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SOMMAIRE
Explication théologique 2 L’Eucharistie (du grec ancien eukharistia : action de grâce) est, pour les Orthodoxes, les Catholiques, les Anglicans, et d'autres Églises chrétiennes qui y reconnaissent un sacrement, l’actualisation du sacrifice du Christ, offert en sacrifice sur la croix et ressuscité. Elle se fonde sur la Cène, le dernier repas de Jésus de Nazareth avec ses apôtres 3. "Pendant le repas, Jésus prit du pain et après avoir dit la bénédiction, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez et mangez, ceci est mon corps." Il prit ensuite une coupe et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : "Buvez-en tous, car ceci est mon sang, (le sang) de l'alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés. Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père." (Matthieu 26, 26-29) "Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif." (Jean, 6, 35) "Qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour." (Jean, 6, 54) Le passage qui s’opère du pain au Corps et du vin au Sang reproduit à sa manière sacramentelle le passage de l'ancien monde au monde nouveau, qu'a franchi le Christ en allant par la mort vers la vie. Le rite pascal, comme l'Exode qu'il commémorait, était déjà, lui-même un rite de passage : de la captivité d'Égypte à la liberté de la Terre promise, et puis, de plus en plus, de la captivité de la souffrance, du péché, de la mort, à la liberté du bonheur, de la justice, de la vie. Mais les biens messianiques y restaient objet d'espérance, et les aliments que l'on bénissait ne pouvaient les faire goûter que de façon symbolique. Dans la Pâque du Christ cela est changé, car l'ère messianique est effectivement arrivée par sa résurrection, et en lui les biens promis sont acquis. Les paroles et les gestes, qui ne pouvaient jadis que symboliser des biens futurs, peuvent désormais réaliser des biens actuels. Le corps et le sang eucharistiques ne sont donc pas que le mémorial symbolique d'un événement révolu ; ils sont toute la réalité du monde eschatologique où vit le Christ. Comme tout l'ordre sacramentel 1 dont elle est le centre, l'eucharistie procure au croyant encore plongé dans l'ancien monde le contact physique avec le Christ dans toute la réalité de son être nouveau, ressuscité, « spirituel » (Jean 6,63). Les aliments qu'elle assume changent d'existence et deviennent le vrai « pain des anges » (Psaumes 78,25 ; Sagesse 16,20), la nourriture de l'ère nouvelle. Par leur présence sur l'autel, le Christ mort et ressuscité est réellement présent dans sa disposition éternelle de sacrifice. C'est pourquoi la messe est un sacrifice, identique au sacrifice historique de la croix par toute l'offrande aimante du Christ qui le constitue. Par elle l'Église unit en tout lieu et jusqu'à la fin du monde les louanges et les offrandes des hommes au sacrifice parfait de louange et d'offrande, en un mot d' « eucharistie », qui seul vaut devant Dieu et seul les valorise (Hébreux 13,10-15). Le sacrifice est une offrande faite rituellement à une divinité, à un esprit afin de s’attirer ses faveurs, son pardon ou simplement de s’approprier les qualités qu’on lui attribue. Dans les anciens cultes, les sacrifices, avec connotations magiques, étaient nombreux, allant des sacrifices humains aux offrandes de fruits des vergers sacrés ou produits issus du travail des hommes. Dans la Loi de Moïse se distinguent les sacrifices d’expiation, d’oblation, d’action de grâce tandis que l’islam orthodoxe n’emploie le sacrifice que lors du pèlerinage à La Mecque. Il existe de nombreux sacrifices d’animaux dans l’hindouisme offerts notamment aux déesses Kali et Shiva au moment de leurs fêtes. Pour sa part, le bouddhisme refuse les sacrifices car les animaux sont aussi compris dans la règle interdisant de tuer tout être vivant. Pour le christianisme, le sacrifice exemplaire et définitif est celui du Christ devenu lui-même l’Agneau immolé. Ce sacrifice est commémoré par l’eucharistie qui renouvelle par les espèces (pain et vin) le mystère de la Passion du Christ. Le service eucharistique Le service eucharistique est appelé « eucharistie », « sainte Cène » ou « communion » dans la plupart des Églises protestantes. Il porte le nom de « liturgie divine » chez les orthodoxes de l'Est. Il est nommé « messe » chez les catholiques romains et chez certains anglicans. C'est la liturgie chrétienne la plus fondamentale et la plus solennelle. Le service comporte deux parties : - La première, appelée « liturgie de la parole », comporte la lecture des Écritures, un sermon et des prières. Cette partie, apparemment inspirée du culte célébré par les juifs à la synagogue, fut consacrée au service du pain et du vin depuis le milieu du IIe siècle. - La seconde partie du service, nommée « service de l'élévation », comprend l'offrande de pain et de vin (associée à des dons en numéraire de la congrégation), la prière eucharistique (ou consécration), la distribution aux fidèles des aliments consacrés, enfin, une bénédiction finale et la dissolution. Cette partie du service trouve son origine dans les anciennes prières traditionnelles, prononcées par les juifs lors des repas. La prière eucharistique principale, ou anaphore (du grec anaphora : offrande), comprend généralement une prière de remerciement pour la création du monde et pour la rédemption de celui-ci par le Christ. Il inclut également un récit de la Sainte Cène, l'oblation (ou anamnèse, l'offrande du pain et du vin en reconnaissance et en souvenir du Christ), l'épiclèse, ou l'invocation du Saint-Esprit par le pain, le vin et les fidèles ainsi que des prières d'intercession. Chronologie historique Le fait de manger un repas en souvenir du Seigneur et de croire en la présence du Christ en rompant le pain était universel dès les premiers temps de l'Église chrétienne. La Didachê, un apocryphe des premiers temps chrétiens, se réfère deux fois assez longuement à l'eucharistie. Certaines sectes gnostiques (IIe et IIIe siècles) refusaient tous les sacrements, tandis que d'autres observaient le baptême et l'eucharistie, qu'elles interprétaient comme les signes de l'éveil de la gnose. Les marcionites (IIe s.) célébraient le sacrement de l'Eucharistie sans le vin. Les encratites et les aquariens employaient l’eau à la place du vin. Les artotyrites utilisaient du pain et du fromage. Ignace d’Antioche (disciple des apôtres, martyrisé en 107), parlant de certains hérétiques qui nient la présence réelle, écrit dans sa Lettre aux habitants de Smyrne : « Ils s'éloignent de l'eucharistie, parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos péchés. » Justin le Philosophe (+165), élevé dans les idées platoniciennes, a le premier affirmé positivement la présence réelle du Christ dans le sacrement : « Nous tenons des apôtres que cet aliment qu'on appelle chez nous l'eucharistie, c'est le corps et le sang de celui qui s'est fait homme pour nous. » (Apologétique à l'empereur Antonin). Mais il ne s'était nullement expliqué sur la question de savoir si la substance du pain et du vin disparaissait ou persistait : il avait négligé la transsubstantiation. Irénée de Lyon (130-208) admettait la présence réelle, mais sans que la substance du pain ou du vin disparût (cette opinion sera partagée par Luther) ; il pensait même que l'eucharistie communiquait au corps l'incorruptibilité et la faculté de ressusciter. Hilaire de Poitiers (315-367) et Ambroise de Milan (339-397) reprirent sa doctrine. Zéphyrin, pape de 199 à 217, établit l’obligation de communier au moins une fois l'an à Pâques. Clément d'Alexandrie (150-215), Origène (185-254), Tertullien (155-220), Athanase (295-373), Grégoire de Nazianze (330-390) et Basile de Césarée (329-379) professèrent l'opinion de la présence mystique, figurée ou spirituelle (cette conception sera celle de Zwingli et Calvin). L’évêque et martyr Cyprien de Carthage (+ 258) justifiait que le prêtre, avant d'offrir le vin, le mélangeât d'un peu d'eau : « Si quelqu'un n'offre que du vin, le sang du Christ se trouve être sans nous. Si ce n'est que de l'eau, c'est le peuple qui se trouve sans le Christ » (Lettre 63). Le premier concile de Nicée (325) proclama : « Entendons que sur l'autel se trouve l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, et qui est immolé par les prêtres d'une manière non sanglante ; et, recevant son corps et son sang précieux, croyons que ce sont là les symboles de notre rédemption. » Le premier qui exposa nettement la transsubstantiation fut Cyrille de Jérusalem (315-386) qui écrivit 23 traités sur le credo de l'Église, les rites, le baptême, l'eucharistie et les autres sacrements 1 : « Nous invoquons Dieu miséricordieux pour qu'il envoie son Esprit Saint sur les oblats (ndlr : le pain et le vin) qui sont exposés, afin qu'Il transforme le pain en corps du Christ et le vin en sang du Christ. Ce que l'Esprit Saint touche est sanctifié et transformé totalement ». (Cyrille de Jérusalem, Catéchèses) Cyrille fut suivi par Jean Chrysostome (344-407) et par Jérôme de Stridon (347-420). En revanche, Augustin d'Hippone (354-430) se prononça pour le sens figuré. Gélase I, pape de 492 à 496, ordonna que le pain et le vin soient utilisés dans la célébration de l'eucharistie ; mais, à son avis, il n’y avait pas de changement de substance ou de nature dans les espèces sacramentelles qui restaient du pain et du vin. Césaire d'Arles (470-542), archevêque d’Arles en décembre 502, prescrivit : " Tous les hommes qui désirent communier, doivent se laver les mains. Et toutes les femmes doivent porter un voile de lin, sur lequel elles recevront le corps du Christ. " (Sermo 227, 5). Tandis que le concile de Jérusalem de 754 adoptait le sens figuré (la présence du Christ est mystique et spirituelle), le second concile de Nicée, tenu en 787, se décida pour la présence réelle : « Il est évident que le Seigneur, ni les apôtres, ni les Pères n'ont jamais parlé de figure ; mais ils ont dit que l'eucharistie contient le corps même et le sang de Jésus-Christ. » (Actes VI) Jean Scot Erigène (810-877) écrivit un Traité sur l’Eucharistie, considéré comme hérétique, mais approuvé par Bérenger de Tours pour qui le corps et le sang du Christ sont présents sur l’autel, mais d’une présence spirituelle, symbolique du Christ réel, devant laquelle ne disparaissent pas les natures du pain et du vin. Bérenger (1000-1088), archidiacre d'Angers, voulant relever l'opinion d'Augustin d'Hippone, celle de la cène purement figurée, le clergé français le déféra à un concile tenu à Rome en 1050, concile qui l'excommunia. Cette sentence fut renouvelée par plusieurs autres conciles tenus à Brionne (en Normandie), à Verceil, à Paris, à Tours, et plus tard encore à Rome où il se trouva cependant encore une minorité active pour appuyer l'opinion de Bérenger (finalement amené à la conversion et au repentir) et la soutenir opiniâtrement durant trois jours. La question fut reprise par les protestants au XVIe siècle. Jusqu’au XIIe siècle, les enfants communiaient, aussitôt après leur baptême, avec une petite goutte de vin consacré (cette coutume est encore observée par les Églises d’Orient). A partir du XIII siècle, l’usage, entériné par le concile de Trente (1562), fut d’attendre l’« âge de discrétion » (12 ans pour les filles, 14 ans pour les garçons). Cet âge fut ramené à 7 ans par Pie X en 1910. En 1215, le 4ème concile de Latran définissait pour la première fois la transsubstantiation : « Il n'y a qu'une seule Église universelle des fidèles, hors de laquelle nul n'est absolument sauvé, et dans laquelle Jésus-Christ est le prêtre et la victime, dont le corps et le sang sont véritablement dans le sacrement de l'autel sous les espèces du pain et du vin ; le pain étant transsubstantié au corps de Jésus-Christ, et le vin en son sang, par la puissance divine... » (Canon 1). Il décrétait que tous les fidèles devaient se confesser et communier au moins une fois par an, à Pâques (canon 21 : Omnis Utriusque Sexus). Thomas d’Aquin (1225-1274) expliqua la présence du Christ dans l’eucharistie par la transsubstantiation. Pour lutter contre la pratique des hussites, nommés utraquistes parce qu’ils communiaient sous les deux espèces (en latin sub utraque species), le concile de Constance, qui condamna Jan Hus, décréta : « quoique dans la primitive Église ce sacrement ait été reçu par les fidèles sous les deux espèces, néanmoins, dans la suite, il n'a été reçu sous l'une et l'autre espèce que par les prêtres célébrants, et sous la seule espèce du pain pour les laïques, parce qu'on doit croire fermement et sans aucun doute, que tout le corps et le sang de Jésus-Christ est vraiment contenu sous l'espèce du pain. C'est pourquoi cette coutume introduite par l'Église doit être regardée comme une loi qu'il n'est pas permis de rejeter ou de changer à son gré, sans l'autorité de l'Église : et, dire que l'observation de cette coutume est sacrilège ou illicite, c'est tomber dans l'erreur ; et ceux qui assurent opiniâtrement le contraire doivent être chassés comme hérétiques et grièvement punis ou même livrés au bras séculier s'il était nécessaire. » (XIIIe session, 15 juin 1415) Du 1er au 4 octobre 1529, le colloque de Marbourg réunit les personnages clés du protestantisme pour débattre de la présence du Christ lors de la Cène : d'un côté se trouvaient Martin Luther, Brenz, Osiander et Melanchthon, de l'autre Zwingli et Oecolampade. Martin Luther (1483-1546) enseigna la consubstantiation, selon laquelle le Christ est présent « dans, avec et sous les éléments » (la présence du Christ est réelle mais la substance des espèces demeure). Ulrich Zwingli (1484-1531) réfuta toute liaison réelle entre le pain et le vin et le corps et le sang du Christ. Selon lui, lors de la célébration de la Sainte Cène, qui rappelle aux fidèles les paroles et les actes du Seigneur, le Christ est parmi eux par le pouvoir du Saint-Esprit ; le pain et le vin rappellent la Sainte Cène, mais ils ne subissent aucune transformation métaphysique. Jean Calvin (1509-1564) affirma que le Christ est présent symboliquement et par son pouvoir spirituel, qui est transmis par son corps, aux âmes des fidèles lorsqu’ils partagent l'eucharistie. Ce point de vue, appelé « présence dynamique », représente le juste milieu entre la doctrine de Luther et celle de Zwingli. Le concile œcuménique de Trente (1545-1563) décréta : « Si quelqu'un dit que les sacrements de la Nouvelle Loi n'ont pas été tous institués par notre Seigneur Jésus-Christ ; ou qu'il y en a plus ou moins de 7, savoir, le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre et le mariage ; ou que quelqu'un de ces 7 n'est pas proprement et véritablement un sacrement : qu'il soit anathème. 1 » Les sacrements agissent ex opere operato, en vertu de Dieu lui-même, indépendamment de la foi ou de la vertu du prêtre qui les administre. Le concile confirma le dogme de la transsubstantiation : « Avant tout, le saint concile professe nettement et simplement que "in almo sanctae Eucharistiae sacramento post panis et uini consecrationem Dominum nostrum lesum Christum uerum Deum atque hominem uere, realiter ac substantialiter sub sperie illamm rerum sensibilium contineri " (dans le saint sacrement de l'eucharistie, après la consécration du pain et du vin, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est réellement présent sous les apparences de ces choses sensibles). » (Session XIII, chap. I) « Si quelqu'un dit que, dans le très saint sacrement de l'eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'il nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sang, tandis que demeurent les apparences du pain et du vin, changement que l'Église catholique appelle de manière très appropriée "transsubstantiation", qu'il soit anathème ! » (Session XIII, Canon 2)] L’assemblée tridentine rejeta non seulement la doctrine des sacramentaires (la cène, cérémonie du souvenir) et celle de Calvin (présence réelle mais spirituelle) mais encore la consubstantiation luthérienne (le Christ est dans le pain et le vin comme le feu dans le fer rouge). Elle réaffirma la « merveilleuse et unique conversion de toute la substance du pain au corps et de toute la substance du vin au sang » du Christ et, contre tous les protestants, déclara que la messe est bien un sacrifice par lequel le Sauveur continue d’appliquer la vertu salutaire de sa mort à la rémission des péchés. En 1548 Charles Quint autorisa la communion sous les deux espèces. Le 19 février 1563, la Convocation de Cantorbéry en Angleterre déboucha sur la publication des 39 articles de foi approuvés par la Chambre des communes, le 13 décembre 1562 : ils rejetaient les principes théologiques du catholicisme, notamment celui de la transsubstantiation, lors de l'Eucharistie, tout en affirmant la présence réelle du Christ, mais sans préciser comment. En 1905, Pie X appela à la communion fréquente et même quotidienne. Par l’encyclique Mysterium fidei du 3 septembre 1965, Paul VI rappela l’enseignement traditionnel afin de corriger les opinions de quelques théologiens catholiques modernes qui insistaient plus sur la valeur de l'eucharistie pour celui qui la reçoit que sur la réalité de la présence du Christ dans le pain et le vin. Le 30 juin 1968, Paul VI prononça solennellement le Credo du peuple de Dieu qui proclame : "'Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son Corps et son Sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d’apparaître à nos sens de la même façon qu’auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle." Selon le canon 924 du Code de droit canon de 1983 : « Le pain eucharistique doit être de pur froment et confectionné récemment. Le vin doit être du vin naturel de raisin et non corrompu ». En France, on utilise généralement du vin blanc car il tache moins. En pays de mission, lorsqu’il n’est pas possible de trouver du vin, on peut faire macérer des raisins secs dans de l’eau et en extraire le jus. Le 94ème synode protestant, réuni du 24 au 27 mai 2001, décida de rendre possible la communion avant le baptême. Le 17 avril 2003, l’encyclique de Jean-Paul II (sa 14ème) sur l’eucharistie rappela qu’il désapprouvait les intercommunions. Le 15 juillet 2010, la Congrégation pour la doctrine de la foi publia les "Nouvelles Normes sur les délits les plus graves" (modifications apportées aux Normae de gravioribus delictis de 2001) : Art. 3 - § 1. Les délits les plus graves contre la sainteté du très auguste Sacrifice et sacrement de l’Eucharistie réservés au jugement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont : 1° le détournement ou la conservation à une fin sacrilège, ou la profanation des espèces consacrées dont il s’agit au can. 1367 du Code de droit canonique et du can. 1442 du Code des Canons des Églises orientales ; 2° la tentative de célébration liturgique du Sacrifice eucharistique dont il s’agit au can. 1378 § 2 n. 1 du Code de droit canonique ; 3° la simulation de la célébration liturgique du Sacrifice eucharistique dont il s’agit au can. 1379 du Code de droit canonique et du can. 1443 du Code des Canons des Églises orientales; 4° la concélébration du Sacrifice eucharistique interdite par le can. 908 du Code de droit canonique et du can. 702 du Code des Canons des Églises orientales, dont il s’agit au can. 1365 du Code de droit canonique et du can. 1440 du Code des Canons des Églises orientales, avec des ministres des communautés ecclésiales qui n’ont pas la succession apostolique et ne reconnaissent pas la dignité sacramentelle de l’ordination sacerdotale. § 2. Est également réservé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le délit consistant à consacrer à une fin sacrilège une seule matière ou les deux au cours de la célébration eucharistique ou en dehors d’elle. Celui qui commet ce délit sera puni selon la gravité du crime, sans exclure le renvoi ou la déposition. Le 14 avril 2012, Benoît XVI écrivit aux évêques allemands que "Jésus, lors de la dernière Cène, dit que son sang sera répandu pour beaucoup". Les versions postconciliaires ont lu dans le pro multis un imaginaire pro omnibus ; et, au lieu de "pour beaucoup", elles ont traduit "pour tous". Dans cette affaire, Benoît XVI exhorta les évêques à préparer le clergé et les fidèles, par une catéchèse appropriée, à un changement qui devra de toute façon être effectué. Après cette lettre, il est donc facile de prévoir que le "pour beaucoup" sera également rétabli dans les messes célébrées en Italie, en dépit du vote contraire émis par les évêques en 2010 (source : VIS et Chiesa) : "Pendant le repas, Jésus prit du pain et après avoir dit la bénédiction, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez et mangez, ceci est mon corps." Il prit ensuite une coupe et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : " Buvez-en tous, car ceci est mon sang, (le sang) de l'alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés." (Mathieu XXVI, 26-27, Traduction en français du Chanoine Crampon) Le tabernacle Le tabernacle, du latin tabernaculum (tente) est, dans le culte catholique, une petite armoire réservée aux hosties consacrées (elle avait autrefois la forme d’une église miniature). Le voile (conopée) recouvrant le tabernacle symbolise la tente de l’Exode. Chez les Hébreux, le tabernacle contenait l'arche de l'alliance. Dans le temple de Jérusalem édifié par Salomon, il devint le Saint des saints. Où qu’il se trouve, le tabernacle rappelle le temple des origines, l'arche de l'alliance, le coffre recelant une part de l'énergie divine ; il préfigure la Jérusalem céleste. Dans une synagogue, le tabernacle renferme les rouleaux de la Torah. La fête des Tabernacles (Soukkoth) est l'une des grandes fêtes du judaïsme. Chez les Égyptiens, le tabernacle renfermait les représentations des grands dieux de la cosmogonie osirienne. Le pain azyme Le pain azyme est un pain sans levain que les Juifs mangent pour la Pâque en mémoire de la manne qui leur fut donnée alors qu'ils étaient dans le désert après la traversée de la mer Rouge et leur sortie d'Égypte. Dans le culte catholique, le pain azyme est utilisé pour confectionner les hosties de l'Eucharistie. À l'inverse de l'Église catholique romaine, l'Église orthodoxe utilise du pain avec levain, ce qui constitua l'un des griefs dressés contre les azymites lors du schisme de 1054. Le baiser de paix «Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser » (2 Corinthiens 13,12). «Saluez tous les frères par un saint baiser. » (1 Thessaloniciens 5,26). Le baiser était le signe de reconnaissance des premiers chrétiens entre eux et rappelait le « baiser de paix » donné pendant la messe. Le rite du baiser de paix s’est conservé sous des formes variées et à des places diverses dans les différents rites. En 416 le pape Innocent I souhaita que le baiser de paix fût donné une fois la messe achevée pour manifester l’effet ultime du sacrement : l’amour mutuel de tous les communiants. Au Moyen Âge, pendant la messe et avant la communion, les fidèles se transmettaient de l'un à l'autre le baiser de la foi (ou baiser de paix) que l'officiant avait donné, en premier, à la personne la plus proche de lui. Disparu progressivement à partir du XIIIe siècle, ce rite du baiser de paix a été repris depuis par le concile Vatican II et s'accompagne désormais de la formule : « La Paix du Christ ». Citations Personne ne doit prendre part à l'Eucharistie, sinon celui qui croit à la vérité de notre doctrine, qui a été baptisé pour obtenir le pardon des péchés et la nouvelle naissance, et qui vit selon l'enseignement que le Christ nous a transmis. (Justin le Martyr + 165) Notre chair se nourrit du corps et du sang de Jésus-Christ, en sorte que notre âme s'engraisse de Dieu même. (Tertullien + 222, Livre de la Résurrection des corps) Lorsque vous recevez la sainte nourriture et cet aliment incorruptible, lorsque vous goûtez le pain et la coupe de la vie, vous mangez la chair et vous buvez le sang du Seigneur. (Origène + 254) Durant la Cène, Jésus s’est immolé lui-même ; sur la Croix, Il fut immolé par les autres. (Ephrem le Syrien + 313) Le pain, avant la consécration, c'est du pain ; mais quand le moment de la consécration est venu, du pain se fait la chair de Jésus-Christ ! Par quelle parole ? Par la parole qui a tout créé. Avant la création, le ciel n’était pas ; mais écoutez ce que dit la sainte Écriture : « Il a parlé, et ces choses ont été faites ; il a commandé, et elles ont été créées. » Ainsi je vous réponds : avant la consécration, ce n'était pas le corps de Jésus-Christ ; mais après la consécration, c'est le sacrement du corps de Jésus-Christ. Le Seigneur Jésus lui-même nous crie : "Ceci est mon corps". (Ambroise de Milan + 397, Livre des Mystères, IX) Cette cité rachetée tout entière, c’est-à-dire l’assemblée et la société des saints, est offerte à Dieu comme un sacrifice universel par le grand prêtre qui, sous la forme d’esclave, est allé jusqu’à s’offrir pour faire de nous le corps d’une tête si admirable. [...] Voilà pourquoi, après nous avoir exhortés à offrir nos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, comme un hommage spirituel [...] parce que le sacrifice en sa totalité c’est nous-mêmes [...] Tel est le sacrifice des chrétiens : à plusieurs n’être qu’un seul corps dans le Christ. (Augustin d'Hippone + 430, La Cité de Dieu, X, 6) Quand tu reçois le Corps du Christ, tu dis « Amen » à ce que tu deviens ! (Augustin) Le Christ est le pain semé dans le sein de la Vierge Marie, levé dans la chair, formé dans sa Passion, cuit ans le four du tombeau, conservé dans les églises et distribué chaque jour aux fidèles comme une nourriture céleste placée sur les autels. (Pierre Chrysologue + 451, Sermon sur le Notre Père) Je vous rends grâces, Seigneur, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel : moi pécheur, votre indigne serviteur, sans aucun mérite de ma part, mais uniquement à cause de votre miséricorde, vous avez bien voulu me rassasier du Corps et du Sang si précieux de votre Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. Et je vous demande que cette communion sainte ne fasse pas de moi un homme digne de châtiment, mais qu'elle m'assure le bienfait du pardon. Qu'elle soit l'armure de ma foi, le bouclier de ma volonté dans le bien. Qu'elle me débarrasse de mes défauts, qu'elle fasse disparaître de moi concupiscence et inclinations impures ; qu'elle fasse croître charité et patience, humilité et obéissance et toutes les vertus. Qu'elle m'aide à éviter les pièges de mes ennemis, visibles et invisibles ; qu'elle apaise parfaitement en moi les mouvements de la chair et de l'esprit ; que, par des liens solides, elle m'attache à vous, unique et vrai Dieu ; qu'elle me conduise heureusement jusqu'au terme de ma destinée. Je vous demande enfin de bien vouloir m'introduire, moi pécheur, à ce festin ineffable, où vous êtes pour vos saints, avec votre Fils et l'Esprit-Saint, la lumière véritable, la plénitude du bonheur, la joie éternelle, le comble de tous les désirs et la béatitude parfaite. Par le Christ notre Seigneur. Amen. (Prière de Thomas d'Aquin + 1274) Béni sois-tu, Jésus-Christ, mon Seigneur, qui as prédit ta mort avant l’heure. Qui, à la dernière Cène, as merveilleusement consacré avec du pain matériel ton corps qui nous rachète. Qui l’as donné par amour aux apôtres en mémoire de ta très précieuse passion. Toi qui, en leur lavant les pieds de tes très saintes et nobles mains, leur as donné humblement un modèle d’humilité. (Prière attribuée à Brigitte de Suède + 1373) Jésus-Christ est en personne dans l'eucharistie, et nous y donne son corps en substance. (Bossuet + 1704) Averroès a appelé la religion chrétienne une religion impossible à cause de l'eucharistie. (Renan +1892) Adorer le Dieu de Jésus-Christ, qui, par amour, est devenu pain rompu, est le plus valable et radical recours contre les idolâtries d’hier et d’aujourd’hui. S’agenouiller devant l’Eucharistie est une profession de liberté : celui qui s’incline devant Jésus ne peut et ne doit pas se prosterner devant tout pouvoir terrestre, quel qu’en soit la force. Nous les chrétiens nous ne nous agenouillons que devant Dieu, devant le Très Saint Sacrement, parce qu'en lui nous savons et nous croyons qu'est présent le seul Dieu véritable, qui a créé le monde et l'a tant aimé au point de lui donner son Fils unique. (Benoît XVI, 24 mai 2008) La lecture du 6ème chapitre de l’évangile de Jean, qui nous accompagne dans la liturgie de ces dimanches, nous a conduits à réfléchir sur la multiplication du pain, par laquelle le Seigneur a nourri une foule de cinq mille hommes, et sur l’invitation qu’adresse Jésus à tous ceux qu’il a rassasiés, à travailler pour une nourriture qui demeure pour la vie éternelle. Jésus veut les aider à comprendre la signification profonde du prodige qu’il a opéré : en rassasiant leur faim physique de manière miraculeuse, il les dispose à accueillir l’annonce qu’il est le pain descendu du ciel (cf Jn 6, 41), qui rassasie définitivement. (Benoît XVI, 12 août 2012) Sauveur à l'hostie et au calice, Juan de Juanes, 1570 Définition et origine La Fête-Dieu ou fête du Saint-Sacrement ou fête du Corps du Christ (Festum corporis Christi), appelée aujourd’hui « fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ », a été instaurée le 11 août 1264 par la bulle Transiturus de Urbain IV, suite au miracle de Bolsena où une hostie se changea en chair saignante en 1263. Alors qu’un prêtre (de peu de foi, dit-on) disait la messe sur la tombe de sainte Christine à Bolsena (Italie), du sang jaillit de l'hostie consacrée, mouillant le corporal et les linges liturgiques. Informé de l’événement, Urbain IV, envoya sur place l'évêque Giacomo qui plaça le linge ensanglanté dans la cathédrale d'Orvieto où il se trouve toujours. C’est la fête de l'Église catholique romaine qui honore la présence réelle du Christ dans le sacrement de l'eucharistie (en latin eucharistia : action de grâces, en grec eukharistia : reconnaissance). Le texte de l’office a été rédigé en 1264 par Thomas d’Aquin à la demande de Urbain IV. La fête se célébrait déjà, dès les premiers temps de l'Église, mais sans grande solennité, le jeudi de la semaine sainte. Urbain IV la reporta, à cause des nombreux offices dont cette semaine est chargée, au jeudi après l'octave de la Pentecôte. Elle est célébrée le jeudi qui suit le dimanche de la Trinité. Cependant, depuis 1969, dans certains pays comme la France, elle a lieu le dimanche qui suit celui de la Trinité. En 1251, à Liège, Hugues de Saint-Cher, légat du Saint-Siège, avait fait célébrer la fête du Saint-Sacrement, si ardemment réclamée par Julienne (+ 5/4/1258), prieure du monastère du Mont-Cornillon au diocèse de Liège puis recluse chez les cisterciennes de Salzinnes et de Fosses. Par une circulaire du 29 décembre 1252, il avait rendu cette fête obligatoire dans toute l'étendue de sa légation. La bienheureuse Eve ou Evelyne (+ 1266), recluse cistercienne, propagea la dévotion de la Fête. En 1312, l'institution de cette fête fut reconnue régulière par le concile de Vienne qui en rendit l'observation obligatoire ; les rois de France, d'Angleterre et d'Aragon, présents au concile, en ratifièrent les dispositions. A la suite de ce concile où la fête fut définitivement promulguée, Vienne prit pour armes l'orme surmonté d'un calice et d'une hostie qu'entourent ces mots : "Vienna civitas sancta". En 1317, Jean XXII rendit la Fête-Dieu encore plus solennelle en initiant la procession du Saint-Sacrement. Après la Réforme, seuls les pays où l'Église catholique dominait continuèrent à pratiquer la coutume des processions du Saint-Sacrement auxquelles participait l'ensemble des classes sociales : clergé, noblesse, paysans et les différents corps de métiers. Jean-Paul II rétablit, à Rome, la procession du Corpus Christi que la Pologne n'a jamais abandonnée. Citations Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang que nous puissions recueillir, sans cesse, le fruit de ta rédemption. Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons dès ici-bas l’avant-goût, puisque nous recevons ton corps et ton sang. (Oraisons de Thomas d’Aquin) Dictons météorologiques Fête-Dieu mouillée, fenaison manquée. A la Saint Sacrement l'épi est au froment. Tel sacre, tel battre. Notes : 1 Sur les 7 sacrements, cinq n’interviennent qu’une fois dans l’existence : le baptême, rappel du baptême du Christ par Jean-Baptiste, fait entrer le catéchumène dans l’Église, la confirmation parfait cette entrée (le confirmé reçoit l’Esprit saint et accède à l’âge adulte chrétien), le mariage (monogame) est indissoluble car c’est un engagement envers Dieu, l’ordre marque l’entrée au service de l’Église et l’extrême onction (onction d’huile sainte sur le front) est dispensée aux malades à l’approche de la mort. Deux sacrements se répètent tout au long de la vie : l’eucharistie instaurée par Jésus au cours de son dernier repas, la Cène, la veille de sa crucifixion, commémore le sacrifice du Christ et la pénitence par laquelle le croyant reconnaît ses péchés qui peuvent alors être absous. Les orthodoxes reconnaissent les sept sacrements et parlent plutôt de Sainte Liturgie pour ce qui concerne l’eucharistie. Les protestants ne reconnaissent en général que l’eucharistie (qu’ils appellent Sainte Cène) et le baptême, deux sacrements en vigueur dès le début du christianisme, institués dans des circonstances précises par Jésus, ainsi que le rapportent les Évangiles du Nouveau Testament. Il en va de même pour les anglicans, qui confèrent néanmoins une valeur aux cinq autres. 2 Vocabulaire de théologie biblique, Ed. du Cerf. 1977. 3 http://fr.wikipedia.org/wiki/Eucharistie Sources Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée. Date de mise à jour : 10/05/2013 |