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Il existait, à travers le monde, une variété infinie de fêtes
de la moisson ou de fêtes du blé. Bien que le temps de la moisson fût pour le laboureur celui des grandes fatigues et des grandes inquiétudes, c'était aussi une époque de fêtes tant pour les maîtres que pour les ouvriers. La première gerbe et surtout la dernière étaient fêtées par le son des cloches, un repas ou des danses rustiques. Avec des épis de blé, on faisait des bouquets de moisson qui étaient suspendus dans les maisons afin d’y apporter la prospérité. Les fêtes de la moisson, les fêtes d'action de grâces et les Rogations étaient l’héritage des temps où l'agriculture constituait le principal moyen de subsistance. Aujourd'hui, en France, les vieilles coutumes ont quasiment disparues, et il n'existe plus, ça et là, que des fêtes des moissons qui ne sont, le plus souvent, que des expositions de matériels agricoles, et quelques fêtes des battages. La gerbe de blé symbolise la fécondité de la terre et la fertilité de l'âme ouverte à la lumière. L'épi de blé, symbole de la croissance et de la fructification, est universellement considéré comme la manifestation de la fécondité physique et spirituelle. L'abondance que représente l'épi est à l'image de ce que promettent les enseignements spirituels de toutes les religions : selon les Évangiles notamment, un grain qui meurt peut rapporter au centuple 2. Emblème d'Osiris, de Déméter, de Cérès et de la Constellation de la Vierge, l'épi annonce que la mort terrestre s'inscrit dans la continuité des cycles de vie 1. Une cérémonie des mystères d'Eleusis met en un parfait relief le symbolisme essentiel du blé. Au cours de la commémoration de l'union de Déméter avec Zeus, un grain de blé était présenté, comme une hostie dans l'ostensoir, et contemplé en silence. C'était la scène de l'époptie, ou de la contemplation. A travers ce grain de blé, symbole de vie et de résurrection, les époptes honoraient Déméter, la déesse de la fécondité et l'initiatrice aux mystères de la vie. Indépendamment des mystères, les Grecs ont eu dès le commencement des fêtes appelées Démétries, comme ils avaient un mois appelé Démétrios ; ce mois, le dixième de l'année grecque, était celui des moissons et correspondait à peu près à notre mois de juillet. Les fêtes romaines qui correspondaient aux Démétries de la Grèce étaient les Cerealia (fêtes de Cérès) dont les plus importantes étaient célébrées avant la moisson, vers la mi-juillet, par les villageois vêtus de blanc, couronnés de feuilles de chêne, accompagnant leurs chants de danses mimiques. Les anciens regardaient Cérès comme la déesse propice aux moissons ; ils la représentaient par une belle blonde aux yeux bleus, couronnée d'épis et de pavots, tenant une faucille et ayant pour attributs un boisseau (modius) et un van. Céréale sacrée, dont le grain meurt pour renaître, le blé a connu de multiples usages. Chez les Grecs et les Romains, les prêtres répandaient du blé ou de la farine sur la tête des victimes avant de les immoler. Porte-bonheur, le blé était jeté, à Rome, sur la tête des mariés afin qu'ils aient une nombreuse descendance. L'épi était un emblème d'Osiris, symbole de sa mort et de sa résurrection. Pour les anciens Égyptiens, le blé croissait sur le corps d'Osiris. Dès l'Ancien Empire, lors de la fête de la procession de Min, dieu de la végétation et la fertilité (divinité identifiée à Horus, fils d'Osiris), le roi coupait, avec une faucille de cuivre incrustée d'or, une touffe du blé qu'un prêtre lui avait apporté. Cette petite gerbe était déposée devant la divinité, tandis qu'un épi était remis au roi. La gerbe pouvait être également présentée à d'autres divinités, comme Harsomtous, dieu enfant du couple Horus-Hathor. Le blé, comme beaucoup de plantes cultivées, et en particulier l'orge, le haricot et le maïs, apparaissaient, dans les différentes civilisations, comme un présent des dieux, lié au don de la vie. Déméter donne l'orge et envoie Triptolème répandre le blé dans le monde. Chez les Aztèques, Xochiquetzal, la déesse de la Fertilité et des Fleurs, à laquelle est associé le cacao, apporte le maïs. L'Ancêtre Forgeron des Dogon dérobe au ciel toutes les plantes cultivées, pour les offrir aux hommes. Quand les fermiers égyptiens moissonnaient leur maïs, ils pleuraient car ils craignaient que la récolte fâchât l'esprit vivant dans la plante. Le dieu-solaire celte Lug ou Lugh (« le brillant »), le grand Roi solaire, garant de l'abondance, de la fertilité des troupeaux et de la prospérité, qui assure l’éternité des cycles de mort et de renaissance, présidait aux moissons et sa fête, Lughnasad ou Lugnasad (« assemblée de Lug »), se situait le 1er août. Au Moyen Age, en Grande Bretagne, cette fête, christianisée, devint le Lammas Day [Lammas vient de laof-mass (la messe du pain)]. En effet, ce jour-là, des miches de pain, fabriquées avec la récolte des premiers grains, étaient déposées comme offrandes sur les autels des églises. La Pentecôte juive, était à l'origine, la fête de la Moisson "Hag Hakatsir" ou des Prémices "Hag Habikourim", jour de joie et d'action de grâces (Exode 23,16 ; Nombres 28,26 ; Lévitique 23,16) ; on y offrait les prémices de ce que la terre avait produit [Ex 34,22, où la fête est nommée « fête des Semaines Chavouoth ou des Septaines », appellation qui la situe 7 semaines (7 fois 7 jours) après la Pâque et l'offrande de la première gerbe (Lv 23,15)]. Puis, sans doute dès le IIe siècle avant J.-C. (car, comme telle, elle apparaît généralisée au début de notre ère, d'après les écrits rabbiniques et les manuscrits de Qumran), la fête devint celle de « l'anniversaire de l'Alliance » conclue une cinquantaine de jours (Ex 19,1-16) après la sortie d'Égypte célébrée par la Pâque. Croyances et superstitions Confectionnées avec des tiges et des épis de blé, des poupées de paille étaient utilisées autrefois comme un talisman de fécondité par les femmes qui désiraient avoir des enfants. Récolter le blé au clair de lune était un gage d'amour et de fidélité. Dans le nord de la France, on jetait sur une plaque rougie au feu 12 grains de blé symbolisant les 12 mois de l'année. Ceux qui brûlaient annonçaient des mois difficiles, ceux qui résistaient à la chaleur étaient promesse de félicité et richesses durant ces mois bénéfiques. Dans le sud de la France, un oracle enfermait dans sa main gauche 8 feuilles de blé en laissant dépasser leurs extrémités. Puis, de la main droite, il tentait de lier ensemble les bouts 2 par 2, dessus et dessous, tout en prononçant les noms des futurs mariés. Si l'oracle parvenait, sans regarder sa main, à nouer les 8 feuilles ensemble, afin qu'aucune ne tombe de sa main gauche rouverte, le mariage serait heureux. En Italie, la jeune fille qui coupait la première gerbe de la moisson était censée se marier dans l'année...
Citations La moisson de nos champs lassera les faucilles, Et les fruits passeront la promesse des fleurs. (François de Malherbe 1555-1628) Pour perdre une moisson, il ne faut qu’une nuit. (Charles Beys 1610-1659) Il n'est point ici-bas de moisson sans culture, Le bonheur est un bien que nous vend la nature. (Voltaire 1694-1778) Campagnes qu'engraissa le sang de nos guerriers, J'aime mieux vos moissons que celles des lauriers : La vanité les cueille et le hasard les donne. (Voltaire) La moisson, frêle créature, Est l'œuvre de la terre et du labeur humain. (Antoine Alexandre Barbier 1765-1825) Proverbes et dictons météorologiques Pour la Sainte-Berthe (4 juillet), moisson ouverte. Quand à Saint-Raoul (7 juillet), le soleil brille, c'est le moissonneur qui grille. En moisson et en vendanges, il n'y a ni fêtes ni dimanches. Juillet sans orage, famine au village. A juillet, faucille au poignet. Pluie de juillet, eau en janvier. Notes : 1 Dico Spiritisme et Esotérique spirite.fr/ 2 http://wiki.sorcellerie.net/E-Dictionnaire-S-net.ashx Sources Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 13/04/2012 |