LE PETIT DJIHAD
(al-djihad al-saghir)

Le terme arabe "djihad" (ou "jihad") 3 signifie "effort" (vers un but déterminé). L’expression complète est : "djihad fi sabil Allah" (effort sur le chemin de Dieu).
Le concept de "djihad"  a varié au cours du temps, ce qui n'en facilite pas l'étude. Ses interprétations successives ont souvent été en concurrence parmi les sphères intellectuelles musulmanes. 7
Les musulmans distinguent deux sortes de djihad : le grand djihad (al-djihad al-akbir) et le petit djihad (al-djihad al-saghir).

Le grand djihad, également appelé "djihad al-nafs", désigne la lutte intérieure, spirituelle, de l'individu contre le vice, la passion et l'ignorance.
En comparaison de la "réforme des mœurs", dit Ghazali 8 dans l’Ihya’, la lutte armée est "comme un léger souffle de vent sur la mer agitée".
Dans un sens spirituel, le djihad est la lutte du croyant contre les passions et les mauvais penchants de l’âme.

Le petit djihad est défini comme la guerre sacrée 11 contre les pays et les sujets "infidèles" (non musulmans).
Il a une signification légale et doctrinale prescrite par le Coran et les "hadiths" (les paroles et actions connues attribuées au prophète Mahomet et auxquelles on accorde le même statut qu'à une révélation).
La "guerre sacrée" 11, c’est l’effort collectif des musulmans qui ont le devoir de lutter pour la défense de leur religion, de leurs personnes, de leurs biens et pour la sécurité de leurs frontières. C'est l'unique forme de guerre qui est théoriquement admissible par l'islam.
Le djihad peut avoir un caractère défensif comme ce fut le cas lors des croisades chrétiennes en Terre sainte au Moyen Age ou lors de la Reconquista (reconquête) espagnole, ou encore en Algérie, lorsque, le 22 novembre 1832, Abd el-Kader, reconnu émir à Mascara tandis que les Français occupaient Bône et Bougie, proclama le djihad contre les infidèles.
Les chiites ne peuvent pas, théoriquement, participer à un djihad offensif ; ils peuvent seulement participer à un djihad défensif.
La plupart des savants musulmans modernes mettent en avant l'aspect défensif du djihad par rapport aux autres aspects.
"Le Jihad sur le sentier d'Allah sert uniquement à la défense de la terre, de l'honneur et des choses sacrées… Ici, nous adoptons ce qu'ont adopté les savants musulmans de cette époque : cheikh Abu Zuhra, cheikh Rachîd Ridâ, cheikh Chaltut, cheikh Abdallah Darâz, cheikh Al-Ghazâli : tous sont d'avis que le Jihad en Islam sert uniquement à la défense de la religion, de l'État, des choses sacrées, de la terre, de l'honneur… et ne sert pas à la conquête du monde comme le décrivent certains." (Youssef al-Qardaoui : L'Islam et l'Occident p. 19)

En tant que religion universaliste, l'islam se doit d'être propagé sans discontinuer par la communauté musulmane sur toute terre non musulmane, jusqu'à s'étendre au monde entier.
Pour parvenir à ce but, différents versets coraniques recommandent soit de mener une propagande persuasive soit de combattre toute attaque contre l'islam.
Un appel (da‘wa) doit être adressé aux États qui ignorent l’islam ou le repoussent 10. S’ils se refusent à entendre cet appel, la loi islamique, selon les interprétations, appelle à entrer en guerre contre ces Etats, les armes à la main, ou considère que la lutte armée n'est qu'une des modalités du djihad et préconise le prosélytisme et la propagande missionnaire.
Les livres de la loi précisent que les non-combattants, femmes, enfants ou moines, doivent bénéficier du respect des musulmans, recommandation que ne suivent évidemment pas les fanatiques.

Le djihad est avant tout une obligation religieuse communautaire (ou "de suffisance" = fard al-kifaya), mais devient une obligation individuelle (fard al-‘ayn) en cas d'attaque menée contre l'islam, quand des non-musulmans capturent et emprisonnent un groupe de musulmans ou lorsque est proclamée une mobilisation générale.
Le djihad, comme toute guerre, serait en soi un mal (fasad). Mais, ayant pour fin de combattre un mal plus grand, l’impiété, la non-reconnaissance "des droits de Dieu et des droits des hommes", il devient un bien.
Selon la doctrine traditionnelle, combattre pour le djihad est un acte de "dévotion pure" (ikhlas) et ceux qui se sont "sacrifiés", c'est-à-dire qui sont morts les armes à la main sont par excellence les "témoins" (shahid ; au pluriel : shuhada’). Ils sont assurés du salut éternel et entrent "sans retard" au paradis : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d'Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur… » (Coran, III, 169).
La guerre sacrée 11 n'a pas été incluse dans les obligations religieuses de l'islam, sauf pour les kharijites qui ont élevé le jihâd au rang de sixième pilier de l'islam et pour les chiites duodécimains qui le considèrent comme une des dix pratiques religieuses du culte.
À l'origine, le nom de "marabout" était donné aux combattants de la foi (moudjahidin 3) tués au cours d'une guerre sainte ; leur tombe était un lieu de pèlerinage et la baraka s'étendait à leurs descendants ; par la suite, les ascètes ou ermites retirés dans la solitude furent aussi appelés "marabouts" et consultés comme oracles ou, en Afrique, comme guérisseurs et sorciers.
Il est du devoir de tout musulman adulte, de sexe masculin, en bonne santé, d'entretenir un djihad contre les pays voisins non musulmans.

Sur le plan historique, la guerre sacrée 11 a été menée d’abord contre les Arabes et certaines tribus juives puis contre les chrétiens et les païens.
Mohammed, chassé de La Mecque en 622, entreprit de conquérir la ville sainte dominée par les Quraychites qui s’enrichissaient du pèlerinage des idoles.
Le juge égyptien, Muhammad Saïd aI-Ashmawy (1932-2013), souligne que le sens du concept "jihad" a connu une évolution au cours de la révélation coranique, répartie en deux périodes, les versets coraniques ayant été "révélés" au cours des événements et des situations qui ont marqué la vie de Mouhammad. Durant la période mecquoise de la révélation (610-622), le jihad avait une signification spirituelle et morale. Il s'agissait alors de l'effort personnel que le musulman devait faire pour vivre pieusement en résistant à l'hostilité des païens et au désespoir. C'est au cours de l'époque médinoise (622-632) que « le terme dépasse ce simple sens spirituel pour inclure, en outre, la lutte individuelle et collective contre les païens de La Mecque ». (L'islamisme contre l'islam, Al-Ashmawy, 1989, p. 67-68) 9
À partir de Médine, Mouhammad et sa communauté menacent, et parfois attaquent, les caravanes mecquoises pour obtenir leur reconnaissance et le droit de revenir à La Mecque, lieu sacré parce qu'il abrite la Kaaba, construite selon eux par Abraham et son fils Ismaël. En 624, les Mecquois, qui refusent tout compromis avec Mouhammad, dirigent une armée pour le combattre ainsi que sa communauté. C'est à partir de cette première grande bataille contre les païens, à Badr, que le jihad acquiert le sens de guerre sacrée 11. Dorénavant, les versets coraniques permettront la guerre. (L'islamisme contre l'islam, Al-Ashmawy, 1989, p. 68-69) 9
Selon al-Ashmawy, le prophète aurait déclaré (hadith da3if) : « Nous venons d’un djihad mineur, mais nous allons vers un djihad majeur. Le djihad majeur est un effort continu d’autodiscipline contre l’avarice et la cupidité, la peur et la lâcheté, la tyrannie et l’ignorance, la soumission aux désirs et aux passions ».
En 625, Mohammed était battu à Uhud (ou Ohod) par les Quraychites. Soixante-dix compagnons furent tués : ils devinrent les premiers "martyrs du djihad".
Le 11 janvier 630, après plusieurs combats, Mahomet rentra victorieux à La Mecque où il fonda la nouvelle alliance, celle de l'umma, communauté des musulmans qui se doivent aide et protection.
« D’après Aïcha (qu'Allah soit satisfait d'elle), on interrogea le Prophète (pbAsl) au sujet de l'hégire. Et lui de répondre : « Il n'y a plus d'hégire après la conquête de la Mecque. Mais il reste la guerre sainte avec une bonne intention. Si on vous invite à faire le djihad, obéissez ». (Muslim, Sahih 33/3468) 6
En 632, quand mourut le Prophète, l’influence de la nouvelle religion se limitait à l'Arabie.
Après sa mort, des rébellions de mauvais croyants donnèrent l’idée de les occuper à de conquêtes extérieures. Le djihad tendit à supprimer les dangers internes à la communauté islamique tout en permettant l’expansion de la nouvelle religion.
A peine trente années plus tard, les Bédouins déferlaient sur la Syrie, l’Egypte, la Mésopotamie...

Dans son ouvrage intitulé Muqaddimah, Abu'l-Walid Muhammad ibn Rushd dit Averroès (1126-1198) classe le djihad en quatre catégories :
- le djihad du cœur
- le djihad de la langue
- le djihad de la main
- le djihad de l’épée.

Ibn Al-Qayyim  (1292-1350) écrit (Za'ad ul ma'âd) que le jihâd a "4 rampes" :
- le jihâd contre son égo
- le jihâd contre Satan
- le jihâd contre les infidèles 
- et le jihâd contre les hypocrites.


Les règles du combat lors du djihâd

Selon Muhammad Hisham Kabbani, maître soufi, né le 28 janvier 1945 à Beyrouth, Liban (Le concept de jihad en Islam, p. 64, ISCA, ISBN 1-930409-46-X) :

- Les prisonniers de guerre doivent être bien traités. Les traditions du Prophète réglementent de façon rigoureuse et stricte la pratique guerrière, et il est interdit de disposer à sa guise des prisonniers, et de tuer les femmes et les enfants lors des batailles. Les captifs peuvent être asservis en esclavage, relâchés sous rançon, ou alors ils pourront rester en terre d'islam et devront rester dans un statut de dhimmin et payer une capitation annuelle, la djizya.

- « Épargner les enfants, les fous, les femmes, les prêtres, les vieillards et les infirmes, sauf s'ils ont pris part au combat ». L'islam interdit strictement de tuer ceux qui ne font pas partie de l'armée : en effet, dans le Sahih-i Muslim (Kitab-i Jihad was-siyar), chez Sarakhsi (kitab al-Mabsut, siyar al-Kebir), etc., Mahomet interdit strictement de tuer les vieux, les femmes et les enfants ne portant pas d'arme. Seuls les dégâts collatéraux involontaires sont tolérés dans le Sahih-i Muslim. Cependant, des hommes non armés ont été tués : Ibn Khatal, An-Nadr ibnul Harith, 'Oqba ibn Abi Mu'ayt, Kaab ibn al-Ashraf, etc.

- L'interdiction de brûler l'ennemi. Il est interdit de brûler l'ennemi avec le feu car Mahomet a dit, « Tuez [l'ennemi], mais ne le brûlez pas. Car personne ne punit avec le feu excepté le Seigneur du Feu ».

- L'interdiction de mutiler les corps‏‏.

- L'interdiction du pillage. C'est-à-dire des actes de vandalisme (vols, destruction des biens, etc.) et de violence (violence physique, viol, etc.) envers les civils. Cependant, la prise des butins de guerre était pratiquée après les batailles contre les adversaires qui ont participé à la guerre, en dédommagement aux dégâts provoqués par la guerre.

Division du monde selon la théologie islamique et ses interprétations traditionnelles

Selon la théologie islamique et ses interprétations traditionnelles, la finalité de l'islam est d'être porté au monde entier.
Ce panislamisme est largement représenté par des mouvements religieux comme les frères musulmans, des organisations antinationalistes qui préfèrent l'oumma (communauté des croyants) à la nation (watan). 12
Un statut est donné à chaque partie du monde pour définir son état actuel en regard des préceptes de l'islam, et pour inspirer la conduite possible des musulmans dans ces régions. 5

Le monde est divisé en Dar al-islam (Maison de la soumission) et Dar al-harb (Maison de la guerre, c'est-à-dire de loi non musulmane et censé être en voie de coranisation puisque l’objectif de l’islam est l’instauration de la loi de Dieu sur l’ensemble du monde).
A noter que le théologien sunnite Ibn Taymiyya (1263-1328) a proclamé que les musulmans ne doivent pas imposer l'islam par la force aux non-musulmans, si ceux-ci n'empiètent pas sur le dâr al-islâm. 
Le Dar al-Kufr (domaine des infidèles ou domaine de l'incroyance) est une expression qui sert aux religieux intégristes à désigner les territoires où la charia s'est appliquée, mais ne s'applique plus, comme dans le cas de la péninsule Ibérique après la reconquista, de la Palestine sous la domination des États latins d'Orient ou de l'état d'Israël, des pays musulmans colonisés par des européens ou encore des pays musulmans ayant, comme la Turquie, adopté des lois laïques. Le Dar al-Kufr est donc un territoire qui a fait partie (ou devrait faire partie) du Dar al-Islam mais a rejoint le Dar al-Harb. 5
Plus tardivement (XVe siècle) apparaît dans l'Empire ottoman un « troisième domaine », intermédiaire entre les deux premiers, le Dar al-'Ahd ou Dar al-Suhl (domaine de la trêve ou de l'alliance) pour décrire la relation du califat et sultanat ottoman avec ses vassaux chrétiens, tels que les royaumes géorgiens du Caucase ou les principautés roumaines qui lui versent un tribut, lui fournissent des troupes et protègent ses fidèles en échange de la paix 5. Le Dar al-Sulh correspond aux terres qui ne sont pas encore musulmanes avec qui une trêve est déclarée. Mais cette trêve ne peut être que temporaire ; le délai de la trêve expiré, ces terres doivent retourner dans la maison de la guerre ou entrer dans la maison de la soumission. 4

Les lois du djihad distinguent deux catégories d'ennemis non musulmans, les kouffar (au singulier : kâfir = mécréant, incroyant, infidèle), et les ahl al-kitab (peuples du Livre).
Le terme "peuples du Livre" ne désignait à l'origine que les juifs, les chrétiens et les baptistes sabéens 15, mais il inclut aujourd’hui d'autres communautés monothéistes telles que les mazdéens, adeptes du zoroastrisme.
Vaincus, les peuples du Livre doivent se soumettre à l'autorité politique musulmane pour éviter le djihad ou pour y mettre fin et ils peuvent alors conserver leur foi et leur organisation religieuse : leur statut, défini comme dhimmi (hôte protégé), est inférieur à celui d'un musulman et ils doivent payer un tribut, la jizya.
Ces termes ne figurent pas dans le Coran ou les Hadiths, mais apparaissent (en relation avec les conquêtes des Omeyyades, des Abbassides et des Ottomans) chez les théologiens musulmans.
Pour ce qui est des non-croyants, c'est-à-dire, ceux que les musulmans ne reconnaissent pas comme peuples du Livre, tels que les bouddhistes et les hindous, ils doivent se convertir à l'islam ou être réduits à l'esclavage. Cependant, ce principe n'a pas été systématiquement appliqué.
Dans son magazine de propagande Dabiq (n°4 du 12 octobre 2014), l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL) admet détenir et vendre des Yazidis comme esclaves ; il explique que les gens du Livre peuvent échapper à ce sort car ils ont la possibilité de verser une taxe ou de se convertir, mais que ce n'est pas applicable aux Yazidis.

Apostasie : un converti à l'islam ne peut renoncer à sa nouvelle religion, qu'il soit un dhimmi ou un païen, car c'est un péché mortel que d'abandonner l'islam, même pour une religion dont la révélation est reconnue.


L’islamisme ou islam radical

On appelle "islamisme" le mouvement religieux qui revendique, au sein du monde musulman, le retour à une société gouvernée selon les règles du droit islamique (charia). Depuis les années 1970, ce terme désigne surtout la tendance politique et radicale du mouvement. 3
L’islamisme est un fondamentalisme religieux en ce qu’il prône un retour à la lettre du Coran : les comportements des musulmans doivent obéir aux préceptes établis par le livre sacré et par le hadith (tradition du Prophète : actes et paroles de Muhammad et de ses compagnons).
Partisans d’une société égalitaire, les islamistes se réfèrent à l’umma, la communauté des croyants.
Les salafistes (salafi de salaf = ancêtre) se réfèrent aux pieux "prédécesseurs" des premières générations qui suivaient le Coran à la lettre ainsi que la tradition de Muhammad.

On désigne par djihadisme (ou jihadisme) les idées et l'action des extrémistes qui recourent au terrorisme en se réclamant de la notion islamique de djihad. 3


Durant les décennies 1980 et 1990, le retour à l’islam et la tentation du repli identitaire ont été favorisés par la crise socio-économique, l’occidentalisation des modes de vie dans la plupart des pays musulmans et la mondialisation de l’économie. De plus, en 1979, la révolution islamique en Iran offrit un contre-modèle au schéma occidental dominant.
Les islamistes cherchent à conquérir l’opinion publique des pays musulmans par une action sociale. D’une efficacité limitée, les réseaux d’entraide destinés à remédier au chômage et à la pauvreté, ainsi qu’aux défaillances des services sociaux, contribuent cependant à maintenir leur influence, notamment auprès des jeunes, premières victimes de la crise économique.

Lors d’un colloque organisé par la Fondation pour la prévention du crime en Indonésie, les 27 et 28 février 2006, le recteur de l’Université islamique d’Etat de Djakarta, Azyumardi Azra, appelle les responsables religieux musulmans "à repenser, réinterpréter et reformuler" une certaine compréhension du djihad, portée par une lecture médiévale et classique du Coran. Il a expliqué "qu’il y a urgence et que si cela n’est pas fait, le djihad sera et pourra, comme c’est la tendance aujourd’hui, être confondu avec le terrorisme".

Le 14 octobre 2013, lors d'un prêche à l'occasion du Hajj, le pèlerinage aux lieux saints de La Mecque, le scheik salafiste, Abdul Aziz bin Abdullah, grand mufti d’Arabie Saoudite et l'un des leaders religieux les plus influents du monde musulman, déclare : "L'islam n'autorise le terrorisme sous aucun prétexte [.] L'islam condamne tous les actes de violence et de terrorisme qui ensanglantent le monde à l'heure actuelle. Les musulmans devraient démontrer leur amour pour la paix et l'unité". (Apic)

Le 8 mai 2016, le Conseil français du culte musulman (CFCM) met en place un "conseil théologique", chargé d'élaborer un contre-discours pour répondre à la propagande jihadiste qui fleurit notamment sur internet.

Le 23 mai 2016, à l'issue de la rencontre historique au Vatican entre le pape François et le grand imam d'Al-Azhar au Caire, Ahmed al-Tayeb, ce dernier, s'adressant "aux hommes libres du monde" lance "un appel au monde entier afin qu'il puisse s'unir et serrer les rangs pour affronter et mettre fin au terrorisme. Mettez-vous d'accord tout de suite et intervenez pour mettre fin aux fleuves de sang". 13

Le 28 avril 2017, au Caire, le pape rencontre les participants de la Conférence internationale pour la paix organisée par le grand imam de l'université Al-Azhar, le cheikh Ahmed al-Tayeb, et il appelle les musulmans à dire « un ''non'' fort et clair à toute forme de violence, de vengeance et de haine commises au nom de la religion ou au nom de Dieu. Ensemble, affirmons l'incompatibilité entre violence et foi, entre croire et haïr. Ensemble, déclarons la sacralité de toute vie humaine opposée à toute forme de violence physique, sociale, éducative ou psychologique ».


Prescriptions du Coran

- Sourate II, 187 2 : Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d’où ils vous auront chassés. La tentation à l'idolâtre est pire que le carnage à la guerre.
Sourate II, 190-191 1 : Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n'aime pas les transgresseurs ! Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d'où ils vous ont chassés : l'association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous y aient combattus. S'ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d'où ils vous ont chassés : l'association est plus grave que le meurtre.

- III, 151 2 : Si vous mourez ou si vous êtes tué en combattant dans le sentier de Dieu, l’indulgence et la miséricorde de Dieu vous attendent. Ceci vaut mieux que les richesses que vous amassez.
III, 157, 158 1 : Et si vous êtes tués dans le sentier d'Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d'Allah et une miséricorde valent mieux que ce qu'ils amassent.

- III, 163, 164 2 : Ne croyez pas que ceux qui ont succombé en combattant dans le sentier de Dieu soient morts : ils vivent près de Dieu, et reçoivent de lui leur nourriture. Remplis de joie grâce aux bienfaits dont Dieu les a comblés, ils se réjouissent de ce que ceux qui marchent sur leurs traces et qui ne les ont pas encore atteints seront à l'abri des frayeurs et des peines.
III, 169, 170 1 : Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d'Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu'Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés.

- V, 37 2 : Voici quelle sera la récompense de ceux qui combattent Dieu et son apôtre, et qui emploient toutes leurs forces à commettre des désordres sur la terre : vous les mettrez à mort ou vous leur ferez subir le supplice de la croix ; vous leur couperez les mains et les pieds alternés ; ils seront chassés de leur pays…
V, 33 1 : La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays…

- V, 56 2 : Ô croyants ! Ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens ; ils sont amis les uns des autres. Celui qui les prendra pour amis finira par leur ressembler, et Dieu ne sera point le guide des pervers.
V, 51 1 : Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes.

- VIII, 40 2 : Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de tentation et qu'il n'y ait plus d'autre culte que celui du Dieu unique ; s'ils mettent un terme à leurs impiétés, certes Dieu voit tout.
VIII, 39 1 : Et combattez-les jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d'association, et que la religion soit entièrement à Allah. Puis, s'ils cessent (ils seront pardonnés car) Allah observe bien ce qu'ils œuvrent.

- VIII, 57 2 : Les plus mauvaises des bêtes de la terre auprès de Dieu, ce sont ceux qui sont ingrats, qui ne croient pas.
VIII, 55 1 : Les pires bêtes, auprès d'Allah, sont ceux qui ont été infidèles (dans le passé) et qui ne croient donc point (actuellement).

- VIII, 59 2 : Si tu parviens à les saisir pendant la guerre, disperse par le spectacle de leur supplice ceux qui les suivront, afin qu'ils y réfléchissent.
VIII, 57 1 : Donc, si tu les maîtrises à la guerre, inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux soient effarouchés. Afin qu'ils se souviennent.

- VIII, 59-60 1 : Que les mécréants ne pensent pas qu'ils Nous ont échappé. Non, ils ne pourront jamais Nous empêcher (de les rattraper à n'importe quel moment) ; Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d'effrayer l'ennemi d'Allah et le vôtre, et d'autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais qu'Allah connaît. Et tout ce que vous dépensez dans le sentier d'Allah vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés.

- VIII, 66 2 : O prophète ! Excite les croyants au combat. Vingt braves d’entre eux terrasseront deux cents infidèles. Cent en mettront mille en fuite, parce que les infidèles ne comprennent rien.
VIII, 65 1 : Ô Prophète, incite les croyants au combat. S'il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents ; et s'il s'en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas.

- IX, 5 2 : Les mois sacrés expirés, tuez les idolâtres partout où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade ; mais s'ils se convertissent, s'ils observent la prière, s'ils font l'aumône, alors laissez-les tranquilles, car Dieu est indulgent et miséricordieux.
1 : Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux…

- IX, 29 2 : Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et à ceux d'entre les hommes des Écritures qui ne professent pas la croyance de la vérité. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils payent le tribut, tous sans exception, et qu'ils soient humiliés.
1 : Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation (jizya) par leurs propres mains, après s'être humiliés.

- XXII, 39-40 : Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) - parce que vraiment ils sont lésés ; et Allah est certes Capable de les secourir - ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, - contre toute justice, simplement parce qu'ils disaient : "Allah est notre Seigneur". - Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d'Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant. 1
XXII, 40-41 : Il a promis à ceux qui ont reçu des outrages de combattre leurs ennemis ; Dieu est capable de protéger Ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers, uniquement pour avoir dit : Notre Seigneur est le Dieu unique. Si Dieu n'eût repoussé une partie des hommes par les autres, les monastères, les églises, les synagogues et les oratoires des musulmans, où le nom de Dieu est invoqué sans cesse, auraient été détruits. Dieu assistera celui qui l'assiste dans sa lutte contre les impies. Dieu est fort et puissant. 2

- XLVII, 4-5 2 : Lorsque nous rencontrez des infidèles, eh bien ! tuez-les au point d'en faire un grand carnage, et serrez fort les entraves des captifs. Ensuite vous les mettrez en liberté, ou les rendrez moyennant une rançon, lorsque la guerre aura cessé. Agissez ainsi. Si Dieu voulait, il triompherait d'eux lui-même ; il les exterminerait ; mais il vous fait combattre pour vous éprouver les uns par les autres. Ceux qui auront succombé dans le chemin de Dieu, Dieu ne fera point périr leurs œuvres.
1 : Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu'à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c'est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d'Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions.

- XLVII, 22 2 : Les vrais croyants disent : Ah ! si au moins une sourate descendait d'en haut qui ordonnât la guerre contre les infidèles ! — Mais qu'une sourate péremptoire descende d'en haut, et qu'il y soit parlé de la guerre, tu verras les hommes dont le cœur est atteint d'une infirmité te regarder comme regarde un homme que la vue de la mort fait tomber en défaillance.
XLVII, 20 1 : Ceux qui ont cru disent : "Ah! Si une Sourate descendait !" Puis, quand on fait descendre une Sourate explicite et qu'on y mentionne le combat, tu vois ceux qui ont une maladie au cœur te regarder du regard de celui qui s'évanouit devant la mort...

- XLVII, 37 2 : Ne montrez point de lâcheté, et n'appelez point les infidèles à la paix quand vous êtes les plus forts, et que Dieu est avec vous ; Il ne vous privera point du prix de vos œuvres.
XLVII, 35 1 : Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts…

Mais le Coran invite aussi à la modération :

- II, 186 2 : Combattez dans la voie de Dieu contre ceux qui vous feront la guerre. Mais ne commettez point d’injustice en les attaquant les premiers, car Dieu n’aime point les injustes.
II, 190 1 : Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n'aime pas les transgresseurs !

- IV, 33-34 2 : Ô croyants ! Ne consumez pas vos biens entre vous en choses vaines, à moins que ce ne soit un marché conclu à l'amiable ; ne vous tuez pas entre vous. Dieu certes est miséricordieux envers vous. Quiconque agira ainsi par iniquité et méchanceté, nous le ferons consumer par le feu. Certes, cela sera facile à Dieu.
IV, 29-30 1 : Ô les croyants ! Que les uns d'entre vous ne mangent pas les biens des autres illégalement. Mais qu'il y ait du négoce (légal), entre vous, par consentement mutuel. Et ne vous tuez pas vous-mêmes 14. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. Et quiconque commet cela, par excès et par iniquité, Nous le jetterons au Feu, voilà qui est facile pour Allah.

- V, 35 2 : C'est pourquoi nous avons donné ce précepte aux enfants d'Israël : celui qui aura tué un homme sans que celui-ci ait commis un meurtre ou exercé des brigandages dans le pays, sera regardé comme le meurtrier du genre humain ; et celui qui aura rendu la vie à un homme, sera regardé comme s’il avait rendu la vie à tout le genre humain…
V, 32 1 : C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes...

- XVI, 127 2 : Quand vous exercez des représailles, qu'elles soient pareilles aux offenses que vous avez éprouvées ; Mais, si vous préférez les supporter avec patience, cela profitera mieux à ceux qui auront souffert avec patience.
XVI, 126 1 : Et si vous punissez, infligez (à l'agresseur) une punition égale au tort qu'il vous a fait. Et si vous endurez... cela est certes meilleur pour les endurants.

- XLII, 37-38 2 : Qui, ayant éprouvé un tort, le redressent eux-mêmes. Et rendent pour le mal un mal égal. Celui cependant qui pardonne et se réconcilie avec son adversaire, Dieu lui devra une récompense ; car il n'aime pas les oppresseurs.
XLII, 40 1 : La sanction d'une mauvaise action est une mauvaise action (une peine) identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n'aime point les injustes !

Concluons avec cette sage prescription du Coran :
Point de contrainte en religion. II, 257 2
Nulle contrainte en religion. II, 256 1


Citations

La guerre sainte la plus méritoire est celle qu'on fait à ses passions. (Proverbe arabe)

Les lions ne font point la guerre aux lions, ni les tigres aux tigres ; l'homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux ne firent jamais. (Fénelon 1651-1715)

Les guerres de religion sont de toutes les plus sanguinaires. (Proudhon 1809-1865)

Toute guerre entre hommes est une guerre entre frères. (Victor Hugo 1802-1885)

Qui commet des actes violents ou les justifient au nom de la religion, offense gravement Dieu, qui est paix et source de paix, et a laissé dans l'être humain un reflet de sa sagesse, de sa puissance et de sa beauté. (Le pape François accueillant au Vatican une délégation de la "World Conference of Religions for Peace" le 18 octobre 2017)


Notes
1
http://www.coran-en-ligne.com/coran-en-francais ; http://quran.al-islam.com/frn/ ; http://www.mosquee-lyon.org/?cat=Coran
2 Le Coran. Traduction de Kasimirski. GF Flammarion 1970. http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Koran_%28Traduction_de_Kazimirski%29
3 Le Petit Larousse 2012.
4 http://www.lesreligions.fr/articles/13-dhimmi-Dar-al-Islam-Dar-al-Harb.php#.VBMacPl_tJI
5 Bernard Lewis cité par http://fr.wikipedia.org/wiki/Division_du_monde_dans_l'islam
6 http://herbedeprovence.free.fr/DocOrigineIslam/18.93.html
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad
8 Abou Hamid Mohammed ibn Mohammed al-Ghazali (1058-1111) nommé Algazel en Occident. 
9 http://www.archipel.uqam.ca/737/1/M10038.pdf
10 http://www.islam-pluriel.net/islam/djihad citant Louis GARDET© Encyclopædia Universalis.
11 "DJIHED s. m. (dji-êd- mot arabe). Guerre sacrée contre les infidèles. Encycl. Les Arabes employent le mot "al-djihed" pour désigner spécialement la guerre sainte qu'à l'origine ils avaient déclarée aux infidèles. Dans les premiers siècles de l'islamisme et pendant tout le moyen âge, les princes mahométans faisaient, le jour même où ils arrivaient au pouvoir, publier l'al-djihed dans toute l'étendue de leur territoire. Cet exemple a été suivi longtemps, même après que les guerres de religion eurent cessé, et naguère encore le vice-roi d'Egypte, ayant besoin de flatter les opinions religieuses du plus grand nombre de ses sujets, publia l'al-djihed. De la part du vice-roi, la menace n'avait rien de terrible" (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, 1863-1890, Pierre Larousse).
12 https://fr.wikipedia.org/wiki/Panislamisme
13 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil16sem/semaine21/216nx212egliseh.html
14 "Et ne vous tuez pas vous-mêmes" : l'islam interdit donc le suicide ; cependant, il existe une théorie selon laquelle les actions commises dans le cadre du Jihad menant à sa propre mort ne sont pas considérées comme un suicide, mais, au contraire, comme une forme de martyre.
15 Judah Segal a fait valoir que le terme Sābi'ūn dérive de la racine syriaque « s-b-' » (sba), se référant à la conversion par la submersion (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sab%C3%A9isme)

Sources
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mahomet
La civilisation arabe. Gustave Le Bon. Ed. Minerva. 1974
L’Islam. Dominique Sourdel. Que sais-je ? PUF. 1999
etc.


Voir Islam, Voile islamique.


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Auteur : Jean Uryel de Poucatte
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 27/10/2017

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