NOVATIEN, antipape
Le novatianisme.

Après quinze mois de vacance du Saint-Siège (suite au martyre de Fabien le 20 janvier 250), Corneille est élu évêque de Rome, en mars 251.
Novatien (v. 200 -v. 258), prêtre influent de Rome et théologien, qui fut philosophe avant de se convertir, s’oppose violemment à Corneille parce que celui-ci admet à la pénitence ceux qui, par crainte des supplices, ont abjuré pendant la persécution de Decius (Dèce).
Novatien (peut-être sous l’influence de Novat de Carthage, l’adversaire de Cyprien) refuse absolument l’absolution de ces lapsi (tombés) 1.
Il s'appuie sur ces paroles de l'Épître aux Hébreux (VI, 4-6) : « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu'ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie. »


Novatien

Les novatiens soutiennent donc que l'on doit refuser l'absolution aux apostats, et même à ceux qui, après leur baptême, sont tombés dans quelque péché grave, tel que le meurtre ou l'adultère.
Ils finirent par être amenés, en suivant les déductions logiques de leur doctrine, à affirmer que l'Eglise n'a pas le droit de donner l'absolution aux criminels.

Novat, prêtre de Carthage, chassé d'Afrique par son évêque, Cyprien, soutient les idées de Novatien et les fait partager à plusieurs de ses anciens fidèles d'Afrique.

Le rigorisme de Novatien trouve de nombreux adhérents qui se qualifient de cathares (purs), se vêtent de blanc, se séparent de la communion du pontife et reconnaissent Novatien pour leur évêque.
Celui-ci déclare alors la nomination de Corneille irrégulière et se fait consacrer évêque de Rome par trois évêques de village qu’il a fait boire (dit-on).

Corneille convoque un concile de 60 évêques, qui se réunit à Rome en 251. Novatien est excommunié, les évêques qui l'ont ordonné sont déposés et on confirme les anciens canons touchant les lapsi (tombés). On continue à recevoir à la pénitence publique ceux qui sont tombés et qui témoignent du repentir, et à réduire au rang de laïcs les évêques ou prêtres apostats.

Novatien organise son Église, avec sa hiérarchie.
Il ajoute à sa doctrine que les prêtres ne peuvent remettre les péchés mortels et condamne les secondes noces.
Il adopte la doctrine du montanisme. Les 2 sectes, qui fusionnent, compteront des partisans jusqu'au VIIe siècle.

Novatien est le premier théologien romain à écrire en latin.
On lui doit : De Trinitate sur la Trinité, De cibis iudaïcis dans lesquelles il montre que les chrétiens ne sont pas tenus par les observances juives qui doivent être interprétées allégoriquement, De bono pudicitiae sur la chasteté, De spectaculis et quantité d’autres ouvrages...

Novatien quitte Rome en 253 lors de la persécution de Trébonien Galle. On ne sait rien des circonstances de sa mort vers 258 : connaît-il le martyre pendant les persécutions sous l’empereur Valérien ou meurt-il en Afrique comme certains le croient ?

L’Eglise novatienne perdure jusqu’à sa fusion formelle avec l’Eglise catholique au concile œcuménique de Nicée en 325 qui reçoit les novatiens (8e canon).
Toutefois, durant ce concile, un évêque novatien, Arcesius, argumente pour prouver que l'on ne doit point admettre les grands pécheurs à la communion. L'empereur Constantin s'écrie alors : « Dresse une échelle, Arcesius, et monte au ciel tout seul ! »

Le novatianisme a des communautés florissantes aux IVe et Ve siècles : en Occident, où Ambroise et Augustin ont affaire à lui, et en Orient (Constantinople, Alexandrie).


Citations

Nous refusons la communion aux grands pécheurs, laissant à Dieu seul le pouvoir de leur pardonner. (Asclépiade, évêque novatien)

Ils (les novatiens, ndlr) furent assez puissants en Occident pour que l’évêque Réticius d’Autun rédigeât contre eux un grand volume (315), pour que le pape Innocent Ier (401 à 417, ndlr) écrivît à leur sujet à l’évêque Victrice de Rouen, pour que l’évêque Pacien de Barcelone dût s’en défendre, pour que saint Ambroise consacrât son traité De pænitentiæ à réfuter leurs doctrines. Constantin offrit aux Novatiens des conditions faciles de réconciliation puis tenta d’exterminer ceux qui restaient, mais, à la faveur des persécutions de Julien l’Apostat, ils purent se reconstituer. Il fallut attendre le Ve siècle pour les voir disparaître d’Occident et le VIIIe siècle pour n’en plus entendre parler en Orient. (http://missel.free.fr/Sanctoral/09/16.php)


Note
1 Au cours des premiers siècles du christianisme, un lapsi (tombé) est un Chrétien qui a renié sa foi par peur des persécutions. Il existe trois types de lapsi, chacun d'eux correspondant à une action que leurs persécuteurs leur demandaient d'effectuer pour renoncer à leurs croyances. Ils sont thurificati quand ils ont brûlé de l'encens pour honorer des dieux païens, sacrificati quand ils leur ont fait un sacrifice, et libellatici en tant qu'ils ont reçu un billet (libellus) des autorités impériales attestant qu'ils ont satisfait à cette obligation (certains l'obtenaient moyennant un paiement). L'Église considère tout d'abord cela comme un péché majeur. Cependant, grâce notamment à Cyprien, les Chrétiens lapsis repentis peuvent être réintégrés après une sérieuse pénitence. Par la suite, une partie intransigeante de l'Église qui refuse leur retour au sein de la communauté, provoquera le schisme de Novatien. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lapsi)

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 23/05/2017

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