Le donatisme
Définition

Le donatisme, mouvement chrétien hérétique des IVe et Ve siècles, estimait que la valeur des sacrements dépendait du caractère moral du ministre et jugea l'Eglise trop laxiste envers les lapsi (tombés, déchus), c'est-à-dire les chrétiens qui, trop faibles devant les persécutions, avaient abjuré le christianisme et qui demandaient à rentrer dans la communion des fidèles 1.

La secte des donatistes prétendait que le caractère du ministre avait une influence absolue sur la validité des sacrements, et que ceux qui étaient reçus de la main d'une personne ordonnée sans en être digne étaient nuls et sans valeur, quelles que fussent, d'ailleurs, la disposition spirituelle de celui qui les recevait et la régularité du mode d'administration.

Il fallait donc rebaptiser les catholiques et consacrer de nouveau les édifices sacrés.

On reprocha aux donatistes d’être exclusifs et fanatiques et de mettre les catholiques au même rang que les juifs ou les idolâtres.

Les ariens tentèrent vainement de fusionner avec les donatistes.

Chronologie historique

L’hérésie donatiste apparut en 311 à la suite de la consécration de l'évêque de Carthage, Cécilien.
Cécilien n’attendit pas l’arrivée des évêques de Numidie pour se faire consacrer, bien que cette fonction revînt à leur doyen.
Ces évêques, au nombre de soixante-dix, déclarèrent son ordination nulle parce que parmi ses consécrateurs se trouvait Félix d’Aptonge qu’on accusait d’être un traditor, un traître (c’est-à-dire d’avoir livré les Écritures aux persécuteurs) et, à sa place, élurent Majorin.
Majorin mourut peu après et fut remplacé par Donat le Grand (Donatus Magnus), théologien et évêque de Cellae Nigrae en Numidie, qui organisa la dissidence ; le mouvement lui emprunta son nom.

En 312, le concile de Carthage élabora la future doctrine donatiste : Donat prôna une utilisation rigoureuse des sacrements et souleva les petits cultivateurs berbères contre les colons romains.

Dès la publication de l’édit de Milan le 13 juin 313, Cécilien fut reconnu comme l’évêque catholique de Carthage par l’administration impériale. Le 2 octobre, le concile de Rome (Latran) condamna les donatistes et Donat fut excommunié par le pape Miltiade. Au cours du mois d'octobre, un synode d’évêques gaulois, réclamé par les donatistes, condamna également le parti de Donat. En appel au Concile d’Arles le 1er août 314, la sentence fut identique.

Lors d’un ultime recours auprès de la juridiction impériale en 316, la justice prouva que l’accusation de traditio (remise ou livraison des Écritures aux persécuteurs) portée contre Félix d’Aptonge n’était qu’une diffamation, reposant sur des faux de fabrication donatiste, et qu’en revanche d’authentiques traditeurs se trouvaient parmi les consécrateurs de Majorin. Ainsi s’écroulait le fondement même de la querelle faite à Cécilien.
Constantin punit sévèrement les donatistes en ordonnant la confiscation de leurs basiliques et l’exil des meneurs.
Devant les désordres qui en résultèrent, la pleine liberté religieuse fut rétablie en 321.

« Quoi de commun entre l’empereur et l’Église ? » s’écria Donat, en 347, lorsque les légats de Constant I, fils cadet de Constantin, arrivèrent en Afrique pour y rétablir l’unité religieuse.
C’est alors que le donatisme élargit encore son audience populaire par une alliance explicite avec le mouvement d’ouvriers agricoles indigènes qui luttait, d’une façon violente et organisée, contre les abus des propriétaires fonciers.
Ce mouvement, organisé dans les montagnes, s'abandonna aux excès les plus sauvages.
Les rebelles parcouraient le pays, pillant, brûlant, massacrant, aspirant au martyre comme à une jouissance suprême et à un don précieux.
Ces fanatiques, désignés sous le nom de Circumcelliones ou Scotapites, suppléaient quelquefois au martyre légitime par le suicide, et souvent même forçaient les voyageurs qu'ils rencontraient par les chemins de leur donner la mort.
Ils prétendaient avoir mission de réparer les injustices et de rétablir l'égalité parmi les hommes ; ils mettaient les esclaves en liberté.
Traqués, massacrés par les troupes impériales, ils recevaient la mort avec la joie des martyrs ou se précipitaient eux-mêmes du haut des rochers.
L’empereur Constant I envoya Donat en exil où il mourut en 355.

En 361, Julien l’Apostat rétablit les dissidents dans tous leurs droits.

Parménien, successeur de Donat à l'évêché de Carthage, écrivit l'apologie de la secte.

Dès 366-367, l’évêque Optat de Milève entreprit la première réfutation théologique sérieuse du schisme.

Augustin mena le combat décisif sur le plan théologique : le synode d’Hippone qu’il présidait en 393, condamna les donatistes.

Aurèle, évêque de Carthage de 392 à 430 (+), refit l’unité de l’épiscopat catholique en présidant dix-huit synodes entre 393 et 410.
Il tenta d'abord de convaincre les hérétiques, mais il dut finalement faire appel à la police impériale pour réduire le schisme.
C’est sous l’égide impériale que se tint, du 1er au 26 juin 411, la conférence de Carthage qui réunissait, en un débat public, 279 évêques donatistes et 286 évêques catholiques dont Augustin était le porte-parole.
Les catholiques l’ayant emporté, Honorius Flavius, empereur d'Occident (395-423), promulgua de nouvelles lois antidonatistes : leurs églises et propriétés furent transférées aux catholiques, leurs clercs exilés et leurs fidèles condamnés à l’amende.

En 415, une loi punit de mort ceux qui s’assemblaient en réunions.

Sous la domination arienne des Vandales conquérants, les donatistes et les catholiques furent persécutés.

À l’époque byzantine, Justinien I dit le Grand, empereur de 527 à sa mort en 565, prit encore des mesures contre les donatistes.

Le donatisme survécut jusqu'aux conquêtes musulmanes.

Citation

Les premiers des chrétiens qui ont pris séditieusement les armes avec une ardeur furieuse, sous prétexte de persécution, ont été les donatistes. (Voltaire 1694-1778)


Note :
1 Au cours des premiers siècles du christianisme, un lapsi ("tombé") est un Chrétien qui a renié sa foi par peur des persécutions. Il existe trois types de lapsi, chacun d'eux correspondant à une action que leurs persécuteurs leur demandaient d'effectuer pour renoncer à leurs croyances. Ils sont thurificati quand ils ont brûlé de l'encens pour honorer des dieux païens, sacrificati quand ils leur ont fait un sacrifice, et libellatici en tant qu'ils ont reçu un billet (libellus) des autorités impériales attestant qu'ils ont satisfait à cette obligation (certains l'obtenaient moyennant un paiement). L'Église considère tout d'abord cela comme un péché majeur. Cependant, grâce notamment à Cyprien, les Chrétiens lapsis repentis peuvent être réintégrés après une sérieuse pénitence. Par la suite, une partie intransigeante de l'Église qui refuse leur retour au sein de la communauté, provoque le schisme de Novatien.
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Lapsi)


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation.

Date de mise à jour : 06/05/2012