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SOMMAIRE LE PAPE Présentation « Pape » est emprunté (1050) au latin ecclésiastique papa (issu du grec papas). Le grec moderne a gardé « papas » pour désigner le pope. Papa est la forme tardive de « pappa », mot enfantin désignant le père, employé comme terme d’affection et de respect à l’égard des évêques (IIIe s.), spécialement (VIe s.) puis exclusivement (IXe siècle) à l’égard de l’évêque de Rome 9 à partir de Jean VIII (872-882) 10. "La qualification de pape, qui est devenue propre à l'évêque de Rome, à l'exclusion des autres évêques, a été portée, jusqu'au VIe siècle, par tous les évêques de la chrétienté, en ce sens que ce mot signifie père ; depuis cette époque, elle fut donnée plus particulièrement au successeur de saint Pierre ; mais c'est seulement Grégoire VII qui, en 1081, dans son premier concile de Rome, se fit attribuer exclusivement le titre de pape, et cette appellation est devenue synonyme d'évêque universel." 11 Irénée, évêque de Lyon, dans une lettre à l'évêque de Rome Eleuthère (175-189), l'appelle "Père". Jean Guyon dit 12 que le premier évêque monarchique de Rome fut Victor I (189-202). Calixte I (219-222) est le premier évêque de Rome à être désigné par le titre de « Pape » 13. Le titre de pape n'est porté par les évêques de Rome qu'à partir de Sylvestre I (314-335) 20. L’empereur Théodose I le Grand (+ 395) emploie ce mot pour qualifier l’évêque de Rome, Sirice (384-399). « Pape » signifie « père » et est apparenté à abba (« papa » en araméen et en hébreu) ainsi qu’à « abbé ». Quand nous parlons de « notre Saint-Père le Pape », nous pratiquons donc une redondance. Certes, nous nous souvenons des mots sévères de Jésus : « Ne donnez à personne ici-bas le nom de « père », car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est aux cieux. » (Matthieu 23,9). Mais on voit bien que le souci de Jésus est d’abord de souligner que Dieu seul est, absolument parlant, Père, et non pas d’interdire aux enfants d’appeler leur père « papa » ni à un fils spirituel de considérer comme son « père » celui qui l’engendre à la vie intellectuelle, morale ou spirituelle. L’essentiel est de ne jamais oublier, pour reprendre les mots de Paul, que notre Père des cieux, celui que seul nous adorons, est aussi celui « de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ephésiens 3,14-15). Il est donc permis d’appeler une créature humaine « père », à la condition de ne jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une paternité dérivée de celle qui appartient pleinement à Dieu seul. Va donc pour notre Saint-Père le Pape ! » 14. Le pape, chef de l’Église catholique romaine, est l’évêque de Rome, le vicaire de Jésus-Christ et le successeur de Pierre [le « prince (premier) des apôtres »]. Il est aussi le Serviteur des serviteurs de Dieu, le Souverain Pontife de l’Église universelle, le Patriarche de l’Occident, le Primat d’Italie, l’archevêque et le métropolitain de la province romaine, le souverain de l’État du Vatican. Depuis Jean-Paul I (+ 1978) est apparue officiellement l’appellation « Pasteur suprême », reprise par Jean-Paul II (1978 à 2005) sous les formes de « Pasteur de l’humanité entière » et « Pasteur universel de l’Eglise ». Le titre de "Vicaire de Jésus-Christ", qui fut donné à l’évêque de Rome par Jérôme (+ 420), puis à des évêques et à des rois, ne fut appliqué exclusivement au pape que vers le XIIIe siècle. La célèbre formule, le "Serviteur des serviteurs de Dieu" (Servus servorum Dei), se rencontre pour la première fois dans une lettre d'Augustin d'Hippone (+ 430). Grégoire I (590 à 604) l’adopta parmi ses titres ; toutefois elle ne devint d’une application générale qu’à partir d'Innocent III (1198 à 1216), et, vers le milieu du XVe siècle, elle fut exclusivement réservée pour les bulles. Benoît XVI a fait supprimer l’appellation de « Patriarche de l’Occident » dans l’Annuaire pontifical, « convaincu que cette appellation attribuée à l’évêque de Rome par l’empereur de Byzance était inadaptée à la situation du troisième millénaire ». Ce titre avait été donné au pape Léon I le Grand, en 450, par l’empereur d’Orient, Théodose II. Le pape est désigné par un assez grand nombre de dénominations. Autrefois, lorsqu’on s’adressait à lui, on l’appelait : Beatitudo Vestra, Magnitudo Vestra, Excellentia Vestra, Majestas Vestra. Parmi les titres les plus usités, on compte : Pontifex Maximus et Summus Pontifex qui furent donnés jadis à des évêques et à des archevêques, Sanctitas et Sanctissime Pater (Sa Sainteté, Très Saint-Père). En dehors de Rome, rares sont les Pères ou auteurs ecclésiastiques qui appliquèrent à l’évêque de Rome les textes évangéliques concernant Pierre. On peut citer Optat de Milève (+ vers 370), Jérôme (+ 420), mais ce n’est le cas ni de Jean Chrysostome, ni d’aucun des Pères grecs, ni d'Augustin, lequel reconnaît pourtant au siège romain une plus grande plénitude de vérité et de grâce. Pour les orthodoxes, un apôtre ne peut avoir été évêque d’un siège. Le couronnement de Charlemagne comme empereur d’Occident (Noël 800) porta un coup décisif à l’union avec l’Orient, laquelle lui survivra difficilement jusqu’aux conflits avec les patriarches de Constantinople Photios (+ 897) et surtout Michel Cérulaire, sous lequel la rupture fut canoniquement consommée (1054). Pour les protestants, les textes bibliques concernant Pierre ne fondent pas une succession institutionnelle : Pierre n’a pas été « évêque de Rome ». La primauté de l’évêque de Rome n’est pas mentionnée dans les apologies de Justin martyr, de Minutius Félix, d’Irénée, de Clément d’Alexandrie, ouvrages où toutes les questions qui intéressent l’Eglise sont traitées avec une grande abondance de détails. Le mot « Eglise romaine » qui s’y rencontre quelquefois, n’y est jamais pris que dans l’acception de « diocèse de Rome ». Cyprien de Carthage (200-258) s’adressa à l’évêque de Rome, comme au chef « de l’Eglise principale, source de l’unité sacerdotale » mais en l’appelant cependant « collègue ». Etienne I (254-257) ayant voulu se prononcer en dernier ressort entre lui et son compétiteur au siège de Carthage, Cyprien se moqua amèrement des prétentions de l’évêque des évêques. « Je suis indigné, écrivit Firmilien à Cyprien, de la folle arrogance de l’évêque de Rome, qui prétend avoir hérité son évêché de l’apôtre Pierre. » Libère (352-366) fut le premier à désigner Rome comme le « siège apostolique » Les évêques d’Italie, réunis en concile en 378, reconnurent la primauté de l’évêque de Rome, mais ils refusèrent de lui reconnaître des pouvoirs supérieurs aux leurs. Ce fut l’empereur Gratien (375-383) qui, dans un rescrit, s’attacha à donner un caractère tranché à la prééminence de l’évêque de Rome. Il ordonna que les métropolitains accusés de quelque méfait soient renvoyés devant l’évêque romain pour être entendus et jugés. Innocent I (401 à 417) écrivit dans une lettre à Descentius, l’un des évêques d’Ombrie, que tous les sièges d’Italie, d’Espagne, de Sicile, d’Afrique et des Gaules avaient été fondés par Pierre ou par ses successeurs. Dans sa réponse au concile de Carthage, il précisa : « II est de droit divin de consulter le Saint-Siège sur toutes les affaires ecclésiastiques avant de les terminer dans les provinces. ». Léon I (440-461), bravé par Hilaire d’Arles, eut recours à l’empereur Valentinien III qui, par un décret du 6 juin 445, plaça tous les évêques d’Occident sous la juridiction du Saint-Siège et ordonna aux gouverneurs de ses provinces d’y contraindre les récalcitrants. A partir de ce moment, les papes étendirent rapidement leur pouvoir spirituel, firent partout acte de suprématie, assujettirent à leur approbation l’élection des évêques, changèrent les juridictions métropolitaines, etc. Grâce à la protection des empereurs, l’évêque de Rome donna désormais des ordres à ses anciens collègues et exerça un pouvoir absolu. En 494, Gélase I fit parvenir à l'empereur Anastase une lettre (Duo sunt...) dans laquelle il formulait le principe qui doit inspirer les relations entre la papauté et l'empire : « Il y a, auguste empereur, deux pouvoirs principaux pour régir le monde : l’autorité sainte des pontifes et la puissance royale. Des deux, celle des prêtres est d’autant plus importante qu’ils doivent, dans le jugement divin, rendre compte au Seigneur des rois eux-mêmes. Votre pieuse majesté ne pourra donc qu'en conclure que personne, en aucun temps, sous aucun prétexte humain, ne pourra jamais se dresser contre la fonction absolument unique de cet homme que le précepte du Christ lui-même a placé à la tête de tous et que la Sainte Église reconnaît comme son chef » 24. Gélase, qui portait le titre de « Summus pontifex », rappela la primauté romaine sur tous les sièges épiscopaux et sur les conciles généraux de l’Eglise : « Ce n’est pas par des décisions des conciles que l’Église de Rome a été mise au-dessus des autres Églises, mais elle a obtenu cette primauté par la parole du Seigneur, notre Sauveur, dans l’Évangile : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’Église romaine ! » Grégoire le Grand (590 à 604), tout en se considérant comme le sujet du basileus de Constantinople, maintint l’indépendance de l’Église vis-à-vis du pouvoir civil et revendiqua les droits du successeur de Pierre. En 1081, un concile, à Rome, attribua officiellement et exclusivement à Grégoire VII le titre de "pape", devenu alors synonyme d’évêque universel. Mais cette primauté, cette suprématie du pape sur l’Eglise fut longtemps contrebalancée par les conciles généraux et, de fait, ces assemblées se montrèrent souvent supérieures aux pontifes romains, car il leur arriva fréquemment de les condamner et de les déposer. Un grand nombre de théologiens ont admis jusqu’à nos jours la supériorité du concile œcuménique sur le pape dans trois cas. Le premier est celui où, un schisme étant né, on est en doute sur la question de savoir quel est le pape légitime ; le second est celui où le pape tomberait dans l’hérésie, et le troisième celui où le pape s’écarterait évidemment des lois de l’Eglise. Ces questions ont beaucoup occupé les écrivains ecclésiastiques, et des papes eux-mêmes se sont prononcés pour la supériorité des conciles. Dans une décrétale adressée au concile de Constantinople (869-870), Adrien II concéda que les évêques pouvaient accuser, juger et condamner un pape pour cause d’hérésie. Adrien VI (1522-1523), dans son Commentaire sur le IVe livre des Sentences, admit qu’un pape pouvait errer même dans ce qui appartient à la foi. Au XVIe siècle sont apparus 2 termes qui désignent péjorativement la doctrine des partisans de l’autorité absolue du pape et son partisan : papiste (1526) et papisme (1553). Ces mots furent particulièrement employés à propos de la polémique religieuse entre catholiques romains et protestants au XVIe siècle. Le souverain de l’Eglise universelle Les prérogatives attachées à la primauté papale sont les suivantes : le Saint-Siège est le centre de l’unité catholique ; le pape a la principale part aux décisions concernant la foi, et l’on doit recevoir avec soumission les décrets dogmatiques émanés de lui ; il a le droit de porter, en matière de discipline, des décrets qui obligent toute l’Eglise ; le pape, élu par les cardinaux, ne peut être confirmé par personne, parce qu’il n’y a personne au-dessus de lui sur la terre. Comme chef spirituel, le pape jouit d’une autorité souveraine, fait observer les canons, convoque seul les conciles, nomme les cardinaux, institue les évêques, établit ou supprime les ordres religieux, prononce ou lève les excommunications, distribue les indulgences, maintient l’unité et l’intégrité du dogme, institue, modifie ou abroge les règles disciplinaires, accorde les grandes dispenses, prononce les canonisations. Seul, il érige une église en cathédrale ou en métropole, divise un évêché, transfère et juge les évêques, donne des dispenses d’âge pour l’admission aux ordres sacrés. Il peut intervenir directement partout où un mandataire de l’autorité de l’Eglise néglige ses devoirs, dirige souverainement les missions qui servent à la propagation de la doctrine, juge et rejette les écrits contraires à la foi ou à la morale, etc. Son infaillibilité en matière de dogme, proclamée en 1870 par le concile Vatican I (constitution conciliaire Pastor aeternus) est reconnue, à condition qu’il y engage expressément sa suprême autorité. En 1875, la Déclaration collective de l'épiscopat allemand au sujet de la circulaire du chancelier allemand, Otto von Bismarck, concernant la future élection papale rencontre l'approbation explicite et sans réserve de Pie IX. Dom Rousseau la résume en sept points : 1) Le pape ne peut pas réclamer pour lui seul les droits épiscopaux, ni substituer son pouvoir à celui des évêques ; 2) La juridiction épiscopale n'est pas dissoute dans la juridiction papale ; 3) Les résolutions du concile du Vatican n'ont pas attribué au pape l'intégralité des pouvoirs épiscopaux; 4) Celui-ci n'a pas, en principe, pris la place de quelque évêque que ce soit; 5) II ne peut, à tout instant, se substituer aux évêques face aux gouvernements ; 6) Les évêques ne sont pas devenus les instruments du pape ; 7) Ils ne sont pas, face aux gouvernements, les fonctionnaires d'un souverain étranger. 6 D’un point de vue institutionnel, le pape s’exprime par : - la constitution apostolique : pour des décisions importantes (concernant la foi, les mœurs, l’administration de l’Eglise), souvent sous forme de bulles ; - la lettre apostolique sous forme de motu proprio (acte d’ordre législatif ou administratif pris par le pape de sa propre initiative) ; - l’épître encyclique (à destinataire précis et sans contenu dogmatique) ou apostolique (pour une circonstance ou un événement exceptionnel) ; - la lettre décrétale (pour une canonisation par exemple) ou encyclique (de caractère solennel et de portée universelle, sur un point important de doctrine ou de morale) ; - l’exhortation apostolique : proche de la lettre encyclique mais plus pressante ; - le bref apostolique : lettre de moindre importance scellée de l’anneau du pêcheur. - l’indult apostolique ou le rescrit : pour accorder un privilège ou une dérogation. L'infaillibilité de l'Eglise et du pape - L’infaillibilité de l’Eglise La théologie catholique romaine affirme que toute l'Église est infaillible lorsque, en son sein, il y a unanimité, des évêques aux laïcs, au sujet d'une question de foi ou de morale. Cette infaillibilité est la conséquence de l'indéfectibilité de l'Église, c'est-à-dire de la promesse du Christ selon laquelle l'enseignement que celle-ci donnerait en son nom serait son enseignement à lui : "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu'à la fin du monde." (Matthieu XXVIII, 20) "Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous rejette me rejette ; or celui qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé." (Luc X, 16). Longtemps on refusa de reconnaître les évêques comme infaillibles, bien qu'ils se prétendissent inspirés du Saint-Esprit. Mais, à partir de l'époque d'Augustin d’Hippone (+ 430), cette idée se propagea rapidement. Léon le Grand (440-461) attribuait l'infaillibilité aux conciles et même il l'étendait aux empereurs rendant des décrets dogmatiques et à lui-même, en sa qualité d'évêque de Rome. Grégoire le Grand (590-604) plaça les quatre premiers conciles oecuméniques sur la même ligne que les quatre Évangiles. En 863, le dernier canon du concile de Rome réuni par Nicolas I (858-867) qui se dit « le représentant de Dieu sur terre », stipule que « Si quelqu’un brave les dogmes, les ordres, les interdictions, les sanctions ou les décrets promulgués sainement par le chef du siège apostolique, qu’il s’agisse de la foi catholique, de la discipline ecclésiastique, de la réprimande des fidèles, du châtiment des scélérats, des interdictions concernant les maux imminents ou futurs, qu’il soit anathème. » Au Moyen Age les théologiens scolastiques étaient d'accord pour proclamer l'infaillibilité de l'Église universelle ; mais qui la représentait ? Étaient-ce les conciles qui étaient infaillibles ou bien les papes ? Adrien VI (1522-1523) déclara que le pape pouvait se tromper : « Il est certain que le souverain pontife peut errer, même dans les choses qui regardent la foi. » Les conciles de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431-1437) où dominait l'élément français gallican 1, s'empressèrent d'accorder l'infaillibilité aux conciles universels ; mais leur décision fut contredite par les conciles de Florence (1439-1442) et de Latran V (1512-1517). Les ultramontains 2 exaltèrent l'autorité papale, et un des chefs les plus éminents de ce parti, le cardinal Cajetan (1468-1533), défendit l'infaillibilité du souverain pontife contre Jacques Almain (+1515), docteur de Sorbonne, qui démontra que plusieurs papes ont erré, même en matière de foi, et en tira la conclusion qu'en fait de doctrine c'est aux conciles qu'il appartient de prononcer en dernier ressort. Le cardinal Bellarmin (1542-1621) réfuta les gallicans négateurs de l'infaillibilité pontificale : « le Seigneur a prié pour obtenir deux privilèges pour Pierre ; l'un consiste en ce que Pierre ne pourra jamais perdre la foi (...) ; l'autre consiste en ce qu'en tant que pape Pierre ne pourra jamais enseigner quoi que ce soit contre la foi, c'est-à-dire que l'on ne trouvera jamais qu'il enseigne contre la vraie foi du haut de sa chaire (…) Le privilège de ne jamais enseigner l'erreur demeurera sans aucun doute dans ses descendants ou successeurs » 15. Cependant les deux partis restèrent toujours en présence : d'un côté, ceux qui prétendaient que la puissance souveraine et législatrice, dans l'Église, appartient aux conciles généraux qui sont seuls infaillibles comme représentant l'Eglise universelle ; de l'autre, ceux qui pensaient qu'un concile général ne représente jamais assez fidèlement l'Église pour être infaillible et que ses décisions n'acquièrent ce caractère d'infaillibilité que par la sanction du pape. La doctrine de l’infaillibilité est appliquée par l'Église orthodoxe aux décisions des conciles œcuméniques. Elle est rejetée par les protestants qui affirment que seul Dieu peut être considéré comme infaillible ; partisans du libre examen, ils nient également, de fait, l'infaillibilité réelle et pratique de l'Écriture. Les membres de l'Église catholique habilités à proclamer d'une manière infaillible des dogmes chrétiens sont : 1° tous les évêques et le pape (évêque de Rome) à condition que leur enseignement soit fondé sur des principes moraux adoptés à l'unanimité ; 2° les membres d'un concile œcuménique qui a reçu l'approbation papale ; 3° à certaines conditions, le pape seul. Conformément à la définition promulguée en 1870 par le concile Vatican I, le pape n'exerce une fonction d'enseignement infaillible que : - lorsque il parle ex cathedra, à titre de pasteur et d'enseignant, - lorsque il parle avec l'intention manifeste d'imposer sa position à toute l'Église, - et lorsque le sujet concerne la foi ou la morale enseignées comme partie de la révélation divine transmise depuis les temps apostoliques. - L’infaillibilité du pape L’infaillibilité du pape en matière de dogme, proclamée en 1870 par le concile Vatican I (Constitution conciliaire Pastor aeternus), est reconnue, à condition qu’il y engage expressément sa suprême autorité. Le magistère du pape est infaillible quand il définit solennellement (ex cathedra) une doctrine sur un sujet touchant la foi et les mœurs. Le pape prononce une décision ex cathedra lorsque, dans un concile ou hors d’un concile, verbalement ou par écrit, il prend, à la place de Jésus-Christ, au nom des apôtres Pierre et Paul, ou en vertu de l’autorité du Saint-Siège ou en d’autres termes semblables, avec ou sans la menace de l’anathème, une décision relative au dogme ou à la morale. Le pape n'est jamais considéré comme infaillible lorsqu'il exprime ses opinions personnelles. La définition de l' Assomption de la Vierge le 1er novembre 1950 par le pape Pie XII (1939-1958) est la seule déclaration papale infaillible à ce jour : « Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que l'immaculée mère de Dieu, Marie toujours vierge, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste » (Constitution apostolique Munificentissimus Deus). « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la Puissance de la Mort n’aura pas de force contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur terre sera lié aux cieux et tout ce que tu délieras sur terre sera délié aux cieux. » (Matthieu 16,18-19). C’est en ces termes qu’à Césarée, Jésus choisit Simon Bar Jonas (fils de Jonas) de Bethsaïde, pécheur sur le lac de Génésareth, qui venait de le reconnaître comme le Messie (Mt 16,16 ; Jean 6,68). Jésus confia à Simon (dit Pierre), qui apparaîtra partout comme le porte-parole des disciples, le soin de rassembler les hommes dans une communauté de fidèles et de transmettre une règle de foi sans faille : « Désormais tu seras pêcheur d’hommes » (Luc 5,10). Les papes sont les successeurs de Pierre ; ils ont les mêmes droits que lui sur le dogme et la communauté chrétienne. En 503, sous le pontificat de Symmaque, le concile de Rome approuva le Livre Apologétique présenté par son auteur, le diacre Eunodius, qui a écrit que "le Saint-Siège rend impeccables ceux qui l’occupent ou plutôt que Dieu ne permet d'y monter qu'à ceux qu'il a prédestinés à être saints" 16. En 863, sous le pontificat de Nicolas I, le dernier canon du concile de Rome stipule : "Si quelqu’un brave les dogmes, les ordres, les interdictions, les sanctions ou les décrets promulgués sainement par le chef du siège apostolique, qu’il s’agisse de la foi catholique, de la discipline ecclésiastique, de la réprimande des fidèles, du châtiment des scélérats, des interdictions concernant les maux imminents ou futurs, qu’il soit anathème." Après la Révolution française, avec le Concordat de 1801, l’emprise du pouvoir politique sur l’Église se fit de plus en plus sentir et poussa de nombreux catholiques à revendiquer, au nom de la liberté de l’Église, une plus grande intervention du pape : ce fut le développement du courant ultramontain 2. Le bienheureux Pie IX (1846-1878) défendit avec foi et courage l’indépendance de l’Eglise assaillie de toutes parts par les mouvements politiques, les sociétés philosophiques 3 et les partisans d’un « Vrai Christianisme selon Jésus-Christ » 4. Mais l’action centralisatrice du souverain pontife entraîna, en France, une réaction néogallicane 1 d’évêques qui tenaient à sauver les libertés et traditions de l’Église. Le 29 juin 1868, par la bulle Aeterni Patris, Pie IX convoqua le concile œcuménique pour le 8 décembre de l’année suivante. Le Concile Vatican I adopte le dogme de l’infaillibilité du pape Le premier concile du Vatican, vingtième concile œcuménique, se déroula du 8 décembre 1869 au 18 juillet 1870. Le 24 avril 1870, la Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique (§III, De la Foi) formule que « on doit croire d'une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l'Église comme vérité divinement révélée, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel. » Le 13 juillet 1870, sur 601 membres présents, 451 votèrent pour (placet), 88 votèrent contre (non placet), et 62 émirent un vote conditionnel (placet juxta modum). Le 18 juillet, à la veille de la guerre franco-prussienne, lors d’un nouveau vote en session publique, par 533 voix contre 2 (le reste des opposants ayant fait acte d’adhésion ou s’étant abstenu), le dogme de l’infaillibilité du pape fut adopté. Des évêques opposants (dont Mgr Dupanloup évêque d’Orléans) avaient quitté Rome pour ne pas voter (les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s'étaient abstenus finirent par se rallier, après la ratification par le pape du vote du concile). La constitution dogmatique Pastor aeternus proclame le dogme de l’infaillibilité pontificale par lequel le magistère du pape est infaillible quand il définit solennellement (ex-cathedra) une doctrine sur un sujet touchant la foi et les mœurs : « (...) avec l’approbation du saint concile, nous (pape) enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu : le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu’il soit anathème. » Ce dogme, combattu comme inopportun par une minorité de prélats allemands et français, provoqua le schisme des Vieux-catholiques 5 et offrit un prétexte à différents États pour rompre leurs engagements concordataires ; le chancelier du IIe Reich, Otto von Bismarck (1815-1898) inaugura bientôt sa politique de combat (Kulturkampf) contre le catholicisme pour en annihiler la force au sein du nouvel empire allemand. Après que les Piémontais et les Garibaldiens se furent emparés de Rome en forçant la Porta Pia, le 20 septembre 1870, Pie IX ordonna de cesser le feu et d’arborer le drapeau parlementaire : c’était la fin du pouvoir temporel des papes. Le Concile Vatican II rappelle l’infaillibilité du pontife romain La constitution dogmatique Lumen gentium sur l'Église, proclamée par le 2e concile du Vatican et promulguée le 21 novembre 1964, rappelle : « De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi (cf. Luc 22,32), il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les moeurs. C'est pourquoi les définitions qu'il prononce sont dites, à juste titre, irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise, étant prononcées sous l'assistance du Saint-Esprit à lui promise en la personne de saint Pierre, n'ayant pas besoin, par conséquent, d'une approbation d'autrui, de même qu'elles ne peuvent comporter d'appel à un autre tribunal. En effet, le Pontife romain ne prononce pas une sentence en tant que personne privée, mais il expose et défend la doctrine de la foi catholique, en tant qu'il est, à l'égard de l'Eglise universelle, le maître suprême en qui réside, à titre singulier, le charisme d'infaillibilité qui est celui de l'Eglise elle-même » (§25). La charge de transmettre la parole de Dieu a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église, dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ. La Constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine, du 18 novembre 1965, formule (n°10) : « La Tradition sacrée et la Sainte Écriture constituent l'unique dépôt sacré de la parole de Dieu qui ait été confié à l'Église ; en y étant attaché, le peuple saint tout entier, uni à ses Pasteurs, persévère à jamais dans la doctrine des Apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière, de sorte que pour garder, pratiquer, professer la foi transmise, il se fait un accord remarquable des Évêques et des fidèles. Mais la charge d'interpréter authentiquement la parole de Dieu écrite ou transmise a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église, dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ. Ce Magistère n'est pas au-dessus de la parole de Dieu ; il la sert, n'enseignant que ce qui a été transmis, puisque, en vertu de l'ordre divin et de l'assistance du Saint-Esprit, il écoute pieusement la parole, la garde religieusement, l'explique fidèlement, et puise dans cet unique dépôt de la foi tout ce qu'il nous propose à croire comme étant divinement révélé. Il est donc évident que la Tradition sacrée, la Sainte Écriture et le Magistère de l'Église sont entre eux, selon le très sage dessein de Dieu, tellement liés et associés, qu'aucun d'eux n'a de consistance sans les autres, et que tous contribuent en même temps de façon efficace au salut des âmes, chacun à sa manière, sous l'action du seul Saint-Esprit. » - Le Code de droit canonique (Codex iuris canonici) du 25 janvier 1983 stipule : "Can. 749 – § 1. Le Pontife Suprême, en vertu de sa charge, jouit de l’infaillibilité dans le magistère lorsque, comme Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles auquel il appartient de confirmer ses frères dans la foi, il proclame par un acte décisif une doctrine à tenir sur la foi ou les mœurs. § 2. Le Collège des Évêques jouit lui aussi de l’infaillibilité dans le magistère lorsque les Évêques assemblés en Concile Œcuménique exercent le magistère comme docteurs et juges de la foi et des mœurs, et déclarent pour l’Église tout entière qu’il faut tenir de manière définitive une doctrine qui concerne la foi ou les mœurs ; ou bien encore lorsque les Évêques, dispersés à travers le monde, gardant le lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre, enseignant authentiquement en union avec ce même Pontife Romain ce qui concerne la foi ou les mœurs, s’accordent sur un point de doctrine à tenir de manière définitive. § 3. Aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie que si cela est manifestement établi." 21 Le souverain de l’Etat et de la Cité du Vatican Selon la Constitution de 7 juin 1929 (modifiée le 26 janvier 2000 par une loi promulguée le 1er février 2001 et entrée en vigueur le 22), le pape « souverain de l’Etat et de la cité du Vatican a les pleins pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire » ; il est chargé de la représentation des relations internationales qu’il exerce par l’intermédiaire de la secrétairie d’Etat. Le cardinal secrétaire d’Etat a reçu un mandat spécial pour représenter le pape dans le gouvernement civil de l’Etat pontifical. Le pouvoir législatif est « confié de façon stable, déléguée et collégiale à une « Commission pontificale pour l’Etat de la cité du Vatican » instituée par le motu proprio du 28-3-1968, composée de 24 membres nommés pour 5 ans par le pape et présidée par le cardinal président du gouvernatorat de l’Etat de la cité du Vatican. Le pouvoir exécutif est exercé par le cardinal président de la Commission, assisté d’un conseil de 24 laïcs romains et 6 étrangers, et d’un secrétaire général. Il a en charge les finances de la Cité (qui a son budget propre), la gestion du personnel, les services sanitaires, les communications postales et téléphoniques, l’émission des timbres, des monnaies, des médailles, l’entretien des bâtiments, la conservation des musées, les recherches archéologiques, le radio-observatoire. Le pouvoir judiciaire est exercé au nom du pape par un tribunal de première instance, une cour d’appel et une cour de cassation : ces tribunaux civils de l’Etat, réformés par Jean-Paul II à la fin des années 1980, sont indépendants des tribunaux ecclésiastiques fonctionnant au sein de la curie romaine. - La Curie La Curie (du verbe latin curare signifiant « prendre soin de ») est le gouvernement du pape. Elle a été créée pour assister le pape dans sa mission de gouvernement de l’Église catholique. Le pape possède le pouvoir suprême et la Curie n’est qu’un instrument au service du pape : elle n’a ni autorité ni pouvoir en dehors de ceux qu’elle reçoit du pape. Par « Curie romaine », on désigne un ensemble d’organismes appelés « dicastères » que l’on distingue en fonction de leur implication plus ou moins grande dans le gouvernement de l’Église. La Curie romaine comprend : - la Secrétairerie d’État, - les Congrégations (Doctrine de la Foi, Églises Orientales, Culte divin et Discipline des Sacrements, Causes des Saints , Évêques, Évangélisation des Peuples, Clergé, Instituts de Vie Consacrée et Sociétés de Vie Apostolique, Éducation Catholique), - les Conseils pontificaux (Laïcs, Promotion de l'Unité des Chrétiens, Famille, "Justice et Paix", "Cor Unum", Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Pastorale des Services de la Santé, Textes Législatifs, Dialogue interreligieux, Culture, Communications Sociales, Promotion de la nouvelle évangélisation), - les Tribunaux (Pénitencerie apostolique, Signature apostolique, Rote Romaine), - les Offices (Chambre apostolique, Administration du Siège apostolique, Préfecture des Affaires économiques), - la Préfecture de la Maison Pontificale, - le Bureau des Cérémonies Liturgiques du Souverain Pontife, - le Bureau de Presse du Saint-Siège, - le Bureau Central de Statistiques de l'Église, - les Commissions pontificales (Patrimoine Culturel de l'Eglise, Archéologie Sacrée, Biblique, Révision de la Vulgate, Ecclesia Dei) - et les services rattachés au Saint-Siège (les Archives Secrètes du Vatican, la Bibliothèque Apostolique Vaticane, la Typographie Vaticane, L'Osservatore Romano, la Librairie Éditrice du Vatican, Radio Vatican, le Centre de Télévision du Vatican, la Fabrique de St. Pierre, l'Aumônerie Apostolique, le Bureau Central de Travail, les Administrations et Délégations Pontificales). La Secrétairerie d’Etat occupe la première place dans l’organisation curiale. Elle est constituée de deux sections placées sous l’autorité du cardinal Secrétaire d’État : - la Section des affaires générales, dirigée par le Substitut pour les affaires générales, coordonne les travaux de la Curie romaine, expédie les affaires courantes qui touchent au service quotidien du pape, et publie les actes et documents publics du Saint-Siège ; - la Section des rapports avec les États, dirigée par le Secrétaire pour les relations avec les États, est en charge de la diplomatie du Saint-Siège. A la mort du pape, le cardinal Secrétaire d’Etat quitte ses fonctions, comme les autres chefs de dicastères, à l’exception du Camerlingue. Le Substitut et le Secrétaire pour les relations avec les Etats conservent leurs fonctions pendant la vacance du Saint-Siège, comme les autres Secrétaires de la Curie romaine. La Chambre apostolique est l’un des services administratifs de la Curie. Elle est chargée de coordonner les décisions et les événements qui font suite au décès du pape. Son chef, le cardinal Camerlingue, joue donc un rôle particulièrement important pendant la vacance du Siège Apostolique. - L'Institut pour les œuvres de religion (IOR), dit "banque du Vatican", créé en 1887 pour recueillir les dons et legs aux associations religieuses et rénové par Pie XII, et traditionnellement financé par le denier de Saint-Pierre (institutionnalisé en 1871 par Pie IX : encyclique Sæpe venerabilis), est la principale institution financière du Vatican. L'IOR n'est pas une banque mais un organisme gérant internationalement les fonds des institutions catholiques à finalité d'apostolat et de charité. Implanté sur le territoire de l'Etat de la Cité du Vatican, il n'est pas soumis à la juridiction des Banques nationales. Le 30 décembre 2010, Benoît XVI promulgue la Loi relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment des capitaux provenant d'activités criminelles et le financement du terrorisme et, par une Lettre Apostolique en forme de motu proprio, il crée l'Autorité d'information financière (AIF) ; le président de l'AIF, nommé par le pape pour un mandat de cinq ans éventuellement renouvelable, sera à la tête d'un conseil de direction composé de quatre membres également nommés par le pape. LA PAPAUTE Papauté, de papatus (dignité du pape, fonction papale), apparaît dans le dernier tiers du XIe siècle, en même temps que l’emploi de Curia pour désigner l’administration centrale et romaine de l’Église catholique. Il désigne également le temps d’exercice de cette fonction (1694) et le système de gouvernement ecclésiastique qui fait du pape le chef de l’Eglise. La papauté est l’institution la plus ancienne du monde occidental. LA PAPESSE Le nom féminin « papesse » désigne la femme-pape (« la papesse Jeanne ») qui aurait occupé le trône pontifical en 855. Ce terme désigne également la reine d’Angleterre en tant que chef de l’Eglise anglicane. Anastase, bibliothécaire du Vatican et antipape en 855, mentionne le pontificat de la papesse dans le Liber Pontificalis (la mention a été supprimée dans les diverses éditions, mais existe dans l’édition de 1602) 26. Au XIe siècle, Marianus Scotus écrit : « A Léon IV succéda une femme, Jeanne, pendant deux ans cinq mois et quatre jours. » Othon de Frisingen dans ses Chroniques et Godefroy de Viterbe dans son Panthéon (XIIe siècle), Bernard Guy inquisiteur de la foi, Boccace (1350), Guillaume d’Occam, (+1347), Thierry de Niem secrétaire de plusieurs papes (+1417), Antonin de Florence, Ranulphe, Gerson (1363-1429), Jean Hus (1373-1415), etc., ne sont pas moins affirmatifs. D’après la Chronique des papes et des empereurs (Chronicon pontificum et imperatorum), œuvre du dominicain polonais Martin d’Opava ou de Troppau (+1279), chapelain du pape Clément IV (1265-1268), une anglaise, née en 822 à Ingelheim (Mayence), éprise d’un bénédictin anglais, l’accompagna à Athènes, déguisée en homme. Après la mort de son amant, elle entra dans les ordres sous le nom de Johannes Anglicus (Jean l’Anglais), devint cardinal, puis fut élue pape en 855, à la mort de Léon IV. Elle régna pendant deux ans, 7 mois et 4 jours, sous le nom de Jean VIII. Un visiteur, s’étant aperçu de la fraude, en aurait profité pour abuser d’elle et l’aurait mise enceinte. Elle mourut en couches et fut enterrée sur le lieu même de son décès. Cette chronique se rattachait au fait que, dans les dernières années du XIIIe siècle, les processions pontificales évitaient de prendre une certaine rue, comme si elle avait été le théâtre du malheureux événement. La rue de Querceti était une rue étroite par laquelle les papes passaient habituellement, avec leur suite, pour se rendre au Colisée. Au XIIIe siècle, la foule prit une telle importance qu’elle en bouchait l’accès et que le trajet dut être changé. Il existe une variante : le jour de la fête des Rogations, la papesse suivait la procession à cheval quand elle tomba de sa monture et accoucha sur-le-champ d’un enfant prématuré, sous les yeux de la foule indignée qui les piétina illico. Etienne de Bourbon, dominicain français du XIIIe siècle, dans De septem donis Spiritus Sancti (Les Sept Dons du Saint-Esprit), situe, lui, l’élection de Jeanne aux environs de 1100 (période riche en antipapes). Dans cette narration détaillée, un scribe de talent, devenu notaire de curie, fut élu pape ; mais il s’agissait en réalité d’une femme qui se trouvait enceinte au moment de l’élection. Elle accoucha au cours de la procession qui la conduisait au Latran et fut immédiatement traînée hors de Rome et lapidée. Barthélemi Sacchi, dit Platina, bibliothécaire du Vatican, a publié, en 1479, par ordre de Sixte IV, une Histoire de la vie des papes. Dans cette histoire, il place la vie d'un antipape Jean VIII, successeur de Léon IV, et il déclare que ce prétendu pape était une Anglaise d’un grand savoir, qui, ayant fait de brillantes études à Athènes, était venue se fixer à Rome, où sa réputation extraordinaire l’avait fait élire pape en 855, à la mort de Léon IV. Plus tard, étant devenue enceinte des œuvres d’un serf, elle aurait accouché d’une fille en pleine procession solennelle, entre le Colisée et l’église de Saint-Clément, et serait morte pendant l’enfantement, après deux ans, un mois et quatre jours de pontificat. Platina ajoute que, depuis ce scandaleux accident, toutes les fois qu’on intronisait un pape, on le faisait asseoir sur un siège percé, placé dans une chapelle de Latran, et que là on s’assurait qu’il n’y avait pas erreur de sexe. L’ecclésiastique, chargé de la vérification, proclamait alors : « Duos habet et bene pendentes ! » (Il en a deux et qui pendent bien). La chaise percée Fauchet (1529-1601) et Mabillon (1632-1707) disent avoir vu la fameuse chaise percée. Dans le mobilier pontifical, on retrouve bien deux sièges perforés en marbre, dit « roux antique » dont l’origine remonte au XIe siècle, mais leur signification est tout à fait différente de celle qui a été suggérée par la rumeur. Comme l’a démontré Alain Boureau dans son livre « La Papesse Jeanne », ces sièges ont adopté la forme des sièges des consuls et prêteurs romains : ce sont des sièges curules. Pour raffermir leur pouvoir, les papes, surtout Pascal II (1099-1118), se prétendirent, à l’image des Romains antiques, « patriarches universels ». Les sièges curules n’étaient donc que l’expression symbolique de cette nouvelle titulature. La férule qui désignait son magistère, était remise au pape par un sous-diacre. 17 Il est probable que les papes, à l'instar des grands de ce monde, utilisaient une chaise percée dont l'origine remonterait au VIIe siècle 22. Il est même établi que les Grecs avaient des chaises percées 23. Jusqu’au règne de Louis XIV, les puissants avaient à leur disposition une telle chaise de commodité (nommée chaise d'affaires sous le règne du monarque précitée) sur laquelle ils s’asseyaient pour satisfaire leurs besoins naturels (faire leurs affaires) tout en s'entretenant avec leurs interlocuteurs. On appelait "garde-robe" le cabinet où l'on plaçait ce meuble. Henri III était installé sur sa chaise percée quand il fut poignardé par le moine dominicain Jacques Clément, le 1er août 1589. La chaise percée, qui s'est perpétuée jusqu'au XXe siècle dans la marine, continue à être utilisée en gériatrie et pour les personnes à mobilité réduite. « Dans un dictionnaire qui comprend tous les mots de la langue, il faut d’autant plus se résigner à parler de chaise percée qu'il fut un temps où l'usage de ce meuble était général, et nombre de grandes villes de l'Europe, Naples notamment, pour n'en citer qu'une, font encore usage de ce meuble primitif. Dans les cours, ce meuble s'appelait la chaise d'affaires, non peut-être sans raison, si l'on en croit l'anecdote suivante, racontée dans les mémoires du temps. Les jésuites achetaient d'un valet de la garde-robe la chaise percée du feu roi d'Espagne, pour tâcher de découvrir, dans les papiers dont Sa Majesté s'était servie, quelques éclaircissements sur ce qu'il leur importait de savoir. Un frère blanchissait les papiers de son mieux, en rapprochait les morceaux, puis les rusés politiques lisaient et tenaient conseil. C'est dans le même endroit qu'on a trouvé la meilleure partie des papiers du cardinal Granvelle, récemment publiés. La fonction de gentilhomme de la chaise était fort recherchée dans les cours, où tout appartient à la faveur. Le trait suivant, tiré des Mémoires sur la cour d'Espagne, montre jusqu'où peut aller la bassesse des courtisans. Le comte de Bénévent, sommelier du corps, voyait avec chagrin que le roi Philippe V allait seul à sa garde-robe pour le priver de toute l'étendue du service et d'une partie de ses privilèges, tandis que, au contraire, ce prince n'agissait ainsi que par égard pour un homme aussi considérable. N'oublions pas, puisque nous en sommes sur ce chapitre, la chaise dite stercoraire, sur laquelle on fait asseoir tout nouveau pape le jour de son intronisation. C'est une simple chaise où le pape s'assied pendant que le chœur chante "Suscitans de terra inopem et de stercore erigens pauperem", pour montrer qu'il n'est encore qu'un simple mortel et qu'il va devenir le vicaire de J.-C. On sait que le duc de Vendôme, le vaincu d'Oudenaarde et le vainqueur de Villaviciosa, le petit-fils de César de Vendôme, fils de Henri IV, passait une grande partie de son temps, à Anet et même dans son camp, sur la chaise percée ; il tenait ses conseils et recevait les ambassadeurs, assis sur cet étrange siège. Le fameux Alberoni dut sa faveur et sa fortune à la chaise percée du duc de Vendôme. » 11 Le nom de Jeanne ne s’est imposé qu’à partir du XIVe siècle : dans d’autres versions, le personnage s’appelle Agnès, Anna ou Gilberte. L’Eglise affirma que la « papesse » n’était qu’une affabulation de ses ennemis pour la discréditer. Ceux-ci prétendirent, au contraire, que la papauté, honteuse d’avoir élu une fille d’Ève, aurait fait disparaître toutes les preuves de son pontificat. La légende serait née d’une inscription sur une statue de Junon allaitant Hercule : « PPPPPP » pour Papirius Patri Patrum Propria Pecunia Posuit (Papirius l’a érigée de ses propres deniers pour le Père des Pères : titre du grand prêtre de Mithra). Jean de Mailly, vers 1250, avait adopté une autre interprétation : Papa Pater Patrum Partu Papissa Proditus (Le pape, Père des Pères, révélé papesse par son accouchement). La statue antique monumentale, qui passait pour être le tombeau de la papesse, a été détruite par ordre de Pie V (1566-1572). Au XVIe siècle, la basilique de Sienne possédait une série des bustes de tous les papes. Celui de Jeanne y figurait avec l’inscription : Joannes VIII, femina. Le cardinal César Baronius (1538-1607) décida le pape Clément VIII (1592-1605) à supprimer ce buste scandaleux. Ce buste atteste qu’à Sienne on croyait à Jeanne lorsque ce buste fut sculpté, mais ne prouve pas autre chose. Au XVe siècle, l’existence de Jeanne était considérée comme un fait historique, même par le concile de Constance (1415), qui en tint largement compte dans ses discussions sur le pouvoir des papes. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la légende fournit matière aux polémiques protestantes. En 1561, le protestant Théodore de Bèze fit de l’existence de la papesse un argument contre la légitimité de la papauté romaine ; la polémique dura jusqu’en 1685 : Préjugés légitimes contre le papisme par le pasteur Jurieu. C’est le livre de Florimond de Raemond, l’Erreur populaire de la papesse Jeanne, écrit en 1587, qui commença la réaction contre l’opinion universellement admise. De nombreux écrivains soutinrent la même thèse : David Blondel, Dumoulin, Bayle, Basnage, Voltaire, etc. Des historiens comme Aeneas Silvius Piccolomini (le futur Pie II) et le cardinal Baronius avaient tenue la légende pour dénuée de fondement ; mais c’est un calviniste, David Blondel, qui, dans son Eclaircissement familier de la question : si une femme a été assise au siège papal de Rome (1647), fit le premier effort sérieux pour réduire le mythe à néant. Avant Voltaire, le cardinal Baronius (Annales de l'histoire de l'Église) pensait que la faiblesse du pape Jean VIII (872-882) l’avait fait traiter de femme par ses contemporains. Selon Panvinio, la légende de la papesse Jeanne viendrait de Jean XII (956-963) qui avait une maîtresse justement prénommée Jeanne. Hincmar, archevêque de Reims de 845 à 882, raconte ceci : « L’empereur Lothaire ayant envoyé des députés à Rome pour obtenir un privilège, ils apprirent en route la mort de Léon IV, et trouvèrent, à leur arrivée, le pape Benoît III déjà sur le siège pontifical. » Officiellement c’est donc Benoît III qui a succédé le 18 juillet 855 à Léon IV mort le 17. La quasi-totalité des historiens considèrent l’histoire de la papesse Jeanne comme une fable. PONTIFE, PONTIFICAL, PONTIFICAT - Pontife « Pontife » est emprunté [d’abord sous la forme latine pontifex (v. 980) francisée en « pontifice » puis raccourcie en « pontif » (v. 1508)] au latin pontifex, désignant une catégorie de prêtres de la Rome antique principalement chargés de la jurisprudence religieuse. Pontifex [formé de pons, pontis (pont) et du suffixe fex (qui fait) dérivé de facio (faire)] désignait à l’origine celui qui faisait les ponts. On croit que ce titre fut donné à Rome à certains ministres des dieux, parce qu’ils étaient chargés de l’entretien du pont de bois Sublicius jeté sur le Tibre, dans le voisinage du temple où ils se réunissaient ; et c’est cette origine supposée qui fit donner, au moyen âge, le nom de pontifes à certains moines qui veillaient à ce que les pèlerins pussent traverser les rivières. Toutefois, cette explication est contestée par certains qui pensent que les premiers pontifes étaient ainsi nommés parce que « faciebant in ponte » (ils sacrifiaient sur le pont Sublicius). D’autres pensent que, le collège des pontifes étant voué au culte des grands dieux (il y avait chez les anciens des dieux généraux en quelque sorte et des dieux particuliers), pontifex dériverait de potentes (puissants), parce que les dieux des pontifes étaient supérieurs aux autres dieux. Au dire d'Augustin, c’est Numa Pompilius (v. 715 - v. 672 av. J.-C.), successeur de Romulus, qui institua les pontifes. Les pontifes dirigeaient le culte public et privé. Leur nombre passa de 4 à 15. Le grand pontife était élu par les membres du collège des pontifes, ce conclave des Romains. Néanmoins, en 649 de Rome, une loi, proposée par le tribun Cn. Domitius, établit que dix-sept des trente-cinq tribus romaines, choisies par le sort, éliraient le grand pontife et qu’il entrerait légalement en charge quand son élection serait ratifiée par deux membres du collège. Cette loi, abrogée par Sylla, puis rétablie et abrogée de nouveau, prévalut enfin. La charge de grand pontife était inamovible et conférait le rang de sénateur. Le dignitaire de cette charge était de plus inviolable, c’est-à-dire ne pouvait être jugé par aucun tribunal ; les membres du collège des pontifes jouissaient aussi de cette prérogative. Les pontifes étaient vêtus de la toge prétexte, devenue plus tard une soutane, et avaient pour coiffure un bonnet de laine de forme conique nommé tutulus. Le pontife Jules César nomma son petit-neveu Octave (le futur Auguste), âgé de 16 ans, au collège des pontifes. A partir d’Auguste, la dignité de grand pontife fut réservée à l’empereur et rentra ainsi dans l’esprit de son institution, car Romulus avait voulu réserver aux rois de Rome la fonction de chef du collège des pontifes. « Ils formaient un collège chargé de juger les différends des particuliers, des magistrats et des ministres des dieux, touchant les matières religieuses ; de faire des lois sur les cérémonies sacrées qui n’étaient ni écrites ni passées en usage, jugeant de celles qui méritaient d’être pratiquées et ensuite inscrites au nombre des lois. Numa les investit aussi du pouvoir d’inspecter tous les magistrats et toutes les dignités donnant droit d’exercer les fonctions du culte divin et de veiller, à ce qu’il ne se commît point de fautes contre les lois sacrées. Ils étaient de plus obligés de porter à la connaissance du peuple les cérémonies du culte des dieux et des génies, de publier au commencement de chaque mois l’époque juste des ides et de montrer à ceux qui en avaient besoin les droits, usages et coutumes des funérailles. Ils jugeaient et punissaient eux-mêmes toute rébellion à leurs ordres. » 18 Le chef du collège des pontifes prit le titre de "grand pontife" (pontifex maximus). Le grand pontife, dont les fonctions existaient avant le titre, avait l’intendance des sacrifices consignés et transcrits. Il était considéré comme le conjoint de la déesse Vesta et était censé communiquer avec la déesse en établissant un « pont » entre elle et lui. Il était chargé d’organiser l’ensemble du culte en tant que président du collège des pontifes et exerçait son autorité sur tous les prêtres et les vestales : il choisissait les vestales et donnait l’investiture de tous les sacerdoces. Il faisait lui-même les sacrifices d’une grande importance, présidait à l’accomplissement des vœux où l’Etat était intéressé ; au besoin, il les interdisait. Il rédigeait les annales dans les Livres pontificaux. « II déterminait le jour, le temple où ils se feraient, le choix des victimes et la somme que l’on emploierait. Les sacrifices célébrés dans l’intérieur des familles furent eux-mêmes soumis à sa juridiction. Le législateur voulut par là ménager au peuple un guide sûr, auquel il pût avoir recours dans l’occasion, et prévenir en même temps l’altération du culte, soit par l’omission des rites nationaux, soit par l’introduction des rites étrangers. On consultait aussi ce pontife sur tous les prodiges, quels qu’ils fussent, et il déclarait ceux qu’il fallait négliger et ceux qui méritaient expiation. » 18 Vers la fin de la république, l’explication des prodiges fut enlevée au grand pontife et attribuée aux augures et aux aruspices ; mais il resta l’arbitre suprême et le régulateur des cérémonies du culte. Le titre de Pontifex maximus fut porté par les empereurs romains depuis Auguste (13 av. J.-C.) jusqu’à Gratien qui le refusa (375). Le souverain pontife des premiers siècles du christianisme a hérité du nom, des fonctions, du pouvoir, des honneurs et des avantages matériels de son prédécesseur : on n’a fait que changer l’objet du culte. Les empereurs comprirent si bien l’importance de la charge de grand pontife, que, après le triomphe officiel du christianisme, les premiers empereurs chrétiens demeurèrent grands pontifes de l’ancien culte. Le collège des pontifes et le grand pontificat disparurent momentanément durant les orages du Ve et du VIe siècle ; mais si le polythéisme succomba, le catholicisme reprit, pour l’arranger à son usage, la forte hiérarchie sacerdotale des vieux Romains. Au lieu d’un grand pontife païen et d’un collège des pontifes païens, on eut un souverain pontife chrétien et un collège de pontifes qui fut bientôt le collège des cardinaux. Chez les Juifs, le sacerdoce était encore plus fortement organisé que chez les Romains ; mais ce furent les chrétiens qui donnèrent postérieurement le titre de souverain pontife au chef de ce sacerdoce judaïque, puisque ce titre romain était inconnu en Orient. Il y avait, chez les Juifs, un souverain pontife qu’ils appelaient « grand prêtre » ou « grand sacrificateur » et qui remplissait des fonctions analogues à celles des grands prêtres de toutes les religions. Il était le chef du culte, et les autres lévites lui étaient soumis. Aaron, frère de Moïse, fut le premier revêtu de cette dignité. Les premiers chrétiens n’avaient ni sacerdoce ni pontificat ; tout au plus distinguait-on parmi eux des fidèles et des missionnaires. Quand le christianisme triomphant se vit à la tête des croyances en Occident, il chercha naturellement à s’organiser et, trouvant dans les anciens cultes des Romains et des Juifs des exemples d’organisation supérieure, il se les appropria. Ses Hauts dignitaires furent des pontifes, et leurs fonctions des pontificats. L’institution des pontifes ou évêques a précédé celle du souverain pontife, qui ne fut d’abord que l’un d’entre eux. Les patriarcats ou chefs-lieux de grandes provinces ecclésiastiques ont aussi précédé l’établissement du souverain pontificat. Avant d’être souverain pontife, l’évêque de Rome fut patriarche. On trouve des patriarches dès le IIe siècle ; mais il ne put y avoir de souverain pontife dans l’Eglise catholique avant la fin du IVe siècle, puisque les Césars détinrent encore le titre quand ils furent chrétiens et que l’empereur Gratien fut le premier qui s’en dépouilla (375). Les auteurs chrétiens employaient le terme pontifex pour désigner l’évêque, le prélat et même le prêtre. Gélase I (492-496) portait le titre de Summus pontifex. A la fin du XIIIe siècle, on donna au pape le titre de roumain (romain) pontifiche (renforcé de nos jours en souverain pontife). En 1189, la Congrégation Hospitalière des Frères Pontifes (spécialisés dans la construction de ponts tel celui d’Avignon et de routes), fondée par saint Benezet (+1184), obtint du pape Clément III un grand nombre de franchises. Rattaché en 1277 aux frères Hospitaliers de Jérusalem, l’Ordre des Frères Pontifes continua son œuvre opérative jusqu’au milieu du XVIe siècle. "Le Pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible et le fondement de l'unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles." (Lumen gentium, 23, Concile Vatican II) - Pontifical « Pontifical » est emprunté (1269) au latin pontificalis (de pontifex). L’adjectif qualifie ce qui appartient à la dignité d’évêque, de pape. En relation avec une autre acception de pontife, il qualifie ce qui est relatif au pape (av. 1380) et ce qui a certaines caractéristiques du pontife : majesté, éclat (1404), souvent avec une connotation péjorative. Le substantif désigne le livre contenant le rituel de l’ordination et du ministère des évêques (1374). Etienne III ou II (752-757) fut en 756 le premier souverain des Etats pontificaux, grâce à la donation de Pépin qui lui offrit des territoires (22 villes dont Ravenne). - Pontificat « Pontificat » est un emprunt (1368) au dérivé latin pontificatus (dignité de pontife) pour désigner la dignité de pape. Par métonymie, le mot s’applique au temps pendant lequel un pape exerce son autorité (début XVIe s.). Le concile du Latran, réuni le 13 avril 1059 par Nicolas II décréta que le pape élu possédait toute l'autorité pontificale dès son élection. Un décret de Paul VI en 1975 réaffirma que le pontificat commençait dès l'élection. La cérémonie du couronnement, devenue inutile depuis que Jean-Paul I a renoncé à porter la tiare, a été remplacée par une messe d'intronisation. LE VATICAN Géographiquement, le Vatican est une des collines de Rome, aujourd’hui bien affaissée, sur la rive droite du Tibre. Le Vatican ou « la Cité du Vatican » ou, mieux encore, « l’État de la Cité du Vatican » (en italien, Stato della Città del Vaticano, appellation dont on lit les initiales S.C.V., sur la plaque d’immatriculation des véhicules), issu des accords du Latran en 1929, est un territoire habité et délimité, qui jouit d’un statut international sans équivalent dans le monde. Cet État miniature de 44 hectares (moins du tiers de la principauté de Monaco, à peine le vingtième du bois de Boulogne à Paris), enfermé dans ses hautes murailles, ouvert sur la place Saint-Pierre, est la résidence administrative du Saint-Siège et du souverain pontife. L’ensemble du territoire de l’Etat de la Cité du Vatican est placé sous la protection de la convention de La Haye du 14 mai 1954 qui concerne la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Ensuite, en 1984, la Cité du Vatican a été inscrite dans la liste du patrimoine mondial culturel et naturel (UNESCO). L’Etat est donc également reconnu de façon internationale, comme un patrimoine moral, artistique et culturel, digne d’être respecté et protégé comme trésor appartenant à l’humanité. Bien que n’ayant pas d’accès direct sur la mer, la Cité du Vatican, de par la Déclaration de Barcelone de 1921, est admise à la navigation maritime avec ses propres bateaux arborant le pavillon pontifical. 7 Le « drapeau du pape », jaune et blanc, qui symbolise à la fois une position spirituelle (le Saint-Siège) et sa réalité territoriale (l’État pontifical, aujourd’hui la Cité du Vatican), ne s’est jamais confondu avec la bannière rouge de la sainte Église, arborée en quelques grandes occasions. Le 22 octobre (jour de la mort de Charles Martel en 741) est le jour de la fête nationale de l’Etat du Vatican. Il paraît que, dès l’antiquité, le quartier du Vatican attirait les amateurs de miracles. Si nous en croyons Aulus Gellius et Varron, le nom même de Vatican (Vaticanus) serait dérivé de vaticinia (oracles) et aurait été donné à ce quartier à cause des devins qui s’y étaient installés et qui y donnaient des consultations aux Romains. A cette époque, la colline et la vallée du Vatican étaient situées hors de l’enceinte de Rome. La colline du Vatican de Rome fut consacrée à Mithra (des ruines à caractère mithriaque y ont été découvertes). Le culte de Mithra, introduit à Rome vers 68 av. J.-C. par des pirates ciliciens capturés par le général Pompée le Grand puis par les légionnaires venus des Balkans et de Syrie, fleurit jusqu’au Ve siècle. Le chef de la foi mithriaque était appelé Pater Patrum (Père des Pères). Caligula et Néron convertirent en jardins une partie du Vatican. Néron y fit construire un cirque destiné à son propre usage : « II fit enclore dans la vallée du Vatican un terrain où il conduisait des chevaux. Des spectateurs choisis furent seuls admis d’abord, mais bientôt le peuple romain fut invité. La foule exaltait Néron ; car cette foule, avide de plaisir, aimait à retrouver ses goûts dans ses princes. Cet avilissement public, loin de le dégoûter, comme on s’y attendait, l’excita. Croyant atténuer son déshonneur en déshonorant les autres, il fit monter sur la scène les descendants des familles nobles que l’indigence réduisait à se vendre. Il força même par de grands présents les chevaliers d’une haute distinction à s’engager pour les combats de l’arène. » (Tacite). Néron ensanglanta ce même quartier par des jeux plus sinistres. Après l’incendie de Rome, qu’il avait ordonné, il attribua ce crime aux chrétiens et leur fit infliger les supplices les plus atroces, en présence des citoyens dont les maisons avaient été brûlées et qui étaient venus chercher un refuge sur la rive droite du Tibre, dans ses jardins : « On insultait les chrétiens qui allaient mourir et l’on s’en amusait ; on les couvrait de peaux de bêtes pour les faire déchirer par les chiens ; on les attachait sur des croix ; quelquefois même on les allumait comme des torches pour servir, quand le jour tombait, à éclairer la nuit. Néron avait prêté ses jardins à ce spectacle, et, en même temps, il donnait des jeux dans le cirque, se mêlant parmi le peuple en habit de cocher et conduisant des chars. » (Tacite) Selon Origène, les Actes de Pierre (apocryphes) et Jacques de Voragine (La légende dorée), Pierre, le « Prince des Apôtres » fut crucifié sur le mont Vatican, en 64 (la tête en bas, parce qu’il ne s’estimait pas digne d’être supplicié de la même manière que le Christ). Le quartier du Vatican étant très insalubre, Héliogabale y fit exécuter d’importants travaux d’assainissement. Quelques auteurs croient que Constantin le Grand, après avoir érigé, sur la rive droite du Tibre, la basilique qui y subsista jusqu’au XVe siècle, fit construire à côté un vaste palais pour l’habitation des souverains pontifes ; d’autres attribuent cette construction à Libère (352-366), et quelques-uns au pape Symmaque, vers l’an 498. Ce qui est certain, c’est qu’à l’époque où Charlemagne vint à Rome se faire couronner par Léon III, il habita un palais bâti en cet endroit. On sait que, ce palais étant tombé en ruine, Célestin III et Innocent III le firent restaurer vers la fin du XIIe siècle. A cette époque, d’ailleurs, la résidence ordinaire des papes était le Latran. Ce ne fut qu’après le retour d’Avignon de Grégoire XI (17 janvier 1377) que le Vatican devint le palais favori des pontifes ; le conclave y fut tenu après la mort de Grégoire (27 mars 1378). Les Accords du Latran Le 11 février 1929, après trois années de négociations, Benito Mussolini, Premier Ministre et chef du gouvernement italien, et le cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d’état du pape Pie XI, signent les accords du Latran. L’échange des ratifications a lieu le 7 juin. Les accords sont constitués par trois actes distincts : un traité politique, une convention financière et un concordat. - Le traité politique « Attendu (…) Qu'il faut, pour assurer au Saint-Siège l'indépendance absolue et visible, lui garantir une souveraineté indiscutable même dans le domaine international, et que, par suite, est apparue la nécessité de constituer avec des modalités particulières, la Cité du Vatican, en reconnaissant au Saint-Siège, sur ce territoire, pleine propriété, pouvoir exclusif et absolu et juridiction souveraine. » (Préambule §2) L’Italie reconnaît au Saint-Siège « la souveraineté dans le domaine international, comme attribut inhérent à sa nature, en conformité à sa tradition et aux exigences de sa mission dans le monde » (article 2). L'Italie reconnaît au Saint-Siège la pleine propriété et l'exclusive souveraineté sur le territoire du Vatican (article 3) et sur le Complexe extraterritorial de Saint-Paul-hors-les-Murs qui comprend la grande Basilique, l'abbaye bénédictine, ainsi que sur plusieurs autres immeubles, édifices et institutions (article 13 et 14) : l'Etat de la Cité du Vatican (44 hectares), ce "petit territoire pour une grande mission" (dixit Pie XI), est né. L'Italie pourvoira à ce que la Cité du Vatican soit assurée d'une dotation adéquate d'eau, à la mettre en communication avec les voies ferrées de l'État, à relier directement avec les autres États, les services télégraphiques, téléphoniques, radiotélégraphiques, radiotéléphoniques et postaux de la Cité du Vatican, et à la liaison avec les autres services publics (article 6). De son côté, le Saint-Siège renonce à toute prétention sur les anciens États pontificaux et reconnaît la souveraineté de la maison des Savoie sur l’Italie avec Rome comme capitale : « Le Saint-Siège affirme que, par les accords qui sont signés aujourd'hui, il est en possession d'une manière adéquate de tout ce qu'il lui faut pour veiller à la liberté et à l'indépendance nécessaires au gouvernement pastoral du diocèse de Rome et de l'Église catholique en Italie et dans le monde ; il déclare définitivement et irrévocablement résolue, et par suite éliminée, la Question Romaine, et reconnaît le royaume d'Italie sous la dynastie de la Maison de Savoie, avec Rome comme capitale de l'État italien » (article 26) Selon la Constitution du 7 juin 1929 (modifiée le 26 janvier 2000 par une loi promulguée le 1er février 2001 et entrée en vigueur le 22), le pape « souverain de l’Etat et de la cité du Vatican a les pleins pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire » ; il est chargé de la représentation des relations internationales qu’il exerce par l’intermédiaire de la secrétairie d’Etat. Le cardinal secrétaire d’Etat a reçu un mandat spécial pour représenter le pape dans le gouvernement civil de l’Etat pontifical. L'acquisition et la perte de la citoyenneté vaticane, le permis de résidence au Vatican et les formalités d'accès à la Cité relèvent de la Loi nº III (7 juin 1929) relative à la citoyenneté et à la résidence, et du Règlement nº XXXVI (27 septembre 1932) relatif à l'accès. 8 Texte intégral du Traité : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/Vatican-Latran.htm - La convention financière L’Italie verse 750 millions de lires et des titres à 5 %, d'une valeur nominale d'un milliard de lires, pour l’indemnisation de la perte des Etats Pontificaux (18.000 km²) pris au Saint-Siège en 1870 au grand dam de Pie IX. - Le concordat Le concordat instaure le catholicisme comme la « seule religion de l’Etat italien » (article Ier) ; l’enseignement catholique devient obligatoire ; le divorce civil est interdit ; le pape nomme les évêques ; les prêtres sont dispensés du service militaire (article 10) ; l’autorité de la Commission Pontificale d'Archéologie Sacrée et son champ d'action et d'étude sont étendus à toutes les catacombes sur le sol italien (article 33). Pie XI qualifie Mussolini de 'Uomo della Provvidenza' (homme de la providence). Mais, en 1931, un désaccord intervient entre le pape et Mussolini au sujet des mouvements de jeunesse. Le 29 juin, l’encyclique Non abbiamo bisogno pour l’action catholique stigmatise « les faux reproches et les mesures injustes prises par le gouvernement italien, la lutte des fascistes contre l’Église et plus spécialement contre l’Action catholique » et l’embrigadement de la jeunesse (les enfants chantent le credo du Duce : « Je crois à la communion des martyrs sacrés du fascisme…»). En 1947, la Constitution républicaine du nouvel État Italien reconnaît l'Église Catholique et l'État du Vatican mais n'accepte plus les lois catholiques (sauf les actes d'état civil religieux, tels que le mariage, qui continuent d'avoir un effet civil). Le concordat est modifié dans un sens plus laïc par l’Accord de Révision du Concordat du Latran, signé à Rome le 18 février 1984 et entré en vigueur le 3 juin 1985. Le 1er janvier 2009, une loi promulguée le 1er octobre 2008 et remplaçant celle du 7 juin 1929, entre en vigueur au Vatican. Désormais, le droit canonique devient le « premier critère de référence » tandis que les lois italiennes ne sont plus que des « sources supplétives » ; la loi reconnaît la « position préférentielle du droit de l'Eglise dans le Corpus Vaticanum » ; « les relations entre les deux Etats souverains devront être régulées par des dispositions claires et qui reconnaissent en même temps l'autonomie complète et la collaboration nécessaire » des deux parties. En clair, le Vatican a décidé de ne plus adopter automatiquement les lois votées par le Parlement italien. ELECTION DU PAPE Chronologie historique On pense que les premiers évêques de Rome choisirent leurs successeurs, puis l’élection fut déférée au clergé et au peuple, et, jusqu’au VIIe siècle, le basileus se borna à approuver et à confirmer le choix. Alexandre I (109-116) fut le premier évêque de Rome élu. Le concile de Rome de 499, présidé par le pape Symmaque, prit plusieurs décrets pour empêcher les abus qui se commettaient dans l’élection du pape. Félix IV nomma son successeur Boniface II en 530. Boniface III fit décider, dans un concile réuni à Rome, en 607, que celui qui réunirait la majorité des suffrages du peuple et du clergé serait reconnu comme souverain pontife, dans le cas où l’empereur confirmerait l’élection. Puis, les papes, devant l’inconstance dogmatique et l’impuissance des empereurs byzantins, se tournèrent vers les Francs : alliance avec Pépin en 754 et fondation des États de l’Église. Etienne IV ou III réunit en 769 le concile du Latran qui condamna l’ingérence des laïques dans les affaires religieuses : l’élection du pape fut retirée aux laïques. Le concile décida que nul ne pourrait être élu souverain pontife s’il n’était prêtre ou diacre. Adrien I (772-795) voulut enlever par une bulle leur prérogative aux empereurs, mais Charlemagne la fit rétablir. Au concile romain de 816, le pape Etienne V ou IV publia un canon portant que l’élection du pape serait faite par les évêques et le clergé, en présence du sénat et du peuple, et sa consécration devant les députés de l’empereur. A partir d'Adrien II (867-872), le clergé de Rome, seul, élut le pape pendant vingt-deux élections successives ; toutefois, le peuple devait donner son agrément. L’empereur Othon II (973-983) exigea que ses ambassadeurs fussent présents à l’élection. Le 25 décembre 1046, l'empereur Henri III s’accorda la dignité de Patricius Romanus ainsi qu’une voix prépondérante dans l’élection pontificale : toute élection papale devait avoir l’aval de l’empereur. Etienne X ou IX (1057-1058) fut le premier pape élu sans l’aveu de la Cour impériale. Nicolas II érigea le fait en droit quand, au concile du Latran, le 13 avril 1059, il édicta, pour écarter toute intervention impériale, que seuls participeraient à l’élection du pape les cardinaux (toutefois, l’élection devait être consentie par le peuple et approuvée par l’empereur) ; le décret stipulait en outre que le pape élu possédait toute l'autorité pontificale dès son élection. A la mort d'Alexandre II, son conseiller, Hildebrand de Soana, fut acclamé par les clercs et les fidèles romains pendant la cérémonie funèbre, aux cris de « Hildebrand évêque ! ». Bien que cette désignation fût contraire aux dispositions du récent décret de Nicolas II sur l’élection pontificale, Hildebrand était reconnu pape le 22 avril 1073 sous le nom de Grégoire VII. Le concile de Latran III (1179) décida que l’élection du pape se ferait à la majorité des deux tiers des cardinaux. Lors du concile de Lyon II (1274), Grégoire X (1271-1276) fit instaurer le conclave (2e décret Ubi periculum) : enfermement dans un local sans séparation et restrictions (au bout de 5 jours, les cardinaux étaient réduits au pain et à l’eau). Le concile de Constance (1414-1418) régularisa la procédure de vote pour les élections papales. Paul II (1464-1471) donna la pourpre et la barrette rouge aux cardinaux et ordonna, par une constitution, qu’ils seraient seuls appelés à la papauté. Sixte IV (1471-1484) et Alexandre VI (1492-1503) affirmèrent que seul le pape pouvait décider des règles pour sa propre succession. Grégoire XV (1621-1623) introduisit en 1621 le scrutin secret dans l’élection pontificale. Pie X supprima, le 20 janvier 1904, le droit de veto (droit d’exclusive) que pouvaient exercer la France, l’Espagne ou l’Autriche à l’encontre d’un candidat. Le 21 novembre 1970, par le motu proprio Ingravescentem aetatem, Paul VI fixa à 80 ans l’âge auquel les cardinaux cessent d’être membres des dicastères de la Curie romaine et de tous les organismes permanents du Saint-Siège et de l’Etat de la Cité du Vatican : ils perdent ainsi le droit l’élire le Pontife Romain et, par conséquent, également le droit d’entrer en conclave. Le 1er octobre 1975, la Constitution apostolique Romano Pontifici eligendo sur l’élection du pape interdit toute concertation du vivant de son prédécesseur. Le 22 février 1996, par la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis (Tout le troupeau du Seigneur), Jean-Paul II mit fin au système de clôture absolue du conclave. Les cardinaux seront logés dans la résidence Sainte-Marthe, à l’intérieur de la Cité du Vatican. Le secret sera limité au scrutin proprement dit, toujours dans la chapelle Sixtine. Tant qu’une majorité des deux tiers ne sera pas obtenue, les scrutins s’enchaîneront à raison de quatre par jour : deux le matin et deux le soir. Jean-Paul II a prévu qu’après trois jours de votes sans résultat, une journée sera consacrée à la prière et à de libres échanges entre les électeurs. Les cardinaux voteront ensuite encore sept fois, avant une nouvelle interruption. Toutefois, après trois pauses de ce type, soit donc après environ douze jours de conclave, si les sept derniers scrutins ne donnent toujours aucun résultat décisif, les cardinaux devront décider à la majorité absolue de changer la manière de procéder : soit opter pour un vote à la majorité absolue des suffrages, soit voter sur deux noms seulement, les deux ayant obtenu le plus de voix au scrutin précédent. Le 11 juin 2007, par un motu proprio, Benoît XVI annonça que le système des deux tiers des voix s’appliquerait dans tous les cas, et précisa : après 34 scrutins sans élection, seuls les deux candidats ayant reçu le plus grand nombre de voix au tour précédent pourront à partir de là recueillir des voix, jusqu’au moment où l’un d’eux obtiendra les deux tiers des voix. Déroulement de l’élection papale Les cardinaux octogénaires, sans participer au vote, assistent aux « congrégations générales » précédant le conclave et animent « la prière du peuple de Dieu dans les basiliques romaines et dans les diocèses du monde. » Au début du conclave, les cardinaux électeurs, âgés de moins de quatre-vingts ans, prêtent serment sur l’Evangile de s’engager à garder le secret total sur l’élection, à empêcher toute ingérence extérieure dans le processus et, s’ils sont élus, à exercer fidèlement la charge de « pasteur de l’Eglise universelle ». Les cardinaux élisent le pape par scrutin aux deux tiers des suffrages exprimés (avec une voix supplémentaire dans le cas où leur nombre ne serait pas divisible par trois). Sur les bulletins de vote, rectangulaires, ont été imprimés les mots « Eligo in Summum Pontificem » suivis d’un espace blanc où le votant écrit le nom de son choix. A l'appel de son nom, le votant va glisser son bulletin, plié, dans un grand calice sur l'autel : "Je prends à témoin le Christ Seigneur qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu." Tant qu’une majorité des deux tiers n’est pas obtenue, les scrutins s’enchaînent à raison de quatre par jour : deux le matin et deux le soir. À la fin de chaque scrutin, les bulletins de vote, brûlés dans un poêle, produisent une fumée noire si le vote ne donne pas de résultat. Quand le pape est élu, le dernier des cardinaux diacres appellera dans la chapelle Sixtine le secrétaire du collège des cardinaux et le Maître des célébrations liturgiques pontificales. Le doyen du collège demande officiellement au cardinal élu s’il accepte sa charge et quel nom il choisit. Ensuite, les bulletins sont brûlés ; ils produisent cette fois une fumée blanche, accompagnée, depuis le successeur de Jean-Paul II, par une volée de cloches (A Avignon, l’élection était annoncée uniquement par une petite cloche). De nos jours, la couleur de la fumée est obtenue par l’emploi de fumigènes. Le nouveau pape revêt les ornements pontificaux (trois soutanes blanches de tailles différentes [une grande, une moyenne et une petite] ont été préparées dans la « Chambre des Larmes »). Il reçoit une étole aux effigies des apôtres Pierre et Paul qui n’est portée qu’en cette circonstance. Un par un, les cardinaux rendent hommage au nouveau pontife et lui promettent obéissance. Puis, de la loggia centrale de la basilique vaticane, le premier des cardinaux diacres annonce au public le nom du nouveau pape : « Habemus papam dominum cardinalem..., qui sibi nomen imposuit... ». Celui-ci donne alors sa première bénédiction apostolique « Urbi et Orbi ». En principe, tout catholique de sexe masculin est éligible. En théorie, le conclave n’est pas tenu d’élire un de ses membres. Quand l’élu est un laïc ou un simple prêtre, il est ordonné évêque avant que son élection ne soit annoncée publiquement. Il y a eu des papes laïcs, c’est-à-dire qu’ils n’étaient ni prêtres, ni même diacres, tels que Fabien (236), Léon VIII (963), Benoît VIII (1012), Jean XIX (1024) et Benoît IX (1032) Léon X (1513), cardinal à 13 ans, n’était pas prêtre. Jusqu’en 1917, il n’était pas nécessaire d’être prêtre pour être nommé cardinal. Depuis le 15 avril 1962, les cardinaux doivent être évêques ; s’ils ne le sont pas, ils sont pourvus d’un titre épiscopal. Le sacre du nouveau pape étant déjà évêque, s’est présenté historiquement comme une intronisation (Nicolas II 1059-1061) ou un couronnement (Clément V 1305-1314). Depuis Jean-Paul I (1978), c’est l'investiture solennelle du nouveau pontife, l'inauguration publique de son ministère, par la célébration d’une messe au cours de laquelle il reçoit le pallium et l’anneau du pêcheur. Papes mariés : Les 37 premiers papes étaient probablement mariés. Voir Célibat ecclésiastique. Le premier, Pierre, était déjà marié quand il laissa ses filets pour suivre Jésus. Le dernier pape marié fut Adrien II (867-872), père d’une fille. Félix III (483-492), fils d’un prêtre, était marié et père de 2 enfants. Hormisdas (514-523), marié, était le père du pape Silvère. Silvère (536-537), fils de Hormisdas, était marié. DEMISSION DU PAPE Le code de Droit Canon de 1983 (art. 332 §2) permet au pape de renoncer à sa charge. Selon la Constitution apostolique sur la « vacance du Siège apostolique et l’élection du pontife romain » du 22-2-1996, si celui-ci renonce à sa charge, « il est requis pour la validité de cette renonciation qu’elle soit libre et dûment manifestée ; elle n’exige l’acceptation de qui que ce soit. » Depuis Adrien II (867-872), il est généralement admis que le principe selon lequel « le siège primatial n’est soumis au jugement de personne » était limité par la clause : « à moins qu’il ne dévie de la foi ». Ont renoncé (de gré ou de force) : - Pontien (230-235), déporté en Sardaigne, condamné aux travaux forcés dans les mines, démissionna pour permettre l’élection d’un nouveau pape. - Félix II, désigné en 355 par l’empereur Constance pour remplacer le pape Libère en exil, lui restitua sa place à son retour en 358 sous la pression du peuple romain. Ils exercèrent ensemble le pontificat puis Félix renonça. - Jean XVIII abdique fin mai 1009 et se retire dans l’abbaye de Saint-Paul de Rome où il embrasse la vie monastique (Eccard) - Grégoire VI, fut obligé par l’empereur Henri III de démissionner le 20-12-1046, pour céder la place à Clément II. - Célestin V (1215-96), bénédictin, ermite, élu le 5-7-1294 après un conclave de plus de 2 ans, se révéla incapable et se laissa duper et manipuler, notamment par le roi de Naples, Charles II. Sur les conseils de nombreux cardinaux (qui regrettaient leur choix) et effrayé par les intrigues, il démissionna le 13 décembre 1294. Certains historiens prétendent qu’il y fut forcé par le cardinal Caetani, le futur Boniface VIII, son successeur. Boniface, pour écarter tout risque de schisme, mit Célestin en résidence forcée, au château de Monte Fumone, où il mourut le 12 mai 1296. Célestin V fut canonisé en 1313 sous le nom de saint Pierre Célestin. - Nicolas V (1328-1330), antipape, nommé par Louis IV de Bavière (soutenu par les Franciscains), se soumit finalement à Jean XXII. - Jean XXIII, antipape, déposé le 29 mai 1415 par le concile de Constance puis emprisonné, accepta finalement sa destitution et se rallia à Martin V. - Félix V (1439-1449), antipape, élu le 5 novembre à Bâle par des pères conciliaires qui avaient refusé le transfert du concile et déposé Eugène IV, abdiqua. Pie XII, craignant d’être enlevé par les nazis dans les années 1943-44, avait préparé et fait enregistrer une lettre de démission dans laquelle il demandait que, aussitôt après son rapt, un conclave se tînt dans un pays libre pour élire son successeur. Paul VI, se sentant surmené, voulut démissionner à l’occasion de ses 80 ans (26-9-1977). Les cardinaux réussirent à l’en dissuader. Jean-Paul II avait écrit une lettre de démission en cas d'empêchement majeur d'exercer sa fonction de pape. Dans cette lettre, datée du 15 novembre 1989, le pape déclarait, "suivant l'exemple" de Paul VI, "renoncer" à ses fonctions "en cas de maladie, qu'on estime incurable, de longue durée et qui empêche d'exercer suffisamment les fonctions du ministère apostolique, ou dans le cas d'un autre empêchement grave et prolongé". Jean-Paul II laissa la décision finale à un groupe de cardinaux qui n'ont jamais fait usage de la lettre pendant sa longue maladie. 19 Jean Paul II a écrit dans son testament qu’il avait envisagé de renoncer à sa charge, en l’an 2000 : « ...maintenant dans l’année dans laquelle l’âge de ma vie se rapproche de 80 (octogesima adveniens), il faut se demander si le temps n’est pas venu de répéter avec le Siméon biblique : « Nunc dimittis » (Luc 2,29) ». Dans son livre d'entretiens, Lumière du monde, présenté le 23 novembre 2010, Benoît XVI s'interrogeait plusieurs fois sur son âge et les années qui lui restaient, réfléchissant à haute voix sur l'éventualité d'une démission en cas d'incapacité et affirmant qu'un pape "a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer" s'il sent ses forces "physiques, psychologiques et spirituelles" lui échapper. ANTIPAPES Le terme « antipape » (1320) désigne une personne ayant revendiqué les prérogatives au préjudice du pape légitime ou un pape non reconnu comme authentique. Ce terme n’est pas employé par les papes : ils qualifient leurs rivaux ou concurrents de « intrus ». Hippolyte (217-235) est le premier antipape. C’est aussi le seul antipape canonisé (pendant la persécution des chrétiens par l’empereur romain Maximin, le pape Pontien et Hippolyte sont exilés dans les mines de Sardaigne où ils mourront tous deux après s'être réconciliés). Félix V (1439-1449), duc Amédée VIII de Savoie, est le dernier des antipapes. A noter le cas de Jean XXIII (1410-1415) déposé le 29/05/1415 par le concile de Constance qu’il a lui-même convoqué. Rayé de la liste officielle, il est néanmoins considéré par certains comme pape authentique : ils estiment que c'est la condition pour que ce concile puisse être tenu pour valide. Le concile de Constance (1414-1418) met fin au grand schisme d’Occident en faisant abdiquer Jean XXIII (Pise) et Grégoire XII (Rome), en déposant Benoît XIII (Avignon) et en élisant Martin V. SCHISMES L’Eglise catholique se dit l’héritière de la première Eglise chrétienne, elle-même issue du judaïsme. Ses rites, ses croyances sont fondées sur la personne et l’enseignement de Jésus-Christ ; elle se considère « instituée par le Christ ». L’histoire de l’Eglise chrétienne est marquée par de nombreuses ruptures. Le terme « schisme » (du grec skhisma : séparation) désigne une scission formelle et volontaire de l’unité d’une Eglise et le refus de la soumission au pontife romain. Contrairement à l’hérésie (du grec airesis : choix particulier) à laquelle il est souvent lié, il n’implique pas forcément une déviation doctrinale. - Schismes d’Orient La séparation entre les Eglises orientale et latine possède de profondes racines culturelles et politiques et s’étendit sur plusieurs siècles. Les conflits doctrinaux entre Rome et Constantinople furent nombreux : schisme d’Acace (Félix III lance l’anathème contre Acace en 484) ; schisme monothélite [en 649, le concile du Latran condamne le monothélisme]. L’Orient, où régnait une conception collégiale de l’épiscopat, n’admettait pas certaines revendications juridiques des papes, particulièrement amplifiées sous le pontificat de Léon IX (1049-1054) et de ses successeurs. À son tour, l’Occident s’opposa au césaropapisme (subordination de l’Eglise à un dirigeant laïc) qui caractérisait l’Eglise de Constantinople. - Grand schisme d’Orient Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople en 1043, menait une rude campagne contre les églises latines de sa propre ville qu’il faisait parfois fermer. En 1054, le cardinal Humbert de Moyenmoutier, envoyé à Constantinople par l’intransigeant Léon IX, entama la controverse du filioque, expression rayée du credo oriental. Il termina sa visite en déposant sur l’autel de Sainte-Sophie une bulle excommuniant le patriarche et ses collègues. Le patriarche réunit un concile qui riposta en excommuniant les Latins. La quatrième croisade, transformée en sanglante conquête de l’Empire byzantin (les croisés pillèrent Constantinople en 1204), élargit encore le fossé qui séparait les deux Eglises. - Schisme d’Occident Le Grand Schisme d’Occident (1378-1417) débuta avec l’élection d’un pape italien, Urbain VI, en 1378. Treize des cardinaux qui l’avaient élu, français pour la plupart, consternés par son comportement incohérent, déclarèrent l’élection non valide et choisirent un nouveau pape, le Français Clément VII. Urbain se vengea en excommuniant Clément et ses fidèles. Clément VII s’installa en Avignon et recueillit l’adhésion du roi de France, Charles V : le schisme était établi. Le pape d’Avignon était soutenu par la France et celui de Rome par l’Angleterre et l’Empire. Les cardinaux se réunirent à Pise en 1409, mais ne parvinrent, après avoir déposé les deux papes, Grégoire XII (Rome) et l'antipape Benoît XIII (Avignon), accusés de schisme et même d’hérésie, qu’à nommer un troisième pape, Alexandre V. Le concile de Constance (1414-1418) obtint finalement la démission ou la déposition des papes rivaux et l’élection de Martin V fut universellement reconnue. Le scandale du schisme intensifia le désir de réformes qui généra la Réforme protestante. NOMBRE DE PAPES Les listes des papes, telles que l’Annuario pontificio, donnent généralement 265 papes, quelquefois 261 [en comptant pour un seul les trois pontificats de Benoît IX (1032, 1045, 1047), et en considérant comme antipapes Léon VIII (963) et Benoît V (964)] Des spécialistes rejettent Lin (2e) et Clet ou Anaclet (3e), affirmant que ces noms se rapportent à un seul et même pape : Anaclet. Certains historiens pensent que Marcellin (296-304) et Marcel I (308-309) étaient une seule et même personne. L’antipape Félix II (355-365) était autrefois considéré comme un pape légitime. Les deux numéros suivant les noms de Félix III (II), qui régna de 483 à 492, et Félix IV (III), qui régna de 526 à 530, indiquent que Félix II était peut-être légitime (premier numéro) ou non (second numéro). Le fait que Félix V (1439-1449), lui aussi antipape, ne se soit pas appelé Félix IV, montre qu’il considérait que Félix II était légitime. Etienne II a été légitimement élu pape en 752, mais il est mort 4 jours après son élection, avant d’avoir été consacré. En 1975, un décret de Paul VI a réaffirmé que le pontificat commençait dès l'élection, conformément à la décision du concile de Latran du 13 avril 1059 selon laquelle le pape élu possède toute l'autorité pontificale dès son élection ; c’est la raison pour laquelle 2 numéros sont donnés pour les Etienne qui le suivent, le numéro entre parenthèses étant l’opinion ancienne. Jean XVI (997-998) fut un antipape et pourtant le pape suivant à prendre ce nom s’appela Jean XVII (1003). Sur la foi d’une tradition, reconnue depuis erronée, qui ajoutait entre Boniface VII (mort en 985) et l’authentique Jean XV (985-996) un second Jean XV, on changea, à partir de l’élection de Pierre d’Espagne, le numéro d’ordre des papes portant le nom de Jean. C’est ainsi que ce dernier fut appelé Jean XXI (1276-1277), alors qu’aucun Jean XX ne figurait dans la liste des papes. Un pape Jean XX (1045) est cependant mentionné par Pierre Larousse dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle (1864-1890). Jean XXIII (1410-1415) fut un antipape ; le Jean XXIII moderne (1958-1963) l’ignora complètement et prit les mêmes nom et numéro. Marin I (882-884) et Marin II (942-946) furent enregistrés par erreur comme Martin II et Martin III. Pour ne pas compliquer les choses, Martin, élu pape en 1281, décida de s’appeler Martin IV. Il y a eu 2 antipapes Victor IV (1138 et 1159) et 2 antipapes Benoît XIV (1424 et 1433). MORTS DES PAPES Trente-six papes sont honorés comme martyrs ; le dernier étant Martin I (+ 653). Douze papes, au moins, ont été assassinés : Jean VIII (+ 882, empoisonné et achevé à coups de marteau), Etienne VII (+ 896, étranglé), Théodore II (+ 897), Léon V (+ 903 en prison), Anastase III (+ 913), Jean X (+ 928, en prison, étouffé avec un oreiller), Léon VI (+ 929), Etienne VIII (+ 931), Jean XII (+ 964, battu à mort par un mari jaloux), Benoît VI (+ 974), Jean XIV (+ 984, en prison, étranglé ou mort de faim), Alexandre VI (+ 1503, empoisonné). Neuf pontifes ont peut-être été empoisonnés : Vigile (+ 555), Grégoire V (+ 999), Clément II (+ 1047, il aurait été empoisonné par Benoît IX qui s’emparait du Saint-Siège pour la troisième fois), Etienne X ou IX (+ 1058), Célestin IV (+ 1241 ; on a accusé le cardinal Romain, évêque de Porto), Benoît XI (+ 1304 ; il aurait été empoisonné par des figues apportées par une inconnue ; le frère mineur, Bernard Délicieux, qui lutta contre l’inquisition, fut également accusé d’avoir empoisonné Benoît XI parce qu’il avait annoncé la mort de ce pape), Innocent VII (+ 1406), Marcel II (+ 1555), Clément XIV (+ 1774 ; on a dit qu’il avait été empoisonné au moyen d’une serviette par l’officier dégustateur chargé de tester les mets ; on crut, sans preuve, à une vengeance des jésuites dont il avait dissous l’ordre, mais une commission médicale internationale constata l’absence Deux papes sont morts accidentellement : Jean XXI (+ 1277) tué par l’effondrement d’un plafond et Urbain VI (+ 1389) blessé grièvement en tombant de sa mule. Un écrivain britannique, David Yallop, et le cardinal Hans Urs von Balthasar qui se base sur les visions d’Erika Holzach, pensent que Jean-Paul I (décédé officiellement le 28/9/1978 d’une embolie pulmonaire) a été assassiné. Parmi les décès naturels, on remarque ceux de Jules II (1513) et de Léon X (1521), atteints par la syphilis, et celui de Pie IV, mort d’épectase, dans les bras d’une courtisane en 1565. Paul IV (1555-1559) fut le premier pape embaumé et le premier pape à qui on préleva le cœur pour le placer dans une urne. Pie X (1903-1914) abolit ces usages et depuis, seules sont pratiquées quelques interventions permettant d’exposer le corps du pape aux fidèles. SANCTIFICATION DES PAPES Quatre-vingt-sept papes, depuis le premier de tous, Pierre, ont été béatifiés ou canonisés. On note parmi ceux là tous les premiers papes jusqu’à Félix IV (526-530), sauf Libère (352-366) et Anastase II (496 à 498). Ensuite, depuis Grégoire I le Grand (590-604), on dénombre vingt-trois saints et dix bienheureux (les derniers étant Pie IX et Jean XXIII). Bien qu’antipape, Hippolyte (217-235) fut canonisé parce qu’il s'était réconcilié avec le pape légitime Pontien et avait partagé le destin de ce dernier. Déportés ensemble et morts d’épuisement dans une mine sarde, tous deux sont honorés comme martyrs. Étienne I (254-257) n’aurait pas subi le martyre : on lui aurait attribué par erreur la mort héroïque de son successeur Sixte II. C’est seulement en 1673 qu’à la suite d’une confusion, semble-t-il, la congrégation des Rites inscrivit le pape Léon III (795-816) dans le calendrier des saints. DUREE DES PONTIFICATS Suite à la mort de Jean-Paul I, après un bref pontificat de 33 jours, on a beaucoup parlé de la durée du « règne » des papes. La moyenne générale de durée des pontificats est de 7 ans 11 mois 16 jours. Les pontificats les plus longs ont été ceux de Pie IX (31 ans et 236 jours), Jean-Paul II (26 ans 7 mois), Léon XIII (25 ans 5 mois), Pie VI (24 ans 6 mois), Adrien I (23 ans 11 mois) et Pie VII (23 ans 5 mois) Le pontificat le plus court fut celui d'Etienne II qui mourut 3 jours seulement après son élection en 752, et qui n’eut pas le temps d’être intronisé. Pour 53 papes, la durée du pontificat fut d’un an ou moins d’un an. On remarque 4 séries tragiquement curieuses : - Léon II, Benoît II, Jean V et Conon se sont succédé dans cet ordre, sans intermédiaire, à partir de l’année 682, et chacun de ces 4 papes n’a régné qu’un an. - En 896, Boniface VI mourut 15 jours seulement après son élection. Lui succéda Etienne VII qui disparut, assassiné, l’année suivante. Il fut remplacé par Romain, dont le pontificat dura 10 mois. Quant à Théodore II, le successeur de Romain, il régna 20 jours. - En 1276, Innocent V, Adrien V, Grégoire XI et Jean XXI monteront sur le trône de saint Pierre. Ils régneront respectivement 4 mois, 1 mois, 1 jour et 8 mois ! - En septembre 1590, le pontife Urbain VII, natif de Rome, fut pape durant 12 jours seulement. Lui succéda, après une vacance de 72 jours, Grégoire XIV, qui régna 10 mois, et fut remplacé par Innocent IX dont le pontificat dura 2 mois et 1 jour. VACANCES DU SAINT-SIEGE. CONCLAVES. On sait qu’il y eut parfois, entre la mort d’un pape et l’élection de son successeur, un intervalle de temps assez long, appelé « vacance du Saint-Siège », ce qui motiva d’ailleurs l’usage des réunions fermées, dites « conclaves » [du latin cum clavis (avec des clefs)] pour que le dénouement fût accéléré. L’idée du conclave revient au Sénat et au peuple de Rome qui, en 1243, mirent fin à une vacance de plus un an en enfermant les cardinaux a Anagni jusqu’à ce qu’ils élisent un nouveau pontife le 28 juin : Innocent IV. Plus tard, les habitants de Viterbe, lassés de ne pas avoir de pape deux ans et neuf mois après la mort de Clément IV (20-11-1268), enfermèrent les 17 cardinaux électeurs dans le palais pontifical en les mettant au pain et l’eau. L’élu, Grégoire X (1271-1276), fit décréter par le concile de Lyon II (1274), le principe de l’enfermement dans un local sans séparation, et de la mise au pain sec et à l’eau au bout de cinq jours de conclave sans résultat (2e décret). La suppression de ces règles par Jean XXI (1276-1277) eut pour conséquence le retour de longues vacances du Saint-Siège et Boniface VIII (1295-1303) dut rétablir l’enfermement et les restrictions pour les cardinaux électeurs. La plus longue vacance du Saint-Siège avait duré 4 ans et abouti à l’élection du successeur de Marcellin (296-304) : Marcel I en l’an 308. Il faut dire qu’en cette période l’Eglise subissait les cruelles persécutions de Dioclétien et de Galère. Toutefois, certains historiens pensent que Marcellin et Marcel n’étaient qu’une seule et même personne. NATIONALITES DES PAPES Ces « nationalités » leur ont été attribuées en tenant compte de la géographie politique actuelle. - 208 Italiens, le dernier étant Jean-Paul I ; - 22 Français (nés à l’intérieur des frontières de la France actuelle) dont 4 antipapes : Sylvestre II 999-1003, Gerbert né près d’Aurillac, Léon IX 1049-1054, Bruno ou Brunon de Toul, né à Eguisheim-Dagsburg (Alsace), Etienne X (IX) 1057-1058, Frédéric de Lorraine, Nicolas II 1058-1061, Gérard de Bourgogne, né à Chevron (Savoie), Urbain II 1088-1099, Eudes de Châtillon ou Odon de Lagery, né à Lagery près de Châtillon sur Marne, Grégoire VIII 1118-1121, antipape, Maurice Bourdin, né dans le Limousin, Calixte II 1119-1124, Guy de Bourgogne, né à Quingey (25), Urbain IV 1261-1264, Jacques Pantaléon, né à Troyes, Clément IV 1265-1268 , Guy Foulques, né à Saint-Gilles sur Rhône (Gard), Innocent V 1276-1276 , Pierre de Tarentaise, né à Champagny (Savoie), Martin IV 1281-1285 , Simon de Brion, né en Touraine ou en Champagne, Clément V 1305-1314, Bertrand de Got, né à Villandraut (Gironde), Jean XXII 1316-1334, Jacques Duèse ou d’Euze, né à Cahors, Benoît XII 1334-1342 , Jacques Fournier, né à Saverdun (Ariège), Clément VI 1342-1352, Pierre Roger de Beaufort, né à Rosiers d’Egletons (diocèse de Tulle) en Corrèze, Innocent VI 1352-1362 , Etienne Aubert, né à Beyssac (Corrèze), Urbain V 1362-1370 , Guillaume de Grimoard, né au Château de Grisac (Lozère), Grégoire XI 1370-1378, Pierre Roger de Beaufort, né à Rosiers d’Egletons en Corrèze, neveu de Clément VI, dernier pape français légitime et dernier pape légitime résidant en Avignon, Clément VII 1378-1394 , antipape, Robert, comte de Genève, né à Annecy, Benoît XIV 1424-1430, antipape, Bernard Garnier, prêtre du diocèse de Rodez, Benoît XIV 1433-1434, antipape, Jean Carrier, Félix V 1439-1449, dernier des antipapes, duc Amédée VIII de Savoie, né à Chambéry. - 15 Grecs (surtout dans l’Eglise primitive), le dernier étant Zacharie ; - 5 Allemands : Grégoire V, Clément II, Damase II, Victor II, Benoît XVI ; - 3 Syriens : Anicet, Jean V, Serge I ; - 3 Libanais : Sisinnius, Constantin I, Grégoire III ; - 3 Africains (Berbères) : Victor I, Miltiade et Gélase I (Berbère de Kabylie) ; - 2 Israéliens : Pierre (Juif de Galilée) et Théodore I (Grec de Jérusalem) ; - 2 Croates (Dalmates) : Caïus et Jean IV ; - 2 ou 3 Espagnols : Damase I (à moins qu'il ne soit Portugais), Calixte III, Alexandre VI ; - 1 ou 2 Portugais : Damase I (à moins qu'il ne soit Espagnol) et Jean XXI ; - 1 Anglais : Adrien IV ; - 1 Néerlandais : Adrien VI ; - 1 Polonais : Jean-Paul II en 1978, premier pape non-italien depuis 1523. NOMS DES PAPES Les premiers papes continuaient à porter leur prénom. Jean II (533-535) fut le premier pape à changer de nom à son élection à cause de son prénom païen : Mercurius. Ensuite, peu à peu, s’installa l’usage que le pape n’utilise pas son propre prénom. 22 papes ont choisi de s’appeler Jean. Jean XVI n’est pas reconnu comme légitime. Jean XX (1045) ne figure dans l’Annuario pontificio officiel de 1947, mais il est mentionné par Pierre Larousse dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle (1864-1890). En 1958, « Jean », le prénom du « disciple bien-aimé » (peut-être pour cette raison le plus porté), revient en vénération avec Jean XXIII. (A noter qu’il y avait déjà eu un pape Jean XXIII à Pise, de 1410 à 1415, et qu’il fut déposé). On compte 16 Grégoire, 16 Benoît, 14 Clément, 13 Innocent, 13 Léon, 12 Pie, 10 Etienne, 9 Boniface, 8 Alexandre et 8 Urbain. Par contre, 43 papes ont choisi un nom qui ne sera repris par aucun de leurs successeurs. Ces 43 papes figurent dans la période des 10 premiers siècles, jusqu’à l’année 913, où le pontife élu s’appela Landon. Parmi ces noms non renouvelés se trouve celui de Pierre, jugé sans doute trop insigne pour être porté par un autre pontife. Figure cependant dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, un antipape « Pierre » en 686. Les autres sont des appellations rarissimes : Télesphore, Sirice, Zosime, Symmaque, Vitalien, Conon, Sisinnius, Formose, etc. Jean-Paul I (1978) fut le premier pape à choisir un double nom. EGLISES ORIENTALES REUNIES A ROME - Eglise arménienne catholique : Liban, Syrie, Iraq, Turquie, Egypte, Iran, diaspora. Patriarcat arménien de Cilicie ; siège à Beyrouth (Liban). - Eglise copte catholique : Egypte, diaspora ; liturgie en copte et en arabe. Patriarcat d'Alexandrie des coptes ; siège au Caire (Égypte). - Eglise chaldéenne : Iraq, Iran, Syrie, Liban, Turquie, diaspora ; liturgie en syriaque. Patriarcat de Babylone des Chaldéens ; siège à Bagdad (Iraq). - Eglise grec melkite catholique : Syrie, Liban, Jordanie, Israël, Cisjordanie, diaspora. Patriarcat grec-melkite d'Antioche de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem ; siège à Rabwa - Antelias (Liban) - Eglise maronite : Liban, Syrie, Chypre, Egypte, diaspora ; liturgie en arabe. Patriarcat maronite d'Antioche et de tout l'Orient ; siège à Notre-Dame de Bkerké (Liban) - Eglise syrienne catholique : Liban, Syrie, Jordanie, Iraq, diaspora. Patriarcat syrien catholique d'Antioche, siège à Beyrouth (Liban). - Eglise syro-malabare catholique : Inde (Kerala). Archevêque majeur d'Ernakulam-Angamaly des Syro-malabars ; siège à Kochi. - Eglise syro-malankare catholique : Inde (Kerala) : Trivandrum capitale du district de Thiruvananthapuram. Archevêque majeur des Syro-malankares de Trivandrum. - Eglise catholique éthiopienne : Ethiopie, Erythrée. Patriarcat d'Alexandrie des coptes. Archevêque métropolitain d'Addis-Abeba. - Eglise latine du Moyen-Orient : Patriarcat latin de Jérusalem. Après l'échec des Croisades, ce patriarcat disparut puis Pie IX le restaura en 1847 avec juridiction sur la Palestine, Chypre, ainsi que la Jordanie et Israel actuels. Siège à Jérusalem. MARQUES, INSIGNES, EMBLEMES ET SYMBOLES DE LA PAPAUTE ET DU VATICAN Anneau du pêcheur Porté à la main droite, l’anneau papal représente Pierre dans sa barque tirant un filet. A l’origine sceau du pape pour sceller sa correspondance privée, il fut réservé aux brefs apostoliques à partir de Calixte III (1455-1458). A la mort du pape, le cardinal camerlingue prend les dispositions nécessaires pour faire détruire l’Anneau du Pêcheur servant d’anneau sigillaire ainsi que le sceau de plomb aux armoiries du souverain pontife. Autrefois, l’anneau était brisé, devant les cardinaux, avec un petit marteau d’argent, sur une enclume en or, par le camerlingue chargé de constater officiellement la mort (jusqu’à la mort de Pie XII, en 1958, le camerlingue frappait, par trois fois, le front du défunt pape avec ledit marteau en l’appelant par son prénom). Pallium Le pallium (manteau en latin) est une bande de laine blanche brodée de croix (6 croix noires avant les 5 croix rouges de Benoît XVI rappelant les 5 plaies du Christ) que le pape porte autour du cou, pendant certaines célébrations liturgiques. La laine représente la brebis égarée (l’humanité) que le bon pasteur (le Christ) porte sur ses épaules. L'usage du pallium est traditionnellement attribué à l'évêque de Rome, Lin (+78). Le pape Marc (336) accorda à l'évêque d'Ostie, consécrateur attitré des Pontifes romains, l'usage du pallium. Réservé auparavant à l’évêque de Rome, le pallium est également le symbole des primats et des archevêques qu'ils portent pendant les célébrations liturgiques. Ornement liturgique d'honneur et de juridiction, il symbolise le lien particulier de ces prélats avec le Successeur de Pierre. Il s'agit d'une bande de laine blanche ornée de six croix de soie noire, réalisée par les religieuses de Ste-Cécile du Transtevere à partir de la laine de moutons élevés par les Trappistes des Trois Fontaines. L'animal symbolise Agnès, la jeune martyre romaine du début du IV siècle 25. Clefs de saint Pierre Les clefs de saint Pierre, une d’or et une d’argent, figurent sur les armes propres de l’Eglise romaine, le blason et le sceau de l’Etat pontifical et le drapeau du Vatican. Elles symbolisent le pouvoir spirituel (or) et le pouvoir temporel (argent) des papes ; pour certains elles symbolisent aussi les deux pouvoirs de « lier » et de « délier » accordés à saint Pierre. Sur les armes d’Avignon figure une troisième clef symbolisant le pouvoir du cardinal-légat.
Tiare pontificale La tiare, appelée aussi le trirègne (du latin tiara et triregnum), est la coiffure non liturgique des papes. La seule coiffe liturgique des papes est la mitre épiscopale de l’évêque de Rome ; Sylvestre I (314-335) fut le premier pape représenté avec une mitre sur la tête. La tiare dérive du bonnet phrygien (frigium ou camelaucum) porté par les rois de l’Orient antique. Le bonnet phrygien était la coiffure de plusieurs divinités, notamment Mithra et Attis. La mitre, que le pape et les évêques portent sur la tête lors des cérémonies religieuses, a la forme d'une tête de poisson ; 3 000 ans avant l’ère chrétienne, les prêtres sumériens d’En-Ki étaient coiffés de la mitre du dieu-poisson de la médecine et de la magie. Principe de vie et d'abondance de l'élément « Eau », le poisson fut l'emblème des premiers chrétiens qui utilisèrent le mot ichthus (grec ancien) comme idéogramme (les initiales donnant : Iesu Christos Theou Uios Sôter « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur ») que l'on peut remarquer dans des inscriptions funéraires. Il figurait parfois l'eucharistie : le Christ ressuscité en avait mangé (Luc 24,42). Il faisait aussi allusion au baptême : le chrétien était comparé à un petit poisson (Tertullien + 230/240, Traité du Baptême). Trois poissons formant une boucle sans fin ou un poisson n’ayant qu’une seule tête pour trois corps, symbolisaient la Trinité. Origène (+ 254) conseillait aux chrétiens de porter sur un anneau l’image d’une colombe, d’une ancre ou d’un poisson. A partir de 1130 (Innocent II), on adjoignit à la tiare une couronne, symbole de la souveraineté sur les Etats de l’Eglise. Vers 1300, Boniface VIII ajouta une deuxième couronne, symbole de l’autorité spirituelle sur les âmes. Vers 1340, Benoît XII en rajouta une troisième, symbole de l’autorité morale sur les rois. Devenue l’emblème du Saint-Siège, la tiare est remise au pape lors de son couronnement : « Recevez la tiare ornée de trois couronnes et sachez que vous êtes le père des princes et des rois, recteur de l’Univers et, sur Terre, vicaire de Jésus-Christ notre Sauveur. » Elle symbolise aussi la triple royauté du pape sur l’Eglise universelle : militante, souffrante, triomphante. Certains ajoutent qu’elle signifie la domination du pape sur les trois mondes : divin, psychique et physique (il y a analogie avec la triple couronne portée par les dieux, symbole de leur pouvoir sur la matière, la conscience et l’esprit) Une tiare à 3 couronnes a été portée au XVe siècle par l’archevêque de Bénévent et, à partir de 1716, par le patriarche de Lisbonne en raison de l’étendue de sa juridiction patriarcale (de nos jours, il n’en a plus, même dans ses armoiries). Des mitres, surmontées de couronnes comtales, ressemblant à des tiares, ont parfois été portées par des évêques-comtes tels que les évêques de Mende, comtes de Gévaudan (XIVe/XVIe s.). Paul VI n’a porté qu’une fois la tiare, le jour de son couronnement. Il en possédait quatre (en métal précieux) et en vendit une à un musée new-yorkais au profit des pauvres. Jean-Paul I fut le premier pape à refuser de porter la tiare, même le jour de son intronisation. Depuis, la tiare a été remplacée par la mitre épiscopale. Benoît XVI avait d'abord renoncé à faire figurer la tiare dans ses armoiries personnelles, mais, le 10 octobre 2010, son nouveau blason pontifical apparut orné de la triple couronne. Férule pontificale ou papale La férule du pape est un bâton liturgique droit, surmonté d'une croix trilobée dorée à une seule traverse, généralement sans crucifix. "Sur le retour de la crosse en forme de croix, le maître des cérémonies pontificales, Guido Marini explique : "Benoît XVI utilise désormais constamment la crosse dorée en forme de croix grecque qui a appartenu au bienheureux Pie IX et qu’il a lui-même utilisée pour la première fois cette année lors de la célébration du Dimanche des Rameaux. Il entend ainsi remplacer la crosse argentée surmontée d’un crucifié, introduite par Paul VI (...) Ce choix ne signifie pas simplement un retour vers le passé, il témoigne d’un développement dans la continuité, d’un enracinement dans la tradition permettant d’avancer de manière ordonnée sur le chemin de l’histoire. Cette crosse, nommée “ferula“, est en effet plus fidèle à la forme de crosse pontificale caractéristique de la tradition romaine, qui a toujours été une forme de croix sans crucifié, du moins depuis que la crosse est devenue d’usage habituel pour les pontifes romains". (Osservatore Romano, 28 juin 2008) Depuis les premières vêpres de l'Avent du 28 novembre 2009, Benoît XVI utilise sa propre férule qui, comme le veut la Tradition, lui a été offerte par Le Cercle Saint-Pierre 27. Croix papale Cette croix à 3 traverses est un symbole de la hiérarchie ecclésiastique : elle correspond à la tiare papale, au chapeau cardinalice et à la mitre épiscopale. A partir du XVe siècle, seul le pape a droit à la croix à 3 traverses, la croix à 2 traverses (croix patriarcale) revenant au cardinal et à l’archevêque et la croix simple à l’évêque. La croix papale avec ses 3 traverses et ses 7 terminaisons symbolise également l’harmonie. Croix de saint Pierre Selon La légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe s.), Pierre, se jugeant indigne d’être traité de la même manière que le Christ, fut crucifié la tête en bas, sur une croix renversée. La croix de Pierre symbolise donc essentiellement l’humilité. Toutefois, sa signification est également proche de celle de l’Arbre de Vie dessiné à l’envers, qui rappelle que la spiritualité plonge ses racines dans le Ciel et pousse ses branches en direction de la Terre. Soutane blanche Depuis Pie V, en raison de son origine dominicaine. Camauro Cette ancienne coiffure des papes, un bonnet rouge et blanc en velours ou satin, après avoir été remise en usage par Jean XXIII et abandonnée par Paul VI, est portée le 21 décembre 2005 par Benoît XVI. Mosette La mosette est une courte pèlerine descendant jusqu'à la ceinture et boutonnée par devant, sans capuce depuis 1984 ; elle constitue une des pièces de l'habit de chœur des cardinaux et des évêques et souvent aussi des chanoines. Les protonotaires apostoliques et autres prélats romains n'ont pas droit à la mosette. Elle n'est pas utilisée pour l'administration des sacrements. Le pape porte une mosette de velours rouge bordée d'hermine blanche en hiver, de soie blanche bordée d'hermine pendant le temps pascal ou de soie rouge, en été. La mosette des cardinaux est rouge, celle des évêques violette doublée et filetée de cramoisi. Depuis les réformes de 1969, elle peut être portée par tous les évêques en tous lieux Flabellum Ce chasse-mouches à long manche, en plumes d’autruche, porté près du pape pendant les processions solennelles, a été supprimé par Paul VI. Cierge pontifical Ce cierge, exclusivement composé de cire d’abeilles, est placé à Saint-Pierre de Rome sur l’autel où se célèbre la messe pontificale. Son diamètre est de 8 cm à la base, sa hauteur de 2,5 m et il pèse 14 kilos. La partie supérieure, d’un diamètre de 5,5 cm, est seule destinée à brûler ; la base, au contraire, toujours intacte, est ornée de peintures et de dorures. Nappe de l’Incarnatus est « Appelée strogolo, c’est une nappe de toile damassée, divisée en 13 parties et garnie de dentelle d’or, de la dimension de la table d’autel, qui est mise sur celle-ci avant la messe papale, mais repliée vers les chandeliers. Après l’Incarnatus est, et avant de porter à l’autel la bourse avec le corporal, le cardinal-diacre, aidé par le sous-diacre de la messe, déplie cette nappe » (J. Nabuco, Le cérémonial papal). On ne connaît ni l’origine ni la raison d’être de cette nappe utilisée jusqu’à Paul VI. Chaire de saint Pierre Appelé ainsi depuis 1230, ce trône en bois fut apporté en 875 par Charles le Chauve pour son couronnement puis utilisé pour l’intronisation du pape. La chaire a été placée sous le monumental baldaquin du Bernin à l’intérieur de la basilique Saint-Pierre le 17 juin 1666 par Alexandre VII. Sedia gestatoria C’était un fauteuil monté sur un brancard à quatre bras, porté par seize officiers appelés « palefreniers ». Utilisé par les papes au cours des cérémonies solennelles à Saint-Pierre, cette chaise à porteurs remontait à la « chaise curule » des consuls de Rome. Le 3 septembre 1978, Jean-Paul I y renonça et se rendit à la cérémonie du couronnement à pied, entouré du Sacré Collège, mais la foule protesta car elle ne le distinguait plus et il dut accepter de monter sur la sedia gestatoria à l’audience publique du 13. C’est Pie XI qui abandonna l’utilisation des voitures à cheval et se vit offrir un certain nombre de véhicules des marques Bianchi, Fiat ou Citroën ; la Citroën C6E "Lictoria Sex" de 1930, exposée au Vatican, est l’ancêtre de la "papamobile" de Jean-Paul II. Drapeau de l’Etat de la Cité du Vatican Le « drapeau du pape », jaune et blanc, qui symbolise à la fois une position spirituelle (le Saint-Siège) et sa réalité territoriale (l’État pontifical, aujourd’hui la Cité du Vatican), a été créé le 17 septembre 1825 par le cardinal camerlingue Galeffi. Il est composé de deux bandes verticales, l’une jaune près de la hampe, l’autre blanche portant la tiare pontificale en or, avec les rubans rouges et les clefs de Saint Pierre. Le blanc et le jaune étaient depuis 1808 les couleurs de la cocarde de la gendarmerie pontificale qui était auparavant rouge et jaune. Napoléon ayant laissé la cocarde rouge et jaune aux anciens gendarmes pontificaux servant dans son armée, Pie VII (1800-1823) créa la cocarde blanche et jaune pour les troupes qui lui étaient restées fidèles.
Le drapeau du Vatican ne s’est jamais confondu avec la bannière rouge (oriflamme) de la sainte Église, arborée en quelques grandes occasions. Hymne officiel de l’Etat de la Cité du Vatican La Marche Pontificale a été composée par le célèbre musicien français et fervent catholique, Charles Gounod (1818-1893), pour l’anniversaire du couronnement de Pie IX. Elle fut exécutée pour la première fois dans l’après-midi du 11 avril 1869, pour le jubilé sacerdotal de ce pape. Le 16 Octobre 1949, le pape Pie XII décida que la Marche Pontificale de Gounod remplacerait l’ancienne Marche Triomphale de Hallmayer comme hymne officiel de l’Etat de la Cité du Vatican ; elle fut jouée pour la première fois en tant que nouvel hymne le 24 décembre. HISTOIRE DES PAPES ET DES ANTIPAPES avec la chronologie des principaux événements depuis le début de l’ère chrétienne Voir dossier PROPHETIE DE MALACHIE Voir dossier PRIERE POUR LE PAPE O Jésus, chef invisible de la sainte Eglise, conservez et conduisez celui que vous lui avez donné pour chef visible sur la terre ; remplissez-le de la plénitude de votre Esprit, afin qu’il puisse diriger avec sagesse la barque agitée de Pierre au milieu des écueils qui l’environnent de toutes parts. Exaucez les désirs de son cœur, et qu’une grâce puissante seconde toutes les intentions de sa foi. Que cette foi, ferme et inébranlable en vos divines promesses, allège pour lui le poids de tant de sollicitudes, et adoucisse l’amertume dont il est abreuvé par l’ingratitude et les crimes d’un grand nombre de ses enfants. Faites, ô mon Dieu, que la vérité dont l’Eglise est dépositaire, et qui ne peut périr, dissipe enfin toutes les erreurs, qu’elle éclaire la conscience des rois et des peuples, afin que, selon votre parole, « il n’y ait plus qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur » (Jean, X, 16). Et vous, ô Marie, Vierge immaculée, mère et souveraine de l’Eglise, comblez de vos plus signalées faveurs le saint et vénéré Pontife qui la gouverne dans ces temps difficiles, et, en récompense de son zèle ardent à propager votre culte et à multiplier les hommages qu’on vous rend par toute la terre, obtenez de votre divin fils la grâce la plus chère à son cœur, le retour de ses enfants égarés. Ainsi soit-il. (Recueil de prières. Ed. Mame. 1877) CITATIONS Les oreilles du peuple sont plus pures, plus saintes, que les cœurs des évêques. (Hilaire de Poitiers +367, Lettre contre Auxence) Ne jugeons pas l'héritage (spécialement chrétien), sur l'indignité des héritiers. (Léon Le Grand + 461) Vous pouvez tout, mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle ; vous êtes non pas le seigneur des évêques, mais l’un d’eux. On ferait un monstre du corps humain, si l’on attachait immédiatement à la tête tous ses membres. [Bernard de Clairvaux au pape Eugène III (1145-1153)] Qui pourra briser les liens des richesses, des plaisirs, des honneurs, qui tiennent captifs les clercs et les mauvais religieux ?... (Antoine de Padoue +1231) Entre le soleil de la papauté et la lune de l’empire, il y a cette différence que la terre étant sept fois plus grande que la lune, le soleil huit fois plus grand que la terre, le pape est cinquante-six fois plus grand que l’empereur. (Augustinus Triumphus +1328) Il est certain que le souverain pontife peut errer, même dans les choses qui regardent la foi. (Adrien VI, pape de 1522 à 1523) Si j’étais le maître de l’empire, je ferais un seul paquet du pape et des cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans la mer ; ce bain les guérirait, j’en donne ma parole, j’en donne Jésus-Christ pour garant. (Luther +1546) La papauté n’est rien d’autre que le fantôme du défunt Empire romain, siégeant couronné sur sa tombe. (Thomas Hobbes +1679, Léviathan) [...] Les vices d’un archevêque peuvent être, dans une infinité de rencontres, les vertus d’un chef de parti. (Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz +1679, Mémoires) Tout protestant fut pape, une Bible à la main. (Boileau +1711, Satires) Les papes ont voulu régner par le glaive, et le glaive s’est brisé dans leurs mains. (Jean-Paul Bignon +1743) Le pape est une idole à qui on lie les mains et dont on baise les pieds. (Voltaire +1778, Le Sottisier) Les deux papes se traitaient mutuellement d'antéchrist. (Voltaire) Il faut bien mentir quelquefois quand on est évêque (Jean-Jacques Rousseau +1778, Les Confessions) Les foudres du Vatican se sont éteintes dans les mains de ceux qui frappèrent les peuples et les rois. (Pierre-Claude-Victor Boiste +1824) Un pape, vicaire du Christ, qui règne par le sabre, est le blasphème sous la tiare : c'est l'antéchrist. (Proudhon 1809-1865) Le pape restaurera la monarchie ou il organisera la démocratie. (L. Veuillot +1883) L’autorité absolue de la papauté n’est limitée que par les vertus prisées du Saint-Père. (Edmond About +1885) La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le Pape, le papier. (Victor Hugo +1885, Tas de pierres) Comme un peuple ne saurait se passer de pape, Henri VIII se fit pape pour le sien. (Auguste Vacquerie +1895) Satan a séduit le pape en lui offrant le pouvoir... (Vassili Vassilievitch Rozanov +1919) Le dessein mystérieux de la Providence, à travers le succession du temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteint sa fin et dispose tout avec sagesse pour le bien de l’Eglise, même les événements contraires. (Jean XXIII, pape 1958-1963) Quel premier communiant n’a rêvé d’être pape ? (François Mitterrand +1996) PROVERBES La mule du pape ne mange qu’à ses heures. (Proverbe français) Tel entre pape au conclave qui en sort cardinal. (Proverbe français) Le pape bénit d’abord sa barbe. (Proverbe grec) Notes : 1 Le gallicanisme est la doctrine religieuse et politique qui tend à affirmer l'indépendance de l'Église de France par rapport à la papauté. 2 Les ultramontains sont les partisans de l’ultramontanisme, doctrine théologique favorable au pouvoir absolu du pape. 3 Encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846 contre « la guerre furieuse et redoutable déclarée au catholicisme » par « les ennemis de notre religion sortis des ténèbres pour la ruine de la religion » et encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864 à laquelle était joint le Syllabus, « Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps » 4 Selon Etienne Cabet (Le Vrai Christianisme selon Jésus-Christ, 1846), Jésus fut le premier des prolétaires ; ses mission et rôle ont été détournés par le catholicisme. 5 Les Vieux-catholiques sont des catholiques romains qui ont protesté contre le dogme de l'infaillibilité du pape voté par le Concile Vatican I. En septembre 1871, un congrès à Munich rassembla plus de 300 représentants de ces groupes, mais aussi des observateurs anglicans et protestants ; l'archevêque « Vieil-épiscopal » d'Utrecht, Mgr Loos, y fut reçu en triomphe. Les Églises catholiques autocéphales se sont rassemblées à partir de 1889 et forment une unité autour de l'IBK (CIE en français ou Conférence internationale des évêques vieux-catholiques) sur la base de la Déclaration d'Utrecht. L'Église vieille-catholique dite aussi Union catholique internationale d'Utrecht refuse le dogme de l'infaillibilité pontificale et surtout le dogme de la juridiction universelle de l'évêque de Rome. 6 eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=1504084_papisme 7 http://www.vaticanstate.va/FR/Etat_et_Gouvernement/ 8 www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/Vatican-Latran.htm 9 Dictionnaire historique de la langue française. Le Robert. 1994 10 Quid 2007 11 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse 12 Des origines au Ve siècle. Naissance de la Rome chrétienne, in Le monde de la Bible, hors série automne 2007 13 Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape » 14 Mgr A.-M. Léonard, Catholique... Que du bonheur, p. 27-32, Editions du Sarment, Paris 15 De romano pontifice livre IV, ch. 4. Relatio de observationibus reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in Schneemann Acta... col. 288 16 Histoire universelle par Louis-Philippe Ségur, volume 10 17 http://www.zetetique.ldh.org/papesse.html 18 Ch. Dézobry, Rome au siècle d’Auguste 19 Service de presse du Vatican 20 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ca%C3%AFus_(pape) 21 http://pastoralefamiliale.free.fr/txtcodedroitcanonique.htm 22 http://nikosolo.voila.net/toilettes.htm 23 http://dagr.univ-tlse2.fr/sdx/dagr/feuilleter.xsp?tome=3&partie=2&numPage=110&nomEntree=LATRINA&vue=texte 24 http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9lase_Ier 25 http://www.visnews-fr.blogspot.com/ 26 Le Liber Pontificalis (Livre des papes), rédigé par divers clercs du haut Moyen Âge, est une suite de notices biographiques des différents évêques de Rome, dans l’ordre chronologique, des origines jusqu’à la fin du IXe siècle. 27 http://fr.wikipedia.org/wiki/Paramentique Sources : Chronique de l'humanité. J. Legrand SA. Ed. Chronique. 1986. Dictionnaire des Papes, John N.D.Kelly, éd. Brépols, 1996 Histoire des Papes depuis Saint Pierre jusqu'à Grégoire XVI, Volume 1, par Mathieu-Richard-Auguste Henrion, 1838. L'Histoire des Papes et des Saints, Ed. SENO Dictionnaire alphabétique et chronologique des saints et saintes de l'Eglise universelle, Librairie d'Alexis Eymery, Paris, 1818. Panorama d’histoire de l'Eglise. Editions de l'Ecole. 1964. Quid 2007 The Catholic Encyclopedia (http://www.newadvent.org/cathen/) http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_papes_catholiques http://marikavel.com/calendriers/papes.htm http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/sites/Arisitum/textes/calend/pape.html http://www.ordre-du-saint-sepulcre.org/lieutenance/vatican/chronoliedespapes.htm http://perso.orange.fr/philippe.harambat/papes/liste.htm http://perso.orange.fr/historia2000/genealogie/papes/les_papes.htm http://nouvl.evangelisation.free.fr/papes.htm http://mboullic.club.fr/gen_pap. htm http://www.vatican.va/ etc. Auteur : Jean-Paul Coudeyrette Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation. Date de mise à jour : 27/04/2012 |