Attitude de Pie XII face aux nazis

Au cours de la 2e Guerre mondiale, Pie XII, par des actions personnelles, multiplie les efforts en faveur de la paix et prend des mesures d’assistance pour les victimes de la guerre.
S’il condamne le fascisme et le nazisme, son silence face à la shoah suscite des polémiques bien que la Commission d’instruction de la cause de béatification de Pie XII ait vérifié l’absence de fondement des accusations portées sur son silence sur les persécutions des Juifs par les nazis.

Après un discours rassurant de Hitler le 23 mars 1933, le retrait du décret des évêques qui avait explicité l'incompatibilité du catholicisme et du national-socialisme (28 mars suivant), l'ordonnance confirmant l'existence du parti catholique Zentrum (23 avril), enfin son autodissolution le 5 juillet 1933, Pie XI et Mgr Eugenio Pacelli (futur Pie XII), son Secrétaire d'État, signent le concordat en préparation depuis plusieurs années et qui donne une garantie d'état au catholicisme allemand.
Du point de vue d'Hitler, la signature permet à la fois d'éviter une activité politique éventuelle du clergé, des organismes et des ordres catholiques, et de rassurer l'étranger (en particulier l'Autriche, l'Espagne et l'Italie catholiques) tout en augmentant son prestige international. Le 20 juillet 1933, le cardinal Pacelli signe avec Franz von Papen, représentant le nouveau chancelier du Reich, Adolf Hitler, un concordat avec l'Allemagne. L'Allemagne nazie ne respectant pas le concordat, le cardinal Pacelli envoie 55 notes de protestations au gouvernement allemand entre 1933 et 1939 (soit 9 notes par an). 15

En 1938, Eugenio Pacelli, secrétaire d'Etat du pape Pie XI et camerlingue de la Sainte Église romaine (1935), critique l'approbation immédiate de l'Anschluss par l'épiscopat autrichien et exige du cardinal Innitzer, archevêque de Vienne, une déclaration prenant position contre l'invasion. Innitzer s'exécute le 6 mai, dans un article paru dans l'Osservatore Romano. 10

En 1939, Alfred Klieforth, consul général des États-Unis à Berlin, rapporte qu'il a eu, en 1937, avec Pacelli, le secrétaire d'Etat du pape Pie XI, un entretien de trois heures sur la « situation en Allemagne », qui lui a laissé l'impression suivante : « Il s'oppose unilatéralement à tout compromis avec le national-socialisme. Il considère Hitler [...] comme un être fondamentalement méchant. Il ne croit pas Hitler capable de modération, en dépit des apparences, et il soutient totalement les évêques allemands dans leur attitude antinazie. » 9
Au début de la « drôle de guerre », le pape Pie XII, élu le 2 mars 1939, accepte de se faire l'intermédiaire auprès de l'ambassadeur de Grande-Bretagne au Vatican d'un groupe de généraux allemands qui, derrière le général Beck, aspirent à se débarrasser d'Hitler et qui veulent connaître les conditions de paix qui leur seraient offertes par les Alliés. L'affaire n'aboutit pas, mais il n'est pas anodin que le pape s'en soit mêlé. 12
Le 20 octobre 1939, on lit dans l'encyclique Summi pontificatus du pape Pie XII : "Vénérables Frères, l’heure à laquelle vous parvient Notre première Encyclique est, à bien des égards, une véritable hora tenebrarum (Luc, XXII, 53) où l’esprit de la violence et de la discorde verse sur l’humanité la sanglante coupe de douleurs sans nom [.] Une nation bien aimée, la Pologne, attend l'heure d'une résurrection en accord avec les principes de la justice et de la vraie paix". Plus de 100 000 exemplaires de l'encyclique sont largués par les avions britanniques sur les régions catholiques de l'Allemagne.

Le 10 mai 1940, Pie XII adresse sa Proclamation apostolique Quod nuper aux souverains de Belgique, de Hollande et de Luxembourg en réaction à l'attaque allemande : "Nous supplions Dieu, arbitre suprême des destinées des nations, de hâter par son tout-puissant secours le rétablissement de la justice et de la liberté".
Le 28 octobre, l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, Wladimir d'Ormesson, rappelé en France, rédige un rapport d'ensemble sur sa mission. Concernant l'attitude du Saint-Siège, il écrit : « Elle est très favorable à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, nettement hostile à l'Allemagne, encore plus à l'URSS, affectueuse et désolée envers l'Italie. […] Pas la moindre trace de naziphilie au Vatican : Hitler est vraiment considéré comme l'ennemi de la civilisation chrétienne. » 12
Dans son message de Noël, Pie XII exprime sa joie "d’avoir pu aider un grand nombre de réfugiés, surtout des non-aryens".

Le 22 juin 1941, lorsque l'Allemagne attaque l'URSS, le Vatican demeure muet. « Je redoute Hitler encore plus que Staline », confie Pie XII à Léon Bérard, nouvel ambassadeur de France nommé par Vichy.
En août, le maréchal Pétain demande à Léon Bérard, de sonder le Saint-Siège au sujet des mesures antijuives. Léon Bérard en retire la conviction que l'Église ne condamne pas publiquement la législation antijuive française ; dans son rapport du 2 septembre, il explique : « L'Église n'a jamais professé l'idée que les mêmes droits devaient être accordés ou reconnus à tous les citoyens. […] Comme quelqu'un d'autorisé me l'a dit au Vatican, il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut des juifs » 1 ; les collaborateurs de Pie XII (Montini, le futur Paul VI, et Tardini) estiment qu’il n’y a pas d’objection, aussi longtemps que ces mesures "sont administrées avec justice et charité".
Dans son message de Noël, le pape déplore "le déshonneur porté à la dignité humaine, à la liberté et à la vie [.] qui crie vengeance".

En 1942, dans son message de Noël radiodiffusé, Pie XII plaide pour "des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, par le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une progressive extermination" ; le message provoque la colère de Hitler qui fait retirer le texte de la publication ; les autorités nazies déclarent que "le pape se fait le porte-parole des juifs, criminels de guerre" ; un tribunal militaire allemand dénonce le message du pape comme un "document subversif et démoralisant".

Le 28 avril 1943, le cardinal Maglione, secrétaire d’Etat, reçoit de l’ambassadeur de Pologne un journal de Zurich décrivant le "martyre" des prêtres polonais déportés à Dachau.
Le 30 avril, à Mgr von Preysling qui lui demande de sauver les Juifs de Berlin, Pie XII répond qu’il appartient aux évêques locaux de dire quand il faut être silencieux et quand il faut parler, compte tenu des risques de représailles.
Le 2 juin, à l'occasion de la fête de Saint Eugène, Pie XII a exposé publiquement les raisons de son attitude. Avant tout, le pape Pacelli parle de nouveau des Juifs : « Que les chefs des peuples n'oublient pas que celui qui (pour utiliser le langage de la Sainte Ecriture) "porte l'épée" ne peut disposer de la vie et de la mort des hommes que selon la loi de Dieu, dont vient tout pouvoir ». « Et ne vous attendez pas », continue Pie XII, « à ce que nous exposions ici en détail tout ce que nous avons tenté ou réussi à accomplir pour adoucir leurs souffrances, améliorer leur situation morale et juridique, protéger leurs droits religieux imprescriptibles, subvenir à leurs besoins et nécessités. Chaque parole prononcée par nous dans ce dessein aux autorités compétentes et chaque intervention publique, devaient être soigneusement pesés et mesurés par nous, dans l'intérêt même de ceux qui souffraient, pour ne pas rendre leur situation, même sans le vouloir, plus grave et plus insupportable. Hélas, les améliorations visibles obtenues ne correspondent pas à la sollicitude maternelle de l'Eglise en faveur des groupes particuliers, sujets aux sorts les plus terribles… et le vicaire, tout en demandant compassion pour eux, et un retour aux normes les plus élémentaires du droit et de l'humanité, s'est parfois trouvé devant des portes que personnes ne voulait ouvrir ». 13
Le 12 juin, devant l’assemblée des cardinaux, le pape déclare qu’il se joint "aux supplications anxieuses de tous ceux qui, à raison de leur nationalité ou de leur race, sont accablés des plus grandes épreuves et des douleurs les plus aiguës, et parfois même destinés, sans faute personnelle, à des mesures d’extermination et que toute parole de notre part à l'autorité compétente, toute allusion publique doivent être sérieusement pesées et mesurées, dans l'intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre leur situation plus grave et plus insupportable."
Le 26 juin, Radio Vatican fait savoir que "quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu. La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours compromis tant que les hommes pratiqueront des discriminations entre les membres de la famille humaine" ; le New York Times cite ce message le lendemain.
Le 25 juillet, alors que les Allemands envahissent le nord de l'Italie, Hitler déclare à ses généraux : « Je pénétrerai au Vatican. Croyez-vous que le Vatican m'intimide ? Nous allons nous en emparer.... Tout le corps diplomatique s'y trouve... Cette racaille... Nous sortirons toute cette bande de salauds.... Plus tard, nous présenterons des excuses... » 2
Un débat entre historiens demeure pour savoir si Pie XII, craignant d’être enlevé par les nazis, a préparé et fait enregistrer une lettre de démission dans laquelle il demandait que, aussitôt après son rapt, un conclave se tînt dans un pays libre pour élire son successeur. 15
Lors de la grande rafle de Rome, dans la nuit du 15 octobre, les Juifs voient la Gestapo et la S.S. les pourchasser afin de les déporter vers les camps de l'Europe de l'Est. Sans protester publiquement, Pie XII prend cependant des dispositions pour en sauver le plus possible. Le Vatican et les communautés religieuses de Rome abritent alors de nombreux réfugiés, sauvant ainsi la vie à des milliers de Juifs [.] Il faut aussi se rappeler l'aide que le pape apporte aux Juifs de la Ville éternelle qui, sous peine de déportation immédiate, doivent fournir cinquante kilos d'or à la S.S. : Pie XII fait le nécessaire pour leur fournir les kilos manquants. 11
Le 25 octobre, les Allemands font saisir l'Osservatore Romano et menacent de reprendre les perquisitions dans les monastères pour y débusquer les Juifs cachés.
Le 28 octobre, l'ambassadeur von Weiszaecker adresse à von Ribbentrop le message suivant : « Ambassade allemande auprès du Saint-Siège, Rome, le 28 octobre 1943. Bien que pressé de toutes parts, le Pape ne s'est laissé entraîner à aucune réprobation démonstrative de la déportation des Juifs de Rome. Encore qu'il doive s'attendre à ce que cette attitude lui soit reprochée par nos ennemis et qu'elle soit exploitée par les milieux protestants des pays anglo-saxons dans leur propagande contre le catholicisme, il a également tout fait dans cette question délicate pour ne pas mettre à l'épreuve les relations avec le gouvernement allemand... Signé Ernst von Weiszaecker. » 3
Le 5 novembre, un bombardier italien largue 5 bombes sur la basilique Saint-Pierre de Rome : en 2010, il est révélé que l'attaque, orchestrée par des leaders politiques italiens convaincus que Radio Vatican envoie des messages codés aux Alliés, est une tentative délibérée de frapper cette station. 14

Le 2 février 1944, les gardes pontificaux sont équipés de mitraillettes en prévision d’une attaque nazie contre le Vatican ; d’après Margherita Marchione, en janvier 1944, le plan allemand Rabat-Fohn prévoyait d'envoyer la 8e division de SS au Vatican pour abattre Pie XII en raison de sa "position pro-juive".
Le 25 juin, alors que l'occupation allemande s'étend sur la Hongrie, le pape adresse un message personnel au dictateur du pays, Horthy, lui demandant d'interrompre la déportation des Sémites vers Auschwitz. L'intervention réussit, mais les déportations reprennent lorsque le régent est arrêté par les nazis pour avoir négocié avec les Soviétiques. 11

Dans Le Monde du 13 décembre 1963, Pinhas Lapid, consul d’Israël à Milan durant le pontificat de Pie XII, déclare : « Je peux affirmer que le Pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l’Eglise catholique ont sauvé de 150 000 à 400 000 juifs d’une mort certaine (...) Je comprends très mal d’ailleurs que l’on s’en prenne maintenant à Pie XII, alors que pendant de nombreuses années on s’est plu ici à lui rendre hommage ». Auteur de Rome et les Juifs (Seuil, 1967), Pinhas Lapid, après des enquêtes approfondies menées dans toute l’Europe et dans les archives de Jérusalem ainsi qu’auprès des survivants aboutit finalement au chiffre de 800 000 Juifs sauvés grâce à Pie XII : « Etant Juif, croyant et Israélien, j’ose espérer que ma documentation aura un certain poids, peut-être assez pour essuyer un peu de la haine, la diffamation et les mensonges de ces dernières années » (Lettre à René Cassin, dans L’Homme Nouveau).

Peter Gumpel, un jésuite allemand, a recueilli des centaines de témoignages (beaucoup émanant de rabbins). Le rabbin Dalin précise que 3 000 juifs avaient été cachés à Castel Gandolfo et des milliers d’autres dans les congrégations religieuses de Rome et les bâtiments du Saint-Siège, leur permettant ainsi d’échapper à la grande rafle des juifs de Rome, en octobre 1943.
"Pendant la période de l’occupation allemande, 155 monastères et couvents romains abritèrent quelque 5 000 juifs obéissant sur ordre du pape Pie XII. La résidence pontificale de Castel Gandolfo abrita 3 000 juifs, l’université pontificale Grégorienne une soixantaine de juifs alors que d’autres vivaient cachés dans les souterrains de l’Institut biblique (.) Selon des recherches récentes, près 860 000 juifs furent sauvés de la déportation, grâce à l’intervention de Pie XII." 4
Selon Peter Gumpel, Pie XII, convaincu qu'Adolphe Hitler était possédé par le diable, tenta de l'exorciser à distance à plusieurs reprises.

Dès le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés juifs vient, au nom de la United Jewish Appeal (organisme dirigeant du mouvement sioniste mondial), exprimer à Pie XII la reconnaissance des Juifs pour son action en leur faveur ; Albert Einstein mêle sa voix au concert de louanges et d'hommages en déclarant que "l'Eglise catholique a été la seule à élever la voix pour dénoncer l'assaut mené par Hitler contre la liberté".

Le 13 février 1945, le grand rabbin de Rome, Israël Zolli, qui avait été caché au Vatican, se fait baptiser avec son épouse, et prend le prénom de baptême du pape (Eugenio) en signe de reconnaissance.


A la mort de Pie XII en 1958, Golda Meïr, ministre israélien des affaires étagères s’exprime dans ces termes à l’O.N.U. : « Nous partageons la douleur de l’humanité pour la mort de Sa Sainteté Pie XII... Nous pleurons un grand serviteur de la paix et de la charité. Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyr effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes. (…) A l’inverse d’autres confessions chrétiennes, l’Eglise romaine a ainsi pleinement rempli sa mission prophétique en dénonçant à la face du monde - pour l’époque, mais hélas aussi pour maintenant encore ... - la montée des périls et la perversité intrinsèque de ces doctrines et politiques de mort. Alors que les démocraties cherchaient encore à pactiser avec le diable par leurs concessions successives à Hitler, la Rome chrétienne opposa, dans le courage et la solitude, toute la force spirituelle à la puissance idéologique et matérielle. Il n’y a donc aucun devoir de repentance à exiger du Siège Apostolique ». 5

Les "silences" de Pie XII devant l’extermination des juifs et l’absence de sanctions ecclésiastiques contre le peuple allemand et ses chefs, qui lui furent reprochés, alimentent en 1963 une très vive campagne provoquée par la pièce Le Vicaire, du dramaturge allemand Rolf Hochhuth. Une triple explication de son comportement a été donnée : la prudence excessive de son tempérament, la force de son anticommunisme et la peur de voir éclater le catholicisme allemand et se constituer une Église nationale (le tout encouragé par l’indéniable tradition d’antisémitisme présente dans le catholicisme).

La publication par 4 jésuites historiens (Pierre Blet, Robert Graham, Angelo Martini et Burkhart Schneider), entre 1965 et 1982, d’une collection en douze volumes intitulée Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale (documents du Saint-Siège entre 1939 et 1945), ne laisse aucun doute sur l’ampleur de l’action caritative du Vatican, de ses interventions discrètes en faveur de dizaines de milliers de victimes.

Le 4 novembre 1998, Israël demande au Vatican un moratoire de cinquante ans pour le procès en béatification de Pie XII et l’ouverture des archives.

Le procès en béatification de Pie XII engagé par Paul VI le 18 octobre 1967, est suspendu au cours de l’été 2000 et remplacé par celui de Pie IX, lui aussi controversé.

Le 8 mai 2007, à partir du dossier compilé par les jésuites Peter Gumpel et Paolo Molinari et entériné par une commission historique, les membres de la Congrégation pour la cause des saints votent l’octroi des vertus héroïques à Pie XII. Benoît XVI crée une Commission spéciale pour étudier le dossier de son procès en béatification.

"Mgr Walter Brandmüller, président du Comité pour les sciences historiques du Saint-Siège, regrette "que quinze fonds d'archives israéliens" n'autorisent pas l'accès aux documents dont ils disposent, relatifs à l'attitude du Pape Pie XII pendant la Shoah." 6

Le 18 septembre 2008, Benoît XVI justifie "l’action silencieuse" de Pie XII en faveur des juifs lors d'un symposium consacré à l'action pastorale et humanitaire de Pie XII, organisé par la Pave The Way Foundation. Pave The Way, fondée en 2002 par Gary Lewis Krupp, a rassemblé une documentation prouvant que le pape de la Seconde guerre mondiale est intervenu aussi bien publiquement que secrètement pour sauver des juifs et inciter les institutions catholiques de divers pays à leur venir en aide (source : VIS).

Paolo Mieli, élève du grand historien du fascisme, Renzo De Felice, et directeur du plus grand quotidien italien, le Corriere della Sera, déclare dans une interview accordée à Maurizio Fontana et au directeur de L’Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, et parue le 9 octobre 2008 : "En ce qui concerne le jugement sur Pie XII, je dois dire je n’ai jamais oublié ce qu’a écrit en 1964 Robert Kempner, un magistrat juif d’origine allemande, procureur adjoint au procès de Nuremberg : "Toute prise de position à caractère propagandiste de l’Église contre le gouvernement de Hitler aurait non seulement été un suicide prémédité, mais elle aurait accéléré l'assassinat d’un nombre bien plus grand de juifs et de prêtres".

Invité au synode sur la Parole de Dieu qui se tient à Rome jusqu’au 26 octobre 2008, le grand rabbin de Haïfa (Israël), Shear-Yashuv Cohen, déclare, le 6 octobre 2008, que sa présence (une première) était "un signal d’espoir et un message d’amour", mais s’est montré très hostile à une éventuelle béatification de Pie XII : "Nous ne pouvons pas pardonner le silence de grands leaders religieux face au génocide des juifs par les nazis." 7

Dans une note du Mémorial des Sœurs Augustines du monastère des Quatre-Saints-couronnés à Rome, daté de 1943, il est écrit que "le Pape veut sauver ses enfants, y compris les juifs, et ordonne aux monastères d’accorder l’hospitalité à ces persécutés". 8

Le 16 septembre 2009, Gary Lewis Krupp, président de la fondation Pave The Way, demande l'inscription de Pie XII au nombre des Justes parmi les Nations ; il a remis au pape Benoît XVI des témoignages sur Pie XII, entre autres celui attestant qu'il obtint des visas pour la République dominicaine afin de faire sortir 10 000 Juifs du Portugal.

Le 19 décembre 2009, le pape Benoît XVI signe le décret reconnaissant l’héroïcité des vertus du Vénérable Pie XII reconnue à l’unanimité le 8 mai 2007 par la Congrégation des causes des saints.

Dans un article publié, le 20 janvier 2010, dans le quotidien italien Corriere della Sera et repris par l'Osservatore Romano, le philosophe français Bernard-Henri Lévy écrit : "Pour l'heure, on doit à l'exactitude historique de préciser qu'avant d'opter pour l'action clandestine et le secret, avant d'ouvrir donc, sans le dire, ses couvents aux juifs romains traqués par les nervis fascistes, le silencieux Pie XII prononça des allocutions radiophoniques (celles, par exemple, de Noël 1941 et 1942) qui lui valurent, après sa mort, l'hommage d'une Golda Meir qui savait ce que parler veut dire et ne craignit pas de déclarer : « pendant les dix ans de la terreur nazie, alors que notre peuple souffrait un martyre effroyable, la voix du pape s'est élevée pour condamner les bourreaux. » Et, pour l'heure, on s'étonnera surtout que, de l'assourdissant silence qui se fit, dans le monde entier, autour de la Shoah, on fasse porter tout le poids, ou presque, sur celui des Souverains du moment qui a) n'avait ni canons ni avions à sa disposition ; b) ne ménagea pas ses efforts pour, nous disent la plupart des historiens sérieux, partager avec ceux qui en disposaient les informations dont il avait connaissance ; c) sauva, lui, effectivement, à Rome mais aussi ailleurs, un grand nombre de ceux dont il avait la responsabilité morale. Ultime retouche au Grand Livre de la sottise contemporaine : Pie ou Benoît, on peut être pape et bouc émissaire."

Le 23 juin 2011, à l’occasion de la cérémonie de reconnaissance, comme Juste parmi les Nations, du Père Gaetano Piccinini (1904-1972), l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Mordechai Lewy, déclare : "La volonté vaticane de sauver les juifs est un fait [...] Ce serait une erreur de penser que l’aide apportée aux juifs pendant la guerre à Rome est venue des couvents et des instituts religieux comme si c’était de leur initiative, sans le soutien du Vatican". Revenant, sans le nommer, sur la polémique concernant le rôle de Pie XII durant la rafle des juifs du ghetto de Rome, le 16 octobre 1943, Mordechai Lewy précise : "Le Saint-Siège a agi. Il n’a pas pu empêcher le départ du train pour Auschwitz le 18 octobre 1943, trois jours après la rafle du ghetto. Les juifs de Rome s’attendaient à la protection du Pape à ce moment-là. C’est un fait que ce 18 octobre, c’est le seul convoi qui soit parti pour Auschwitz".

Le 9 mai 2017, le Séminaire pontifical français de Rome est récompensé pour son action durant la Seconde guerre mondiale. Une plaque commémorative est dévoilée pour rappeler qu'une centaine de réfugiés ont été cachés au séminaire entre 1943 et 1944, suivant les recommandations du Pape Pie XII aux communautés romaines. La fondation internationale Raoul Wallenberg, qui promeut la mémoire positive de cette sombre période, décerne au Séminaire pontifical français de Rome le titre de « Maison de vie ».

Pie XII, décédé le 9 octobre 1958, a écrit dans son testament : « La remémoration des fautes et des erreurs qui furent commises pendant un si long pontificat m’a révélé mon insuffisance. » Grande humilité ou aveu de faiblesse ?


Notes
1 https://www.reseau-canope.fr/cnrd/ephemeride/848
2 William L. Shirer, Le IIIe Reich
3 Document retrouvé dans les Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, cité par Léon Poliakov
4 http://www.news.va/fr/news/temoignage-attendu-dune-soeur-sur-laction-de-pie-x
5 Monde et Vie
6 Service de presse du Vatican, 20 juin 2008
7 Salle de presse du Vatican, 19 octobre 2008
8 Radio Vatican, mars 2009
9 http://www.croire.com/Definitions/Vie-chretienne/Pape/De-nouveaux-documents-sur-l-attitude-de-Pie-XII-face-au-nazisme
10 http://www.jesuismort.com/biographie_celebrite_chercher/biographie-pie_xii-1432.php
11 http://pleinsfeux.org/pie-xii-et-lholocauste-un-silence-si-froid-un-drame-si-lourd/#.VY6wmcsw_q4
12 http://www.atlantico.fr/decryptage/historiquement-incorrect-rapport-vatican-regime-nazi-pie-xii-hitler-jean-sevillia-219733.html
13 http://www.piexii.com/20100623cardinal-bertone-linconsistance-totale-de-la-legende-noire-sur-pie-xii/#more-145
14 http://www.romereports.com/palio/Discover-who-bombed-the-Vatican-during-World-War-II-english-3076.html [archive] http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_du_Vatican
15 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_XII

Sources

Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/07/2017

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