MUHAMMAD et ISLAM

SOMMAIRE

1 MUHAMMAD 5.2.6 Les Azéris
2 LE CORAN 5.3 LE SUNNISME
3 LES ANGES DE L'ISLAM 5.3.1 Le soufisme
4 LES DEMONS DE L'ISLAM 5.3.2 Le courant réformiste
5 DIVISIONS DE LA RELIGION MUSULMANE 5.3.2.1 Le wahhabisme
5.1 LE KHARIDJISME. L'IBADISME 5.3.2.2 Ahmadiya
5.2 LE CHIISME 5.3.2.3 La salafiya (salafisme)
5.2.1 Les chiites ismaéliens ou septimains. Les fatimides. Les nizârites. 5.3.2.4 Les Frères musulmans
5.2.2 Les chiites duodécimains ou imâmites 5.3.2.5 Le takfirisme
5.2.3 Les zaydites 5.3.2.6 Le tabligh
5.2.4 Les druzes 6 KURDES. SHABAKS. YEZIDIS
5.2.5 Les alaouites (nusayrî). Les alévis  


Mahomet selon une illustration persane 9


MUHAMMAD

Les sources relatant la vie de Muhammad (570-632), en français "Mahomet", sont des textes écrits en arabe par des érudits musulmans, dont le plus ancien date d'une centaine d'années après la mort du Prophète.
Ce récit fut compilé par Ibn Ishaq (mort en 768) ; les autres biographies classiques furent rédigées au IXe siècle.
De nombreux exégètes modernes reconnaissent la véracité des faits rapportés par la tradition sur la vie de Mahomet, mais émettent des réserves sur les éléments miraculeux et surnaturels qui y sont rattachés : scission de la lune, multiplications de la nourriture, jaillissements d'eau et la pluie, signes de la prophétie dans les arbres et les rochers, voyage nocturne que le Prophète Mohammad fit entre La Mecque et Jérusalem en une nuit et son ascension de Jérusalem au ciel 20, guérisons extraordinaires...
Tentant d'expliquer la vie et les activités de Mahomet par des facteurs économiques, politiques, sociologiques et psychologiques, les chercheurs non musulmans ont souligné le rôle des routes commerciales de l'ouest de l'Arabie dans le développement des conditions sociales favorables à l'émergence d'une nouvelle religion, ainsi que dans la pénétration des influences juives et chrétiennes (nestoriens) dans cette région.

Muhammad (le Loué), en français "Mahomet", naît à Mekka (La Mecque), dans la province du Hedjaz, du vivant de l’empereur perse Khosrô Ier soit avant 579. Le jour et l'année de sa naissance ne sont pas établis avec certitude, mais selon une tradition communément admise le Prophète naquit "l'année de l’Eléphant", ainsi appelée en raison de l'expédition manquée contre la Kaaba, le temple de La Mecque, conduite par Abraha, le prince éthiopien du Yémen, monté sur un éléphant blanc. Les récentes recherches situent l'événement en 570 ; diverses sources précisent même : le vendredi 4 avril ou le dimanche 20, le mercredi 20 août, le lundi 1er septembre ou encore le lundi 10 novembre.

La tradition fait état de signes extraordinaires ayant accompagné la conception et la naissance du Prophète. Son prénom lui aurait été attribué à la suite d'un songe fait par son grand-père. Il en recevra d'autres plus tard : Abu al-Qasim, Ahmed, al-Mustafa.

La famille de Mahomet appartient au clan des Hachémites (clan de Hashim) de la tribu des "Qurayshites" (Requins), laquelle est prédominante à La Mecque dont elle constitue la quasi-totalité de la population et qui prétend descendre d’Ismaël, le fils d’Abraham.
Les Hachémites ne comptent pas parmi ses familles les plus illustres, mais ils jouissent d'un prestige religieux du fait de leur droit héréditaire à certaines charges attachées au pèlerinage de la Kaaba (sanctuaire polythéiste et syncrétiste).
Le père de Muhammad, Abdallah, un marchand qui ne possédait que cinq chameaux et une esclave éthiopienne, meurt avant d’avoir vu naître son fils, et sa mère, la belle Amina, décède alors qu'il n’est âgé que de six ans.
Abd al-Mouttalib, son aïeul, le recueille et lui fait donner un peu d'éducation.
La tradition rapporte un épisode miraculeux qui lui est arrivé à l'âge de six ans : deux anges sont venus, lui ont ouvert la poitrine, en ont extirpé son cœur noir qu'ils ont soigneusement nettoyé avant de le remettre à sa place, le lavant ainsi de toute souillure et l'emplissant de foi et de piété.
Son oncle Abou Talib se charge de Muhammad après la mort de l’aïeul.
Muhammad, âgé de treize ans, est emmené en Syrie par son oncle qui conduit une caravane de commerçants.
Selon la tradition, le convoi s'étant arrêté près d'un ermitage, à El Basra, un moine chrétien, le père Bahira, leur annonce que bientôt, un prophète se révèlerait parmi les arabes.
Quelque temps après, le hasard fait participer Muhammad à une bataille menée par Abou Talib et il sert avec assez de distinction.

Muhammad est embauché par une riche commerçante de La Mecque, une veuve nommée Khadîdja, pour gérer ses affaires. Séduite par l'honnêteté et l'habileté du jeune homme, elle lui propose le mariage.
En 595, Muhammad a 25 ans lorsqu'il épouse Khadîdja, du vivant de laquelle il ne prend d'autre femme, et dont il a deux garçons morts en bas âge et quatre filles dont Fatima et Zaynab, l’aînée, morte avant son père.
Après la mort de Khadîdja en 619, il a plusieurs épouses (peut-être quinze) dont :
- Saoudah Bent Zouma El Emirieteel,
- Aïcha Bent Abou Baker, la bien-aimée, stérile, épousée à l’âge de 6 ans et déflorée à 9 (« Aïcha a dit : « J’avais 6 ans lorsque le Prophète m'épousa et 9 ans lorsqu'il eut effectivement des relations conjugales avec moi » 11),
- Hafçah,
- Zaynab bint Khuzayma,
- Zaynab bint Jahch,
- Djouwairîyah (une captive),
- Oum Habiba (veuve d’un chrétien)
- Safiiyah (veuve juive),
- Maimounah et 2 esclaves affranchies : la juive Raihana Bint Zaid et Maria une copte égyptienne (mère d’Ibrahim décédé à l’âge de 2 ans).
« Il avait parfois en même temps onze femmes, parfois neuf et parfois dix. Quand il mourut il laissa neuf veuves ». (Tabari, Chronique)
Le Prophète n’a aucun descendant mâle. Il n’a que deux petits-fils, Hassan et Hossein, que lui donne sa fille Fatima, épouse de son cousin Ali ibn Abi Talib (fils d’Abou Talib).
De ses deux petits-enfants, Mahomet aurait déclaré : « Ceux qui les aiment m’aiment et ceux qui les haïssent me haïssent ».
Il affranchit et adopta un esclave que lui avait donné Khadîdja : Zayd, de la tribu arabe des Kalb, en grande partie chrétienne.

En 605, les murs de la Kaaba ayant été endommagés par une pluie torrentielle, les habitants de la Mecque doivent la reconstruire 8.
La reconstruction terminée, les tribus se disputent pour savoir qui aurait l’honneur de placer la Pierre Noire dans l'angle de la Kaaba. Ils finissent par décider que le premier qui entre prendra la décision et c'est Muhammad qui arrive à cet instant. Il fait poser la pierre sur un bout de tissu dont chaque tribu se partage un morceau et il installe la pierre noire à sa place actuelle.

Muhammad accède à un ordre de chevalerie créé par al-Zubayr pour venir en aide à tout opprimé.

Muhammad s’instruit des doctrines monothéistes en interrogeant les juifs et les chrétiens de Mekka.
Il prend l’habitude de faire des retraites, à l’instar des ascètes chrétiens, dans la grotte Hira sur la montagne de la Lumière, aux alentours de La Mecque. Il lui arrive d’y séjourner un mois entier.

Mahomet a 40 ans lorsqu'il reçoit sa première révélation.
Le lundi 22 décembre 609, le 27ème jour du mois de Ramadan, pendant une retraite solitaire dans la caverne Hira sur le mont Arafa, il a une vision "comme le surgissement de l’aube" et entend un son de cloche se transformer en paroles ; des voix qui semblent sortir des pierres l’appellent "Apôtre de Dieu". Il voit un être immense, vêtu de blanc, l’archange "Djibril" (Gabriel) qui lui transmet les paroles de Dieu et ressent une telle douleur qu'il croit en mourir. Au paroxysme de la souffrance, Muhammad veut en finir mais l’ange l’en empêche. Gabriel lui annonce que lui, Muhammad, est l’Envoyé (Rasûl) de Dieu, le Prophète d’Allah, et lui ordonne de transmettre la parole divine. Muhammad reçoit l'ordre de "réciter" (iqra), et ne sait quoi dire. Puis, il finit par réciter ce qui est devenu le début de la sourate XCVI (1-5) du Coran : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé tout ; qui a créé l'homme de sang coagulé. Lis, car ton Seigneur est le plus généreux. Il t'a appris l'usage de la plume ; Il apprit à l'homme ce que l'homme ne savait pas » 1. « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume (le calame), a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas » 2.

Jibril, qui apparaît sous divers formes (un homme monté sur un âne, une volée de pigeons, etc.), lui ordonne d’apprendre et de réciter les messages qui lui sont transmis : l’islam (soumission, allégeance - à Dieu) vient de naître.

Khadîdja sera la première convertie, le deuxième sera Ali, âgé de 7 ans, cousin et fils adoptif du Prophète. Parmi les premiers convertis figurent le marchand Abou Bakr et Bilal, esclave noir affranchi par Muhammad, qui devient le premier muezzin chargé d’appeler les fidèles à la prière.

Il se passe une longue période de temps entre la première révélation et les suivantes, qui se succèdent jusqu'à la mort du Prophète (lorsque les révélations seront toutes réunies après sa mort, l'ordre chronologique aura été perdu). Les témoins remarquent qu’à chaque révélation, le prophète a littéralement des sueurs froides abondantes.
Avec le temps et au fur et à mesure que l'autorité de Muhammad s'impose sur la première communauté de musulmans (muslim : celui qui se soumet - à Dieu), fondée par lui à Médine, les révélations s'allongent, perdant de leur caractère d'urgence et portant davantage sur les solutions aux problèmes pratiques auxquels sont confrontés le Prophète et ses disciples.

Les diverses sources sur les premiers disciples de Mohammed à La Mecque ne s'accordent que sur le fait que ces derniers ne sont ni nombreux ni puissants et qu'ils sont farouchement combattus par la majorité des Mecquois, qui les accusent de détrôner la religion de leurs ancêtres. Ses premiers adeptes sont Ali, son cousin germain, âgé de dix ans, Zayd, Abou Bakr (un magistrat, qui sera le premier calife), Othman (3ème calife), puis Hamzah et Omar Abu Hafsa ibn al-Khattab (2ème calife).

Un des épisodes rapportés par des sources traditionnelles et généralement considérés par les musulmans comme une pure invention concerne ce que certains exégètes modernes ont appelé les "versets sataniques" (expression inconnue des récits traditionnels). Désespéré de ne pouvoir rallier à lui les Mecquois, Mahomet aurait été tenté par Satan pour proclamer comme révélation divine des versets pervers qui reconnaissent dans l'Islam trois déesses du panthéon des Mecquois ("Lat, ‘Uzza et Manat, filles de Dieu") comme des intermédiaires entre les hommes et Dieu. En apprenant cette nouvelle, les Mecquois se seraient réjouis et auraient embrassé la nouvelle religion. Plus tard, Gabriel serait apparu à Muhammad et lui aurait appris que ces révélations lui avaient été inspirées par Satan et il lui aurait dicté les véritables versets divins que l'on trouve aujourd'hui dans le Coran (sourate LIII, 19-20-23) dans lesquels ces déesses sont démystifiées et présentées comme n'étant "que des noms" sans aucune puissance ni réalité. Ces versets rectifiés auraient été annoncés aux Mecquois qui auraient pourtant abandonné l'islam et seraient retournés à leur paganisme originel.

L'opposition à Mahomet est si forte à La Mecque qu'un grand nombre de ses disciples doit se réfugier en Abyssinie, chez les chrétiens éthiopiens, de l'autre côté de la mer Rouge.
Mahomet, pourchassé, aurait été dissimulé par la toile d’une araignée.

Un acte solennel du chef de la tribu des Quraychites défend à ses membres de contracter mariage avec les musulmans. Cet acte, déposé dans la Kaaba, est le signal d'une sorte d'émigration sur une montagne voisine de La Mecque où les adhérents de Mahomet se réunissent autour de lui et d'Abou Talib et séjournent trois ans.

En 619, meurent Abou Talib et Khadîdja, ce qui vaut à cette année le nom "d'année de deuil". Le pouvoir politique d'Abou Talib étant passé entre les mains des adversaires de l'islam, le prophète doit chercher un refuge à Taïef, ville située à vingt-cinq ou trente lieues de La Mecque mais il y est mal reçu et retourne à La Mecque.

La même année, Muhammad raconte que Gabriel vint le voir la nuit et lui amena El Bourak, une jument à tête de femme. Muhammad la chevauche et file comme l'éclair à Jérusalem. Il atterrit sur le mont Moriah où il rencontre Abraham, Moïse et Jésus, puis, du Rocher, il s’envole au ciel où il reçoit les commandements de Dieu, notamment les 5 prières quotidiennes : c’est le célèbre récit du voyage et l'ascension (El Asra Wal Meraj) et de la Visite nocturne (Isra) qui ont donné lieu à de nombreuses allégories, notamment dans l'Islam mystique (soufi) et qui auraient inspiré à Dante sa Divine Comédie] avant de retourner à la Mecque.
Certains disent que le prophète a rêvé ce voyage, d'autres, tels que An Nawawi, pensent qu’il l’a effectué physiquement : « La vérité que reconnaissent la plupart des théologiens musulmans anciens et modernes est que le prophète fit effectivement le Voyage nocturne en se déplaçant corporellement, ce que prouvent aussi toutes les traces de ce voyage avec une évidence qui ne prête guère à équivoque pour celui qui les recherche et les étudie. ».

Muhammad commence à appeler les autres tribus arabes à l'islam, puis le monde entier en envoyant des messages aux rois, aux chefs des tribus et aux nobles de Médine.
En 620, il entre en contact avec des habitants de Yathrib, une oasis située à environ 350 kilomètres au nord-ouest de Mekka, qu’on appelle aussi Médine ("al-Madina" = la ville). Deux tribus arabes, les Awas et les Khazradj, s’y combattent sans arrêt avec l’appoint fluctuant de trois tribus juives qui y ont établi un centre intellectuel important.
Le 23 juin 622, des mandataires des deux tribus arabes concluent un accord (El Aqaba) avec Muhammad et font serment de fidélité et d'obéissance. On l’accueillerait à Médine et il y rétablirait la paix, jouant un rôle d’arbitre inspiré de Dieu dans les disputes tribales. Muhammad demande alors aux fidèles mekkois (environ 70 hommes et femmes), les premiers musulmans ("muslimun" = celui qui remet son âme à Allah), d’émigrer à Médine. Les Mecquois décident de choisir un homme fort et jeune de chaque tribu et de lui donner une épée empoisonnée pour tuer Muhammad dès qu’il sortirait devant sa porte. Mais Muhammad laisse sa place son cousin Ali et part, en cachette, avec son conseiller préféré, Abou Baker. Toutes les tentatives des Quraychites pour tuer Muhammad avant son arrivée à Médine échouent.
Muhammad et Abou Bakr, arrivent à Médine (où Muhammad laisse sa chamelle lui indiquer sa demeure) le 24 (?) septembre 622. C’est l’année de l’Hégire ("Hijra" = émigration et non fuite).
Cet événement inaugure l'établissement de la première communauté musulmane (umma) à Yathrib qui prend le nom de "Madinat al-Nabi" (la ville du Prophète) et la construction du premier sanctuaire musulman où le Prophète dirige la prière.
Le calendrier musulman de l'ère de l'Hégire, institué par calife Omar en 637, commence le 16-7-622. Des recherches ont montré que l’Hégire aurait eu lieu en septembre (le 22, 23 ou 24), mais la date traditionnelle a été maintenue.

En février 623, la charte de Médine établit l'égalité entre les musulmans, juifs, chrétiens et polythéistes.
En effet, la communauté médinoise comprenait au départ des païens, des musulmans et un grand nombre des juifs qui vivaient dans la région. Plus tard, la communauté n'est plus composée que de musulmans, mais tous ses membres n'ont pas adopté l'islam par conviction. On appelle ces derniers les hypocrites ou les douteurs (munafiqun).
Les tribus juives, qui ont été au départ acceptées au sein de la communauté, étant soupçonnées de soutenir les ennemis du Prophète, et les chrétiens lui ayant tourné le dos (tout objet évoquant une croix devait être banni de la maison idéale), Muhammad "abrahamisera" son message.

En janvier 624, le combat de Nakhla (attaque d'une caravane mecquoise par les musulmans) fait les premiers morts : 4 bédouins sont tués par 8 musulmans.

Le 11 février 624, une révélation divine enjoint à Mahomet et à ses disciples de modifier la prière rituelle : elle se fera désormais en se tournant non plus vers Jérusalem mais vers le sanctuaire de La Mecque où se trouvent la Station d'Abraham [bloc de pierre sur lequel Ibrahim monta pour reconstruire les murs de la Kaaba, cube de 11 m de côté, édifiée par Adam et détruite par le Déluge (les fondations de la Kaaba ayant été gravement endommagées par des pluies torrentielles, le sanctuaire, qui menaçait de s'effondrer, avait dû être démoli et reconstruit en 605 par les Quraychites et dans laquelle est enchâssée la pierre noire (blanche à l'origine mais noircie par les péchés des hommes selon la légende), une météorite donnée à Abraham par l’archange Gabriel] et le Puits de Zamzam (ou Zem-zem) d’où l’eau avait jailli miraculeusement pour éviter que Agar et son fils Ismaël ne meurent de soif.
La mosquée dite d’Omar ou Dôme du Rocher, sera construite vers 710 par le sultan Abd al-Malik sur l’emplacement du temple de Salomon, au sommet du mont Moriah, au-dessus d’un rocher sacré d’environ 9 m de diamètre, la "Shetiyyah" (pierre), la fondation du monde. Pour les musulmans, c’est là que venaient les anges avant la création d’Adam. L’arche de Noé en fit 7 fois le tour et Abraham y prépara le sacrifice de son fils Ismaël.
Une inscription en arabe, à l'intérieur du Dôme, déclare : « Ô toi, Peuple du Livre, n'outrepasse pas les bornes de ta religion et ne dis de Dieu que la vérité. Le Messie, Jésus, fils de Marie, n'est qu'un apôtre de Dieu, son verbe transmis à travers Marie, et un esprit qui procède de lui. Crois donc en Dieu et en ses apôtres, et ne dis pas qu'ils sont trois. Mieux vaudra pour toi. Dieu est le seul et unique Dieu. Qu'il soit indigne de sa gloire d'avoir eu un fils. »
Le sanctuaire de la Kaaba se trouvant à La Mecque, il faut conquérir cette ville sainte : ce sera le devoir du "djihad" (guerre sainte) qui procure le salut à celui qui trouvait la mort. Ses succès militaires représentent l'une des principales raisons de l'autorité grandissante du Prophète.

Mahomet légalise la pratique traditionnelle de la razzia (attaques de caravanes et rapts).
L'attaque qu'il lance, à la tête de 313 hommes, sur les caravanes qurayshites devant les puits de Badr, le 15 mars, lui assure une victoire écrasante sur ses ennemis mecquois, pourtant supérieurs en nombre (950) dont il tue 70 hommes (les anges auraient combattu au côté des croyants) : leurs cadavres sont jetés dans une fosse commune. Parmi les prisonniers se trouvent Abbas, son oncle, et Ocaïl, frère d'Ali, qui consentent à se faire musulmans. Sur le chemin du retour à Médine, Mahomet partage le butin entre les soldats et fait décapiter deux des ennemis tombés entre ses mains, An-Nadr Ibn Al-Hârith et `Uqbah Ibn Abî Mu`ayt Muhammad, coupables du meurtre et de la persécution de plusieurs musulmans avant l’Hégire 16.

Peu après Badr, des poètes médinois païens qui ont injurié le Prophète sont exécutés.
Quelques semaines après, Mahomet assiège la tribu juive de Qaynuqa, à la suite d’une rixe sur un marché où un Juif et un musulman ont trouvé la mort. Les Juifs se rendent et sont chassés de Médine après confiscation de leurs biens. Ces Juifs, qui exercent le métier d’orfèvre, quittent la péninsule pour la Syrie 15.

Le 23 mars 625, Muhammad, sorti de Médine à la tête d'un millier d'hommes, est battu devant la colline d'Ohod (Ouhoud) par les Quraychites (3 000 hommes conduit par Abou Soufyan). Soixante-dix compagnons ont été tués : ils deviennent les premiers "martyrs du djihad".
Selon la tradition, Fatima panse les blessures de son père et celles de son mari (Ali) puis se recueille sur les tombes des musulmans tués (les chiites considèrent Fatima comme l’une des plus grandes saintes de l’islam ; on lui attribue également une amulette, la "main de Fatima", protégeant du mauvais sort).
En août Muhammad expulse une tribu juive de Médine soupçonnée de mauvais desseins, celle des Banou Nadir. Elle se réfugie dans l’oasis de Khaybar, à une centaine de kilomètres au nord. 3
Selon coranix.org 4, atheisme.org 5 et d'autres sources, Muhammad les insulte : « O vous, singes et cochons...» et les accuse d’un comportement suspect (il déclare que son "frère" Gabriel l’a prévenu que les Juifs complotent sa mort) : 700 hommes et jeunes garçons, liés pendant 3 jours, sont décapités au bord d’une fosse, les enfants et les femmes vendus comme esclaves et leurs biens saisis. Mahomet prend une jeune fille très belle comme butin personnel.

En 626 :
- Muhammad fait défense aux fidèles de boire du vin et des liqueurs fermentées, comme aussi de se livrer à des jeux de hasard.
- Massacre des juifs Banou Khazradj, partage des familles et du butin ; Muhammad fait couper les palmiers de l'oasis des juifs Banou Nadhir 19.

Il existe une grande mixité dans "l’Islam" ("soumission", "allégeance" - à Dieu) à l’époque du prophète. "Certains savants (comme Abd oul Halîm Abou Chouqqah par exemple, auteur du « Tahrîr oul Mar'ah fî 'ahdil Risâlah », traduit partiellement en français sous le titre de l' »Encyclopédie de la Femme Musulmane ») accordent priorité aux textes qui font allusion au fait qu'à l'époque du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), les femmes prenaient part à l'activité sociale ainsi qu'à la vie religieuse de la Cité (elles allaient prier à la mosquée où il n'y avait pas de séparation entre les rangées d'hommes et de femmes, elles assistaient aux discours du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) le jours de Ide sans aucune séparation, elles prenaient part aux campagnes militaires pour soigner les blessés etc…, comme on peut le constater au travers de très nombreux Hadiths authentiques)." 32

Aïcha, son épouse préférée dit-on, accompagne Muhammad lors d’une expédition. Elle a l'habitude quand elle sort de son palanquin pour faire ses ablutions, de laisser le rideau ouvert, afin que les hommes sachent qu’elle n’est pas là. Mais, ce jour-là, elle sort de sa litière en omettant de relever le rideau. Comme c'est l’heure du départ, le chamelier, voyant le rideau baissé, fait charger le palanquin sur le chameau et part. À la halte suivante on s'aperçoit de l’absence d’Aïcha : l’homme chargé de l’arrière-garde, appelé Safwân, revient sur ses pas, découvre Aïcha endormie et la ramène sur son chameau. Aussitôt la rumeur d’une relation adultère entre Safwân et Aïcha se répand. Muhammad en est troublé, mais il a une révélation divine innocentant Aïcha qu’il déclare alors innocente. La suite de la vie d'Aïcha sera marquée par une vive opposition à Ali, auquel elle reproche, surtout, d’avoir conseillé à Muhammad de la répudier.

Une expédition heureuse sur la frontière de Syrie, d'où il rapporte un riche butin, permet à Muhammad de résister aux Qurayshites qui viennent assiéger Médine avec 10 000 hommes en 627.
31 mars au 15 avril, bataille du fossé : Mahomet fait creuser un fossé autour de Médine, pour empêcher l’ennemi de pénétrer dans la ville.
On reste vingt jours à s'observer.
Ali provoque et tue trois des principaux Qurayshites en combat singulier.
Enfin, le vent ayant renversé leurs marmites et plusieurs autres prodiges les ayant effrayés, les assaillants, mal préparés pour un siège, finissent par partir.
Du 20 au 22 avril, les hommes de la tribu juive médinoise des Banu Qurayza, accusée de trahison par les musulmans, sont exécutés, les femmes et les enfants réduits en esclavage. 17

Le prestige de Muhammad ou la peur qu’il inspire, s'en trouvent renforcés au point que les tribus des régions avoisinantes commencent à sceller des alliances avec lui et à se convertir à la nouvelle religion.

En mars 628, suivi par 1 400 hommes (il comptait sur le concours de plusieurs tribus qui n'ont pas envoyé leur contingent), il se dirige vers La Mecque et y envoie Othman pour négocier.
Ce dernier tardant à revenir, on croit à tort qu’il est mort et les hommes, très émus, viennent, sous l'arbre de Hodaybiyya, prêter solennellement serment à Mohammad qu'ils le défendraient jusqu'à la mort 6.
Finalement, le traité de Hudaibiya est conclu au prix de certaines concessions : trêve de 10 ans, statut des Musulmans équivalent à celui des Mecquois, droit d'aller faire leurs dévotions à la Kaaba à partir de l’année suivante mais à la condition de ne pas séjourner plus de trois jours à La Mecque, droit de conclure des alliances avec n'importe quelle tribu arabe, sans rompre la trêve conclue.
En mai, des expéditions sont menées contre les tribus juives : rapt des femmes et enfants de la tribu des Moshjarik, prise de l'oasis juive de Fadak comme butin personnel de Muhammad, soumission des juifs de Wadil Qora.
Muhammad envahit, à la tête de 1 600 hommes, le territoire de la tribu juive de Khaibar. Les Juifs sont vaincus et Muhammad épouse Safiiyah, la veuve de leur chef. Les vaincus ne sont pas chassés en échange du paiement d’une rente aux musulmans.
Le prophète étant allé manger chez Zainab, sœur du chef qui a péri, elle lui sert une épaule de mouton empoisonnée. Un des officiers de l'armée musulmane, qui en a mangé le premier, tombe mourant, et Muhammad, qui a dans la bouche un morceau de viande empoisonnée, le rejette aussitôt. Mais il est déjà à demi empoisonné et sa santé s'en ressentira jusqu'à sa mort.

En février 629, pèlerinage (Umra) des musulmans à La Mecque : Mahomet touche la Pierre Noire et accomplit les sept circumambulations 18.
En septembre, la bataille de Môteh ou Mu'tah (ville où sont fabriqués les sabres byzantins) est la première bataille entre chrétiens et musulmans (ces derniers sont repoussés).

Début 630, avec 10 000 soldats, Muhammad assiège La Mecque puis il y entre sans coup férir le 11 janvier. Il décide une amnistie générale ; seuls quelques-uns, qu’il désigne, sont exécutés.
Le temple de la Kaaba, devenu le centre de l'islam, est dès lors accessible à tous les musulmans.
Il vide la Kaaba des 360 idoles qu’elle contient et les brise 33 (même celles d’Abraham et d’Ismaël ; on dit qu’il épargna les icônes de Marie et de Jésus). Il conserve la "Pierre noire", en déclarant qu'elle est un ancien cadeau de Dieu.
A la loi tribale et à la notion de race, Muhammad substitue la communauté des musulmans : umma.
Il abolit la razzia qu’il remplace par la guerre sainte (djihad) contre les infidèles.
Il définit :
- les obligations, principalement les 5 piliers de l’Islam (soumission, allégeance - à Dieu) : la profession de foi (chahada) : « Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et Muhammad est son prophète et le dernier des prophètes », les 5 prières quotidiennes, le jeûne du Ramadan (fixé le mois de la victoire de Badr), l’aumône légale et le pèlerinage à La Mecque], mais aussi croyance au jugement dernier, au diable, aux anges, aux djinns, et aux prophètes anciens ; toutes les actions nobles sont réservées à la main droite, etc.
- et les interdits : idoles 33, jeux de hasard, porc (né, après le Déluge, des excréments du chameau), bête morte, pierres dressées (les bétyles étaient des pierres sacrés, réceptacles de la puissance divine, vénérées par les Arabes ; au cours du pèlerinage, 3 "piliers de Satan" érigés à Minha, figurant Satan qui invita par 3 fois Abraham à désobéir à Dieu en refusant de lui sacrifier son fils, sont lapidés par les fidèles, à raison de 7 cailloux par colonne), sacrifice de la petite fille enterrée vive en l’honneur d’une déesse, etc. Les bijoux sont interdits aux hommes mais pas les parfums dont le prophète est grand amateur.
Après la conquête de La Mecque, l'autorité et le prestige du Prophète se répandent dans toute l'Arabie et les forces musulmanes parviennent jusqu'au sud de la Syrie.
Les tribus voisines de La Mecque se soumettent sauf les Hawazin (Hawazites) qui sont finalement vaincus à la bataille de Hunayn, entre La Mecque et Tâ’if, le 31 janvier : dans le défilé de Hunaïn, les Compagnons font volte-face devant les bédouins infidèles ; le prophète lance alors une poignée de terre vers les idolâtres qui s’enfuient.
En octobre, Mahomet pousse jusqu’à la frontière byzantine, à Tabuk (ville byzantine qu'il attaque et soumet), puis il convainc les tribus arabes du Nedjd et du Yémen. La péninsule est sous domination musulmane, l’ordre tribal remplacé par la charia. Les Juifs et les chrétiens de la péninsule se retrouvent sous le régime juridique de la "dhimma" et doivent par conséquent, entre autres, payer la "jizya". Les autres n’ont le choix qu’entre la conversion à l’islam et la mort. Massacre de la tribu des Beney Djadsimaa. Soumission des juifs et chrétiens de Makna, Eilat, Jarba 19.

631 : apostasie (soumission ou élimination) de la tribu chrétienne des Abdul Qaïs. Soumission des chrétiens de Nadjran. 19

632 : hérésie d'Al Aswad, chef yéménite, apostat et magicien, qui finira par se soumettre (mais sera décapité en 633) ; soumission de la tribu chrétienne des Taghlibites. La même année, Muhammad fait le voyage de Médine à La Mecque pour accomplir son dernier pèlerinage (hajj), appelé depuis "visite d'adieu" ; il prononce son dernier sermon à Arafat (où Adam retrouva Eve après leur expulsion du paradis) devant 114 000 pèlerins.
Le Prophète meurt le 8 juin, 2 mois après son retour à Médine, après une maladie de 15 jours (douleur et fièvre), la tête sur le sein d’Aïcha, et est enterré dans sa maison (une mosquée, considérée aujourd’hui comme la seconde mosquée la plus importante de l'islam, est élevée au-dessus de son tombeau). Une comète aurait annoncé son trépas.
D'après certains auteurs musulmans, il serait mort de pleurésie ; mais plusieurs anciennes biographies musulmanes affirment qu'il a été empoisonné par une juive de Khaybar. Dans un entretien à l'hebdomadaire Le Point, les docteurs d'Al-Azhar en Égypte reconnaissent qu'il a été empoisonné, mais assurent qu'il a "survécu trois ans au poison, preuve de l'intervention divine".
Plusieurs pays de gouvernance musulmane ont interdit le livre de Hela Ouardi, intellectuelle tunisienne, sur le prophète Mohammed. Ce livre, Les derniers jours de Muhammad, a été interdit pour cause de blasphème contre l'islam. Selon elle, le prophète Mohammed aurait été assassiné et ne serait pas mort naturellement : "À la fin de sa vie, il a été victime de plusieurs attentats. Il se méfiait de son entourage d'ailleurs, et quand on l'a forcé à prendre un médicament, il a demandé aux personnes présentes de prendre la même potion." (AFP) 34

Lors de la réunion du Vestibule, les Compagnons désignent Abou Bakr comme successeur (calife) et non Ali.
On dit que, trop préoccupés par la succession, les compagnons ont oublié Muhammad dont l’enterrement a eu lieu 3 jours après sa mort et que ce sont les anges Gabriel et Azraïl qui pratiquèrent les soins mortuaires après l'avoir assisté dans son agonie...
Mahomet possédait sept épées, trois arcs, trois cuirasses, trois lances et un bouclier (La Chronique, Tabari).
Après la mort du Prophète, des rébellions de mauvais croyants donnent l’idée de les occuper à des conquêtes extérieures.
Le djihad tend à supprimer les dangers internes à la communauté islamique tout en permettant l’expansion de la nouvelle religion.

En 633, Abou Bakr donne l’ordre de convertir ou de massacrer toutes les tribus : Qorra, chef des Beney Amir apostats, est décapité, sa tribu massacrée ; la tribu des apostats Beney Kinda est anéantie ; les apostats de Bahrein doivent se soumettre.

A la fin des temps, apparaîtra le "Mahdi" (le bien dirigé de Dieu) chargé de rassembler les croyants et de convertir le monde à la foi musulmane ; puis, l’antéchrist, Dajjal (l’imposteur), surgi entre l’Irak et la Syrie, sera vaincu par "Issa" (Jésus).
Selon plusieurs hadiths, le Prophète a annoncé la venue du Mahdi. Son arrivée sera annoncée par une comète et, au cours du même mois de Ramadan, il y aura une éclipse de lune et une éclipse de soleil (mais le lieu duquel elles seront visibles n’est pas indiqué).
Selon Koleib ibn Djaaber, Mahomet aurait dit : « Après moi, il y aura des califes, des émirs ; après les émirs, des rois superbes ; c'est alors que viendra le Mahdi, il sortira de ma famille et il remplira le monde de justice. »
Ibn Abbas prête au Prophète cette parole : « Quatre croyants et infidèles ont régné sur le monde : les croyants sont Zoulkarneïn (Alexandre le Grand) et Soleïman (Salomon) ; les infidèles Nemrod et Bokht-en-Nsar (Nabuchodonosor) ; le cinquième qui le gouvernera sera le Mahdi ; il sortira de ma famille. »
Le sunnisme orthodoxe considère que le Mahdi n'est pas encore venu.

Aux yeux du monde judéo-chrétien, "Mahomet" passa pour un chef de guerre atteint du "haut mal" (épilepsie), "un sorcier, un infâme débauché, un voleur de chameaux, un cardinal qui, n'ayant pu réussir à se faire pape, inventa une nouvelle religion pour se venger de ses collègues" 7. On l'a même pris pour l'Antéchrist et certains virent dans le nom de "Mahomet" le chiffre de la Bête de l'Apocalypse.

Citations

Aucun d'entre vous n'est véritable croyant tant qu'il n'aimera pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. (Mahomet, vers 570-632, 13e des 40 Hadiths de Nawawi, rapporté par al-Bukhari et Muslim)

Mahomet, d'après des écrivains arabes, était de moyenne taille et d'un tempérament sanguin ; il avait la tête grosse, le teint basané, mais animé par de vives couleurs, les traits réguliers et fortement prononcés ; ses yeux étaient grands, noirs et pleins de feu, son front large et un peu avancé, son nez aquilin, ses joues pleines, le contour de sa mâchoire bien proportionné ; sa bouche grande, ses dents blanches et un peu écartées ; ses cheveux noirs et sa barbe épaisse commençaient à peine à blanchir ; il avait un petit signe noir à la lèvre intérieure, et entre les sourcils une veine qui s'enflait lorsqu'il se mettait en colère. Sa physionomie était douce et majestueuse et sa démarche dégagée, malgré son embonpoint. Il avait les os gros et solides, les plantes des pieds et les paumes des mains fortes et rudes, l’ouïe fine, la voix belle et sonore, et entre les deux épaules une loupe que les mahométans appellent le sceau de prophétie, et qui disparut après sa mort. (Sylvestre de Sacy 1758-1838)

Le mahométisme est la religion de la fatalité. (Proudhon 1809-1865)

Ce serait une curieuse histoire à écrire que celle des idées que les nations chrétiennes se sont faites de Mahomet, depuis les récit du faux Turpin sur l'idole d'or Mahom adorée à Cadix et que Charlemagne n'osa détruire par crainte d'une légion de démons qui y était enfermée, jusqu'au jour où la critique a rendu, en un sens très réel, au père de l'islamisme son titre de prophète. La foi vierge de la première moitié du moyen âge, qui n'eut sur les cultes étrangers au christianisme que les notions les plus vagues, se figurait Maphomet, Baphomet, Bafum, d'où sont venues bafumerie, mahomerie, momerie, comme un faux dieu à qui l'on offrait des sacrifices humains. Ce fut au XIIe siècle que Mahomet commença de passer pour un faux prophète et que l'on songea sérieusement à dévoiler son imposture. La traduction du Coran exécutée par l'ordre de Pierre le Vénérable, les ouvrages de polémique des dominicains et de Raymond Lulle, les renseignements fournis par Guillaume de Tyr et Mathieu Paris contribuèrent à répandre Des idées plus saines sur l'islamisme et son fondateur (...) Le travail de la légende est resté, autour de lui, faible et sans originalité. Mahomet est réellement un personnage historique : nous le touchons de toutes parts. Le livre qui nous reste sous son nom représente presque mot à mot les discours qu'il tenait. Sa vie est restée une biographie comme une autre, sans miracles, sans exagérations... Mahomet ne voulut pas être thaumaturge : il ne voulut être que prophète sans miracles. Il répète sans cesse qu'il est un homme comme un autre, mortel comme un autre, sujet au péché et ayant besoin comme un autre de la miséricorde de Dieu... (Ernest Renan 1823-1892)


LE CORAN

Le Coran ("lecture, récitation"), comprenant 114 sourates, est le Livre sacré des musulmans, révélé par Dieu à Muhammad par l’intermédiaire de l’ange Gabriel.
Selon le Coran, Muhammad, le Sceau des Prophètes, a été annoncé par Jésus, c’est le Paraclet de l’évangile de Jean (XVI, 7-14) : « Je suis l’apôtre de Dieu, disait Jésus, fils de Marie, à son peuple. Je viens confirmer le Livre qui m’a précédé et vous annoncer la venue du prophète qui me suivra, et dont le nom est Ahmed…» (Coran LXI, 6) 1
Le texte du Coran, qui demeure la base essentielle de l’islam, n'a pas été établi du vivant de Mahomet.
A cette époque seuls quelques compagnons, appelés les "secrétaires" (Obayy ben Ka'b, Abdallah ben Abou Sarh, Zaïd ben Thâbit entre autres), ont transcrit des fragments de la révélation ; nul ne songeait à en établir un recueil complet, car presque tous les Croyants savaient par cœur les diverses sourates.

Vers l'an 11 de l'Hégire (632), Omar, sur le conseil du calife Abu Bakr, fait appel au jeune Zaïd ben Thâbit pour rassembler tout ce qui est écrit et tout ce que les compagnons retiennent en leur mémoire ; celui-ci le consigne sur des feuilles qu’Omar remet à sa fille Hafça, veuve du Prophète.
Jusqu'à la mort d’Omar ce texte n'a aucun caractère officiel, d'autres rédactions ayant d'ailleurs été faites par quatre autres compagnons : Obayy ben Ka'b, Abdallah ben Mas'oud, Abou-Mousâ et Miqdâd ben Amr ; elles ne sont pas identiques et les divergences qui les séparent entraînent des divisions parmi les musulmans, l'une des rédactions étant adoptée à Damas, une autre à al-Koufa, une troisième à Bassorah, la quatrième à Homs. Parmi les versions concurrentes se trouvent celle d'Ali, le cousin du prophète et celles d'Ubai b. Ka'b et d'ibn Mas'ûd. Le calife Othman interdit toutes ces versions et donne l'ordre de les détruire. Vers 650, il ordonne la recension complète du Coran en désignant une commission de 4 membres qui, sous la direction de Zaïd, établit, d'après les feuilles de Hafça, le texte officiel du Coran. L'original reste à Médine et des copies (6?) de cette "Vulgate" sont envoyées dans les villes où se sont répandues des rédactions différentes : La Mecque, Bassora, Coufa et Damas. Mais aucun de ces exemplaires n'a été découvert à ce jour.
Abd al-Malik, calife omeyyade de 685 à 705, fixe le Coran officiel d'Othman en faisant homogénéiser l'orthographe par al-Hajjaj, gouverneur d'Irak : ajout de voyelles et de signes de ponctuation et de prononciation afin d'éviter les erreurs d'interprétation.

En 1972, à Sanaa au Yémen, des manuscrits coraniques sont découverts dans une cache de la grande mosquée Jama'a al-Kabir. Le philologue Gerd-Rüdiger Puin, de l'université de Sarrebruck, se trouve en présence de manuscrits arabes du Coran parmi les plus anciens connus : "Il s'agit d'un Coran de style hedjazien, qui correspond à la graphie en vigueur à la fin du VIIe siècle dans le Hedjaz, la région de La Mecque et de Médine." Le manuscrit daterait de 680 environ. Gerd Puin constate des variations textuelles mineures, un ordre inhabituel des chapitres (les sourates), ainsi que des styles de graphie très rares.

En 2008, Sami Aldeeb, responsable de la chaire du droit musulman et arabe à l'Institut suisse de droit comparé, à Lausanne, publie une version extraordinaire du Coran, un Coran chronologique avec les variantes reconnues par les autorités religieuses et des notes qui renvoient aux textes juifs et chrétiens officiels ou apocryphes.

AUTRES ECRITS :

- La Vie du Prophète (Sirah) est, après sa mort, recueillis par ses successeurs.
- la Sunna (cheminement, pratique ; l'acception sunnite de ce terme est, généralement, "tradition prophétique" 14) est l’ensemble des actes, comportements et paroles de Mahomet, rapportés notamment dans le "hadith" (dit). "Hadith" désigne une communication orale du Prophète et par extension un recueil qui comprend l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour les musulmans, que l'on désigne généralement sous le nom de Tradition du Prophète. Les hadiths auraient été rapportés par près de 50.000 compagnons 13.
- La charîa est la loi comprenant l’ensemble des normes doctrinales, culturelles, morales et relationnelles édictées par la Révélation et procédant du Coran et de la Sunna. C'est l'ensemble des interprétations juridiques et éthiques, souvent divergentes, qu'au cours des siècles les théologiens ont données (et continuent de donner) des Ecritures sacrées islamiques. La charîa codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes et d'obligations comme l’émanation de la volonté de Dieu (Shar'). Le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques 12.
- Le fiqh (dogme) est le droit jurisprudentiel de l’islam permettant d’interpréter et d’appliquer la charia.


LES ANGES DE L'ISLAM

L’islam, s’inspirant des traditions juives et chrétiennes, mentionne souvent les anges. Les anges sont des êtres créés à partir de la lumière. Il en existe une multitude. Ils sont infaillibles et ne peuvent tomber dans le péché. Ils sont asexués et supérieurs aux hommes et aux prophètes, sauf à Muhammad.

- Jibril ou Gibril (Gabriel), le "digne de confiance" (El Amine), est le porteur des ordres et des châtiments divins et de la révélation divine ; il donna la Maison Sacrée du Très-Haut (Kaaba) à Adam ; il confia sa reconstruction aux prophètes Abraham et Ismaël ; il apparut ensuite au prêtre et prophète Zacharie afin de lui annoncer la naissance miraculeuse de son fils Yahya (Jean Baptiste) ; il annonça à Maryam (Marie) la naissance d'Issa (Jésus) ; vers 610, Muhammad méditait dans une caverne du mont Hira quand, une nuit du mois de Ramadan, l'ange Gabriel (qui a 2 ailes vertes) lui annonça qu’il était l’Envoyé de Dieu et lui ordonna de transmettre la parole divine.

- Mikaïl (Michel) est le porteur de la miséricorde divine, chargé des forces de la nature, du tonnerre, de la pluie et de la pousse des plantes ; au commencement, Dieu chargea Mikaïl de lui ramener de la terre et de l'argile pour former Adam, mais il ne put en prendre car la terre refusa ; alors Dieu envoya Izraïl, l’ange de la mort, et la Terre ne put refuser.

- Israfil (Raphaël) sonnera de la trompe de vérité le jour du Jugement dernier et de la Résurrection.

- Malâk al-mawt (l’ange de la Mort) est appelé Azra'il (Azraël) dans la tradition. Lorsqu'une personne est à l'agonie et que Dieu a décidé qu'elle doit mourir, Il envoie Azra'il, son serviteur, afin de lui retirer l'âme. Lors du jugement dernier annoncé par l'archange Israfil, Azra'il sera le dernier survivant de toutes les créatures (anges, démons, humains…) après qu’il aura tué Jibril, Mikaïl et Israfil. Puis Dieu lui ordonnera de mourir...

- Malik commande la garde de l'Enfer ; « Et ils crieront : Ô Malik ! Que ton Seigneur nous achève ! Il dira : En vérité vous y êtes pour y demeurer éternellement. » (Coran, Sourate XLIII).

- Redhouane (ou Ridwan) est le gardien du Paradis.

- Munkar (ou Mounker) et Nakir sont les anges de l'interrogation au tombeau : ils interrogent dans leur tombe, la nuit de leur enterrement, les mécréants et les croyants ayant commis de graves péchés.

- Mubabashar et Bashîr interrogent les fidèles qui n'ont commis aucune faute.

- les 2 anges affectés par Allah à chaque individu, l'un à droite (pour les bonnes actions), Rabik, et l'autre à gauche (pour les mauvaises actions), Hatid, sont des hâfiz (ceux qui consignent ou qui retiennent) : « Lorsque les deux anges chargés de recueillir les paroles de l'homme se mettent à les recueillir, l'un s'assied à sa droite, et l'autre à sa gauche. Il ne profère pas une seule parole qu'il n'y ait un surveillant prompt à la noter exactement. » (Coran, Sourate L, 16-17).

- Sidjil "plie les feuillets écrits" (Coran XXI, 104) : l'ange Sidjil est chargé d'inscrire toutes les actions de l'homme sur un rouleau qu'il plie à sa mort.

- l’ange de l’utérus de la mère est envoyé par Allah pour insuffler l’âme dans l’embryon conformément à ce qui a été rapporté d’après Abd Allah ibn Massoud : « Le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) le très véridique nous a raconté que l’un de vous est constitué dans l’utérus de sa mère pendant 40 jours. Et puis, il se transforme en caillot de sang pendant le même laps de temps. Et puis il devient un foetus pendant le même laps de temps. Et puis on envoie l’ange pour lui insuffler une âme et l’on donne à l’ange l’ordre d’écrire quatre mots concernant sa subsistance, le terme de sa vie, son oeuvre et son sort : sera-t-il heureux ou malheureux ?" (Rapporté par Mouslim, 4781) 10.
Un Hadith authentique, rapporté par l'Imâm Mouslim, mentionne que l'embryon reçoit la visite d'un ange lorsque 42 nuits de grossesse sont passées (6 semaines) : celui-ci est notamment chargé de "modeler" (taswîr) l'embryon par la formation de certains organes sensoriels. 26

- les 19 al-Zabâniya, de taille immense et d'une très grande force, sont les gardiens du Feu. "Des Anges gigantesques et puissants se tiendront autour de ce Feu " (Sourate LXVI, 6). "Ses surveillants sont au nombre de dix-neuf. Nous n'avons pris que des Anges comme gardiens du Feu" (LXXIV, 30, 31). Ils se tiennent en permanence devant ceux qui, à la suite de leurs mauvais actes terrestres, se sont condamnés à vivre dans la Géhenne.

- A la fin des temps, l’Antéchrist, Dajjal (l’imposteur), surgi entre l’Irak et la Syrie, sera vaincu par "Issa al-Masih" (Jésus le Messie) qui descendra du ciel soutenu par deux anges.

- Au Jugement dernier, 8 anges porteront le Trône de Dieu : « Les Anges se tiendront sur ses confins, tandis que ce Jour-là huit d'entre eux porteront le Trône de ton Seigneur ». (Coran LXIX, 17)

- A Jérusalem, la mosquée dite d’Omar ou Dôme du Rocher, a été construite vers 710 par le sultan Abd al-Malik sur l’emplacement du temple de Salomon, au sommet du mont Moriah, au-dessus d’un rocher sacré d’environ 9 m de diamètre, la Shetiyyah (la Pierre), la fondation du monde ; pour les musulmans, c’est là que venaient les anges avant la création d’Adam.
A La Mecque, est enchâssée dans la Kaaba la pierre noire donnée à Abraham par l’archange Jibril.

- La tradition rapporte un épisode miraculeux qui serait arrivé au jeune Muhammad âgé de 6 ans. Deux anges étaient venus, avaient ouvert sa poitrine, en avaient extirpé le cœur qu'ils avaient soigneusement nettoyé avant de le remettre à sa place, le lavant ainsi de toute souillure et l'emplissant de foi et de piété.

- On dit que, préoccupés par la désignation du successeur du Prophète défunt, les compagnons oublièrent ses funérailles qui eurent lieu 3 jours après sa mort. Les anges Jibril et Azraïl, qui avaient assisté Muhammad dans son agonie, pratiquèrent les soins mortuaires.

- Selon certains exégètes du Coran, Harout et Marout seraient deux anges qui enseignèrent la magie aux hommes, en les avertissant préalablement qu'ils n'étaient qu'une tentation pour eux et en leur montrant la différence entre les miracles fait par le seigneur et la magie que nombreux ont appris de la part des diables. Selon d'autres exégètes, il s'agirait de deux diables, ou encore de deux rois impies. 23
"Et ils suivirent ce que les diables racontent contre le règne de Solayman. Alors que Solayman n'a jamais été mécréant mais bien les diables : ils enseignent aux gens la magie ainsi que ce qui est descendu aux deux anges Harout et Marout, à Babylone ; mais ceux-ci n'enseignaient rien à personne, qu'ils n'aient dit d'abord : ‹Nous ne sommes rien qu'une tentation : ne soit pas mécréant› ; ils apprennent auprès d'eux ce qui sème la désunion entre l'homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu'avec la permission d'Allah. Et les gens apprennent ce qui leur nuit et ne leur est pas profitable. Et ils savent, très certainement, que celui qui acquiert [ce pouvoir] n'aura aucune part dans l'au-delà. Certes, quelle détestable marchandise pour laquelle ils ont vendu leurs âmes ! Si seulement ils savaient !" (Coran II, 102 2).
"Ils ont suivi ce que les démons avaient imaginé contre le royaume de Salomon ; mais ce n'est pas Salomon qui fut infidèle, ce sont les démons. Ils enseignent aux hommes la magie et la science qui avait été donnée aux deux anges de Babylone, Harout et Marout. Ceux-ci n'instruisaient personne dans leur art sans dire : Nous sommes la tentation, prends garde de devenir infidèle ; les hommes apprenaient d'eux les moyens de semer la désunion entre l'homme et sa femme ; mais les anges n'attaquaient personne sans la permission de Dieu ; cependant les hommes apprenaient ce qui leur était nuisible, et non pas ce qui pouvait leur être avantageux, et ils savaient que celui qui avait acheté cet art était déshérité de toute part dans la vie future. Vil prix que celui pour lequel ils ont livré leur âme, s'ils l'eussent su !" (Coran II, 96 1).

Les anges et le turban

Après l'exil du Paradis, Jibril avait noué un turban (du persan "dulband" via le turc "tülbent") autour de la tête d’Adam, en souvenir de sa dignité perdue ; auparavant, Adam portait une couronne.
Dieu et les anges bénissent celui qui porte le turban le vendredi car il constitue une parure pour Dieu.
La couleur du turban la plus fréquente est le blanc.
On dit que les anges, qui aidèrent les musulmans à la bataille de Badr, portaient des turbans blancs, couleur sacrée. On dit aussi qu'ils portaient des turbans jaunes, parce que l'ange Jibril avait un turban "fait de lumière".
Le Prophète aurait aimé porter du bleu, mais il l’interdit parce que les incroyants en portaient. Selon le Coran, le bleu est négatif. Les chrétiens se virent assignés le bleu comme signe distinctif (le jaune étant réservé aux juifs).
Il est dit aussi qu'à Uhud et à Hunaïn, les anges portaient des turbans rouges, et que Jibril apparut une fois à Aïcha, l'épouse du Prophète, avec un turban rouge. La couleur rouge fut attribuée aux zoroastriens, adorateurs du feu, pour les distinguer.
Le vert est la couleur du Paradis. C'était la couleur préférée, dit-on, de Muhammad bien qu’il ne portât pas de turban de cette couleur. Le port du turban vert est l’insigne de ses descendants. Autrefois, seuls les califes étaient autorisés à porter un turban vert. On dit aussi que les descendants du prophète portent un turban noir en signe de deuil. Le noir était la couleur dynastique des Abbassides.

Citations

Louange à Dieu, créateur des Cieux et de la Terre, celui qui emploie pour messagers les Anges à deux, trois ou quatre ailes.. (Coran, Sourate XXXV).

Quiconque est ennemi d'Allah, de Ses anges, de Ses messagers, de Jibril et de Mikaïl... (Allah sera son ennemi) car Allah est l'ennemi des infidèles (Sourate II, 98).

Si tu voyais les injustes lorsqu'ils seront dans les affres de la mort, et que les anges leur tendront leurs mains disant : Laissez sortir vos âmes... (Sourate VI)

Si tu voyais, lorsque les anges arrachaient les âmes aux mécréants ! Ils les frappaient sur leurs visages et leurs derrières, en disant : Goûtez au châtiment du Feu. (Sourate VIII, 50)

Nous avons orné le ciel le plus proche de la terre d'un ornement brillant, d'étoiles, Qui gardent le ciel contre tout démon rebelle, Afin qu'ils ne viennent pas écouter ce qui se passe dans l'assemblée sublime (car ils sont assaillis de tous côtés), Repoussés et livrés à un supplice permanent. Celui qui se serait approché jusqu'à saisir à la dérobée quelques paroles est atteint d'un dard flamboyant. (Sourate XXXVII, 6 à 10)


LES DEMONS DE L'ISLAM

- Iblis ou Azazil (Azazel) ou encore Shaytân (Satan, le Diable) est le chef des démons (shayâtîn). Seul ange à refuser de se prosterner devant Adam après que Dieu l’a créé de l’argile, il est maudit par Allah qui le laisse libre de tenter les faibles. Maître des anges déchus, il enseigna aux hommes l'art de fabriquer des armes, de fondre les métaux pour créer de la monnaie. C'est lui qui montra aux femmes l'art d'employer des fards et autres ornements. Il apprit également aux géants à utiliser leur force et à remuer leurs passions. Il enseigna la vertu des simples (herbes) et la force des poisons, des enchantements, des fascinations. Il enseigna enfin l'astronomie, la divination par les signes de l'air, de la terre et de la lune.

- Les shayâtîn (satans) se reproduisent rapidement, comme le feu qui est le fond de leur nature. Ils circulent dans chacun de nous comme le sang dans nos veines. Ils posent leur tête semblable à celle du serpent sur le cœur de l’homme. L’action du shaytân (singulier de shayâtîn) est permanente. Il séduit, trompe, égare, fait des promesses fallacieuses. Son but est de détourner l’homme de Dieu. Il prend l’apparence d’animaux, le cheval, le chameau, voire de monstres. Les shayâtîn sont souvent confondus avec les djinns.

- Les djinns (génies), tour à tour bénéfiques ou néfastes, furent créés par Allah à partir du feu, deux mille ans avant l’apparition d’Adam. Ces djinns sont des êtres invisibles, doués d’intelligence. Il y a des djinns de la terre, de l'air et de l'eau ; ils sont divisés en quarante troupes de six cent mille. Les lieux que les djinns affectionnent et qu'ils hantent de préférence sont les bains, les puits, les latrines, les carrefours, les ruines, les lieux déserts, les rivières, la mer, etc. Aussi les Arabes superstitieux, lorsqu'ils entrent dans un de ces endroits, ont-ils toujours la précaution de crier préalablement : « Destour ! Destour ! Ia moubarakin ! » (Permettez ! Permettez ! Bienheureux !).
Les djinns vivent, comme les hommes, en tribus, se marient et font des enfants, contractent des alliances et se déclarent la guerre. Pourtant, ils ne sont pas limités par un corps, ont le don de se déplacer très rapidement et même d’être partout. Ils errent la nuit et prennent tantôt les apparences de monstres laids, tantôt celles d’animaux familiers comme le cheval ou le chien. Mais leur attachement à la terre leur fait préférer la forme des animaux rampants. Leurs relations avec les hommes sont étroites. Ils sont capables d’amitié et savent être reconnaissants envers ceux qui leur font du bien. Ils peuvent s’accoupler avec des humaines qui risquent d’engendrer des êtres extraordinaires ou diaboliques (marids et ifrits). On leur attribue les faits inexplicables et ils inspirent les artistes et les devins. Ils sont capables d’œuvres considérables. Mais ils ignorent les ghayb ou mystères de l’avenir (Coran, XXXIV, 14). Ils sont croyants ou incroyants, car le Prophète a été envoyé aussi pour eux. Des auteurs prétendent qu'au moyen de certains talismans ou de certaines invocations on peut forcer un djinn à servir comme un esclave. Nul homme n’a jamais exercé sur les djinns un pouvoir plus absolu que Salomon. Son talisman était le célèbre anneau sur lequel est gravé le nom du Dieu très-haut. Cet anneau était composé moitié de cuivre, moitié de fer : le cuivre soumettait à Salomon les djinns musulmans, et le fer les djinns rebelles. Ils ont été enrégimentés dans les troupes du roi (Coran, XXVII, 17) et ils ont travaillé à la construction du Temple (ibid., XXXIV, 12) 24. Lorsqu'un croyant se voit menacé par l'apparition d'un djinn malfaisant, il doit crier : « Hadid ! Hadid ! Ia machoum ! » (Du fer ! Du fer ! Misérable !) parce que le démon est censé avoir peur de ce métal.
La croyance aux djinns vient de l’antéislam. Ils font partie d’un ensemble de génies plus ou moins redoutables et sont à rapprocher des ghouls et des ifrits. Ils ont dû être les objets d’un culte et traités comme des dieux. Le Coran en est témoin (ibid., XXXIV, 41) ; quand Dieu demande aux anges si les hommes les ont adorés, ils répondent : « Non ! Ils adoraient les djinns en qui la plupart d’entre eux croyaient. » Iblis (Satan) est appelé djinn dans un verset (ibid., XVIII, 50), mais il est compté parmi les anges (ibid., II, 34). La question des rapports entre djinns et satans (shayâtîn) est obscure. La tendance à considérer les djinns comme plutôt malfaisants est celle de beaucoup de commentateurs : à propos de l’installation de l’homme sur la Terre comme vicaire de Dieu, ils expliquent qu’il aurait été précédé en cela par les djinns, qui, à cause de leurs crimes, auraient été destitués de cette fonction.
Les musulmans, qui croient que personne ne peut prédire l'avenir hormis Dieu, pensent qu'une personne pactisant avec un djinn pourrait savoir énormément de choses essentiellement sur le passé des gens et parfois sur leur présent.

- Le ghoul est un démon, fils de Shaytân, qui a pour principale occupation de dévorer les hommes. Les ghouls peuvent aussi bien avoir la forme humaine que la forme animale ; ils séjournent de préférence dans les cimetières ou dans les lieux désertiques. Le ghoul est un véritable loup-garou. Il y a aussi des ghouls femelles qui jouent à peu près le même rôle que nos succubes.

- L'ifrit est une énorme créature de feu ailée, féminine ou masculine, qui vit sous terre et fréquente les ruines.

- Le saalah est un esprit malfaisant qui se tient ordinairement dans les forêts. Lorsqu'il s'est emparé d'un homme, il s'amuse avec lui comme le chat fait de la souris. Pour attirer les voyageurs qui passent, il feint d'être attaqué par un loup et d'appeler au secours, en promettant une forte récompense à son libérateur.

- Le ghaddar est un monstre analogue, qui abonderait principalement au Yémen et en Haute Egypte.

- Le delhan est un démon qui habite les îles voisines de la côte et attaque les vaisseaux en pleine mer.

- Les marada sont des démons audacieux et insolents qui répandent la corruption.

Selon la Sunna, il est fortement conseillé d'apprendre le verset du Trône :
"Allah ! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par lui-même ‹al-Qayyum›. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur. Et, de Sa science, ils n'embrassent que ce qu'Il veut. Son Trône ‹Kursiy› déborde les cieux et la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Et Il est le Très Haut, le Très Grand." (Coran II, 255)
ainsi que les deux dernières sourates du Qoran :
- "Dis : ‹Je cherche protection auprès du Seigneur de l'aube naissante,
contre le mal des êtres qu'Il a créés,
contre le mal de l'obscurité quand elle s'approfondit,
contre le mal de celles qui soufflent (les sorcières) sur les noeuds
et contre le mal de l'envieux quand il envie›." (CXIII)
- Dis : ‹Je cherche protection auprès du Seigneur des hommes.
Le Souverain des hommes,
Dieu des hommes,
contre le mal du mauvais conseiller, furtif,
qui souffle le mal dans les poitrines des hommes,
qu'il (le conseiller) soit un djinn, ou un être humain›. (CXIV)
Ces paroles de Dieu sont un remède contre les assauts ou les mauvaises pensées des Démons. 22


DIVISIONS DE LA RELIGION MUSULMANE

Selon Britannica Book of the year 2001, il y avait dans le monde 1 207 148 000 musulmans (dont 83% de sunnites et 16% de chiites).
Selon le Pew Research Center, le nombre de musulmans dans le monde, en 2010, était estimé à 1,6 milliard, soit 23,4 % de la population mondiale.


LE KHARIDJISME. L'IBADISME

Les kharidjites (les "sortants" ; de kharadja : sortir), puritains de l'islam connus pour leur rigorisme, se séparèrent de la communauté majoritaire après être entrés en dissidence avec Ali à qui ils reprochaient sa compromission avec Muawiya lors de l'arbitrage de Siffîn (657).
En 661, les Kharidjites assassinèrent le khalife Ali, blessèrent Muâwîya et échouèrent dans leur attentat contre Amr, l'arbitre du conflit.
En 680, Hossein (ou Hussein), l'un des fils d'Ali, fut tué en 680 à Kerbela où son tombeau est un lieu de pèlerinage pour les chiites. De ce meurtre provient le grand schisme de l'islam.
La communauté kharidjite, qui récuse aussi bien les chiites que les sunnites, s’est perpétuée dans la secte ibadite (remontant à Abdallâh, fils d'Ibâd, VIIe s.).
Les ibadites fondèrent en 761 à Tahert la Purifiée (à 9 km de Tiaret, Algérie), une communauté prospère, la seigneurie rostémide (détruite en 909) dont les continuateurs sont les actuels Mzabites.
Bien que pratiquement disparues, il existe encore quelques communautés kharidjites ibadites. La plus nombreuse est celle du sultanat d'Oman, où les ibadites représentent environ 75 % de la population ; l'ibadisme est la confession de la dynastie régnante. Une des communautés les plus connues est celle des Mzabites, qui habitent les oasis du Mzab en Algérie. Les Kharidjites sont aussi présents sur l'île de Djerba en Tunisie, dans le djebel Nefoussa en Libye et à Zanzibar. 30


LE CHIISME

"Chiisme" (de l'arabe "shià" : parti) est le nom donné à l'une des deux grandes divisions de la religion musulmane, l'autre étant le sunnisme.
Le chiisme désigne les partisans (alides) qui se groupèrent autour d'Ali, gendre de Mahomet, jugeant que les trois califes qui l'avaient précédé étaient des usurpateurs.
Après l'assassinat du troisième khalife, Osman, Ali fut choisi comme successeur du Prophète mais son règne fut troublé par une guerre civile dont il triompha (Aïcha, fille d’Abou Bakr et veuve du prophète, se révolta contre lui et s'avança à la tête d'une armée pour le combattre ; elle fut vaincue et tomba au pouvoir d'Ali, qui la respecta et la fit reconduire à la Mecque).

Les chiites d'Iran ne reconnaissent que l'hérédité annoncée par Mahomet et considèrent légitimes ses descendants jusqu'au douzième imam, Al Mahdi qui, disparu en 873, reviendra au jugement dernier en tant que Messie, selon la prophétie de Mahomet (alors que pour les ismaéliens al Mahdi est le septième imam).
Depuis le IXe siècle, les chiites assurent que des imams cachés existent, qu'ils sont les véritables détenteurs de la connaissance et qu'ils réapparaitront à la fin des temps.

À l'inverse du sunnisme, le chiisme est ouvert au mysticisme (soufisme et derviches) et tolère les représentations d'animaux, d'hommes et d'êtres imaginaires et fantastiques.

Le chiisme regroupe 10 à 13 % des musulmans du monde.

De nos jours, les sectes chiites les plus importantes sont les ismaïliens (septimains), les imamis (duodécimains), les zaydites (Yémen), les druzes (Liban, Syrie), les azéris (Turquie) et les alaouites ou nusayrîs (Syrie).

LES CHIITES ISMAELIENS (SEPTIMAINS, SEPTIMANIENS). LES FATIMIDES. LES NIZARITES.

Les chiites ismaéliens sont connus sous le nom de septimains ou septimaniens, parce qu'ils ont accepté à l'origine l'autorité de 7 imams, dont Ismaël, fils de Jafar al Sadiq (mort en 765), est le dernier. Mais Ismaël est mort avant son père. La succession de Jafar aboutit à la séparation en deux branches de l'imamat chiite en 765.
Les partisans d'Ismaël restent fidèles au dogme, en maintenant la primauté de la généalogie sur toute autre considération.
Ceux qui reconnaissent l'autre fils, Musa, comme héritier naturel, sont supposés être les précurseurs des Imamis (ou duodécimains).
Certains ismaéliens refusent de reconnaître la mort d'Ismaël, prétendant qu'il est passé en « occultation » (ou Rhayba) et qu'il reviendra à la fin des temps en qualité de "mahdi" (le Bien Dirigé, l’Attendu).
Quant aux autres chiites ismaéliens, ils pensent qu'Ismaël avait lui-même désigné son fils Muhammad en tant que successeur (avant son décès prématuré).

Les ismaïliens établissent une nette distinction entre le "zahir", extérieur et exotérique de la religion, et le "basin", intérieur et ésotérique. Le zahir concerne tout ce qui est parlant et signifiant, évident et transmis par les textes du Livre et qui peut être transformé. Le basin est symbolique et concerne essentiellement les vérités éternelles transmises par la Tradition et la symbolique, que seule l'analyse et l'exégèse peuvent amener à la conscience, à la manière dont la gnose transmet la connaissance.

Les ismaéliens ont de l'histoire une conception cyclique qui la répartit en 7 âges différents dont le premier temps est toujours marqué par la Révélation faite à un prophète. C'est ainsi que se succédèrent Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet.
Le septième imam de cette révélation est Muhammad ibn Ismail, qui sera le mahdi venu abolir l'actuel islam et faire cesser la dichotomie entre zahir et basin.
A la suite de chacun de ces personnages, un imam vient annoncer qu'un cycle se termine et qu'un autre commence : c'est ainsi qu'Ali apparut après Mahomet pour révéler le sens intime du Coran.

La communauté ismaélienne a développé un ensemble complexe de systèmes et de croyances spirituelles et théologiques et s'est séparée en plusieurs groupes, dont certains, comme les Qarmates (Qaramita), continuent à penser que le dernier imam est en occultation, tandis que d'autres, tels que les Fatimides, ont abandonné les principes originaux du mouvement.

Les ismaéliens sont souvent considérés par les autres musulmans comme des marginaux, sinon comme des rebelles et, sentence plus définitive, comme des apostats.

Ils ont été durement persécutés par les sunnites et regardés avec suspicion par les chiites imamis.

Leurs imams, comme les soufis et les chiites imamis, peuvent accéder aux significations cachées (batin) du Coran au moyen d’interprétations ésotériques (tawil).

Bien que divisé en plusieurs sectes, l'ismaélisme a d'abord adopté dans sa doctrine des éléments du gnosticisme puis, ultérieurement, du néoplatonisme, puis s'est orienté vers un système émanationniste, qui considère que le monde est une émanation de la divinité, système également adopté par certains sunnites proches de la démarche philosophique des soufis, à l'instar du penseur andalou Ibn Arabi.

À la fin du IXe siècle, un État ismaélien est instauré par les Qarmates à Bahreïn et à Oman, et un autre au Xe siècle par les imams fatimides d'Afrique du Nord. Ces derniers se proclament eux-mêmes califes, et donc rivaux du grand califat abbasside sunnite.

Les Fatimides conquièrent l'Égypte en 969, fondent Le Caire et la mosquée al-Azhar, et développent un État fort à la culture brillante, prospère jusqu'au XIIe siècle. De nos jours, les deux principales branches des ismaéliens sont issues des Fatimides.

Un groupe séparé d'ismaéliens fatimides, les Nizârites, établit en 868 une forteresse dans les montagnes du nord de l'Iran, à Alamut, et au Liban au XIIe siècle.
En 1090, Hassan ibn al-Sâbbâh fonde une société secrète dont les membres sont qualifiés par les sunnites de Hachichiyin (consommateurs de hachisch), terme transformé en "Assissini" par les Croisés et qui donnera en italien "assassino" puis en français "assassin". Amin Maalouf donne, dans son roman Samarcande, une étymologie différente ; le mot proviendrait de "asâs" (base, fondement) : « D'après les textes qui nous sont parvenus d'Alamout, Hassan aimait appeler ses adeptes Assassiyoun, ceux qui sont fidèles au Assas, au Fondement de la foi (Assas veut également dire gardien en arabe), et c'est ce mot, mal compris des voyageurs étrangers, qui a semblé avoir des relents de haschich. » (Wikipedia)
Pour combattre les Turcs seldjoukides, la secte emploie le meurtre politique comme mode d'action et infiltre ses membres au plus haut niveau de l’entourage des émirs, des vizirs, et même des califes.
Elle conquiert de nombreuses places fortes en Perse et constitue une dynastie. Elle est détruite en 1256 après la prise d'Alamut par les Mongols.
Cependant, des membres de la secte se réfugient en Syrie sous la direction spirituelle du "Vieux de la Montagne", détenteur de la doctrine secrète du Coran et de la coupe dans laquelle boivent les chevaliers de l’islam lors de leur adoubement.
Les membres de la secte, appelés "fidâiyyûn" (ceux qui se sacrifient), accomplissent leur mission jusqu'au sacrifice de leur vie.
Les historiens ont signalé à plusieurs reprises les analogies de doctrines reliant les ismaéliens aux Templiers. Les deux ordres étaient à la fois initiatiques et militaires et portaient le titre de Gardien de la Terre sainte.
Dans les rites d'Alamut, le grade de chevalier était conféré non par des princes, mais par les sheiks "maîtres spirituels".
Les chroniques musulmanes de Syrie mentionnent plusieurs élévations au grade de chevalier, conférées parmi les ismaéliens, dont la première eut lieu en 578 de l'hégire soit en 1182.
Au début de la conquête de la Palestine, les Templiers entrent en contact avec les ismaéliens du Vieux de la Montagne, Hasan ibn al-Sâbbâh.
Les rencontres ont lieu dans la forteresse musulmane d'Alamut, dans les montagnes de Syrie.
Al-Sâbbâh règne sur ce nid d'aigle, avec ses "fidâiyyûn ou fedaïn", véritable confrérie de moines guerriers.
Sur cette citadelle flottent quatre drapeaux : un blanc pour la pureté, un jaune pour la dévotion, un rouge pour la guerre et un vert pour la Connaissance secrète d'Allah.
Les relations de l'ordre du Temple avec l'islam sont avant tout d'ordre initiatique.
Les Templiers vont jusqu'à armer chevaliers des catholiques grecs hostiles à la papauté, ainsi que des ismaéliens initiés comme ils le sont eux-mêmes.
Retranchés dans leurs châteaux d'Irak et de Syrie, les membres de l'ordre ismaélien ont un vêtement voisin de celui des Templiers, portant sur une robe blanche une ceinture rouge.
Dans la constitution des deux ordres, la hiérarchie est identique, les degrés sont les mêmes, ce qui tend à montrer qu'une relation secrète, ésotérique, existe bien entre les Templiers d'Orient et l'ordre des ismaéliens.
Les relations entre les Templiers et les Ismaéliens d'Alamut sont attestées dans la chronique de Jean de Joinville, biographe de saint Louis, qui rapporte la visite du Vieux de la Montagne à Acre où il est reçu par le roi Louis IX et où les deux souverains échangent des cadeaux. Le Vieux de la Montagne sollicite l'aide du roi de France contre les Mongols qui envahissent la Perse.

Depuis le XVe siècle, les Indiens khodjas (du persan "khwadja" : seigneur) forment la plus importante des confréries ismaéliennes.
Ils sont les descendants spirituels des Nizârites (Assassins) d'Iran et du Liban et leur lignée d'imams se perpétue de nos jours, l'actuel imam étant appelé Aga Khan (titre honorifique à la cour de la dynastie kadjare de Perse - 1779-1924 - devenu depuis 1881 celui de chef spirituel).

Les bohras, dont le siège se trouve à Bombay, croient leur dernier imam en occultation et acceptent l'autorité du "dai absolu" en qualité de délégué.

Les ismaéliens se trouvent au Pakistan, en Inde, en Syrie et au Soudan. Autre branche : celle des nusayrîs ou alaouites de Syrie (voir plus loin).

LES CHIITES DUODECIMAINS OU IMAMITES

Les chiites duodécimains ou imâmites reconnaissent 12 imams d'où leur nom : imâmiya (ceux qui croient en 12 imams).

Le onzième imam, al-Hasan al-Askari, descendant direct d’Ali II (quatrième imam, fils du troisième), épousa une princesse chrétienne convertie, Nargis Khatum, fille de l'empereur de Constantinople.
Son fils, le douzième imam, Muhammad al-Mahdi, ou Imam al-Mahdi, décida de "s'occulter" (petite occultation) en 874, dès la mort de son père. En 939, l'Imam fit annoncer la mort prochaine du dernier représentant et l'entrée dans la grande occultation. D'après la prophétie, il doit être le Mahdi, le calife bien guidé, dont le retour (ayant lieu en même temps que celui du prophète Jésus) inaugurera une ère de justice et de bonheur. La plupart des chiites croient qu'il n'est pas mort et qu'il reviendra lui-même quand les Temps seront accomplis.

Les imamis forment de loin la plus importante des sectes chiites, même si leurs imams n'ont jamais atteint la puissance politique des imams ismaïliens et zaydites.
L'imâmisme est la religion majoritaire officielle de l'Iran depuis le début du XVIe siècle ; elle est également représentée en Irak, au Sud Liban, en Inde, au Pakistan, en Afghanistan et en Russie.

Le hojjatieh est une société chiite iranienne dont l’apparition remonte aux années 1950. Pour les adeptes, le Mahdi, à son retour, devra juger et "exterminer tous les mécréants jusqu’à ce qu’une mer de sang lui atteigne les genoux". Le Mahdi sera accompagné de Jésus en personne ; convaincu par l’enseignement du Mahdi, Jésus invitera l’ensemble des chrétiens à se convertir à l’Islam et remplacera les Evangiles par le Coran...

LES ZAYDITES

Les imams zaydites, ainsi nommés d'après Zayd ibn Ali (+ 740), n'ont pas adopté la principale doctrine chiite de l'imamat.
Zayd, le fondateur éponyme du zaydisme, combattit activement son frère quiétiste, Mohammed al-Baqir.
Les zaydites reconnaissent Zayd comme cinquième et dernier imam.
Une dynastie d'imams zaydites s'implanta au Tabaristan, une autre au Yémen et une autre au Maroc.
En 898, se constitua, au Yémen, la dynastie chiite zaydite qui allait se maintenir jusqu'en 1962. Aujourd'hui, un tiers des Yéménites sont zaydites, la majorité se trouvant dans le Nord.

LES DRUZES

Abu Ali al-Mansur, dit al-Hakîm, le calife le plus controversé de l’Egypte fatimide, extravagant au point qu’on l’a dit fou, déchaîna le fanatisme musulman, fit détruire l’église du Saint-Sépulcre en 1009, persécuta les chrétiens et les juifs en 1012, puis permit aux convertis à l’islam de revenir à leur foi première.
En 1013, il protégea les églises de Jérusalem et fit restituer les biens confisqués.
Autoproclamé "incarnation divine" en 1017, il disparut le 13-2-1021 au cours d’une promenade nocturne sur le mont Mukattam, probablement assassiné.
Un de ses fidèles, Muhammad al-Darazi répandit sa doctrine en Syrie où il fonda la secte des druzes.
Les druzes sont convaincus que le calife n’est pas mort et qu’il réapparaîtra un jour. Ils croient en la métempsycose.

Les Druzes auraient transmis aux Templiers des enseignements ésotériques.

LES ALAOUITES OU NUSAYRI. LES ALEVIS

Les alaouites ou alawites (de l'arabe 'alawī = descendant d'Ali, gendre du prophète Mahomet) 28 ou nusayrî (nosaïri) vivent en Syrie et dans le sud de la Turquie, près de la frontière syrienne.
Bachar el-Assad, président de la République arabe syrienne, est un alaouite comme son feu père Hafez el-Assad.

Le fondateur du noséirisme est Mohamed Ibn Nusayr al-Namîry, mort en 884, qui se déclara, en 859, "bâb" (émanation, manifestation) du dixième imam, Ali al-Hadi al-Naqî. Il considérait celui-ci comme une incarnation de l'Esprit Saint et se voyait lui-même comme un prophète.
D'après la tradition, le onzième imam al-Hasan al-Askari (mort en 874) lui confia une révélation nouvelle, qui est le noyau de la doctrine alaouite.

La doctrine alaouite est un mélange de chiisme, de christianisme et d’anciens cultes païens. Les alaouites croient en la réincarnation et en la métempsycose.

Les alévis-nosaïri (dits alaouites dans les pays arabes), sont une des branches alévies importantes implantés surtout dans le sud-est de la Turquie (région d’Antioche, Adana, Tarse, Mardin, Alexandrette).
L'alévisme se rattache au chiisme duodécimain à travers le cinquième imam (Dja'far al-Sadiq) et à Haci Bektas Veli (1209-1271), fondateur de l'ordre des bektachi. Il se classe dans les traditions soufies et ses croyances sont assimilables au panenthéisme.
Les alévis bektachi sont musulmans mais n’ont pas l’obligation des cinq prières quotidiennes ni du hajj à La Mecque soutenant le véritable pèlerinage autour de la Véritable Kaaba : le Cœur de l'Homme. L'alévisme constitue la seconde religion en Turquie après le sunnisme 25.

LES AZERIS

Les Azéris sont un groupe ethnique qui vit principalement dans le nord-ouest de l'Iran et en Azerbaïdjan et dont le patrimoine culturel est composé d'éléments turcs, iraniens et caucasiens. Les Azéris parlent une langue turque et sont en majorité musulmans chiites. Les musulmans sunnites, les juifs, les zoroastriens, les chrétiens et les bahaïs forment les minorités religieuses.


LE SUNNISME

Les sunnites, qui constituent près de 90% des musulmans, mettent l’accent sur la fidélité à la tradition (sunna) et se considèrent comme orthodoxes par rapport aux chiites.
Ils reconnaissant les 4 premiers califes comme légitimes et, partisans de l’élection, désignent le successeur du prophète (le calife).

La théorie des sources de la loi sunnite, sans laquelle il n'était pas possible de produire des recueils de hadiths, fut élaborée vers la fin du IIe siècle de l'Hégire par Mohammad al-Chafii. Avant lui, les juristes musulmans n'étaient pas très rigoureux dans le choix des sources et bon nombre d'entre eux s'en tenaient à leur propre jugement. Cet état de choses permettait d'apporter une multitude de réponses à un seul problème et menaçait de devenir un facteur de division au sein de la communauté.
Al-Chafii posa le principe selon lequel, lorsqu'il existait un verset coranique ou un hadith relatif à la question posée, il fallait le considérer comme l'autorité en la matière aux dépens de toutes les autres sources. Ce fut l'acceptation générale de la théorie d'al-Chafii qui marqua réellement l'émergence de l'islam sunnite.

En dehors du Coran et de la Sunna, il existe une troisième source théorique importante de la loi sunnite, qui est constituée par le consensus de l'ensemble des musulmans : l'ijmaa.
Si la communauté accepte une pratique ou une doctrine, celle-ci devient légitime, même si elle n'est pas justifiée par un verset ou un hadith. Ce principe trouve en fait sa justification dans un hadith qui rapporte que le Prophète aurait dit : « Ma communauté ne peut tomber d'accord sur une erreur. »

Bien qu'ils eussent fini par admettre les principes généraux posés par al-Chafii, les théologiens continuaient à diverger sur certains points essentiels.
Ces différends entraînèrent la formation, parmi les sunnites, de plusieurs écoles de pensée (mazhabs), dont les quatre plus importantes survécurent jusqu'à nos jours : les hanafites (d'après Abou Hanifa), les malikites (d'après Malik ibn Anas), les chafiites (d'après al-Chafii) et les hanbalites (d'après Ahmad ibn Hanbal).
Ces quatre écoles rivales se combattirent jusqu'à ce qu'elles en viennent progressivement à se reconnaître mutuellement comme autant d'expressions légitimes de l'islam sunnite.
Chacune d'elles fut prédominante dans une région précise du monde musulman : les malikites en Afrique du Nord (Maghreb) et de l'Ouest, les chafiites en Asie du Sud-Est et en Afrique orientale, les hanafites dans les régions qui allaient tomber plus tard sous la domination de l'Empire ottoman (Égypte, Grande Syrie et Turquie) et en Asie du Sud et les hanbalites en Arabie saoudite.

L'islam sunnite devint la forme dominante de l'islam en raison des vicissitudes de l'histoire.
Son centre originel était en Irak, qui devait devenir, à partir de 750, également le centre du califat.
A l’origine, les califes se considéraient comme les seuls détenteurs de l'autorité religieuse, mais ils avaient besoin pour cela de l'appui des théologiens qui élaboraient le concept de la Sunna.
Au début du IXe siècle, les théologiens s'affirmèrent détenteurs de l'autorité religieuse à la place des califes. Il s'ensuivit une crise (mihna). La mihna fut abandonnée vers 850 et il fut proclamé que les théologiens seraient désormais les détenteurs de l'autorité religieuse de l'islam sunnite. Bien que les califes aient continué d'être considérés symboliquement comme les chefs de l'islam sunnite, ils n'essayèrent plus jamais de se mêler des questions de théologie ou de pratique religieuse.

LE SOUFISME

Le soufisme, de l'arabe "souf" (vêtement de laine que portaient les premiers soufis), est la doctrine mystique de l'islam, née en Perse, qui s'opposa au formalisme juridique de certains docteurs rationalistes.
Le soufisme fut influencé par les philosophies et religions ayant précédé l'islam, telles que le néoplatonisme, le bouddhisme, le zoroastrisme, le christianisme et le manichéisme.
Le soufisme recherche l'amour de Dieu et, par l'initiation spirituelle, l'extase par la contemplation et la pratique de la méditation et de la pureté de vie (l'ascèse).
Le taçawwuf, généralement traduit par "soufisme", désigne le mysticisme de l'islam avec ses aspects spirituels et ésotériques.
Il se fonde essentiellement sur le Coran et la sunna (tradition).
Le soufisme a essentiellement ses racines dans l'orthodoxie sunnite.
Ses manifestations, distinctes de la piété ordinaire, datent du 1er siècle de l'hégire.
Pratiquement tous les saints dont on respecte la mémoire et dont on visite les tombeaux furent des soufis.
En conflit avec les autorités religieuses, notamment à Bagdad sous les Abbassides (Mansur al-Hallaj fut jugé hétérodoxe et mis à mort en 922), le soufisme se réconcilia avec elles surtout depuis Ghazali (1058-1111), et se développa.
Parfois dégénéré pour n'être plus que maraboutisme ou fakirisme, il a aussi été mêlé, parfois, à des mouvements politiques.

Confréries les plus importantes : Qâdiriya issue d'Abdal-Qadîr al-Djîlâni (XIIe s.), le saint de Bagdad ; Châdhiliya fondée par Abou'l-Hasan ach-Châdhilî (XIIIe s.) : nombreux adhérents en Afrique du Nord et au Proche-Orient ; Mawlawiya remontant à Djalal ad-Dîn Rûmi (1207-73), célèbre par la danse cosmique des derviches tourneurs.

Pratique la plus caractéristique des confréries : le dhikr (souvenir de Dieu) sous forme d'invocations, de litanies ou de danses sacrées.

La Sanusiya, confrérie soufie, est fondée en 1837 à Mazouna (Algérie) par Muhammad Ibn-Ali as-Sanûsi (1787-1859) qui émigre à Koufra (Libye). Marquée par le wahhabisme, elle lutte pour le retour aux sources de la foi, et combat contre la pénétration italienne en Libye, où se trouve le centre de l'ordre des Sénoussis, dont le chef est à la tête d'un empire qui s'étend jusqu'en Afrique centrale.
Les Senoussis combattirent aux côtés des Turcs contre les Italiens pendant la guerre de 1911 puis contre les alliés durant la Première Guerre mondiale. Le chérif Idris (petit-fils du fondateur), défait par les Italiens en 1931, roi de Libye à son indépendance (1951), fut renversé en 1969 par Kadhafi.

Au Sénégal, vers 1890, le cheikh Ahmadou Bamba (1852-1927) fonde le mouridisme (contesté par certaines confréries du soufisme).
Les mourides considèrent le travail comme un moyen de sanctification aussi important que la prière.
Ils ont créé des villages communautaires (pratiquant les techniques agricoles modernes) dont l'un est leur ville sainte : Touba.
Pour eux, le djihâd n'est pas violent et la femme joue un rôle capital dans la société.
Pour la prière et la méditation, les femmes font cercle autour de la maîtresse, les hommes autour du maître.
3 000 000 d’adhérents, surtout au Sénégal.

LE COURANT REFORMISTE

Le succès des doctrines fondamentalistes vient du fait que le modernisme et les idéologies nationaliste, libérale, socialiste importées ont échoué.
Pour les peuples du tiers-monde qui estiment perdre leur âme par une modernisation excessive, l'islam apparaît comme faisant cause commune avec la leur.

- Le wahhabisme

En 1770, Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1791) fonde, en Arabie, un mouvement religieux sunnite réformiste qui sera appelé "wahhabisme".
Abd al-Wahhab s'élève contre les pratiques jugées incompatibles avec la pureté de la religion et considérées comme des innovations (bid'a) blâmables, telles que le culte des saints et la visite de leurs tombeaux.
Il s'attaque aussi aux philosophes, aux soufis et aux chiites, accusés d'avoir introduit des innovations dans l'islam, et prêche une foi rigoriste et une interprétation littérale de la Charia.
Au XIXe siècle, l'émir Muhammad ibn Saoud, gagné à la cause wahhabite et désireux de la répandre dans le monde musulman, entraîne ses guerriers à la conquête de l'Arabie alors sous domination ottomane.
II réussit à la soumettre presque entièrement, puis il parvient à Bagdad et à Damas, mais est vaincu par le calife.
Le wahhabisme reste toutefois vivace et c'est en son nom qu'Ibn Saoud fonde le royaume d'Arabie saoudite en 1932.
Le Qatar, moins rigoriste, est le second régime wahhabite.

- Ahmadiya

Le 4 mars 1889, Hazrat Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908) de Qadian en Inde, originaire d'un milieu soufi sunnite, qui se présente comme le Mujaddid (réformateur) du XIVe siècle de l’hégire, l'Imam Mahdi ou Messie promis, fonde l'ahmadisme (Ahmadiya), un mouvement réformiste musulman messianiste. Il proclame avoir reçu une révélation de Dieu, la capacité de prescience ainsi que celle d'accomplir des miracles - y compris la résurrection des morts - puis, à partir de 1904, être un avatar de Krishna ainsi que Jésus de Nazareth retourné sur terre comme Mahdi).
Les Ahmadis donnent aux prophètes Mahomet et Jésus (Issa), une place privilégiée. Le lieu de culte est un temple situé à Srinagar au Cachemire où ils vénèrent un tombeau nommé Roza Bal qu'ils disent être celui de Jésus. Ce courant développe une christologie particulière selon laquelle Jésus est un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma. Une fois soigné, après quelques apparitions à ses disciples pour organiser sa prédication, Jésus « grand voyageur » serait parti à l'est de l'Euphrate pour rassembler les Tribus perdues d'Israël, ce qui l'aurait conduit à Srinagar, via Nisibe, Herat et Peshawar. Il aurait fini sa vie au Cachemire, y vivant jusqu'à l'âge de 120 ans... 35
Le mouvement est considéré aujourd'hui comme hérétique, notamment par les wahhabites d'Arabie saoudite et du Pakistan.
Adhérents : environ 30 millions dans plus de 142 pays (Allemagne plus de 37 000 ; Grande-Bretagne: plus de 10 000). Missions : dans 142 pays.

- La salafiya

La salafiya (salafisme) est un courant réformiste né au XIXe siècle, se réclamant des pieux "ancêtres" (salaf = ancêtre) et d'un certain modernisme pour revivifier un islam en "stagnation" face à un Occident dynamique et puissant. Le mot arabe salafi (salafistes) fait référence aux pieux "prédécesseurs" des premières générations qui suivaient le Coran à la lettre ainsi que la tradition de Muhammad.
Après l'Iranien Djamal al-Din al-Afghânî, partisan du panislamisme, l'Égyptien Muhammad Abduh (1848-1905), son disciple, élabora un réformisme théologique et culturel.
Il épura l'islam, combattant les superstitions et le culte des saints en prêchant le retour à la foi originelle.
II chercha à développer l'enseignement des Sciences occidentales et de l'Histoire.
Son œuvre fut poursuivie dans un sens plus nationaliste arabe par Rachid Rida (+ 1935) qui, avec la revue Al-Manâr (le Phare), propagea les idées de la Salafiya : au Maghreb, mouvement réformiste des oulémas algériens ; en Inde, Ahl-il-Hadith combattant les superstitions ; en Indonésie, Mohammadiya œuvrant à approfondir l'islamisation du pays. Il en résulta la création d'universités modernes.
Le salafisme contemporain est un mouvement composite, constitué de plusieurs mouvances. On peut distinguer un courant "quiétiste", quantitativement le plus important, centré sur la prédication, et un courant "révolutionnaire" qui prône le djihad armé. Chacun de ces courants prétend incarner le vrai salafisme et critique les autres courants de manière virulente. 29

- Les Frères musulmans

Le 11 avril 1928, en Egypte, à Ismaïlia, la Société (confrérie) des Frères musulmans (Jamiiyat Al-Ikhwân al-muslimûn) est fondée par l'instituteur Hassan al-Banna (1906/2-2-1949, assassiné).
Inspirée par la Salafiya, elle veut aussi mettre en pratique ses idées et s'adresse à toutes les catégories sociales, gagnant à sa cause une bonne partie de la jeunesse ; elle vise à lutter contre toute emprise étrangère dans les pays musulmans, et à retourner aux sources de la religion du Prophète, rejette toute imitation du modèle occidental, origine de la corruption et de la déchéance du monde musulman, veut édifier une société islamique idéale ("pas de Constitution si ce n'est le Coran" ; la choura (conseil) dont les membres représentent la communauté et élisent le chef de l'État, contrôle ses actes et légifère avec lui), abolir la prostitution, interdire les écoles mixtes, organiser la zakat (aumône publique) et la propriété privée, interdire l'usure, lutter contre les fausses confréries, limiter la polygamie.
1932 : l'organisation se politise et grâce à ses multiples cellules implantées notamment en Égypte, devient une force importante menaçant le régime.
1948 : dissous par le gouvernement égyptien, les Frères répliquent par l'assassinat du Premier ministre Nokrachi Pacha (28-12).
1949, 12 février : al-Banna est tué, mais la confrérie continue une vie clandestine.
1951 : la confrérie reprend ses activités au grand jour.
1952 : les Officiers libres de Néguib et Nasser, en contact avec les Frères, prennent le pouvoir et cherchent leur collaboration.
Octobre 1954 : déçus dans leurs espoirs de voir s'instaurer un régime islamique, les Frères attaquent le gouvernement et fomentent un attentat contre Nasser ; la confrérie est dissoute, les Frères arrêtés et des exécutions spectaculaires ont lieu.
Malgré tout, l’organisation continue de se manifester, souvent avec violence (on lui impute l’assassinat du président Sadate).
Elle donnera naissance à des groupuscules plus extrémistes : Takfir wa Hidjra, etc.
La Jamaa Islamiya est un groupe politique de la mouvance des Frères musulmans installé au Liban.

- Le takfirisme

Le terme takfiri signifie littéralement « excommunication » ce qui emporte le prononcé de la peine de mort. Les takfiris considèrent les musulmans ne partageant pas leur point de vue comme étant des apostats, ce qui les autoriserait bien légitimement à verser leur sang. Pour mettre au pas leurs coreligionnaires, ils font donc un recours systématique à l'arme du takfir. Autrement dit, le takfirisme se définit comme un terrorisme intellectuel, joignant la parole aux actes.
Le mouvement Takfir wal Hijra a été fondé, à sa sortie de prison en 1971, par Moustafa Choukri, un ingénieur agronome égyptien originaire d'Assiout, emprisonné par Nasser à la suite de la grande répression des islamistes de 1965. Initialement, le nom de Takfir wal Hijra a été donné ironiquement par la police et la presse égyptienne, ses membres se désignant sous le nom de Jama'a al-muslimun ("association des musulmans"). Il s'agit d'une scission des Frères musulmans par un groupe de puristes qui non seulement jettent l'anathème (takfir) sur les autres groupes musulmans, mais refusent de prier avec eux et se mettent donc en exil (hijra) de la communauté, en contradiction avec les principes régissant l'oumma. Le groupe s'inspire des théories de Sayyid Qotb en les appliquant littéralement. Il souligne sa rupture totale avec la société musulmane traditionnelle qu'il qualifie de mécréante (kufr). 31

- Le tabligh

Le tabligh est un mouvement missionnaire qui fait de nombreux adeptes dans le monde. Tablighi djama'at ou Djama'at al-tabligh (Association pour la prédication) est un mouvement religieux musulman de nature apolitique, fondé par Muhammad Ilyas al-Kandhlawi, à la fin des années 1920, dans la province indienne de Mewat.
Les tablighis ont une interprétation littéraliste des principaux préceptes de l'islam.
Leur pratique est basée sur six qualités (Sita Sifâtes) parmi les nombreuses qualités possédées par les compagnons de Mahomet :
- La certitude sur Dieu (al yaqine) et le chemin du prophète de l'islam Mahomet (sunna) ;
- La prière avec concentration et dévotion (salat dat al khouchou'oua al khoudou') ;
- La science et le rappel perpétuel de Dieu (al Ilm wa al Zikhr) ;
- La Générosité envers les musulmans (Ikram al Muslimine) ;
- La correction de l'intention et la sincérité (Tashih al niya oua ikhlasouha) ;
- Le prêche vers Allah avec la sortie sur le sentier d'Allah (Da'wa ila Allah bil Khourouj fi sabililah) 21


LES KURDES ET LES KURDOPHONES

Les Kurdes, probablement des Indo-européens dont les origines demeurent mal connues, apparaissent dans l’histoire entre le Xe et le XIe siècle.
Généralement musulmans, ils adhèrent pour la majorité au sunnisme chafiite. Des minorités se réclament cependant du chiisme, des mouvements sectaires alevi (confession hétérodoxe issue du chiisme, tolérante et très attachée à la laïcité) ou yezidi et du christianisme (Assyro-chaldéens).
Le Kurdistan, préconisé dans le traité de Sèvres (10 août 1920), ne regroupe pas toutes les régions habitées par les Kurdes de l’Empire ottoman et ignore ceux de Perse ; mais le redressement de la Turquie et les convoitises des puissances étrangères (France et Grande-Bretagne notamment) sur le pétrole du Kurdistan méridional sont des obstacles majeurs à la création d’un État kurde. Les Kurdes se retrouvent dispersés principalement entre trois États : Turquie, Irak et Iran, avec une petite minorité en Syrie et quelques éléments en Transcaucasie soviétique.
Le 22 janvier 1946, la république kurde de Mahabad déclare son indépendance vis-à-vis de l'Iran ; vaincue par les troupes iraniennes, elle sera dissoute le 15 décembre ; le président de la république, Qazi Muhammad, sera pendu le 31 mars 1947.

Les Shabaks, groupe ethnolinguistique minoritaire d'Irak, demeurent principalement au sein de 35 villages dans la province de Ninawa. Parlant le shabaki, idiome nord-iranien de la sous-famille kurde Zaza-Gorani, ils sont au nombre de 60 000 et pratiquent le chiisme, l'alévisme et le yârsânisme ou yaresanisme (du kurde : yâresân), mouvement religieux fondé par Sultan Sahâk à la fin du XIVe siècle en Iran occidental (Kurdistan iranien). 27

Les Yezidis ou Yazidis (ils s'appellent eux-mêmes Dasni), de langue kurde, qui vivent au nord de Mossoul en Irak, à Alep en Syrie, en Turquie, en Iran, en Arménie, en Géorgie et au Sud de la Russie, ont conservé une religion syncrétiste, appelée yézidisme, qui intègre des éléments du paganisme chamanique, du mazdéisme, du zoroastrisme, du manichéisme, du judaïsme, du nestorianisme et de l'islam.


Notes
1 Le Coran traduit par Kasimirski. GF Flammarion 1970 ; http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Koran_%28Traduction_de_Kazimirski%29
2 coran-en-ligne.com/coran-en-francais.html ; al-islam.com/Frn/ ; http://www.mosquee-lyon.org/
3 fr.wikipedia.org/wiki/625
4 www.coranix.org/200rem/batailles.htm
5 http://www.atheisme.org/listeislam.html
6 www.coranix.org/biblio/mahomet_rodinson.htm
7 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse
8 http://islammedia.free.fr/Pages/wallpapers-mecque.html
9 Bibliothèque nationale de France
10 http://www.islam-medecine.com/article124.html
11 Hadith 114 dans le Sahîh de Muslim ; Sahih Al Boukhari, « Oeuvres complètes », volume VII
12 http://fr.wikipedia.org/wiki/Charia
13 http://fr.wikipedia.org/wiki/Hadith
14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Sunna
15 http://wikipedia.orange.fr/wiki/624
16 http://wikipedia.orange.fr/wiki/Bataille_de_Badr
17 http://wikipedia.orange.fr/wiki/627 ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_massacres
18 http://wikipedia.orange.fr/wiki/629
19 http://coranix.org/200rem/batailles.htm
20 http://quran.al-shia.org/fr/mojezeh/04.htm
21 http://fr.wikipedia.org/wiki/Tablighi_Jamaat
22 http://histoireducoran.skyrock.com/1290358386-LES-GENIES-ET-LES-DEMONS.html
23 http://fr.wikipedia.org/wiki/Harout_et_Marout
24 Dans la tradition talmudique, le démon Asmodée apporte son aide à Salomon lors de la construction du Temple de Jérusalem. Le roi Salomon s'empare du démon Bélial et l'enferme dans une jarre qu'il enfouit au fond d'un puits.
25 http://fr.wikipedia.org/wiki/Al%C3%A9visme
26 http://www.islam-medecine.com/article71.html
27 http://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A2rs%C3%A2nisme
28 Ne pas confondre avec la dynastie alaouite, une dynastie qui, venue du Hejaz, règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du XVIIe siècle.
29 https://fr.wikipedia.org/wiki/Salafisme
30 https://fr.wikipedia.org/wiki/Kharidjisme
31 https://fr.wikipedia.org/wiki/Takfirisme
32 http://musulmane.com/que-penser-de-la-mixite/
33 "L'aniconisme" est l'absence de représentations matérielles du monde naturel et surnaturel dans différentes cultures, en particulier dans les religions monothéistes telles que le judaïsme et l'islam (http://fr.wikipedia.org/wiki/Aniconisme).
34 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil16sem/semaine14/216nx214moa.html
35 https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmadisme


Sources
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mahomet
La civilisation arabe. Gustave Le Bon. Ed. Minerva. 1974
L’Islam. Dominique Sourdel. Que sais-je ? PUF. 1999

Autres sources


Voir : Djihad (le). Le voile


Auteur : Jean Uryel Capet-Detou
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 23/02/2017

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