La Bibliothèque d’Alexandrie

La bibliothèque d'Alexandrie rassembla la plus grande collection de livres du monde antique.

Elle fut fondée dans l’enceinte du Musée, en 295 av. J.-C., par Ptolémée Ier Sôter, roi d'Égypte, aidé de Démétrios de Phalère, philosophe et rhéteur athénien, élève d’Aristote. Ptolémée développa une politique d’achat systématique (il acquit une partie de la bibliothèque d’Athènes en 286).

La bibliothèque, riche de 50 000 volumes à raison d’un seul exemplaire par volume, fut agrandie par son fils Ptolémée II Philadelphe (+ en 246 av. J.-C.) lequel contribua à son rayonnement.

Sa gestion fut confiée à des hommes de lettres de grande renommée : Zénodote d'Éphèse (320-240 av. J.-C.), fut le premier de ses bibliothécaires. Ces fonctions furent également occupées par le poète Callimaque, qui produisit le premier catalogue général de la bibliothèque, ainsi que par Aristophane de Byzance (v. 257-180 av. J.-C.) et Aristarque de Samothrace (v. 220-143 av. J.-C.), deux grands critiques et grammairiens grecs.

Sous Ptolémée III Évergète (v. 246-222) la bibliothèque d'Alexandrie contenait, semble-t-il, près de 500 000 rouleaux de papyrus et parchemins, alors que son annexe, le Serapeum, en abritait 43 000.


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Les moyens mis en œuvre pour constituer les collections étaient très énergiques. Tous les vaisseaux arrivant au port d’Alexandrie devaient remettre les livres qu’ils transportaient : les rouleaux étaient immédiatement recopiés, les copies remises aux propriétaires des livres, les originaux restant pour le Musée.

La plupart des œuvres écrites de l'Antiquité furent conservées dans ces collections, à partir desquelles des copies furent réalisées et diffusées dans les bibliothèques du monde entier.

C’est dans la bibliothèque d’Alexandrie que Cléopâtre VII et Antoine se suicidèrent en 30 av. J.-C.


Les destructions de la fameuse bibliothèque

En 47 av. J.-C., au cours de la guerre civile entre Jules César et les partisans de Pompée, un incendie est allumé sur ordre de César pour détruire la flotte égyptienne et les arsenaux. Le feu s’étend à certains entrepôts de la bibliothèque, riche alors de 700 000 volumes, en anéantissant quelque 40 000.
La bibliothèque rivale fondée à Pergame par les rois attalides (200 000 rouleaux) et la bibliothèque du gymnase de Ptolémée, à Athènes, pallient en partie la perte. César construit une nouvelle bibliothèque : le Cesarum.

En 272, l'empereur Aurélien, au cours de sa campagne contre Zénobie, la reine de Palmyre, qui tient l’Asie Mineure, la Syrie et l’Egypte, aurait causé des dégâts à la bibliothèque.

En 391, l'empereur chrétien Théodose Ier ordonne la fermeture du temple de Sérapis (Sérapeion) ; il fait brûler ou aurait laissé brûler, à l’instigation du patriarche Théophile, les manuscrits non conformes à la foi chrétienne (40 000 volumes de la bibliothèque sont alors entreposés dans le sérapeion). Thomas Molnar, dans son essai Moi, Symmaque, date bien cet événement de 391, à l'instar de ceux qui croient que ce fut Théodose Ier lui-même qui commanda cet incendie 1.

Le chrétien Abul Faradj, évêque d'Alep en 1286, rapporte que, lorsque les Arabes s'emparent d'Alexandrie (22 décembre 642), la bibliothèque est livrée aux flammes par l'ordre de leur chef Amrou ibn al-Asi. Celui-ci ayant consulté le calife Omar Ier (v. 581-644) sur ce qu'on doit faire de tous ces livres, en reçoit la réponse suivante : « S’ils sont conformes au Coran, ils sont inutiles, s’ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux : donc il faut les détruire ». En conséquence, conclut Abul Faradj, Amrou ibn al-Asi fait distribuer les manuscrits dans les bains d'Alexandrie qu’ils chauffent durant six mois.
La plupart des historiens émettent des doutes sur la réalité de cette ultime destruction. Pourtant des auteurs musulmans en ont également parlé (mais pas avant le XIIIe siècle) :
- Abd al-Latif, qui écrit au Caire au mois de ramadan 600 de l’Hégire (septembre/octobre 1203), mentionne, au sujet d’Alexandrie, "la bibliothèque que brûla Amrou ibn al-Asi avec la permission d'Oumar" 2.
- Ibn al Kifti, dans son livre écrit après 1227 3, rapporte que "Yahyâ an Nahawi" (Jean le Grammairien) décrivit à Amrou, le général arabe conquérant de l’Egypte, les trésors littéraires contenus dans la bibliothèque d’Alexandrie, et que celui-ci en fut émerveillé : « Il m’est impossible, dit-il, de donner aucun ordre à ce sujet, avant d’avoir l’autorisation du chef des Croyants Oumar ibn al Hattâb. Il écrivit donc à Oumar, lui rapportant le récit fait par Yahyâ et lui demanda ses instructions à ce sujet. La réponse qui lui parvint de Oumar était ainsi conçue : « Pour les livres dont tu nous as parlé, s’il y trouve quelque chose qui soit conforme au livre de Dieu (le Coran), le Livre de Dieu nous permet de nous en passer : s’il y trouve quelque chose qui lui soit contraire, ils sont sans utilité ; procède donc à leur destruction. » Amrou les répartit entre les bains d’Alexandrie et les fit brûler dans les chauffoirs. On m’a dit le nombre des bains qui existaient à cette époque, mais je l’ai oublié. On dit qu’ils en furent chauffés pendant six mois. Ecoutez cette aventure et admirez ».
- Ibn Khaldoûn (1332-1401), lui, situe l’autodafé en Mésopotamie : « Que sont devenues les sciences des Perses dont les écrits, à l’époque de la conquête, furent anéantis par ordre d’Omar ? Où sont les sciences des Chaldéens, des Assyriens, des habitants de Babylone ? ... Où sont les sciences qui, plus anciennement, ont régné chez les Coptes ? Il est une seule nation, celle des Grecs, dont nous possédons exclusivement les productions scientifiques, et cela grâce aux soins que prit El-Mamoun de faire traduire ces ouvrages (…) Les Musulmans, lors de la conquête de la Perse, trouvèrent dans ce pays, une quantité innombrable de livres et de recueils scientifiques et (leur général) Saad ibn Abi Oueccas demanda par écrit au khalife Omar ibn al-Khattab s’il lui serait permis de les distribuer aux vrais croyants avec le reste du butin. Omar lui répondit en ces termes : « Jette-les à l’eau ; s’ils renferment ce qui peut guider vers la vérité, nous tenons de Dieu ce « qui nous y guide encore mieux » ; s’ils renferment des tromperies, nous en serons débarrassés, grâce à Dieu ! ». En conséquence de cet ordre, on jeta les livres à l’eau et dans le feu, et dès lors les sciences des Perses disparurent ». 4



La Nouvelle Bibliothèque

Le 26 juin 1988 est posée la première pierre de la Nouvelle Bibliothèque (capacité finale prévue : 8 millions de volumes et 5 000 manuscrits) patronnée par l’UNESCO et financée en partie par de nombreux pays.
La Bibliothèque restaurée d’Alexandrie ouvre ses portes le 23 avril 2002.
Elle inaugure son musée des Sciences, le 16 octobre 2002. Né d’une collaboration franco-égyptienne entre la Bibliotheca alexandrina et le Conservatoire national des arts et métiers de Paris, il est placé sous l’égide des ministères français de la Recherche et des Affaires étrangères.


Citations

Une bibliothèque, c'est le carrefour de tous les rêves de l'humanité (Julien Green 1900-1998)

Les bibliothèques devraient être ouvertes à tous sauf aux censeurs (Anonyme)


Notes
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_d%27Alexandrie
2 Silvestre de Sacy, Relation de l’Egypte par Abd-Allatif», p. 183
3 Ibn al Qifti’s Ta’rih al-Hukama, von Dr Julius Lippert, Leipzig 1903, in-8, p. 8 de l’introduction, p. 355-356
4 Prolégomènes, 3e partie, Ed. Quatremère, trad. de Slane, pages 89-90-125
5 Wikimedia Commons


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 24/05/2017

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