Le bouddhisme tibétain ou lamaïsme.
Petite histoire du Tibet.

SOMMAIRE

1. La religion tibétaine 1.6 Le mage Padmasambhava
1.1 Les écoles 1.7 Le tantrisme
1.2 Le Bön 1.8 La controverse des Karmapas
1.3 Le clergé 1.9 Le culte de Dordjé Shougdèn
1.4 Chomschim le fondateur 2 Petite histoire du Tibet
1.5 Le roi Songtsen Gampo 3 Citations


LA RELIGION TIBETAINE

Le bouddhisme tibétain, appelé "lamaïsme" (rarement "lamisme"), est répandu au Tibet et dans les pays limitrophes (Bhoutan, Népal, Sikkim, Mustang, Mongolie).

Assez éloignée du bouddhisme primitif, il a hérité du bouddhisme tantrique mahayana autrefois pratiqué en Inde et de certaines croyances et pratiques propres à la région himalayenne.

Le bouddhisme tibétain constitue une tradition complète incluant de très nombreux aspects : philosophie, mode de vie, apprentissage de la vie intérieure, recherche de la libération, pratique de rituels, de la méditation, du yoga, d’offrandes, vie laïque, monastique ou érémitique, développement d’une architecture et d’un art très riches.

Les monastères lamaïstes accueillent des universités bouddhistes qui privilégient l'étude des textes sacrés tels que les tantras (ésotériques) et les mantras (incantations magiques ; le mantra le plus populaire étant celui de Tchènrézi, en sanscrit Avalokiteshvara, la divinité tutélaire du Tibet) qui analysent et créent, à partir du Rig, les mandalas cosmiques (figures géométriques).

Le bouddhisme comporte des centaines de déités. Dans toutes les grandes universités monastiques du Tibet, par exemple, chaque collège a, pour des raisons historiques, sa propre déité protectrice 7.
Le rituel tibétain consiste principalement à établir un lien avec les divinités, représentant différents aspects de la réalité éveillée, soit dans un but de transformation intérieure, soit dans le but d’atteindre certains objectifs temporels (une protection pour un voyage, une longue vie, une guérison, un enfant, la richesse, etc.).
Les cérémonies sont ponctuées d’offrandes aux divinités sous forme de figurines rituelles (tormas) et de musiques.

Les écoles

Le bouddhisme tibétain est réparti en plusieurs écoles :
- Nyingmapa : "ancien courant" ; secte des Anciens dite Église rouge à cause de la couleur des bonnets (bonnets rouges = dugpas), la plus ancienne et la plus orientée vers le tantrisme ;


- Sakyapa : "terre pâle", surnommée Secte des Fleurs ; bonnet rouge ;
- Kagyupa : "transmission orale", surnommée Secte Blanche car vêtue d'une robe blanche ; bonnet rouge ; elle s’est constituée au XIe siècle à partir d’enseignements indiens récemment importés et s'est rapidement divisée en de nombreuses branches, dont quatre restent notables au XXIe siècle : les plus importantes sont Karma Kagyu (Karma Bka'-brgyud-pa), au bonnet noir, fondée par le premier Karmapa Düsum Khyenpa (1110-1193), la mieux implantée en dehors des régions himalayennes, avec à sa tête le Karmapa (l'identité du 17e Karmapa fait l'objet d'une controverse) et Droukpa Kagyu ('Brug-pa Bka'-brgyud-pa), religion officielle du Bhoutan ; Drikung Kagyu et Taklung Kagyu sont deux branches moins développées ; Shangpa Kagyu, une branche parallèle disparue au XVIe siècle, a refait surface au XIXe siècle 3 ;
- Gélugpa : "les vertueux" ; Bonnets Jaunes ; elle est axée sur la réforme du moine Tsong-kha-pa (1355-1417), la plus nombreuse ;
- Jonang ou Jonangpa : elle fait remonter ses origines au maître Yumo Mikyo Dorje (XIe siècle), disciple du Cachemiri Somanatha ; elle a été reconnue par le 14e Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, qui l’a dotée d’un monastère en Inde, le Takten Phuntsok Ling de Shimla 6.
- Bön-gsar : "Nouveau Bön".
- Nouvelle Tradition Kadampa (NTK) fondée par Guéshé Kelsang Gyatso en 1991 en Angleterre ; elle s'est développée exclusivement sur la base des enseignements et des livres, publiés par Guéshé Kelsang, qui suivent une sélection d'enseignements guélugs provenant de différents textes bouddhistes mahayanas et vajrayanas ; selon les pratiquants, le bouddhisme kadampa est une école du bouddhisme mahayana fondée par le grand maître bouddhiste indien, Atisha (982-1054) 10.

Le sigle de la secte des Bonnets Jaunes est un svastika dextrogyre ; celui de la secte des Bonnets Rouges un svastika senestrogyre. Les bön-po, pratiquants de l'ancienne religion tibétaine prébouddhique Bön, utilisent le svastika pointant vers la gauche. Le svastika est appelé "yung-drung", ce qui signifie "éternel".

Le Bön

La religion Bön existait au Tibet, avant le bouddhisme, 250 ans avant notre ère.
Les bön-po croyaient qu'un dieu créateur, uni à un principe divin féminin, avaient engendré les petits dieux, les humains et le monde.
Ils voyaient une divinité dans tous les phénomènes de la nature, comme le "Vent-cheval" (Loungsta).
Ils pratiquaient le culte des ancêtres et celui des divinités domestiques.
Leurs prêtres, souvent ermites, n'étaient pas soumis au célibat et portaient les cheveux longs ; c'étaient des chamans et des nécromanciens.

Après les pratiques animistes et chamanistes constituant le premier Bön (shes-pa bcu-gnyis), une religion structurée, le Bön Yungdrung, se dégage au XIe siècle.
L’école Bön Yungdrung qui se réclame de son mythique fondateur, le maître Tonpa Shenrab Miwoche (sTon-pa gShen-rab Mi-bo-che), est proche de l'école Nyingmapa.

Au XIVe siècle, la branche bön-gsar (Nouveau Bön) se rapproche plus étroitement du bouddhisme afin d’échapper à la discrimination.

En 1640-1641, au Tibet oriental, Gushri khan, chef des Mongols Qoshot (Khosût), détruit la puissance du prince de Be-ri, le dernier défenseur de la religion Bön.

Bien qu’il soit toujours présenté comme une religion à part, même par les Tibétains, le Bön doit aussi être compté dans les écoles du bouddhisme tibétain.
Le Bön a une forte tradition monastique ; il existe néanmoins, comme chez les Nyingmapa, un clergé marié vivant au sein de la population. Appelés ngakpas, ils reçoivent un enseignement religieux assez similaire à celui des moines et se consacrent plus particulièrement aux services rituels (naissances, mariages, décès, exorcismes, guérisons etc.), s’appuyant pour les guérisons et exorcismes sur le pouvoir des tantras et les techniques de méditation, et non la transe proprement dite comme les chamans (pawo ou lhapa). Les moines étudient également l’astrologie et la médecine tibétaine traditionnelle. Comme dans les autres courants de la religion tibétaine, les méditations bön s’aident de yidams, divinités guides, et de leurs thangkas ou mandalas, ainsi que des sadhanas (sgrub thabs), textes en vers ou prose 5.

Le Bön est reconnu comme tradition religieuse tibétaine par le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso.

Le clergé

Le dalaï-lama (Océan de sagesse) qui appartient à l’école gelugpa tient le rôle de dirigeant temporel du pays mais n’exerce pas d’autorité spirituelle directe en dehors de sa propre école.
En 1642, Gushri Khan, chef des Mongols Qoshot, entre dans le Tibet central et conquiert toute la région, dont il fait donation au dalaï-lama tout en conservant le pouvoir militaire : ainsi naît le pouvoir temporel des dalaï-lamas.

Dans l'histoire du Tibet, la lignée des panchen-lamas est une lignée de réincarnation importante, considérée comme une émanation du Bouddha Amitabha (lumière infinie).
En 1665, le 5e dalaï-lama attribue le monastère Tachi-lhoun-po et un territoire à un lama rouge, devenu jaune, auquel il donne le titre de "Pang-tchen rin-po-tche" (panchen-lama).
Le dalaï-lama initie la lignée de réincarnation du panchen-lama à qui il attribue le titre d'"émanation du Bouddha Amitabha".
Le panchen-lama est le deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain Gelugpa (Bonnets Jaunes) juste après le dalaï-lama.
Panchen est la combinaison de deux mots : "pandita" (érudit en sanscrit) et "chen-po" ("grand" en tibétain).

Les Tibétains reconnaissent une double hiérarchie :
- d’une part les lamas (lama signifie maître spirituel) qui incarnent la transmission spirituelle à proprement parler (initiations, techniques de méditation, etc.),
- d’autre part les guéshés et les khèmpos qui représentent l’érudition garante de l’authenticité de la doctrine.

La majorité des lamas sont moines, mais il existe aussi des lamas mariés.
Tenzin Gyatso, 14e dalaï-lama, estime que le désir charnel, s'il procure une satisfaction à court terme, complique les choses, tandis que la chasteté procure une plus grande indépendance et une tranquillité d'esprit. (28 novembre 2008, Lagos)

Les monastères (il y en avait environ 6 000 avant l’invasion chinoise de 1950-1951) sont habituellement dirigés par un tulkou reconnu comme étant la réincarnation d’un maître admiré pour ses grandes qualités.
Les moniales (ou nonnes) dont les règles sont spécifiques, occupent généralement de petits couvents ; elles sont considérées comme inférieures aux moines et, parfois, presque réduites à l'état d'esclaves par ces derniers.
"Très rares sont les lamas qui se déplacent pour enseigner à leurs moniales et l'histoire du bouddhisme tibétain ne connaît que très peu de grands maîtres féminins (...) Ce dédain des sociétés religieuses et laïques à l'égard des moniales tibétaines est l'une des préoccupations du dalaï-lama. Il s'est nettement engagé contre ce vieil adage de son pays : Si tu veux un maître, fais de ton fils un moine. Si tu veux une servante, fais de ta fille une nonne." (Pierre Yves Ginet, 2002)

Au Tibet, non seulement tous les religieux, mais presque tous les laïcs, ont leur père spirituel, à qui ils font en général l'accusation de leurs péchés.
Aussitôt que le pénitent a prononcé cette formule : « J'ai péché », le directeur fait sur lui une prière pour lui obtenir le pardon qu'il demande.
Quatre fois par mois, le 14 et le 15, et ensuite le 29 et le 30 de la lune, les lamas s'assemblent pour entendre l'explication de leur règle.
Avant de paraître dans l'assemblée, le grand lama se confesse à celui à qui il a confié la direction de sa conscience ; ainsi purifié, il entre dans le temple et commence à recommander à chacun de se confesser.

Chomschim le fondateur

D'après la légende, en l'année 407, vient de l'Inde un bodhisattva (le bodhisattva est "un être qui s'éveille" en voie de devenir un bouddha, un "éveillé") qui s'établit sur le mont Potala autour duquel sera bâtie la sainte ville de Lhassa.
Ce bodhisattva s'appelle, dit-on, "Chomschim" (la voix qui reflète le monde).
On dit qu'il est le fondateur du lamaïsme.
Depuis cette époque, Bouddha ne cesse de s'incarner régulièrement dans la personne du dalaï-lama ou grand lama.

Le roi Songtsen Gampo

En fait, le bouddhisme paraît être introduit au Tibet par le roi Songtsen Gampo (Srong-btsan-sgam-po), fils du roi Namri Songtsen premier unificateur du Tibet (570-619), qui règne de 620 à 640.

Songtsen Gampo fait de Lhassa la capitale d’un pays puissant et unifié comprenant la majeure partie de l’Asie centrale et empiétant sur le territoire chinois (il a noué, en 634, des relations amicales avec la Chine).
On lui doit aussi l’élaboration d’une écriture, adaptée d’un alphabet indien.

Le roi compte au nombre de ses épouses une princesse népalaise et une chinoise qui sont réputées avoir apporté des images de Bouddha à Lhassa où des temples sont édifiés pour les abriter.
L’un d’entre eux existe encore ; c’est le temple principal de Lhassa, le Jokhang ; il a été reconstruit au cours des siècles, mais ses fondations remontent à la 1ère partie du VIIe siècle.

Srong-btsan-sgam-po sera reconnu par la suite dans la tradition bouddhique comme une manifestation du Grand Bodhisattva Avalokitesvara, le divin sauveur qui est un reflet du Grand Buddha de l’Ouest, Amitabha (Lumière sans borne).
Ses épouses chinoise et népalaise seront identifiées comme des manifestations de la Grande Déesse Tara, la Salvatrice, dans ses émanations Verte et Blanche.

Le mage Padmasambhava

Le philosophe indien Padmasambhava (2e moitié du VIIIe s.), né dans l’Uddiyana au sein d’une famille apparentée à la dynastie régnante, porte d’abord le nom de Padmakulisha ; celui de Padmasambhava ne lui sera conféré qu’à la fin de ses études sur les tantras.
Il étudie à l’université de Vikramashila, qui concurrence et supplante Nâlandâ.
Chargé d’un poste officiel auprès du souverain d’Uddiyana, Hayalila, il est forcé, à la mort de celui-ci, de fuir le pays et se rend au Magadha, au Kamarupa (Bengale) et au Népal.
Il revient ensuite en Uddiyana. Ce sont ses connaissances magico-alchimiques qui le font appeler au Tibet, par le roi Trisong Detsen (Khri-srong-lde-brstan).
Padmasambhava, qui est le magicien par excellence (le yogin, le siddha), va donc au pays des Neiges pour dompter les démons qui s’opposent à l’implantation du bouddhisme et triompher des Bon-po dans des joutes oratoires et des concours de magie.
Son nom reste lié à la fondation du monastère de Samyé ou Sam-Yas (Bsamyas) en 771.

Padmasambhava ne séjourne au Tibet que dix-huit mois, et non cinquante ans comme l’affirme la tradition (il semble qu’il ait été forcé de quitter le pays devant les menaces de gens qui voulaient attenter à sa vie).

Padmasambhava est regardé comme un nouveau Bouddha venu sur terre pour sauver les êtres. Il aurait eu comme supériorité sur tous les autres bouddhas d’être né d’un lotus et non d’une matrice humaine.

Ancêtre spirituel des rNying-ma-pa (Nyingmapas, secte des Anciens dite Église rouge à cause de la couleur des bonnets), il est combattu par les Dge-lugs-pa (Gélugpas, Bonnets Jaunes) qui ne réussissent pas à le faire disparaître ni même à faire diminuer sa popularité.
Les rNying-ma-pa lui attribuent de nombreux ouvrages, qui seraient restés cachés de manière à n’être découverts que lorsque les hommes auront acquis une plus grande maturité.

Très populaire dans le peuple aussi bien que chez les religieux, Padmasambhava (Guru Rinpoché), est représenté partout.
Sa légende, embellie par l’imagination des bardes, est conservée dans le Pad-ma-than-yig (le Dit de Padma).

Le tantrisme

Le tantrisme est un courant de l'hindouisme apparu en Inde aux environs de l'an 500, en réaction contre le formalisme du brahmanisme.
Destiné à conduire à la fusion de l'individu dans le Tout, il est fondé sur des textes, les Tantras (en sanscrit, trame, chaîne, tissu, ensemble), et une doctrine de caractère ésotérique.
Le tantrisme utilise diverses techniques du yoga.
À partir du VIe siècle, on rencontre des cultes tantriques dans les écoles shivaïtes ou shaktistes, dans le bouddhisme mahayana et dans le bouddhisme tibétain.
Le vajrayana (véhicule de diamant) est une forme de bouddhisme, nommée aussi bouddhisme tantrique, dont la compréhension nécessite celles du mahayana et du bouddhisme originel. Le vajrayana est la troisième et dernière phase du bouddhisme, les deux précédentes étant le Hinayana et le Mahayana. Il contient des éléments qui l'apparentent à l'hindouisme et particulièrement au shivaïsme cachemirien. Au Tibet, le vajrayana et le bön, religion locale, se sont influencés réciproquement. (Wikipedia)
Dans le cadre de l'hindouisme, le tantrisme, fondé sur la glorification du désir, peut aboutir au shaktisme, et il constitue l'une des trois principales manifestations du culte avec le shivaïsme (culte de Shiva) et le vishnouisme (culte de Vishnu).
Au centre du culte, se trouve la shakti, aspect féminin de la divinité qui participe à la conservation de l'Univers et à l'harmonie du monde.
L'aspect sexuel, donc créateur, est fortement marqué, les divinités symboliques du tantrisme étant représentées dans l'acte amoureux.
La shakti, terme sanskrit signifiant "puissance, énergie, capacité d'agir", est conçue comme l'énergie féminine universelle, présente à la fois dans le Cosmos et dans chacune de ses parties. En chaque être, elle fait couple avec l'âme (tenue, en Inde, pour masculine). Il y a donc une dualité fondamentale qui rend compte du fonctionnement de l'ordre des choses.
Ainsi, la shakti est l'aspect féminin de la divinité et incarne son principe actif, sa puissance : Lakshmî est la shakti de Vishnu ; Parvati (et Kali, qui est la forme destructrice de Parvati) celle de Shiva ; Sarasvatî (ou Brahmi) celle de Brahma, etc.
Le shaktisme accorde à la déesse la prééminence sur l'aspect masculin.

En métaphysique est posée la coexistence éternelle de la Nature et de l'Esprit, et l'on enseigne que l'harmonie universelle se maintient tant que ces deux entités sont en équilibre. Ainsi, l'homme ne vit normalement que s'il a soin de maintenir un équilibre entre ce que saint Paul appelle la "chair" (la shakti) et l'esprit.

Les Tantras sont les textes fondamentaux du tantrisme.
On reconnaît traditionnellement 64 textes tantriques, mais, en fait, on compte plus de 200 Tantras, traitant de métaphysique, de physiologie, de magie, de techniques de méditation et de yoga, généralement présentés sous forme de dialogues.
Le bouddhisme tibétain est fondé sur des Tantras constituant les ouvrages de base du Vajrayana (Véhicule de Diamant). Leur révélation est attribuée au Bouddha en personne (alors que le tantrisme bouddhique semble n’avoir émergé qu’au IVe siècle de notre ère, sur des fondements hindouistes.
Selon les bouddhistes tibétains, il existe quatre catégories de Tantras constituant un système cohérent (chacune des catégories représente un degré dans l'échelle spirituelle atteint par l'adepte en marche vers la lumière du Nirvana) :
- les Tantras de l'action (Kriya-Tantra) ;
- les Tantras de la pratique (Charya-Tantra) ;
- les Yoga-Tantra ;
- et le Yoga-Tantra ultime ou suprême.

Donnant une place très importante à l'énergie féminine, les disciples du lamaïsme pratiquent le yoga tantrique (ou Kundalini-yoga ou Laya-yoga) destiné à l'éveil des chakras permettant par la contemplation la visualisation de la divine lumière.

La controverse des Karmapas 4

Elle est liée à l'existence de deux candidats à la succession du 16e karmapa (coiffe noire), chef de l'école Karma Kagyu (Kagyupa) du bouddhisme tibétain :
- Le 7 juin 1992, Urgyen (ou Orgyen) Trinley Dorje, proposé au Tibet par le 12e Taï Sitou Rinpoché qui se base sur une lettre du précédent Karmapa, est reconnu par le dalaï-lama ; le 27, il est reconnu par le gouvernement chinois ; en décembre 1999, il s'enfuit du Tibet et arrive à Dharamsala le 5 janvier 2000.
- Trinley Thaye Dorje est identifié par le 14e Shamar Rinpoché (coiffe rouge), qui est, selon la tradition, celui qui doit reconnaître le Karmapa ; Shamar Rinpoché annonce qu'il l'a découvert, après avoir utilisé les procédés traditionnels. D'autres grands rinpochés reconnaissent Trinley Thaye Dorje comme l'authentique Karmapa.

Le culte de Dordjé Shougdèn

Dordjé Shougdèn (Foudre puissante), Dholgyal ou Dhogyal (Roi de Dhol), qui semble avoir été à l’origine une divinité mineure dans la tradition sakyapa, est une déité tantrique du bouddhisme tibétain qui a pris une grande importance au XIXe siècle dans une partie de l’école gelugpa.
La nature exacte de Dordjé Shougdèn est controversée parmi les pratiquants du bouddhisme tibétain : déité protectrice éveillée (yidam), émanation de la sagesse de tous les bouddhas et protecteur du dharma (dharmapala) pour les uns, il est une force maléfique (démon connu sous l’appellation péjorative de dholgyal) pour les autres.

Du fait de soupçons de sectarisme à l’encontre de certains de ses pratiquants, le dalaï-lama, lui-même initié à Dordjé Shougdèn en 1959 par son maître Trijang Rinpoché et pratiquant de son culte, y a renoncé et l’a déconseillé à partir de 1978 avant de l’interdire en 1996 7.
En 1996, à Dharamsala, durant la session d’enseignements de printemps, le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso, désapprouve, pour la première fois publiquement, la pratique de Shougdèn et condamne la déité : « Si vous voulez que je sois maudit et voulez ma mort, et si la liberté du Tibet vous indiffère, continuez donc à vénérer cet esprit démoniaque ».

Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Newsweek en avril 1997, le dalaï-lama exprime ses préoccupations à l'égard du culte de Dordjé Shougdèn en ces termes : « Ce culte détruit la liberté de pensée religieuse ». 8

En janvier 2008, Tenzin Gyatso et Samdong Lama, premier ministre du gouvernement tibétain en exil, appellent l’opinion publique à se soulever contre les pratiquants du culte Shougdèn, accusés d'hérésie, de meurtres, de vol et de faire le jeu de la Chine.
Des campagnes de signatures et de prestations de serment sont organisées pour que chacun jure solennellement non seulement de renoncer à tout lien avec la déité mais aussi de renoncer à toute relation spirituelle et matérielle de quelque ordre qu’elle soit, avec tout adepte de Shugden. Les moines Shougdèn sont chassés des monastères ; toutes relations sociales avec les Shougdèn, telles que partager un repas, vivre sous le même toit ou faire du commerce ensemble, sont interdites (des boutiques arborent des écriteaux interdisant l’entrée aux adeptes de Shougdèn).
Le 15 mars 2008, une résolution, adoptée par le Parlement Tibétain en exil, stipule :
"3. Les pratiquants de Dholgyal (ou Shougdèn, ndlr) ont lancé des campagnes de terrorisme, et commis les délits suivants : rançon, vol et meurtre. Par conséquent, les Tibétains et le pays d’accueil sont tenus de continuer à répondre aux enfreintes de la loi, de les identifier sans les minimiser.
4. Certains leaders sans éducation de la République Populaire de Chine portant le masque du communisme, considèrent la religion comme du poison et utilisent les leaders de Dholgyal pour critiquer Sa Sainteté le Dalaï Lama et diviser le peuple tibétain. Le peuple tibétain, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et les gens du monde entier qui aiment la vérité sont tenus de les identifier et ne devraient pas se méprendre sur l’argumentation
." 1
Le 12 avril 2008, la Société des partisans de Shougdèn écrit une lettre ouverte au dalaï-lama qui restera sans réponse :
"Nous, la Société des partisans de Shougdèn, vous demandons d'accomplir 4 choses :
- 1. Laisser la liberté de vénérer Dordjé Shougdèn à quiconque souhaite s'en remettre à cette déité.
- 2. Arrêter complètement la discrimination entre les pratiquants de Shougdèn et les non-pratiquants.
- 3. Permettre à tous les moines et nonnes Shougdèn qui ont été expulsés de leur monastère de retourner dans leur monastère où ils devront bénéficier des mêmes droits matériels et spirituels que les non-pratiquants.
- 4. Dire par écrit à la communauté tibétaine dans le monde entier qu'elle doit mettre en application les trois points ci-dessus
." 8
Selon un article de TibetInfoNet publié en mai 2008, les autorités de la République populaire de Chine soutiendraient financièrement les groupes Shougdèn 9.

En janvier 2010, Loungri Namgyél Rinpoché, le 101e Ganden Tripa (le Gandèn Tripa est le dirigeant et la plus haute autorité religieuse de l'école gélugpa) rejoint, au terme de son mandat, le monastère de Shar Gandèn, fondé en Inde par les pratiquants de Dordjé Shougdèn et indépendant du gouvernement tibétain 8.

La Western Shugden Society accuse le dalaï-lama de détruire les quatre grandes traditions du bouddhisme tibétain pour renforcer son emprise sur le pouvoir politique en exil et prétendre aujourd'hui que ceux qui s’opposent à cette désacralisation sont une secte minoritaire alors que ceux-ci préservent une pratique religieuse centenaire 7.


Dordjé Shougdèn


PETITE HISTOIRE DU TIBET

Sous le règne de l'empereur Hu-Huang (1122-1116 av. J.-C.), les Chinois nomment les Tibétains : Kiang ou Si-Kiang (Kiang occidentaux).

Selon la légende, les habitants primitifs du Tibet, issus de l'union d'un singe et d'une ogresse, sont civilisés par un être semi-divin, Nyatri Tsenpo (gNya'-khri-btsan-po), descendu du ciel au moyen d'une corde, qu'ils élisent roi en 127 avant J.C.

En 160 et 253 les Tibétains font des guerres (qu'ils perdent) à la Chine.

En 407, vient de l'Inde le légendaire Chomschim, un bodhisattva, qui s'établit sur le mont Potala.

Le roi Namri Songtsen ou Namri-srong-btsan (570-629) est le premier unificateur du Tibet (Pö en tibétain et Xizang en chinois).

Son fils, le roi Songtsen Gampo ou Srong-btsan-sgam-po (610-649) fait de Lhassa la capitale d’un pays puissant et unifié comprenant la majeure partie de l’Asie centrale et empiétant sur le territoire chinois.
Il noue, en 634, des relations amicales avec la Chine.
On lui doit l’élaboration d’une écriture, adaptée d’un alphabet indien.

En 679, les Tibétains remportent la victoire de Ta-fei-tch’ouan sur une armée chinoise : ils dominent le bassin du Tarim jusqu’en 692.

En 703, les armées tibétaines envahissent le Jan (une partie du futur Nanzhao), au nord-ouest du Yunnan, une région à chevaux et à sel.

En 704, Khri-Lde gSug-bCan monte sur le trône. Il fait construire la forteresse royale de Lhassa.

En 714, les troupes chinoises des Tang massacrent leurs vieux ennemis tibétains.

Après l'écrasement des Chinois par les Arabes à la bataille de la rivière Talas en 751, Trisong Detsen ou Khri-srong-Ide-brtsan (742-797) rompt l’alliance avec les Chinois en 762.

En 771, ouverture du premier monastère de lamas au Tibet : Samyé ou Sam-Yas (Bsamyas).

20 février 783 : cérémonie d'alliance sino-tibétaine célébrée à Qingshui ; sous le règne du roi du Tibet, Trisong Detsen, un Traité de paix est négocié entre la Chine et le Tibet donnant au Tibet toutes les terres de la région du Kokonor.

En 792, le bouddhisme devient la religion officielle du Tibet. De 792 à 794, le concile de Lhassa réunit des moines chinois et indiens pour une dispute doctrinale.

En 821, le traité sino-tibétain de Chang'an reconnaît l'indépendance du Tibet ; signé après de vaines escarmouches au nord-ouest, il sera renouvelé en 823 ; le texte, qui fixe les limites des deux empires, est écrit en chinois et tibétain sur trois piliers à Chang'an, à la frontière tibéto-chinoise et à Lhassa.

De 838 à 842, le roi du Tibet, Langdarma, persécute les lamaïstes.

En 1054, meurt le sage Atisha, "le noble maître", l’un des grands saints du bouddhisme tibétain, venu du monastère indien de Nalanda, auteur de La Lampe qui montre le chemin de l’éveil. Ses disciples s’appellent les "Kadampa" (ceux qui suivent les ordres oraux). Ses reliques sont pieusement conservées dans le monastère de Ne-thang, où elles attirent de nombreux pèlerins.

En 1055, meurt Rinchen Zangpo : envoyé par le roi de Guge au Cachemire et en Inde, il traduisit les textes canoniques et révisa les tantras anciens ; on lui attribue la fondation de temples dans tout le Tibet de l’Ouest.

L'an 1071 marque le début de la lignée des Sakyapas (Secte des Fleurs, portant un bonnet rouge) qui finit par régner sur l’ensemble du Tibet.

En 1244, Sakya Pandita (1182-1251), Grand lama sakyapa et grand érudit, est invité par le prince mongol Köden.
En 1247, celui-ci désigne le Grand lama comme vice-roi chargé des affaires séculières du Tibet.

De 1252 à 1259, les petits-fils du conquérant mongol Gengis Khan, Möngke Khan et Kubilay Khan, conquièrent la Chine du Sud et le Tibet.

En 1253, Kubilay Khan (1214-1294) invite le lama sakyapa, Drogön Chögyal Phagpa, à sa cour et lui demande d’inventer une écriture pour remplacer les caractères chinois.

En 1264, Drogön Chögyal Phagpa est nommé représentant du Grand Khan (vice-roi) sur les trois provinces du Tibet.

Le voyageur Marco Polo (+ 1324), raconte que des tribus, du Tibet jusqu'à Sumatra, pratiquent le cannibalisme.

En 1338, une armée entière du sultan de Delhi, perdue dans une expédition au Garhwal dans l'Himalaya, est anéantie par les Tibétains.

En 1354, les lamas Sakyapa perdent le pouvoir au profit des Phagmodrupa, une branche des Kagyupa, dont le représentant le plus prestigieux est Changchub Gyeltshen. Celui-ci rompt tout lien avec la dynastie mongole des Yuan, puis celle chinoise des Ming. Il accroît l’indépendance du Tibet et instaure le système administratif des dzong, forteresses-district. 15

Après la chute de la dynastie Yuan, le 14 septembre 1368, le premier empereur Ming, Hongwu, partage le Tibet en plusieurs divisions territoriales. La Chine n'intervient plus dans les affaires des chefs tibétains qui lui paient tribut. Des monastères rivaux s’efforcent de s’emparer du pouvoir détenu par les lamas qui occupent les fonctions de vice-rois.

A la fin du XIVe siècle, lama Tsong-kha-pa (1355-1417), reprend les enseignements, tombés en désuétude, des Kadampa (disciples d’Atisha + 1054, en particulier Dromtönpa + 1064) et fonde l'école gelugpa (les Vertueux) aux bonnets jaunes ; fondation du monastère de Dga'ldan près de Lhassa en 1409. Tsong-kha-pa a comme disciples principaux son neveu Gedun Drub ou dGe-hdun-grub-pa (1391-1474) et Khedrup Je, lesquels seront, plus tard, reconnus respectivement comme le premier dalaï-lama et le premier panchen-lama.

Gedun Gyatso (DGe-hdun rgya-mtsho), 2e abbé des Gelugpa de 1474 à 1540, refuse d'aller voir l'empereur de Chine.

En 1530, les chefs des tribus se révoltent contre les Chinois : 60 se soumettent, 16 sont vaincus.

Sonam Gyatso (BSod-nams rgya-mtsho), 3e abbé des Gelugpa de 1541-1586, voit sa suprématie spirituelle reconnue par la Mongolie et d'autres pays.
En 1578, le prince mongol Altan-khan lui décerne le titre mongol de dalaï-lama : dalaï signifiant océan (sous-entendu de sagesse) et lama maître spirituel.
Beaucoup de princes lamas de la secte rouge embrassent alors la secte jaune.

Yonten Gyatso (Yon-tan-rgya-mtsho) est le 4e dalaï-lama de 1587 à 1614.

Le 30 mars 1624, départ d'Agra en Inde, du jésuite portugais Antonio de Andrade qui traverse la chaîne himalayenne par l'ouest et entre au Tibet ; en août, il est reçu dans la cité de Tsaparang par le roi de Gugé, lequel, intéressé par sa religion, l'autorise à fonder une mission et à construire une église en 1626.

En 1640-1641, au Tibet oriental, Gushri khan, chef des Mongols Qoshot (Khosût), anéantit la puissance du prince de Be-ri, le dernier défenseur de la religion Bön.
En 1642, Gushri khan, entre dans le Tibet central et conquiert toute la région dont il fait donation au 5e dalaï-lama, Lozang Gyatso (ou Ngawang Lobsang Gyatso ou Nag-dvang blo bzang rgya-mtsho -1617-1682), tout en conservant le pouvoir militaire.

En 1643, commence sur la Colline Rouge la construction du Palais du Potala où le 5e dalaï-lama vient demeurer.
Les Bonnets Rouges sont chassés de Lhassa.

Le 15 janvier 1653, Lozang Gyatso rencontre l'empereur mandchou Shunzhi à Pékin dont il devient le guide spirituel ; celui-ci lui offre en retour sa protection temporelle.

Le 8 octobre 1661, deux jésuites, Johann Grueber et Albert Dorville, visitent Lhassa.

En 1665, le 5ème dalaï-lama attribue le monastère Tachi-lhoun-po et un territoire à son professeur, Lobsang Chökyi Gyaltsen, un lama rouge, devenu jaune. Appelé panchen en tant qu'abbé du monastère, il reçoit le titre distinctif de panchen-lama à sa mort, quand le cinquième dalaï-lama annonce qu'il renaîtra et que l'enfant lui succédera.

En 1696, le régent du dalaï-lama, Sangyé Gyatso, fonde le collège médical du Chakpori à Lhassa.

En décembre 1697, est intronisé le 6e dalaï-lama Tsangyang Gyatso ; le régent Sangyé Gyatso envoie son ministre, Shabdrung Ngawang Shonu à la cour Mandchoue pour informer l'Empereur Kangxi de la mort du 5e et de la découverte du 6e dalaï-lama ; le 5e panchen-lama, Lobsang Yeshe, confère les vœux de moine de novice au jeune dalaï-lama qui est intronisé en tant lors d'une cérémonie à laquelle assistent les fonctionnaires du gouvernement tibétain, la population de Lhassa, les princes Mongols et les représentants l'Empereur Kangxi. En 1706, accusé d’imposture, Tsangyang Gyatso sera déposé et exilé en Chine (il mourra en chemin le 14 novembre dans la région du lac Kokonor. Les mongols Qoshot, soutenus par l’empereur Kangxi occuperont alors le Tibet central. Une guerre civile se développera au Tibet à laquelle mettra fin l'intervention chinoise de 1720.

En 1704, le pape Clément XI confie l’évangélisation du Tibet aux capucins.

Kelzang Gyatso (BLo bzang skal ldan rgya-mtsho) est le 7e dalaï-lama de 1708 à 1758.
Le 2 décembre 1717, les Mongols Dzoungars s’emparent de Lhassa. Ils sont d’abord vus comme des libérateurs, avant qu’ils ne pillent et détruisent les monastères non gelugpa. Le septième dalaï-lama est soustrait aux Dzoungars par son père et se réfugie au monastère de Kumbum, en Amdo au nord-est du Tibet où il se retrouve "protégé" par la dynastie des Qing 16. En 1720, les troupes mongoles Khalkhas et l'armée de Chine reprennent Lhassa aux Dzoungars et remettent sur le trône Kelzang Gyatso ; l'empereur installe des représentants et une garnison à Lhassa.

En 1728 et 1750, ont lieu des révolutions intérieures ; la Chine protège le dalaï-lama.

En 1750, le Tibet est mis sous la suzeraineté de la Chine qui laisse cependant le gouvernement du pays aux dalaï-lamas.

Jamphel Gyatso (BLo bzanq hjam dpal rgya-mtsho), 8e dalaï-lama de 1758 à 1805, soutient une guerre contre le Népal avec l'aide de la Chine.

Lungtok Gyatso (Lung rtogs rgya-mtsho) est le 9e dalaï-lama de 1805 à 1815.

Tsultrim Gyatso (Tshul khrims rgya-mtsho), 10e dalaï-lama de 1815 à 1837, est empoisonné par le vice-roi de Lhassa.

En 1846, Khendrup Gyatso (Mkthas grub rgya-mtsho), 11e dalaï-lama de 1837 à 1856, fait chasser les pères lazaristes Huc et Gabet.

Trinley Gyatso (Phrin las rgya-mtsho) est le 12e dalaï-lama de 1856 à 1875.

En 1898, le gouvernement du 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso (Tub-bstan rgya-mtsho), au pouvoir depuis 1877, abolit la peine de mort.

Le 12 décembre 1903, le Tibet est envahi par les Britanniques du colonel Francis Younghusband, qui s'inquiètent de l'expansion russe en Asie centrale ; après le massacre de Guru (31 mars 1904), les Britanniques avancent jusqu'à Lhassa (3 août 1904) où les officiels tibétains doivent les rencontrer (sauf le 13e dalaï-lama qui s'est réfugié en Mongolie).
Le 7 septembre 1904, la Grande-Bretagne et le Tibet signent le Traité de Lhassa ou Convention anglo-tibétaine faisant pratiquement de l’Etat tibétain un vassal de la Grande-Bretagne ; la Chine rejette ce traité.

Le 27 avril 1906, une convention bilatérale sino-britannique, signée à Pékin, reconnaît la suzeraineté de l’Empire chinois au Tibet.

En 1907, dans les territoires de l'Est du Tibet, l’administration est partagée entre Chinois et Tibétains. Il est interdit d'agrandir les monastères et le nombre des moines est réduit. Des écoles sont ouvertes. Le servage est aboli et un état civil créé. Les colons chinois sont incités à s’installer dans la région.
Le 31 août, à Saint-Pétersbourg, la Russie et la Grande-Bretagne signent une convention répartissant leurs zones d’influence en Perse, en Afghanistan et au Tibet.

En 1908, les Britanniques retirent leurs troupes du Tibet.

En 1910, le 13e dalaï-lama, qui a regagné Lhassa en 1909, après cinq ans d’exil, est chassé par les troupes chinoises et se réfugie en Inde le 25 février.

1912
- Le 7 mars : la République de Chine (proclamée en Chine le 29 décembre 1911) est proclamée à Lhassa ; la population tibétaine s’insurge contre la présence chinoise : la Constitution provisoire de la République de Chine, adoptée en mars, précise que le Tibet fait partie de la République de Chine.
- Le 12 avril : expulsion des Ambans et militaires chinois hors du Tibet par les forces tibétaines.
- Le 21 avril, le président chinois Yuan Shikai proclame que le Tibet, la Mongolie et le Turkestan sont des provinces de la nouvelle république de Chine.
- Le 24 juin : le 13e dalaï lama quitte Darjeeling et rentre au Tibet après son exil en Inde.
- Le 12 août : Accord de paix entre le Tibet et la République de Chine ; à la suite du renversement des Qing par la révolution en Chine, le Tibet devient de facto indépendant bien que toujours dépendant de la Chine au regard du droit international.
- Le 25 septembre, l'amban Chung Ying, encerclé par les forces tibétaines dans sa résidence de Lhassa, doit accepter de se retirer du Tibet avec les derniers militaires chinois.

1913
- Janvier, le 13e dalaï-lama entre dans sa capitale.
- Le 8 janvier et le 14 février, le 13e Dalaï Lama réalise une déclaration publique puis un édit proclamant l'indépendance du Tibet vis-à-vis de la Chine.
- Le 11 janvier, traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet.
- Le 13 octobre, à Simla en Inde, une conférence réunit des représentants des autorités britanniques, chinoises et tibétaines (fin en juillet 1914).

Le 27 avril 1914, Convention de Simla entre le Royaume-Uni, le Tibet et la République de Chine, à l'issue de la conférence de Simla, en Inde : adoption de la ligne McMahon et division du Tibet en un « Tibet Extérieur » sous l'administration du gouvernement du Dalaï Lama et un « Tibet Intérieur » où Lhassa aurait l'autorité spirituelle uniquement ; les deux secteurs sont considérés comme étant sous la « suzeraineté » chinoise ; l'accord, ratifié le 3 juillet par les Britanniques et les Tibétains, est finalement contesté par Pékin.

En 1918, les Tibétains repoussent une attaque chinoise. Une trêve est conclue en septembre.
Un armistice est signé en 1920.

En 1931, il y a des combats entre Tibétains et Chinois.

En 1933, mort du 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso. "D’après les groupuscules néo-nazis, Thubten Gyatso n’aurait pas caché ses sympathies pour Hitler, faisant traduire Mein Kampf en tibétain et félicitant le Führer lors de son accession à la Chancellerie [...] Des affirmations impossibles à vérifier. Il reste cependant établi que la mission nazie s’est effectivement entretenue avec les autorités tibétaines, et qu’elle s’est rendue au Tibet à l’invitation de celles-ci. Mais les groupuscules néo-nazis vont encore plus loin : ils affirment que de nombreux Tibétains ont servi sous l’uniforme de la Waffen SS sur le front de l’Est [...] A la chute du Troisième Reich, de nombreux combattants nazis ainsi que des membres de l’Ahnenerbe auraient trouvé refuge au Tibet. Là encore, rien ne permet d’étayer valablement cette hypothèse. Aucune preuve matérielle et vérifiable ne vient à l’appui de ces déclarations spécieuses." 12

Le 19 janvier 1939, l'expédition au Tibet, organisée par les nazis en quête du foyer originel de la race aryenne et menée par Ernst Schäfer, chasseur et biologiste allemand, arrive à Lhassa où elle reste deux mois. Fait partie de l'expédition l'anthropologue Bruno Berger qui examine les crânes de plus de 300 Tibétains.

Le 22 février 1940, à Lhassa, Lhamo Dhondup, reconnu comme étant la réincarnation du 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso, est intronisé 14e dalaï-lama et reçoit le nom de Tenzin Gyatso.

Le 11 août 1949, le prêtre catholique, Maurice Tornay, est abattu avec son serviteur tibétain, au col du Choula, à la frontière sino-tibétaine.

Le 7 octobre 1950, Mao Zedong donne l’ordre aux troupes de l’armée de la République populaire de Chine (400 000 hommes) d’envahir le Tibet considéré comme une province chinoise. Une triple offensive est lancée : au Kham depuis le Yunnan, en Amdo depuis le Gansu et au Ngari à partir du Xinjiang. Le 17, la capitale du Kham, Chamdo, tombe aux mains des Chinois.
Le 7 novembre, Tenzin Gyatso (Tenzin rgya-mthsho), le 14e dalaï-lama, fait appel à l’ONU qui ajourne sine die le débat sur l’appel du Tibet aux Nations Unies (seul le Salvador a proposé une résolution condamnant "cet acte d’agression non provoqué contre le Tibet").
Le 17 novembre, sur les conseils de l'oracle d'État du Tibet, Tenzin Gyatso est intronisé chef spirituel et temporel du Tibet.

Le 23 mai 1951 est signé l'Accord en 17 points entre le gouvernement populaire central et le gouvernement local du Tibet sur les mesures concernant la libération pacifique du Tibet qui reconnaît la réunion du Tibet à la Chine populaire en échange du maintien des droits du chef spirituel et du respect des monastères. L'armée chinoise entre dans Lhassa le 9 septembre.

"En 1954, le dalaï-lama se rendit à Beijing pour participer au Premier Congrès National du Peuple (Assemblée populaire nationale, ndlr). Le 11 septembre, Mao Zedong reçut, pour la première fois, le dalaï-lama et le panchen-lama à Zhongnanhai et ils discutèrent longuement... Le 27 septembre, le Dalaï Lama fut élu vice-président du Comité Permanent du Premier Congrès National du Peuple... Le Dalaï Lama et le Panchen Lama devinrent les plus jeunes chefs d'Etat... Mao Zedong déclara : " Chaque nation a son propre leader national. Il est bon pour le Tibet d'avoir des leaders tels que le Dalaï Lama et le Panchen Lama." Il fit observer que le peuple du Tibet ne devrait pas seulement crier "longue vie au Président Mao" ou "longue vie au Commandeur-en-chef Zhu [Zhu Dé, commandant en chef de l'Armée populaire de libération (APL) et vice-président de la République Populaire de Chine, ndlr], mais aussi "longue vie au Dalaï Lama" et "longue vie au Panchen Lama". Il ne devrait pas seulement afficher les portraits du Président Mao et du Commandeur-en-Chef Zhu, mais aussi ceux du Dalaï Lama et du Panchen Lama. Mao Zedong mit en pratique ce qu'il avait recommandé : quand les tibétains délégués à la cérémonie de la Journée nationale de la République populaire de Chine (Fête nationale ayant lieu le 1er octobre, ndlr) scandèrent "longue vie au Parti Communiste" et "longue vie au Président Mao", Mao s'écria "longue vie au Dalaï Lama" et "longue vie au Panchen Lama". (Article de Cao Guqiang publié dans Over the Party History, un journal chinois)

Le 1er avril 1955, l'Inde abandonne à la Chine le contrôle du réseau téléphonique, télégraphique et postal du Tibet.

En 1956, la Chine promet un statut d'autonomie au Tibet. Un comité est instauré pour établir les bases d'une Constitution Tibétaine. Le dalaï-lama est nommé président et le panchen-lama premier vice-président du pays. Pourtant, la Chine commence à renforcer son contrôle du Tibet.
L'idéologie marxiste heurte un peuple profondément religieux qui se soulève contre le régime chinois.

En 1958, d'importantes opérations de guérilla se déroulent à l'Est du Tibet.
Le 18 Février 1959, Mao Zedong commente : "The more chaotic [the situation] in Tibet becomes the better; for it will help train our troops and toughen the masses. Furthermore, [the chaos] will provide a sufficient reason to crush the rebellion and carry out reforms in the future" (Mao wengao, Vol. 8, p. 46). Traduction : "Plus la situation est chaotique au Tibet, mieux c'est. Cela servira à entraîner nos troupes et à endurcir les masses. En outre, cela nous procurera une raison suffisante pour écraser la rébellion et mener des réformes dans l'avenir" 13.
Après le soulèvement du peuple tibétain le 10 mars 1959, Tenzin Gyatso, 14e dalaï-lama, doit partir en exil le 17 ; il arrive en Inde le 30 et s'installe à Dharamsalla.
Le 21 octobre, l'Organisation des Nations unies adopte la résolution 1353 dans laquelle elle se déclare préoccupée par la question des droits des Tibétains.
Deux résolutions semblables seront prises le 20 décembre 1961 (1723) et le 18 décembre 1965 (2079).

Le 2 septembre 1960 se tient la première réunion du Parlement tibétain en exil ; la communauté tibétaine célèbre cette journée comme le Jour de la Démocratie

Le 9 mars 1961, le 14e dalaï lama lance un appel aux Nations unies en faveur d'une restauration de l'indépendance du Tibet.

Le 18 mai 1962, le panchen-lama rencontre le premier ministre chinois Zhou Enlai ; en juin, il adresse à Mao Zedong une pétition où il dénonce violemment la politique chinoise au Tibet.

En 1965, le panchen-lama se prononce pour l'indépendance du Tibet.
Le 9 septembre, est inaugurée la Région autonome du Tibet (dans le cadre de la République populaire de Chine) comprenant le Tibet central et occidental (le Tibet oriental et nord-oriental fait partie des provinces chinoises du Xikang et du Qinghai).
Depuis, le Tibet souffre de la violente politique d’assimilation chinoise : persécution des nombreux adeptes du bouddhisme lamaïque répression sanglante de toute velléité d’indépendance ou d’opposition au régime communiste, imposition du mandarin comme langue officielle et sinisation forcée (en 2004, 7 millions de Chinois vivent au Tibet contre 6 millions de Tibétains).

Galvanisés par la révolution culturelle déclenchée en Chine en août 1966, les gardes rouges de Lhassa envahissent les monastères, détruisent les images et les textes sacrés et obligent les moines à avoir des activités productives.
Le panchen-lama, qui ne veut pas que les moines abandonnent l’état religieux, est déposé et placé dans un camp de travail en février 1967.

Le 21 septembre 1987, le dalaï-lama propose à la Chine une "association" : la Chine conserverait le contrôle politique et militaire, le Tibet acquerrait son autonomie en matière de religion et d'éducation. Le gouvernement chinois ne donne pas suite à cette proposition.

Le 15 mai 1989, le dalaï-lama, Tenzin Gyatso, reçoit le prix Nobel de la paix pour la résistance non violente qu’il ne cesse d’opposer au gouvernement chinois installé au Tibet.

Le 14 mai 1995, après avoir étudié les différents candidats, un jeune garçon de six ans est officiellement reconnu par le dalaï-lama comme étant le 11e panchen-lama et reçoit le nom de Gendhun Choekyi Nyima. Le 17, Gendhun Choekyi Nyima et ses proches sont emmenés à Pékin et mis en résidence surveillée.
Refusant de reconnaître Gendhun Choekyi Nyima comme successeur du 10e panchen-lama, le gouvernement chinois met en place, au monastère de Jokhang à Lhassa, un tirage au sort à l'issue duquel est élu, le 29 novembre, Gyancain Norbu, aussi nommé Erdini Qoigyijabu 14. Il est intronisé le 8 décembre, en désaccord avec les autorités religieuses tibétaines.

Le 4 février 1997, à Dharamsala, Lobsang Gyatso, ami proche et conseiller du dalaï-lama, fondateur et directeur de l'Institut de dialectique bouddhiste, et deux de ses élèves, sont assassinés.

Le 28 décembre 1999, Orgyen Trinley Dorjé du monastère de Tsourphou au Tibet, le 17e karmapa (dirigeant de l'école Karma-kagyu), s'enfuit pour l'Inde où il rejoint le dalaï-lama.

En juillet 2001, le dalaï-lama réduit son pouvoir temporel : à son initiative, les Tibétains élisent leur premier Premier Ministre, Samdhong Rinpoché.

Dans son rapport sur les droits de l’Homme en Chine, publié le 9 février 2004, l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) dénonce particulièrement le traitement réservé aux prisonniers politiques tibétains et l’hypocrisie du régime chinois qui affiche un assouplissement loin de la réalité.

2006
- Le 1er juillet, la Chine inaugure le train le plus haut du monde qui permet de relier Pékin à Lhassa en 2 jours.
- Le 13 octobre, au Vatican, le dalaï-lama Tenzin Gyatso et le pape Benoît XVI parlent du rapport entre raison et foi, de la nécessaire harmonie entre les religions ainsi que de la promotion des valeurs humaines et de l’importance de l’écologie.
- Le 1er novembre, à Hiroshima (Japon), le dalaï-lama lance un appel à l’abolition des armes nucléaires.

2008
- Le 10 mars, pour le 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui aboutit à son départ en exil, le dalaï-lama s'insurge contre "les inimaginables et énormes" violations des droits de l'Homme commises par la Chine au Tibet.
- A partir du 11 mars, la tension monte à Lhassa où les moines manifestent.
- Le 14, des émeutiers, moines et laïcs, s'en prennent aux Chinois et incendient leurs commerces ; les heurts entre manifestants et forces de l'ordre sont très violents.
- Le 26, l'agence Chine Nouvelle donne son bilan : 19 civils et 1 policier (un autre policier a été tué dans une autre région) tués par les émeutiers, 382 blessés parmi les civils et 241 chez les policiers. Les dirigeants tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait au moins 203 morts. La police chinoise annonce avoir arrêté 400 personnes.
- Depuis l'allumage de la Torche olympique en Grèce le 24 mars, le torchon brûle : les militants pro-Tibet et ceux des Droits de l'Homme ou de Reporters sans Frontière, se mobilisent (notamment à Paris et à Londres) sur le passage de la Flamme confiée à la Chine où se tiendront les Jeux Olympiques (XXIXe Olympiade), à Pékin, du 8 au 24 Août.
- Le 10 avril, le Comité international olympique (CIO) rappelle à la Chine ses promesses d'améliorer les droits de l'Homme avant les J.O. Le même jour, le 14e dalaï-lama réaffirme son soutien aux JO de Pékin et invite la Chine à ne pas le diaboliser ; il rappelle qu'il ne réclame pas l'indépendance du Tibet, mais "son autonomie culturelle".
- Le 12 avril, le président chinois Hu Jintao déclare : "Notre conflit avec la clique du dalaï-lama n'est pas un problème ethnique, ni un problème religieux, ni un problème des droits de l'Homme. Il s'agit soit de sauvegarder notre souveraineté nationale, soit de laisser éclater la patrie".
- Le 25 avril, la Chine propose de rencontrer un représentant du dalaï-lama pour relancer le dialogue, interrompu à l'été 2007.
- Le 29 avril, la Télévision chinoise CCTV annonce les condamnations, à des peines allant de trois ans de prison à la détention à vie, de 30 personnes (dont 6 moines) impliquées en mars dans les émeutes meurtrières de Lhassa et accusées d'avoir tué 18 civils et 1 policier, blessé 382 civils et 241 policiers, incendié 7 écoles, 5 hôpitaux et 120 habitations et pillé 908 magasins.
- Le 4 mai, à Shenzhen (Chine), des discussions sur la crise au Tibet, ont lieu, à huis clos, entre deux envoyés du dalaï-lama et des responsables chinois.
- Le 13 août, le dalaï-lama est reçu au Sénat par une quarantaine de parlementaires français, devant lesquels il dénonce la poursuite de la répression chinoise au Tibet.
- Du vendredi 15 août au mercredi 20 août, à Nantes, le dalaï-lama enseigne sur plusieurs textes de Nagarjuna (le plus grand théoricien de la doctrine madhyamika, la voie du milieu) et donne une initiation de Padmasambhava.
- Le 22 août, le dalaï-lama, qui inaugure un temple à Roqueredonde (34), a un entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et dénonce la répression chinoise "brutale" qui règne au Tibet, parallèlement aux jeux Olympiques ; il reçoit également l'épouse du chef de l'Etat, Madame Carla Bruni-Sarkozy et la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade.
- début novembre, en Chine, les pourparlers tibéto-chinois échouent : Pékin affirme qu'il ne fera "jamais de concession" même sur une "semi-indépendance" du Tibet.
- Le 22 novembre, à l'issue de la session qui a rassemblé quelque 600 délégués à Dharamsala (nord de l'Inde), le président du parlement tibétain en exil, Karma Chophel, déclare : "Nous désirons poursuivre la voie moyenne (c'est-à-dire réclamer une large autonomie culturelle, ndlr)".
- le 6 décembre, à Gdansk en Pologne, à l'occasion de la cérémonie organisée pour le 25e anniversaire de la remise de son prix Nobel de la paix à Lech Walesa, Nicolas Sarkozy, président de la République Française (c'est la première fois qu'un président de la République française reçoit publiquement un dalaï lama) et du Conseil de l'Union Européenne, rencontre le dalaï-lama, bravant la colère des Chinois qui ont déjà annulé pour cette raison un sommet Union européenne/Chine à Lyon le 1er décembre et menacent de boycotter les produits français.

2009
- Le 10 mars, à Dharamsala, pour le 50e anniversaire de l'échec du soulèvement de Lhassa, le dalaï-lama rappelle le "génocide culturel" dont est victime son peuple et accuse la Chine d'avoir fait du Tibet un "enfer" et tué "des centaines de milliers de Tibétains" : "Ces 50 dernières années ont été celles de la souffrance et des destructions pour le territoire et le peuple du Tibet (...) Même aujourd'hui les Tibétains au Tibet vivent en permanence dans la crainte (...) Leurs religion, culture, langue et identité sont menacées de disparition. Les Tibétains sont considérés comme des criminels qui ne méritent que la mort." Pour Pékin, le dalaï-lama "propage des rumeurs et des mensonges" sur le Tibet alors que "les réformes démocratiques au Tibet sont les plus vastes et les plus profondes de son histoire".
- Le 23 mars, le porte-parole de la présidence sud-africaine, Thabo Masebe, déclare avoir refusé au nom de l'intérêt national un visa au dalaï-lama, invité, avec d'autres lauréats du prix Nobel de la Paix, à participer, à Johannesburg, à une conférence sur le football (instrument de lutte contre le racisme et la xénophobie) liée à la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud : "Le gouvernement sud-africain n'a pas invité le dalaï-lama, parce que ce ne serait pas dans l'intérêt de l'Afrique du Sud". Le 24, les autorités sud-africaines annoncent que l'Afrique du Sud n'accordera pas de visa au dalaï lama avant la Coupe du monde de football qui aura lieu en juin et juillet 2010.
- Le 1er avril, en marge du sommet du G20 à Londres, un communiqué conjoint France-Chine, souligne que "dans le respect du principe de non-ingérence, la France récuse tout soutien à l’indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit (...) La France mesure pleinement l’importance et la sensibilité de la question du Tibet et réaffirme qu’elle s’en tient à la politique d’une seule Chine et à sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois, conformément à la décision prise par le général de Gaulle qui n’a pas changé et ne changera pas".
- Le 7 juin, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, remet au dalaï-lama, qui achève une tournée européenne qui l'a mené au Danemark, en Islande et aux Pays-Bas, le titre de "citoyen d'honneur" de Paris qui lui a été décerné en mars 2008 par les élus de la ville ; le dalaï-lama donne une conférence sur le thème "Ethique et société" au Palais-omnisports de Bercy.
- Le 30 août, le dalaï-lama arrive à Taïwan pour se rendre auprès des victimes du typhon Morakot. Le chef spirituel tibétain déclare aussitôt que sa visite est à visée "humanitaire" et qu'elle n'a aucun caractère politique. Le président taïwanais Ma Ying-Jeou, qui a autorisé la visite du dalaï lama, annonce qu'il ne le rencontrera pas afin d'éviter de nouvelles tensions avec Pékin qui estime que cette visite pourrait "avoir une influence négative" sur les relations entre Pékin et Taipeh. Le 2 septembre, le dalaï lama s´entretient avec le cardinal Paul Shan Kuo-hsi, évêque catholique de Kaohsiung.

2010
- Le 18 février, malgré les mises en garde répétées de Pékin, le président des USA, Barack Obama, reçoit à la Maison blanche le dalaï-lama.
- En juillet, le Global Council of Indian Christians (GCIC), une ONG qui milite contre les violences contre les chrétiens et qui craint une reproduction "bhoutanaise" des lois anti-conversions indiennes et des persécutions qui les ont accompagnées, appelle le dalaï-lama à prendre position contre ce projet de loi qui ne "respecte pas la voie de la tolérance enseignée par le Bouddha" : le dalaï-lama garde son sourire et le silence. Le Bhoutan est le seul pays où le bouddhisme sous sa forme tantrique Vajrayana (lamaïsme), est religion d’Etat (source : EDA).

2011
- Le 27 avril, un juriste de 43 ans, Lobsang Sangay, est élu Premier ministre du gouvernement tibétain en exil. Il prête serment le 8 août.
- Le 30 mai, Tempa Tsering, porte-parole du chef spirituel des Tibétains en exil, annonce à l'AFP que le dalaï-lama a officiellement renoncé à ses fonctions politiques (il a signé des amendements à la Constitution du gouvernement tibétain en exil au cours du week-end pour mettre officiellement un terme à son rôle politique) mais qu'il reste le symbole du mouvement tibétain.
- Le 16 juillet, pour la deuxième fois, le président américain Barack Obama reçoit le dalaï-lama malgré la mise en garde de Pékin. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Hong Lei, déclare que Washington ne doit pas "interférer dans les affaires intérieures chinoises" et ne doit rien faire qui soit susceptible de "nuire aux relations sino-américaines" : "Nous sommes fermement opposés à ce qu'un quelconque responsable politique étranger rencontre le dalaï-lama sous quelque forme que ce soit".
- Les 13 et 14 août, à Toulouse, le dalaï-lama commente les Etapes de la méditation, un texte de Kamalashila, un maître indien du VIIIe siècle.

2013
Quelque 110 immolations ou tentatives d'immolation de moines par le feu, protestant ainsi contre la tutelle de Pékin et la répression de la culture et de la religion tibétaines, ont été dénombrées depuis 2009.

2014
- Le 21 février, le président des Etats Unis d'Amérique, Barack Obama, nonobstant les "protestations solennelles" de la Chine, reçoit le dalaï-lama : le président réitère "son soutien appuyé à la préservation des traditions religieuses, culturelles et linguistiques du Tibet et à la protection des droits de l'homme pour les Tibétains au sein de la République populaire de Chine".
- Le 5 juillet, à Leh dans le nord de l'Inde, le dalaï-lama appelle les bouddhistes de Birmanie et du Sri Lanka à mettre fin aux violences contre les musulmans : "J'exhorte les bouddhistes de ces pays à avoir à l'esprit l'image du Bouddha avant de commettre ces crimes".

2016
Le 31 mai, dans une interview publiée par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, le Dalaï Lama estime qu'il y a à présent "trop" de réfugiés en Europe après la vague d'arrivées l'an dernier et que "l'objectif devrait être qu'ils retournent (dans leur pays) et aident à reconstruire leur pays" : "L'Europe, l'Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l'Allemagne est l'Allemagne".


CITATIONS

Il n'est personne qui n'ait été frappé de la ressemblance surprenante qui existe entre les institutions, les pratiques et les cérémonies qui constituent la forme extérieure du culte du grand lama et celle de l'Eglise romaine. Chez les Tartares, en effet, on retrouve un grand pontife, des patriarches chargés du gouvernement spirituel des provinces, un conseil de lamas supérieurs qui se réunissent en conclave pour élire un pontife, et dont les insignes mêmes ressemblent à ceux de nos cardinaux, des couvents de moines et de religieuses, des prières pour les morts, la confession auriculaire, l'intercession des saints, le jeûne, le lavement des pieds, les litanies, les processions, l'eau lustrale. (Abel Rémusat 1788-1832)

A l'époque où les patriarches bouddhistes s'établirent dans le Thibet, les parties de la Tartarie qui avoisinent cette contrée étaient remplies de chrétiens. Les nestoriens y avaient fondé des métropoles et converti des nations entières. Plus tard, les conquêtes des enfants de Gengis appelèrent des étrangers de tous pays : des Géorgiens, des Arméniens, des Russes, des Français, des musulmans, envoyés par le calife de Bagdad, des moines catholiques chargés de missions importantes par le pape et par saint Louis. Ils célébrèrent les cérémonies de la religion devant les princes tartares. Ceux-ci leur donnèrent asile dans leurs tentes, et permirent qu'on élevât des chapelles jusque dans l'enceinte de leurs palais. Un archevêque italien, établi dans la ville impériale par Clément V, y avait bâti une église où trois cloches appelaient les fidèles aux offices, et il avait couvert les murailles de peintures représentant des sujets pieux. Chrétiens de Syrie, romains, schismatiques, musulmans, idolâtres, tous vivaient mêlés et confondus à la cour des empereurs mongols, toujours empressés d'accueillir de nouveaux cultes, et même de les adopter. Les Tartares passaient d'une secte à une autre, embrassaient aisément la foi, et y renonçaient de même pour retomber dans l'idolâtrie. C'est au milieu de ces variations que fut fondé le nouveau siège des patriarches bouddhistes. (M. de Sainte-Croix 1746-1809 11)

Les enterrements des Tibétains sont vraiment singuliers : quelques jours après la mort, on porte le défunt chez un officier public, qui le fait couper en petits morceaux qu'on donne à manger aux chiens ; ceci s'appelle la sépulture terrestre. Quant aux os, on les pile dans un mortier de pierre, on les mêle avec de la farine, on en fait des boulettes qu'on jette encore aux chiens, et l'on en nourrit les vautours ; c'est la sépulture céleste. Les cadavres de ceux qui ne laissent pas assez d'argent pour se faire découper sont jetés dans l'eau ; cette espèce de sépulture est appelée l'aquatique et regardée comme ignominieuse. Les corps des prêtres sont brûlés et leurs ossements renfermés dans des obélisques. (Victor Thérèse Charpentier, comte d'Ennery, 1732-1776 11)

Nous croyons que tous les Nyingmas et Kagyoupas ont une voie complète. Pas uniquement les Guélougpas. Je crois que les Nyingmapas ont une voie complète. Bien sûr, les Kagyoupas sont très spéciaux. Nous apprécions énormément l'exemple de Marpa et Milarépa [dans la lignée Kagyou]. Milarépa a montré le meilleur exemple de dévotion envers son gourou. Bien sûr, les Kagyoupas, comme les Nyingmapas et les Sakyapa, ont une voie complète vers l'illumination. De nombreux Nyingmapas et Kagyoupas pratiquent très sincèrement et ne sont pas juste en train d'étudier de manière intellectuelle. Je pense que certains pratiquants guélougpas ont besoin de suivre leur exemple pratique. Mais nous n'avons pas besoin de mélanger nos traditions. Chaque tradition a ses propres qualités non communes, et il est important de ne pas perdre celles-ci. Nous devrions nous concentrer sur notre propre tradition et en maintenir les bonnes qualités, mais nous devrions toujours garder de bonnes relations les uns avec les autres, et ne jamais nous disputer ou nous critiquer mutuellement. J'aimerais faire la requête que nous améliorions nos traditions tout en maintenant de bonnes relations les uns avec les autres. (Guéshé Kelsang Gyatso 10)

Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas qu'il y ait un créateur. Mais je respecte toutes les religions. (Réponse faite par le 14e dalaï-lama, Tenzin Gyatso, à une question posée par la revue Sélection du Reader's Digest en 2003 2)


Notes
1 www.westernshugdensociety.org/fr/chronicle/dalai-lama-evenenements-de-janvier-a-mars-2008/
2 http://pages.globetrotter.net/yvon_dionne/cit_ons.html)
3 http://fr.wikipedia.org/wiki/Kagyupa
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverse_Karmapa
5 http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%B6n
6 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jonang
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Dordj%C3%A9_Shougd%C3%A8n
8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverse_Dordj%C3%A9_Shougd%C3%A8n
9 http://www.tibetinfonet.net/content/update/116
10 http://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Tradition_Kadampa
11 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, Pierre Larousse
12 http://www.egaliteetreconciliation.fr/Quand-le-grand-reich-en-pincait-pour-le-Tibet-1106.html
13 http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/03/10/
14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gedhun_Choekyi_Nyima
15 TIBET. Le guide du pèlerin, par Victor Chan Publié par Editions Olizane, 1998 cité par http://fr.wikipedia.org/wiki/1354
16 http://fr.wikipedia.org/wiki/1717


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 09/09/2017

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