| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
A Grégory
SOMMAIRE
Peuples celtes de l’antiquité - continentaux : Celtes, Galates, Gaulois, Celtibères et Belges - insulaires : Bretons, Irlandais (Hiberni), Scots (branche des Goidels) et Pictes (on s’interroge sur le « degré » de celticité de la langue de ces derniers ; selon certains historiens, les Pictes utilisaient peut-être une langue celte, du groupe brittonique. Ils connaissaient l'écriture oghamique, dérivée de l'écriture latine, mais les inscriptions qu'ils ont laissées sont généralement inintelligibles ; des études récentes semblent indiquer que la langue originelle des Pictes (du moins un important substrat linguistique de leur langue) ne faisait pas partie du groupe indo-européen. Galatée Selon la mythologie grecque, Galatée, dont le nom signifie « blanche comme le lait », était l’une des Néréides (les 50 filles de Nérée et de Doris, fille de l’Océan). Elle fut aimée du cyclope Polyphème avec qui elle engendra Galatos ou Galatès, Celtos et Illyrios, ancêtres des peuples qui portent leur nom : Galates, Celtes et Illyriens. L’écrivain grec Diodore de Sicile raconte que Héraclès parcourut la Celtique en abolissant des coutumes barbares comme celle de tuer tous les étrangers. Une foule d’hommes de toutes les nations vinrent guerroyer avec lui. Il bâtit une grande ville nommée Alésia (Diodore, IV, 19). Héraclès épousa la fille du roi de ce pays qui enfanta Galatès, fort et puissant comme son père. Galatès conquit une partie du pays limitrophe, appelant les habitants Galates ou Gaulois d’après son nom. (Diodore, V, 24). Parthénios de Nicée écrit que Héraclès se trouvant dans le pays des Celtes, s’unit avec la fille du roi Brétannos, Celtiné, qui lui donna un fils, « Celtos, de qui les Celtes ont pris le nom… » Langues celtiques Le mot celtique est avant tout un terme linguistique. Les régions dites celtiques sont les territoires d’Europe ou d’Asie mineure où furent parlées des langues celtiques apparentées, de l’Irlande jusqu’à la Turquie. Parmi les langues celtiques, on distingue 2 grands groupes : - Le goidélique Le terme goidélique vient de Goedel Glas (Goidel le Bleu), ancêtre mythique des Irlandais et inventeur du gaélique, que certains apparentent à l’hébreu. Ce groupe comprend : - irlandais (3 dialectes : Munster, Connaught et Donegal), - erse ou gaélique d’Ecosse (usité dans les îles et les Hautes Terres), - Manx (éteint dans la première moitié du XXe siècle). - Le brittonique Ce groupe comprend : - gaulois ou celtique de l’Antiquité (éteint vers la fin du Ve siècle), - gallois (2 dialectes : Nord et Sud), - cornique (éteint à la fin du XVIIIe siècle), - breton (4 dialectes : Léon, Tréguier, Cornouaille, Vannes). La comparaison du celtique avec les langues des anciens peuples de l’Europe fait ressortir une parenté étroite avec certaines d’entre elles. Des analogies existent avec les langues italiques, en particulier avec l’ombrien ; les plus remarquables sont : le génitif en « i », des thèmes en « o », le superlatif en « samo » et la formation d’un futur en « bo ». Ces analogies s’expliquent par le fait que les peuples italiques sont des envahisseurs venus, comme les Celtes, de l’Europe centrale. Le gaulois offre à peu de choses près les mêmes voyelles et consonnes, les mêmes diphtongues et aspirations que le grec et le latin. Comme ces 2 langues, le gaulois était une langue à flexion comportant des déclinaisons avec cas et des conjugaisons, peut-être un article et des démonstratifs. Diodore de Sicile décrit l’impression produite sur un Hellène par la langue des Gaulois : « Leur voix a un son grave et des intonations tout à fait rudes. Dans leurs discours, la parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperbolique quand il s’agit de se grandir eux-mêmes et de rabaisser les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique. Ils ont l’esprit pénétrant et non sans aptitude pour le savoir. » Langues néo-celtiques - Irlandais Ce groupe comprend : - vieil-irlandais: du VIIIe au XIe siècle. - moyen-irlandais : du XIe au XVe siècle. - irlandais moderne : du XVIe siècle à maintenant. - Gallois Ce groupe comprend : - vieux-gallois : du IXe au XIe siècle. - moyen-gallois : du XIIe au XVIe siècle. - gallois moderne : du XVIIe siècle à maintenant. - Cornique Ce groupe comprend : - vieux-cornique : du IXe au XIe siècle. - moyen-cornique : XIVe et XVe siècles. - cornique : XVIe et XVIIe siècles. - néo-cornique : langue remise en usage au XXe siècle. - Breton Ce groupe comprend : - vieux-breton : du IXe au XIe siècle. - moyen-breton : du XIIe au XVIIe siècle. - breton prémoderne : de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. - breton moderne : depuis la fin du XIXe siècle. L’écriture Le Gaulois, si répandu en tant que langue parlée, fut privé longtemps de l’appui de l'écriture. Ce furent les Grecs qui, sur ce point comme sur d'autres, furent les maîtres des Gaulois. L'occasion d'user de l'écriture vint du contact avec les commerçants de la côte provençale. L'introduction de l'alphabet remonte au moment où les rapports devinrent étroits entre Gaulois et Grecs de Marseille, c'est-à-dire au IIIe siècle. Au Ier siècle av. J.-C., l’alphabet grec est d’usage courant. Les druides, assure César, l’emploient pour rédiger les comptes publics et privés. Par contre, les Gaulois ont complètement ignoré la littérature : les auteurs anciens nous parlent de longs poèmes, traitant de la genèse du monde, des dieux et de l’histoire des Celtes, transmis oralement par les druides. Le nom Gallia désigne l’ensemble des pays habités par les Gaulois (Galli ou Galatae en latin). Aux premiers temps de l’expansion romaine, cet ensemble comprend, outre la France des frontières naturelles (Gaule transalpine ou ultérieure), la majeure partie de l'Italie septentrionale (Gaule cisalpine ou citérieure). Puis, peu à peu, jusqu'à l'époque de l'empire romain, les limites d'emploi de l'expression Gallia tendent à se resserrer. Les Romains distinguent plusieurs Gaules qualifiées par diverses épithètes, le monde celtique perd ses dernières apparences d'unité. La conquête du bassin du Pô vers 200 avant J.-C. permet aux Romains d'assujettir à l'urbs les tribus celtiques cisalpines ; celles-ci sont regroupées dans une province unique que l'on appellera Gallia togata ou Gaule en toge. L'an 118 marque l'achèvement d'une nouvelle conquête romaine, celle des rivages méditerranéens de la Transalpine. La région annexée reçoit d'abord l'appellation toute simple de Provincia. Elle deviendra plus tard la Narbonnaise, on la qualifiera souvent de Gallia bracata (Gaule en braies) pour l'opposer à la fois à la togata et à la comata (Gaule chevelue, hirsute ou boisée : soit le reste de la France et la Belgique). En 51 avant J.-C., les campagnes de Jules César victorieusement achevées, toute la Gaule est déclarée province romaine et l'ancienne Provincia lui est agrégée. Octave devenu empereur sous le nom d'Auguste le 16 janvier -27, modifie la division des Gaules opérée par César en créant la Gallia narbonensis (Gaule Narbonnaise), l’Aquitania, la Gallia lugdunensis (Gaule Lyonnaise) et la Gallia belgica (Gaule Belgique). Durant la longue période qui s'étend du milieu du 1er siècle de notre ère au Bas-Empire (235-476), les différentes Gaules se morcellent : la Lyonnaise est partagée en Lyonnaise et Séquanaise, l'Aquitaine perd sa partie méridionale au profit de la Novempopulanie, une Germanie en deux morceaux séparés est créée en Belgique, la Narbonnaise forme trois provinces (qui sont, d’Ouest en Est : la Narbonnaise Première, la Viennoise et la Narbonnaise Seconde). Au IVe siècle, la Gaule est constituée de deux diocèses : le diocèse des Gaules ou des dix provinces (les quatre Lyonnaises, les deux Belgiques, les deux Germanies, la Maxima Sequanorum et les Alpes Grées et Pénines) et le diocèse de Viennoise ou des sept provinces (la Viennoise, les deux Aquitaines, la Novempopulanie, les deux Narbonnaises et les Alpes Maritimes). Les Gaules au temps de Jules César - La Provincia Dans la Provincia (province qui deviendra la Gaule Narbonnaise), on trouve : - les Helviens installés dans l'Ardèche ; - le peuple nombreux des Volques qui s'étend depuis la Garonne moyenne jusqu'au cours inférieur du Rhône jusqu'au passage de Beaucaire. Ils sont subdivisés en Volques Tectosages (Toulouse) et Volques Arécomiques (Nîmes) ; - les Salyens (Sud de la Durance. Aix-en-Provence, Entremont) ; - les Cavares dans les riches plaines du Vaucluse ; - les Allobroges, maîtres de la Savoie et d'une partie du Dauphiné [Vienne, Genève, Grenoble (Cularo)] ; - les Voconces (Vaison) ; - les Ceutrons en Tarentaise, les Médulles de la Maurienne, les Ucennes dans l'Oisans, les Caturiges dans la Haute Durance. A l'arrivée de César, c'est la Gallia comata, autrement dit la Gaule indépendante, qui constitue le pays des Gaulois par excellence. La première phrase des Commentaires en donne une description restée classique : « Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur » (L'ensemble de la Gaule est divisé en trois parties : l'une est habitée par les Belges, une autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui s'appellent eux-mêmes les Celtes et que nous appelons, nous, les Gaulois.) Si l'on s'en tient au texte, la Gaule chevelue elle-même ne serait qu'en partie peuplée de Gaulois ; en fait, toute l'histoire de ce pays sous la domination romaine démontrera le contraire : Belges et Aquitains continueront à être considérés comme des Gaulois tant que la Gaule durera. - L’Aquitaine A l'intérieur du triangle délimité par la côte atlantique, la Garonne et les Pyrénées, vit un groupe de peuples bien caractérisés. Ils savent se grouper pour se défendre et mettent en déroute plusieurs fois les légions romaines. La pénétration gauloise, tardive et partielle, n'efface point chez eux l'influence ibère [le nom d’une ville comme Elimberris (Auch) rappelle les occupants antérieurs] : - les Tarbelles possédaient à Dax une station thermale déjà florissante ; - les Benarnenses (ou Venarni) du Béarn et le peuple du Labourd étaient unis aux Tarbelles. - les Ausques ou Auscitains occupaient en partie le département du Gers ; - les Convènes du Comminges, les Vasates de la région de Bazas, les Boïens du pays de Buch, - les Bituriges Vivisques, rameau détaché des Bituriges Cubes du Berry, installés au confluent de la Garonne et de la Dordogne, tiennent le port de Burdigala (Bordeaux), - les Garumni, sur la vallée supérieure de la Garonne. Garumna : nom latin de la Garonne, - les Sotiates ou Sontiates, entre Arcachon et le département actuel du Tarn-et-Garonne, - les Vascons (Basques), peuple non indo-européen, à l'ouest de la chaîne des Pyrénées. Jules César qualifie d’Aquitains tous les peuples situés entre la Vendée, le territoire des Arvernes et le territoire des Vascons. - La Celtique Les nations les plus nombreuses et les plus puissamment organisées se rencontrent dans la Gaule centrale ; installées depuis longtemps, elles ont eu le temps de constituer de solides fédérations : - les Ambarres : entre Rhône et Saône (Bresse, Bugey). - les Ségusiaves : Forez. - les Gabales : Gévaudan. - les Vellaves : Velay. - les Rutènes : bois et montagnes du Rouergue et de l'Albigeois. - les Cadurques : Quercy. - les Nitiobriges : Agenais. - les Pétrocores : Périgord. - les Lémovices : Limousin. - les Santons : Charente, Saintonge avec Mediolanum (Saintes) pour capitale. - les Pictons : seuil du Poitou. - les Turons : Touraine. - les Andes ou Andecaves : Anjou. - les Namnètes : estuaire de la Loire avec leur port déjà ancien de Corbilo (probablement à Penhoët/St Nazaire). - les cités Armoricaines forment un groupe à part. Pénétrée tardivement par les Celtes, l'Armorique conserve une forte population primitive. Des traditions religieuses antérieures s'y sont maintenues. On désigne sous le nom de Britons une confédération de peuples dont les Namnètes, les Vénètes, les Redons, les Coriosolites, les Cassitérides, les Osismes et les Pictons. Ces peuples possèdent une puissante marine. Celle des Vénètes est de premier ordre. Excellents navigateurs, ils vont, depuis des siècles, quérir l'étain en Cornouaille. - les Osismiens ou Osismes : Finistère. - les Coriosolites : Côtes d’Armor. - les Vénètes : Golfe du Morbihan, Vannes. - les Cassitérides - les Redons : Rennes. - les Aulerques : Normandie. Leur nom se retrouve en Bourgogne et jusqu'en Italie. - les Unelles : Cotentin. - les Lexoviens : pays de Lisieux. - les Parisiens (Parisii) sont un peuple de mariniers et Lutèce, leur place principale, tire sa défense du fleuve qui fait leur fortune. - les Sénons tiennent les passages qui conduisent rapidement vers les seuils de Bourgogne et la Saône. Ils vivent aussi de la batellerie et leur capitale est le port fluvial d'Agedincum (Sens). - les Lingons se trouvaient à la source même de la Seine, comme aussi à celle de la Marne. Plateau de Langres (Andematunnum). - les Tricasses (région de Troyes). - les Séquanes : ouest du Jura ; capitale : Vesontio (Besançon). - les Helvètes : dans la plaine suisse depuis peu. Les occupants primitifs se retrouvent peut-être dans de petites peuplades du Valais. Au centre de la Celtique siègent les peuples les plus considérables : - les Carnutes, gens résolus. Leur pays passe pour le cœur de la Gaule. Ils donnent plusieurs fois le signal de l'insurrection. Place : Autricum (Chartres), Cenabum (Orléans). - les Bituriges Cubes passent pour avoir exercé jadis une sorte de prépondérance. En plus d'Avaricum (Bourges), l'une des plus belles villes de la Gaule, ils possèdent des bourgades importantes. - les Eduens : immense domaine entre Loire et Saône. Au centre du pays se dresse le Morvan avec leur place principale aujourd'hui disparue, mais d'où le mont Beuvray tire son nom : Bibracte. Ports fluviaux : Cabillonum (Chalon sur Saône) et Matisco (Mâcon) sur la Saône et Decetia (Decize) sur la Loire. - les Mandubiens : clients des Eduens. Ville sainte : Alésia. - les Arvernes : vaste région du massif central. Peuple fort, âpre au combat, à l'âme indomptable. Retranchés dans leurs montagnes en des places défendues par la nature comme Gergovie. - La Belgique - Le nord de la Gaule est occupé par des peuples, derniers arrivés parmi les Celtes, qui se donnent l'appellation générale de Belges : les Véliocasses : Vexin. les Calètes : pays de Caux. les Ambiens sur la Somme. Samarobriva : Amiens. les Morins et les Ménapes ou Ménapiens : Flandres marécageuses. les Atrébates : région d'Arras. les Nerviens ou Nerves : vallées de l'Escaut et de la Sambre. les Bellovaques : Beauvaisis. les Suessions : Soissonnais ; place du nom de Noviodunum. les Silvanectes : Région de Senlis, forêt de Compiègne. les Rèmes : Champagne. Durocortorum : Reims. les Catalauni : région de Châlons-en-Champagne. les Leuques ou Leuces : hautes vallées de la Meuse et de la Moselle, jusqu'aux Vosges. les Mediomatriques ou Mediomatrices : cours moyen de la Moselle. les Trévires : de la Meuse au Rhin. les Aduatuques : rive gauche du Rhin, venus avec les Cimbres et les Teutons. Jules César donne le nom de Belges à tous les peuples situés au nord de l'Escaut. Dans les basses vallées de la Meuse et du Rhin, la proportion des Germains est plus forte parmi 4 ou 5 peuples et dont le plus important est les Eburons. Cependant les chefs éburons portent des noms gaulois et ces peuples font cause commune avec les autres belges contre les envahisseurs d'outre-Rhin, comme aussi contre les conquérants romains : Ambiorix, chef des Eburons, fut un des adversaires les plus acharnés de César. Les Gaules au temps d'Auguste Auguste, empereur le 16 janvier -27, modifie la division des Gaules : - la Narbonnaise (Gallia narbonensis), ex-Provincia, change peu. Elle s’étend des Alpes aux Cévennes ; sa capitale est Narbonne. C'est la seule province sénatoriale, les autres sont des provinces impériales ; - l'Aquitaine (Aquitania) s'étend au-delà de la Garonne, jusqu'à la Loire et au Massif Central, sa capitale est Bordeaux. Elle inclut 14 tribus de plus à l’Aquitaine originelle établie par César : 12 de la Celtique (Helvii, Vellavi, Arverni, Lemovices, Petrocorii, Nitiobriges, Cadurci, Bituriges Cubi, Santones, Pictones, Ruteni et Gabali) et 2 de la Provincia : Bituriges vivisci et Convenae. Au Ve siècle, la Notitia Galliarum (Notice des Gaules) donne huit cités pour l'Aquitaine Première, celles des Bituriges Cubes, des Arvernes, des Rutènes, des Albigeois, des Cadurques, des Lémovices, des Gabales et des Vellaves et six pour l'Aquitaine Seconde : Bituriges Vivisques (Bordeaux), Nitiobriges (Aginnenses), Ecolismenses (Angoulême), Santones, Pictones et Pétrocores ; - la Lyonnaise (Gallia lugdunensis), entre Loire et Seine, de Lyon jusqu'en Armorique ; sa capitale est Lyon ; - la Belgique (Gallia belgica), approximativement entre la Seine et le Rhin jusqu’à la mer du Nord ; sa capitale est Reims. Les Germanies Auguste crée deux groupes d'armée : l'armée du Moyen-Rhin ou de « Germanie supérieure » et l'armée du Bas-Rhin ou « Germanie inférieure ». Bien qu'ils soient officiellement aux ordres du gouverneur de la Gaule Belgique, ils sont en fait autonomes. Tibère, empereur romain de 14 à 37, détache officiellement les Germanies de la Belgique. Au début du IVe siècle, la rive gauche du Rhin est partagée entre trois provinces : la Germanie Première (Mayence, Worms, Spire et Strasbourg), la Germanie Seconde (Cologne et Tongres) et la Séquanie, intégrées au diocèse des Gaules. Voir Liste des Cités et tribus. Carte de la Gaule
Portrait des Gaulois D'après Amédée Thierry (1797-1873), les Gaulois avaient les cheveux blonds, le teint blanc, la taille haute ; ils parlaient fort et travaillaient bien. Cette description a été depuis remise en question. Polybe note leur perfidie. Par contre, Strabon (IV, 5) les dit d’un naturel simple, franc et sans malice mais fanfarons, fous de parures. Par légèreté, ils sont arrogants dans la victoire, abattus dans la défaite. Il attribue à leur simplicité et à leur fierté personnelle (IV, 2) la facilité avec laquelle ils s’assemblent en nombre pour s’associer à quiconque leur paraît victime d’injustice (IV, 2). Il rapproche leur passé de l’état présent des Germains, plus sauvages, plus grands, plus blonds (VII, 2). Cicéron leur refuse tout sentiment de pitié et de justice. Par contre, César reconnaît que les Volques Tectosages ont une grande réputation de justice. Il rend aussi hommage à l'esprit de sacrifice des guerriers, qui, lors du siège d'Avaricum, se relayant dans un poste dangereux où ils périront tous, ne cessent de jeter, pendant des heures, des brandons enflammés sur les ouvrages en bois des Romains. Les Gaulois sont braves mais fanfarons, intelligents mais peu capables de discipline, enthousiastes mais prompts au découragement, généreux mais terriblement coléreux. Lors de la grande levée de 52, les Bellovaques refusent de fournir leur contingent et ont le front de déclarer qu'ils feront la guerre contre Rome tout seuls et quand il leur plairait (après Alésia, ils tiendront cette formidable gageure). Le moindre revers suffit à briser les courages et Vercingétorix doit déployer des prodiges d'éloquence pour maintenir un moral élevé parmi ses troupes comme aussi pour les empêcher de se risquer dans de folles équipées. Peu de gens sont plus crédules que les Gaulois. Ils se laissent impressionner par les rumeurs. Ils comptent parmi les mieux doués des barbares sous le rapport de l'intelligence. César vante leur habilité à imiter et à réaliser ce qu'ils ont vu faire aux autres. Les Gaulois du Ier siècle ont perdu la furie guerrière qui a fait leur force : ils restent querelleurs et belliqueux mais ils ne tiennent plus dans le combat. César attribue cette décadence à la vie facile qu'ils mènent. Timagène blâme leur arrogance et leur goût du vin, mais vante, outre leur vaillance, leur propreté, surtout chez les Aquitains. L’intempérance des Celtes est célèbre ; on dit que c’est l’amour du vin qui les a attirés en Italie. Cicéron assure qu’ils croient que le mélange d’eau et de vin (pourtant habituellement pratiqué par les Romains) est un poison. Les Gaulois sont très hospitaliers : leur porte n’est jamais fermée et le passant est invité à partager leur repas. Ils utilisent une serviette de table et, contrairement aux Romains, mangent assis. Ils fabriquent du savon (« sapo », invention celte selon Pline), un mélange de suif et de cendre, qu’ils emploient pour décolorer leur chevelure. Le véritable savon a été inventé en Syrie, 1000 ans avant notre ère. Les Gaulois se rasent la barbe. Certains gardent les chevaux longs et la moustache pendante ; la plupart ne portent pas de moustache et préfèrent les cheveux courts, en brosse, roussis à l’urine vieillie et fixés à l'aide d'un gel à base de farine. Les dents sont nettoyées et brossées. Pour se laver les dents, les Celtibères utilisent l’urine collective stockée dans un réservoir. Les Gaulois utilisent des esclaves, mais peu, car les prisonniers sont en principe sacrifiés aux dieux. Les hommes libres comprennent, en dehors des druides, deux classes : le peuple (le brenn : à la fois guerrier et paysan) et les nobles ou chevaliers que César nomment « equites ». L’absence de classe moyenne est un trait de la société gauloise. Les Gaulois nobles servent à cheval. Des actions d'éclat, la faveur d'un puissant et plus simplement la fortune sont des moyens grâce auxquels on peut s'élever d'une classe à l'autre. Dans la noblesse existent plusieurs degrés : l'échelon le plus modeste est représenté par les « hommes honorables », viennent ensuite « les illustres », et enfin les « très nobles ». Les ambacti (de ambi, autour) constituent l’entourage du maître. César raconte qu’en l’an 52, l’éduen Litaviccos, fuyant sa colère, est suivi par ses ambactes « car il est jugé indigne chez les Gaulois d’abandonner son patron, même à toute extrémité ». Les Gaulois sont passés du régime de la propriété collective du sol à celui de la propriété privée (contrairement aux Germains). Tout porte à croire que le territoire national est réparti en grands domaines appartenant aux nobles. Vie Politique - La royauté : Le roi (« rix »), élu dans certaines familles aristocratiques, est un chef militaire. En cas de conflit, il commande en personne les cavaliers de la tribu. Les nobles n'obéissent pas au roi en temps de paix et l'institution royale tend à disparaître : au temps de César, il n'y avait qu'un seul roi tribal (Moritasgus) chez les Sénons (Sens) et un seul regulus sous-tribal, Teutomatus (ou Teutomatos), chez les Nitiobriges (Agen). Des personnages, connus du temps de César, comptent des rois parmi leurs ascendants, tels que Tasgétius chez les Carnutes et Casticus chez les Séquanes. Les grandes nations comme les Eduens et les Arvernes sont des premières à renverser leurs monarques. Les nouveaux gouvernements consacrent le triomphe de l'aristocratie. Celtill, père de Vercingétorix, est massacré parce qu'il essaie de rétablir la royauté à son profit. Vercingétorix réussira non sans peine à se faire proclamer roi des Arvernes en 52. Les Gaulois ne sont pas gens d'humeur assez égale pour s'accommoder longtemps d'un même régime. César note en maintes circonstances leur penchant pour les nouveautés, sinon pour les révolutions. Une rumeur suffit à déchaîner la panique, à provoquer l'assassinat et des troubles publiques. Dès qu'un dirigeant déplait, on le renverse et on l'exécute. Lorsqu’un noble particulièrement influent et enrichi s'élève au-dessus de sa classe, il ne peut plus se contenter d'occuper des magistratures et il en vient bientôt à rêver du pouvoir absolu : c’est le cas de Celtill chez les Arvernes, de Dumnorix chez les Eduens et d'Orgetorix chez les Helvètes. - Le vergobret : Chez les Eduens et quelques autres peuples de la Gaule (notamment les Lexovii et les Santones), le vergobret [vergobretos, de vergo (jugement) et bretos (efficace)], magistrat suprême réunissant une partie des prérogatives des anciens rois, cumule, semble-t-il, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Cette magistrature est élective et annuelle. Le vergobret ne peut commander l'armée, mais lui seul peut prononcer une condamnation capitale. Il jouit en général de larges prérogatives, sous la protection et sans doute aussi sous la surveillance de l'ordre sacerdotal. Dans les fêtes publiques, il parait la barbe poudrée d'or. L'élection du vergobret se fait suivant une procédure minutieusement réglée : le moment de l'année, le lieu de l'élection, sont consacrés, les modalités bien fixées. Le collège électoral comprend essentiellement les sénateurs, c'est-à-dire les chefs de tribus et sans doute les représentants de la noblesse. Le vergobret n'est donc que le porte-parole temporaire de l'aristocratie. Nous ne savons pas exactement comment le sénat était recruté. Le nombre des membres paraît avoir été élevé, si l'on en juge par le petit peuple des Nerviens qui avaient 600 sénateurs. Ce chiffre important donne à penser que la plupart des familles nobles est représentée. Par contre, chez les Eduens, 2 personnes de la même famille ne peuvent en faire partie simultanément. Le Sénat est plutôt la réunion des chefs de village ou de districts, et de chefs actifs, capables à la fois de commander et payer d'exemple. C'est le sénat qui élit les magistrats et en particulier le vergobret. Les dirigeants de la politique, hormis le vergobret, ne différent pas des chefs militaires. - Citations : En Gaule, non seulement dans toutes les cités, dans toutes les bourgades et dans toutes les régions, mais aussi dans presque chaque famille, il y a des partis politiques opposés. A leur tête se trouvent des chefs choisis pour leur prestige. C'est à eux que les Gaulois s'en remettent pour trancher et régler tous les problèmes. Cette coutume remontant à des temps très anciens semble destinée à assurer la protection de chacun contre un plus puissant. En effet, un chef de parti ne permet pas qu'on attaque ou qu'on trompe ses fidèles, car, sinon, il n'a plus aucune autorité dans son parti. Cette même division se retrouve dans l'ensemble de la Gaule, dont tous les peuples sont divisés en deux grandes factions. (Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, VI, 11.) La monarchie, dans notre pays, est franque, elle n'est pas gauloise. (Proudhon) La famille L’autorité du père de famille est absolue : il a le droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants. La fidélité des femmes celtes est célèbre chez les anciens. Elles accompagnent leurs maris à la guerre. La polygamie pratiquée chez les Germains et la communauté des femmes admises chez les Bretons n’est plus en usage en Gaule au Ier siècle et il existe un véritable contrat de mariage. En vertu de ce contrat la femme apporte une dot d'argent (pecunia) ; le mari doit doubler ce capital par un apport de biens jugés équivalent. Les époux deviennent copropriétaires de ce capital commun. En cas de décès du mari, le droit de la femme ne s'exerce pas immédiatement et sans réserve. Un conseil de famille se réunit et délibère sur les circonstances de la mort. S'il y a doute, on n'hésite pas à soumettre la femme à la question et si elle est convaincue de crime on la fait périr au milieu des tourments. La vie de l'enfant est la préoccupation unique des femmes jusqu’à l'âge du service militaire. « Les Gaulois diffèrent des autres peuples en ce qu’ils ne permettent pas à leurs enfants de les aborder en public avant qu’ils n’aient atteint l’âge où ils sont capables du service militaire ; ils regardent comme une honte qu’un fils à l’âge d’enfant paraisse en public en présence de son père. » (César). D’après Aristote, les Celtes ont coutume de plonger les nouveaux-nés dans l’eau d’un fleuve. Aristote, puis Diodore et Athénée accusent les Celtes de pédérastie, accusation qui n’est pas formulée par les écrivains romains. Il semble que les relations amoureuses entre hommes, au moins entre guerriers, étaient admises par la communauté. Mœurs guerrières Au début du second âge du fer (500/400 av. J.-C.), le char de guerre (essedum, covinnus ou carpentum selon le modèle) est l'instrument de combat le plus employé, surtout chez les peuples du Nord-Est. Il comporte une caisse en bois portée par 2 roues et tirée par 2 chevaux. Le char tombe en désuétude au IIe siècle chez les peuples de la Celtique et semble alors être réservé aux grands dignitaires. Au temps de César le char n'est plus en usage d'une manière systématique que chez les populations, plus conservatrices, de l'Ile de Bretagne. En Gaule, l'arme par excellence est devenue la cavalerie. Le cavalier est un noble. Il monte un cheval non ferré, sans selle et sans étrier. Le noble préfère lancer le javelot, d’abord du haut de son char, puis, lorsque le char de guerre a cessé d’être en usage, du haut de son cheval. Les guerriers utilisent un grand bouclier ovale ou hexagonal en bois, renforcé de pièces de métal au centre et sur les côtés ; le svastika apparaît très souvent sur les boucliers. Ils portent un casque d’airain de forme conique avec crête ou décoré d’aigrettes, de cornes, de figures d’oiseaux (corbeau) ou de mammifères (sanglier) ou encore de petites roues symboliques. Un rassemblement en armes a lieu avant chaque guerre. Tous les guerriers doivent se regrouper rapidement ; celui qui arrive le dernier est mis à mort. D’après César, des soldurii vouent leur vie à un chef militaire. L'entrée en campagne est précédée de sacrifices humains. Les guerriers se lancent à la bataille en poussant le cri de guerre ; les carnyx, trompes de bronze au pavillon en forme de gueule monstrueuse, retentissent pour terrifier l’adversaire. Strabon remarque que les Celtes « se jettent sur l’ennemi en masse et périssent aussi en masse ». Ils utilisent l’épée, la lance et la fronde. L'arc ne se répand qu'au moment de la résistance contre Rome. Selon Varron, les guerriers, les nobles du moins, protègent leur corps avec la cotte de mailles qu’ils ont inventée. Pour se faire reconnaître de leurs alliés, les guerriers se découvrent l’épaule droite. Les prisonniers, qui ne sont pas réduits en esclavage, sont immolés. Le Gaulois victorieux se réserve la tête de son ennemi. Suivant une vieille coutume toujours observée, les vaincus sont décapités sur le champ de bataille même. Les chefs victorieux rapportent, suspendues à leur cou ou au poitrail de leurs chevaux, les têtes de leurs ennemis. Elles restent ensuite clouées aux portes des maisons ou sont conservées comme symbole de triomphe et aussi comme fétiches protecteurs (la tête étant considérée comme le siège de l'âme immortelle). Les têtes des ennemis illustres, conservées dans de l’huile de cèdre, sont montrées fièrement aux visiteurs. Cette coutume horrible était un rite très répandu chez un grand nombre de peuples de l'antiquité. Les Scythes, et après eux les Wisigoths, les Lombards et les Francs, pratiquaient la décapitation et aussi la scalpation. L’épée qui accompagne le guerrier mort dans sa sépulture est rituellement pliée à chaud. Chaque tribu se groupe autour de ses emblèmes, a son propre campement et manœuvre à part : les Helvètes passent la Saône tribu par tribu, ce qui permet à César de tailler en pièces les Tigurins demeurés en bloc sur la Rive Gauche. A partir du Ve siècle av. J.-C., se développe le mercenariat : des guerriers combattent au sein de peuples étrangers, pour de l'argent ou des denrées convoitées telles que le vin. « Les Celtes sont tout naturellement propres aux combats, mais ils valent mieux comme cavaliers que comme fantassins » (Strabon) « Mars préside aux guerres. Quand ils ont résolu de livrer bataille, ils promettent généralement à ce dieu le butin qu’ils feront ; vainqueurs, ils lui offrent en sacrifice le butin vivant et entassent le reste en un seul endroit. On peut voir dans bien des cités, en des lieux consacrés, des tertres élevés, avec ces dépouilles. » (J. César) Religion. Druidisme. Après César, Tite-Live considère la religiosité comme un traité distinctif du caractère gaulois. Le surnaturel tient une grande place dans la vie des Gaulois. - Le culte des mégalithes : Le culte des pierres, extériorisé aux temps néolithiques sous la forme des menhirs, reste vivace. Les mégalithes d'Europe occidentale ont été construits entre 4500 et 1800 av. J.-C., au cours de la période néolithique et pendant une partie de l'âge du bronze. Ils peuvent être classés en quatre catégories : - les menhirs sont des monolithes dressés, c'est-à-dire des blocs de pierre isolés, généralement de grande taille et placés à l'origine verticalement (pierres levées). Le menhir serait l'incarnation indestructible d'un personnage avant apporté des bienfaits à la tribu. Il est également en relation avec la foudre (chute de la hache de pierre à travers les nuages). - les alignements sont des rangées de monolithes (Carnac). - les cromlechs sont des cercles composés de nombreux monolithes. Le plus célèbre est celui de Stonehenge en Angleterre. - les dolmens (type de mégalithes le plus répandu en Europe occidentale) sont des chambres funéraires dont les parois et le toit sont constitués de monolithes. Les dolmens, étaient à l'origine, recouverts totalement par un tumulus de terre ou de pierraille. Protégés par les superstitions dont ils faisaient l’objet, les dolmens n’en furent pas moins saccagés : les Romains commencèrent en puisant largement dans les tumulus protecteurs pour empierrer les routes. - Les druides : Les druides (du celtique dru-wides, « les très savants », et non du grec drûs « chêne » selon Pline l’Ancien) ont accepté l’héritage de la religion mégalithique et se servent des imposants monuments ; ils déclarent que ces énormes pierres sont là « depuis que la terre existe ». Ils possèdent une science sacrée dont la compréhension se perdra. On sait cependant que leur doctrine proclame l'immortalité de l'âme et sa transmigration. Ils croient en un principe divin unique. Les Anciens qualifient les druides de philosophes, entendant par là qu’ils ne se désintéressent d'aucune branche du savoir. L’ordre des druides se divise en trois degrés correspondant à trois états d'initiation : - les vates (en gaulois vatis, en irlandais faith : « devin »), devins et sacrificateurs, savants et médecins, qui ont en charge l'exercice pratique de la religion ; - les eubages, adonnés aux sciences divinatoires, qui prophétisent ; - les bardes (du gaulois bardos, irlandais bard, gallois bardd, breton barzh : poète), qui, par leurs chants, perpétuent les mythes où est contenu le savoir, et expriment la louange, le blâme ou la satire. Le barde a pour spécialité la poésie parlée, et surtout chantée. Il s’accompagne d’une sorte de lyre. Le barde est supplanté en Irlande par le file ou « voyant », qui remplit en même temps les fonctions de devin et de juge. Le gutuater (pluriel : gutuatri), « celui qui invoque » (de gutu : voix), est chargé de chanter les prières car il a le pouvoir de s'adresser aux dieux. Ausone écrit qu’il est « stirpe Druidarum satus » (tout-à-fait druide d'origine). Selon Tacite, le gutuater remplit une fonction juridique et détient des pouvoirs magiques : c’est donc un vate. Le gutuater gaulois, qui prononce invocations et exécrations, bénédictions et malédictions, est l’équivalent du cainte irlandais. Les dryades sont des devineresses. Le terme Ban-drui (femme-druide) est attesté dans la littérature médiévale irlandaise, mais il apparaît qu’il n’y a jamais eu de véritables druidesses habilitées à pratiquer des sacrifices et des offrandes, mais seulement des femmes, consacrées à la divination (dryades) ou à la médecine (obstétrique et naturothérapie), que l’on qualifiera plus tard de « sorcières ». C.-J. Guyonvarc’h et F. Le Roux écrivent (Les Druides p.40) : « La druidesse de l'imagerie romantique est en effet un leurre ou une illusion. Nous n'avons aucune trace sérieuse d'un sacerdoce féminin, surtout pas chez César qui, s'il avait existé des collèges de druidesses en Gaule indépendante, aurait dû le remarquer ». Strabon (Géographie) cite les bardes, les vates et les druides. Diodore de Sicile (Histoires) parle des bardes, des druides et des devins. Marcellin dit que les Gaulois ont été civilisés par les bardes, les eubages et les druides. César ne mentionne que les druides. Diogène Laërce affirme « qu’il y eut chez les Celtes et les Gaulois ceux qu’on appelle druides et semnothées » : « semnothées » désignant des « hommes vénérables d’origine divine ». Aristocrates, les druides sont à la fois prêtres (culte des dieux naturels, liturgie du gui toujours vert, symbole de l'immortalité de l'âme), guérisseurs, éducateurs (mainteneurs des poèmes héroïques récités ; l'école est cependant réservée aux classes privilégiées) et juges (ils prononcent la peine capitale : les exécutions sont rituelles et varient selon le crime ; par exemple, certains criminels voués au dieu Esus sont pendus à un arbre et saignés à mort, d’autres sont brûlés sur de grands bûchers). Les condamnés qui ne se soumettent pas à la sentence encourent une véritable excommunication. La durée du noviciat druidique est fort longue : elle peut aller jusqu'à 20 ans. Le célibat n’est pas imposé aux druides, à ce qu'il semble. Ils ne mènent pas de vie conventuelle. Ils ne sont pas astreints au métier des armes ni au paiement de l'impôt. L'instruction de la jeunesse est une prérogative des druides ; les nobles seuls sont autorisés à recevoir l'enseignement. Les druides exaltent le courage et le mépris de la mort. Les druides et les pythagoriciens ont des croyances métaphysiques communes : la non-représentation des dieux, l'intérêt pour les nombres et les lois mathématiques comme expression du divin, le goût de la divination et des augures, l’immortalité de l’âme, le cycle et la fin des réincarnations après une mort héroïque… Diodore de Sicile écrit que « l’opinion de Pythagore prévaut chez eux (les Celtes, ndlr) ». La littérature, abondante mais orale, est transmise par les druides et les bardes. Diogène Laërce attribue aux druides cette sentence : « Révérer les dieux, ne rien faire de mal et avoir du courage. » Ce clergé est la seule institution supratribale si nous exceptons les rares assemblées fédérales dont Vercingétorix tenta de se servir pour organiser la résistance. Le rôle des druides est multiple : conseillers des chefs de tribus, diplomates, juges, voire (s'il leur plait) chefs militaires, rien d'important n'est décidé en dehors d'eux. Avec le temps, l'autorité sacerdotale passe aux mains de la caste guerrière et il se fait un renversement qui brise ce gouvernement théocratique. Les druides résument en eux-mêmes tout le savoir de leur civilisation. Et ce savoir prétend exercer son empire sur les divers éléments : ils sont les maîtres du feu, commandent à l'eau et à la terre et se déclarent capables de déchaîner ou d'apaiser le vent. Bien plus, ils répondent à l'attente essentielle de tous les peuples de l'Antiquité en dévoilant l'avenir : ils sont surtout des devins. César écrit que les druides interprètent la volonté des Dieux : « religiones interpretantur ». Guérisseurs, les druides connaissent la forêt, lieu sacré, et les plantes qui soignent. Ils fabriquent une potion pour stimuler les combattants. On leur attribue le pouvoir de rendre frais et dispos des guerriers blessés à mort. Ils pratiquent également la chirurgie à l'aide de scalpels et de lancettes. La verveine sert à tirer les sorts et à prédire l’avenir. L'eau lustrale (aspersion) chasse les maléfices. La fumée est bonne pour toutes les maladies des yeux. L’œuf de serpent fait gagner les procès et donne accès aux souverains. Les rites religieux sont célébrés dans de véritables sanctuaires, pas dans les forêts. L'archéologie est venue balayer cette idée reçue avec la découverte d'authentiques sanctuaires comme ceux de Gournay sur Aronde et Ribemont-sur-Ancre en Picardie, celui de Mirebeau-sur-Bèze en Côte-d'Or ou celui de Corent dans le Puy-de-Dôme 10. Les druides des diverses cités, au moins ceux de la Celtique, forment une ample association et reconnaissent pour chef suprême l'un des leurs. Strabon nous représente les druides comme des arbitres agréés par les plaideurs, mais non imposés. L'autorité des druides est peu respectée par les Etats. Par un singulier paradoxe, ce sont les Gaulois, peuple le plus ergoteur et le moins enclin à accepter une discipline, qui nous offre la première image d'une cour d'arbitrage international. Les Celtes ont gardé le souvenir de l'Empire celtique depuis le IVe s. av. J.-C. quand ils occupaient presque toute l'Europe et une partie du monde méditerranéen. Aussi, chaque année, à l’occasion de la fête de Samain, en dépit de leur morcellement politique, ils se réunissent au « nombril » (en grec omphalos) de chacune de leurs grandes unités nationales : Gaule, Espagne, Bretagne, Pannonie, Asie, etc. Pour la Gaule, le nombril est chez les Carnutes (peut-être dans leur capitale Sodobriga (Suèvres, Loir et Cher)], choix symbolique car le pays des Carnutes passe pour le centre de la Gaule. "La Sologne, vaste forêt parsemée d'étangs, située au sud de la Loire, séparait deux importantes nations celtes : les Carnutes au nord et les Bituriges Cubi au sud. Elle correspond à ce vaste massif appelé par les auteurs anciens “forêt des Carnutes”, dans laquelle se trouvait localisé le principal Nemeton (sanctuaire, ndlr) de la Gaule" 3. Des vestiges ont été découverts en Sologne, au lieu dit les Frelats, sur les communes de Presly et d’Ennordres, dans le Cher. Les réunions sont plus cultuelles que politiques, les participants étant en majorité des druides. Néanmoins, leur président (sans doute un noble de lignée royale, constamment réélu) joue un rôle politique : il est considéré comme un empereur des Celtes ; c'est lui qui accrédite les ambassadeurs gaulois envoyés à Rome, en Grèce et dans les royaumes d'Orient. Tite-Live désigne comme « empereur des Celtes » un roi biturige nommé Ambicatus. En 61 av. J.-C., le druide éduen, Diviciacos (« le Devin »), vient en ambassade à Rome où il est reçu chez Cicéron qui évoquera dans un traité ses capacités divinatoires et ses connaissances des sciences de la nature. D’après Jules César, le druide est à la fois prêtre, juge, enseignant et juriste : « Ce sont les druides qui tranchent tous les différends, publics et privés. Si un crime a été commis, s’il y a débat sur un héritage ou des limites (fines), ils décident, fixent peines (poenas) et récompenses (praemia) (…) Si quelqu'un, condamné, prétendait échapper à la sentence ils lui interdisaient les sacrifices, ce qui le transformait pratiquement en pestiféré. » Les druides sont interdits par les empereurs Auguste, Tibère et Claude (41-51 ; interdiction définitive vers 45). - Inscriptions gauloises : Les druides, assure César, emploient l’alphabet grec pour rédiger les comptes publics et privés. Par contre, les Gaulois ignorent complètement la littérature : les auteurs anciens nous parlent de longs poèmes, traitant de la genèse du monde, des dieux et de l’histoire des Celtes, et dont nous ne savons rien car leur transmission était exclusivement orale. Les inscriptions gauloises sont écrites d’abord en alphabet grec, puis en alphabet latin. On peut les dater approximativement entre le IIIe siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C. Ce sont des documents généralement brefs, et stéréotypés : dédicaces à un dieu, signatures de potiers, inscriptions funéraires dénommant le défunt. Le plus long document connu, un calendrier quinquennal, fondé sur le cycle lunaire, trouvé à Coligny, reste encore inintelligible pour l’essentiel et les découvertes récentes de Chamalières et de Lezoux sont encore très controversées. Seuls les comptes de potiers de La Graufesenque sur la commune de Millau dans l’Aveyron, connus en 1922, ont permis un net progrès car les graffites gaulois avaient des parallèles en latin. On a ainsi découvert les chiffres ordinaux gaulois : cintuxus (premier), alios (deuxième ou plutôt second, comme le latin alter), trit (troisième), petuar (quatrième), pimpatos (cinquième), svexos (sixième), sextumetos (septième), naumetos (neuvième) et decametos (dixième). - Croyances et cultes : Dès l'époque de la pierre polie, certaines sources guérisseuses sont l'objet de la dévotion populaire. Les Gaulois les multiplient. Parmi leurs stations thermo-minérales, bon nombre ont été exploitées par les Romains. Les fouilles révèlent, par delà les installations perfectionnées des Romains, la trace des ingénieux captages des Gaulois ou les humbles offrandes des malades qui trouvèrent la guérison de leurs maux. Les inscriptions des premiers siècles nous transmettent les noms régulièrement préromains des divinités auxquelles on rendait grâces comme Bormo ou Borvo à Bourbon-Lancy, Bourbonne-les-Bains ou La Bourboule. Le culte solaire est important à la fin du IIe millénaire. Le soleil, après avoir achevé sa course diurne, navigue la nuit vers l'Orient sur une barque que porte le fleuve Océan dont les flots entourent la terre. Il est représenté par la roue et le svastika. Pour célébrer le printemps, les druides teignent des œufs en rouge en l'honneur du soleil. Le couple le plus caractéristique est un couple dont le culte a pour centre le pays des Éduens : dans la déesse il est permis de reconnaître la Terre-Mère, c'est-à-dire la vieille divinité des temps préhistoriques ; son compagnon, dieu au maillet, ne peut être qu'un dieu-père, peut-être celui dont les Gaulois, au rapport de César, se disaient issus. Le dieu au maillet, Sucellus, qui est la figuration la plus répandue, est adoré dans les vallées du Rhône et de la Saône et dans les pays rhénans. L'Etre divin, conçu sous une figure animale à l'origine, prend avec le temps des traits humains (les premières représentations de dieux à forme humaine sont bien antérieures aux Celtes : l'idole des grottes sculpturales de la Champagne nous reporte aux temps néolithiques, viennent ensuite les statues-menhirs de l’Aveyron). Le dieu à posture de Bouddha, connu sous le nom de Cernunnos (Cornu), porte des cornes de bélier ou des bois de cerf ; il est surtout répandu dans la Celtique du Centre. La déesse Epona est considérée comme une ancienne déesse-jument. Les Helvètes et les Trévires révèrent une déesse-ourse. Les cultes du taureau et du sanglier sont plus généraux. Certains peuples réservent la viande de sanglier aux dieux. Chez les Bretons, l’oie, la poule et le lièvre sont tabous. Les Gaulois envisagent des divinités associées en triades ou en couples. De nombreux cultes de la Gaule sont de caractère ternaire : triades de déesses-mères, dieux à triple tête ou à triple visage. Une triade divine figure sur le Pilier des Nautes, monument parisien, gallo-romain mais de haute époque : on relève trois images de dieux et les noms de Taran, Esus et Teutatès. Teutatès formerait avec Ésus et Taranis une triade comparable à celle de Jupiter, Mars et Quirinus à Rome. « Et parmi ces divinités cruelles, Teutatès est apaisé par le sang funeste, le hideux Ésus l'est par des autels sauvages, et Taranis [n'est] pas plus doux que la Diane des Scythes » 4. Le dieu à 3 visages se rencontre surtout dans la Gaule du Nord-Est et particulièrement chez les Rèmes (il serait une divinité d’origine rémoise). Les déesses Brig ou Brigid ou Berecynthia (Brigantia chez les Gaulois) qui survivent dans le culte irlandais de sainte Brigitte, sont des sœurs et elles sont 3. On les rendait favorables en enterrant un poulet vivant au confluent de 3 cours d'eau. D'autres déesses irlandaises, les Macha, forment également une triade, l'une représentant la fécondité, l'autre l'agriculture, la troisième la guerre. Un taureau, surmonté de 3 grues (Tarvos Trigaranus), est représenté sur le Pilier des Nautes de Lutèce. Il existe aussi un taureau tricornu. Les torques de la Tène comportent souvent des ornements ternaires. Selon Aristote, « trois est le nombre du tout parce qu’il comprend le commencement, le milieu et la fin. » Les dyades (couples) ou groupes de 2 divinités abondent dans toutes les parties de la Gaule. Les Dieux-Frères (jumeaux), Dinomogetimaros et Divanos, sont assimilé aux Dioscures. Parmi les génies des eaux : Grannos et Sirona, Luxovius et Brixia à Luxeuil, Borvo et Damona à Bourbon-Lancy. Le dieu-cavalier à l'anguipède des Mediomatriques se présente comme le dieu du beau temps, des campagnes fécondes, et des fermes prospères. Les récits héroïques tiennent une grande place dans la mythologie des Celtes. Ces héros sont des ancêtres qui se sont illustrés par des exploits guerriers ou par leur sagesse. Entrés vivants dans la légende, ils sont divinisés après leur mort. Comme l'Irlande, la Gaule a ses héros : Ambigat, le roi vertueux de la Celtique et les conquérants Bellovèse et Ségovèse. Les Gaulois croient en une vie après la mort et même en la réincarnation des défunts. Mais seules les âmes des guerriers morts courageusement rejoignent directement le monde des divinités. Plutarque et Pausanias remarquent que les Gaulois ne pleurent pas les morts. César, dans De Bello Gallico (VI, 14) résume ainsi le sentiment des Celtes vis-à-vis de la mort : « Les âmes ne périssent pas, mais passent après la mort d'un corps à un autre ». Selon le même César, il y a peu de temps, les Celtes de Gaule brûlaient ensemble les esclaves et les clients que les morts avaient aimés. Méla note qu’on brûlait et enterrait avec les morts ce qui leur servait de leur vivant. A l’époque du Bronze, les morts sont incinérés en Gaule, notamment au sud et au sud-est ; à l’âge du fer, ils sont inhumés sous des tertres (tumuli). Les sépultures à inhumation et celles à incinération ont coexistées dans certaines nécropoles comme celle de Hallstatt ; les inhumés semblent avoir été plus pauvres que les incinérés. A partir du IIIe siècle avant notre ère, l'incinération paraît supplanter l'inhumation selon des rythmes très différents suivant les régions 10. Les druides croient que les Celtes sont nés de Dispater, le père, dieu des morts et de la nuit mais aussi dieu de l'eau et des fontaines, qui fera périr le monde par l’eau et le feu. Pour eux, la Mort précède la Vie, de même que la nuit précède le jour ; c’est pour cela qu’ils comptent le temps par nuits et non par jours. Certains pensent que les Celtes n’étaient pas réellement polythéistes mais plutôt monistes : c'est à dire que pour eux, le monde n'était constitué que d'un seul élément et que la pensée était donc elle aussi unique. Et si tous les dieux des Celtes, adorés sous différents aspects, n’étaient en fait qu'un seul, « celui dont on ne prononce pas le nom », l’Etre Suprême, le Verbe dont le son est OIW, équivalent de l’AUM ou de l’AMEN des Orientaux, si l’on en croit les ésotéristes… Collin de Plancy, dans les Légendes de la sainte Vierge (1845), parle d’un bocage des environs du Puy-en-Velay où les druides vellaves vénéraient une virgo futura Dei nascitur (une vierge devant donner naissance à un dieu). Les forêts surtout passent pour accueillir les dieux et c'est dans les clairières que se tiennent les assemblées politiques et religieuses. Cependant, vers la fin de la période de l'indépendance, les Gaulois édifient des enceintes sacrées (nemeton). Plutarque rapporte que les Arvernes suspendirent dans un temple l'épée de César dont ils avaient réussi à s'emparer (le vainqueur de la guerre des Gaules ne voulut pas récupérer cet objet consacré aux dieux). La cloche est largement répandue dans l'Europe celtique depuis des temps reculés ; les Celtes l'emploient pour annoncer des événements et lui prêtent le pouvoir d'attirer les bons esprits et de chasser les mauvais. Voir liste des théonymes - Gui, houx et buis : Le gui, considéré encore aujourd'hui comme une plante portant bonheur et chassant les démons, joue toujours un rôle très important dans les mythologies. Le Troyen Enée ouvre le chemin des enfers avec une baguette de gui 5. Le « rameau d'or » est la branche de gui dont les feuilles vert pâle se dorent à la saison nouvelle. Le rameau d'or est à rapprocher du rameau vert, symbole universel de régénérescence et d'immortalité. La mythologie du gui est riche dans les pays celtiques et germaniques. Le gui passe pour avoir une puissance magique : il permet d'ouvrir le monde souterrain, d’éloigner les démons, de conférer l’invulnérabilité et l'immortalité et, détail propre aux Latins, il est inattaquable au feu. Les druides se réunissent dans des lieux consacrés afin de recueillir la plante divine, le gui, ce parasite à feuillage persistant, considéré comme envoyé du ciel par les Gaulois car, n'ayant pas de racines dans le sol, il est censé bénéficier d'une relation particulière avec le monde d’en-haut. Les cérémonies sont accompagnées de sacrifices. Le culte est célébré devant un chêne rouvre élevé. L'existence de gui, extrêmement rare, sur un chêne, témoigne de la présence d'un dieu dans l'arbre. On lui accorde donc un pouvoir magique. Le gui du chêne est l’attribut du dieu Esus. Le rameau ne doit pas être coupé avec un tranchant de fer (l'usage du fer est interdit dans la plupart des rites religieux, car il est censé chasser les esprits et il ôterait au rameau de gui ses propriétés magiques), aussi les druides ne le cueillent-ils qu'avec une faucille d'or (notons qu’aucune serpe d’or n’a été découverte à ce jour. L’or étant mou, il est d’ailleurs probable que la serpe devait être en bronze doré. L’or symbolise le soleil et la forme de la faucille la lune). A en croire certains, les druides crient « O ghel an heu ! » (Que le blé lève !), exclamation mal traduite par : « Au gui l'an neuf ! ». Puis ils prient en immolant deux taureaux blancs. « On ne peut omettre en parlant du gui la vénération dont il est l'objet dans toutes les Gaules. Les druides, nom donné à leurs prêtres par les Gaulois, ne connaissent rien de plus sacré que le gui et que l'arbre sur lequel il croît, à condition que ce soit un chêne-rouvre. C'est dans les bois de chênes-rouvres qu'ils ont leurs sanctuaires, et ils n'accomplissent aucun rite sans leur feuillage. Le nom des druides... fait peut-être allusion à ce culte des chênes... Ils pensent que tout ce qui croît sur ces arbres est d'origine céleste et que la présence du gui révèle la préférence de la divinité pour l'arbre qui le porte. Le gui se rencontre très rarement sur un chêne ; quand les druides en ont découvert, ils le cueillent en grande pompe. Pour ce rite, ils choisissent le sixième jour de la lune, jour qui leur sert à fixer le début des mois, des années, et de leur siècle de trente ans. Ils pensent que, dès ce jour-là, elle a acquis une grande vigueur... Ils appellent le gui d'un nom qui signifie : celui qui guérit tout. Après avoir préparé un sacrifice au pied de l'arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d'une robe blanche, le prêtre monte à l'arbre, coupe avec une faucille d'or le gui qui est recueilli dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité de rendre ce sacrifice profitable à ceux pour qui il est offert. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité aux animaux stériles et constitue un remède contre tous les poisons. » (Pline, Hist. Nat. 16. 249). La cueillette du gui se fait au 6ème jour de la lune qui suit le solstice d'hiver " Chez nos Gaulois, le VIII Atenoux Riuri (4-5 janvier), avait lieu la cueillette du Gui sacré, “plante lunaire toujours verte dont Pline a popularisé le rituel”. 6 La coutume veut, qu’après le réveillon, on s'embrasse sous le gui, plante censée protéger du mauvais sort, de la malchance, des maladies, des infidélités, mais aussi de la foudre et des incendies. Les nouveaux mariés gaulois s’embrassent déjà sous un bouquet de gui censé rendre fécond. Les Romains, qui cueillent aussi le gui, croient qu'il guérit la stérilité des femmes (Pline XXIV, 12). Sous forme liquide, il est donné à boire aux animaux stériles. Le gui, également utilisé comme contrepoison, passe pour une panacée, et l'on ne se contente pas de le prendre comme remède : on en orne les murs des temples et des habitations et on met la poudre de ses feuilles dans des sachets que l'on porte suspendus au cou en guise d'amulettes. Dans l'ancienne médecine, le gui jouit d’une haute réputation qui se conservera dans un grand nombre de localités, avec certaines coutumes ou traditions superstitieuses : on suspend le gui au cou des enfants pour les préserver des maléfices et on en fait des chapelets contre l'épilepsie. Il est aujourd'hui reconnu que le gui a des propriétés hypotensives, antispasmodiques, sédatives, diurétiques, antihémorragiques et cytostatiques (guérison de cancers cutanés non invasifs). Le gui exerce également une influence stabilisatrice sur l'activité cardiaque. Il prévient l'artériosclérose et les rhumatismes et aide à combattre la stérilité. On l'utilise en poudre, en extrait ou en infusion. Chez les Celtes, le houx, aussi, est sacré, en raison du caractère persistant de son feuillage, de sa vitalité (il peut vivre très vieux, jusqu'à trois cents ans) et de ses vertus médicinales. Les Gaulois divinisent le buis, toujours vert et au bois très dur, qui symbolise l'éternité. - Le chêne et le sapin : Universellement considéré comme le symbole de la force et de la longévité, le chêne est aussi un arbre sacré (chêne de Sichem, Josué 24,26) et oraculaire : dans ses branches, Abraham entend la voix de l'Éternel à Mambré. La puissance du chêne est citée par Amos (2,9). Dans l'Ancien Testament, chêne et térébinthe sont souvent confondus. Symboliquement, c'est dans la vallée du Térébinthe (ou du Chêne) que se déroule la bataille contre les Philistins au cours de laquelle David tue le géant Goliath (I Samuel 17,2). Le chêne rouvre, arbre sacré symbolisant force et sagesse, traditionnellement associé à la foudre c'est-à-dire à la puissance du ciel, est un temple végétal. Les druides utilisent l’écorce carbonisée par la foudre des chênes pour faire des amulettes protectrices à l’effigie du dieu Taranis. Les Romains consacrent le chêne à Jupiter. Le gland est réputé allonger la vie et atténuer les effets de la vieillesse. Chez les Celtes, le sapin est l'arbre de l'enfantement. Ils associent l’épicéa au solstice d’hiver à partir duquel le soleil renaît. - Offrandes et sacrifices La pratique des offrandes remonte aux âges de pierre où elle se traduisait par le dépôt de haches votives. Chez les Gaulois elle devient chose courante. On offre aux dieux des colliers (torques) et des rouelles, et même des lingots, des bijoux ou de la monnaie (certain lac de Toulouse passe pour receler d'immenses richesses englouties). Ailleurs les offrandes sont simplement entassées dans des lieux consacrés et personne n'ose porter sur elles une main sacrilège. Le sacrifice est le privilège des druides. Il en existe trois types : - la libation, au bénéfice de la classe productrice (lait, eau, boissons fermentées...), - le sacrifice non-sanglant, au bénéfice de la classe sacerdotale (pendaisons, noyades), - le sacrifice sanglant, au bénéfice de la classe guerrière (immolations, crémations). On sacrifie des animaux (le cerf notamment). Soit l'animal (souvent vieux et jugé incomestible) est offert aux dieux dans sa totalité, soit hommes et dieux se répartissent une bête plus jeune dont on brûle les parties destinées aux dieux et dont on mange les autres morceaux à l'occasion d'un grand banquet 10. On sacrifie même des humains. Les victimes sont parfois volontaires et pensent que c'est un honneur de mourir pour le bien de la société. Cicéron, en 75 av. J.-C., parle de la coutume atroce qu’ont les Gaulois de sacrifier des hommes. César dit que les Gaulois croient que la vie d’un homme est nécessaire pour racheter la vie d’un autre homme et qu’on ne peut apaiser autrement les dieux. Les Gaulois immolent aux dieux les prisonniers et les condamnés de droit commun ; le sacrifice des innocents n’est pratiqué qu'en cas de nécessité. César parle dans De Bello Gallico de grands mannequins de bois aux membres d’osier tressé (simulacra) dans lesquels les Gaulois enferment des hommes et des animaux, et auxquels ils mettent le feu. Ou bien, selon Strabon, la victime reçoit un coup d’épée dans le dos et on prédit l’avenir d’après ses convulsions. Ou encore, la victime est tuée à coups de flèches ou crucifiée dans le temple. Poséidonios (+ 51 av. J.-C.) décrit une fête « se renouvelant tous les 5 ans » et qui donne lieu à des sacrifices d’animaux enfermés dans une construction en bois à laquelle on met le feu. Denys d’Halicarnasse (Antiquités romaines, 8 av. J.-C.) constate que les sacrifices humains sont encore en usage en Gaule (ils ne seront plus pratiqués vers l’an 40 de notre ère). À l'époque gallo-romaine, pour obtenir la guérison d'un enfant, on offre à la divinité une statuette représentant l'enfant. Vie économique. Sciences, techniques et Arts. - Habileté et inventivité des Celtes : Les artisans, notamment les charrons, les forgerons, les potiers et les charpentiers sont vite réputés pour leur habileté et, à partir du 1er siècle avant J.-C., inondent l'Occident de leurs produits grâce à un réseau de chemins de terre que Rome perfectionnera en l'empierrant. Les Celtes se signalent au cours des siècles, par des innovations techniques : ils inventent l'éperon, la carruca (charrue) munie d'un puissant soc de fer, à bouts recourbés, en forme de pelle pointue (c’est en Rhétie gauloise qu’on a l’idée d’ajouter les deux petites roues), le moulin hydraulique, le matelas, la chaussure à tige et le tonneau. Ils réinventent la vis (pressoir à vis). Les nombreuses forêts de Gaule ont fait des Gaulois des bûcherons et des charpentiers hors pair qui construisent maisons, chars, charrettes, bateaux et tonneaux. La tonnellerie est une invention des Celtes de la Cisalpine. Tandis que les Latins ne connaissent pour conserver les boissons que l'amphore en terre cuite, les Gaulois ont l'idée de se servir des tonneaux formés de douves de bois et cerclés. De cette habilité à tailler le bois, à l'assembler au moyen du fer, les Gaulois donnent un exemple lors du siège d'Avaricum. Au fur et à mesure que les Romains élèvent leurs tours d'attaque, les Gaulois en dressent d'aussi hautes et les protègent contre le feu par des revêtements de cuir. Pline attribue aux Celtes l'idée de faire reposer le timon sur 2 roues. La faux gauloise, utilisée pour récolter le foin, remarquable par ses grandes dimensions et maniée à 2 mains, diffère peu de nos faux actuelles. Les Gaulois emploient aussi des faucilles et des bêches. La conquête n'arrêtera pas leur génie inventif et c'est dans leur domaine belge qu'apparaît, peu avant les grandes invasions, la toute première machine à moissonner (vallus) décrite par Pline. II s'agit d'une sorte de tombereau, porté sur roues et qu'un bœuf pousse devant lui. La partie antérieure du tombereau ouverte et rasant le sol est munie de dents qui attaquent les tiges ; les épis coupés tombent à l'intérieur de la caisse. Ce sont les Gaulois de la civilisation dite de la Tène (IIe Age du Fer) qui répandent et généralisent l'usage du fer. - Agriculture. Alimentation : La culture du blé et de l'épeautre est très répandue chez les Gaulois transalpins. Au 1er siècle av. J.-C., la Beauce possède d'importants emblavements. Le beau pain blanc de froment fait le régal des gaulois et la convoitise des autres peuples. Selon Pline, le pain gaulois est très léger. Pour fabriquer la farine, les Celtes adoptent rapidement la meule rotative hispanique. Grands mangeurs de blé, les Gaulois sont aussi de grands buveurs de bière (cervoise) : après le blé, l'orge tient sans doute la plus grande place dans les champs. Lentilles, fèves et caméline poussent dans les jardins 10. Les Gaulois ont aussi cherché à amender les sols. Les agronomes latins ont noté l'intelligente utilisation de la marne chez les peuples belges et les Bretons, celle de la chaux chez les Eduens et les Pictons. La culture de la vigne, au temps de la conquête ne s'est pas répandue en Gaule et ne dépasse guère les abords de Marseille. Le vin, boisson rare, est considéré comme un luxe : on échange un esclave contre une mesure de vin. Pendant longtemps un préjugé a contrarié l'usage de cette boisson : on rangeait le vin parmi les aliments raffinés dont la consommation avait pour effet d'amollir les caractères et de briser le courage. Au 1er siècle, certains peuples belges tels que les Nerviens, prohibent encore l'importation du vin. Les Germains pensent et font de même. Les Gaulois échauffent leurs esprits en buvant de l’hydromel (alcool de miel). La forêt est gérée par l'homme gaulois dont la présence et les activités façonnent fortement le paysage 10. Les Gaulois pratiquent avec intensité l'élevage de leur petit cheval (1 m 30 au garrot) afin de posséder une nombreuse cavalerie guerrière : les Trévires, les Éduens et les Arvernes excellent à cet égard. Les juments gauloises sont réputées : les armées de Claude II en ramènent un grand nombre à Rome. L'élevage du cheval de trait n'est pas moins poussé ; chevaux et bœufs sont employés aux travaux des champs. Contrairement aux Romains, les Gaulois, particulièrement ceux du nord-est, mangent du cheval. La romanisation fera reculer l’hippophagie. Les Gaulois consomment aussi du chien : ils élèvent une race de chiens spécialement destinée à la nourriture. En Europe du Nord, 300 ans av. J.-C., les Celtes dressent de grands chiens pour protéger leur bétail des loups. Les chiens celtes sont renommés surtout ceux des Morins, des Bretons et des Belges. Ils sont utilisés pour la guerre. Le roi arverne Bituitos a une garde équipée de chiens. Pline écrit que les Gaulois faisaient couvrir leurs chiennes par des loups et qu’ils dressaient les canidés issus de ses croisements à guider leurs meutes. Les auteurs anciens parlent de bétail nombreux et varié : porcs (dont la viande est conservée par salage et fumage), veaux, moutons, chèvres et volailles abondent. Des transhumances sont organisées vers la Provence et les Alpes. Les oies sont élevées en grand chez les Morins du Nord de la Gaule. Au temps de Strabon (58 av. JC - 24 ap. JC), les Gaulois, particulièrement les Sequani, font beaucoup de salaisons ; la charcuterie des Gaules (surtout le jambon) est renommée au Ier siècle de notre ère. La graisse de porc sert d’huile. Au Mont Beuvray (Bibracte), on a découvert de grands égouttoirs pour le fromage. Les fromages des vaches des Alpes et des Cévennes sont renommés. La chasse et la guerre sont les principales occupations des Celtes. La chasse du grand gibier des forêts (sangliers, ours, cerfs) reste une entreprise passionnante. Chez certains peuples, la consommation du sanglier dont la viande est réservée aux dieux, est interdite. Les Ardennes recèlent des aurochs et des élans. Le lièvre, partout répandu, est l’animal sauvage le plus consommé, sauf par les Bretons, à en croire César qui mentionne : « Le lièvre, la poule et l'oie sont, d’après eux (les Bretons, ndlr), nourriture interdite : ils en font pourtant l’élevage pour le plaisir. » (Guerre des Gaules V, 12. Trad. Germaine Rousset). Comme le lièvre ou le lapin vit sous terre, les Bretons le croyaient en relation avec le monde des morts et les lieux inférieurs. Ils pratiquaient la divination en se basant sur la course d’un lièvre. Près des rivières et des côtes, le poisson et les coquillages sont appréciés. Seules, certaines peuplades armoricaines dédaignent les poissons qui pullulent près de leurs rivages. - Exploitation minière : La Gaule, surnommée « Gallia Aurifera », est réputée pour ses richesses aurifères ; pour les Romains, la Gaule est le "pays où l'or foisonne". Les Arvernes, qui exploitent les mines d'or sur leur territoire, en Limousin et en Auvergne, exercent, grâce à leurs richesses, une hégémonie sur tout le sud de la Gaule. Les mines d’argent se trouvent surtout dans les Pyrénées et dans les territoires des Gabali et des Ruteni. Le plomb est répandu dans toute la Gaule et en Grande-Bretagne. Le cuivre (on en trouve en aquitaine et chez les Ceutrones), le mercure et les métaux précieux sont importés d'Espagne. La grande extraction gauloise est celle du fer (c'est l’épée de fer qui fait la puissance des celtes). Les mines de Lorraine sont exploitées de bonne heure. Celles du Berry ne sont pas moins célèbres. La réduction du minerai est obtenue, suivant la méthode catalane, dans des fours à cavité de forme tubulaire, garnis de terre réfractaire. Le fer, dans les sociétés gauloises, devient le matériau privilégié de l'outillage, qu'il soit agricole ou artisanal, tant pour le charpentier que pour le chirurgien. Matériau de construction des chariots, il devient indispensable à l'économie du transport. Il apparaît en masse dans le domaine domestique pour les ustensiles de la vie quotidienne mais aussi sous la forme de petite quincaillerie. Et il est très prisé dans le domaine de l'armement, sans oublier celui de la parure vestimentaire 10. Certaines sépultures du Berry et de l'Auvergne ont livré des objets de fer d'une extrême variété qui donnent une haute idée du perfectionnement de l'outillage. César relate plusieurs fois les mécomptes que lui infligent les Gaulois grâce à leur habileté à établir des sapes, habileté acquise dans le travail des mines. Des mines de sel sont exploitées en Lorraine. - Industrie : L'industrie des conserves alimentaires, si renommée à l'époque impériale, existe avant la conquête. Chanvre et lin permettent la réalisation de textiles légers 10. Les Gaulois tissent des étoffes en lin et en laine de mouton et confectionnent des vêtements, des couvertures et des tentures. Pour Pline, les Gaulois sont les inventeurs des étoffes à carreaux et les Cadurci, les Ruteni, les Bituriges, les Caleti et les Morini produisent des toiles de lin très estimées. La laine des brebis des Morins, malgré sa rudesse, sert à confectionner des tissus appelés laena. Le costume gaulois est éminemment original et heureusement conçu. Les braies sont un pantalon à larges jambes, laissant bien libres les mouvements et descendant jusqu'à la cheville. Le pantalon ne semble pas d’origine celtique car il est inconnu des anciens Gaëls. La Narbonnaise seule porte le nom de Galla Bracata (Gaule en braies). Dans l’antiquité, on trouve le pantalon en usage chez les Perses et les Scythes. Sur une tunique courte à manches, les Gaulois portent la saie ou le sayon (sagum) : un manteau à manches agrafé sur la poitrine, souvent pourvu d'un capuchon (cuculla) qu’on peut relever à volonté. C’est aussi le manteau des Ligures, des Germains et des soldats romains. Ces vêtements sont en laine. Les Gaulois sont habiles à tanner le cuir. Ils en revêtent les boucliers et même les murailles des villes et les tours de bois qui les défendent. Ils font des fourreaux d'épées, des pièces de harnachement, des chaussures, des tabliers, des outres, des ceintures, etc. Les Vénètes emploient les peaux comme voiles des navires. Les Gaulois portent généralement des sandales de cuir à semelle épaisse que les Romains appellent gallicae (galoches). En ce qui concerne l'habitation, les Celtes sont en retard sur les peuples méditerranéens. Le bois seul entre dans la construction de la maison gauloise sous forme de poutres de soutènement et de clayonnage pour la revêtir. La couverture est généralement en chaume, parfois en roseaux ou en tuiles de bois. Les murs, sans fenêtre, sont faits de rondins ou de branches entrelacées enduites de torchis (terre et paille). Une seule pièce réunit la famille autour d’un foyer central. Des abris, destinés aux bêtes et au fourrage, jouxtent les habitations. Selon Polybe, les Gaulois n’ont pas de mobilier et n’ont d’autre lit que le gazon. Poseidonios rapporte que les Celtes prennent leur repas, assis sur des bottes de foin autour d’une table de bois ronde. Diodore dit que les Gaulois couchent sur des peaux de bêtes. Pline l’Ancien écrit que les matelas et les lits rembourrés sont une invention gauloise. Les Gaulois font un large emploi des chariots. Plusieurs vocables, désignant les voitures de diverses catégories, sont empruntés par les Latins aux Gaulois : le lourd carrus, la rapide reda, peut-être le carpentum et l’essedum (char de guerre), passent pour des mots d’origine gauloise. - Commerce : Au 1er âge du fer, les échanges ne sont plus limités aux matières premières. Mais le couloir rhodanien reste alors en dehors de ce grand mouvement commercial. C'est que le littoral, en dehors de Marseille et la basse vallée du Rhône est encore aux mains des Ligures peu sociables. Ces tribus arriérées forment un écran entre le foyer de civilisation méditerranéen et la Celtique, dont les limites méridionales ne dépassent guère le confluent de Lyon. Il faut attendre la descende des Gaulois vers les côtes de Provence pour que des relations s'établissent. Les Gaulois vendent des céréales et des textiles aux Romains et aux Grecs, tandis qu’ils rapportent des poteries de luxe, du vin, de l’huile d’olive et les minerais qu’ils ne possèdent pas. Dans la Gaule du dernier siècle apparaissent tous les témoignages d'un négoce actif. - Voies de communication : Le commerce de l'étain a les plus fortes répercussions sur le développement routier. La localisation et la rareté des gisements déterminent les directions du trafic. L'aménagement des routes et la construction de pont de bois pour franchir les rivières sont les grandes nouveautés qui, vers la fin de l'indépendance, caractérisent le réseau gaulois sur lequel circulent carrus, reda et petorritum. Les Romains perfectionneront la chaussée gauloise, amélioreront les tracés, multiplieront les ponts, mais bien peu de communications nouvelles leur seront dues. Des vaisseaux de haute mer, d'une robustesse inégalable, sont utilisés par les Vénètes. Le chêne et le fer entrent seuls dans leur construction. La carène se termine, à la partie inférieure, par une surface presque plate qui permet au navire de s'échouer à marée basse sans se renverser. De puissantes chaînes de fer et non des câbles soutiennent de lourdes ancres. Les voiles sont en peaux brutes ou travaillées. Mais ces lourds bateaux ne peuvent rivaliser de vitesse (l'énorme masse ne peut être déplacée à la rame) avec les fins navires méditerranéens. Par contre, ils sont adaptés aux mers où ils évoluent et, grâce à eux, les Vénètes jouent un rôle de premier plan dans les relations entre la Gaule et la Bretagne insulaire (commerce de l’étain). L'existence d'une batellerie fluviale nombreuse et active est affirmée par un grand nombre de textes anciens. Les ports fluviaux sont prospères : Mâcon et Chalon sur la Saône, Roanne et Orléans sur la Loire, Melun et Lutèce sur la Seine, etc. Le halage de petites embarcations, chargées de marchandises, est pratiqué le long des cours d’eau. - Arts : Les Gaulois sont de médiocres carriers et tailleurs de pierre. L'architecture et la sculpture leur sont longtemps demeurées étrangers ; sauf l’architecture militaire. Ils construisent des enceintes solides autour de leurs places fortes. Les fouilles révèlent parfois, à l'intérieur du rempart, la présence d'un noyau de chaux obtenu par calcination de bois préalablement introduit dans la masse. Les Gaulois forment une ossature avec des poutres entrecroisées et reliées par de fortes fiches de fer. Puis le vide est rempli par de la terre et des moellons. Le parement extérieur du mur est fait de très grosses pierres logées dans l'intervalle des poutres (passées au feu pour devenir imputrescibles). César ne peut pénétrer dans Avaricum (Bourges) que par escalade. L'éclosion d'un art gaulois est longtemps retardée par un préjugé qui interdit de représenter les animaux et la figure humaine. Il existe une série de masques métalliques par lesquels les artistes celtiques ont essayés à représenter la figure humaine : ces têtes de dieux ou portraits d'homme proviennent de la région pyrénéenne ou du bassin parisien. La plus ancienne daterait du IIe siècle av. J.-C. Les rares monuments en pierre, antérieurs à Jules César, appartiennent tous au midi méditerranéen ; il a fallu le contact avec le monde gréco-romain pour déclencher l'éclosion de la sculpture. Les statues de la Roche-Pertuse (Bouches du Rhône) figurent des personnages assis sur leurs jambes croisées dans l'attitude bouddhique. Les détails des costumes, ornés de svastikas et de motifs géométriques, font présumer des divinités ou des prêtres. Les Pierres d'Entremont (Bouches du Rhône) sont trois blocs cubiques destinés à être superposés et qui pouvaient constituer un pilier élevé en l'honneur de quelque chef indigène. Les reliefs représentent des cavaliers armés d'une lance et d'une épée et des têtes coupées aux traits convulsés (têtes d'ennemis vaincus que, suivant la coutume gauloise, on décapite après les avoir mis à mort). Le travail du bronze, loin d'être éclipsé par l'industrie du fer, ne cesse de se perfectionner. Le bronzier fond du cuivre et de l’étain pour obtenir le bronze. Il fabrique, par moulage, des objets de parure et de toilette, des pièces de harnachement, des amulettes, des poignées d’épée, des tôles pour les chaudrons et les terrifiantes trompes : les carnyx. Selon Pline, les Bituriges ont inventé l'étamage. L'argenture se pratique à Alésia. Dès l'an 121, Bituit, roi des Arvernes, possède un char entièrement revêtu de métal argenté, qui fait l'étonnement des Romains lorsqu’il parait au triomphe de son vainqueur, le consul Fabius Maximus. Les objets ornés de corail (glaive, bouclier, casque) se retrouvent dans tous les pays celtiques (en Gaule, notamment chez les Remi). Selon Pline, le corail est censé avoir des vertus curatives et une branche pendue au cou d’un enfant le protège. Puis l'émail joue le rôle précédemment dévolu au corail. L'émaillerie (inconnue à Rome) est une spécialité qui fait l'honneur des manufactures installées dans quelques grands centres industriels, en particulier chez les Eduens, au Mont Beuvrey. Les orfèvres gravent et cisèlent l’or et l’argent pour créer des bijoux (colliers « torques », bracelets et bagues) et des pièces d’apparat. Le tour de potier apparaît en Gaule au Ve s. av. J.-C. Les poteries restent longtemps sans beauté. Pendant des siècles, l'usage du four est ignoré : il faut arriver à la fin du IIe siècle pour voir cette méthode se généraliser. Il est vrai que la terre cuite ne tient pas une place essentielle dans la vaisselle des Gaulois : Posidonius rapporte que les Gaulois utilisent largement des plats de bois et des corbeilles d'osier. Les Gaulois importent de nombreuses céramiques d’Italie et de Grèce. Au derniers temps de la Tène, les vases peints se multiplient, les formes deviennent plus nombreuses et comprennent jusqu'à des assiettes et des plats. La situation exacte des ateliers n'est pas connue, mais la fréquence des trouvailles permet d'entrevoir des centres de fabrication dans la Gaule centrale, notamment dans la région de Roanne et de Lezoux, chez les Arvernes. D'autres trouvailles supposent un centre chez les Rutènes, près de Millau (Aveyron), au lieu dit la « Graufesenque ». C'est précisément chez ces peuples que se retrouveront au Ier siècle, les plus grandes officines de la Gaule. Les motifs de l’art décoratif gaulois sont géométriques. Parmi les motifs formés de lignes droites, l'un des plus fréquents est le svastika, répandu sur les casques, les boucliers, et les fourreaux d'épée. Un des monuments les plus anciens est à coup sûr le bloc de Kennaria (Finistère) : cette pierre offre la forme d'une pyramide ; sur chaque face sont gravés des motifs disposés en bandes horizontales ; en haut une sorte de grecque, au milieu le svastika, en bas des signes en « S ». Signes en « S », svastikas, spirales, triskels (ou triskells, triskèles, triscèles) ont une signification mystique. ![]() TRISKEL Selon les sources grecques et romaines, la société gauloise fait une grande place à la musique qui accompagne tous les rassemblements populaires. - Métrologie : Plusieurs vocables désignant les mesures gauloises, plus vivaces que la terminologie des Romains, sont passés dans la langue française. La principale mesure itinéraire, la leuga (lieue), d’une valeur de 2.222 mètres (soit 1 mille et demi), éclipsa le mille romain qui avait été imposé. Des archéologues du CNRS ont démontré l’existence d’une « grande lieue gauloise » (de 2400 à 2500 mètres). Pour apprécier les surfaces les Gaulois se servaient de l’arepennis (l'arpent) représentant 12 ares et demi. - Monnaie : Comme l'alphabet, l’exemple de la monnaie est venu des Grecs. Les monnaies parviennent dans la Celtique par la voie du Danube et par celle du Rhône. Les Arvernes et les Éduens paraissent avoir été les premiers à battre monnaie vers le milieu du IIème siècle av JC. Les premières monnaies frappées en Gaule sont imitées des statères d'or macédoniens. Les statères d’or au nom de Vercingétorix contribuent à soulever la Gaule contre César. - Calendrier : Les Gaulois savent mesurer le temps : les druides résolvent, de façon extrêmement approchée, le problème qui consiste à trouver le plus petit commun multiple à trois durées complexes : celle du jour solaire, celle de la révolution lunaire et celle de l'année solaire. Il existe au moins trois systèmes de datation d'inspiration druidique : - le premier se réclame d'une tradition galloise qui fait remonter l’ère druidique en 2373 avant Jésus-Christ, - le deuxième fait remonter l'ère druidique à la bataille de Mag Tured, aux alentours de 1870 avant Jésus-Christ, - le troisième, appelé « ère de Belgios & Brennos », commence en 279 avant Jésus-Christ. Le seul calendrier gaulois connu date du Ier siècle av. J.-C. ; il a été trouvé en 1897 dans un champ aux environs de Coligny (Ain) et est exposé au Musée Gallo-romain de Lyon (colline de Fourvière). Ce calendrier lunaire est la plus longue inscription en langue gauloise qui nous soit parvenue. Gravé dans une plaque de bronze, il n'est malheureusement pas complet. La plaque se compose d'un ensemble de mois, tous dénommés selon leurs noms gaulois, et répartis en cinq années. L’unité de base du calendrier gaulois est le « nycthémère », c’est à dire une nuit suivie d’une journée ; le changement de date a lieu au coucher du soleil, et non à minuit comme dans le calendrier grégorien (ce que confirme César quand il écrit que les Gaulois mesurent la durée non pas en jours, mais en nuits). Les mois lunaires ont une durée de 29 ou 30 « jours » (afin de tenir compte de la durée moyenne astronomique de la lunaison, soit 29,53058 jours) et sont divisés en 2 quinzaines. L'année, qui comporte 12 mois, est divisée en deux périodes : la moitié sombre et la moitié claire ; elle est également divisée en quatre saisons. Le premier mois est samonios (l'équivalent de début novembre) et le dernier est cantlos (équivalent de fin octobre). La période sombre va de samonios (début novembre environ) à cutios (fin avril environ) ; la période claire de giamonios (début mai environ) à cantlos (fin octobre environ). Rien ne permet d’affirmer, aujourd’hui, que les Celtes disposaient d'un calendrier dont les mois portaient chacun le nom d'un arbre. Les quatre grandes fêtes calendaires celtiques sont : Samain, Imbolc, Beltaine et Lughnasad. Les solstices et les équinoxes sont également célébrés. Samain Halloween est la survivance de l’ancienne fête celtique de Samain (ou Samhain) ou Samhuinn (gaélique) ou Samonios (gaulois) qui signifie « réunion ». Selon les croyances celtiques, le monde des vivants se rapproche de celui des morts pendant la nuit et quelqu’un né la nuit peut plus facilement voir fantômes et esprits. Dans l'Irlande rurale, il est dit que celui qui sort la nuit peut rencontrer les « petits hommes » et retrouver parmi eux ses chers disparus. Les morts peuvent déranger les vivants à certaines époques de l'année. En Ecosse, la fête de Halloween est traditionnellement célébrée par des garçons au visage barbouillé de noir appelés guysers (épouvantails). Evoquant l'esprit des défunts, ils importunent tout un chacun afin de recevoir des présents. Bien avant la conquête romaine et l'ère chrétienne, les populations celtes qui peuplaient l'Irlande et la Grande-Bretagne, mais également le nord et l'ouest de la Gaule, célébraient leur nouvel an, le Samain, autour de notre 1er novembre ; en effet, leur calendrier étant lunaire, le Nouvel An ne tombait pas toujours à la même date. Cette fête, la plus importante, marquait simultanément la fin de l'été, le début d'une nouvelle année et de la saison hivernale, l'achèvement des récoltes et le retour des troupeaux à l'étable. La nuit tombée, les festivités pouvaient commencer. Les Celtes, qui avaient éteint le feu dans l'âtre de leurs foyers, se rassemblaient en cercle autour des druides. Ceux-ci étouffaient solennellement le feu sacré de l'autel, puis frottaient des branches sèches du chêne sacré pour enflammer un nouveau feu afin d’honorer le dieu du soleil et d’effrayer les esprits diaboliques. Le druide énonçait ses prédictions pour l'année à venir et remettait à chaque chef de famille une braise destinée à allumer, dans l'âtre familial, un nouveau feu qui devait brûler jusqu'à l'automne suivant. Ce feu sacré était censé protéger le foyer du danger tout au long de l'année. Les chrétiens ont reporté au samedi saint cette cérémonie druidique de l'extinction et de la rénovation générale du feu : chaque année, pendant la veillée pascale, le prêtre allume et bénit le cierge pascal. Un festin rassemblait tout le village car chacun était tenu d’y d’assister. Samain, bien plus encore que les trois autres fêtes calendaires celtiques (Imbolc le 1er février, Beltaine le 1er mai, et Lughnasa ou Lugnasad le 1er août) avait un caractère obligatoire. Fête totale et trifonctionnelle, elle regroupait les 3 classes : sacerdotale, guerrière et artisanale. C’était une cérémonie essentielle et fondamentale dont le manquement était puni par les sanctions les plus lourdes (parfois la mort). La chère était bonne : sanglier et porc. Cependant, certains peuples interdisaient la consommation du sanglier dont la viande était réservée aux dieux. La bière et le vin coulaient à flot. Au cours de ces beuveries rituelles et obligatoires, hydromel et cervoise (bière d’orge à peine fermenté) étaient associés afin de procurer une ivresse plus rapide. La fête durait en fait une semaine pleine, trois jours avant et trois jours après, et, pour être certains d'effrayer les esprits, les Celtes se grimaient et portaient des costumes effrayants. C’est lors du Samain que le roi déchu était noyé dans un chaudron sacrificiel rempli de vin ou de bière, tandis qu’on incendiait son palais. Pour les Celtes, pendant la nuit du Samain, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts n'existait plus. L'esprit des morts était alors libre de revenir sur Terre, pour rendre aux vivants des visites pas toujours amicales. Les Celtes croyaient que les âmes des morts prenaient forme animale et revenaient hanter les vivants. Une des croyances associées à cette fête était de laisser de la nourriture aux portes des villages et de l'offrir aux fantômes afin de les dissuader d'investir votre maison ou de saccager vos récoltes. Mais une cohorte d’esprits mauvais les accompagnait. Se déguiser d'une façon effrayante (avec des peaux de bêtes) était le moyen de passer auprès des revenants pour l'un des leurs. Quand les Celtes devaient sortir, le soir, ils portaient des navets dans lesquels ils avaient découpé un visage terrifiant et placé une chandelle. Chaque année, à l’occasion du Samain et en dépit de leur morcellement politique, les Celtes se réunissaient au nombril (en grec omphalos) de chacune de leurs grandes unités nationales : Gaule, Espagne, Bretagne, Pannonie, Asie, etc. Pour la Gaule, le nombril se trouvait chez les Carnutes car leur pays passait pour le centre de la Gaule. Les réunions étaient plus cultuelles que politiques, les participants étant en majorité des druides. Néanmoins, leur président jouait un rôle politique : il était considéré comme un empereur des Celtes (sans doute un noble de lignée royale, constamment réélu) ; c'est lui qui accréditait les ambassadeurs gaulois envoyés à Rome, en Grèce et dans les royaumes d'Orient. Le panthéon celtique n'est pas seulement composé de dieux individualisés, mais de populations surnaturelles contre lesquelles les peuples historiques ont dû se battre ou avec lesquelles ils ont contracté des alliances. Le monde a commencé par un âge où le surnaturel était le naturel, où le prodige était normal. D’après le Livre des Invasions de l’Irlande (Lebor Gabâla Erenn), écrit par des moines au IIIe siècle, qui raconte la préhistoire mythique de l'Irlande, six races d'envahisseurs se succédèrent dont la dernière est celle des Celtes de l'histoire (les Gaëls) nommés Fils de Milid ou de Mile (dieu de la guerre, génie du combat). Ces colons successifs furent tous aux prises avec les Fomôiré « forces des ténèbres », cyclopes autochtones, vivant sous terre et en particulier dans les nécropoles. A la bataille de Mag Tured (ou Moytura) l'ogre Balor, roi des Fomôiré, eut son unique œil crevé par une pierre lancée à la fronde par le dieu Lug. Ainsi l'Irlande fut colonisée d'abord par diverses tribus d'êtres surnaturels, seule la dernière, les Fils de Mile, était celle des hommes. Quant aux tribus surnaturelles, elles semblaient égales en droits et en dignités avec les tribus humaines. Ces êtres étaient dits immortels car ils ne vieillissaient pas, mais ils pouvaient être tués au combat. C'est à Samhain que le dieu Dagda s'unit à la déesse Morrigu, reine des spectres et des enfers, laquelle, un an avant la bataille de Mag Tured, lui avait donné les indications pour détruire les Fomôiré. Les envahisseurs de la 6ème race, les fils de Mile, débarquèrent dans le Sud-ouest de l’Irlande le premier mai, jour de la fête de Beltaine et luttèrent contre les dieux (Dagda, Lug et les autres Tuatha Dé Danann - Tribus de Dana - du nom de la déesse-mère appelée également Ana ou Anann) et remportèrent la victoire finale à Tara. Le poète Amairgen fit un partage égal entre les 2 camps : les dieux reçurent tout le sous-sol (plus particulièrement les collines et le royaume des fées), les hommes la surface de la terre. Lors de Samain, des nouveaux-nés étaient sacrifiés à l'idole Crom Ruach ou Crom Cruaich, sans doute pour apaiser les puissances du monde inférieur et contribuer à la fertilité. Le monde souterrain était conçu comme un éden bienheureux constamment égayé de chants d'oiseaux et dont les habitants resplendissaient de jeunesse et de beauté. L'entrée de ce monde s'ouvrait dans certaines grottes, certains tertres, lacs et marécages. Les mortels pouvaient y pénétrer exceptionnellement et y résider des siècles en croyant n'avoir vécu que quelques jours... Les deux mondes devenaient perméables une fois l'an, pendant la nuit qui précédait Samain. A cette occasion, les Celtes honoraient leurs morts car ils croyaient que les esprits des défunts retournaient ce soir-là dans leurs demeures terrestres. La Baie du Mont Saint-Michel conserve une solide réputation de passage vers le monde des invisibles. On célèbre toujours Samain dans cette région. Le Mont est effet considéré comme l'île des morts où les trépassés se donnent rendez-vous le 1er novembre. A Pleine Fougères, à 14 kilomètres du Mont, lors des obsèques, on a coutume de porter le cercueil du défunt sur une éminence surplombant la baie et de le tourner quelques instants vers le Mont. Avec la conquête romaine, le Samain se combina naturellement aux célébrations romaines du dernier jour d’octobre en l'honneur de Pomona (déesse des vergers et des fruits) qu’on remerciait pour sa prodigalité (on se régalait des dernières pommes et poires). Le culte rendu à Pomone, nymphe étrusque des fruits et des fleurs, annexée par la religion romaine, avait pour but de rendre les terres fécondes. Pomone, dont le nom est tiré du terme pomum (fruit, pomme), est représentée assise sur un grand panier de fleurs et de fruits. Elle tient des pommes et un rameau. Elle est couronnée de pampres et de raisins, tandis qu'elle verse les fruits d'une corne d'abondance. La déesse, jusqu’à la fin des temps, assurera la fructification des plantes et des arbres pour le plus grand bien des hommes. Cette fête romaine des cueillettes (ou des récoltes) survit dans les jeux coutumiers anglo-saxons utilisant des pommes (fruit merveilleux pour les peuples antiques). Au Moyen Age, la tradition de Halloween s'éteignit dans le royaume de France et se fit lentement oublier en Grande-Bretagne. Il n'y a qu'en Irlande qu'elle resta très vivace. Le temps passant, les rites celtes laissèrent toutefois la place à d'autres pratiques : c’étaient désormais les habitants les plus pauvres qui frappaient aux portes des maisons du village pour quémander des soul cakes (gâteaux de l'âme), petits pains aux raisins, en échange desquels ils promettaient de prier pour le repos de l'âme des morts de la famille du généreux donateur. L'un des plats servis au dîner en Irlande à Halloween est appelé « Callcannon ». A ce plat de purée de pommes de terre, de panais et oignons frits, étaient mélangés une bague, un dé, une poupée en porcelaine et une pièce. Celui qui trouvait la bague pouvait se marier dans l'année, celui qui trouvait la poupée en porcelaine aurait un enfant, celui qui trouvait le dé ne se marierait jamais, et celui qui aurait la chance de trouver la pièce serait riche. La citrouille sculptée est appelée Jack O'Lantern en souvenir de Jack, un légendaire irlandais. Jack, particulièrement avare et porté sur la bouteille, rencontra une nuit le Diable dans un pub irlandais. Peu prompt à vendre son âme au Diable, Jack se moquait de lui régulièrement au cours de leurs rencontres, ce qui lui interdit, au jour de sa mort, d’aller en Enfer. Et son avarice l’empêcha de monter au Paradis. Plongé dans le noir, Jack réussit à obtenir du Diable, pour éclairer sa route, un peu de charbon ardent qu’il plaça dans un gros navet évidé. Le voici donc condamné à errer dans les rues, une lanterne à la main, jusqu’au jugement dernier. On dispose les Jack O'Lantern à l'entrée des maisons pour éloigner les mauvais esprits le soir de Halloween. La légende veut que le 31 octobre corresponde au Nouvel An des sorcières. Jusqu'au XVe siècle, les gens croyaient que des milliers de sorcières et de sorciers parcouraient l'Europe durant cette nuit. Elles s'enduisaient d'un onguent magique qui leur donnait le pouvoir de s'envoler sur leur balai pour rejoindre leur sauterie, à l'invitation du Diable en personne. Pendant ce temps, leurs enfants gardaient les troupeaux de crapauds dans les champs. Le côté mystique (voire satanique) de la sorcière réserve à cette dernière une place de choix dans le folklore de Halloween. Elle participe à la ronde des déguisements et des masques (adoptés depuis l'époque celte pour tromper les mauvais esprits) avec son acolyte le chat noir, que l'on soupçonne d'être en fait une sorcière réincarnée. Au début du XXe siècle, surtout dans les campagnes, les enfants de France creusaient encore betteraves, citrouilles et navets pour jouer aux fantômes, en ignorant qu’ils fêtaient Samonios. De nos jours, les lutins et les fées qui peuplent vitrines et Halloween parties sont directement issus de la tradition celte, tout comme les fantômes et les squelettes qui évoquent le retour des âmes défuntes, et les diables, l'Esprit du mal. Imbolc Le 1er février, au sortir de la période sombre de l’année, l'Imbolc fête la Grande Déesse, mère de tous les Dieux, qui présente au monde son enfant nouveau né, le jeune soleil, Mabon ou Maponos. C'est le temps de la renaissance : Reine de la nature, elle a le pouvoir de faire reverdir le bois mort. Sous les noms de Ana ou Dana, Belisama, Brigit, Cerridwen, Macha ou Epona, elle veille le feu sacré, le feu domestique, le feu de la forge. Elle protège les foyers, les poètes et les guerriers. Imbolc est aussi une fête de purification par l’eau lustrale : les druides et les fidèles vont de manière symbolique se laver les mains, les pieds et la tête. Fleurs et bougies sont présentes. La célébration irlandaise de cette fête est consacrée à la déesse Brigit ou Brigid ou Boand (Bride chez les Ecossais, Brigantia chez les Gaulois), déesse des poètes, des forgerons et des médecins, et patronne des druides. Brigit est une déesse triple. Elle est à la fois la déesse de la santé et de la fertilité, de la poésie, et de la forge. Elle est souvent présentée comme une femme encore vierge, présidant aux premières unions (d'où son nom de « Bride » chez les Ecossais), et dotée d'une grande sagesse. Elle détient les savoirs cachés qui lui permettent justement de guérir, d'utiliser les mots dans leur juste valeur, et de créer des armes magiques. Elle crée Excalibur, l'épée du Roi, et la remet à Merlin pour restaurer l'ordre sur terre. Malgré la christianisation des pays celtes, le culte de Brigit survécut à travers celui de Sainte Brigitte la thaumaturge (+ en 525) fondatrice du premier monastère féminin d’Irlande (à Kildare), fêtée également le 1er février. Dans le sanctuaire de Kildare, les nonnes célébrèrent le cycle de Brigit durant des siècles en entretenant un feu, chacune à leur tour. Le sanctuaire fut mis à bas au XVIIIe siècle après qu’elles eurent interdit à l'évêque l’entrée du couvent. Depuis 1993, le feu a été rallumé à Kildare et est entretenu par les « sœurs Brigidines d'Irlande ». La présence de grands feux lors des célébrations d'Imbolc est attestée par de nombreux écrits. Dans le cadre de la christianisation des rites païens, les feux furent remplacés par des bougies, ou chandelles. Un autre attribut de Brigit est le lait, symbole de fécondité. Il est donc d'usage d'effectuer des offrandes et de boire du lait cette nuit là. Certains pensent qu’on peut traduire Imbolc par Oimelc (lait de brebis). Durant cette même période étaient célébrés les mystères d'Eleusis. Ils avaient pour base la célébration de Déméter, Déesse-mère, retrouvant sa fille Perséphone, après son séjour annuel aux enfers. Perséphone, souvent représentée comme une semeuse, représentait la fécondité. La fête chrétienne de la purification de la Vierge Marie et de la Présentation de Jésus au Temple, connue sous son nom populaire de fête de la Chandeleur et instituée par le pape Gélase I (492-496), a lieu le 2 février, le lendemain du jour d'Imbolc. Beltaine Beltaine ou Beltène ou Beltan (feu de Bel), le 1er mai, est la fête sacerdotale par excellence. Au lever du jour, les druides allument deux grands bûchers purificateurs entre lesquels défilent les participants. Afin de prévenir leurs troupeaux contre les maladies, les paysans les font également passer entre les feux. « Beltaine, feu de bel, feu bénéfique, à savoir un feu que les Druides faisaient par leur magie ou leurs grandes incantations, et on amenait les troupeaux pour les protéger contre les épidémies chaque année à ces feux. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux. » (Glossaire de Cornac). Au 1er mai, la nature est en plein épanouissement ; le temps est venu de libérer l'énergie vitale, les forces créatrices. Beltaine est l'occasion de rassemblements festifs où les jeux de forces cohabitent harmonieusement avec l'art du chant et de la danse. On célèbre les épousailles éternelles de la Reine de Mai et du Seigneur de la Lande, qui donneront les fruits et les blés. Le chêne préside à la fête, mais la fougère, protectrice, est aussi à l'honneur. Selon le Livre des Invasions, les Gaëls débarquèrent dans le Sud-ouest de l’Irlande, le jour de la fête de Beltaine. Patrick allume lui aussi un feu à Beltaine, mais pour fêter les Pâques chrétiennes, et les druides disent alors au Roi Loegaire de Tara : « Ce feu que nous voyons, qui que ce soit qui l'ait allumé cette nuit, il s'éteindra jamais dans l'éternité. Il prévaudra en outre sur tous les feux de notre coutume, et celui qui l'a allumé - le règne survenant de celui qui l'a allumé cette nuit - nous vaincra tous. Il te soumettra et tous les hommes de ton royaume. Tous les royaumes tomberont devant lui. » Le premier mai deviendra ensuite le jour de la fête de sainte Walburge ou Walpurgis, religieuse du VIIIe siècle (d’où le nom de Nuit de Walpurgis donné à la nuit du 30 avril au 1er mai durant laquelle les sorcières menaient grand sabbat). Lughnasad Lughnasad ou Lugnasad (assemblée de Lug), le 1er août, est la fête du dieu Lug, le grand Roi solaire, garant de l'abondance, de la fertilité des troupeaux et de la prospérité, qui assure l’éternité des cycles de mort et de renaissance. Pour illustrer la descente vers l’hiver, une roue enflammée est lancée sur une pente. Fête des moissons et des récoltes, Lugnasad est aussi le temps des rassemblements, des mariages et de la trêve militaire. Occasion d’assemblées, de réunions de toutes sortes, juridiques, administratives, c’est aussi une fête agraire, un divertissement collectif (foire, audition de poètes et de musiciens, jeux, compétitions sportives...) placé sous le signe des échanges et de l’amitié : on y vient sans arme. Le Concilium Galliarum (assemblée des Gaules), qui se tient à Lugdunum (Lyon) à la même date, est rapidement annexé au culte impérial d’Auguste. Au Moyen Age, en Grande Bretagne, cette fête, christianisée, devient le Lammas Day [Lammas vient de laof-mass (la messe du pain)]. En effet, ce jour-là, des miches de pain, fabriquées avec la récolte des premiers grains, sont déposées comme offrandes sur les autels des églises. Lieux fortifiés L'aristocratie militaire (utilisant le cheval de combat) habite un tertre fortifié et s'entoure de « clients » (des protégés, débiteurs ou anciens serfs) qui leur sont unis par des liens de vassalité (origine de la féodalité) Il existe deux types de lieux fortifiés : 1°) ceux qu'ont occupés les Ligures : briga (peut-être enlevés de force et repeuplés, peut-être alliés et assimilés) ; le nom des habitants est devenu un prénom : Brixius, Brix ou Brice ; 2°) ceux qu'ont construits les Celtes : durum (c'est-à-dire « porte » ; germanique thür) ; le nom des habitants est devenu un patronyme : Duran ou Durand. Villages serviles L’aristocratie fait cultiver les plaines avoisinantes par des serfs [étrangers dont on a conquis le pays, mais que l'on n'a pas exterminés (servus : épargné)]. On trouve deux types de villages serviles : 1°) commerçant : dunum (anglais : town) ; nom des habitants devenu patronyme : Dunan ; 2°) Agricole : magos (de magos : marché, forum) ; nom des habitants devenu patronyme : Magan ou Mayen. Les nobles font travailler leurs serfs dans des unités territoriales équivalant au canton actuel. En cas de surpeuplement, on défriche une zone forestière ; village de défricheurs : iolos (nom des habitants devenu prénom : Yolande). Types d’habitat À la fin de « l'âge du fer », aristocrates et paysans vivent dans une campagne soigneusement découpée en parcelles. L'habitat prend la forme d'un vaste maillage de fermes. Puis, au cours des IIIe et IIe siècles avant notre ère, des bourgs se développent, où l'artisanat et le commerce prospèrent. Implantés stratégiquement sur les voies de communication, ces bourgs peuvent s'étendre sur plusieurs hectares 10. On construit, plus tard, trois types d'habitats : - les aedificia : demeures isolées en campagne, - les vici : petites agglomérations, - les oppida ou places fortes : grandes agglomérations (100 à 600 ha), là où se trouve généralement un sanctuaire (fin du IIe siècle av. J.-C.). Les aedificia sont des demeures particulières. Elles servent de lieux de séjour aux grands propriétaires gaulois. D'autre part le même terme sert à désigner les habitations des cultivateurs gaulois. Il s'agit de fermes. Ce type d'habitat isolé s'explique par un certain goût de la solitude qui est naturel aux Gaulois. Les vici sont des villages agricoles, le plus souvent. Ils correspondent à une habitude plus ancienne, celle de rester groupés pour être plus fort. Les Helvètes possèdent 400 vici. Les oppida sont aussi appelées orbes (villes) par César. Ce sont des places fortes. Exemple : Avaricum, Gergovie, Alesia. Dans le cas le plus fréquent les oppida tiennent le sommet d'une montagne. Certaines oppida sont très étendues : Alésia peut donner refuge à une armée de 80 000 hommes. Dans les pays de plaine existe un autre type d'oppidum : la forteresse s'appuie à un cours d'eau ou à un marais, ou mieux encore s'abrite sur une île. L’oppidum est souvent protégé par le murus gallicus, rempart en pierre armé de poutres en bois entrecroisées et fixées entre elles par des clous de fer. A l'origine, les oppida constituaient non pas des villes à proprement parler, mais des lieux de refuge. Par la suite, elles commencèrent à recevoir une population sédentaire. On y entasse des stocks de récoltes. Entrepôt et marché, l'oppidum est aussi un chef-lieu politique. Le sénat y tient ses assises. L'assemblée générale de la Gaule se réunit à l'oppidum de Bibracte en -52. voir dossier Voir dossier. Population de la Gaule Après la conquête romaine, la Gaule entière compte une population estimée entre 8 et 10 millions d’habitants 9 répartis en plus de 400 tribus fédérées en 60 cités. La tribu La tribu, appelée pagus par les Latins, est un héritage des Indo-européens (environ 2000 av. J.-C.). C’est la structure foncière des sociétés celtiques, structure de semi-nomades, cavaliers et éleveurs comme les gens des steppes, dont les Gaulois ont gardé le pantalon et les vestes à larges manches. La désignation de certaines tribus est visiblement tirée d'un nom d’homme comme le pagus Verbigenus chez les Helvètes (sans doute le nom de l'ancêtre commun). Une tribu a généralement 4 sous-tribus qui, en temps de guerre, se regroupent autour d'elle. Chaque sous-tribu peut avoir son « petit roi » : le regulus. En 52 av. J.-C., les Arvernes (roi : Vercingétorix) regroupent Cadurques (Cahors), Gabales (Gévaudan) et Vellaves (Velay). La cité La cité (ou nation ou peuple), en latin civitas, est fondée dès le IIème siècle av. J.-C. : c’est une fédération de tribus qui ont conclu entre elles une entente permanente pour le temps de paix et le temps de guerre. L'unité de certaines cités est chose fragile. Les Morins ne peuvent adopter une attitude unanime vis à vis de l'envahisseur romain : certaines tribus font leur soumission, les autres refusent d'entrer en rapport avec lui. Les Parisiens se séparent des Sénons avec lesquels ils formaient autrefois une seule nation. Chez les Eburons, formés de 2 petites tribus, 2 rois se partagent le pouvoir, dirigeant chacun leur tribu. Les nations gauloises les plus homogènes semblent être les plus anciennes : Carnutes, Bituriges, Eduens, Arvernes. Presque toutes les cités comprennent à la fois des pays de hautes terres et des pays de terres basses. Les Allobroges tiennent les sommets des Alpes et la vallée du Rhône. Les Carnutes possèdent, avec la Beauce, les collines du Perche. Les cités sont des unités économiques ; elles s'appuient toujours sur une vallée fluviale ou du moins sur une route majeure. Les Eduens, les plus avisés peut-être en politique, parviennent à dominer à la fois le couloir rhodanien, la vallée de la Loire et les passages de la Saône à la Seine. Les limites des provinces de l'ancien régime, et même parfois celles des départements se superposent à celles des cités gauloises. Voir : Gaule. Carte de la Gaule. Liste alphabétique et détaillée des cités et tribus celtes et d'autres peuples anciens Voir dossier Voir dossier Voir dossier Nous ne craignons rien sinon que le ciel ne tombe sur nos têtes. (Ptolémée 367-283 avJC, un des lieutenants d’Alexandre le Grand, rapporte ces paroles des Gaulois à son souverain qui les interrogeait sur ce qu'ils redoutaient le plus. Strabon et Arrien en font aussi mention). Ut ad bella suscipienda Gallorum alacer ac promptus est animus, sic mollis ac minime resistens ad calamitates perferendas mens eorum est (Si les Gaulois sont ardents et prompts à entreprendre une guerre, pour supporter les désastres leur esprit est mou et sans résistance). (Jules César 100-44 avJC, La Guerre des Gaules, III, 19) Il fut un temps où les Gaulois, surpassant les Germains en valeur, portaient la guerre chez eux et envoyaient au-delà du Rhin des colonies parce qu'ils avaient trop de population et manquaient de terres pour la nourrir. C'est ainsi que les Volcae Tectosages s'étaient emparés des contrées les plus fertiles de la Germanie près de la forêt Hercynienne. Cette nation s'y est maintenue jusqu'à ce jour et jouit d'une grande réputation de justice et de valeur. (Jules César) Des contrées et des nations qu'aucune histoire, aucun récit, aucun bruit public ne nous avaient encore fait connaître ; notre général, nos troupes, nos armes les ont parcourues. Nous n'occupions auparavant qu'un sentier dans la Gaule ; le reste était aux mains de nations, ou ennemies de cet empire, ou peu sûres, ou inconnues, ou du moins féroces, barbares et belliqueuses. [...] Enfin, est-il quelque chose qui paraisse sacré et digne de vénération chez ces hommes (les Gaulois) qui, même quand quelque motif de crainte les amène à penser qu'il leur faut apaiser les dieux, profanent leurs autels et leurs temples par le sacrifice de victimes humaines, si bien qu'ils ne peuvent pas même pratiquer un culte s'ils ne l'ont auparavant entaché de la souillure d'un crime ? Qui, en effet, ignore que ces hommes ont conservé, encore aujourd'hui, la pratique monstrueuse et barbare d'immoler des êtres humains ? (Cicéron 106-43 avJC) Cum illi se in armis jus ferre et omnia fortium vivorum esse ferociter dicerent... (Les Gaulois répondirent fièrement que leur droit était dans leurs armes et que tout appartenait aux braves). Tite-Live 59 avJC-17, Histoire romaine, V, 36. (Les Romains avaient demandé aux Gaulois de quel droit ils réclamaient des terres à leurs propriétaires en les menaçant de leurs armes) Dans son ensemble, la race qu'on appelle aujourd'hui soit gallique, soit galatique est à la fois éprise de guerre, impulsive et prompte à prendre les armes, mais par ailleurs dépourvue d'artifice et de vice. Voilà qui explique leurs conduites (…) II est vrai qu'aujourd'hui tous vivent en paix, asservis qu'ils sont et les actes de leur existence étant réglés par les ordres de leurs conquérants, les Romains, mais ce sont les temps anciens qui ont inspiré notre description ainsi que les usages qui persistent aujourd'hui encore chez les Germains. En effet, ils leur ressemblent aussi bien pour le physique que pour les institutions et ils sont les uns et les autres apparentés. (Strabon 58 av. J.-C. - 21/25, Géographie, IV, 4, 2] Grâce à eux (les Marseillais, ndlr), les Gaulois, après avoir déposé et adouci leur barbarie, assimilèrent des usages plus civilisés, apprirent l’agriculture, apprirent à entourer leurs villes de remparts, apprirent à vivre légalement et pas uniquement par la force des armes ; ils apprirent à planter la vigne et prirent l’habitude de greffer les oliviers, et une telle splendeur fut imposée aux hommes et aux choses que l’on croyait non point voir la Grèce émigrée en Gaule, mais la Gaule transportée en Grèce. (Justin le Philosophe. IIe s. Histoires philippiques.) Les anciens Gaulois estimaient à extrême reproche d'avoir eu accointance de femme avant l'âge de vingt ans, et recommandaient singulièrement aux hommes qui se voulaient dresser pour la guerre, de conserver bien avant en l'âge leur pucelage, d'autant que les courages s'amollissent et divertissent par l'accouplage des femmes. (Montaigne 1533-1592, Essais) La gaminerie est une nuance de l'esprit gaulois. Mêlée au bon sens elle lui ajoute parfois de la force, comme l'alcool au vin. (Victor Hugo 1802-1885, Les Misérables) J'ai de mes ancêtres gaulois l'œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. (Arthur Rimbaud 1854-1891, Une saison en enfer, Mauvais Sang). Site utile : http://www.arbre-celtique.com/ Notes : 1 Wikipedia 2 Chronique de l'humanité. J. Legrand SA. Ed. Chronique. 1986 3 Fabien Regnier, Keltia Magazine n°6 4 Lucain, La Pharsale I, 444-446 5 Virgile, Enéide, chant VI 6 racines.traditions.free.fr/festes/festes.pdf 7 La légion romaine est l’armée professionnelle la mieux entraînée et la mieux équipée. Les légionnaires sont surnommés « les mulets de Marius » du nom du général qui, sous la République, en 107 av. J.-C., réorganisa l’armée romaine et en fit une armée de métier. Les légionnaires, âgés de 17 à 46 ans, sont enrôlés pour 20 ans, voire plus, et doivent rester célibataires. Ils perçoivent régulièrement une solde et reçoivent, à la retraite, un lopin de terre. Ils portent jusqu’à 40 kg d’équipement et parcourent au moins 30 km par jour. Les fantassins portent une courte épée à double tranchant appelée gladius (glaive) ; d’autres, les hastaires (hastati), armés de javelots à pointe de fer (pilum) et munis de boucliers, sont placés au premier rang des carrés et forment avec les rangs suivants des « tortues ». Une légion compte 5 500 à 6 000 légionnaires répartis en 10 cohortes. Avec les réformes de Marius (157-86 av. J.-C.), la centurie passe de 100 hommes à 80. Ainsi la cohorte typique compte 6 x 80 = 480 hommes et à 5 x 160 = 800 hommes pour la 1ère cohorte composée de soldats d’élite ; 120 à 300 cavaliers servent d’agents de liaison, d’escorte, d’éclaireurs, et sont chargés éventuellement de poursuivre les fuyards ; les armes lourdes, arbalètes et catapultes, lancent flèches, pierres et bombes incendiaires ; les légions sont au nombre de 28 sous Auguste et jusqu'à 33 sous le règne des Sévère ; les légions sont renforcées par des troupes, recrutées dans les Provinces ou à la frontière de l'Empire, qui conservent leurs armements et leurs usages de combats (les numéri). 8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_C%C3%A9sar 9 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaule_romaine 10 http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/gaulois/au-temps-des-Gaulois/archeologie-vestiges-gaulois.php 11 http://fr.wikipedia.org/wiki/Arioviste Sources : La Gaule. Ferdinand Lot. Librairie Arthème Fayard, Paris, 1947 Histoire des Gaulois. Amédée Thierry. 1828. Histoire des Gaulois. E. Thévenot. Les Celtes. G. Dottin. Minerva. 1977 Les Celtes. A.Varagnac et R. Derolez. http://oda.chez-alice.fr/dicogaulois.htm http://www.melegnano.net/celti/francel01a089.htm http://www.melegnano.net/celti/vocfrancel00.htm http://bretagne-passion.forumactif.com/Histoire-Celte-f19/les-tribus-celtiques-t746.htm http://bcs.fltr.ucl.ac.be/CAES/BGI.html (César Guerre des Gaules) http://www.arbre-celtique.com/etude/02-societe/peuples/peuples.php http://www.lexilogos.com/gaulois_peuples_lieux.htm http://crehangec.free.fr/peuples.htm http://michel-desfayes.org/villegaule.html etc. Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 17/05/2012 |