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La décollation
ou décapitation : La décollation ou décapitation est un usage qui se perd dans la nuit des temps. Les Gaulois et autres Celtes, ainsi que les Germains, entre autres, avaient pour coutume de couper les têtes de leurs ennemis. Sous l'ancien régime, ce supplice était réservé aux gentilshommes qui avaient le privilège d’être décapités à la hache ou à l’épée. Contrairement à une idée très répandue, la machine à trancher les têtes existait bien avant la Révolution française. Chronologie historique : On sait avec certitude que sous l'Empire Romain, les licteurs, qui effectuaient les exécutions en décapitant à la hache, usèrent d'une machine pour trancher le cou d'un certain Titus Manlius. La dite machine consistait en une petite fenêtre rainurée, haute de deux pieds environ. Le condamné s'agenouillait et passait le cou entre les deux montants, et l'on posait au sommet de ceux-ci une lame de hache, dont le fer s'achevait en enclume. Le couperet coulissait et s'appuyait sur la nuque du condamné, et l'exécuteur, armé d'une lourde masse, assenait un coup puissant sur l'enclume, qui, sous le choc, décapitait le patient. Cette méthode, la plus ancienne qui soit en matière de tranchoir, fut donc employée par les Perses, les Romains, et aussi les Chinois 2. Aux XIIe et XIIIe siècles, la décollation mécanique à l'aide de machines était pratiquée en Allemagne (où la machine était appelée Diele), en Hollande et en Italie (notamment à Naples). Au début du XVIe siècle les Italiens utilisaient la mannaia (une lourde hache glissait le long de 2 montants de bois et tombait sur le cou du condamné placé sur un billot). En 1581, en Ecosse, le régent Morton fut exécuté au moyen d'une machine similaire appelée maiden (jeune fille) ; l'instrument est conservé au musée des Antiquités d'Edimbourg. A Toulouse, le 30 octobre 1632, Henri II, duc de Montmorency, fut décapité par une maiden. En 1661 et 1685, la terrible jeune fille commit ses derniers ravages en Grande Bretagne à l'occasion des exécutions du marquis d'Argyll et de son comte de fils. Un ouvrage anonyme dépeint une exécution pratiquée à l'aide de la mannaia, à Milan, en 1702. En 1730, dans son Voyage en Espagne et en Italie, le dominicain Jean-Baptiste Labat décrivit cette mannaia, lame enchâssée entre deux montants de bois, qu'un mécanisme fait venir sur la nuque du condamné. C'est cet engin qui inspira le célèbre docteur Joseph Ignace Guillotin. Le 10 octobre 1789, le docteur Joseph Ignace Guillotin (1738-1814), professeur d'anatomie, député du Tiers Etat (instigateur de la réunion du Jeu de Paume) et l’un des fondateurs du Grand Orient de France ; proposa à la Constituante que « les délits du même genre seront punis par le même genre de supplice, quels que soient le rang et l'état du coupable » et que les exécutions des condamnés seront faites par un mode de décapitation rapide et sûr, « épargnant au condamné les lenteurs et les maladresses du bourreau. » Le 28 novembre, après avoir présenté ses idées de réforme du code criminel, Guillotin demanda d'importants changements dans l'application de la peine de mort. Sans remettre en cause la nécessité du châtiment suprême, il suggéra l'abolition de supplices inhumains tels que la roue ou le gibet. Il préconisa l'utilisation d'une simple mécanique semblable à celles que l'on connaissait déjà en Italie : « On ne peut trop se hâter, Messieurs, de faire jouir la nation de cet avantage (...) La tête est posée sur le fatal instrument, la mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l'homme n'est plus ». Il proposa alors une machine à décapiter conçue par le chirurgien Antoine Louis. Le décret du 1er décembre 1789 établit l'égalité des peines pour tous les citoyens. Le 21 janvier 1790, Guillotin proposa une nouvelle fois de faire décapiter les condamnés à mort à l'aide de la machine inventée par le Dr Louis. Le 3 juillet 1791, l'Assemblée constituante, repoussa une suggestion de Maximilien de Robespierre visant à abolir la peine de mort et édicta que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Elle demanda au docteur Guillotin et au chirurgien Louis d'améliorer leur machine à couper les têtes. Le 6 octobre, l’Assemblée législative refusa d'abolir la peine de mort, mais elle supprima la torture. Dans son rapport du 7 mars 1792, le docteur Antoine Louis (1723-1792) présenta sa machine modifiée. Le 20 mars, l'Assemblée législative accepta la fabrication de la machine à trancher la tête des condamnés à mort. La loi fut signée le 25 mars par Louis XVI (ironie du sort !). Après avoir été essayée sur des moutons, la Louisette ou Petite Louison fut testée, le 17 avril, sur 3 cadavres de vagabonds, dans la cour de l'hôpital général de Bicêtre. Enfin le 25 avril, l'appareil fonctionna pour la première fois aux dépens d'un voleur de grands chemins, Nicolas Jacques Pelletier. Ce premier exemplaire, construit par un Allemand, Tobias Schmidt, fabricant de clavecins, de pianos et de scaphandres, aidé de Sanson (futur exécuteur), avait été mis au point sous la direction du Dr Louis qui eut l'idée de donner au couperet la forme d'un trapèze au tranchant oblique au lieu de celle d'un croissant (selon une légende, ce serait Louis XVI lui-même qui aurait conseillé cette modification : il y a sans doute eu confusion entre les deux Louis). Le Journal des Révolutions de Paris du 28 avril 1792, relatant l'événement, employait le terme de « guillotine », ce qui souleva les vaines protestations du Dr Guillotin. Le journal royaliste, Les Actes des apôtres, composa une chanson sur « la guillotine, machine inimitable du docteur Guillotin, propre à couper les têtes ». Le nom resta. C'est le 21 août, que fut exécuté, sur la place du Carrousel, le premier condamné politique : Collenot d'Angremont. Le 21 janvier 1793, Louis Capet était décapité par le bourreau Charles-Henri Sanson (+ 1806). Puis ce dernier fut remplacé par son fils Henri (qui opéra jusqu’à sa mort en 1840). Celui-ci œuvrait à une cadence infernale durant la Terreur, jusqu'à 6 heures par jour, déclarant sans ambages : « J'expédie mes 5 douzaines à l'heure ! ». Pendant cette sinistre période, le couperet de la « sainte guillotine » (dixit Robespierre) tomba près de 45 000 fois dans la France entière (le chiffre officiel étant de 19 639 exécutions au moyen de 50 machines). Guillotin protesta contre son utilisation abusive. En décembre 1794, à la Guadeloupe, Victor Hugues, commissaire de la Convention, exerce les pleins pouvoirs que lui a octroyés la République. Il instaure un régime impitoyable et radical et installe la guillotine ; pendant 4 ans, la Guadeloupe est livrée à la Terreur : Békés pro-anglais et esclaves révoltés sont exécutés 1. Le 26 octobre 1795, la Convention supprima la peine capitale à « dater du jour de la publication de la Paix générale » (?!). Le Consulat prolongea temporairement cette mesure, mais l'Empire oublia l'abolition (12/2/1810 : Code des délits et des peines). Le 17 août 1830, M. de Tracy proposa à la Chambre des députés la suppression de la peine de mort. Le 25 septembre, M. de La Fayette déposa une pétition abolitionniste des habitants de Paris et appuya la prise en considération de l'amendement que l'Assemblée renvoya à l'examen d'une commission. Le 7 octobre : dépôt de plusieurs pétitions abolitionnistes ; M. Bérenger demanda que le gouvernement étudiât la question et préparât un projet de loi sur cette matière. Le 11 janvier 1831, l’amendement Gaujal visant à obtenir que la peine capitale ne soit prononcée qu'à l'unanimité du jury fut repoussé. Le 24 novembre, rejet de l’amendement abolitionniste de Thouvenel. En 1832, de la place de Grève, la guillotine fut transférée aux portes des anciennes fortifications de Paris. Le 2 octobre 1833, à Peyrebeille (Ardèche), les époux Martin et leur domestique Rochette, condamnés à la peine capitale pour avoir assassiné nombre de leurs clients, étaient guillotinés devant leur auberge (qu’on nommera plus tard « Auberge rouge »). Trente mille curieux assistèrent à l’exécution. Le 25 mars 1835 : rejet de l’amendement abolitionniste de Chapuis de Montlaville. 17 mars 1838 : discussion de pétitions abolitionnistes à la Chambre où Lamartine déclara que la peine de mort était devenue inutile et nuisible dans une société évoluée. Le gouvernement provisoire de 1848 ne se borna pas à abolir l'exposition publique. Dès le 26 février, il fit un décret abolissant la peine de mort en matière politique. La suppression de cette peine en matière politique fut maintenue par la constitution de 1848 (18 septembre). Victor Hugo échoua à faire passer son projet d'abolition totale. Le 19 novembre 1849, Savatier-Laroche présenta une demande d'abolition de la peine de mort à l'Assemblée législative qui la discuta et la rejeta le 8 décembre. Le 21 février 1851, Schoelcher proposa l’abolition à l’Assemblée législative qui la repoussa le 13 mars. Cette année-là, il fut décidé que la guillotine serait dressée devant la prison dans laquelle était détenu le condamné à mort. Par la loi du 15 juin 1853, le Corps législatif du Second Empire confirma l'abolition de la peine capitale en matière politique. 28 avril 1854, 15 janvier et 23 mai 1864, 24 décembre 1867 : rejet de pétitions abolitionnistes. Une proposition d’abolition de la peine de mort, présentée devant le Corps législatif, le 24 janvier 1870, par M. Jules Simon et plusieurs de ses collègues, fut rejetée. Le 25 novembre, le décret "Crémieux" retira l'échafaud et les dix marches que gravissait le condamné devant la foule ; il supprima aussi la charge de bourreau de province (il en existait un par ressort de cour d'appel) : il n'y eut alors plus qu'un seul « exécuteur en chef », assisté par cinq « aides », pour tout le territoire national (seules la Corse et l'Algérie conservaient leurs bourreaux). Le lundi 6 février 1871, à 8h31, 4 condamnés à mort étaient guillotinés sur la petite place du bourg de Hautefaye (Dordogne) surnommé le « village des cannibales ». Le 16 août 1870, jour de foire à Hautefaye , tandis que les armées impériales de Napoléon III subissaient défaite sur défaite, un hobereau, Camille de Maillard, s'amusa à provoquer les paysans bonapartistes en criant "Vive la République" et parvint à s'enfuir. Deux cents villageois furieux s'en prirent alors à son cousin, Alain de Moneys, autre gentilhomme, qu'ils martyrisèrent pendant des heures, après lui avoir fait crier "Vive l'Empereur ! A bas la Prusse !" Puis, ils firent brûler le malheureux. Certains enragés auraient consommé de la graisse encore bouillante du "cochon qui grille" étalée sur des tranches de pain. En décembre 1870, le tribunal de Périgueux prononça 21 condamnations dont 4 à mort. Le 3 janvier 1872, MM. Louis Blanc, Quinet, Schoelcher, etc., présentèrent à l'Assemblée nationale une proposition ayant pour objet l'abolition de la peine de mort. La proposition fut retirée le 30 mai et il n’y eut pas de vote. En 1898, l’heure de l’exécution (« heure furtive ») fut fixée à cinq heures du matin. Le 5 novembre 1906, l'Assemblée rejeta la proposition de loi visant à remplacer la peine de mort par une peine perpétuelle. En mars 1918, le bourreau Anatole Deibler, « exécuteur en chef des arrêts criminels de France », guillotina au nom du peuple belge, sur la place publique de Furnes, en zone occupée par les Allemands, Émile Préfaille, condamné à mort par une Cour d'assises belge pour l'assassinat de deux femmes. Le gouvernement français ayant accepté de prêter bourreau et guillotine à la Belgique (qui n'avait jamais exécuté personne), Anatole Deibler, sa machine démontée et son escorte, traversèrent sans problème les lignes du front, les sauf-conduits ayant été délivrés sans aucune difficulté par les autorités ennemies. Deibler quitta la France une autre fois, en juin 1923, pour aller guillotiner en Sarre allemande. En raison du comportement scandaleux des spectateurs lors de l’exécution capitale d’Eugène Weidmann le 17 juin 1939, le président de la République Lebrun interdit les exécutions publiques dès le 29 juin : dorénavant chaque exécution aura lieu dans l'enceinte carcérale. Les machines à décapitation (Fallbeil) demeurèrent en usage en Allemagne, jusqu'à l'abolition de la peine de mort dans la République Fédérale d'Allemagne en 1949 et jusqu'à 1968 en République Démocratique Allemande. Le troisième Reich avait beaucoup utilisé la guillotine : 16 000 exécutions. Le 10 septembre 1977, à Marseille, dans la prison des Baumettes, la guillotine fonctionna une dernière fois pour l’exécution de Hamida Djandoubi, condamné à mort pour l'assassinat d'une jeune fille. Le 7 décembre 1978, l’amendement de Francis Palmero (lequel, favorable au maintien, suggérait la suppression de la guillotine remplacée par des moyens médicaux et proposait le droit d'utiliser les corps des suppliciés à des fins scientifiques) fut rejeté. Le 9 octobre 1981, l'Assemblée Nationale vota l'abolition de la peine de mort (loi du 10 octobre). L'article 2 de la Charte européenne des droits fondamentaux proclamée à Nice le 7 décembre 2000, stipule : " Droit à la vie. 1. Toute personne a droit à la vie. 2. Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté." La Loi constitutionnelle n° 2007-239 du 23 février 2007 relative à l'interdiction de la peine de mort ajouta au titre VIII de la Constitution un article ainsi rédigé : « Art. 66-1. - Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » Le 10 octobre 2007, la France ratifia le protocole 13 de la Convention européenne des droits de l'homme qui « abolit la peine de mort en toutes circonstances, même pour les actes commis en temps de guerre ou de danger imminent de guerre » La République possède encore trois guillotines maintenues en état de fonctionnement. Celle qui servait en métropole se trouve au musée des Arts et traditions populaires (MUCEM) ; les deux autres, réservées aux exécutions hors de la métropole, sont conservées au musée national des prisons dans les sous-sols de l'ancienne prison de Fontainebleau. Pendant la Révolution française, la guillotine était surnommée : le grand « Rasoir national », la « cravate à Capet », la « Mirabelle », « l'Abbaye de Monte-à-Regret », le « Vasistas », la « Veuve », la « Veuve à Deibler » et la « Raccourcisseuse patriotique ». Les argotiers appelaient la guillotine : la « Lucarne » ou « la bascule à Charlot » (d’après le prénom « Charles » de plusieurs bourreaux de la famille Sanson, notamment Charles-Henri). Pour les exécuteurs, c’était " le massicot" ou "la Bécane". Pour Louis-Ferdinand Céline, c'était « le prix Goncourt des assassins ». Pour désigner l'échafaud, les politiques, les gens de justice et les gens d'armes, employaient le bel euphémisme de « bois de justice ». Citations : Le couteau tombe, la tête est tranchée à la vitesse du regard, l’homme n’est plus. À peine sent-il un rapide souffle d’air frais sur la nuque. (Joseph Ignace Guillotin 1738-1814) Qu'est-ce que la guillotine ? Une chiquenaude sur le cou. (Antoine-Adrien Lamourette 1742-1794) On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine (Victor Hugo 1802-1885) Guillotine : petite lucarne donnant sur l'éternité (Adrien Decourcelle 1821-1892) Les adversaires de la peine de mort guillotineraient volontiers les partisans de la peine de mort (René Barjavel 1911-1985) A voir à quel point les voleurs craignent d’être volés, on pourrait en déduire que les assassins redoutent la peine de mort. (Jean-Paul Coudeyrette, Autocitations)
Notes : 1 http://www.karaibes.com/histoire8.htm 2 http://guillotine.voila.net/Histoire.html Sources Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 27/04/2012 |