La Guerre des Gaules
A Grégory


Les rivalités entre les Cités

César sut admirablement profiter des rivalités entre les peuples et des désaccords à l'intérieur même des cités.
L'esprit d'individualisme des uns et l'impérialisme des autres rendirent impossibles ou précaires les vastes coalitions par lesquelles la Gaule aurait pu rétablir son unité.

Les 2 derniers siècles avant Jésus-Christ furent traversés par la longue compétition entre les Arvernes et les Eduens.

Les Arvernes l'emportèrent nettement au IIe siècle.
Maîtres de l'Auvergne ils étendirent, dit-on, leur autorité à l'Est du Rhône sur les Allobroges, au Sud vers le Languedoc, au Nord-ouest vers la Bretagne et au Nord-est jusque dans la région rhénane.
Leur suzeraineté ne s'exerçait réellement que sur les peuples les plus voisins ; elle restait toute nominale vis-à-vis des autres. Beaucoup de peuples n'attendaient que le moment favorable pour rejeter un joug mal assujetti.
Aussi, quand Rome eut défait le roi Bituit en 121, les liens qui unissaient les Arvernes à la plupart de leurs clients se dénouèrent aussitôt. Ils ne conservèrent dans leur clientèle que les peuples habitant le pourtour du Massif Central : Vellaves du Velay, Gabales de la Lozère et Cadurques du Lot.

Dans le même temps la primauté passait entre les mains des Eduens.
Vers le premier quart du 1er siècle, ils parvenaient à l'apogée de leur puissance. Ils se trouvèrent alors à la tête d'une vaste confédération de peuples unis à eux par des liens plus ou moins solides.
Les Ségusiaves du Forez, les Ambivarètes que l'on situe autour de la vallée de la Besbre, les Aulerques Brannovices probablement cantonnés dans la région d'Entrains, étaient des peuples clients, placés dans une sujétion quasi complète.
Les Ambarres, petit peuple du confluent de la Rhône et de la Saône, portaient le titre de "proches et consanguins des Eduens" ; leur alliance très étroite était conçue sur un pied d'égalité.
Enfin, les Eduens jouaient le rôle de protecteurs des Bituriges. Cette grande nation, qui avait connu ses heures de grandeur au temps du roi légendaire Ambigatus, demandait assistance aux Eduens.
Le traité des Sénons avec les Eduens remontait à une date très ancienne, au temps où les Parisiens étaient encore intégrés dans la Cité Sénonaise.
Quant aux Bellovaques de l'Oise, ils étaient les amis et les protégés de toujours.
D'une manière générale, les Belges étaient les alliés des Eduens en temps de guerre.
Bituriges, Sénons, Parisiens et Bellovaques conservaient dans l'alliance leur autonomie entière et en particulier la libre disposition de leurs forces militaires.
La confédération éduenne, telle qu'elle se présentait au temps de l'indépendance constituait un premier pas vers l'unité de la Gaule. L'amitié de Rome, c'était pour les Eduens la sécurité garantie de Marseille jusqu'aux côtes de la Manche.

En soutenant les Eduens contre les Arvernes, Rome affaiblissait le principal adversaire à son expansion dans le sud-est de la Gaule.
Depuis la 2ème guerre punique, une hostilité sourde existait entre Rome et les Arvernes qui avaient prêté assistance au Carthaginois Asdrubal.
Un pacte fut conclu en 121, d'après lequel les Eduens furent proclamés "frères et consanguins du peuple romain". Une légende assignait aux Eduens une origine troyenne. Cette alliance permettait à Rome de prolonger sa zone d'influence jusqu'au cœur de la Celtique.

Rome laissa les Eduens aux prises avec les Arvernes. Ceux-ci ne se firent pas faute d'ourdir des intrigues. Ils s'allièrent avec les Séquanes, voisins des Eduens à l'est et brouillés avec eux au sujet de la possession des guets de la Saône bien plus ils entrèrent en pourparlers avec Arioviste, un chef germain fort entreprenant, et le décidèrent à se battre pour leur compte contre les Eduens.

La coalition des Arvernes, des Séquanes et des Suèves d'Arioviste porta un coup sensible à la puissance éduenne.
Vaincus dans plusieurs batailles, les Eduens durent céder des terres, donner des otages et renoncer à faire appel à Rome.
Les Séquanes prirent alors la première place en Gaule, mais pour un temps très court.

Les Germains n'eurent pas plus tôt franchi le Rhin et connu la fertilité du sol gaulois qu'ils n'eurent plus qu'une seule pensée : s'installer en masse dans les compagnes de la Gaule ; venus 15 000, ils furent bientôt 120 000.
Ils exigèrent des Séquanes la remise d'un tiers de leur territoire et quand ils l'eurent obtenu, ils réclamèrent un deuxième tiers.
Arioviste se sentant fort, imposa un tribut aux Gaulois, se fit livrer comme otages les enfants des nobles. Les Gaulois cédèrent et Arioviste montra qu'il considérait la Gaule comme sa conquête.

Telle était la situation en 58 av. J.-C. : la Gaule était entamée au sud-est par les Romains, au nord par les Suèves d'Arioviste.

Les campagnes de 58 marquèrent l'élimination d'Arioviste.
La migration des Helvètes à travers le territoire éduen, fournit à Jules César, que l'ambition dévorait, un excellent prétexte pour entrer dans la Celtique.
Le proconsul a prétendu avoir été supplié d'intervenir par les Eduens eux-mêmes qui voulaient se défendre contre les Séquanes alliés à Arioviste.
Néanmoins, les premiers symptômes de la résistance éduenne apparaissent dès 58.
Les opérations dès l'entrée en campagne de César furent conduites à un rythme accéléré.
En quelques semaines les Helvètes furent défaits et les survivants renvoyés dans leur pays d'origine.
Arioviste, battu en Alsace, s'enfuit en Germanie.
Cependant les légions ne quittèrent point la Gaule.
Suivant la prédiction de l’éduen Dumnorix, le proconsul visait à subjuguer le pays à son profit.
La guerre gauloise allait commencer.

César était entré dans la Celtique, a-t-il déclaré, à l'appel des Eduens.
Bien d'autres peuples le soutinrent par la suite tels que les Lingons et les Rèmes.
Ces derniers refusèrent d'entrer dans la ligue des Belges parce que leurs rivaux séculaires, les Suessions étaient les instigateurs de la coalition.

Chez les Sénons, chez les Carnutes, César rétablit les royautés abolies en plaçant sur le trône les descendants des princes déchus, Cavarinus et Tasgétius, qui entraient dans ses vues.

Cependant, chez les Eduens, il n'eut pas d'adversaire plus acharné et plus constant que Dumnorix qu’il réussit à éliminer en 54.
Cette exécution brutale rendit encore plus impopulaire sa politique de collaboration à laquelle Diviciac, qui en avait été le partisan le plus convaincu, eut la pudeur de renoncer (il était le propre frère de Dumnorix).

Les Belges se soulevèrent les premiers. Ils n'étaient qu'une partie de la Gaule, ils ne furent même pas unanimes et se dissocièrent.
En 56, ce furent les cités armoricaines qui refusèrent de subir le joug.
La même année, les Aulerques Eburovices et les Lexoviens massacrèrent leur sénat qui refusait d'entrer en guerre contre les Romains.
Mais tandis que, très habilement, les Vénètes transportaient la lutte sur mer, d'autres Gaulois fournissaient à César les bateaux.
Vinrent ensuite des campagnes d'intimidation contre les Germains et les Bretons.

Après le retour des légions, César eut à lutter contre une deuxième insurrection belge, mieux concertée que la première.
Ambiorix, roi des Eburons infligea aux Romains de cuisants revers, mais la Gaule celtique resta passive et les Belges furent en définitive écrasés.

Il fallut les sanglantes représailles exercées par César pour dessiller les yeux des Gaulois et les soulever dans une insurrection généralisée.
L'accord se fit sans doute au cours d'une assemblée religieuse tenue dans le centre de la Gaule et les Carnutes se chargèrent de porter le premier coup, constituant le signal de la levée en masse : ce fut le massacre des marchands romains à Genabum (Orléans) fin décembre 53.




La guerre des Gaules


Causes

1°) Impérialisme des Romains, notamment de Jules César, désireux de conquérir la Gaule riche en or (il est criblé de dettes).

2°) Crainte des Gaulois devant les Germains : le chef suève Arioviste a franchi le Rhin en 61 av. J.-C. et a soumis la tribu gauloise des Eduens : le protectorat romain semble nécessaire à de nombreuses tribus.

3°) Crainte des Romains devant les Germains : l'émigration des Helvètes vers la côte atlantique leur permettrait d'atteindre les Alpes. Une Gaule romanisée servirait de rempart.


Effectifs

- Gaulois : selon Diodore de Sicile, 3 millions sont mobilisés ; pertes : 600 000 à 700 000 guerriers tués + autant en esclavage.


Guerriers celtes gaulois, Ier siècle av JC. Antoine Glédel. 2009

- Romains : En 58 : 6 légions (la Xe, 2 légions cisalpines et 3 légions illyriennes, soit 36 000 hommes) et 4 000 cavaliers auxiliaires gaulois. En 57 : 8 légions (48 000 hommes). En 53 : 10 légions (4 à Labienus, 6 à César) et un contingent pour la garde des bagages à Sens (Agedincum), soit 60 000 hommes.


Déroulement


59 av. J.-C.

César est nommé proconsul des 2 Gaules : la cisalpine (plaine du Pô) et la transalpine (Provincia), et de l’Illyrie.


Jules CÚsar

Le suève Arioviste fait reconnaître par le Sénat, son titre de "roi" et "d'ami du peuple romain".


58

- 24 mars : assemblée de tout le peuple Helvète à Genève qui décide, devant le danger représenté par les Germains, d'émigrer dans le pays des Santons.

- 9 avril : Jules César refuse aux Helvètes et à leurs alliés (notamment les Boïens) le droit de passage en Gaule.

- Mai : les Éduens demandent l'aide aux Romains suite à des pillages commis par les Helvètes.

- 6 juin : César bat les Tigurins (un des cantons helvètes placé à l’arrière-garde) près de Mâcon.

- 24 juin : à 27 km du mont Beuvray [Bibracte, Nièvre (capitale des Eduens), site fouillé depuis 1867, fouilles relancées en 1985 ; localisation actuelle : Montmort (Saône et Loire), oppidum de 135 ha], victoire de César contre les Helvètes (226 000 morts sur 336 000 d'après César, chiffre sûrement exagéré) dont une partie migre vers la Saintonge ; juillet, l'assemblée des peuples gaulois demande l'aide de César contre Arioviste et ses Suèves.

- Août : César occupe Besançon (Vesontio), capitale des Séquanes (Franche-Comté et Suisse romande) menacés par Arioviste.

- 13/14 septembre : près de Cernay (Haut Rhin) au lieu-dit Ochsenfeld, César bat Arioviste qui s'enfuit en Germanie, abandonnant ses femmes et ses filles aux Romains 4 ; bien que blessé, il repasse le Rhin à la nage ; les Suèves se retirent précipitamment, poursuivis par leurs compatriotes, les Ubiens (alors entre le Main et la Lahn), qu’ils voulaient asservir.


Hiver 58-57

Coalition des Belges contre César ; chef : Diviciacos, roi des Suessions (Soissons) ; 290 000 guerriers selon César [armée principale : les Bellovaques (Beauvais), 60 000 hommes].


57

- Galba prend la tête d'une alliance belge contre César et les Éduens. César porte les forces romaines à 70 000 ou 80 000 hommes (en comprenant les troupes auxiliaires de la Narbonnaise, la cavalerie et l’infanterie légère numides, les archers crétois et les frondeurs des îles Baléares).

- Campagnes de César contre les Belges (Suessions du roi Diviciacos, Bellovaques, Nerves, Atrébates et Aduatuques). Les Eduens fournissent aux Romains une aide militaire.

- Au printemps, les Eduens pillent le territoire des Bellovaques qui se retirent de la coalition.

- Juillet : les Suessions sont battus à Noviodunum (Pommiers, Aisne), Galba se constitue prisonnier.

- Fin juillet : bataille de la Sambre, César bat les Atrébates, les Veromanduens et les Nerviens commandés par le chef des Nerviens, Boduognat qui est tué (sur 60 000 hommes, 500 survivants).

- Septembre : César fait capituler les Aduatuques à Namur. Iccius et Antébroge, délégués des Rèmes, se soumettent à César. Publius Licinius Crassus Dives (7e légion) reçoit la soumission des Aulerques du Nord-ouest (entre Loire et Seine).
Crassus parcourt la péninsule armoricaine et reçoit des otages vénètes en signe de confiance.


56

- Hiver : des tribuns romains, chargés de réquisitionner des subsistances, sont retenus prisonniers par les Vénètes qui désirent les échanger avec les otages. Les Armoricains, sous la direction des Vénètes, envoient une délégation commune à Crassus pour lui signifier qu’il n’aura ses officiers qu’en rendant les otages.

- Au printemps, César commence la campagne contre les Vénètes.
Il ordonne à Crassus de se rendre en Aquitaine avec douze cohortes et une cavalerie nombreuse pour empêcher les peuples de cette Gaule d'intervenir.
Il fait partir Quintus Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelliens, les Coriosolites et les Lexoviens pour les tenir en respect.
Il donne au jeune Decimus Junius Brutus Albinus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois qu’il a exigés des Pictons, des Santons et autres pays pacifiés et lui dit de se rendre au plus tôt chez les Vénètes.
Il commande en personne les troupes terrestres.

- Juin : Brutus bat la flotte des Vénètes au nord de l'île du Pouliguen (actuellement marais salants). [Cousin éloigné de Jules César, Decimus Junius Brutus Albinus fera partie du complot contre ce dernier. Un autre Brutus (Marcus Junius Brutus Caepio), fils de Servilia, la maîtresse de Jules César, participera à l'assassinat du dictateur et lui donnera le coup fatal le 15 mars -44.]
Vaincus sur terre par César lui-même, les guerriers vénètes sont vendus comme esclaves et leur sénat est mis à mort.
Sabinus bat l’unelle Viridorix, chef des Unelles du Cotentin, des Aulerques et des Lexoviens et soumet leur pays.

- 10 septembre : Crassus le Jeune bat les Aquitains, notamment les Tarusates, les Sotiates et les Vocates, à Bigaar près de Tartas (Landes), à Sos (Lot et Garonne) et sur les bords de l’Adour.

- Octobre : raid punitif de César vers le Pas de Calais contre les Morins et les Ménapes qui ont aidé les Vénètes.


Hiver 56-55

Offensive germanique sur le Rhin (tribus des Usipètes et des Tenctères).


55

- Début juin : bataille de Fort Saint-André (Hollande), les Usipètes et les Tenctères sont écrasés par César qui fait un raid sur la rive droite du Rhin.

- Fin août à mi-septembre : échec d'un raid de César dans l’Ile de Bretagne (sa flotte est détruite par la tempête).

- Septembre : répression du soulèvement des Morins et des Ménapes par César.


54

- Dumnorix déclare à César que sa religion lui défend de le suivre dans l’Ile de Bretagne, fille sacrée du druidisme (Dumnorix essaie de s'enfuir avec les siens ; mais, poursuivi par la cavalerie romaine, il périt en se défendant).

- Fin Juin/30 août : seconde expédition de Jules César en Grande-Bretagne : soumission des Londini de la vallée de la Tamise.

- Octobre : révolte des Eburons qui massacrent une légion, leur vieux roi Catuvolcos qui partage le pouvoir avec Ambiorix, soulève les tribus belges (Eburons, Aduatuques, Nerviens), les légats, Sabinus et Cotta, sont vaincus et tués non loin d’Aduatuca (Tongres, Belgique). Quintus Cicéron est assiégé à Charleroi par les Eburons, les Aduatuques et les Nerviens. César, parti d'Amiens, délivre Cicéron, puis vainc Ambiorix à Binche le 5 novembre. Les Sénons, jusqu’alors neutres, chassent leur roi Cavarinos que César leur avait imposé.

- Début décembre : Indutiomaros (chef des Trévires), venu attaquer le camp du légat Labienus près de Reims, est tué ; Cingetorix, beau-père d’Indutiomaros, se soumet à Jules César et lui livre 200 otages.


53

- Avril : César convoque l'assemblée des Gaules à Samarobriva (Amiens) : il intervient contre les Carnutes, les Trévires et les Sénons qui n'ont pas répondu à sa convocation. Le siège de l’assemblée est transféré à Lutèce : les Sénons et les Carnutes obtiennent le pardon à condition de livrer des otages et de fournir de la cavalerie.

- Août : Belgique, raid punitif de César (10 légions, 60 000 hommes) contre les Nerviens, les Eburons et les Aduatuques : la Belgique du Nord-est est ravagée ; Catuvolcos s’empoisonne, Ambiorix s'échappe et disparaît dans les Ardennes. Brève expédition contre les Suèves qui ont fourni des contingents aux Trévires.
César "voulait […] que cette grande invasion anéantît la race des Éburons et leur nom même".
César convoque à Durocortorum (Reims) l’assemblée des Gaules qui vote la mort du chef sénon Acco, responsable de la révolution de printemps : il est fouetté puis décapité à la hache.

- Fin décembre : à Cenabum (Orléans), les Carnutes, soulevés par Cotuatos (ou Gutuatus, Gutuartus, Gutruatus ou mieux Gutuater : probablement un druide gutuater) et Conconnetodumnos, tuent le roi Tasgétios (établi par Jules César) et massacrent les marchands romains ainsi que le chevalier Caïus Fusius Cita chargé par César de l'intendance.


52

- 23 janvier : insurrection générale de la Gaule. Informé de ce qui se passe en Gaule, César franchit les Alpes avant la fin de janvier.

- 30 janvier : l'Arverne "Vercingétorix" (Grand Chef des Guerriers) est proclamé chef suprême à Gergovie.
Avec Vercingétorix, la Gaule connaît enfin un chef clairvoyant et un organisateur émérite. De très noble famille arverne, il est, comme Dumnorix, un prétendant à la royauté de la Gaule et du même coup un partisan de l'indépendance. Né vers 80/75 av. J.-C., il est le fils de Celtillos (Keltillos) que son propre frère, le chef Gobannitio, fit mettre à mort pour avoir tenté de restaurer la monarchie à son profit (brûlé dans un mannequin d'osier vers 60 avant notre ère). Selon la légende, le jeune arverne fut recueilli et élevé par le druide Gutuater. Soupçonné lui-aussi de vouloir rétablir la monarchie, Vercingétorix fut écarté du pouvoir et dut s’enfuir. "Cependant il ne renonce pas à son projet, et lève dans la campagne un corps de vagabonds et de misérables. Suivi de cette troupe, il amène à ses vues tous ceux de la cité qu'il rencontre ; il les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune. Ayant ainsi réuni de grandes forces, il expulse à son tour du pays les adversaires qui, peu de temps auparavant, l'avaient chassé lui-même" (César). L’historien latin, Floras, nous le décrit "terrifiant par son physique, son armement, son intelligence, son nom même qui semblait faire peur, inspirant l’effroi". Vercingétorix a probablement été le commandant du corps de cavaliers arvernes fourni à Rome depuis la défaite de Bituitos en -121, et peut-être s'est-il trouvé auprès de César...
"Selon Serge Lewuillon, Vercingétorix avait dû probablement, comme de nombreux aristocrates gaulois du temps de César, frayer avec César, avant de prendre les armes contre lui [.] Pour Vincent Guichard, Vercingétorix serait un Gaulois tiraillé, un officier de César qui finit par se révolter [.] Commentant une tradition selon laquelle Vercingétorix espérait le pardon de César "parce qu'ils avaient été amis", Christian Goudineau explique que Vercingétorix avait dû être un chef allié des Romains." 9
"Vercingétorix est probablement envoyé par les Arvernes auprès de César, librement, à la tête d'un escadron de cavalerie gauloise, comme le suggère Dion Cassius qui décrit leur amitié. Deux éminents historiens, Yann Le Bohec et Paul Marius Martin accréditent pour leur part la thèse d'un Vercingétorix ancien officier de cavalerie de Jules César [.] Il aurait été le commandant du corps de cavaliers arvernes, réquisitionné au titre des accords conclus en -120." 10

- Février : César, passant par Alba la Romaine (Alba Helvorum), Aubenas et Le Puy (il a franchi les Cévennes malgré la "neige épaisse de six pieds"), tombe comme la foudre au milieu des Vellaves de Ruessio (Saint-Paulien) et brave les Arvernes de Brioude (43) ; ensuite, via Yssingeaux, Riotord et le Tracol, il regagne Vienne, capitale des Allobroges, où il retrouve sa cavalerie.

- Mars : César rejoint ses alliés éduens (Bourgogne) puis ses alliés Lingons (région de Langres) où se trouvent deux légions ; de là, il ordonne aux deux légions installées à proximité des Trévires et aux six campées en Sénonais d’opérer leur jonction à Agedincum (Sens). César prend l’oppidum des Sénons, Vellaunodunum (Villon près de Montargis), puis Genabum (Orléans) chez les Carnutes et Noviodunum (Neung-sur-Beuvron) ; le 25, il commence le siège d’Avaricum (Bourges) chez les Bituriges (Vercingétorix pratique la tactique de la terre brûlée au sud de la Loire, mais, à la demande des Bituriges, il a épargné Avaricum, ce qui a permis à César de continuer la guerre et de le poursuivre au cœur même du pays arverne. Tandis que Vercingétorix faisait pression sur les Bituriges pour les entraîner dans la coalition, les Eduens se livraient à une démonstration platonique pour donner le change à César mais se gardaient bien de contrecarrer les efforts de l'Arverne). Pendant le siège de Bourges, les Eduens mettent la plus mauvaise volonté à ravitailler l'année romaine.

- 19/20 avril : César prend Avaricum et massacre la population. Les Eduens sont prêts à se soulever, lorsque le brusque dénouement du siège permet à César de déployer contre leur frontière à Decize (Nièvre) la totalité de son armée.
Vercingétorix soulève toute la Gaule. César remarque : « Ainsi, alors que l’adversité diminue d’habitude l’autorité des chefs, elle grandit de jour en jour le prestige de Vercingétorix ».
Pour châtier les Parisis qui se sont ralliés aux insurgés, César confie à Labienus deux légions auxquelles se joindront les deux autres laissées à Agedincum.

- Raid de César contre l'Auvergne, siège de Gergovia [ancien oppidum des Gaulois Arvernes sur le plateau de Gergovie, Gergovie, que Strabon appelle Nemessos, est depuis la plus haute antiquité un refuge pour les habitants de la Limagne] : les légions du proconsul enferment les troupes de Vercingétorix sur la terrasse de Gergovie, aux emplacements actuels de Risolles, de Jussat et de La Roche-Blanche. César parvient à s'emparer de La Roche-Blanche pour intercepter l'approvisionnement en eau des Gaulois et leur interdire l'accès de la plaine.

- Début juin : Vercingétorix fait une sortie massive et, à l'issue d'une lutte acharnée, les Romains, vaincus, doivent lever le siège avec de lourdes pertes (700 tués dont 46 centurions) ; pour Vercingétorix, la bataille de Gergovie est une grande victoire en même temps qu'une revanche (avant de prendre la tête de la résistance gauloise, il avait été chassé de Gergovie par le parti aristocratique arverne, hostile à ses aspirations monarchiques). Les Eduens se sont finalement ralliés à Vercingétorix : Litaviccos et sa troupe ont renforcé Vercingétorix à Gergovie ; Eporedorix et Viridomaros détruisent l'arsenal romain de Noviodunum (probablement Diou) et massacrent la garde romaine et les marchands ; c’est à Bibracte, qu’une assemblée générale des peuples de la Gaule acclame Vercingétorix comme chef suprême. Il ordonne à toutes les cités de lui livrer des otages. Il réclame 15 000 cavaliers. La cavalerie interceptera l’approvisionnement de l’ennemi. Il faudra détruire récoltes et demeures. Il demande aux Eduens et aux Ségusiaves de lui fournir 10 000 fantassins et 800 cavaliers qui auront pour mission d’inquiéter les Allobroges, auxiliaires des Romains. Des contingents de Gabales et de Vellaves harcèleront les Helviens, tandis que Rutènes et Cadurques iront ravager le territoire des Volques Arecomices, soumis à Rome. Caius Valerius Domnotaurus, fils du chef helvien Caburus, est tué par les Vellaves : les Helviens se réfugient à l’abri de leurs oppida.

- Mi-juin : dans les plaines d'Issy et de Vaugirard, victoire de Titus Labienus à la tête de la VIIe et de la XIIe légion (parties de Reims) sur le chef aulerque Camulogène, à la tête de la coalition des peuples de la Seine, qui est tué. Labienus 8 rejoint César à Joigny (Yonne).

- Fin juin : Vercingétorix, qui a monté une manœuvre de diversion contre les Allobroges de la Savoie et du Dauphiné pour obliger César à regagner la Province, réussit à déclencher un mouvement de retraite des Romains.
Vercingétorix qui a transporté son quartier général sur l'oppidum d'Alesia (identifié au Mont Auxois, sur le territoire d'Alise-Sainte-Reine en Côte d'Or 5 ; certains, suivant l'archéologue André Berthier, situe Alesia à Syam sur la commune de Chaux-des-Crotenay dans le Jura ; d'autres situent l'oppidum à Salins-les-Bains dans le Jura, à Alaise-Eternoz et Pont-de-Roide dans le Doubs, à Izernore dans l'Ain ou à Guillon dans l'Yonne), ose attaquer César dans le Châtillonais (88) et lance sa cavalerie en majorité éduenne ; mais César, renforcé par des cavaliers germains (Ubiens), est sur ses gardes : les assauts furieux se brisent sur les légions formées en carré, puis la cavalerie gauloise est mise en déroute : « Voyant toute sa cavalerie en fuite, Vercingétorix fit rentrer les troupes qu'il avait rangées en avant du camp, et prit aussitôt le chemin d'Alesia, qui est une ville des Mandubiens, après avoir fait, en toute hâte, sortir du camp les bagages, qui le suivirent » (César, Guerre des Gaules VII, 68).

- En août, suite à sa défaite sur les bords de la Saône, Vercingétorix se replie sur sa base, c'est-à-dire sur l'oppidum d'Alésia où il se trouve encerclé (avec 80 000 hommes et 30 jours de vivres) par 10 légions de 45 000 hommes (César fait construire une ligne de fortification qui boucle le plateau) après avoir perdu 3 000 hommes de son arrière-garde ; une tentative de sortie en masse des assiégés échoue mais Vercingétorix profite des dernières faiblesses du dispositif romain pour renvoyer sa cavalerie à laquelle il "recommande d'aller chacun dans leur pays, et d'enrôler tous ceux qui sont en âge de porter les armes". Pendant qu’une armée de secours se rassemble, les assiégés subissent les affres de la faim. A court de vivres, ils font sortir les femmes, les enfants et les vieillards qui mourront de faim entre les deux camps, César ayant refusé de les nourrir ou de les laisser passer.

- Septembre : l’armée de secours (240 000 fantassins et 8 000 cavaliers) arrive un mois après le début du siège ; peu disciplinée et sous la direction (plutôt théorique) de Commios, roi des Atrébates qui doit sa royauté à César, elle est battue par Labienus (peut-être à Cisery dans l'Yonne près de l’oppidum de Guillon). On avait, pour ménager les susceptibilités, désigné 3 autres chefs : Eporedorix (Chef des cavaliers) un éduen (peut-être le fils d'un autre Eporedorix qui entraîna les Eduens à la révolte contre Rome lors de l'insurrection générale de juillet 52 av. J.C., fut capturé par César pendant la bataille de Dijon en août et mis à mort), Viridomaros, un autre éduen, et l’arverne Vercassivellaunos, un cousin de Vercingétorix (le fils de la sœur de sa mère), soit 3 de trop : il n'y eut aucune manœuvre d'ensemble. L’armée se dispersa, poursuivie par les cavaliers germains jusqu’à minuit.
« Alors ceux qui étaient sortis d'Alesia, consternés et désespérant presque de la victoire, rentrèrent dans la place [...] Après un jour employé par les Gaulois à faire une grande quantité de claies, d'échelles et de harpons, ils sortent silencieusement de leur camp au milieu de la nuit et s'approchent de ceux de nos retranchements qui regardaient la plaine. Tout à coup poussant des cris, signal qui devait avertir de leur approche ceux que nous tenions assiégés, ils jettent leurs claies, attaquent les gardes de nos remparts à coups de frondes, de flèches et de pierres, et font toutes les dispositions pour un assaut. Dans le même temps, Vercingétorix, entendant les cris du dehors, donne le signal avec la trompette et fait sortir les siens de la place (…) Après avoir perdu beaucoup de monde, sans être parvenus à entamer les retranchements, voyant le jour approcher, et craignant d'être pris en flanc et enveloppés par les sorties qui se faisaient des camps situés sur les hauteurs, ils se replièrent sur les leurs. Les assiégés, qui mettaient en usage les moyens préparés par Vercingétorix pour combler le premier fossé, après beaucoup de temps employé à ce travail, s'aperçurent de la retraite de leurs compatriotes avant d'avoir pu approcher de nos retranchements. Abandonnant leur entreprise, ils rentrèrent dans la ville [...] Il y avait au nord une colline qu'on n'avait pu comprendre dans l'enceinte de nos retranchements, à cause de son trop grand circuit ; ce qui nous avait obligés d'établir notre camp sur un terrain à mi-côte et dans une position nécessairement peu favorable (…) Ayant fait reconnaître les lieux par leurs éclaireurs, les chefs ennemis forment un corps de 60 000 hommes, choisis dans toute l'armée gauloise et surtout parmi les nations qui avaient la plus haute réputation de courage (…) Ils fixent l'attaque à l'heure de midi, et mettent à la tête de ces troupes l’arverne Vercassivellaunos et l'un des quatre généraux gaulois. II sort de son camp à la première veille ; et ayant achevé sa route un peu avant le point du jour, il se cache derrière la montagne, et fait reposer ses soldats des fatigues de la nuit. Vers midi, il marche vers cette partie du camp romain dont nous avons parlé plus haut. Dans le même temps la cavalerie ennemie s'approche des retranchements de la plaine, et le reste des troupes gauloises commence à se déployer en bataille à la tête du camp. Du haut de la citadelle d'Alésia, Vercingétorix les aperçoit, et sort de la place, emportant du camp ses longues perches, ses galeries couvertes, ses faux et ce qu'il avait préparé, pour la sortie. Le combat s'engage à la fois de toutes parts avec acharnement ; partout on fait les plus grands efforts (…) César hâte sa marche pour assister à l'action. À son arrivée, on le reconnaît à la couleur du vêtement qu'il avait coutume de porter dans les batailles ; les ennemis, qui de la hauteur le voient sur la pente avec les escadrons et les cohortes dont il s'était fait suivre, engagent le combat (…) Nos soldats, laissant de côté le javelot, tirent le glaive. Tout à coup, sur les derrières de l'ennemi, paraît notre cavalerie ; d'autres cohortes approchent ; les Gaulois prennent la fuite ; notre cavalerie barre le passage aux fuyards, et en fait un grand carnage » (César, Guerre des Gaules).
Plus de 30 000 guerriers périssent au cours des assauts, 74 enseignes sont abandonnées, Vercassivellaunos est fait prisonnier, Sédullos, chef des Lémovices, tué.
Vercingétorix décide de capituler. Il dit "qu'il n'a pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la défense de la liberté commune ; que, puisqu'il fallait céder à la fortune, il s'offrait à ses compatriotes, leur laissant le choix d'apaiser les Romains par sa mort ou de le livrer vivant. (…) On envoie à ce sujet des députés à César. Il ordonne qu’on lui remette les armes, qu’on lui amène les chefs" (César).

- Le 27 septembre, fidèle à la religion de ses pères, le héros arverne, souvent abandonné et trahi, s'offre en victime expiatoire, pour atténuer le malheur de ses compatriotes. D'après Dion Cassius, Vercingétorix se serait livré seul à César, pour tenter d'obtenir la grâce de la garnison ; César ne le dit pas : « Assis sur son tribunal, à la tête de son camp, il (César, ndlr) fait paraître devant lui les généraux ennemis. Vercingétorix est mis en son pouvoir ; les armes sont jetées à ses pieds. »
« Vercingétorix prit ses plus belles armes, para son cheval et franchit ainsi les portes de la ville. Il vint caracoler en cercle autour de César qui était assis, puis, sautant à bas de sa monture, il jeta toutes ses armes » (Plutarque, Vies parallèles).
Il est dit que Jules César « récompense les mercenaires gaulois qui l'ont aidé durant le siège d'Alésia ».
César ne réduit pas en esclavage les Arvernes et les Eduens : « À l'exception des Héduens et des Arvernes, dont il voulait se servir pour tâcher de regagner ces peuples, le reste des prisonniers fut distribué par tête à chaque soldat, à titre de butin. »
Pour se concilier l’aristocratie opposée à la royauté (donc à Vercingétorix), César libère 20 000 prisonniers arvernes. La Cité arverne retrouve un gouvernement dirigé par une assemblée de magistrats et de notables à la tête de laquelle est mis Epasnactos.
Vercingétorix, mis aux fers, est emmené à Rome et emprisonné. Six ans plus tard, en juin 46 av. J.-C., après avoir figuré au triomphe de son vainqueur (qui n’en profitera pas longtemps : Jules César sera assassiné, à 55 ans, le 15 mars -44), il est étranglé dans son cachot de la prison Mamertine, puis son corps est exposé sur le forum.
"De nombreux historiens s'accordent à considérer la version d'un Vercingétorix humilié et mis au cachot par Rome comme une erreur historique, pensant en réalité que Vercingétorix a vécu ses dernières années dans une villa et non pas un cachot, pour finir exécuté sous la pression du Sénat contre la volonté de Jules César." 10

- Décembre : soumission des Bituriges devant l’arrivée de César et de 2 légions.


51

- Fin janvier : soumission des Carnutes : Gutuater est fouetté à mort et décapité ; César, qui se tient avec 2 légions à Genabum, envoie la cavalerie et les auxiliaires ravager la Beauce : la population se réfugie dans les Cités voisines.
Guérilla en Gaule.

- César lutte contre les Bellovaques du chef Correos (qui sera tué au combat, en mai 51, près de Compiègne), les Éburons et les Trévires.

- Dumnacos, chef des Andecaves, à la tête de la Confédération armoricaine, assiège Limonum (Poitiers), la capitale des Pictons de Duratios, allié de Rome, mais risquant d'être pris à revers par les légions de Caïus Caninius Rubelus, il se replie sur la Loire où les légions de Caïus Fabius l'écrasent.

- Le sénon Drappès, après les défaites successives de ses compatriotes, se joint à Lucterios, chef des Cadurques. C’est sur son oppidum d'Uxellodunum (Le Puy-d’Issolud, près de Vayrac dans le Lot) qu’ils se réfugient lorsque le légat Caninius Rebilus est prévenu de leur projet de soulever la Province. La forteresse est protégée par des rochers abrupts, partiellement entourés par un cours d'eau. Caninius ne vient pas à bout de la résistance obstinée des assiégés, mais les chefs gaulois, en tentant d'établir des communications avec l'extérieur, se font prendre : Drappès est capturé, cependant que Lucterios parvient à s'échapper mais sans pouvoir regagner la forteresse. Irrité de la résistance de l'oppidum, César accourt. Il fait détourner la source sacrée des Cadurques. Cernés et sans eau, les Gaulois se rendent à la mi-septembre. Le proconsul fait "couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes" pour l'exemple. Drappès se laisse mourir de faim. Lucterios, après avoir longtemps erré, se livre au chef arverne Epasnactos qui le remet à César (César l’aurait fait libérer à la fin de la guerre).
« Lucterios, qui, comme on l'a vu, s'était échappé du combat, était tombé au pouvoir de l'Arverne Epasnactos ; obligé de changer fréquemment de retraite, et sentant qu'il ne pouvait longtemps demeurer dans le même lieu sans danger, il avait dû se confier à beaucoup de gens ; sa conscience lui disait combien il avait mérité l'inimitié de César. L'Arverne Epasnactos, fidèle au peuple Romain, n'hésita pas à le livrer enchaîné à César. » (César)

- Septembre : Fabius soumet les Carnutes et les Armoricains. Labienus soumet les Trévires. César pacifie l'Aquitaine. La Gaule est pacifiée.


50

La Légion des Alouettes

Le chef arverne Epasnactos est chargé de recruter des guerriers pour former la première légion romaine des Gaules, la fameuse Légion des Alouettes.

« Dès ce moment (50), il (César, ndlr) changea de conduite à l’égard des gaulois : il fit montre envers eux d’une extrême douceur ; il les ménagea pour les tributs au point d’exciter la jalousie de la province. Ce tribut fut même déguisé sous le nom honorable de solde militaire. Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions ; il en composa une légion tout entière, dont les soldats portaient une alouette sur leur casque, et qu’on appelait pour cette raison l’alanda. » 1

« Le proconsul organisa de ses deniers une légion composée uniquement de vétérans transalpins qui s’étaient distingués durant la guerre de l’indépendance ; il l’assimila aux autres légions de son armée pour l’équipement, la solde et les prérogatives militaires [Suétone, César, 24] ; une seule chose pouvait rappeler son origine, c’était la forme des casques, sur le cimier desquels était représentée, les ailes étendues, une alouette, symbole de la Vigilance. César, pour cette raison, la nommait légion de l’Alouette » (Amédée Thierry, Histoire des Gaulois).

« César lui avait d'abord donné le nom latin de galerita (alouette), auquel il substitua ensuite celui d'alauda, mot qui désignait le même oiseau dans la langue des Gaulois : Pline et Suétone ont mentionné cette singularité : « Ab illo galerita appellata quondam, postea, gallico vocabulo, etiam legioni nomen dederat alaudæ » (Pline) ; « Qua fiducia, ad legiones quas a Republica acceperat, alias privato sumptu addidit. Unam etiam ex Transalpinis conscriptam, vocabulo quoque gallico (alauda enim appellabatur) quam disciplina cultuque romano institutam et ornatam, postea universam civitate donavit » (Suétone). Enfin, il en est également question dans Marcellus Empiricus : « Avis galerita quæ gallice alauda dicitur » et dans Grégoire de Tours : « Avis corydalus, quam alaudam vocamus » 2

« César composa une légion de Gaulois, à laquelle il donna le nom d’alouette (…) Elle le servit très bien dans les guerres civiles : et César, pour récompense, donna le droit de citoyen romain à chaque légionnaire. » 3

La Legio V Gallica (Vème légion gauloise), surnommée Legio Alaudae (Légion des Alouettes, à cause de la représentation de cet oiseau sur les casques), s’illustrera particulièrement lors des batailles de Thapsus (Afrique) en -46 (en raison de sa bravoure face à une charge d'éléphant, cet animal devint son emblème officiel) et de Munda (Espagne) en -45.
César obtiendra que la nouvelle légion soit reconnue (elle recevra son numéro : « V ») et payée par le Sénat, et que ses soldats obtiennent la citoyenneté romaine.

Il existe un "dieu à l'alouette" : Alauda ou Alauna ; la tribu des Alauduni de Laon (Lugdunum) porte son nom. Les Gaulois considéraient l’alouette, oiseau sacré, comme la messagère des dieux.


Hiver 50-49

César transforme la Gaule chevelue en province romaine.


49

- Septembre : César prend Marseille, seule cité de Gaule non encore soumise à Rome.

D'après Plutarque, César prit, en moins de 10 ans, plus de 80 villes en Gaule, soumit 300 tribus, combattit 3 millions d'hommes. On estime entre 600 000 et 700 000 le nombre de Gaulois tués ; autant de prisonniers auraient été réduits en esclavage.
Vercingétorix avait échoué dans sa tentative de royaume gaulois centralisé, qui allait trop à l'encontre des habitudes ancestrales.
César, au contraire, était resté dans la tradition gauloise : ses légionnaires permanents, qui avaient la promesse d'un établissement en terre (avec des esclaves), groupés dans une cité à eux, retrouvaient les privilèges de la caste militaire tribale.
De plus, l'organisation impériale romaine faisait espérer le regroupement des nations celtiques sous un empereur commun (ce sont les Gaulois continentaux qui ont conduit César en Grande-Bretagne).


CITATION

Ut ad bella suscipienda Gallorum alacer ac promptus est animus, sic mollis ac minime resistens ad calamitates perferendas mens eorum est (Si les Gaulois sont ardents et prompts à entreprendre une guerre, pour supporter les désastres, leur esprit est mou et sans résistance). (Jules César 100-44 avJC, La Guerre des Gaules, III, 19)


Voir Nos ancêtres les Gaulois. Liste des peuples celtes. Théonymes celtes, Anciens noms de localités ou de lieux. Vocabulaire celte.


Notes
1 Michelet, Histoire romaine
2 Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle
3 Voltaire, Dictionnaire philosophique
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Arioviste
5 "In alissia" : cette inscription fameuse en langue gauloise a été trouvée en 1839 sur la parcelle cadastrale n°636 du Mont-Auxois à l'occasion des fouilles conduites par le président de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, Charles-Hippolyte Maillard de Chambure 6. Des fouilles récentes démontrent clairement que l'oppidum était un important centre sidérurgique, composé pour l'essentiel par des forgerons et des bronziers 7.
6 http://www.alesia.com/fic_bdd/pdf_fr_fichier/12017686200_Pdf_inscription_et_tesseres.pdf.
7 http://encyclopedie.arbre-celtique.com/alesia-mont-auxois-alise-sainte-reine-341.htm
8 Une balle de fronde, au nom de "Labienus", a été découverte lors des fouilles effectuées, à Alise, dans les années 1990, par une équipe franco-allemande dirigée par M. Reddé.
9 https://fr.wikipedia.org/wiki/Vercing%C3%A9torix
10 https://fr.wikipedia.org/wiki/Vercing%C3%A9torix#Un_alli.C3.A9_des_Romains


Sources
La Gaule. Ferdinand Lot. Librairie Arthème Fayard, Paris, 1947
Histoire des Gaulois. Amédée Thierry. 1828
Histoire des Gaulois. E. Thévenot.
Les Celtes. G. Dottin. Minerva. 1977
Les Celtes. A.Varagnac et R. Derolez.
http://oda.chez-alice.fr/dicogaulois.htm
http://www.melegnano.net/celti/francel01a089.htm
http://www.melegnano.net/celti/vocfrancel00.htm
http://bretagne-passion.forumactif.com/Histoire-Celte-f19/les-tribus-celtiques-t746.htm
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/CAES/BGI.html (César Guerre des Gaules)
http://www.arbre-celtique.com/etude/02-societe/peuples/peuples.php
http://www.lexilogos.com/gaulois_peuples_lieux.htm
http://crehangec.free.fr/peuples.htm
http://michel-desfayes.org/villegaule.html
etc.


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 20/01/2017

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