Les Juifs. Le judaïsme.

SOMMAIRE

1 Définitions et origines 2.12 Les Fêtes
2 La religion juive 3 La Kabbale
2.1 Les Commandements (Décalogue) 4 Récit biblique et Histoire des Juifs
2.2 Les articles de foi 4.1 Abraham
2.3 Dieu 4.2 Moïse
2.4 Le Messie 4.3 L’Arche d’alliance et le Temple
2.5 Le karaïsme 4.4 La déportation à Babylone
2.6 Le hassidisme 4.5 La Judée et Rome
2.7 Différences avec la doctrine chrétienne 4.6 La diaspora
2.8 La tradition rabbinique 4.7 Des Lumières à la Shoah et à la création d’Israël
2.9 Prières et services religieux 4.8 Le problème palestinien
2.10 Règles alimentaires 5 Citations et proverbes
2.11 Le shabbat


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DEFINITIONS ET ORIGINES

Le mot "Juif" vient de "Yehoudi" : mot hébraïque signifiant Judéen, du pays de Juda (Judée) au sud d'Eretz Israël (pays d'Israël). Il a désigné ensuite les habitants de Samarie, au nord du pays, et tous ceux qui pratiquaient la religion juive après l'exil à Babylone (VIe s. av. J.-C.). Ioudaios est la forme grecque, Judaeus la forme latine.
"Juif" a repris son sens religieux, bien que l'expression "confession israélite" soit encore officielle en France.

Le terme "Israélite", utilisé surtout de 1800 à 1950, tombe en désuétude, car il prête à confusion avec le terme moderne "Israélien" désignant un citoyen d'Israël.
Au musée du Caire (Égypte), la stèle des victoires du roi Merneptah, ayant régné de 1212 à 1202 avant notre ère, mentionne Israël parmi les peuples vaincus : « Le Canaan est pillé de la pire manière. Ascalon est enlevée, Gézer est saisie. Yano’am réduit à rien. Israël est anéanti, sa semence n’existe plus. » 1

"Hébreux" vient d'Eber (nom d’un descendant de Sem, l'un des 3 fils de Noé, ou du trisaïeul d’Abraham) ou de "Hapirou, Habirou" ou "Habiri" (les Errants) nom qui leur fut donné par les Amorites et qui figure sur les tablettes cunéiformes (1400 av. J.-C.) retrouvées à Tell el-Amarna en Égypte, ou de l’hébreu "heber" (passage) ou bien encore de "ivri", racine araméenne signifiant "de l'autre côté" (le premier Hébreu, Abraham, étant venu de Mésopotamie, de l'autre côté du désert arabo-syrien).

L’hébreu, langue de la Bible, est la langue sémitique (langue des Cananéens, descendants de Canaan, fils de Cham), qui fut adoptée à l'origine par les Hébreux quand ils prirent possession de la terre de Canaan (dans des lettres égyptiennes du XIVème siècle av. J.-C., le pays de Canaan est appelé "Kihannu").
Les terres de Phénicie et de Canaan étant limitrophes, il est probable que l'hébreu était, dans sa forme la plus ancienne, presque identique au phénicien. Les deux langues sont en tout cas étroitement apparentées.
À cet hébreu ancien succéda une forme intermédiaire appelée hébreu mishnaïque, aux environs du IIIe siècle av. J.-C.
L'hébreu moderne, seule langue vernaculaire fondée sur une forme écrite ancienne, s'est développé aux XIXe et XXe siècles et est devenu en 1948 la langue officielle de l'État d'Israël.
"La prononciation de l’hébreu a dû se conserver avec assez peu d’altération." (J.F. Boissonade)
"Saint Jérôme s’était fait limer deux dents pour mieux prononcer l’hébreu" (A. Barr).


LA RELIGION JUIVE

Croyance en un seul Dieu (monothéisme), la Torah inspirée, l'immortalité de l'âme, le libre arbitre, la responsabilité individuelle (l'homme ayant été créé à l'image de Dieu, libre et souverain), la solidarité et l'avènement de la justice.
Le monothéisme, revendiqué par le peuple juif, fut pratiqué en Egypte sous le règne d’Amenhotep (Aménophis) IV qui prit le nom de "Akhenaton" [celui qui plaît au Globe (solaire)].


Les 10 Commandements de Dieu (Décalogue)

1. Je suis l’Eternel ton Dieu, qui t'ai tiré du pays d'Egypte, de la maison des esclaves.
2. Tu n'auras pas d'autre dieu que moi ; tu ne feras et n'adoreras aucune image 10.
3. Tu ne prononceras pas le nom de Dieu à l'appui du mensonge, car Dieu ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom pour le mensonge.
4. Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Tu travailleras pendant six jours, mais le septième jour est consacré à l’Eternel, ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes murs, car l’Eternel a créé en six jours le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment et il a béni le septième jour et l'a sanctifié.
5. Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l’Eternel ton Dieu te donne.
6. Tu ne tueras pas.
7. Tu ne commettras pas d'adultère.
8. Tu ne voleras pas.
9. Tu ne commettras pas de faux témoignages.
10. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.


Les articles de foi

Rédigés par Moïse ben Maïmon dit Maïmonide (Cordoue 1135-1204), ils résument les croyances essentielles du judaïsme :
1. Dieu a créé et gouverne tout ce qui existe.
2. Dieu est Un et Unique.
3. Dieu est Esprit et ne peut être représenté par aucune forme corporelle.
4. Dieu n’a pas de commencement et n'aura pas de fin.
5. A lui seul nous devons adresser nos prières.
6. Toutes les paroles des prophètes de la Bible (Ancien Testament) sont vérité.
7. Moïse a été le plus grand de tous les prophètes.
8. La Loi, telle que nous la possédons, a été donnée par Dieu à Moïse.
9. Cette Loi, nul homme n'a le droit de la remplacer ni de la modifier.
10. Dieu connaît toutes les actions et toutes les pensées des hommes.
11. Dieu récompense ceux qui accomplissent ses commandements et punit ceux qui les transgressent.
12. Dieu nous enverra le Messie annoncé par les prophètes.
13. Notre âme est immortelle et, à l'heure que Dieu choisira, il rappellera les morts à la vie.


Dieu

La tradition juive considère le nom de Dieu comme ineffable : il ne peut donc être ni prononcé ni écrit. Les juifs parlent d'Adonaï (le Seigneur) ou d'Elohim 7.
Dans la tradition chrétienne, le Dieu de l'Ancien Testament était souvent appelé Yahweh (écrit Jéhovah ou Yehovah) ; on ajoutait souvent le mot hébreu Tsébaoth (multitudes, armées) au nom de Yahvé, ce qui indiquait sa souveraineté.
Le 29 juin 2008, la Congrégation pour le Culte divin envoie aux conférences épiscopales une lettre, présentée comme une directive du Souverain Pontife (Benoît XVI, ndlr), pour leur rappeler qu’on ne doit pas appeler Dieu Yahveh et que toute trace de ce nom se doit d'être effacée dans la liturgie : "Il faut éviter de prononcer le tétragramme du nom de Dieu, Yahveh non pour une raison d'ordre purement philologique, mais pour rester fidèle à la tradition de l'Eglise et pour respecter la tradition et la sensibilité du Peuple juif."
La Congrégation pour le culte divin rappelle que le tétragramme YHWH a toujours été tenu pour imprononçable, afin d’exprimer l’infinie grandeur et majesté de Dieu, et a toujours été remplacé, dans la lecture de l’Ecriture sainte, par un autre nom : en hébreu Adonaï, en grec Kyrios, en latin Dominus, qui tous signifient Seigneur. Elle rappelle également que, depuis le début de l'Église, le tétragramme sacré n’a jamais été prononcé dans le contexte du christianisme, ni traduit dans aucune des langues dans lesquelles la Bible a été traduite. Son document Liturgiam Authenticam, de 2001, sur les traductions liturgiques, stipulait que "le nom du Dieu tout-puissant exprimé par le tétragramme hébreu et rendu en latin par le mot Dominus doit être rendu dans les langues vernaculaires par un mot de sens équivalent." 2


Le Messie

Le Messie (de l'hébreu mashiah = qui a reçu l'onction) est le descendant de David appelé à établir la Justice et la Paix, à restaurer le Royaume d'Israël et à y ramener les Juifs en exil.
Pour les chrétiens, le Messie est Jésus (de l’hébreu Yéhoshûa = dieu sauveur), qui a restauré une Jérusalem spirituelle.
Il y a eu de nombreux faux messies, notamment : Shabbetai Zevi (ou Tsvi), né à Smyrne (1626), autoproclamé Messie en 1660, puis converti à l'islam ; Jacob Frank (1726-91), fondateur des frankistes en Pologne et Bohême.


Le karaïsme

La secte des karaïtes (du verbe Kara = lire) est apparue au VIIIe s, reprenant sans doute la tradition des sadducéens. Ils préconisent une lecture attentive de la Bible et rejettent la loi orale des rabbins. Ils militent pour le retour en Eretz Israël où ils s'implantent dès 850, avec Daniel al-Qumiqi.


Le hassidisme

Le hassidisme est un mouvement piétiste, né en Podolie dans la 2ème moitié du XVIIe siècle et fondé par Rabbi Israël Baal Chem Tov. Certains considèrent que les mouvements messianiques des XVIIe et XVIIIe siècles sont à l'origine du hassidisme.
Les hassidims, pieux, sont des juifs traditionalistes, observateurs rigoureux des préceptes moraux et disciplinaires, pratiquant avec ferveur prières, chants et danses (spiritualité de la joie, liée à l’espérance messianique). Groupés en communautés fermées depuis le XVIIIe siècle, ils se distinguent par leur tenue (chapeau noir, barbe, papillotes).
Le hassidisme Haba'd ou de Loubavitch est l'une branches principales du hassidisme contemporain.


Principales différences avec la doctrine chrétienne

- Salut du monde : doctrine chrétienne : chaque homme et toute l'humanité doivent être sauvés ; judaïque : le salut de la Maison d'Israël prise dans son ensemble peut sauver le monde. Un non-juif observant les 7 lois Noah'ides (morale universelle) aura part au monde futur ; s’il pratique la justice, il peut se sauver individuellement.
- Messie : doctrine chrétienne : il est venu, c’est Jésus, et il reviendra ; judaïque : il doit venir sauver Israël et toute l'humanité.
- Divinité de Jésus : doctrine chrétienne : Jésus est Dieu, fils de Dieu ; judaïque : il est un juif parmi les autres (Dieu est unique, transcendant et incorporel).


La tradition rabbinique

Le judaïsme d’après la destruction du Temple (70) est issu du mouvement rabbinique des premiers siècles de l’ère chrétienne, en Palestine et à Babylone : on parle de judaïsme rabbinique.
Rabbi était un titre signifiant "mon maître" et les rabbins étaient des docteurs juifs attachés à l’étude des Ecritures et de la Tradition.
Les rabbins soutenaient que, sur le Sinaï, Dieu avait révélé à Moïse non pas une, mais deux Torah (Loi) : la seconde ou Torah orale, fut transmise de maître à disciple en une chaîne ininterrompue jusqu’aux rabbins eux-mêmes.
Cette Torah orale fut mise par écrit dans la Mishnah (ce qui est appris par cœur), rédigée en Palestine au début du IIIe siècle, répartie en 63 traités et 524 chapitres exposant tous les sujets de la vie, du culte comme de l'agriculture, fixant les fêtes et le droit, les métiers.
Les commentaires rabbiniques de la Mishnah, appelés Gemara (qui comprend la Halachah droit et coutumes morales et la Haggadah, partie narratrice), réunis à la Mishnah, donnèrent naissance, en Palestine et à Babylone, au Talmud (Etude).
Le Talmud de Babylone, achevé vers le VIe siècle, devint le texte fondamental du judaïsme rabbinique.
Les rabbins nous ont aussi laissé des commentaires sur des passages de la Bible (Midrashim) et des traductions de la Bible en araméen (Targums).
Les rabbins du Moyen Age contribuèrent aussi à établir la codification de la loi talmudique : le Choulhan Aroukh (La Table mise) de Joseph ben Ephraïm Caro, daté du XVIe siècle, faisait autorité en ce domaine.
Talmud = Mishna + Gemara + commentaires.
La dernière édition du Talmud est celle de Vilna (Vilnius) en 1880.
L’étude de la Torah (Loi) implique l’étude de toute cette littérature et non du seul Pentateuque (Torah au sens restreint).


Prières et services religieux

Les juifs prient le matin (shaharith), l’après-midi (minhah), et le soir (arbith). La réunion de dix hommes (minyan) est nécessaire pour la prière.
Le rite commun à tous les services religieux juifs est une série de bénédictions appelée Tefillah (prière), Amidah (prière debout), ou Shemoneh Esreh, parce qu’on y compta dix-huit bénédictions (aujourd’hui, on en compte dix-neuf).
Aux jours du Shabbat et des fêtes, les bénédictions sont remplacées par des prières spécifiques.
Le Shema (Ecoute Israël) est également récité matin et soir.
Chaque service se termine par deux prières messianiques, l’alenu, et le kaddish, en araméen.
Pour la prière du matin, en semaine, les hommes portent un châle de prière à franges (le tallith, dont les franges sont appelées zizith) et des phylactères (boîtes de prière appelées tefillin), usages inspirés de divers passages de la Bible (comme l’est la coutume de placer une mezuzah, autre boîte de prière, sur le montant de la porte de sa maison).
Par respect pour Dieu, les participants se couvrent la tête durant la prière avec un chapeau ou une calotte (kippah ; en yiddish yarmulke). Les juifs pieux le portent constamment pour manifester la permanence de la présence divine.


Règles alimentaires : Cacherouth de la table et des aliments

Certains animaux impurs ne peuvent être mangés (Deutéronome XIV, 3-21) : par exemple, les porcs ou les poissons sans nageoires ou sans écailles.
Les animaux comestibles, essentiellement des ruminants au sabot fendu, doivent être tués de façon rituelle (kasher = conforme) et vidés de leur sang.
Viande et produits laitiers ne doivent pas être mélangés. « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Deutéronome XXXIV, 26).


Le Shabbat

Le Shabbat, pendant lequel il est interdit de travailler, s’impose chaque septième jour. En ce jour, le juif rend le monde à son Créateur.
Le Shabbat est consacré à la prière, à l’étude, au repos et à la fête en famille.


Les Fêtes

L’année liturgique compte sept fêtes, cinq principales et deux moins importantes.
Trois des grandes fêtes furent d’abord agricoles et liées au cycle saisonnier en terre d’Israël :
- Pessah (la Pâque), fête du printemps,
- Chavouoth (fête des Semaines ou fête de la Moisson, Hag Hakatsir, ou fête des Prémices, Hag Habikourim, ou Pentecôte juive), cinquante jours plus tard,
- À l’automne, Soukkoth (fête des Tabernacles) célébrait les vendanges.
Très tôt, ces fêtes furent associées à des moments fondateurs de l’histoire d’Israël.
La Pâque commémora le départ d’Egypte (Exode).
Chavouoth évoqua le don de la Torah sur le Sinaï.
Soukkoth demeura longtemps la fête des vendanges et des récoltes d’automne ; mais ses huttes de saisonniers, sous lesquelles les juifs mangent rituellement pendant les sept jours de fête, furent assez tôt assimilées aux tentes du désert lors de l’exode vers la Terre promise.
Dix jours de contrition et de purification précèdent la fête de Soukkoth ; ils débutent par :
- Rosh Hachana, le nouvel an,
et se terminent par :
- Yom Kippour, le jour de l’Expiation.
Selon la tradition, le monde est jugé lors de chaque nouvelle année et le jugement est rendu le jour de l’Expiation.
Pour le nouvel an, le shofar (cor formé d’une corne de bouc) appelle les fidèles au repentir.
Le jour de l’Expiation est la journée la plus sainte de l’année juive : elle se passe dans le jeûne, la prière et la confession. Son culte débute par le chant du Kol Nidre et évoque les rites quotidiens (avodah) du Temple.
Les deux fêtes mineures, Hanoukkah et Pourim furent instaurées plus tard :
- Hanoukkah (la dédicace) commémore la libération du Temple par les Maccabées en 165 av. J.-C. et sa reconsécration après qu’il ait été souillé par le roi grec Antiochos IV : chaque soir de cette fête on allume la Hanoukia, un chandelier à 9 branches (non à 7 branches comme la Ménorah, le chandelier d'or du Tabernacle ou du Temple).
- Pourim (les sorts) célèbre la légende d’Esther et Mardochée et la délivrance de la communauté juive de Perse. La fête, qui a lieu un mois avant Pâque, a pris un caractère joyeux de carnaval ; on y relit chaque année le Rouleau (megillah) d’Esther.
Enfin, quatre jours de jeûne, qui remémorent les sièges et la destruction du 1er et du second Temple (en 586 av. J.-C. puis en 70 apr. J.-C.), complètent cette année liturgique.
Le jour le plus important est le Tishah b’Ab (9 du mois de Ab), date anniversaire de la destruction du second Temple.

La communauté fête également les moments importants de l’existence individuelle.
Huit jours après la naissance d’un garçon se tient la circoncision (Berith milah), qui l’intronise publiquement dans l’Alliance.
À l’âge de treize ans, les garçons atteignent leur majorité religieuse et viennent pour la première fois lire solennellement la Torah à la synagogue (bar-mitsva).
Pour les filles, la majorité est à douze ans ; dans le judaïsme libéral, elles font également une lecture de la Torah (bat-mitzvah).
Au XIXe siècle, le mouvement réformiste instaura un rite de la confirmation pour les jeunes des deux sexes ; la cérémonie avait lieu à l’occasion de Chavouoth et symbolisait l’acceptation de la Loi révélée sur le Sinaï.
Même à l’occasion du mariage (kiddushin = sanctification), le rituel juif évoque le souvenir des souffrances du peuple juif : les sept bénédictions incluent ainsi des prières pour la reconstruction de Jérusalem et pour le retour à Sion, et le bris d’un verre évoque la destruction du Temple.
De même, lors des funérailles, l’espoir dans la résurrection est inclus dans une prière pour la rédemption du peuple tout entier.
Les juifs pieux sont enterrés dans leur tallith.


LA KABBALE
Voir dossier.


RECIT BIBLIQUE ET HISTOIRE DES JUIFS


Abraham

La Bible nous rapporte l'histoire de tribus nomades qui seraient venues de Mésopotamie, au XIVe siècle avant notre ère, et se seraient fixées au pays de Canaan, tandis que d'autres auraient gagné l'Egypte.
Selon certains savants, Amenhotep (ou Aménophis) IV, pharaon d’Égypte (v. 1350-1334 av. J.-C.) et époux de Néfertiti, fut le premier monothéiste, puisqu’il adopta Aton, le dieu solaire ou disque solaire, en qui il voyait le seul créateur de l’Univers. Il instaura cette nouvelle religion et prit le nom d'Akhenaton (serviteur d'Aton). Le concept d’un dieu universel prêché, en Egypte, par les prophètes hébreux, quelques siècles plus tard, découlerait en partie de son culte.
Vers 1200, fuyant cette terre d'asile où ils étaient maintenus en esclavage, les Hébreux s'en retournèrent vers la Terre Promise sous la conduite d'un homme répondant au nom égyptien de Moïse.


Moïse

Moïse s'attarda dans le désert du Sinaï, pour purifier le peuple des souillures morales et physiques dues à l'esclavage dans la vallée du Nil.
Dieu appela Moïse sur le sommet de la montagne du Sinaï et Moïse monta. Dieu lui apparut et lui révéla son nom (Exode 3, 14-15) : Yahvé. Le nom de Dieu en hébreu est JHWH traduit par Yahvé ou Jéhovah, et signifiant "Je suis ou Celui qui est". Moïse reçut de l'Eternel les dix Commandements écrits du doigt de Dieu sur les deux côtés de deux tables de pierre, les tables du témoignage. Pendant ce temps, Aaron, son frère, faisait exécuter un veau en or, en déclarant : « Demain il y aura une fête en l'honneur de Dieu. »
Moïse, revenant de la montagne, s'emporta, brisa les tables, broya le veau d'or et répandit la poudre dans de l'eau qu'il fit boire au peuple. Avec l'aide des enfants de Lévi, il massacra les idolâtres les plus coupables (3 000), puis remonta sur le Sinaï où Dieu écrivit, sur deux nouvelles tables taillées par Moïse, les paroles de l'alliance, les dix paroles. Moïse obtint de l'Eternel le pardon pour l'ensemble du peuple, à condition de construire l’Arche d’Alliance.


L’Arche d’alliance et le Temple

L’alliance (renouvellement de celle d'Abraham) fut conclue par Moïse sur un autel de pierre, entouré de 12 stèles, représentant les 12 tribus d'Israël. En 1985, l’archéologue Emmanuel Anati dit avoir trouvé dans le Har Karkom (au nord d'Eilat) le Mont Sinaï de la Bible : il y a découvert un autel entouré de 12 stèles… 9
Les Tables de la Loi étaient déposées dans l'Arche d'Alliance avec un vase d'or contenant un pot de manne et le bâton d'Aaron.
Ce coffre (en hébreu aron), long de 114,3 cm, large et haut de 68,58 cm, en bois d'acacia plaqué d'or pur, recouvert d'une plaque d’or, le kapporet, mot que l'on traduit en grec par hilastérion, en latin par propitiatorium et en français par propitiatoire, surmonté de 2 chérubins et porté à l'aide de 2 barres de bois, était confié à la garde de la tribu de Lévi.
On retrouve l'Arche d'Alliance à Gilgal, à Béthel, à Sichem, à Silo, avant qu'elle ne soit capturée par les Philistins, puis restituée aux Israélites qui la déposèrent à Qiryat-Yearim.
"Cette arche, qui avait été travaillée avec soin par les ordres de Moïse, avait deux coudées et demie de long sur une et demie de haut et de large. Les côtés étaient doublés de lames d'or en dehors et en dedans. La garde en était confiée aux lévites, qui, seuls, avaient le droit de la toucher, et qui, pour la transporter, passaient deux bâtons dorés dans les anneaux d'or fixés aux extrémités. Le couvercle, appelé propitiatoire, formait tout alentour une espèce de couronne d'or pur, et supportait deux chérubins en or battu qui le couvraient de leurs ailes. L'arche d'alliance était placée dans la partie la plus retirée du tabernacle, et enfermait les deux tables de la loi, la verge d'Aaron et un vase plein de la manne dont le peuple s'était nourri dans le désert. C'était du haut du propitiatoire que Dieu avait promis de se manifester et de rendre ses oracles. Les Hébreux avaient pour l'arche la plus grande vénération, et ils la portaient dans leurs expéditions militaires, comme gage de la protection divine. Sous le gouvernement du grand prêtre Héli, Dieu permit qu'elle tombât entre les mains des Philistins, qui la placèrent dans le temple de Dagon. Rendue bientôt aux Israélites, ceux-ci la déposèrent à Cariathaïm, dans la maison du lévite Abinadab, où elle demeura soixante-dix ans ; après quoi David résolut de la transporter en grande pompe dans son palais. Elle fut placée sur un chariot tout neuf, traîné par des boeufs que conduisait Osa, fils d'Abinadab. David l'accompagnait, suivi de trente mille soldats et de tout le peuple jouant de la harpe, du tambour, des sistres et des timbales. Mais les boeufs ayant regimbé le long du chemin et fait pencher l'arche, Osa y porta la main pour la retenir ; à l'instant même il tomba frappé de mort." 3
David conduisit l'Arche à Jérusalem. Salomon construisit le Temple afin de l'y abriter.
Au cœur du Temple, dans le Saint des Saints, au-dessus des chérubins surmontant l’Arche, Salomon fit installer 2 chérubins supplémentaires immenses (ailes longues de 2,28 m environ) en bois d’olivier recouvert d’or (I Rois 6,23).
L’Arche reposa donc dans le Saint des Saints, enceinte sacro-sainte du Tabernacle puis du Temple de Jérusalem jusqu’à la destruction de ce dernier en 587 av. J.-C. par le roi de Babylone, Nabuchodonosor.
Nabuchodonosor II (605-562 av. J.-C.) n’aurait pu s’emparer de l’Arche car, selon le Talmud, elle avait été enterrée par le roi Josias sous le rocher du Mont Moriyya ou bien, selon le second Livre des Maccabées (2,4-8), cachée (avec la Tente et l’autel des parfums) par Jérémie dans une caverne du Mont Nébo jusqu’à ce qu'elle réapparaisse à l’aube d’un nouvel âge. Par ailleurs, ni l’Arche, ni les objets qu’elle contient, ne sont mentionnés sur la liste détaillée du butin que les scribes babyloniens dressèrent consciencieusement.
Un manuscrit éthiopien du XIIIe siècle, le Kébra Nagast, raconte que l’Arche a été dérobée et remplacée par une copie, puis emportée et cachée en Ethiopie, par Ménélik, le fils du roi Salomon et de la légendaire reine de Saba. Cette dernière, nommée Balkis (ou Bilkis) par les Arabes et Makeda par les Ethiopiens, aurait été la reine de l’Empire de Saba qui comprenait le Yémen (dont la capitale était Marib) et l’Ethiopie. L’Arche, que personne n’a l’autorisation de voir, sinon son gardien copte, se trouverait dans l'église Sainte-Marie-de-Sion à Aksoum, l’ancienne capitale éthiopienne.
Aujourd'hui, dans les synagogues, le terme "arche" désigne le coffret qui contient les rouleaux de la Loi utilisés pour le service sacré.
A la fin du XIe siècle, guerroyant contre les tribus voisines, les Israélites finirent par fonder un royaume qui profita de l'absence momentanée des grandes puissances dans la région (l'Egypte et l'Assyrie étant alors politiquement affaiblies) pour se consolider et étendre son territoire.
A la mort de Salomon en 928 avant J.-C., les conflits internes étaient si grands dans le royaume qu'ils entraînèrent sa dislocation : Israël au Nord et Juda au Sud.
Seul le royaume de Juda parvint à se maintenir au sud, tandis que l'expansion assyrienne entraînait la conquête du royaume du nord (722-718). Salmanasar, roi d’Assyrie s’empara de la ville de Samarie, capitale d’Israël, et emmena une partie des habitants en captivité sur les bords du Tigre.


La déportation à Babylone

Le royaume de Juda fut, quant à lui, rayé de la carte en 587 et sa population non-agropastorale déportée à Babylone. Le retour des Juifs en Israël fut autorisé par Cyrus II le Grand en 538, qui leur permit également la reconstruction du Temple à Jérusalem.
L'époque de la captivité fut décisive dans l'évolution de la religion juive, qui prit alors conscience de son identité profonde et resserra son unité autour de quelques règles fondamentales.
La religion s'avéra également essentielle quand il fut question de maintenir le contact avec les Juifs restés à Babylone. C'est alors qu'Esdras, le législateur, et Néhémie codifièrent les Livres saints, la Torah : à ce titre ils peuvent être considérés comme les fondateurs du judaïsme.

Sous l'Empire perse et sous le règne d'Alexandre le Grand comme sous la souveraineté des Ptolémée (320-198 avant J.-C.), les Juifs ne furent pas inquiétés. Après l'incorporation de la Palestine dans le royaume séleucide, ils durent faire face à des persécutions et s'opposer à une hellénisation croissante. C'est à cette époque que commença de s'ancrer dans le peuple la croyance, tirée des Ecritures en la venue d'un messie (mashiah), un sauveur qui libérerait Israël et instaurerait le règne de Yahvé.
En 167 avant J.-C. commença une lutte de libération, conduite par la famille des Maccabées, fondateurs de la dynastie des Asmonéens.


La Judée et Rome

La première attestation de l'existence de juifs à Rome remonte à 139 av. J.- C., date à laquelle, s'il faut en croire l'auteur Valère Maxime (I, 3, 3.), le préteur Cornelius Hispanius s'insurgea contre le culte de Jupiter Sabazius (une confusion s'établissant entre la divinité originaire d'Asie Mineure Sabazios et le dieu des juifs Yahvé Sabaoth) : "Idem Iudaeos qui Sabazi Iovis cultu Romanos inficere mores conati erant, repetere domos suas coegit" (Le même préteur contraignit des juifs, qui s'efforçaient de corrompre les mœurs romaines par l'introduction du culte de Jupiter Sabazius, à retourner chez eux).
En 59 av. J.-C., quand il prononça la plaidoirie du Pour Flaccus, Cicéron évoqua leur importance numérique : il parla de la turba (foule) des juifs qui assistaient au procès, en soulignant qu'ils formaient un groupe uni.
Philon d'Alexandrie, auteur juif qui écrivait en grec, évoqua (Legatio ad Gaium, 155) leur présence dans le quartier du Trastévère au début du 1er siècle de notre ère.
La politique romaine en Orient, qui favorisait l'éclosion de multiples petits Etats, permit à l'Etat juif, entre 135 et 63, de jouir d'une certaine autonomie.
En 63, Pompée conquit Jérusalem et fit de la Judée une province romaine.
En 42, Aristobule, appuyé par les Parthes, recouvra le trône.
La manière perfide et sanglante dont Hérode le Grand mit fin à la dynastie hasmonéenne (il prit Jérusalem en 37 et élimina Antigone et Hyrcan le dernier de la dynastie) et régna avec la complicité des Romains, empêcha le peuple juif de se reconnaître en lui, bien que, grand bâtisseur, il ait tenu à restaurer le Temple avec une magnificence sans égal.
A cette époque, le judaïsme connut quelques grandes querelles théologiques. Les Sadducéens, plus tard alliés au pouvoir romain, prêchaient le respect absolu de la lettre des Ecritures, mais ne croyaient pas à l'immortalité individuelle, contrairement aux Pharisiens, chez qui cette idée fit des adeptes et qui assumèrent, par ailleurs, la survie de la Loi en l'adaptant aux conditions nouvelles. La secte des Esséniens, quant à elle, représentait un courant proche de ce que dut être le christianisme primitif mais refusait le principe de l'incarnation divine : Dieu est unique, il a créé le monde et scellé avec son peuple une alliance exclusive, sa grâce ne dépend que du respect strict de la Loi.
L'expansion de l'Empire romain finit par inclure la Palestine : en 6 avant J.-C., la Judée était rattachée à la province romaine de Syrie.
Une révolte causée par des impôts trop élevés éclatait en 66. En fait, il s'agissait pour les insurgés de rétablir la souveraineté juive et de mettre fin à leur allégeance envers Rome. Cette guerre, dont Flavius Josèphe a laissé le récit, devait se terminer quatre ans plus tard (70) par la prise de Jérusalem et la destruction du second Temple.
Le 2 mai 73, après un siège de 7 mois, les Romains s'emparèrent de la forteresse de Massada où des zélotes s'étaient retranchés : ils découvrirent que les défenseurs avaient mis le feu à tous les bâtiments, à l’exception des entrepôts de nourriture et qu’ils étaient tous morts : chaque père avait supprimé sa famille puis un tirage au sort avait désigné 10 hommes pour exécuter les autres ; un second tirage au sort avait désigné celui qui devait tuer les 9 autres (des tuiles servant au tirage au sort ont été retrouvées à Massada) ; le récit du suicide collectif semble avoir été rapporté à Flavius Josèphe par deux femmes qui ont échappé à la mort en se cachant dans une citerne avec leurs cinq enfants.
Une seconde révolte (132-135), sous la conduite de Bar-Kokhba qui instaura un État juif indépendant en terre de Judée et fit battre monnaie, fut de même réprimée par un bain de sang (on avance le chiffre de 500 000 tués). Le royaume de Jérusalem devint une colonie romaine ; la religion hébraïque fut interdite ; la cité de Jérusalem, rebaptisée Aelia Capitolina par Hadrien, était désormais interdite aux Juifs sous peine de mort et peuplée de gentils (non-juifs). L'empereur Hadrien fit déporter en Espagne 50 000 familles juives de Palestine (répression également contre les Juifs d’Egypte et de Cyrénaïque) ; le Sanhédrin quitta Yavné pour gagner la Galilée relativement épargnée par les événements ; après environ un siècle de pérégrinations (Usha, Shefaram, Beth-Shéarim, Séphoris), le Sanhédrin établit son siège à Tibériade vers le milieu du troisième siècle ; à Tibériade (fondée en 18 par Hérode Antipas qui lui donna le nom de l’empereur Tibère pour servir de capitale à la Galilée) se développeront les écoles talmudiques : le Talmud y sera rédigé au IVe siècle.


La diaspora

Ayant perdu sa terre, le peuple juif commença son errance, le sentiment communautaire fut préservé à travers la diaspora par la force des traditions et des croyances religieuses.
Leurs ennemis les plus acharnés furent alors les chrétiens, qui leur reprochaient la mort du Christ ; leur existence était présentée comme une leçon édifiante de la Sagesse divine, montrant aux fidèles un peuple dispersé et déchu, parce que rejeté par Dieu.

Aux époques de tolérance succédaient des périodes de persécutions systématiques, comme en Rhénanie au début de la Première Croisade, en 1096, ou dans toute l'Europe, lors de la grande peste noire de 1348, où les Juifs furent accusés d’avoir empoisonnés des puits et d’être responsables de l’épidémie. Néanmoins, Clément VI, pape installé en Avignon (1342-1352), prit leur défense en faisant remarquer qu’ils étaient, eux aussi, frappés par la maladie ; en outre, il protégea les « Juifs du pape » en leur ouvrant le Comtat Venaissin.
Les rumeurs précédant les violences contre les Juifs faisaient le plus souvent état de profanations d'hosties, de sacrifices rituels d'enfants ou d'empoisonnements des fontaines.
Alors que les communautés juives étaient rarement inquiétées dans les pays musulmans, leur sécurité dépendait en Occident d'une protection spéciale accordée par les seigneurs, ils devaient payer un impôt pour être tolérés dans des quartiers réservés, le plus souvent misérables (ghettos).

Les Croisades puis les expulsions d'Angleterre (en 1290), de France (en 1394) et de certaines régions de l'Allemagne au XVe siècle amenèrent les Juifs à migrer à l'Est, en Pologne, en Lituanie et en Russie.
Les Juifs ashkénazes (d'Aschkenaz, fils de Gomer, lui-même fils de Japhet, lui-même fils de Noë : Genèse 10) développèrent des centres d'études religieuses en Pologne, Russie et Lituanie pendant des générations. Des mouvements comme le hassidisme, la Haskala et même le sionisme naquirent également en Europe orientale.
Chez les auteurs hébreux du Moyen Âge, le mot "Ashkenaz" désignait les terres situées au bord du Rhin, puis ce mot désigna les pays germaniques et d'Europe centrale (Bohême, Moravie, Pologne, Lituanie) où les juifs, persécutés en Allemagne, commençaient à s'installer.

Le 18 juillet 1290, un édit du roi d'Angleterre, Edouard Ier, bannit les Juifs du royaume (y compris ceux de Guyenne) à partir du 1er novembre

Le 16 juillet 1394, le roi de France Charles VI, dit le Fou, décréta l'expulsion de tous les juifs "sans exception ni privilège".
Il n’y aura plus de communautés juives en France jusqu’au XVIe siècle, sauf dans le Comtat Venaissin (qui dépend non du roi de France mais du pape) où les communautés d'Avignon, Carpentras, Cavaillon et L'Isle-sur-la-Sorgue subsisteront moyennant une série de conditions : port d'un chapeau de couleur jaune, résidence obligatoire dans une "carrière" (de l'occitan "carriera" qui signifie "rue"), un quartier de quelques rues bien délimitées fermées chaque soir, paiement de taxes supplémentaires, obligation d'assister périodiquement à des prêches les appelant à la conversion, etc.
Les juifs du Pape, comme ils sont appelés, développeront un judaïsme comtadin original.

En 1492, les Juifs furent expulsés d'Espagne : 160.000 sefardim (séfarades ou sépharades) quittèrent leur pays (Sefarad désigne la Péninsule Ibérique) plutôt que d'abandonner leur religion.

Les Juifs mizrahim (orientaux) descendent des communautés juives du Moyen-Orient ; ce sont les Juifs réfugiés des pays arabes, du Yémen, d'Iran, de Boukhara, d'Irak, d'Inde, de Géorgie, du Caucase (parfois appelés "Juifs des montagnes") et du Kurdistan. En dépit de leurs origines hétérogènes, le rite de ces Juifs est principalement celui des sépharades. 5


De l'époque des Lumières à la Shoah et à la création d’Israël

L'époque des Lumières vit se produire un retournement de tendance radical avec le mouvement d'émancipation, qui affirmait que les conditions faites aux Juifs les contraignaient à devenir ce qu'il leur était précisément reproché d'être.
Après la Révolution française qui introduisit en Europe l'égalité des droits pour les Juifs, celle-ci se généralisa au cours du XIXe siècle.
Mais il apparut bientôt que cette égalité, loin d'apaiser les haines anciennes, contribuait dans certaines circonstances à les raviver, si bien que des esprits clairvoyants pouvaient, au début du XXe siècle, ne voir de solution au problème que dans la création d'un Etat juif indépendant.
Celle-ci n'intervint pourtant qu'à grand-peine, après le génocide (Shoah), commis par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale, qui coûta la vie à 6 millions de Juifs.
Soucieux d'enrayer les flambées de violence alimentées par un nationalisme arabe naissant, les Anglais avaient décidé en 1939 de verrouiller strictement l'immigration. La mesure continua d'être appliquée après 1945 aux survivants du génocide juif qui tentaient de rejoindre Israël.
En réponse à l'attitude anglaise, des attentats terroristes juifs, dus au groupe Stern et à l'Irgoun, se multiplièrent et, en 1947, la Grande-Bretagne se voyait quasiment contrainte de remettre son mandat sur la Palestine à l'ONU.
Le 29 novembre 1947, le plan de partage de la Palestine fut approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU, à New York par le vote de la résolution 181. La Palestine était divisée en deux Etats : un Etat arabe de 11.500 km² et un Etat juif de 14.100 km², Jérusalem étant placée sous administration internationale. Accepté par les Juifs, ce plan fut repoussé par les Arabes. La guerre civile en Palestine mandataire commença dès le 30.
Le soir précédant le départ définitif des Britanniques, le 14 mai 1948, l'Etat d'Israël fut proclamé et aussitôt reconnu par les deux grandes puissances, les Etats-Unis et l'URSS.


Le problème palestinien

Craignant les conséquences de la proclamation d'Israël et les actes de terrorisme, 850 000 Palestiniens quittèrent les territoires du nouvel état juif.
Réfugiés dans certaines zones, comme la bande de Gaza et la Cisjordanie, ils furent contraints de se soumettre.
Après une éclipse durant les années 50, le mouvement national palestinien, avec l'appui des Etats arabes, finit par se doter d'organismes représentatifs tout en se militarisant progressivement.
La question palestinienne demeure le problème politique majeur de l'Etat d'Israël.


Selon Britannica Book of the year 2001, il y a 14 484 000 juifs dans le monde.
En 2013, la population mondiale de Juifs varie de 13,9 à 18,2 millions. 4


CITATIONS ET PROVERBES

Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie [.] Crois en Dieu et aime ton prochain comme toi-même (Lévitique 19,18, ndlr), le reste n’est que commentaire. (Hillel l’Ancien [v. 70 av. J.-C. - v. 10 ap. J.-C.]) 8.
Le Talmud reprendra : "Ce qui t'est haïssable, ne le fais pas à ton prochain. C'est là la loi entière, tout le reste n'est que commentaire". (Shabbat, 31a)

Femme, lui dit Jésus (Jésus s'adresse à la Samaritaine, ndlr), crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. (Jean 4,21-22)

Le judaïsme est maintenant, de toutes les religions du monde, celle qui est la plus rarement abjurée, et c'est en partie le fruit des persécutions qu'elle a souffertes. (Voltaire 1694-1778, Dictionnaire Philosophique, Tome VI, Juifs. Paris : Delangle Frères, 1825-1834)

Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire. (Essais sur les Mœurs, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. Introduction : XXXVI -Des victimes humaines, p. 123)

Yes, I am a Jew, and when the ancestors of the right honourable gentleman were brutal savages in an unknown island, mine were priests in the temple of Salomon : Oui, je suis Juif et quand les ancêtres de mon très honorable adversaire étaient des brutes sauvages dans une île inconnue, les miens étaient prêtres au temple de Salomon. (Benjamin Disraeli, Réponse à l'agitateur irlandais Daniel O'Connell qui lui reprochait ses origines dans un discours prononcé en 1835 à Dublin)

Le peuple juif a été l'historien, le sage, le poète de l'humanité. (Henri Lacordaire + 1861, Conférences)

Le judaïsme était un culte de famille et de tribu. (Ernest Renan + 1892)

L’antisémitisme est un mouvement odieux, avec lequel nous, chrétiens, ne devons rien avoir à faire [...]. Il n’est pas permis aux chrétiens de prendre part à l’antisémitisme. Nous reconnaissons que chacun a droit à l’autodéfense et peut faire le nécessaire pour sauvegarder ses intérêts légitimes. Mais l’antisémitisme est inadmissible. Spirituellement, nous sommes tous sémites" (Pape Pie XI, 7 septembre 1938).

J'appartiens à ce peuple qu'on a souvent appelé élu... Élu ? Enfin, disons : en ballottage. (Tristan Bernard, Propos, Conférence à Nice, 1942.)

Le 24 décembre 1942, dans son message de Noël radiodiffusé, Pie XII plaide pour « des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, par le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une progressive extermination » 6. (Le message provoque la colère de Hitler qui fait retirer le texte de la publication ; les autorités nazies déclarent que "le pape se fait le porte-parole des juifs, criminels de guerre" ; un tribunal militaire allemand dénonce le message du pape comme un "document subversif et démoralisant")

On pouvait se demander [...] si l'implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu de peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n'allait pas entraîner d'incessants, d'interminables frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu'alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tous temps, c'est-à-dire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur, n'en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu'ils formaient depuis dix-neuf siècles. (Charles de Gaulle, Conférence de presse du 27 novembre 1967)

Les Juifs sont comme tout le monde ; seulement ils le sont davantage. (Proverbe anglais)

La mer n'a pas de fond et la souffrance des juifs n'a pas de rive. (Proverbe yiddish)


Notes
1
Les Juifs d’Égypte, de Ramsès II à Hadrien, Paris, Éditions Errance, Collection des Néréides, 1991, p. 16
2 source : Agence CNS
3 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse
4 https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Juifs_par_pays
5 http://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs_mizrahim
6 http://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_XII
7 Elohim est une forme longue basée sur la racine 'ēl signifiant « dieu » dans les langues sémitiques. Elle est à rapprocher de l'akkadien ilu, de l'araméen elah et de l'arabe ilāh. Grammaticalement, la forme « elohim » se termine par la marque du pluriel -îm. Dans plusieurs occurrences de la Bible, Elohim correspond effectivement à une forme plurielle pour désigner « des dieux ». Elle peut être précédée de l'article défini (« les dieux ») et être accompagné d'un verbe ou d'un adjectif au pluriel. La forme Elohim peut aussi s'appliquer à un dieu individuel et pas uniquement lorsqu'il s'agit du dieu d'Israël. Elohim peut même s'appliquer à une déesse. Ainsi, le dieu Kemoch est l'elohim de Moab alors qu'Astarté est l'elohim des Sidoniens. Il est aussi employé pour désigner un être surnaturel, une forme de divinité mineure, telle qu'un « fantôme ». La forme Elohim est cependant le plus souvent utilisée pour désigner le dieu d'Israël, avec plus de 2000 occurrences dans la Bible hébraïque. On lui adjoint souvent l'article défini, ha-elohim, c'est-à-dire « le [vrai] dieu ». Lorsqu'il est appliqué au dieu d'Israël, Elohim est généralement traité comme un nom singulier. Parfois, il est pourtant construit avec un verbe au pluriel, notamment dans l'expression elohim hayyim « dieu vivant ». L'usage de la forme plurielle pour désigner le dieu d'Israël est expliquée de différentes façons. Il peut s'agir d'une manière de marquer l'idée d'abstraction, de la même manière que zekunim, de zaken (« âgé »), désigne la vieillesse. Cet usage peut aussi marquer une forme de pluriel de majesté ou d'excellence ou une forme d'intensification et d'absolutisation, elohim étant alors « le dieu des dieux ». Dans la Genèse, « Elohim » est plus fréquent que « YHWH » : 139 occurrences contre 118, 167 contre 143, si on compte les mots composés. Elohim préside en particulier à la Création du monde. En revanche, dans les quatre autres livres de la Torah, « Elohim » est beaucoup moins fréquent. Selon une remarque du Sifra rapportée par Nahmanide, il est complètement absent du Lévitique. https://fr.wikipedia.org/wiki/Elohim
8 http://titou23.artblog.fr/image/131971480906-jpg/
9 https://fr.wikipedia.org/wiki/Har_Karkom
10 "L'aniconisme" est l'absence de représentations matérielles du monde naturel et surnaturel dans différentes cultures, en particulier dans les religions monothéistes telles que le judaïsme et l'islam (http://fr.wikipedia.org/wiki/Aniconisme).


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 06/01/2017

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