La circoncision

La circoncision (du latin "circumcisio" = couper autour) est l'excision totale ou partielle du prépuce.

Des représentations de cette opération chirurgicale ont été retrouvées sur des dessins rupestres datant du Néolithique, ainsi que sur des hiéroglyphes de tombeaux égyptiens (2300 av. J.-C.).

Hérodote (484-420) dit (Histoire II, § 101) que la circoncision est pratiquée depuis un temps immémorial par les Egyptiens, les Ethiopiens (Nubio-soudanais) et les Colchidiens (habitants de la côte orientale de la mer Noire) et que les Phéniciens et les Ethiopiens reconnaissent l’avoir reçue des Egyptiens.
Les prêtres d'Egypte, précise Hérodote (II, § 37), se circoncisaient par mesure d'hygiène ; mais cette coutume n'était pas confinée aux classes sacerdotales, ainsi que le prouvent les sculptures et les momies.
La circoncision était la marque qui distinguait les Egyptiens de leurs ennemis, et dans la suite, quand l'Egypte se peupla d'étrangers, elle était le signe qui empêchait de confondre l'orthodoxe égyptien avec l'étranger infidèle. Son institution dans le pays remonte à la plus extrême antiquité : on la trouve établie à la plus primitive époque dont il reste des monuments, plus de 2500 ans avant notre ère, et elle datait d'une époque antérieure 1.
Les Egyptiens la considéraient comme si ancienne, qu'ils en faisaient remonter l'origine aux animaux, aux singes cynocéphales qui, disaient-ils, naissent circoncis 2.
Lors de la prise du pouvoir par les Romains (30 av. J.-C.), cette pratique prend une signification rituelle et seuls les prêtres circoncis peuvent occuper certaines fonctions religieuses.

La circoncision est très répandue parmi les peuples indigènes d'Afrique, de l'archipel malais, de Nouvelle-Guinée, d'Australie, et des îles du Pacifique.

Certaines formes de chirurgie génitale sont effectuées rituellement chez les hommes de certains peuples amérindiens, notamment chez les Aztèques qui incisent le prépuce.

La circoncision n'apparaît pas dans les traditions hindoue, bouddhiste et confucéenne.

La circoncision est presque toujours associée aux rites traumatisants de la puberté. L'opération atteste que le sujet est prêt pour le mariage et la vie d'adulte, et témoigne de son aptitude à supporter la douleur.
Les rites de circoncision et d'excision seraient destinés à faire passer l'enfant de façon définitive dans son sexe apparent : le clitoris étant chez la femme comme une survivance de l'organe viril et le prépuce étant chez l'homme comme une survivance féminine.
La circoncision peut également permettre de distinguer des groupes culturels par rapport à leurs voisins non circoncis ; elle devient alors le symbole d'une communauté.

Adoptée le 2 octobre 2013 par 78 voix pour, 13 contre et 15 absentions, une résolution du Conseil de l’Europe invite les Etats membres à prendre des mesures contre les "violations de l’intégrité physique des enfants". Dans le même temps elle condamne "les pratiques les plus préjudiciables, comme les mutilations génitales féminines", à savoir notamment l'excision, et incite les Etats à adopter une législation les interdisant. Elle demande de définir clairement les conditions médicales, sanitaires et autres à respecter s'agissant des pratiques qui sont aujourd'hui largement répandues dans certaines communautés religieuses, "telles que la circoncision, non médicalement justifiée, des jeunes garçons". 6


Judaïsme

Dans la religion juive, malgré l’opposition des milieux libéraux, la circoncision des jeunes enfants mâles est obligatoire car elle symbolise l'alliance passée entre Abraham et Dieu :
"Dieu dit à Abraham : Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. C'est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis. Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d'alliance entre moi et vous. A l'âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu'il soit né dans la maison, ou qu'il soit acquis à prix d'argent de tout fils d'étranger, sans appartenir à ta race. On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d'argent ; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. Un mâle incirconcis, qui n'aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple : il aura violé mon alliance." (Genèse XVII 9-14)
"Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l'Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir. Séphora (fille de Jéthro, le sacrificateur de Madian, ndlr) prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils (Guerschom, ndlr), et le jeta aux pieds de Moïse, en disant : Tu es pour moi un époux de sang ! Et l'Éternel le laissa. C'est alors qu'elle dit : Époux de sang ! à cause de la circoncision." (Exode IV 24-26)

Au temps de Jérémie, d'autres peuples descendants d'Abraham pratiquent la circoncision (Jérémie IX 24-25).

Il semble que ce rite, rejeté par les Philistins, n'était pas en usage chez les Assyriens ni chez les Babyloniens.

A mesure qu'Israël entre en relations de plus en plus étroites avec tous ces peuples, la circoncision devient un signe de nationalité qui se charge de plus en plus de valeur religieuse.
Sous la domination grecque, la circoncision est l'occasion de persécutions.

Selon la Torah (Lévitique XII 3), tout enfant de sexe masculin doit être circoncis le huitième jour après sa naissance, signifiant ainsi qu'il entre dans la communauté.
L'opération rituelle (la Brit milah) est effectuée par un mohel, c'est-à-dire un homme qui possède les compétences chirurgicales et la connaissance religieuse nécessaires, en présence de dix hommes adultes (miniane). Après une prière, le mohel circoncit le nourrisson puis nomme et reconnaît l'enfant.

Les cabalistes nomment "écorces" les erreurs, car les erreurs sont des enveloppes qui cachent la vérité. Les esprits réprouvés sont les écorces vides qui ne contiennent plus la vérité, semblables aux citrons pleins de cendre qui croissent sur les bords du lac Asphaltite.
La circoncision symbolise chez les Juifs le retranchement de l'écorce (ou de l'erreur), c'est-à-dire l'adoration du principe créateur sans aucune espèce de forme visible ou d'enveloppe matérielle. Elle est obligatoire pour le nouveau converti.

Le peuple d'Israël proclame impur tout ce qui n'est pas circoncis.
L'esclave acheté hors du pays devait être circoncis ainsi que l'étranger pour être admis aux festivités de la Pâque (Genèse XVII 12 ; Exode XII 48).
L'arbre lui-même devait être circoncis. Tout arbre fruitier qu'on plantait était considéré pendant trois ans impur, le fruit était son prépuce ; à la quatrième année, il fallait l'offrir à l'Eternel pour le purifier (Lévitique XIX 23-24).
La circoncision devint le symbole de la pureté : "Réjouissez-vous, habitants de Jérusalem, s'écrie Isaïe, car l'incirconcis et le souillé ne séjourneront pas parmi vous". (LII, 1) 3

Montaigne (1533-1592) décrit la circoncision qu’il vit pratiquer par les Juifs de Rome :
"Le trentième jour de janvier, il fut voir la plus ancienne cérémonie de religion qui soit parmy les hommes, et la considéra tort attentivement et avec grande commodité : c'est la circoncision des juifs. Elle se fait aux maisons privées, en la chambre du logis de l'enfant, la plus commode et la plus clère. Là où il fut, parce que le logis était incommode, la cérémonie se fit à l'entrée de la porte. Ils donnent aux enfants un parein et une mareine, comme nous ; le père nomme l'enfant. Ils le circoncisent le huitième jour de sa naissance. Le parein s'assoit sur une table, et met un oreiller sur son giron ; la mareine lui porte là l'enfant, et puis s'en va. L'enfant est enveloppé à nostre mode ; le parein le développe par le bas ; lors les assistants et celui qui doit faire l'opération commencent trestous à chanter, et accompagnent de chansons toute cette action qui dure un petit quart d'heure. Le ministre peut estre autre que rabbi, et quiconque ce soit d'entre eus chacun désire estre appelé à cet office, parce qu'ils tiennent que c'est une grande bénédiction d'y estre souvent employé ; voire, ils achètent d'y estre conviés, offrant, qui un vestement, qui quelque autre commodité à l'enfant, et tiennent que celui qui en a circoncy jusqu'à un certain nombre qu'ils savent, estant mort, a ce privilège que les parties de la bouche ne sont jamais mangées des vers. Sur la table où est assis ce parein, il y a quant et quant un grand apprêt de tous les utils qu'il faut à cette opération. Outre cela, un homme tient en ses mains une fiole pleine de vin et un verre. Il y aussi un brasier à terre, auquel brasier ce ministre chauffe premièrement ses meins, et puis trouvant cet enfant tout destroussé, comme le parein le tient sur son giron, la teste devers soy, il lui prant son mambre et retire à soy la peau qui est au-dessus d'une main, poussant de l'autre la gland et le mambre au dedans. Au bout de cette peau qu'il tient vers ladite gland, il met un instrument d'argent qui arreste là cette peau, et empesche que, la tranchant, il ne vienne à offenser la gland et la chair. Après cela, d'un cousteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudein dans de la terre qui est là dans un bassin parmi les autres apprêts de ce mystère. Après cela, le ministre vient à belles ongles à froisser encore quelque petite pellicule qui est sur cette gland, et la deschire à force, et la pousse en arrière, au delà de la gland. Il samble qu'il y ait beaucoup d'efforts en cela et de dolur ; toutefois ils n'y trouvent nul dangier, et la plaie est guérie en quatre ou cinq jours. Le cri de l'enfant est pareil aus nostres qu'on baptise. Soudein que cette gland est ainsi descouverte, on offre hastivement du vin au ministre, qui en met un peu à la bouche, et s'en va ainsi sucer la gland de cet enfant, toute sanglante, et rand le sang qu'il en a retiré, et incontinent reprand autant de vin, et jusqu'à trois fois. Cela faict, on lui offre, dans un petit cornet, d'une poudre rouge qu'ils disent estre du sang de dragon, de quoy il sale et couvre toute cette plaie, et enveloppe proprement le membre de cet enfant avec des linges taillés exprès. Cela faict, on luy donne un verre plein de vin, lequel vin, par quelques oraisons qu'il faict, ils disent qu'il bénit. Il en prand une gorgée, et puis, y trempant le doigt, en porte par trois fois avec le doigt quelques gouttes à sucer dans la bouche de l'enfant ; et ce verre après, en ce même estat, on l'envoie à la mère et aux fames qui sont en quelque endroit du logis pour boire ce qui reste de vin. Outre cela, un tiers prend un instrumant d'arjent rond comme un esteuf, qui se tient à une longue queue, lequel instrumant est percé de petits trous comme nos cassolettes, et le porte au nez premièrement du ministre, et puis de l'enfant, et puis du parein. Ils présuposent que ce sont des odeurs pour fortifier et éclaircir les idées à la dévotion. Il a toujours cependant la bouche toute sanglante."


Islam

La circoncision est pratiquée par les musulmans pour lesquels elle représente une purification spirituelle.
Appelée "khitan" en arabe littéral et "touhour" ou "tahara" (purification) en arabe dialectal, elle existait chez les Arabes avant l'époque de Mahomet : la Bible a soin de noter qu'Ismaël, l'ancêtre des Arabes, est circoncis à l'âge de 13 ans (Genèse XVII 26).
Bien que le Coran ne l'indique pas, la coutume islamique exige que les hommes musulmans soient circoncis avant le mariage.
La circoncision est mentionnée dans plusieurs hadiths : « L'envoyé de Dieu a dit : « Abraham se circoncit lui-même à l'âge de 80 ans à l'aide d'une herminette ». (4:575 d'Abu Huraira)
Ailleurs, le prophète déclare aux nouveaux convertis : « Débarrassez-vous des cheveux longs des païens et soyez circoncis ».
La circoncision est généralement effectuée durant l'enfance (de 7 jours à environ 13 ans). Elle n'est pas obligatoire pour le nouveau converti.


Christianisme

Dans les premiers temps de l’Eglise chrétienne, la question est âprement débattue de savoir s'il faut que les frères venus du paganisme soient circoncis.
Pourtant Luc y répond dans les Actes des Apôtres (X 44-48 ; XV 1-21) et Paul dans ses épîtres : « Ni la circoncision ni l'incirconcision n'ont de valeur, mais seulement la foi opérant par la charité » (Galates V 6) ; "la foi justifie les circoncis comme les incirconcis car Dieu est le Dieu de tous". (Romains III 29)
"C'est nous qui sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l'Esprit de Dieu." (Philippiens III 3).
"La vraie circoncision, cachée, spirituelle, intérieure (Rm II 28), n'est plus faite par la main de l'homme." (Colossiens II 11-12).

Certaines communautés chrétiennes, comme les coptes d’Egypte, pratiquent la circoncision ; l’Eglise abyssinienne est la seule à reconnaître encore la circoncision comme un rite religieux.

Avant le Concile Vatican II, l’Eglise catholique fêtait, le 1er janvier, le Nom de Jésus et la Circoncision de Notre Seigneur.


Guercino, Circoncision de Jésus, 1646,
Musée des Beaux-Arts de Lyon

Reliques de la circoncision du Christ : un couteau à Compiègne, des linges maculés de sang [abbaye de Coulombs (Eure et Loir), cathédrale de Poitiers, Hildesheim (Allemagne), Anvers (Belgique)] et même 5 prépuces (?) de Jésus 5 : 1 à Calcata en Italie (volé en 1983), 1 à Rome, 1 à Chartres, 1 à Anvers et 1 au Puy-en-Velay.


Aspect médical

Depuis le XIXe siècle, de nombreux peuples ont adopté la coutume de la circoncision pour des raisons d'abord médicales.

Dans la pratique médicale moderne, la circoncision représente une opération mineure généralement pratiquée durant l'enfance pour des raisons d'hygiène. Elle est le principal traitement du phimosis (dans ce cas on parle de posthectomie).

Les arguments médicaux en faveur de la circoncision sont controversés.
Les médecins du XIXe siècle conseillaient l'opération pour de nombreuses affections, dont l'hystérie, les maladies vénériennes, le satyriasis, et même le hoquet (?).
Ses partisans actuels citent le fait que les populations circoncises (en particulier les juifs) présentent peu de cancers pénien et cervical et prétendent que les affections sont dues à la formation du smegma, une substance sécrétée par les glandes sébacées (les opposants réfutent ces arguments en disant que ces affections sont plus probablement dues à une hygiène insuffisante et au contact de nombreux partenaires sexuels). En particulier, ils estiment que la circoncision réduit le risque d'infection à papillomavirus chez l'homme (avec les conséquences que ça a sur la fellation) et fait par conséquent baisser le risque de cancer du col de l'utérus chez ses partenaires. 4

Le 28 mars 2007, dans un communiqué commun, l'OMS et l'Onusida notent que la "circoncision [devait] être reconnue comme une mesure efficace de prévention du VIH, qu’il [fallait] considérer la promotion de la circoncision comme une nouvelle stratégie importante de prévention de la transmission hétérosexuelle du VIH de la femme à l'homme et que, si la circoncision ne protège pas complètement contre l'infection au VIH, elle représente une stratégie additionnelle".


Citations

Circoncisez-vous pour l'Eternel, circoncisez vos coeurs, Hommes de Juda et habitants de Jérusalem, De peur que ma colère n'éclate comme un feu, Et ne s'enflamme, sans qu'on puisse l'éteindre, A cause de la méchanceté de vos actions. (Jérémie 4:4)

S’il est vrai que la circoncision exprime la séparation d’avec le plaisir et d’avec toutes les passions, n’allons pas pour autant supprimer la loi pratique de la circoncision. Car nos négligerions aussi le service du Temple et mille autres observances, à force de nous intéresser aux seules lumières du sens profond. Non, il faut admettre que ces deux aspects de la Loi correspondent l’un au corps, l’autre à l’âme, et donc, comme il faut songer au corps parce qu’il est la maison de l’âme, il faut pareillement se soucier des lois telles qu’elles sont énoncées. En les observant, on verra s’éclairer davantage les réalités dont elles sont le symbole. [Philon d’Alexandrie (env. 20 av. J.-C. - vers 50 apr. J.-C.), De migratione Abrahami, 92-93].

La circoncision avait été donnée à Abraham pour distinguer sa race de toute autre race et la préparer à posséder les biens promis à Dieu ; quand arriva ce qui avait été promis, le signe fut aboli. A la circoncision, qui cesse à J.-C., succède le baptême ; et c’est pourquoi Jean (le baptiste, ndlr) devait être circoncis. On l’imposait au huitième jour; l’enfant était moins sensible à la souffrance; et d’autre part on lui imposait cette marque qui l’incorporait au peuple de Dieu avant qu’il ne put le vouloir lui-même, pour établir que c’était une pure grâce. On lui donnait après la circoncision le nom qu’il devait porter, car avant de faire nombre dans le peuple de Dieu, il devait porter le signe de Dieu. Cela signifiait aussi que pour être inscrit au livre de vie, il devait avoir dépouillé les passions charnelles. (Jean Chrysostome 349-407, Contra Judæos et Gentiles quod Christus sit Deus).


Notes
1 J. Gardner Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians, I, p. 183-184. London, 1873
2 Horapollo, Hieroglyphica § 14
3 Paul Lafargue, La circoncision, sa signification sociale et religieuse, 1887
4 http://www.rue89.com/rue69/2011/02/04/le-prepuce-est-il-lami-de-lhomme-188526
5 Au Moyen Âge, il y eut jusqu'à 14 « saints prépuces » conservés dans diverses villes européennes (François Brossier, Les reliques à l'épreuve du doute, in Le Monde de la Bible n° 190, septembre-octobre-novembre 2009, p. 39)
6 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil13sem/semaine40/213nx402europec.html


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 24/05/2017

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