Robespierre dirige le club et le pays, entouré de ses amis Saint-Just et Couthon. Les Girondins sont arrêtés et guillotinés en mai 1793. La politique de la Terreur donne lieu à de nombreux excès : violences, mascarades anticléricales, procès expéditifs. Très vite cependant, les Jacobins se combattent eux-mêmes, tant ils sont divisés. Les hébertistes, notamment, sont éliminés en mars 1794 (dirigés par Hébert, ils constituaient la fraction la plus radicale, s’appuyant sur les sans-culottes et les mouvements de foule et organisant les massacres, comme Carrier à Nantes). Les "indulgents", menés par Danton et Desmoulins, demandent l’arrêt de la Terreur, mais ils sont à leur tour guillotinés. Débarrassé de son aile gauche et de son aile droite, Robespierre proclame la Grande Terreur. Les massacres ternissent la réputation du club qui perd rapidement de sa popularité en province comme à Paris. Après la chute de Robespierre, le 9 thermidor de l’an II (27 juillet 1794), le club est interdit par la Convention et fermé le 12 novembre 1794. Il se reforme lorsque le Directoire permet la réouverture des sociétés politiques mais est fermé définitivement par Fouché en août 1799.
5 Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, né le 2 février 1754, prince de Bénévent (1806). Devenu boiteux à la suite d’un accident, il est contraint de renoncer à la carrière militaire qu’il ambitionnait. Agent général du clergé de France, il devient évêque d’Autun en 1788. Député aux États généraux, très lié avec Mirabeau, il joue un rôle décisif dans la nationalisation des biens du clergé, dans l’établissement de la constitution civile du clergé, et sacre les premiers évêques constitutionnels. Lors de la fête de la Fédération nationale (14 juillet 1790), il célèbre la messe au Champ-de-Mars, invitant les prêtres de son diocèse à prêter serment à la constitution civile du clergé. Devenu chef du clergé constitutionnel, il est déclaré schismatique par le pape et excommunié. Il renonce à la dignité épiscopale (il se sépare peu après de l’Église) et est envoyé en mission diplomatique à Londres pour obtenir la neutralité de l’Angleterre. Adjoint de l’ambassadeur, il est accusé, après le 10 août 1792, d’avoir intrigué pour le duc d’Orléans et compromis par la découverte des papiers secrets de Louis XVI. Ayant tenté en vain de se disculper, il repart pour la Grande-Bretagne en septembre 1792, est mis sur la liste des émigrés et tombe sous le coup d’un décret d’arrestation de la Convention. Expulsé d’Angleterre en 1794, il s’expatrie aux États-Unis d’où il revient en 1796 avec sa maîtresse, madame Grand, qu’il épousera en 1803. Grâce à sa liaison avec Germaine de Staël, il est nommé par Barras ministre des Relations extérieures en juillet 1797 et acquiert une fortune si ostensible qu’il doit démissionner en juillet 1799. À l’automne, il aide Bonaparte à préparer son coup d’État ; aussi, au lendemain du 18 Brumaire, il se retrouve ministre des Relations extérieures. Initié à la loge L’Impériale des Francs-Chevaliers en 1805, il restera apprenti toute sa vie. En politique intérieure, Talleyrand incarne la réconciliation avec l’Ancien Régime et l’effacement des stigmates de la Révolution (en quoi il est le continuel antagoniste de Fouché). En politique extérieure, le ministre Talleyrand n’a guère d’initiative mais il recherche l’équilibre européen et met en garde son maître contre les bouleversements qu’effectue trop vite la subversion napoléonienne ; il est l’inspirateur des articles organiques du concordat de 1801 ; rendu en 1802 à l’état séculier, il négocie les traités de Lunéville, d’Amiens, de Presbourg et de Tilsit. En 1807, Napoléon, sur des questions de politique étrangère, retire au prince de Bénévent son portefeuille mais le garde dans son Conseil ; Talleyrand poussera l’empereur à l’intervention en Espagne. A Erfurt, en 1808, Talleyrand incite, en secret, le tsar à se dérober aux accords que lui propose Napoléon. En janvier 1809, Napoléon, qui ignore tout de la trahison d’Erfurt mais sait que Talleyrand intrigue contre lui avec Fouché, lui fait une scène terrible : « Vous êtes de la merde dans un bas de soie ! » ; le lendemain, Talleyrand, qui reste néanmoins membre du Conseil impérial, se rend chez Metternich, l’ambassadeur d’Autriche, et se vend comme conseiller et comme espion (il rend des services analogues à la cour de Russie). Au printemps de 1814, Talleyrand incite Marmont à livrer Paris aux Alliés puis, président du gouvernement provisoire, il fait prononcer la déchéance de Buonaparte et impose aux Alliés le rappel des Bourbons. Réintégré dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères par le roi, il négocie le premier traité de Paris (mai 1814). Au Congrès de Vienne, d’une France accablée par la défaite, le prince de Talleyrand, représentant de Louis XVIII, fait surgir une France respectable et hautement considérée par ses vainqueurs. Premier ministre de Louis XVIII (juillet 1815) pour un bref trimestre après Waterloo, contraint de démissionner face à l’hostilité des ultras de la Chambre introuvable, redevenu simple membre de la Chambre des pairs, le prince de Talleyrand comme il se fait modestement appeler, ne joue plus qu’un rôle effacé, défendant la liberté de la presse et se rangeant dans le camp de l’opposition libérale au régime de la Restauration. Talleyrand se prononce en faveur de la branche d’Orléans lors de la révolution de juillet 1830 ; Louis-Philippe l’envoie comme ambassadeur à Londres où, de 1830 à 1834, il déploie une habileté extrême. Le ci-devant évêque d’Autun, qui a réussi à se réconcilier avec l’Eglise, recevant les derniers sacrements à son lit de mort, rappelle au prêtre que les dernières onctions se font sur le dos et non sur la paume des mains quand il s’agit d’un évêque. Parmi ses enfants naturels, il convient de citer Charles de Flahaut (qui, de la reine Hortense, aura lui-même pour fils naturel : le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III) et Eugène Delacroix.
6 Joseph Fouché, né le 29 mai 1759, duc d’Otrante (1809), semble n’avoir jamais été ordonné prêtre de l’Oratoire, bien qu’il ait longtemps enseigné dans les collèges de la congrégation et qu’il fut principal au collège de Nantes (certains prétendent cependant qu’il était un prêtre défroqué). Il est initié à la franc-maçonnerie à la loge Sophie Madeleine, Reine de Suède à Arras. Il se lie avec Robespierre. Elu député de la Loire Inférieure à la Convention en 1792, il siège parmi les montagnards et vote la mort de Louis XVI. Représentant de la Convention nationale, il prend, dans la Nièvre, des mesures pour faire payer les riches et combattre le christianisme (sur la porte d’un cimetière, il ordonne d’inscrire : "La mort est un sommeil éternel"). A Lyon, il fait régner la Terreur avec Collot d’Herbois et participe activement à la déchristianisation ; Robespierre le sachant en communauté de pensée et d’action avec les hébertistes, le fait rappeler à Paris par le Comité de salut public à la fin de mars 1794 ; Fouché se défend avec habileté et il réussit même à se faire élire président des Jacobins, dont Robespierre parvient à le faire exclure ; Fouché, se sentant menacé, se rallie à la conjuration contre Robespierre et participe à sa chute, le 27 juillet de la même année (9 Thermidor an II). Dès l’automne de 1794, Fouché est lié avec Babeuf et lui fournit des fonds pour publier son journal. Sa main ne semble pas non plus être étrangère à l’action des derniers Crétois (ceux qui veulent résister à la réaction en se tenant sur la crête de la Montagne décimée). Il est exclu de la Convention thermidorienne et la droite obtient son arrestation en août 1795 ; libéré par amnistie, il est nommé ministre de la Police par le Directoire (20 juillet 1799) ; son premier soin est de réorganiser entièrement ses services et de renouveler son personnel ; il sévit le moins possible, uniquement sur ordre, et on ne compte plus tous ceux dont il s’ingénie à sauver la tête ou qu’il fait prévenir en secret pour qu’ils puissent s’enfuir ; il a le génie du renseignement ; son but est de savoir tout, et il réussit à savoir presque tout ; il a ses entrées dans tous les milieux. Bonaparte rentrant d’Égypte lui paraît aussitôt inévitable, et Fouché prête la main au 18 Brumaire (9 novembre 1799) ; dès le lendemain du coup d’État, le Premier Consul lui désigne un nombre important de Jacobins à arrêter ou à déporter, et Fouché s’exécute, ironiquement étonné que tant d’entre eux demeurent introuvables, puis, pour faire bonne mesure, il arrête une forte poignée de royalistes. Maître dans l’art de jouer des divisions politiques, à la tête d’un extraordinaire réseau d’espions et d’informateurs, sa puissance est telle qu’il en vient à susciter la méfiance de Bonaparte. En 1802, il triomphe un peu trop d’avoir démontré l’innocence des Jacobins et la culpabilité des royalistes dans le complot de la machine infernale, freine un peu trop l’application du Concordat, se croit assez fort pour s’opposer au consulat à vie, et le paie d’une semi-disgrâce ; Bonaparte supprime son ministère en 1802 mais finit par le rétablir en 1804 ; cette année, Fouché est le premier à pousser à la proclamation de l’Empire et se retrouve plus fort que jamais. Fait comte d’Empire puis, en 1809, duc d’Otrante, il continue de jouer un rôle majeur dans les affaires intérieures du pays. En 1810, Fouché déconseille le mariage autrichien à l’Empereur. Il sonde le gouvernement anglais sur les possibilités de paix. L’empereur lui retire son portefeuille le 3 juin 1810 (il ne le lui rendra que pour les Cent-Jours). En 1813, il reçoit la fonction de gouverneur des Provinces Illyriennes, acquises en 1809. Prévoyant la chute de l’empereur, il entre en contact avec les Bourbons ; après la seconde abdication de l’empereur (22 juin 1815), Fouché, président du gouvernement provisoire, favorise le retour de Louis XVIII, qui le maintient dans ses fonctions ; dès le 28 juillet, il adresse une circulaire aux préfets sur la lutte nécessaire contre la Terreur blanche : « Toute réaction serait un crime politique » ; en août, il adresse plusieurs rapports au roi dans ce sens ; en septembre, les ultras le font chasser du ministère. Nommé ministre à Dresde, il est exilé comme régicide en 1816 pour sa responsabilité dans l’exécution de Louis XVI. Fouché meurt à Trieste, à la tête d’une grande fortune, le 25 décembre 1820. « M. Fouché a fait du ministère de la Police moins le ministère de la défense de l’Empire que celui de la défense de la Révolution dans l’Empire », disait son ennemi le royaliste Fiévée dans une note à Napoléon.
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_collier_de_la_reine
8 http://www.karaibes.com/histoire8.htm
9 Partisan d’une égalité économique et politique de tous les citoyens, François-Noël Babeuf prône la mise en commun des terres et des biens qu’il propose d’obtenir, notamment par l’abolition de l’héritage et la confiscation. Ces principes précurseurs du communisme, qui se répandirent sous le nom de babouvisme, sont exposés dans le Tribun du peuple, journal qu’il fonde en 1794 et dans lequel il signe des articles enflammés sous le pseudonyme de Gracchus Babeuf, en hommage au tribun romain qui tenta de réaliser une réforme agraire.
10 http://www.linternaute.com/histoire/
11 www.crdp-reims.fr/ressources/brochures/blphg/bul14/abolitio.htm
12 Evêque de Condom puis archevêque de Toulouse, Étienne Charles De Loménie de Brienne fut ministre des Finances de Louis XVI après la démission de Calonne. En conflit avec le parlement de Paris, il dut se retirer après son annonce d’une convocation des États généraux. Nommé archevêque de Sens, puis cardinal, il prêta serment à la Constitution civile du clergé ce qui n’empêcha pas son arrestation en 1794. Il mourut la nuit même de son incarcération d’une attaque d’apoplexie.
13 François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694 - 1778), fils d’un notaire parisien, fut un dramaturge, un polémiste, un journaliste, un historien (Le Siècle de Louis XIV en 1752) et un grand moraliste. Bien que le siècle des philosophes soit dit le siècle de Voltaire, en aucune de ses œuvres il ne développe ou n’exprime une philosophie : les Lettres philosophiques (1734) ne sont qu’une chronique de la vie anglaise et une critique comparée des mœurs de la France, les Éléments de la philosophie de Newton (1738) ne représentent qu’une vulgarisation sans profondeur des principes de la science newtonienne, Candide (1759) ne critique qu’une très lointaine caricature de la philosophie optimiste de Leibniz et le Dictionnaire philosophique (1764) n’est qu’un traité de définitions littéraires. Voltaire n’en reste pas moins un grand défenseur de la liberté, de la tolérance (Mahomet ou le Fanatisme, 1741 ; Essai sur les mœurs, 1756 ; Traité sur la tolérance, 1763) et de la justice (il obtient la réhabilitation de Calas en 1762, de Sirven en 1764, etc.). Il aurait été initié à la franc-maçonnerie le 7 avril 1778, peu avant sa mort.
14 En France, à la fin de l’Ancien régime, un bonnet de laine rouge était souvent porté par les gens du peuple. Il a été dit phrygien car la Phrygie fut une pourvoyeuse d'esclaves pour le monde grec. Le bonnet phrygien, coiffure du dieu Mithra, était porté par les rois de l’Orient antique. Le bonnet phrygien a sa partie supérieure ramenée vers l’avant. Les révolutionnaires le confondirent avec le bonnet conique (pileus) porté à Rome par les nouveaux affranchis, celui que l’esclave révolté Spartacus osa coiffer.
15 http://fr.wikipedia.org/wiki/Colonnes_infernales
16 En 1814, sous la Restauration, il écrit un hymne royaliste, Vive le Roi !, qui n'est pas agréé par Louis XVIII. http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Joseph_Rouget_de_Lisle
17 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour :
24/06/2017
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