LE JANSENISME.
Grâce divine, prédestination et libre arbitre.

Le jansénisme est la doctrine de Jansenius (1585-1638) et de ses disciples.

Cornelius Jansen, dit Jansenius, théologien hollandais, évêque d'Ypres, entre en 1602 à l'Université de Louvain qui est alors le théâtre d'une lutte violente entre jésuites et augustiniens pour lesquels il prend parti. Puis il étudie à Paris où il rencontre en 1609 le théologien français Jean Duvergier de Hauranne (futur abbé de Saint-Cyran et chapelain du couvent de Port-Royal-des-Champs près de Versailles) qui lui fait connaître les thèses du maître de l’université de Louvain, Michel de Bay dit Baïus (1513-1589) 4.


Cornelius Jansen

En 1628, Jansénius travaille à son principal ouvrage, l'Augustinus, publié à titre posthume en 1640.

S’appuyant sur une interprétation rigoureuse de la philosophie d'Augustin d'Hippone, Jansenius défend la doctrine de la prédestination absolue. Il estime que tout individu peut pratiquer le bien sans la grâce de Dieu, mais que son salut ou sa damnation ne dépend que de Dieu. En outre, Jansenius affirme que seuls quelques élus seront sauvés. À cet égard, sa doctrine s’apparente au calvinisme, de sorte que Jansenius et ses disciples sont très vite accusés d’être des protestants déguisés. Cependant, les jansénistes ont toujours proclamé leur adhésion au catholicisme romain et soutenu qu’aucun salut n’est possible hors de l’Église catholique.

Le jansénisme reprend et développe, contre les molinistes (partisans du jésuite espagnol Luis de Molina), le point de vue des augustiniens selon lesquels la grâce est un pur don divin, qui descend sur un individu "indépendamment de toute participation de la liberté humaine" 5.

Augustin d'Hippone est le père de l’Eglise d'Occident autour duquel se développent le plus de discussions théologiques : catholiques et protestants, jansénistes et jésuites revendiquent son autorité. Parce qu'elle est élaborée au cours de controverses, sa pensée se prête à de multiples interprétations. C'est en particulier sa doctrine de la grâce et de la prédestination qui fait l'objet de conflits. Luther et Calvin s'appuient sur Augustin pour soutenir la prédestination.

Toutes les théories chrétiennes de la prédestination sacrifient la liberté à la Providence. Fatalisme ou liberté ? Dans la philosophie scolastique, le fatalisme est tenu pour un "argument paresseux". Parce que l'homme ne peut rien faire pour son salut, les œuvres perdent toute valeur.
A travers Luis de Molina 2, l’Eglise catholique cherche à concilier le libre arbitre et la grâce, alors que Jansenius veut revenir à une stricte interprétation d'Augustin : « Le libre arbitre ne peut vouloir que le mal. La grâce doit être constante et irrésistible et nous déterminer de l'intérieur à vouloir le bien ».

Lorsque le jansénisme pénètre en France, en particulier grâce à Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643), abbé de Saint-Cyran, il impose d’abord une forme de piété austère et une stricte moralité. Il se situe par là à l’opposé d’une morale plus tolérante et d’un cérémonial religieux surchargé, qui ont souvent les faveurs de l’Eglise de France, en particulier dans l’ordre des jésuites.

Considéré comme dangereux par Richelieu, combattu par Mazarin, toléré puis poursuivi par Louis XIV, le jansénisme est un foyer d'opposition à l'absolutisme de la monarchie et le levain du gallicanisme parlementaire.


Chronologie historique

Vers 390, Pélage, moine catholique anglais, se rend à Rome où, scandalisé par les mœurs relâchées des Romains, il prêche l'ascétisme et fait de nombreux adeptes. Il soutient que la chute d'Adam n'a pas corrompu les facultés naturelles de l'humanité : les êtres humains peuvent mener une vie vertueuse et mériter le paradis par leurs propres efforts.

Pélage affirme que la grâce réside dans les dons naturels de l'Homme : notamment le libre arbitre, la raison et la conscience. Il reconnaît aussi ce qu'il appelle les grâces extérieures : la loi mosaïque, l'enseignement et l'exemple du Christ, qui stimulent la volonté mais n'ont pas de pouvoir divin inhérent. Pélage s'établit en Palestine vers 412 et bénéficie du soutien de Jean, évêque de Jérusalem. Ses idées ont beaucoup de succès, notamment parmi les disciples d'Origène. Plus tard, ses disciples Célestius et Julien sont accueillis à Constantinople par le patriarche Nestorius qui adhère à leur doctrine fondée sur l'intégrité et l'indépendance de la volonté.

À partir de 412, Augustin d'Hippone écrit une série d'ouvrages dans lesquels il attaque violemment les préceptes que formule Pélage sur l'autonomie morale de l'Homme et élabore sa propre formulation subtile du rapport entre la liberté humaine et la grâce divine.

En 475, le concile d'Arles, convoqué par le métropolitain d'Arles, Léonce, et regroupant vingt-neuf évêques, condamne la doctrine de la prédestination, enseignée par Lucidus, qui a jeté le trouble dans les églises de la Provence ; participent au concile : Patient de Lyon, Mamert de Vienne, Euphrone d'Autun, Eutrope d'Orange ; le fautif, présent, se rétracte 1.

Isidore de Séville (+ 636) écrit (Livre des sentences) : "Sans le secours de la grâce, l’enseignement a beau entrer dans les oreilles, il ne descend jamais jusqu’au cœur. La parole de Dieu, entrée par les oreilles, parvient au fond du cœur lorsque la grâce de Dieu touche intérieurement l’esprit pour qu’il comprenne."

En 848, le synode de Mayence condamne le moine saxon Gottschalk (ou Godescalc ou Gotescalc) d’Orbais, appelé aussi Fulgence, théologien allemand, et le fait emprisonné pour ses thèses, jugées hérétiques, sur la prédestination : l’homme est prédestiné avant sa naissance au salut ou à la damnation, sans liberté de choix. Gottschalk avait élaboré une théorie de la double prédestination, celle des élus et celle des réprouvés. En vrai prédestinatianiste, il affirmait que Dieu, sachant les bonnes actions des justes, les avait prédestinés à la vie éternelle, tandis qu’il envoyait les méchants à la mort éternelle, sachant bien leurs fautes, et l’abus qu’ils feraient de grâces tout autant reçues que méprisées. Ses théories sont réfutées par Jean Scot Érigène mais reprises par certains théologiens de Lyon.

Jean Scot Erigène, penseur et théologien chrétien, enseigne à l'école palatine de Charles le Chauve puis en Angleterre dans la première université d'Oxford. Disciple de Platon et des néoplatoniciens aussi bien que d'Augustin, de Boèce et de Denys l'Aréopagite, Erigène écrit notamment le Traité sur l'Eucharistie, De divisione natura, De predestinatione (851) et De visione Dei, ouvrages dans lesquels il soutient que tout provient de Dieu, et que, par étapes, tout y retourne. Son œuvre est condamnée par 2 conciles.

1524 : désaccord entre Erasme qui publie son essai sur le libre arbitre et Luther qui défend la notion de prédestination et de salut par la foi. Les réformateurs Luther, Calvin, Zwingli interprètent l’enseignement de l’apôtre Paul à la lumière des théories augustiniennes. Ils insistent sur le péché originel, et, par suite, sur l’impuissance de l’homme à assumer seul son propre salut : ils dénoncent, en l’homme, une concupiscence blâmable et professent que le salut vient de Dieu seul, par le canal d’une foi justifiante. Tous se réclament d'Augustin dont ils admirent la sensibilité au péril pélagien.

1545-1563 : le concile de Trente affirme contre Luther que, dans Adam, le libre arbitre n’avait pas été "éteint, mais seulement diminué et incliné au mal" et que la concupiscence n’est pas elle-même un péché, mais "un effet du péché".
Il décrète que la justification n'est pas exclusivement l’œuvre de la grâce. « Si quelqu’un dit que le libre arbitre de l’homme, mû et excité par Dieu, ne coopère aucunement en donnant son assentiment à Dieu qui l’excite et l’appelle [...] qu’il soit anathème (.) L’homme n’est donc pas agi par Dieu, qui serait alors responsable du mal comme du bien : « Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises, mais que c’est Dieu qui opère (par lui) le mal comme le bien [...] qu’il soit anathème. »).
Le concile refuse la théologie d’une double prédestination développée par par le cardinal Girolamo Seripando, général des Augustins. On parle de « double prédestination » dans les doctrines, calviniste notamment, qui ajoutent que Dieu aurait choisi de toute éternité également ceux qui seront damnés.
Au XVIIe siècle, la querelle janséniste renouvellera le vieux débat sur le prédestinatianisme, parce que, en définitive, le concile de Trente n’a pu résoudre le problème épineux de la grâce et du salut.

En 1552, Michel De Bay dit Baïus, de l’Université de Louvain, publie son ouvrage sur la grâce et la prédestination.
Soixante-seize des propositions extraites des ouvrages de ce théologien sont déférées par les cordeliers au pape Pie V qui les condamne par la bulle Ex omnibus afflictionibus en 1567. Cette condamnation est renouvelée par Grégoire XIII en 1579.
Pour Baïus, Dieu a créé librement l’homme et il l’a créé libre. Adam a péché librement. La nature humaine n’est pas mauvaise, mais elle est corruptible. La volonté de perfection fait donc partie de la nature humaine sans qu’il soit nécessaire de la confondre avec la grâce. Bien que l’homme soit enclin à pécher, en raison de la faute originelle, le libre arbitre lui permet de se justifier devant Dieu de la compassion que celui-ci lui accorde, mais non pas de prétendre au rachat par la pénitence et les bonnes œuvres. Le mystère de la grâce, accordée ou non, seul décide du salut.

1587-1588 : À Cuenca, le jésuite espagnol Luis de Molina (1535-1600) publie ses cours de théologie où il s’efforce de concilier avec la liberté humaine la prescience de Dieu et la nécessité de la grâce.
Sans nier le caractère surnaturel de la grâce et la toute-puissance divine, Molina insiste sur l’effort humain.
Son livre, Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis (1588), est mis en cause en juin 1597 par le dominicain D. Báñez.
Les dominicains espagnols et les jansénistes s’opposent aux molinistes.
Les papes Clément VIII et Paul V organiseront des congrégations pour juger le molinisme : elles aboutiront à un non-lieu.

1599 : Pedro da Fonseca, jésuite, auteur des Commentaires d’Aristote, qui chercha à concilier le libre arbitre et la prédestination, meurt à Lisbonne.

En 1602, Jacqueline Marie Angélique Arnauld, Mère Angélique, est abbesse de Port-Royal, alors qu'elle n’a que 11 ans. Sœur du théologien Antoine Arnauld, elle est vouée, dès sa naissance, à la vie religieuse. Elle vit au milieu de religieuses qui s’habillent avec élégance, qui reçoivent, qui vont et viennent. Elle éprouve, lors d’une maladie, une crise mystique. Les sermons qu’elle entend pendant le carême de 1608 finissent de la convaincre du nécessaire rétablissement de l’observance la plus stricte de la règle de saint Benoît. Sa conviction est si forte qu’aucune religieuse ne s’oppose à elle et que ses 5 sœurs ainsi que sa mère entrent à Port-Royal.
De 1618 à 1623, elle réforme l’abbaye de Maubuisson, malgré la résistance de l’abbesse. La vie cloîtrée est régie selon la règle, sans dérogation. Les religieuses sont habillées du même scapulaire blanc marqué d’une croix rouge. Port-Royal, fondé pour 12 religieuses, en réunit bientôt 80. C’est dans le faubourg Saint-Jacques que la communauté prend place. Les solitaires de Port-Royal s’installent dans les bâtiments conventuels que les sœurs viennent d’abandonner. La communauté respecte scrupuleusement le guide qu’elle s’est donnée, l’abbé de Saint-Cyran, et son enseignement profondément marqué par Augustin et par les écrits de Jansénius.

En 1611, le pape Paul V ordonne 3 que cesse la discussion sur la grâce qui oppose jésuites et dominicains. L’efficacité de cette grâce est-elle due à la prédétermination divine sur la volonté humaine (thèse des dominicains) ou à la conformité du décret divin à la prescience que Dieu a des libres décisions humaines (thèse des jésuites) ? Dans leur majorité, les congrégations penchent en faveur des dominicains, mais Paul V juge plus sage de ne pas prendre de définition doctrinale sur ces questions ; il rappelle seulement la doctrine tridentine selon laquelle une motion divine est nécessaire au libre arbitre, sans préciser davantage la nature de cette motion. Il interdit aux adversaires d’évoquer jamais ces questions disputées ; la défense pontificale devra être rappelée à plusieurs reprises aux théologiens : en vain, d’ailleurs, car la querelle allait recommencer autour de l’Augustinus de Jansénius.

Le 9 mai 1619, les théologiens calvinistes adoptent les canons du synode de Dordrecht (Provinces Unies) : la doctrine d'Arminius est condamnée. Jacobus Arminius (+ 1609) prétendait, contre la doctrine de Calvin sur la prédestination, que la détermination de la destinée de l'homme par Dieu n'est pas absolue ; "Dieu n’a pas voulu la chute d’Adam" ; l'acceptation ou le refus de la Grâce par l'homme joue aussi son rôle dans la justification ; le libre examen est supérieur aux doctrines des Églises établies.

Le 14 mai 1638, le janséniste Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui s’oppose dans un violent pamphlet à la politique étrangère et religieuse de Richelieu, est enfermé au donjon de Vincennes sur ordre de Richelieu (où il restera jusqu’à la mort de ce dernier en 1642).
Dès son apparition, le jansénisme a suscité l’hostilité, non seulement des jésuites, mais aussi du pouvoir royal, qui l’associe aux divers mouvements politiques d’opposition.

À partir de 1640, le centre spirituel du jansénisme se transporte au couvent de Port-Royal-des-Champs, près de Paris, où de nombreux nobles, magistrats, écrivains et savants, qui sympathisent avec le mouvement, viennent effectuer des retraites et débattre de questions philosophiques et religieuses.
Mme de Sévigné qualifie Port-Royal de "vallon affreux, tout propre à inspirer le goût de faire son salut".

Septembre 1640 : publication posthume de l’Augustinus de Jansenius.
L’œuvre est combattue par les jésuites qui privilégient le libre arbitre à la prédestination soutenue par les gens de Port-Royal.
Les jansénistes ne cesseront de proclamer "que la cause efficiente du libre arbitre n’est pas une faculté naturelle de la libre volonté, mais la grâce... et que celle-ci doit libérer la volonté pour que l’homme puisse accomplir des actions non pas seulement surnaturelles mais tout simplement moralement bonnes".
La volonté a perdu toute liberté à la suite du péché originel ; elle subit donc l’attrait du bien qui produit le mérite, ou du mal qui produit le péché. La grâce, qui seule peut permettre de faire le bien, n’est pas donnée à tous.

En 1641, à la demande de Richelieu, François de La Mothe Le Vayer attaque le jansénisme dans la Vertu des païens.

6 mars 1642 : Urbain VIII condamne et met à l'index l’Augustinus de Jansénius par la bulle In eminenti.

En 1650, le théologien Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (+ 4/1/1684) publie les Heures de Port-Royal, un recueil d'hymnes liturgiques. Emprisonné pour jansénisme de 1666 à 1668, il commencera la traduction de la Bible en français, ce qui constituera l'oeuvre de sa vie ; surnommée Bible de Port-Royal, elle connaîtra un vif succès au XVIIIe siècle.

31 mai 1653 : par la bulle Cum Occasione, Innocent X, sollicité par le gouvernement français, condamne les 5 propositions attribuées à Jansénius par la Sorbonne :
1° Il y a des commandements que l'homme juste ne peut observer, Dieu ne lui accordant pas une grâce suffisante ;
2° Dans l'état de nature et de péché, la grâce est irrésistible ;
3° Pour acquérir quelque mérite devant Dieu, il n'est pas besoin que l'homme soit affranchi de la nécessité d'agir ; il suffit qu'il ne soit pas contraint d'agir ;
4° Dire que l'homme dans l'état de nature peut résister à la grâce prévenante ou y céder est semi-pélagien ;
5° Dire que le Christ est mort pour tous est semi-pélagien.
Antoine Arnauld soutient que les cinq propositions condamnées dans le livre de Jansénius se trouvent dans saint Augustin.
Les évêques de France dressent un formulaire qui se termine ainsi : « Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions contenues dans le livre de Cornélius Jansénius, laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée. »
Les religieuses de Port-Royal de Paris et de Port-Royal-des-Champs refusent de signer ce formulaire.

1656
- De janvier 1656 à mai 1657, Blaise Pascal publie, sous le pseudonyme de Louis de Montalte, un ensemble de dix-huit lettres : Les Provinciales, ou Lettres escrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères. Pascal défend la cause janséniste et attaque les jésuites, en particulier la morale laxiste dont ils font preuve dans leur casuistique (lettres V à XVI). Son ouvrage, Les Provinciales, est mis à l'Index par le pape.
- 16 octobre 1656 : la bulle Ad sacram d’Alexandre VII renouvelle la condamnation des 5 propositions de Jansénius. Les jansénistes, avec Antoine Arnauld et Blaise Pascal, réagissent vigoureusement et affirment que les 5 propositions ne se trouvent pas dans les traités de Jansenius ; simultanément, ils lancent la controverse contre les jésuites.

1662 : Antoine Arnauld (surnommé Le Grand Arnauld, prêtre, théologien, philosophe et mathématicien) et Pierre Nicole publient la Logique de Port Royal.

1664 : les religieuses de Port-Royal refusent de signer le formulaire royal imposé à tous les ordres religieux (le formulaire affirme la suprématie du roi sur le pape).

1665 : 15 février, bulle papale prescrivant la signature du formulaire antijanséniste ; Alexandre VII envoie en France ce formulaire auquel le clergé doit souscrire sans équivoque. Bossuet écrit aux religieuses de Port-Royal pour les engager à souscrire au formulaire, disant que, dans l'Eglise, il faut une règle de foi, et que de temps à autre l'Eglise est obligée d'interpréter et de décider certains faits. Sans une pareille autorité, elle ne pourrait plus se défendre contre les fausses doctrines. Port-Royal et les évêques jansénistes souscrivent le formulaire, en se renfermant dans ce qu'ils appelaient le "silence respectueux".

8 octobre 1668 : bref papal de Clément IX sur la paix de l'Eglise avec les jansénistes : Paix clémentine. Le 23, la paix de l’Eglise avec les jansénistes est rendue officielle par un arrêt du Conseil.

14 janvier 1669 : Clément IX confirme la paix de l’Eglise avec les jansénistes. Le 19, la réconciliation avec les jansénistes est officiellement prononcée ; le gouvernement libère les jansénistes retenus prisonniers à la Bastille.

17 octobre 1685 : l’édit de Fontainebleau révoque l’édit de Nantes de 1598. Louis XIV cautionne les dragonnades et intervient dans la répression du jansénisme.

1696 : Innocent XII condamne le jansénisme.

Le 20 juillet 1701, interrogés sur l'affaire dite du « cas de conscience », quarante théologiens de la Sorbonne répondent que l'on peut accorder l'absolution sur son lit de mort à un ecclésiastique réfutant clairement les Cinq propositions attribuées à Jansenius, même si le mourant garde le silence quand il est interrogé sur l'auteur des fameuses propositions ; les jésuites sont horrifiés par cette décision qu'ils jugent trop laxiste pour les jansénistes.

1705 : la Constitution Vineam Domini Sabaoth de Clément XI confirme les bulles Cum occasione (Innocent X), Ad Sacram et Regiminis Apostolici (Alexandre VII) et réprimande ceux qui, par ce qu'ils appellent le "silence respectueux" (cas de conscience) font semblant d'obéir aux Constitutions Apostoliques pendant qu'en réalité ils trompent l'Église et le Saint-Siège.

1707 : excommunication des religieuses de Port-Royal.

1708 : Clément XI condamne le Nouveau Testament en français avec réflexion morale sur chaque verset, ouvrage de l’ex-oratorien Pasquier Quesnel, qui propage avec un succès croissant les idées de Jansenius, de Saint-Cyran et d’Antoine Arnauld.

Le 23 octobre 1709, Louis XIV fait expulser les religieuses de Port-Royal : elles sont dispersées dans divers couvents.

1710 : Le roi fait raser les bâtiments conventuels de Port-Royal des Champs.

Le 8 septembre 1713, à la suite de pressions exercées par le Roi Soleil, Clément XI, par la bulle Unigenitus, condamne les 101 propositions tirées des Réflexions morales du janséniste français Pasquier Quesnel (1634-1719).

Le 8 septembre 1718, Clément XI excommunie, par la bulle Pastoralis Officii, ceux qui refusent la constitution Unigenitus.

Benoît XIII (1724-1730), tout en reprenant nettement à son compte les condamnations énoncées par la bulle Unigenitus, s’efforce d’écarter l’interprétation excessive qui ferait de ce document une officialisation du molinisme ; aussi approuve-t-il l’enseignement des augustino-thomistes sur la grâce efficace et la prédestination.

Le 14 octobre 1724, l’évêque français janséniste Dominique Varlet, réfugié en Hollande, consacre évêque le prêtre catholique Cornélius Steenhoven (adversaire de la bulle Unigenitus) qui prend le titre d’évêque d’Utrecht. L’Eglise d’Utrecht (ou Vieille épiscopale) accueille les jansénistes venus de France.

1726 : Louis XV donne la pourpre cardinalice à André Hercule de Fleury (1653-1743) et le nomme ministre d’Etat ; à plus de 73 ans, celui-ci parvient à apaiser la colère des jansénistes soutenus par le Parlement.

1727 : Le concile d’Embrun dépose le plus résolu des adversaires de la bulle Unigenitus : Soanen, évêque de Senez.

1727-1732 : affaire des convulsionnaires du cimetière Saint Médard.
Le diacre Pâris, janséniste fervent, mort en odeur de sainteté, est enterré dans le cimetière de Saint Médard à Paris. Les foules s'y précipitent car on dit que des guérisons se produisent sur sa tombe. Des scènes d'hystérie ont lieu dans ce cimetière, des miracles aussi, s'il faut en croire le cardinal de Noailles qui en tient le registre. Les convulsionnaires, comme on les appelle, font mille extravagances, prophétisent et se mutilent horriblement. Il y a des femmes sauteuses, aboyeuses, miauleuses, ce qui donne une idée des scènes scandaleuses qui se succèdent.
Le 15 juillet 1731, Mgr de Vintimille, archevêque de Paris, ferme le cimetière et obtient du pape Clément XII un décret et un bref interdisant le culte du diacre Pâris (le Parlement de Paris, favorable aux jansénistes, refuse d’enregistrer ces actes).
Le 22 janvier 1732, une ordonnance du roi ordonne que la porte du petit cimetière reste fermée et qu’elle ne soit ouverte que pour cause d'inhumation. Le lendemain de la clôture, une pancarte irrespectueuse est posée par les jansénistes : « De par le Roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu ». Un convulsionnaire s'en va rapporter l'affaire à l'abbé Terrasson, académicien et professeur de philosophie, qui répond : « Ce que je trouve de plus plaisant, c'est que Dieu ait obéi ! ». En effet, miracles comme phénomènes en tous genres ont cessé.

1728 : le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, accepte la bulle Unigenitus.

En 1736 est publié le bréviaire de l’archevêque Charles de Vintimille, dont les auteurs Vigier, Mésenguy et Coffin sont jansénistes : plusieurs diocèses l’adoptent (Blois, Évreux, Séez) ou s’en inspirent (Toulouse, Tours, Chartres, Vienne), le Parlement de Paris l’approuve.

1748 : A Genève, De l'esprit des lois, écrit par Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, est publié anonymement. L’ouvrage (l'œuvre de sa vie qu'il a remaniée pendant 14 ans) a immédiatement un immense retentissement mais il est attaqué par les jésuites et les jansénistes qui critiquent violemment l’éloge de la religion naturelle ; la faculté de théologie de Paris (560.000 h) condamne l’ouvrage qui est mis à l’Index par le pape Benoît XIV.

Tout au long du XVIIIe siècle, le jansénisme influence une bonne partie du clergé paroissial français. Des centaines d’ecclésiastiques, les appelants, refusent d’accepter la bulle Unigenitus et en appellent à un concile contre Rome. Le mouvement s’étend à d’autres régions d’Europe, dont l’Espagne, l’Italie et l’Autriche. À la cour de France, les jansénistes s’allient aux gallicans, qui s’opposent également aux jésuites et refusent l’intervention du pape dans les affaires de l’Église de France.

Certains tribunaux civils défendent les droits des jansénistes, tandis que des évêques, soutenus par le pouvoir royal, tentent de leur refuser les derniers sacrements. Les parlements et le pouvoir s’affrontent à ce sujet au cours des années 1750. La faction janséniste-gallicane connaît son plus grand succès en 1762 avec l’expulsion des jésuites hors de France. Par la suite, l’importance du mouvement décline, bien que de petits groupes jansénistes subsistent jusqu’aux XIXe et XXe siècles.

En octobre 1756, une encyclique de Benoît XIV met fin à "l'affaire des billets de confession" : on exigeait des mourants des billets de confession signés par des prêtres adhérents à la bulle Unigenitus (donc non-jansénistes) sinon l’extrême-onction leur était refusée.

Clément XIII (1758-1769) défend les jésuites et condamne le fébronianisme.
Le théologien allemand Johann von Hontheim (1701-1790), dit Justinus Febronius a repris les idées du Belge gallican et janséniste, Zeger Bernard van Espen (1646-1728).
De Statu praesenti Ecclesiae de Febronius est mis à l'index en 1764.

1762 : le Parlement de Paris supprime la Compagnie de Jésus ; les jésuites sont expulsés de France.

21 juillet 1773 : après un conclave de 3 mois, par la bulle Dominus ac Redemptor noster, le pape Clément XIV [sous la pression des cours européennes (notamment des Bourbons) qui jugent l'influence des jésuites trop importante] supprime la Compagnie de Jésus.
L'histoire de la Compagnie de Jésus est marquée par la montée régulière des hostilités qu'elle a suscitées, surtout dans les pays catholiques, et plus particulièrement au Portugal, sous le marquis de Pombal. C’est que les chefs d'État et gouvernants de ces pays ne supportent pas l’entier dévouement des jésuites à la seule autorité du pape, et le clergé (janséniste) leur reproche leur engouement trop ouvertement affiché pour les réformes ecclésiastiques, ainsi que leur art subtil de l’inculturation dans les pays de mission (Querelle des rites).

Pie VI (1775-1799) tente d'enrayer le fébronianisme.

1785 : Fareins (Ain), fondation des Flagellants ou Fareinistes (jansénistes) par les frères Claude et François Bonjour.

Septembre 1786 : Léopold Ier, grand-duc de Toscane, organise un synode à Pistoia. Le synode est condamné par la bulle dogmatique Auctorem fidei car il approuve la réforme religieuse teintée de jansénisme, orientée contre le catholicisme romain et reprenant les idées du fébronianisme.

23 avril 1787 : l’assemblée des évêques toscans repousse les thèses jansénistes et renvoie Léopold Ier.

En 1817, Hosea Ballou implante, à Boston, le courant chrétien de l’universalisme selon lequel Dieu accorde universellement sa grâce rédemptrice aux hommes.

En 1961, l’universalisme fusionne avec l’unitarisme. Les unitariens se basent uniquement sur l'enseignement de Jésus. Ils refusent les dogmes élaborés par les conciles, ne croient pas à l'Incarnation, à la Trinité, au péché originel, ni à la prédestination.

Le 31 octobre 1999, à Augsbourg (Allemagne), le cardinal Edward Cassidy, représentant de l'Église catholique, et l’évêque Christian Krause, président de la Fédération luthérienne mondiale, signent une Déclaration commune à l'Église catholique romaine et à la Fédération Luthérienne mondiale sur la justification par la foi : « Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu ».

Le 1er novembre 2009, fête de la Toussaint, Benoît XVI déclare à l’Angélus : « Nous avons été accueillis et rachetés par Dieu ; notre existence s’inscrit dans l’horizon de la grâce, elle est guidée par un Dieu miséricordieux, qui pardonne nos péchés et nous appelle à une nouvelle vie à la suite de son Fils ; nous vivons dans la grâce de Dieu et nous sommes appelés à répondre à son don ».


Citations

Nul ne pèche par un acte qu'il ne peut éviter. (Augustin + 430, De libero arbitrio III)

Sans le secours de la grâce, l’enseignement a beau entrer dans les oreilles, il ne descend jamais jusqu’au cœur. La parole de Dieu, entrée par les oreilles, parvient au fond du cœur lorsque la grâce de Dieu touche intérieurement l’esprit pour qu’il comprenne. (Isidore de Séville + 636, Livre des Sentences)

L'homme possède le libre arbitre, ou alors les conseils, les exhortations, les préceptes, les interdictions, les récompenses et les châtiments seraient vains (Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, qu. 83, article 1, respondeo).

Il est bon et fort accepté de Dieu qu'avec la ferveur de la grâce divine, tu pries, veilles, travailles et fasses autres bonnes œuvres. Il est tout aussi très agréable à Dieu et très accepté de Lui que, sans la grâce, tu n'en pries pas moins, ne veilles pas moins et ne fasses pas moins autres bonnes œuvres. Fais sans la grâce les mêmes choses que tu fais avec la grâce. (Angèle de Foligno + 1309, Lettre traduite par le P. Doncoeur)

(...) Dieu donne à chaque être humain le libre arbitre. Le Seigneur ne veut faire violence à personne. Il propose seulement, il invite et conseille. (Angèle Mérici + 1540, Testament)

C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. (Blaise Pascal +1662, Les Provinciales, Auguste lettre)

Sans le don de Dieu, l'âme ne peut connaître la grâce, non plus que la chandelle ne peut s'allumer d'elle-même. (Proverbe anglais cité par John Bunyan, A Book for Boys and Girls, 1686)

[...] Le bien de Dieu, c'est lui-même ; et tout le bien qui est hors de lui vient de lui seul. (Jacques Bénigne dit Bossuet + 1704, Traité du libre arbitre).

La théorie est opposée au principe du libre arbitre ; l'expérience est en sa faveur. (Samuel Johnson, Boswell's Life, 1778)

Le jansénisme était l'inévitable pot au noir pour barbouiller qui l'on voulait. (Saint-Simon +1825)

Pour la bourgeoisie, le janséniste n'est qu'une variété du jésuite. (Proudhon +1865)


Notes
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Conciles_d'Arles
2 Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis, 1588
3 De auxiliis
4 Michel de Bay, dit Baïus, fut un théologien reconnu, qui introduit notamment les bases du jansénisme. Docteur en philosophie, il devint recteur du collège Adrien, à Louvain. Il se rapprocha des idées théologiques prônées par le concile de la Contre-Réforme, et fut publiquement condamné par le pape Pie V (auquel il dut se soumettre). Cela ne l'empêcha pas de poursuivre sa carrière et d'approfondir sa doctrine en opposition aux principes stricts du concile de Trente. http://www.linternaute.com/histoire/jour/16/9/a/1/1/index.shtml
5 La théodicée (de theos = dieu et diké = justice) est une partie de la métaphysique qui étudie la manière dont Dieu a créé le monde : les voies de Dieu dans l’univers. Elle tente de concilier l’existence du mal (souffrances, guerres, tentations), au niveau de notre humanité, avec l’irresponsabilité de Dieu, sa bonté originelle : pourquoi, en effet, Dieu, qui est parfait, a-t-il créé un homme capable de faire le mal ? Leibniz a essayé de résoudre le problème en démontrant la nécessité de la liberté humaine (Essais de Théodicée 1710).

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 29/03/2017

ACCES AU SITE