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SOMMAIRE![]() Le pape (Sixte IV) et l'inquisiteur (Torquemada) par Jean-Paul Laurens L'inquisition épiscopale : Le deuxième concile du Latran (1139) prescrivit qu’il appartenait aux évêques de rechercher les hérétiques, aux juges séculiers de les punir, aux rois et aux princes de prêter, sous peine de déchéance, leur concours à cette répression. Le 4 novembre 1184, le concile de Vérone donna ordre aux évêques de rechercher eux-mêmes les hérétiques ; il fit appel aux princes et aux seigneurs pour lutter contre l’hérésie sous peine d’excommunication. Il créa une « constitution » qui faisait des évêques les premiers inquisiteurs qui livrait aux bras séculiers clercs et laïcs coupables d’hérésie : « les hérétiques doivent être jugés par l'Église avant d'être remis au bras séculier ». Inversement, l'Église obligea les autorités « laïques » à rechercher les hérétiques, sous peine d'excommunication ou de déposition. Le pape Lucius III (1181-1185) et Frédéric Barberousse définirent les châtiments corporels à infliger aux hérétiques. La bulle pontificale ad abolendam condamna les diverses formes d'hérésie : cathares, vaudois (le prédicateur lyonnais Pierre Valdès fut excommunié), patarins, arnaldistes (partisans d'Arnauld de Brescia, exécuté en 1155, qui préconisait que la papauté et le clergé renonçassent au pouvoir temporel et à leurs richesses) et humiliés (umiliati) de Lombardie (ils obtiendront en 1201 l'approbation d'Innocent III). Le 25 mars 1199, Innocent III publia une procédure inquisitoriale contre les albigeois, exposée dans la bulle Vergentis in senium (l’hérésie est un crime de lèse-majesté divine) et envoya des prédicateurs dans la région d'Albi. Les premières commissions inquisitoriales composées de prêtres et de laïcs furent présentes au concile d’Avignon en 1200. En 1207, le pape, dans une lettre aux évêques du Midi, exposa pour la première fois les principes qui justifiaient l’extension de la croisade en pays chrétien : l’Église n’est plus obligée de recourir au bras séculier pour exterminer l’hérésie dans une région ; à défaut du suzerain, elle a le droit de prendre elle-même l’initiative de convoquer à cette œuvre tous les chrétiens, et même de disposer des territoires contaminés en les offrant, par-dessus le suzerain, comme butin aux conquérants. Cette pratique, appelée « terram exponere occupantibus » ou « terram exponere catholicis occupandam » (livrer la terre aux occupants, ou à l’occupation des catholiques), recevra aux XVIe et XVIIe siècles le nom d’« exposition en proie ». Innocent III définit la nouvelle procédure dans la décrétale Licet Heli de 1213, complétée par la décrétale Per tuas litteras. Le quatrième concile du Latran, réuni en 1215 par Innocent III, reprit toutes les dispositions antérieures au sujet de l’inquisition (du latin inquisitio « enquête ») épiscopale. En 1219, une bulle de Honorius III débutait par ces mots : « Que chacun de vous ceigne son épée et n’épargne ni son frère ni son plus proche parent. » L’empereur Frédéric II en 1220 et 1224, le roi de France Louis VIII en 1226, la régente Blanche de Castille en 1229 et le comte de Toulouse lui-même (1229) publièrent des ordonnances contre les hérétiques. Le 28 février 1227, le concile régional de Narbonne (canon 14) a "enjoint aux évêques d'instituer dans toutes les paroisses des témoins synodaux ou inquisiteurs de l'hérésie et autres crimes manifestes." En été, le château de Labécède-en-Lauragais (Aude), commandé par Oliver de Termes, était pris par Humbert de Beaujeu au nom du roi : le diacre hérétique Gérard de la Mole et se compagnons furent brûlés vifs. Réuni en automne 1229, le concile de Toulouse fixa la procédure de l’Inquisition : « Les évêques choisiront en chaque paroisse un prêtre et deux ou trois laïques de bonne réputation auxquels ils feront serment de rechercher exactement et fréquemment les hérétiques ... » ; les sentences seront prononcées par l’évêque : en cas d’hérésie sans repentir, ce sera le bûcher ; en cas de repentir, la prison à vie. L'inquisition papale : En février 1231, Grégoire IX confirma les décisions du concile de Toulouse de 1229 qui avait fixé la procédure de l’inquisition : la constitution Excommunicamus enleva aux évêques « trop timorés » la charge de veiller à l'orthodoxie des fidèles et mit les inquisiteurs sous la juridiction spécifique de la papauté. La prison perpétuelle devenait la pénitence salutaire infligée à l’hérétique repentant. L’hérétique obstiné devait recevoir le châtiment qu’il méritait (« animadversio debita ») avec l’abandon au juge séculier et la peine de mort par le feu. Ceux qui étaient en rapport avec les différentes sectes étaient frappés d’excommunication. Pour la première fois, un ensemble de mesures attribuait à une juridiction d’exception (Inquisitio hereticae pravitatis) le châtiment des ennemis de la foi : l’Inquisition était née. Grégoire IX munit l’inquisiteur allemand, Conrad de Marburg, de l’ordre de Prémontré, de pouvoirs très étendus pour poursuivre les hérétiques, et particulièrement la secte cathare extrémiste des lucifériens, qui s’adonnait à des pratiques proches de la sorcellerie. Avec ses auxiliaires Dorso et Jean, Conrad agit avec un tel fanatisme et d’une manière tellement illégale qu’il souleva le mécontentement d’un grand nombre d’habitants et fut massacré par des chevaliers dans le voisinage de Marburg. En 1232, une bulle de Grégoire IX, qui accusait de pratiques sacrilèges (sorcellerie, orgies, crucifixion des prêtres) les cathares du Nord, justifia une série de croisades contre les Stedinger du Bas-Weser. En 1233, par la bulle Ille humani generis, Grégoire IX installa l’Inquisition en Languedoc et deux tribunaux fixes furent mis en place à Carcassonne et à Toulouse, malgré des soulèvements populaires à Toulouse, Narbonne et Albi (1234-1235). Le 20 avril, Grégoire informa les archevêques et les autres prélats qu’il les soulageait d’une partie de leur fardeau en choisissant, pour combattre l’hérésie, les Frères prêcheurs. Le 22, le pape donna mandat au provincial des Frères Prêcheurs de Provence pour désigner des religieux chargés de la répression de l'hérésie. Peu après, les franciscains furent adjoints aux dominicains et leur juridiction s'étendit à la chrétienté toute entière. En juin, une deuxième croisade contre les Stedinger pénétra sur le territoire oriental, resté cependant à l’écart des luttes, et se livra à un massacre général (lors de l’attaque de la rive gauche, Oldenbourg, chef des croisés, fut tué avec deux cents de ses soldats). La même année, l’évêque cathare Vigoureux de Baconia était brûlé vif : il fut la première victime de l'Inquisition en France. L’action du frère prêcheur, Robert le Petit, dit le Bougre (« le Bulgare », parce ce qu’il avait été cathare), fut si brutale à La Charité-sur-Loire, cette-année-là, que le pape Grégoire suspendit ses pouvoirs dès février 1234 (rentré en grâce en août 1235, Robert reprit cependant son activité frénétique, jusqu’à sa condamnation à la prison à vie en 1239). En 1234, 210 cathares furent brûlés à Moissac par Pierre Seillan et Guillaume Arnaud. En 1235, ayant voulu faire déterrer du cloître Saint-Salvy les restes de chanoines convaincus d'hérésie pour les incinérer, l'Inquisition suscita une révolte à Albi. En novembre, les dominicains étaient expulsés de Toulouse. En 1236, la béguine Aleydis fut brûlée vive à Cambrai. « Cette année-là (1239, ndlr), le vendredi de la semaine avant la Pentecôte (13 mai, ndlr), fut fait un immense holocauste agréable au Seigneur en brûlant des "bougres" (hérétiques cathares, ndlr) ; 183 furent brûlés (par Robert le Bougre, inquisiteur général du royaume de France, ndlr) en présence du Roi de Navarre et des barons de Champagne au Mont-Aimé » 4. Dans la nuit du 28 au 29 mai 1242, veille de l’Ascension, dans le château d'Avignonet, des chevaliers cathares de Montségur, vinrent tuer à coups de lance, d'épée et de hache les membres du tribunal de l'Inquisition de Toulouse : les dominicains Guillaume Arnaud, Bernard de Roquefort et Garcia d’Aure, les franciscains Étienne de Saint-Thibéry et Raymond Carbonier, le chanoine Raymond de Cortisan, surnommé Escriban, archidiacre de Lezat et son clerc Bernard, le notaire Pierre d’Arnaud, les clercs Fortanier et Aymar, et le curé d’Avignonet dont on ignore le nom. Le dominicain Raimond de Pennafort (Aragon) rédigea, la même année, le plus ancien manuel d’inquisition. En 1243, le concile de Béziers décida d’en finir avec l’hérésie et les assassins de moines inquisiteurs. Le 14 mars 1244, Montségur, dernier foyer de résistance cathare, tomba. Le 16, plus de 200 cathares, qui refusaient d’abjurer, furent brûlés vifs. Mai à juillet 1246 : condamnations de cathares à Toulouse. Après Padern (1248) et Puilaurens (1250), les châteaux de Quéribus et de Niort-de-Sault se rendirent en 1255. Le 30 mai 1254, Innocent IV confia aux Frères mineurs la répression de l’hérésie dans toute l’Italie centrale et dans la partie orientale de la plaine du Pô ; les dominicains gardaient juridiction sur la Lombardie et la Marche de Gênes. Dans sa bulle du 11 juillet, Innocent IV ordonna que l'interrogatoire de l'accusé soit fait en présence de « boni viri » (prud’hommes qui formaient un jury et donnaient leur avis avant que soit prononcée la sentence), « parce que, disait-il, pour une accusation si grave, il fallait procéder avec les plus grandes précautions ». La présence dans les tribunaux de l'Inquisition de ces conseillers laïcs, habitués aux procédures, qui pouvaient s'opposer aux juges ecclésiastiques si ceux-ci s'écartaient trop du droit, assurait la quasi-publicité du procès. Avant que Boniface VIII (1294-1303) n’abrogeât cette disposition, les noms des accusateurs ou des témoins n'étaient pas communiqués aux accusés. Toutefois le juge devait communiquer le nom des dénonciateurs et des témoins à ses assistants qui devaient contrôler s'il y avait des abus, et au besoin pouvaient les dénoncer aux chefs religieux de l'Inquisiteur, aux évêques, voire même au pape. En 1261, Urbain IV ordonna que les « boni viri » eussent également ce pouvoir de contrôle. Les faux témoins lorsqu'ils étaient démasqués étaient traités avec une très grande sévérité. Ils faisaient généralement de la prison à vie... A la demande de Louis IX, Alexandre IV (1254-1261) établit des inquisiteurs en France. Thomas d'Aquin écrit dans sa Summa theologica (Somme théologique, 1265-1273) : " En ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer, une de leur côté, une autre du côté de l’Église. De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont mérité non seulement d’être séparés de l’Église par l’excommunication, mais aussi d’être retranchés du monde par la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l’âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu’ils sont convaincus d’hérésie, peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort. Du côté de l’Église, au contraire, il y a une miséricorde en vue de la conversion des égarés. C’est pourquoi elle ne condamne pas tout de suite, mais " après un premier et un second avertissement ", comme l’enseigne l’Apôtre (Paul, ndlr). Après cela, en revanche, s’il se trouve que l’hérétique s’obstine encore, l’Église n’espérant plus qu’il se convertisse pourvoit au salut des autres en le séparant d’elle par une sentence d’excommunication ; et ultérieurement elle l’abandonne au jugement séculier pour qu’il soit retranché du monde par la mort." (Summa Theologica, Secunda Secundae Pars, Question 11, l'Hérésie, article 3) " Or, si les hérétiques qui reviennent étaient toujours reçus de façon à demeurer en possession de la vie et des autres biens temporels, ce pourrait être au préjudice du salut des autres, parce que, s’ils retombaient, ils en gâteraient d’autres, et aussi parce que, s’ils échappaient sans châtiment, d’autres tomberaient dans l’hérésie, avec plus de sécurité. Il est dit en effet dans l’Ecclésiaste (8, 11) : " Parce que la sentence n’est pas vite portée contre le méchant, les enfants des hommes accomplissent le mal sans rien craindre. " C’est pourquoi ceux qui reviennent de l’hérésie pour la première fois, l’Église non seulement les admet à la pénitence mais aussi leur laisse la vie sauve ; et parfois, par indulgence, elle leur rend leurs dignités ecclésiastiques s’ils paraissent vraiment convertis. L’histoire nous apprend qu’elle l’a souvent fait pour le bien de la paix. Mais, quand ceux qu’on a accueillis retombent de nouveau, il semble que ce soit le signe de leur inconstance en matière de foi. C’est pourquoi, s’ils reviennent ultérieurement, ils sont bien admis à la pénitence, non pas cependant au point d’éviter la sentence de mort." (Summa Theologica, Secunda Secundae Pars, Question 11, l'Hérésie, article 4) Lorsque l’Inquisition arrêta, comme hérétique, Arnaud de Villeneuve (1235-1311), le plus célèbre des médecins de l’école de Montpellier, Boniface VIII (1294-1303) qu’il avait guéri d’une lithiase rénale, intervint pour lui épargner le bûcher : néanmoins, ses traités de théologie furent, après sa mort, brûlés en place publique. En 1270, un manuel d’Inquisition, la Summa de officio Inquisitionis, mentionnait les « augures et idolâtres » qui s’adonnent au « culte du démon ». Le 26 mars 1276, Charles d'Anjou ordonne la libération des juifs convertis relaps arrêtés par l’Inquisition en Provence. Benoît XI (1303-1304), sage et modéré, restreignit les pouvoirs de l’Inquisition. En 1305, Clément V proclama une croisade contre les apostolici (apostoliques) en Valsesia. En 1307, le Grand Maître Jacques de Molay et les chevaliers du Temple, accusés d’hérésie, d’idolâtrie, etc., comparurent devant le tribunal de l’Inquisition. Le château de Montcaillou fut détruit en 1308 : les cathares qui s’y trouvaient furent arrêtés et conduits à Carcassonne devant le tribunal de l’Inquisition. En 1310, à Toulouse, devant l'inquisiteur Bernard Gui, 18 personnes furent brûlées sur le bûcher, 65 furent emprisonnées à vie dont 3 avec des chaînes, tandis que 20 étaient condamnées à des pèlerinages vers des terres lointaines. Le concile de Vienne (16 octobre 1311 au 11 mai 1312) décréta : " 26. Le Siège apostolique a reçu de nombreuses plaintes disant que des inquisiteurs, envoyés par lui pour supprimer l'hérésie, avaient dépassé les limites du pouvoir qui leur avait été donné. Nous décrétons donc, pour la gloire de Dieu et la propagation de la foi que cette oeuvre doit être menée conjointement par les évêques locaux et par les inquisiteurs agréés par le Siège apostolique. Nous décrétons que l'évêque diocésain et l'inquisiteur peuvent agir indépendamment d'un de l'autre. Mais l'évêque sans l'inquisiteur ou l'inquisiteur sans l'évêque ne peuvent emprisonner, soumettre à la torture ou porter une condamnation, à moins qu'ils ne puissent se joindre en moins de huit jours. Nous décrétons également que dans les prisons où seront mis les hérétiques, il y ait deux gardes principaux, discrets, diligents et dignes de foi, l'un agréé et appointé par l'évêque, l'autre par l'inquisiteur. Chaque cellule de la prison aura deux clefs différentes, une gardée par chacun des gardes. Les gardes avant d'assurer leur service devront, en présence de l'évêque et de l'inquisiteur, prêter serment sur les saints évangiles en les touchant, qu'ils mettront toute leur diligence et leur attention dans leur devoir de garder ceux qui seront placés sous leur surveillance. Un garde ne dira rien en secret à un prisonnier que l'autre garde ne puisse entendre. Nous ordonnons aux évêques et aux inquisiteurs, en vertu de la sainte obéissance au risque de l'éternelle damnation, d'agir promptement et discrètement contre ceux qui sont suspectés d'hérésie et de ne pas imputer de façon maligne un crime si grave à des innocents. 27. Nous décrétons, avec l'approbation du saint Concile, qu'on ne peut confier l'office d'inquisiteur à une personne de moins de quarante ans. Nous enjoignons les commissaires des inquisiteurs ou des évêques de ne pas extorquer d'argent ou des dons illicites sous prétexte des travaux de l'inquisition, ou tenter de s'approprier les propriétés des églises, en garantie de la faute du clergé, même sur le trésor de l'église. Si quelqu'un apprend quelque chose de ce genre et peut le prouver, il doit honnêtement le rapporter au supérieur des inquisiteurs et des commissaires, et ceux-ci seront obligés d'enlever l'office à ceux qui seront trouvés coupables et de les punir de la façon convenable." En 1320, mourut en détention le franciscain Bernard Délicieux (Deliciosi) qui défendit les albigeois contre l’Inquisition à Carcassonne et qu'on accusa également d’avoir empoisonné le pape Benoît XI dont il avait annoncé la mort. Par la décrétale Cum Matthaeus, Jean XXII restreignit, en 1321, les pouvoirs des inquisiteurs. À Carcassonne, en 1330, l’inquisiteur Henri de Chamay fut obligé de renoncer à des procès posthumes. En 1336, à Erfurt, le bégard Constantin fut exécuté pour avoir soutenu qu’à l’égal du Christ il était le fils de Dieu, que Augustin, les docteurs de l’Église, le pape et les clercs trompaient les hommes, et que les sacrements n’étaient qu’une fiction entretenue par les prêtres pour satisfaire leur cupidité. En 1337, Guillaume d’Occam (Dialogus), excommunié et menacé d’arrestation, dut quitter Paris et s’enfuir à Pise. La même année, on brûla le « spirituel franciscain » Francesco de Pistoia à Venise. En 1340, à Aurillac, Jean de Roquetaillade, en raison de ses sympathies pour les fraticelles (franciscains hérétiques), fit l’objet d’une première mise en garde de l’Inquisition. Auteur du traité De la quintessence, Jean de Roquetaillade, naquit en Catalogne et fit ses études à Toulouse où il s’initia aux travaux de l’alchimiste Arnaud de Villeneuve. Prédicateur et missionnaire franciscain spirituel, alchimiste, prophète, il parcourut l’Europe, prêchant jusqu’à Moscou. Hostile à la corruption de l’Église et à la politique du pape Jean XXII, il proclama que Rome serait dépouillée du superflu dont elle a abusé. Arrêté à Avignon en 1349, il n’échappa au bûcher que grâce à une habile défense. Jeté en prison, il fut libéré après une longue détention. 1402-1403 : à Lübeck et à Wismar, l’inquisiteur Schoneveld envoya au bûcher, deux apostoliques (adeptes d’un mouvement prônant le retour à l’Eglise primitive) dont les propos mêlaient dolcinisme et Libre-Esprit. Le 20 décembre 1409, le pape Alexandre V demanda à l’archevêque de Prague d’arrêter par tous les moyens l’hérésie en Bohême. En 1411, à Carcassonne, les décisions prises par l’inquisiteur Pierre de Marvejols furent remises en cause par la papauté. Jan Hus, réformateur tchèque, enseigna la théologie à Prague et critiqua les abus du clergé de son temps. Auteur de De corpore Christi, de pure doctrine catholique, on le chassa pourtant de l'Université en 1410 puis on l'excommunia lorsqu'il s'éleva contre la décapitation de trois de ses partisans qu'il considérait et honorait comme martyrs. Jan Hus poursuivit son enseignement jusqu'en 1414 où il fut emprisonné et accusé d'hérésie. Le concile de Constance condamna Jan Hus, son disciple Jérôme de Prague et John Wyclif (à titre posthume) comme hérétiques. Jan Hus fut brûlé vif à Constance le 6 juillet 1415. En 1416, ce fut le tour de Jérôme. Le cadavre de Wyclif fut exhumé et brûlé en 1428 et on jeta ses cendres dans la Swift. Le tribunal de l’Inquisition siégeant à Rouen entre le 9 janvier et le 30 mai 1431, jugea Jeanne d’Arc sans qu'elle fût assistée d'un avocat et sans tenir compte de son appel au pape, la condamna comme relapse et la livra au bras séculier qui la fit brûler vive. Le 7 juillet 1438, par la Pragmatique sanction de Bourges, Charles VII supprima l'inquisition en France. En 1452, Jacques de la Marche publia son Dialogus contra fraticellos. Il réussit, avec l’aide de Jean de Capistran, à extirper l’hérésie (que Jean XXII appelait le « fléau pestilentiel du fraticellianisme ») par une série de procès d’extermination. Les inquisiteurs, qui furent l’objet de tentatives d’assassinat, ne vinrent à bout des fraticelles de Maiolati (1449) que par une politique de terreur et de calomnies. Rééditant l’accusation de débauche adressée jadis aux vaudois, l’enquête leur attribuait le rite particulier du « barilotto », où les enfants, nés des orgies collectives qui clôturent leurs assemblées, sont mis à mort et réduits en cendres que l’on mêle à du vin. Dénoncé, le franciscain Bernard Tremosii était arrêté à Lyon en 1458. L'inquisition espagnole : En 1478, Sixte IV, dans sa bulle Exigit sincerae devotionis, autorisa officiellement l’Inquisition espagnole demandée par Ferdinand V et Isabelle : « Nous apprenons que dans différentes cités de vos royaumes d'Espagne, nombre de ceux qui, de leur propre gré, avaient été régénérés en Jésus-Christ par les eaux sacrées du baptême sont retournés secrètement à l'observation des lois et coutumes religieuses de la superstition juive... encourant les pénalités prononcées contre les fauteurs de l'hérésie, par les constitutions du pape Boniface VIII. En raison des crimes de ces hommes, et de la tolérance du Saint-Siège à leur égard, la guerre civile, l'homicide et des maux innombrables affligent vos royaumes... Nous désirons donc faire droit à votre pétition et appliquer les remèdes propres à soulager les maux que vous nous signalez. Nous vous autorisons à désigner trois, ou au moins deux évêques, ou hommes éprouvés, qui soient prêtres séculiers, religieux d'ordre mendiant ou non mendiant, âgés de quarante ans au moins, de haute conscience et de vie exemplaire, maîtres ou bacheliers en théologie, ou docteurs et licenciés en droit canon, soigneusement examinés et choisis, craignant Dieu, et que vous jugerez dignes d'être nommés pour le temps présent, dans chaque cité ou diocèse des dits royaumes, selon les besoins... En outre, nous accordons à ces hommes à l'égard de tous ceux accusés de crime contre la foi, et de ceux qui les aident et les favorisent, les droits particuliers et juridictions tels que la loi et la coutume les attribuent aux ordinaires et aux inquisiteurs de l’Hérésie ». En 1480, Sixte IV permit à Ferdinand et à Isabelle d’Aragon de nommer des inquisiteurs ; la sainte Inquisition s’installa à Séville (expulsion ou conversion forcée des juifs et des Maures, condamnations pour hérésie). La foi des « nouveaux chrétiens » étant suspecte, l’Inquisition exerça une surveillance rigoureuse sur les morisques (Maures convertis) et davantage encore sur les marranes (Juifs convertis suspects de « judaïser » en secret). Parmi eux se recruta la majeure partie de ceux qui comparaissaient dans les autodafés organisés à partir de 1481. Au début de la cérémonie solennelle de l’autodafé (acte de foi : actus fidei), les assistants (et même le roi, s’il était présent) prêtaient serment de fidélité au Saint-Office. Les condamnés impénitents et les relaps étaient remis au bras séculier, l’exécution par le feu ayant lieu ensuite en un autre endroit ; ceux qui adjuraient leurs erreurs étaient « réconciliés » et condamnés à des peines pouvant aller de la simple pénitence ecclésiastique et du port du « san benito » (casaque jaune croisée de rouge) à la prison perpétuelle. Le 17 octobre 1483, Tomás de Torquemada (1420-1498), frère prêcheur et confesseur de la reine Isabelle de Castille et du roi Ferdinand d’Aragon, était nommé inquisiteur général en Castille, Léon et Aragon par le pape (sa juridiction fut étendue à la Catalogne en 1486). Torquemada entra en même temps dans le Conseil du roi. La même année, Ferdinand II, roi de Sicile et d'Aragon, institua le "Conseil de l'Inquisition Suprême et Générale" ou "Conseil Royal de l'Inquisition" (la Suprema) dont le Grand Inquisiteur ou Inquisiteur Général, nommé par le roi, était président de droit ; bien que sous l'autorité théorique des monarques espagnols, le Grand Inquisiteur, en tant que représentant du pape, avait la haute main sur l'ensemble des tribunaux inquisitoriaux et pouvait nommer, avec l'approbation du roi, des inquisiteurs de son choix, responsables devant lui. Les tribunaux d'inquisition espagnols étaient à la fois des tribunaux d'Eglise et des tribunaux royaux (séculiers). La fonction de Grand Inquisiteur était la seule fonction publique dont l'autorité s'étendait à tous les royaumes composant l'Espagne, constituant ainsi un relais utile pour le pouvoir des souverains 1. Torquemada réorganisa l’Inquisition, avec quatre tribunaux importants et une Cour d’appel, où il siégeait. Il se montra si impitoyable qu’il suscita la réprobation de Sixte IV. Le 29 octobre 1484, avec l'accord des souverains, Tomas Torquemada fit paraître un Code spécial, à l’usage des tribunaux de l’Inquisition en Espagne, pour agir contre les juifs, les morisques, les hérétiques et les gens coupables de sorcellerie, de bigamie, d’usure, etc. Un nombre impressionnant de suspects furent poursuivis, parmi lesquels plus de 2 000 furent exécutés. Torquemada fut l’un de ceux qui conseillaient à Ferdinand et à Isabelle d’expulser les morisques de leurs États, ce qui fut fait en 1492. A la parution du décret du 30 mars 1492, les Juifs durent choisir entre le baptême et l’exil. A partir de 1501, la même mesure fut appliquée aux Maures. En 1494, âgé et malade, Torquemada se retira à Ávila, où il mourut. Contre les illuminés (« les alumbrados » qui voyaient dans l’amour charnel la réalisation de l’amour divin) et les érasmiens, l’Inquisition engagea, après 1525, des poursuites qui aboutirent généralement à des condamnations modérées. Lorsque, au début du règne de Philippe II, furent découverts, à Séville et Valladolid, des noyaux protestants, la réaction fut brutale : les autodafés organisés dans les deux villes en 1559 et 1560 firent périr plusieurs dizaines de personnes, tandis que l’archevêque de Tolède était lui-même emprisonné comme suspect d’hérésie. Sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, à cause de leur pensée trop mystique, furent inquiétés ; surtout Jean de la Croix qui fut privé de toute charge et envoyé dans le lointain monastère de la Peñuela, en pleine montagne. L’Inquisition espagnole ne sera officiellement abolie qu’en 1834 par le gouvernement de la régente Marie-Christine. La chasse aux sorcières en Allemagne : Le 5 décembre 1484, Innocent VIII, par la bulle Summis desiderantes affectibus, étendit les pouvoirs des deux inquisiteurs de Cologne, les dominicains Henri « Institoris » (Heinrich Kramer de Sélestat) et Jakob Sprenger, officiant dans la Germanie supérieure entre Cologne et Mayence, et en butte à la mauvaise volonté des autorités locales. La bulle ordonnait de pourchasser les coupables de sorcellerie, jeteurs de sorts et magiciens, et énumérait une longue liste de leurs crimes : « en certaines régions de la Germanie supérieure comme dans les provinces, cités et territoires de Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême, maintes personne de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes au démons, succubes et incubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et des sortilèges, par leurs excès, crimes et délits, elles font périr et détruisent les enfants des femmes, les petits des animaux, les moissons de la terre, les raisins des vignes, les vergers, les prairies, les pâturages, les blés, les grains, les légumes. Elles affligent et torturent les hommes, les femmes, les bêtes de somme, le gros et le petit bétail, tous les animaux par des douleurs et des tourments internes et externes. Elles empêchent les hommes de féconder, les femmes de concevoir, les époux de rendre à leurs épouses et les épouses de rendre à leurs époux les devoirs conjugaux. Et la foi elle-même, qu’elles ont reçue en recevant le saint baptême, elles la renient d’une bouche sacrilège. Elles ne craignent pas de commettre [...] d’autres crimes et excès infâmes, à l’instigation de l’Ennemi du genre humain, au péril de leurs âmes, en offense à la majesté Divine, en exemple pernicieux et au scandale de la plupart des gens » Les chasseurs de sorcières eurent les pleins pouvoirs : celles qui ne mouraient pas sous la torture, étaient noyées lors du « jugement de Dieu » ou brûlées sur le bûcher. En 1486, les dominicains Heinrich Kramer, de Sélestat, dit Institoris, et Jakob Spenger, publièrent à Strasbourg, avec l’approbation du pape, un traité de démonologie, le Malleus maleficarum (le Marteau des Sorcières ... pour les écraser). Le 30 septembre 1486, le pape Innocent VIII ordonna à l'évêque de Brescia d'enjoindre aux tribunaux séculiers de Lombardie d'exécuter les jugements de l'inquisition "sans appel, et sans les revoir nullement, dans le terme de 6 jours après qu'ils en auront été légitimement requis, sous peine d'excommunication." En 1487, Innocent VIII lança contre les vaudois (qui prêchaient la pauvreté) une croisade en Dauphiné et en Savoie. En 1494, le Repertorium inquisitorum reprit l’essentiel du Directorium d’Eymerich. Le 19 mai 1498 s’ouvrit le procès du dominicain Jérôme Savonarole qui prêchait contre une société dégénérée recherchant le profit, le luxe et la gloire, et qui dénonçait les dépravations dont souffrait l’Église (d’abord excommunié par Alexandre VI le 12 mai 1497 puis condamné au bannissement, il avait été arrêté à la suite d’un mouvement populaire suscité par l’aristocratie florentine). Le tribunal, composé de 18 membres, était présidé par le maître général des dominicains et un nonce apostolique. Torturé, Savonarole avoua tout ce qu’on voulut. Le 23 mai, Savonarole était déclaré hérétique et schismatique et condamné à mort avec deux disciples : on les pendit sur-le-champ, leurs corps furent brûlés en public et leurs cendres jetées dans l’Arno. En 1499, à Cordoue, 107 hérétiques furent livrés au bûcher en une seule fois En 1509, le Grand Conseil du Parlement de Grenoble cassa des sentences de l’Inquisition. Le 1er juillet 1523, à Bruxelles, Henri Voes et Jean Van Essem, moines augustins partisans de Luther, condamnés à mort par l’Inquisition, furent brûlés vifs. Un autre moine augustin, Jean Vallière, subit le même sort à Paris la même année. Jean III du Portugal créa, à partir de 1536, une Inquisition d’État chargée de poursuivre les hérétiques. Le 21 juillet 1542, par la bulle Licet ab initio, Paul III (sous l’impulsion du cardinal Carafa) créa la Congrégation de la Sainte, Romaine et Universelle Inquisition ; six cardinaux dont l’impitoyable Carafa (futur Paul IV) furent nommés inquisiteurs généraux. En 1547, Paul III accorda un tribunal de l’Inquisition au roi du Portugal Jean III (en 1750, Carvalho e Melo, marquis de Pombal, premier ministre, interdira les autodafés et retirera tous droits à l’Inquisition). En 1555, Paul IV, inquisiteur suprême, relança l’Inquisition. En Janvier 1559, à la demande de l'Inquisition, il publia l’Index librorum prohibitorum qui recensait les livres interdits ; l'Index fut confirmé en 1564 et la Congrégation de l'Index fut instituée en 1571. En 1570, Pie V décida de soustraire les Amérindiens à la juridiction de l'Inquisition. En 1599, dans Six livres de discussions magiques, le jésuite Martin Del Rio affirma qu’en matière de sorcellerie, tous les témoignages sont acceptables pour soumettre un suspect à la torture. A Rome, le 17 février 1600, Giordano Bruno, d’inspiration néo-platonicienne et panthéiste, qui soutenait l’héliocentrisme de Copernic et pour lequel « l'infini recèle une pluralité de mondes », condamné à mort par le Tribunal de l’Inquisition, fut brûlé vif après qu’on lui eut arraché la langue pour les « affreuses paroles qu’il avait proférées ». Ceux qui assistaient à l’exécution bénéficièrent d’indulgences. En 1631, un jésuite allemand, Friedrich Spee von Langenfeld (1591-1635) publia anonymement sa Cautio Criminalis dans laquelle il dénonçait les procès en sorcellerie illégitimes et inhumains, la torture brutale et l’extermination systématique d’innocents : des malheureuses, qui n'ont de sorcières que le nom, sont arrêtées, emprisonnées, torturées et condamnées au bûcher que pour avoir été accusées par d'autres inculpés eux-mêmes soumis à d'effroyables tortures. Quand il publia en 1632 une seconde version plus critique que la première, il perdit la protection de la Compagnie de Jésus qu’il dut quitter. L'affaire Galilée : En février 1632, parut le Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, tolemaico e copernicano (Dialogue sur les deux grands systèmes du monde) de Galilée (Galileo Galilei), ouvrage dans lequel Urbain VIII croira se reconnaître sous les traits de Simplicio, l’aristotélicien trop soucieux de défendre la tradition. Urbain VIII confia à Niccolini, ambassadeur de Toscane au Vatican et protecteur de Galilée : « Je l’ai traité mieux qu’il ne m’a traité, car il m’a trompé ». Début août, l'ouvrage était soumis à une commission extraordinaire. En octobre, Galilée fut convoqué devant la sainte Inquisition pour répondre de son livre sous l’accusation de « sérieuse suspicion d'hérésie ». Cette charge reposait sur un monitum (avertissement) selon lequel il avait été ordonné personnellement à Galilée, en 1616, d'abandonner ses théories et de ne plus les exposer ni enseigner de quelque manière que ce soit. Le pape Urbain VIII, influencé par les dominicains, ces chiens de garde (Domini canes) comme ils se nomment eux-mêmes par jeu de mots, avait cru que Galilée se moquait de lui et il s’était emporté contre son ami le savant. Le 13 février 1633, Galilée arriva à Rome où, invoquant la maladie et des empêchements, il parvint à retarder sa comparution devant l’Inquisition jusqu’au 12 avril. Le 22 juin 1633, au terme de son procès commencé le 12 avril, Galilée fut jugé pour avoir « transgressé le monitum de 1616 » (avertissement par lequel il s’était engagé à abandonner entièrement l'opinion sur le soleil centre du monde et immobile, et, en ce qui concerne le mouvement de la Terre, de ne plus l'exposer, ni l'enseigner, ni le défendre en quelque manière que ce soit) « et obtenu l’imprimatur par tromperie » (Mgr Riccardi, chargé d’examiner le Dialogue des grands systèmes, n’a eu connaissance que de la préface et de la conclusion habilement rédigées). Galilée présenta un certificat signé par feu le cardinal Bellarmin stipulant qu'il n'était plus soumis à aucune restriction autre que celle appliquée à tout catholique romain. Galilée fut condamné à la récitation des 7 psaumes de la pénitence quotidiennement pendant trois ans (les psaumes furent récités par sa fille religieuse carmélite), à l’abjuration du système héliocentrique de Copernic (il se rétracta à genoux et signa son abjuration) et à la détention pour une durée "limitée au gré du Saint-Office". Le pape l'assigna à résidence au palais de l'ambassadeur du duc de Toscane. Il l'autorisa ensuite, le 30 juin, à se rendre à Sienne au palais de son ami l'archevêque Piccolomini, puis, il lui permit, en décembre, de demeurer jusqu’à la fin de sa vie dans sa villa d’Arcetri, près de Florence. Le Dialogue fut interdit et mis à l’index le 23 août 1634. De 1634 à 1642, Galilée écrivit beaucoup de lettres et un livre : Dialogues sur la science nouvelle. Il reçut de nombreux savants dont le mathématicien Viviani qui édita ses oeuvres complètes. Son élève Torricelli vint s'installer près de chez lui. Galilée mourut le 8 janvier 1642 ; l’Eglise interdit des funérailles publiques. Le 31 octobre 1992, lors de son discours aux participants à la session plénière de l’Académie pontificale des sciences, le pape Jean-Paul II "réhabilita" moralement Galilée, qualifiant Galilée de « physicien de génie » et de « croyant sincère », évoquant « une tragique et réciproque incompréhension » et une « bonne foi » de tous les acteurs du procès « en l’absence de documents extraprocessuels contraires » ; le pape cita le cardinal Poupard, président de la commission d’étude du cas Galilée, qui avait déclaré : « Il nous faut reconnaître loyalement les torts causés ». En 2009, le Vatican s'associa à l’Année mondiale de l’astronomie à l’occasion du 4e centenaire de la première utilisation de la lunette astronomique de Galilée. Du 27 mai 1674 au 22 août 1681, l’inquisition fut suspendue au Portugal par le pape Clément X suite à l’intervention du jésuite Antonio Vieira. Clément XIV (1769-1744), hostile à la philosophie des lumières, réactiva l’Inquisition. Le 16 avril 1791, le comte de Cagliostro (Joseph Balsamo), franc-maçon (fondateur du Rite de Misraïm en 1788), alchimiste, spirite, médium et hypnotiseur, fut condamné par l’Inquisition romaine à la prison perpétuelle pour sacrilège, hérésie, démonisme et complot. Il mourut le 28 août 1795 dans la forteresse Saint-Léon ; certains prétendent qu’il fut étranglé sur ordre du pape Pie VI. Le 7 mars 1820, le soulèvement, lancé par le colonel Riego à Cadix le 1er janvier, contraignit le roi d’Espagne, Ferdinand VII, à adopter un régime constitutionnel et à abolir l’Inquisition (elle ne sera définitivement abolie qu’en 1834 par sa veuve, la régente Marie-Christine). En février 1821, le conseil du roi du Portugal, Jean VI, décréta la suppression du Tribunal de l’Inquisition. En 1908, la Congrégation de la Sainte Inquisition devint la Congrégation du Saint-Office (Sanctum Officium). En 1917, le Saint-Office interdit le spiritisme : « Le 24 avril 1917, en séance plénière, aux Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux, Inquisiteurs généraux de la Foi et des Mœurs, on a demandé : « S'il était permis, par médium, comme on les appelle, ou sans médium, en usant ou non d'hypnotisme, d'assister à quelque manifestation spirite que ce soit, même présentant un aspect d'honnêteté ou de piété, soit en interrogeant les âmes ou esprits, soit en écoutant les réponses, soit comme observateurs, même avec l'affirmation, tacite ou exprimée, de ne vouloir aucun commerce avec les esprits malins ». Les Eminentissimes et Révérendissimes Pères ont répondu NON, sur tous les points. Le 26 du même mois, S.S. Benoît XV a approuvé la résolution des Eminents Pères qui lui avait été soumise ». En 1965, la Congrégation du Saint-Office fut rebaptisée Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi par Paul VI. Le 11 septembre 2011, le P. Federico Lombardi, directeur du bureau de presse du Saint-Siège, déclara sur Radio-Vatican, à l’occasion du dixième anniversaire de l’attentat du 11 septembre à New York : "Si nous voulons construire la paix en notre humanité, nous devons réussir à tenir un discours où la dimension religieuse devient une force active en faveur de la paix. Il s’agit de parler de Dieu de façon à ne pas alimenter le fanatisme [...] D'où la relation souvent exprimée par Benoît XVI entre foi et raison. Notre engagement consiste à réussir à évoquer Dieu en termes de référence commune pour la famille humaine, de valeurs humaines partagées, de fondement à la paix, de respect et d’amour, et non comme un élément de fanatisme et de haine." 5 La procédure inquisitoriale se composait de six parties : le temps de grâce, l'appel et la déposition des témoins, l'interrogatoire des accusés, la sentence de réconciliation des hérétiques repentants et de condamnation des entêtés, et enfin l'exécution de la sentence. Tout d'abord, lorsqu'une hérésie se déclarait dans une région l'inquisiteur s'y rendait avec le personnel de son tribunal. Ensuite, il visitait les autorités civiles pour s'assurer de leur protection et de leur concours (sous peine de sanction). Puis, l'inquisiteur promulguait deux édits : l'édit de foi qui ordonnait sous peine d'excommunication de dénoncer les hérétiques et leurs complices, et l'édit de grâce qui donnait un délai de 15 à 30 jours aux hérétiques pour obtenir le pardon s'ils se dénonçaient eux-mêmes spontanément. Parmi les gens recherchés, il y avait les hérétiques (les chefs des sectes), les croyants (les fidèles des assemblées hérétiques), les suspects (ceux qui avaient témoigné du zèle pour les hérétiques), les celatores (ceux qui s'étaient engagés à ne pas dénoncer les hérétiques), les receptores (ceux qui avaient au moins deux fois hébergé des hérétiques pour les protéger, eux ou leur réunion), les defensores (ceux qui avaient pris la défense des hérétiques en parole ou en acte contre l'Inquisition), les relaps (ceux qui après avoir abjuré retombaient dans l'erreur). Le suspect, interrogé par l’inquisiteur ou un de ses collaborateurs, devait s’engager par serment à révéler tout ce qu’il savait sur l’hérésie. Un notaire, en présence de témoins, recueillait les éléments de l’interrogatoire, mais en retenant seulement la substance des réponses, ce qui paraissait exprimer le mieux la vérité. Toujours rédigé en latin, le texte, traduit en langue vulgaire, était ensuite lu à l’accusé qui devait s’en remettre à la volonté des inquisiteurs. Pour faire avouer les récalcitrants, de nombreux moyens de contrainte pouvaient être employés, en dehors même de la torture, considérée comme licite après le milieu du XIIIe siècle : convocations nombreuses, incarcération plus ou moins confortable, recours à des délateurs. À défaut d’aveux, la preuve de l’hérésie était administrée par des témoins. Les Inquisiteurs, choisis avec précaution, étaient, du fait de leur appartenance à des ordres religieux, sous la surveillance de leur supérieur et devaient avoir un minimum de 40 ans. De plus, les membres qui composaient les tribunaux se devaient les uns les autres la correction fraternelle, afin de limiter tout abus. Contre celui qui ne tenait pas compte des observations qui lui étaient faites, les membres des tribunaux pouvaient faire appel au pape. Le dominicain Bernard Gui (inquisiteur de 1307 à 1323), dans son Manuel « Practica Inquisitionis haereticae pravitatis » (1324), nous montre le modèle de l'inquisiteur : « Parmi les difficultés et les incidents contraires, il doit rester calme, ne jamais céder à la colère et à l'indignation. Il doit être intrépide, braver le danger jusqu'à la mort ; mais, tout en ne reculant pas devant le péril, ne point le précipiter par une audace irréfléchie. Il doit être insensible aux prières et aux avances de ceux qui essaient de le gagner ; cependant, il ne doit pas endurcir son cœur au point de refuser des délais ou des adoucissements de peines, suivant les circonstances et les lieux... Dans les questions douteuses, il doit être circonspect, ne pas donner facilement créance à ce qui paraît probable et souvent n'est pas vrai ; car ce qui paraît improbable finit souvent par être la vérité. Il doit écouter, discuter et examiner avec tout son zèle, afin d'arriver patiemment à la lumière. Que l'amour de la vérité et la pitié, qui doivent toujours résider dans le cœur d 'un juge, brillent dans ses regards afin que ses décisions ne puissent jamais paraître dictées par la convoitise et la cruauté ». En 17 ans de « carrière », Bernard Gui (ou Guidonis +1331) prononça 930 jugements dont 42 condamnations à mort et commua environ deux peines sur cinq. On lit dans le manuel de Bernard Gui que les accusés étaient privés d'avocat. On trouve cependant des exemples de procès où des avocats ont pu plaider la cause de l'accusé. Contredisant Bernard Gui, Nicolas Eymeric écrivit dans son Manuel de l'Inquisition « qu’on ne doit pas enlever aux accusés les défenses de droit mais leur accorder un avocat ». "Une décrétale d'Innocent III (pape de 1198 à 1216), incorporée dans le droit canonique, avait interdit aux avocats et aux greffiers de prêter leur concours à des hérétiques [...] ainsi que de plaider pour eux devant les tribunaux. Cette interdiction qui, dans l'esprit du pape, ne concernait sans doute que les hérétiques endurcis et reconnus tels, fut bientôt étendue aux simples suspects qui luttaient pour établir leur innocence [...] on peut douter qu'un avocat quelconque soit jamais intervenu devant le tribunal inquisitorial. La terreur qu'il inspirait est clairement attestée [...]". 2 Le dominicain Nicolau Eymerich, inquisiteur général de Catalogne pendant 40 ans, fit paraître, en 1376, à la cour papale d’Avignon où il exerçait les fonctions de chapelain de Grégoire XI, un Manuel des inquisiteurs (Directorium inquisitorum). "[...] comme les défenses de l'accusé semblent être de droit naturel, on doit encore laisser au criminel la liberté d'employer celles qui sont légitimes et de droit. Les principales sont l'intervention d'un avocat que l'accusé puisse consulter ; la récusation des témoins, lorsqu'il parvient à deviner qui sont ceux qui ont déposé contre lui ; la récusation de l'inquisiteur et l'appel. On ne donne d'avocat à l'accusé que lorsqu'il nie les crimes dont on l'accuse, et cela après avoir été averti par trois fois de confesser la vérité. L'avocat doit être plein de probité, savant et zélateur de la foi. Il est nommé par l'inquisiteur [...]" 3 Le Manuel des inquisiteurs (Directorium inquisitorum), réédité cinq fois par Rome entre 1578 et 1607, décrit soigneusement les procédures et les techniques d'interrogatoire : « Lorsque l'inquisiteur a affaire à un hérétique retors, audacieux, rusé, qui élude les questions et tergiverse, il doit lui rendre la pareille et user de ruse afin d'acculer l'hérétique à dévoiler ses erreurs [...] Et lorsque l'accusé sera face à l'accusateur et que celui-ci s'apercevra que l'accusé ne veut toujours pas avouer, l'inquisiteur lui parlera calmement. Il lui tiendra ce type de langage : "Tu vois, j'ai pitié de toi. On a abusé de ta simplicité, et tu vas perdre ton âme à cause de la bestialité d'un autre. Bien sûr, tu es un peu coupable! Mais ceux qui t'ont égaré le sont bien davantage !"[...] Si l'hérétique s'en tient à ses dénégations, l'inquisiteur feindra d'avoir à partir pour longtemps, et il dira à peu près : "Vois-tu, j'ai pitié de toi [...] Tu ne veux pas avouer, et voilà que tu m'obliges ainsi à te garder en prison jusqu'à mon retour... Ça me fait de la peine, tu sais, car je ne sais pas quand je reviendrai."» Le défaut d'informations préalables, le secret de quelques interrogatoires et l'absence de défenseurs, relevés comme autant de vices de forme par quelques historiens, étaient autant de points réglés par les seize décrets du concile de Toulouse de 1229 et le code inquisitorial. Suivant une décrétale, en matière de foi, la procédure devait s'effectuer « d'une manière simplifiée et directe, sans vacarme d'avocats ni figure de jugement ». Le secret de quelques interrogatoires n'était pas non plus un vice de forme, puisque, d'après le code inquisitorial, toute la procédure pouvait être secrète, et quant au défaut d'informations, les juges étaient dispensés d'informer toutes les fois qu'il y avait notoriété, cri public. Bernard Gui ne mentionne que très rapidement la torture dans son Manuel. Quant à Nicolas Eymeric, il estime que celle-ci est trompeuse et inefficace. Les procès verbaux du Midi de la France où l'Inquisition eut une grande activité ne la mentionnent que rarement. Il en est de même de l'Inquisition de Provence et du nord de la France. La torture était utilisée dans une certaine mesure et dans certaines conditions. Elle ne devait ni provoquer la perte d'un membre, ni entraîner la mort de l'accusé. Les manuels d'Inquisition précisent que la « question » ne devait être infligée que dans des cas graves, lorsque les préventions de culpabilité étaient fort sérieuses et quand tous les autres moyens d'investigation étaient épuisés. L'Inquisition n'a pas inventé la torture : elle existait déjà dans les procédures laïques. L'Eglise exprima pendant longtemps son hostilité vis-à-vis de l'utilisation de la torture par les tribunaux laïcs. Nicolas I (800-867) fit part de son désaccord en déclarant que ce moyen d'enquête « n'était admis ni par les lois humaines, ni par les lois divines ; car l’aveu doit être spontané ». Au XIIIe siècle, la justice séculaire rétablit cette pratique. L'Inquisition l'adopta aussi. Le 15 mai 1252, Innocent IV l’autorisa pour provoquer des « aveux spontanés » (bulle Ad extirpenda). Les papes Alexandre IV (+1261) et Urbain IV (+1264) firent de même. Clément V, en 1312, au concile de Vienne, promulgua, les constitutions Multorum querela et Nolentes qui exigeaient la collaboration des inquisiteurs et des évêques pour tous les actes importants de la procédure ainsi que pour la mise à la torture, la promulgation des sentences et la gestion des prisons. En 1662, sous le pontificat d'Alexandre VII, une Instructio du Vatican dénia force de preuve aux aveux arrachés sous la torture. Les débats étant terminés, la défense ayant dit son dernier mot, il n'y avait plus qu'à prononcer la sentence. Pour ce faire l'inquisiteur prenait avis de ses associés, ainsi que des « boni viri ». La sentence était proclamée lors d'une assemblée solennelle et publique que l'on appelait sermo generalis ou auto da fe (dans la péninsule ibérique). Là, on y réfutait l'hérésie, on prêchait sur la foi et sur le grave danger de l'erreur. Les hérétiques qui avaient accompli leur pénitence ou en avaient obtenu remise étaient rendus à la liberté. Ceux qui venaient d'être condamnés à ces mêmes pénitences les entendaient proclamer, puis ils abjuraient. Les sentences qui comportaient des peines afflictives étaient lues avant que les hérétiques soient livrés à l'autorité civile, c'est-à-dire condamnés à payer des amendes, à faire de la prison ou à être mis à mort. On alla jusqu’à condamner des hérétiques défunts : les cadavres étaient exhumés et jugés puis on les traînait dans les rues avant de les brûler. La peine du feu n'est pas d'origine inquisitoriale. On entend souvent dire qu'elle était utilisée par superstition pour chasser l'hérésie, c'est faux : le bûcher servait déjà à la justice laïque. L'Eglise interdisait formellement que le condamné subît des supplices accessoires comme la dislocation, l'application de fers rouges ou la mutilation d'un membre avant son arrivée sur le bûcher. Comme le rôle de l'Inquisition était surtout de remettre les égarés dans le droit chemin, les inquisiteurs préféraient les peines canoniques aux peines civiles. Ces peines canoniques étaient les seules infligées à ceux qui avaient comparu pendant le temps de grâce. On comptait parmi elles : l’assistance à la messe paroissiale, la fustigation au cours de la messe, les visites aux églises, les pèlerinages, les prières, les jours de jeûne, l’entretien d’un pauvre, le port d'un vêtement de pénitent ou le port de la croix d’infamie sur les vêtements, les dons en numéraire aux églises (pour l'achat d'un calice par exemple)… Ceux qui s'étaient rendus coupables de fausses accusations étaient marqués par deux bandes d'étoffe rouge cousues sur l'extérieur de leur vêtement. Les juges de l'Inquisition pouvaient accorder des dispenses aux prisonniers, commuer leurs peines ou les atténuer. L’Eglise catholique déclara en 1968 que Galilée n'aurait pas dû comparaître devant le tribunal de l’Inquisition. Le 31 octobre 1992, Galilée et ses juges furent absous par Jean-Paul II. Le 12 mars 2000, lors d’une cérémonie pénitentielle, Jean-Paul II demanda solennellement pardon pour les fautes commises par les croyants de l'Eglise (croisades, Inquisition, guerres de religion, persécutions, excommunications, mépris et actes d'hostilité et de silence envers les Juifs, esclavagisme, racisme, attitude envers les femmes, contre la justice sociale, etc.) Le 15 juin 2004, Jean-Paul II autorisa la publication des actes d’un symposium de théologiens et d’historiens tenu sur l’Inquisition, un dossier de 783 pages dans lequel le pape manifestait le repentir de l’Eglise romaine. Votre Majesté n'a pas d'idée de la détestable inquisition qu'on exerce sur tous les ouvrages, et des mutilations intolérables qu'on fait essuyer à tous ceux qu'on croit capables de dire quelques vérités. (Jean le Rond d' Alembert, Lettre au roi de Prusse, 9 avril 1773) L'histoire de l'Inquisition est l'illustration du drame qui menace les hommes chaque fois qu'une liaison organique s'établit entre l'Etat et l'Eglise. (Bartolomé Bennassar, L'inquisition espagnole 15° - 19° siècles, Pluriel, 2002) Notes : 1 The Spanish Inquisition, Helen Rawlings, Blackwell Publishing, 2004 2 Histoire de l'Inquisition au Moyen Age de Henry-Charles Lea ; trad. de l'américain par Salomon Reinach 3 Abrégé du manuel des inquisiteurs par André Morellet, chapitre Des défenses de l'accusé 4 Aubry du Monastère de Trois-Fontaine (Haute Marne) 5 http://infocatho.cef.fr/infos11362.html Sources Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 21/05/2012 |