Le pape Vigile

Vigile, fils du consul Jean, naît à Rome, à la fin du 5e siècle.
D’abord antipape installé par le général byzantin Bélisaire le 29 mars 537, le diacre romain Vigile, né à Rome à la fin du Ve siècle, apocrisiaire (représentant du pape) à Constantinople, est ordonné pape le 11 novembre quand Silvère est envoyé en exil : l’impératrice Théodora, dont les convictions monophysites sont notoires, a fait remplacer Silvère par Vigile, dans l’espoir qu’il serait moins intransigeant.


537. 11 novembre, Vigile est intronisé pape alors que Silvère est expédié dans l’île déserte de Palmarola où il mourra de faim le 20 juin 538. 27 décembre, Constantinople, l'empereur Justinien inaugure la basilique Sainte-Sophie.

538. Après la mort de Silvère en exil, Vigile est reconnu universellement comme le pape légitime (bien que la position des monophysites soit assez forte à la Cour, il se déclare ouvertement pour Chalcédoine). Le brutal Clotaire Ier, roi de Neustrie, épouse Radegonde (fille du roi de Thuringe qu’il a enlevée après le sac du pays des Thuringiens en 529) ; lorsque son frère est égorgé sur ordre du roi, elle fuit la cour, se réfugie auprès de Médard, évêque de Noyon, et prend le voile à Poitiers (En 550, elle y fonde l’abbaye de Sainte-Croix où elle meurt en 587; canonisée, elle est fêtée le 13 août). Retiré sur l’Ile de Houat (Bretagne), Gildas écrit Sommaire de l’histoire de l’Angleterre depuis la conquête romaine (il ne mentionne pas Arthur mais célèbre la victoire du Mont Badon). 7 mai, le troisième concile d'Orléans, présidé par Loup, l'évêque de Lyon, et auquel souscrivent Filleul (ou Flavius) l'évêque de Rouen, Lô l'évêque de Coutances, Arcade l'évêque de Bourges, et Albinus (Aubin) l'évêque d'Angers, défend de travailler dans les champs le dimanche ; Albinus stigmatise les mariages incestueux fréquents chez les nobles ; le quatrième canon ordonne aux clercs de vivre dans la continence, même avec leurs épouses légitimes.

540. En mai, le général byzantin Bélisaire, qui assiège les Ostrogoths dans Ravenne, feint d'accepter de devenir roi d'Italie et entre dans la ville ; le roi des Ostrogoths, Vitigès, est fait prisonnier ; Bélisaire retourne à Constantinople en emmenant Vitigès ; soulèvement des Ostrogoths du Nord de l'Italie qui désignent Ildibald comme leur nouveau roi à Pavie. Juin, siège et prise d'Antioche par les Sassanides de Khosro Ier, le roi des Perses qui a repris la guerre contre Justinien en envahissant la Syrie.

541. Concile d’Orléans auquel souscrivent, entre autres, Filleul (ou Flavius) l'évêque de Rouen, Firmin l'évêque d’Uzès, Pantaghate l'évêque de Vienne sur le Rhône, Gallican II l'évêque d'Embrun et Domitien l'évêque de Tongres-Maastricht ; le 14 mai sont promulgués 38 canons traitant de sujets divers et répondant à des questions ou des problèmes soulevés par le roi ou les clercs : le cycle pascal établi par Victorius d'Aquitaine sera utilisé pour déterminer la date de Pâques dans toute la Gaule (canon 1) ; la peine de mort est encourue pour tout culte aux dieux païens de même que pour les serments faits aux dieux ou sur la tête d'un animal (canon 16) ; une série de mesures concerne les juifs : les dispositions des précédents conciles stigmatisant les juifs sont reprises ; les juifs ne peuvent employer un chrétien ni un païen ; un esclave païen ou chrétien appartenant à un juif qui s’enfuit et se réfugie dans une église ou une maison chrétienne ne peut être ramené à son propriétaire, et les esclaves chrétiens appartenant à des juifs doivent être libérés, moyennant un rachat ; les juifs ne peuvent paraître en public durant la période de Pâques 2.

Vers 542. Le théologien Césaire d’Arles mentionne pour la première fois le symbole de saint Athanase parfois appelé "Quicumque vult" (quiconque veut) d’après les premiers mots de la formule latine et attribué de manière erronée à Athanase. L'ostrogoth Totila, roi d'Italie, s'agenouille aux pieds de l'abbé du Mont Cassin, Benoît de Nursie.

542. Devant l’agitation causée chez les moines de Palestine par les controverses origénistes, Justinien publie un édit condamnant comme hérétiques neuf propositions tirées du livre d'Origène : Des Principes ; l’évêque de Constantinople, Ménas, avec son synode, et le pape Vigile souscrivent à cette condamnation. Concile d’Antioche, assemblé par Ephrem, contre les opinions d'Origène.

542-593. La peste, venue d’Egypte, tue la moitié de la population de l’Empire romain.

543. Un édit impérial de Justinien (qui se laisse persuader qu’il peut rallier les monophysites s’il condamne des écrits, déjà anciens, dont on lui dénonce les tendances nestoriennes) condamne 3 groupes d’ouvrages appelés couramment "Les Trois Chapitres" : les œuvres de Théodore de Mopsueste, les écrits de Théodoret de Cyr contre Cyrille et contre le concile d’Éphèse et la lettre d’Ibas d’Édesse à un certain Maris de Perse contre Cyrille (cette condamnation qui semble désavouer Chalcédoine, soulève beaucoup d’émotion, surtout en Occident). Novembre, Jérusalem, dédicace de la basilique Sainte-Marie-La-Neuve.

545. 3 juin, Tours, mort de Clotilde dans un monastère ; son corps, ramené à Paris, est inhumé prés de celui de Clovis et de Geneviève, sur l’emplacement actuel du Panthéon, dans la basilique érigée par le roi franc et dédiée à Pierre et Paul ; Clotilde sera canonisée par le pape Pélage Ier 3. 22 novembre, Justinien fait enlever Vigile (qui, soutenu par l’épiscopat occidental, refuse de donner son accord à la condamnation des "Trois Chapitres") et le fait amener à Constantinople, où il restera séquestré pendant sept ans.

546. En décembre, Rome est reconquise par le roi goth Totila.

547. 17 mai, à Ravenne, consécration par l’évêque Maximien du martyrium (église) Saint-Vital.

548. 11 avril, cédant aux pressions de tout genre exercées contre lui, Vigile publie le Judicatum qui condamne les "Trois Chapitres" (la réaction est violente en Occident, surtout en Afrique, où les évêques rompent la communion avec Vigile). Clotaire Ier, roi de Soissons, s’empare de l’Austrasie.

549. 28 octobre, le 5e concile d’Orléans, auquel participent Sacerdos l'évêque de Lyon, son fils Aurélien l'évêque d'Arles, Lô l'évêque de Coutances, et Nizier l'évêque de Trèves, est le premier concile qui soit daté du règne de nos rois ; à ce concile, les actes sont signés d'abord par Sacerdos, puis par son fils, Aurélien.

Vers 550. Selon Grégoire de Tours, les cloches de bronze commencent à devenir d’usage courant (avant on utilisait une trompette pour appeler les fidèles). Age d’or des Mayas. Synagoge Canonum en 50 titres par Johannes Scholasticus (plus ancienne collection canonique grecque conservée dans le texte original).

550. Pour tenter de mettre fin à la confusion, le pape et l’empereur décident de convoquer un concile. David convertit le pays de Galles.

551. 5 juillet, sans attendre la réunion du concile qu’il doit réunir avec le pape, Justinien publie un nouvel édit contre les "Trois Chapitres". 14 août, le pape formule une sentence d'excommunication contre l'archevêque de Césarée, le patriarche Mennas et leurs adhérents, qui ont approuvé le décret de Justinien condamnant les Trois Chapitres. 23 décembre, Vigile, menacé, doit quitter secrètement Constantinople et se réfugier de l’autre côté du Bosphore, à Chalcédoine.

552. 5 février, Vigile publie sa lettre Dum in sanctæ, profession de foi du pape Vigile adressée à l’ensemble du peuple de Dieu : "Que tous sachent par conséquent que nous prêchons, tenons et proclamons cette foi qui a été transmise par les apôtres et gardée inviolée par leurs successeurs, que le vénérable synode des 318 pères de Nicée a reçu avec la lumière du Saint-Esprit et à laquelle il a donné la forme d'un symbole, et qu'ont publiée ensuite les trois autres saints synodes, à savoir ceux de Constantinople... d'Ephèse... de Chalcédoine (...) le Père est avec ce même Fils unique engendré et avec l'Esprit Saint un seul dans la divinité et d'une nature égale et sans distinction". L’eunuque Narsès, général byzantin, bat et tue le roi ostrogoth Totila, sur la voie flaminienne au nord de Rome, et son successeur Teias, au pied du Vésuve. Apollinaire, patriarche d’Alexandrie, rétablit le catholicisme par une répression sanglante ; les monophysites survivants (coptes) seront à l’origine de l’Eglise melkite. Introduction du bouddhisme au Japon : le souverain de Paekche, un royaume de Corée, a fait parvenir des sculptures et des textes bouddhiques à la cour du Japon. Justinien envoie des missionnaires en Chine pour qu’ils subtilisent des vers à soie. Le turc 1 Bumin chasse le peuple Ruanruan (Jouan-Jouan) de Mongolie, constitue un empire en Asie centrale et prend le titre de qagan (souverain).

553. 4 mai, ouverture du 2ème concile de Constantinople. Vingt-sept évêques invités par Childebert tiennent un concile à Paris présidé par Sapaudus l’évêque d’Arles, à l'effet d'y juger l'évêque de Paris, Safaraque (Saffaracus), convaincu d'avoir déshonoré le siège épiscopal de Paris par un crime : celui-ci est déposé et remplacé par Eusèbe ; à ce concile souscrivent, entre autres, Lubin l'évêque de Chartres, Nizier l'évêque de Trèves, Léonce II (le Jeune) l'archevêque de Bordeaux et Firmin l'évêque d'Uzès.

554. 29 juin, concile à Arles : 7 canons. 13 août, Justinien réorganise l’administration de l’Italie.

555. 7 juin, autorisé par l’empereur à retourner à Rome, le pape Vigile meurt en route, à Syracuse, de la maladie de la pierre (ou empoisonné selon des rumeurs) ; il est enseveli à l'église Saint-Marcel (via salaria).


Vacance du Saint-Siège jusqu'à l'élection de Pélage Ier le 16-4-556.


Notes
1 Dans l'antiquité, des peuplades appelées Xiongnu par les Chinois nomadisent surtout dans la région de l’Ordos, une région comprise dans la grande boucle que dessine le Huang Hé (Fleuve Jaune) au nord de la grande muraille de Chine ; ces peuplades n’étaient probablement pas turques dans leur totalité, mais les éléments turcs devaient y être prépondérants, puisque les Chinois ont ensuite considéré les Turcs comme les descendants des Xiongnu (cette filiation est contestée par des spécialistes, notamment turcs, pour lesquels le berceau des Turcs est la région de l’Altaï dans le Turkestan oriental, d’où ils s’étendirent vers la Sibérie). Les Xiongnu constituèrent, au IIIe siècle avant J.-C., un État puissant, établi d’abord en Mongolie, puis en Chine septentrionale (IIe s. av. J.-C.) ; vaincus en 44 après J.-C., ils se scindèrent en deux groupes : les Xiongnu orientaux qui, au IVe siècle, réapparurent en Chine où ils fondèrent la dynastie des Bei Han, ou Han du Nord, et les Xiongnu occidentaux qui, chassés vers l’ouest par des tribus mongoles, traversèrent la Sibérie, passèrent en Russie, puis en Europe où on les connut sous le nom de Huns. Parmi les voisins orientaux des Xiongnu, les Xianbei, longtemps considérés comme des Toungouses, seraient des Turcs : ils ont fondé plusieurs dynasties, notamment celle des Wei en Chine du Nord (386-584). Après eux apparurent les Tujue ou T’ou-Kiue, une confédération de tribus nomades d’origine prototurque qui, venant de l’Altaï, a succédé en Asie centrale, à partir du milieu du VIe siècle, à l’empire Ruanruan (Jouan-Jouan) : elle est désignée communément, dans les travaux occidentaux, par son nom chinois de Tujue, plutôt que par son nom autochtone de Türk, afin d’éviter la confusion avec le terme ethnique générique de Turc ; sa puissance, fondée par le kaghan (souverain) Bumin (mort prématurément peu après sa victoire sur les Ruanruan en 552), se scinde aussitôt en 2 empires ; le khanat oriental, localisé dans la Mongolie actuelle, a son centre dans la vallée de l’Orkhon, berceau traditionnel des empires nomades turco-mongols ; son initiateur, le kaghan Muhan, dont le règne se situe entre 553 et 572, fils de Bumin, défait les Kitan à l’est et les Kirghiz au nord ; le khanat occidental, créé par le frère de Bumin, Istemi, s’étend sur le territoire de l’actuel Turkestan oriental, d’abord jusqu’aux vallées du Cu (ou Zhu) et de l’Ili, puis, après le partage de l’empire hephtalite (560) avec les Perses, jusqu’à l’Amou-Daria (ancien Oxus) ; ces changements sont à l’origine de la migration vers le Caucase et l’occident des Avars qui pourraient bien être des Ruanruan survivants.
Le sceau de la présidence de la République de Turquie porte un soleil (la République turque) entouré de 16 petites étoiles évoquant le Grand empire hunnique, l'Empire hunnique occidental, l'Empire hunnique européen, l'Empire hunnique blanc, l'Empire göktürk, l'Empire avar, le Khaganat khazar, le Khaganat ouïghour, le Khaganat qarakhanide, l'Empire ghaznévide, l'Empire seldjoukide, l'Empire khwârezmien, la Horde d'or, l'Empire timouride, l'Empire moghol et l'Empire ottoman. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sceau_pr%C3%A9sidentiel_turc
Les langues turques, mongoles et toungouses, le coréen, le japonais, l’aïnou, le balto-finnois et le hongrois font partir du groupe des langues ouralo-altaïques.
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Concile_d'Orl%C3%A9ans
3 "Je rends grâce au puissant Créateur de toutes choses qui ne m'a pas jugée indigne de voir admis dans son Royaume l'enfant né de mon sein. Cette perte ne m'a pas affectée de douleurs parce que je sais que les enfants que Dieu retire du monde, quand ils sont dans les aubes, sont nourris par sa vue." (Ste Clotilde après la mort d'Ingomer, son premier enfant)

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 28/10/2017

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