LE PETIT DJIHAD
SOMMAIRE

1 Définition
2 Prescriptions du Coran
3 Le monde selon l’islam
4 L’islamisme
5 Citations

Définition

Le terme arabe djihad 3 signifie « effort vers un but déterminé ». L’expression complète est djihad fi sabil Allah (effort sur le chemin de Dieu).

Les musulmans distinguent deux sortes de djihad : le « grand djihad » (al-djihad al-akbir) et le « petit djihad » (al-djihad al-saghir).

Le grand djihad, également appelé djihad al-nafs, désigne la lutte intérieure, spirituelle, de l'individu contre le vice, la passion et l'ignorance.
En comparaison de la « réforme des mœurs », dit Ghazali dans l’Ihya’, la lutte armée est « comme un léger souffle de vent sur la mer agitée ».
Dans un sens spirituel, le djihad est la lutte du croyant contre les passions et les mauvais penchants de l’âme.

Le petit djihad est défini comme la guerre sainte contre les pays et les sujets infidèles (non musulmans).
Il a une signification légale et doctrinale prescrite par le Coran et les hadiths (les paroles et actions connues attribuées au prophète Mahomet et auxquelles on accorde le même statut qu'à une révélation).
La « guerre sainte », c’est l’effort collectif des musulmans qui ont le devoir de lutter pour la défense de leur religion, de leurs personnes, de leurs biens et pour la sécurité de leurs frontières.
Le djihad peut également avoir un caractère défensif comme ce fut le cas lors des croisades chrétiennes en Terre sainte au Moyen Age ou lors de la « Reconquista » (reconquête) espagnole, ou encore en Algérie, lorsque, le 22 novembre 1832, Abd el-Kader, reconnu « émir » à Mascara tandis que les Français occupaient Bône et Bougie, proclama le djihad contre les infidèles.
Les chiites ne peuvent pas, théoriquement, participer à un djihad offensif ; ils peuvent seulement participer à un djihad défensif.
Certains savants musulmans modernes ont mis en avant l'aspect défensif du djihad par rapport aux autres aspects.

En tant que religion universaliste, l'islam se doit d'être propagé sans discontinuer par la communauté musulmane sur toute terre non musulmane, jusqu'à s'étendre au monde entier.
Pour parvenir à ce but, différents versets coraniques recommandent soit de mener une propagande persuasive soit de combattre toute attaque contre l'islam.
Un appel (da‘wa) doit être adressé aux États qui ignorent l’islam ou le repoussent. S’ils se refusent à entendre cet appel, la loi islamique, selon les interprétations, appelle à entrer en guerre contre ces Etats, les armes à la main, ou considère que la lutte armée n'est qu'une des modalités du djihad et préconise le prosélytisme et la propagande missionnaire.
Les livres de la loi précisent que les non-combattants, femmes, enfants ou moines, doivent bénéficier du respect des musulmans, recommandation que ne suivent évidemment pas les fanatiques.

Le djihad est avant tout une obligation religieuse communautaire (ou « de suffisance » : fard al-kifaya), mais devient une obligation individuelle (fard al-‘ayn) en cas d'attaque menée contre l'islam et lorsque est proclamée une mobilisation générale.
Le djihad, comme toute guerre, serait de soi un mal (fasad). Mais, ayant pour fin de combattre un mal plus grand, l’impiété, la non-reconnaissance « des droits de Dieu et des droits des hommes », il devient un bien.
Selon la doctrine traditionnelle, combattre pour le djihad est un acte de « dévotion pure » (ikhlas) et ceux qui se sont « sacrifiés », c'est-à-dire qui sont morts les armes à la main sont par excellence les « témoins » (shahid, pluriel : shuhada’). Ils sont assurés du salut éternel et entrent « sans retard » au paradis : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d'Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur… » (Coran, III, 169).
Cet acte de dévotion est considéré en quelque sorte comme le sixième pilier de l'islam.
À l'origine, le nom de marabout était donné aux guerriers tués au cours d'une guerre sainte ; leur tombe était un lieu de pèlerinage et la baraka s'étendait à leurs descendants (par la suite, les ascètes ou ermites retirés dans la solitude furent aussi appelés marabouts et consultés comme oracles ou, en Afrique, comme guérisseurs et sorciers).
Il est du devoir de tout musulman adulte, de sexe masculin, en bonne santé, d'entretenir un djihad contre tous ses voisins et contre les pays voisins non musulmans.
La « guerre sainte » est l'unique forme de guerre qui est théoriquement admissible par l'islam.

Sur le plan historique, la guerre sainte a été menée d’abord contre les Arabes et certaines tribus juives puis contre les chrétiens et les païens.
Mohammed, chassé de La Mecque en 622, entreprit de conquérir la ville sainte dominée par les Quraychites qui s’enrichissaient du pèlerinage des idoles.
En 625, Mohammed était battu à Uhud (ou Ohod) par les Quraychites. Soixante-dix compagnons furent tués : ils devinrent les premiers « martyrs du djihad ».
Le 11 janvier 630, après plusieurs combats, Mahomet rentra victorieux à La Mecque où il fonda la nouvelle alliance, celle de la umma (communauté des musulmans) qui se doivent aide et protection.
« D’après Aïcha (qu'Allah soit satisfait d'elle), on interrogea le Prophète (pbAsl) au sujet de l'hégire. Et lui de répondre : « Il n'y a plus d'hégire après la conquête de la Mecque. Mais il reste la guerre sainte avec une bonne intention. Si on vous invite à faire le djihad, obéissez ». Hadith 1083 1
Selon al-Ashnawy, le prophète déclara : « Nous venons d’un djihad mineur, mais nous allons vers un djihad majeur. Le djihad majeur est un effort continu d’autodiscipline contre l’avarice et la cupidité, la peur et la lâcheté, la tyrannie et l’ignorance, la soumission aux désirs et aux passions ».
En 632, quand mourut le Prophète, l’influence de la nouvelle religion se limitait à l'Arabie.
Après sa mort, des rébellions de mauvais croyants donnèrent l’idée de les occuper à de conquêtes extérieures. Le djihad tendit à supprimer les dangers internes à la communauté islamique tout en permettant l’expansion de la nouvelle religion.
A peine trente années plus tard, les Bédouins déferlèrent sur la Syrie, l’Egypte, la Mésopotamie... .

Dans son ouvrage intitulé Muqaddimah, Abu'l-Walid Muhammad ibn Rushd dit Averroès (1126-1198) classe le djihad en quatre catégories :
- le djihad du cœur
- le djihad de la langue
- le djihad de la main
- le djihad de l’épée.

Prescriptions du Coran

- Sourate II, 187 ou 191 : « Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d’où ils vous auront chassés. La tentation à l'idolâtre est pire que le carnage à la guerre » 2
« Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d'où ils vous ont chassés : l'association est plus grave que le meurtre » 1

- III, 151, 152 ou 157, 158 : « Si vous mourez ou si vous êtes tué en combattant dans le sentier de Dieu, l’indulgence et la miséricorde de Dieu vous attendent. Ceci vaut mieux que les richesses que vous amassez » 2
« Et si vous êtes tués dans le sentier d'Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d'Allah et une miséricorde valent mieux que ce qu'ils amassent. » 1

- III, 163, 164 ou 169, 170 : « Ne croyez pas que ceux qui ont succombé en combattant dans le sentier de Dieu soient morts : ils vivent près de Dieu, et reçoivent de lui leur nourriture. Remplis de joie grâce aux bienfaits dont Dieu les a comblés, ils se réjouissent de ce que ceux qui marchent sur leurs traces et qui ne les ont pas encore atteints seront à l'abri des frayeurs et des peines. » 2
« Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d'Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu'Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. » 1

- V, 37 ou 33 : « Voici quelle sera la récompense de ceux qui combattent Dieu et son apôtre, et qui emploient toutes leurs forces à commettre des désordres sur la terre : vous les mettrez à mort ou vous leur ferez subir le supplice de la croix ; vous leur couperez les mains et les pieds alternés ; ils seront chassés de leur pays… » 2
« La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays… » 1

- VIII, 57 ou 55 : « Il n'y a point auprès de Dieu d’animaux plus vils que ceux qui ne croient point et restent infidèles » 2
« Les pires bêtes, auprès d'Allah, sont ceux qui ont été infidèles (dans le passé) et qui ne croient donc point (actuellement) » 1

- VIII, 59 ou 57 : « Si tu parviens à les saisir pendant la guerre, disperse par le supplice ceux qui les suivront, afin qu'ils y songent » 2
« Donc, si tu les maîtrises à la guerre, inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux soient effarouchés. Afin qu'ils se souviennent » 1

- VIII, 66 ou 65 : « O prophète ! Excite les croyants au combat. Vingt braves d’entre eux terrasseront deux cents infidèles. Cent en mettront mille en fuite, parce que les infidèles n’ont point de sagesse » 2
« Ô Prophète, incite les croyants au combat. S'il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents ; et s'il s'en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. » 1

- IX, 5 : « Les mois sacrés expirés, tuez les idolâtres partout où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade… » 2
« Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade… » 1

- IX, 29 : « Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et à ceux d'entre les hommes des Écritures qui ne professent pas la vraie religion. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils payent le tribut de leurs propres mains et qu'ils soient soumis » 2
« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés » 1

- XLVII, 4 : « Quand vous rencontrez les infidèles, tuez-les jusqu'à en faire un grand carnage, et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits. Ensuite, vous les mettrez en liberté, ou les rendrez moyennant une rançon… » 2
« Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon… » 1

- XLVII, 22 ou 20 : « Les vrais croyants disent : Dieu n'a-t-il pas ordonné un chapitre qui ordonne la guerre sainte ? Mais qu'un chapitre péremptoire soit révélé, et que la guerre y soit ordonnée, tu verras ces hommes dont le cœur est atteint d'une infirmité te regarder d'un regard d'un homme que la vue de la mort fait tomber en défaillance » 2
« Ceux qui ont cru disent : "Ah! Si une Sourate descendait!" Puis, quand on fait descendre une Sourate explicite et qu'on y mentionne le combat, tu vois ceux qui ont une maladie au cœur te regarder du regard de celui qui s'évanouit devant la mort » 1

- XLVII, 37 ou 35 : « Ne montrez pas de lâcheté et n'appelez point les infidèles à la paix quand vous leur êtes supérieur… » 2
« Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts… » 1

Mais le Coran invite aussi à la modération :

- II, 186 ou 190 : « Combattez dans la voie de Dieu contre ceux qui vous feront la guerre. Mais ne commettez point d’injustice en les attaquant les premiers, car Dieu n’aime point les injustes » 2
« Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n'aime pas les transgresseurs ! » 1

- V, 35 ou 32 : « C'est pourquoi nous avons donné ce précepte aux enfants d'Israël : celui qui aura tué un homme sans que celui-ci ait commis un meurtre ou exercé des brigandages dans le pays, sera regardé comme le meurtrier du genre humain ; et celui qui aura rendu la vie à un homme, sera regardé comme s’il avait rendu la vie à tout le genre humain… » 2
« C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes... » 1

- XVI, 128 ou 126 : « Quand vous exercez une vengeance pour des injures reçues, faites qu’elle soit analogue à celles que vous avez souffertes ; mais si vous préférez de les supporter avec patience, cela profitera mieux à ceux qui auront souffert avec patience » 2
« Et si vous punissez, infligez (à l'agresseur) une punition égale au tort qu'il vous a fait. Et si vous endurez... cela est certes meilleur pour les endurants. » 1

- XLII, 38 ou 40 : « Mais la vengeance d'une injure doit être égale à l'injure. Celui qui pardonne entièrement et se réconcilie avec son ennemi trouvera sa récompense auprès de Dieu. Dieu n’aime pas les méchants » 2
« La sanction d'une mauvaise action est une mauvaise action (une peine) identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n'aime point les injustes ! » 1

- IV, 33-34 ou 29-30 : " ... ne vous tuez pas entre vous. Dieu lui-même est miséricordieux envers vous. Quiconque agira ainsi par iniquité et méchanceté, nous le ferons consumer par le feu... " 2
" Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. Et quiconque commet cela, par excès et par iniquité, Nous le jetterons au Feu, voilà qui est facile pour Allah. " 1
L'islam interdit donc le suicide ; cependant, il existe une théorie selon laquelle les actions commises dans le cadre du Jihad menant à sa propre mort ne sont pas considérées comme un suicide, mais, au contraire, comme une forme de martyre.

Le monde selon l’islam

La loi musulmane divise le monde en dar al-islam (lieu islamique) et dar al-harb (lieu de guerre, c'est-à-dire de loi non musulmane et censé être en voie de coranisation puisque l’objectif de l’islam est l’instauration de la loi de Dieu sur l’ensemble du monde).

Les lois du djihad distinguent deux catégories d'ennemis non musulmans, les kafir (non-croyants) et les ahl al-kitab (peuples du Livre).

Le terme « peuples du Livre » ne désignait à l'origine que les juifs, les chrétiens et les sabéens, mais il inclut aujourd’hui d'autres communautés monothéistes telles que les mazdéens, adeptes du zoroastrisme.

Vaincus, les « peuples du Livre » doivent se soumettre à l'autorité politique musulmane pour éviter le djihad ou pour y mettre fin et ils peuvent alors conserver leur foi et leur organisation religieuse : leur statut, défini comme dhimmi (hôte protégé), est inférieur à celui d'un musulman et ils doivent payer un tribut, la jizya.

Pour ce qui est des non-croyants, c'est-à-dire, ceux que les musulmans ne reconnaissent pas comme « peuples du Livre », tels que les bouddhistes et les hindous, ils doivent se convertir à l'islam ou être réduits à l'esclavage. Cependant, ce principe ne fut pas systématiquement appliqué.

Un converti à l'islam ne peut renoncer à sa nouvelle religion, qu'il soit un dhimmi ou un païen, car c'est un péché mortel que d'abandonner l'islam, même pour une religion dont la révélation est reconnue.

L’islamisme

On appelle « islamisme » le mouvement religieux qui revendique, au sein du monde musulman, le retour à une société gouvernée selon les règles du droit islamique (charia).
Depuis les années 1970, ce terme désigne surtout la tendance politique et radicale du mouvement.

L’islamisme est un fondamentalisme religieux en ce qu’il prône un retour à la lettre du Coran : les comportements des musulmans doivent obéir aux préceptes établis par le livre sacré et par le hadith (tradition du Prophète : actes et paroles de Muhammad et de ses compagnons).
Partisans d’une société égalitaire, les islamistes se réfèrent à l’umma, la communauté des croyants.

Durant les décennies 1980 et 1990, le retour à l’islam et la tentation du repli identitaire ont été favorisés par la crise socio-économique, l’occidentalisation des modes de vie dans la plupart des pays musulmans et la mondialisation de l’économie. De plus, en 1979, la révolution islamique en Iran offrit un contre-modèle au schéma occidental dominant.
Les islamistes cherchent à conquérir l’opinion publique des pays musulmans par une action sociale. D’une efficacité limitée, les réseaux d’entraide destinés à remédier au chômage et à la pauvreté, ainsi qu’aux défaillances des services sociaux, contribuent cependant à maintenir leur influence, notamment auprès des jeunes, premières victimes de la crise économique.

Lors d’un colloque organisé par la Fondation pour la prévention du crime en Indonésie, les 27 et 28 février 2006, le recteur de l’Université islamique d’Etat de Djakarta, Azyumardi Azra, a appelé les responsables religieux musulmans « à repenser, réinterpréter et reformuler » une certaine compréhension du djihad, portée par une lecture médiévale et classique du Coran.
Il a expliqué qu’« il y a urgence » et que « si cela n’est pas fait, le djihad sera et pourra, comme c’est la tendance aujourd’hui, être confondu avec le terrorisme ».

Le 12 septembre 2006, à l'université de Ratisbonne (Allemagne), lors d'une conférence intitulée « Foi, raison et Université - Souvenirs et réflexions », le pape Benoît XVI déclara :
« L'empereur (Manuel II Paléologue, empereur byzantin de 1391 à 1425, ndlr) aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément, l'empereur savait que dans la sourate II, 256 on peut lire : "Pas de contraintes en matière de foi". C'est l'une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n'avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais, naturellement, l'empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s'arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le "Livre" et les "incrédules", l'empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s'adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : "Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait". L'empereur après s'être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l'âme. "Dieu n'apprécie pas le sang - dit-il -, ne pas agir selon la raison (logos). La foi est le fruit de l'âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu'un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace... Pour convaincre une âme raisonnable, il n'est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d'instrument pour frapper, ni de quelqu'autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort... (…) « Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le logos, est contraire à la nature de Dieu" a dit Manuel II, partant de son image chrétienne de Dieu, à son interlocuteur persan. C'est à ce grand logos, à cette ampleur de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. »
Les propos du souverain pontife soulevèrent de vives protestations dans le monde musulman dont les divers représentants exigèrent, selon leur « sensibilité », des excuses, des explications ou des clarifications.
Le dimanche 17, le pape annonça : « En ce moment, je désire seulement ajouter que je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l'Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu'il s'agissait d'une citation d'un texte médiéval qui n'exprime en aucune manière ma pensée personnelle ».
Le 20, au cours de son audience générale hebdomadaire, Benoît XVI exprima son « profond respect pour les grandes religions et en particulier pour les musulmans » ; il annota le bas de la page du texte officiel de son discours de Ratisbonne : « En citant le texte de l’empereur Manuel II, j’entendais uniquement mettre en évidence le rapport essentiel entre foi et raison. Sur ce point, je suis d’accord avec Manuel II, sans pour autant faire mienne sa polémique ».

Rappelons cette sage prescription du Coran (II, 256 ou 257) :
« Point de violence en matière de religion… » 2
« Nulle contrainte en religion ! » 1

Citations

La guerre sainte la plus méritoire est celle qu'on fait à ses passions. (Proverbe arabe)

Les lions ne font point la guerre aux lions, ni les tigres aux tigres ; l'homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux ne firent jamais. (Fénelon 1651-1715)

Les guerres de religion sont de toutes les plus sanguinaires. (Proudhon 1809-1865)

Toute guerre entre hommes est une guerre entre frères. (Victor Hugo 1802-1885)


Notes :
1
http://quran.al-islam.com/frn/
2 Traduit par Kasimirski, 1840
3 djihad : nom masculin, Le Petit Larousse 1998.


Sources


Auteur : Jean Poyet & Luc Teurade.
Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation.

Date de mise à jour : 05/05/2012