Dimanche des Rameaux.
Pâques.
SOMMAIRE

1. Dimanche des Rameaux 2.6 La cène a-t-elle eu lieu le mardi ?
1.1 Définition et origine 2.7 La Croix. Le cèdre. L’acacia
1.2 Olivier 2.7.1 Symbole et sens de la Croix
1.3 Buis 2.7.2 Le chemin de Croix
1.4 Laurier 2.7.3 Fête de l’exaltation de la Sainte Croix
1.5 Citation et dictons 2.8 Le tombeau du Christ.
2. Pâques 2.9 La Résurrection
2.1 Définition 2.10 Symboles et traditions pascals
2.2 La semaine sainte. 2.10.1 Le cierge pascal
2.2.1 Jeudi saint. 2.10.2 Les cloches
2.2.2 Vendredi saint. 2.10.3 Les oeufs
2.2.3 Samedi saint 2.10.4 Le lapin ou le lièvre
2.3 Le temps pascal 2.10.5 L’agneau
2.4 Origines de la Fête 2.11 Citations,
2.5 Controverse sur la date de Pâques 2.12 Proverbes et dictons

LE DIMANCHE DES RAMEAUX
Définition et origine

Le dimanche des Rameaux (Dominica in ramis palmarum) est le dimanche qui précède Pâques dans le christianisme ; il débute la Semaine Sainte.
Il tient son nom de la coutume (remontant au moins au IVe siècle) qui consiste à bénir des rameaux et à porter des branches en procession pour commémorer l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem où il fut accueilli par une foule qui agitait des branches de palmier ou d’olivier et en jetait sur son passage.
C'était une tradition orientale d'acclamer les héros et les grands en brandissant des rameaux verts qui symbolisaient l'immortalité de leur gloire.
Ainsi, monté sur une ânesse, Jésus fait-il sa dernière entrée à Jérusalem. (Matthieu 21, 8-11 ; Marc 11,8-10 ; Jean 12, 12-18).
Les foules croient au triomphe du Messie ; quelques jours plus tard, il sera crucifié.
La cérémonie chrétienne du Dimanche des Rameaux a parfaitement intériorisé ce triomphe. La victoire célébrée est tout intérieure, c'est celle qui est remportée sur le péché, qui s'accomplit par l'amour et qui assure le salut éternel : c'est la victoire définitive et sans appel.
"Il (Jésus, ndlr) sait qu'une nouvelle Pâque l'attend et qu'il prendra lui-même la place des agneaux immolés, s'offrant lui-même sur la Croix... Le terme ultime de son pèlerinage est la hauteur de Dieu lui-même, à laquelle il veut élever l'être humain". (Homélie du dimanche des Rameaux, Benoît XVI, 17 avril 2011)

Le dimanche des Rameaux s'appelait aussi autrefois dominica competentium (le dimanche des demandeurs) parce que, ce jour-là, les catéchumènes venaient demander tous ensemble à l'évêque la grâce du baptême qui devait être administré le dimanche suivant.
Afin de les préparer à recevoir ce sacrement, et pour que les saintes huiles ne tombassent que sur des chefs bien propres, on leur lavait la tête ce jour-là pendant l'office, en sorte que l'on donnait aussi à ce dimanche le nom de Capitilavium (lavement des têtes).
Enfin, la coutume des empereurs et des patriarches d'accorder des grâces et des indulgences ce jour-là le fit surnommer le « dimanche d'indulgences »

Les cendres des rameaux, provenant du Dimanche des Rameaux de l'année précédente, servent à la cérémonie du Mercredi des Cendres durant laquelle le prêtre trace, avec lesdites cendres, des croix sur le front des fidèles.

Le rameau vert, aux feuilles coriaces, voire persistantes, symbolise la régénération et l'immortalité, la victoire de la vie.
Dans les pays du Nord, à la place des palmes ou des rameaux d'olivier préférés dans les pays chauds, on utilise des branches de buis (France) de houx (Pays-Bas) ou de saule (Angleterre, Pologne et Russie).
Bernard de Clairvaux établissait un rapport entre le saule éternellement vert et la vierge Marie.

Les licteurs romains portaient une hache à laquelle était attaché un faisceau de rameaux d'orme ou de bouleau.
Les branches de sapin étaient utilisées pour les cultes de Cybèle ou de Dyonisios, celles de laurier pour Apollon, celles d'olivier pour Athéna et, celles de chêne pour Zeus.
Le rameau de palmier était un emblème de victoire et un insigne impérial... 4

L’olivier

Le rameau d'olivier que la colombe apporte dans son bec, pour annoncer la fin du déluge est un message de pardon, de paix recouvrée et de salut.
Pour les chrétiens, l’olivier est, avec l’arc-en-ciel et l’anneau, le symbole de l’Alliance.

Dans la mythologie grecque, Athéna était la déesse de la sagesse et de l’olivier.
Jadis offert aux hommes par Athéna, l’olivier est aussi un symbole de fécondité, de force et d’immortalité.

Au cœur du Temple de Jérusalem, dans le Saint des Saints, au-dessus des chérubins surmontant l’Arche, Salomon avait fait installer 2 chérubins supplémentaires immenses (ailes longues de 2,28 m) en bois d’olivier recouvert d’or (I Rois 6,23).

Colline d’une hauteur de 809 mètres située à l’est de Jérusalem, le mont des Oliviers, couvert de ces arbres, est le lieu où se produisit l’ascension du Christ, mais c’est dans le jardin de Gethsémani (pressoir à huile) que le Christ passa sa dernière nuit avec ses disciples avant d’être arrêté.
Selon une légende, la croix du Christ était faite d’un pieu de cèdre et d’une traverse d’olivier.

D'après le prophète Zacharie, les pieds du Messie venant sur terre se poseront sur le mont des Oliviers avant qu’il entre à Jérusalem. Suivant cette prophétie, les Juifs ensevelissaient là leurs morts, et parfois venaient y mourir eux-mêmes, afin d’être certains d’y être enterrés.
Le mont des Oliviers est l’un des plus importants lieux saints du judaïsme et du christianisme.

Le buis

Le buis, consacré dans l'antiquité à Hadès ou à Cybèle, était et demeure un symbole funéraire, en même temps que d'immortalité, parce qu'il reste toujours vert : on plantait des rameaux de buis sur les tombes.
Les Gaulois avaient divinisé le buis, symbole d'éternité.
Parce que c’est un bois dur et compact, le buis symbolise la fermeté et la persévérance d'où son utilisation dans la confection des maillets des loges maçonniques.
Les Bretons croyaient que les tisons du feu de la Saint-Jean, placés près de leur lit, entre un buis béni le dimanche des Rameaux et un morceau de gâteau des Rois, les préservaient du tonnerre.
Le buis bénit, placé derrière un crucifix, passait autrefois pour protéger de la peste.
On plaçait un rameau bénit à l'entrée de chaque champ pour que la récolte soit abondante et de bonne qualité.

Le laurier

Depuis l'Antiquité, le laurier est le symbole de l'immortalité et de la gloire. Ses rameaux servaient à tresser des couronnes destinées aux poètes, aux héros et aux vainqueurs.
Dans la Grèce antique, cet arbuste était dédié au dieu Apollon, à la fois victorieux et sage (Apollon Daphnéphore "porteur de laurier").
Le laurier protégeait de la foudre.
A Nice, on attache des rameaux de laurier bénits à la proue des bateaux pour que la pêche soit bonne et sans danger.

Citation

Étendons-nous humblement donc devant le Christ, nous-mêmes plutôt que les tuniques ou les rameaux inanimés et les branches vertes qui réjouissent le regard seulement pour un instant et sont destinés à perdre, avec la sève, leur verdure. Étendons-nous nous-mêmes revêtus de sa grâce, ou mieux, de lui-même tout entier… et prosternons-nous à ses pieds comme des tuniques étendues… pour pouvoir offrir au vainqueur de la mort non plus de simples rameaux de palmes, mais des trophées de victoire. Agitant les rameaux spirituels de l’âme, nous aussi, avec les enfants, acclamons saintement chaque jour : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël". (André, évêque de Crête + 740, PG 97, 994).

Dictons météorologiques


Vent des Rameaux, ne change pas de sitôt.
Quand l'aube des Rameaux est claire, les figues sèchent bien.
Le temps qu'il fait pour les Rameaux dure toute l'année.


PAQUES

Définition

« Pâques », issu (vers 980) du latin chrétien Pascha (substantif neutre traité comme un féminin, qui désigne la Pâque juive) signifie par métonymie l'Agneau pascal et aussi la fête chrétienne.

Le mot est emprunté au nom grec neutre de même sens Paskha et celui-ci, par l'intermédiaire de l'araméen Pashâ, à l'hébreu biblique Pessah (Pâque, agneau pascal), que l'on a cru dérivé du verbe pàsah (passer devant, épargner).

C’est l'une des plus importantes fêtes du judaïsme, célébrée le 14ème jour de la première lune de l’année juive, qui commémore à la fois le sacrifice de l'agneau pascal et la fête des pains azymes (pains sans levain), auxquels sont associés le passage de l'ange exterminateur et le départ d'Égypte sous la conduite de Moïse (Exode 12, 1-16) . La Pâque juive commence au soir du 14 nissan (coucher du soleil) et dure 7 jours ou 8 jours (en dehors de la terre d'Israël). Aux temps du premier et du second Temples, les Juifs offraient en sacrifice un agneau pascal, la veille du 14 de nissan ; ils se rendaient à Jérusalem pour offrir ce sacrifice à Dieu, pratique qui fut d'ailleurs éliminée après la destruction du deuxième Temple.

Pâques, fête annuelle du calendrier chrétien qui commémore la résurrection de Jésus-Christ (car d'après les Évangiles, c'est à l'occasion des fêtes de Pessah qu'eurent lieu la mort et la résurrection de Jésus) est une fête mobile, célébrée l'un des dimanches se trouvant dans la période du 22 mars au 25 avril. En effet, elle est fixée au premier dimanche après la pleine lune qui a lieu soit le jour de l'équinoxe de printemps (21 mars), soit aussitôt après cette date.

Le jour de Pâques sert de référence pour fixer les dates de plusieurs autres fêtes religieuses.

L'observance des cérémonies de Pâques comporte une période de pénitence d’une quarantaine de jours, le carême, qui débute le mercredi des Cendres et s'achève le jeudi saint (le vendredi saint et le samedi saint, on observe le jeûne pascal). Les personnes de plus de 60 ans, les jeunes de moins de 18 ans accomplis et les femmes enceintes sont dispensés du jeûne.

La Semaine sainte

La Semaine sainte, qui commence le dimanche des Rameaux (ils rappellent les branches brandies par le peuple de Jérusalem le jour où Jésus y fit son entrée), comprend le Vendredi saint, jour de la crucifixion de Jésus-Christ, et le samedi saint, veille du dimanche de Pâques.
La période s'étendant du soir du jeudi saint au dimanche de Pâques est appelée le triduum pascal.
Le commencement et la fin du triduum pascal sont traditionnellement marqués par une sonnerie de cloches à la volée pendant le Gloria de la messe. Entre ces 2 sonneries, l’usage des cloches est prohibé.

- Jeudi saint

Le Jeudi saint est célébré par les chrétiens en commémoration de la Sainte Cène (dernier repas du Christ).
Au Vème siècle en Gaule et au VIIème siècle à Rome, plusieurs messes étaient célébrées le Jeudi saint : une messe du matin pour marquer la fin du Carême et une messe du soir en souvenir de la dernière Cène. Puis on ne garda que la messe du soir qui, après le concile de Trente, fut avancée au matin. La réforme liturgique de 1955 la rétablit le soir. Le pape célébrait en outre, vers midi, une messe « chrismale » pendant laquelle il consacrait les huiles devant servir pour les baptêmes et les onctions des malades.
Dans l'Église catholique et dans de nombreuses Églises protestantes, l'Eucharistie est célébrée le soir au cours d'une liturgie qui comprend la Sainte Communion. Dans la liturgie catholique romaine, l'officiant répète la cérémonie du lavage des pieds (pedilavium) : il lave les pieds de 12 personnes afin de rappeler la manière dont le Christ avait lavé les pieds de ses disciples.
La cérémonie du lavement des pieds existait dans beaucoup de communautés monastiques. On la trouvait chez les moines irlandais au IVème siècle, avant qu’elle passât en Angleterre.
Le Jeudi saint de l’an 1320, le roi Édouard d'Angleterre lava les pieds à 50 hommes pauvres.
Les rois de France lavaient les pieds à 12 pauvres.
Le Jeudi saint, lors de la messe chrismale (elle peut être transférée un autre jour, par exemple le soir du mardi saint ou du mercredi saint), l’évêque bénit 3 sortes d’huile : l’huile des catéchumènes qui fortifie le futur baptisé dans son combat contre le péché, l’huile des infirmes ou des malades et le Saint chrême fait d’une huile parfumée par l’adjonction d’un baume (mélange de résines et d’essences naturelles).
La pratique de l’onction était répandue dans les peuples de l'antiquité, notamment chez les Égyptiens, les Grecs et les Hébreux, pour la consécration des prêtres et des rois.
Dans l'Ancien Testament, les rois de Juda étaient appelés « messies » (oints).
Le christianisme conserva ses rites qu'il associa aux cérémonies du baptême, de la confirmation, de l’ordination (le Jeudi saint est considéré comme la fête des prêtres), de l’onction des malades, du sacre des rois (avec la sainte ampoule) et de la consécration des églises et des autels.
Au cours de la messe chrismale, les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales, notamment celle du célibat.
A Rome au IVème siècle et en Gaule, le Jeudi saint était le jour de la réconciliation solennelle des pénitents (exclus de l'assemblée eucharistique en raison de graves péchés) et leur réintégration dans l'assemblée pour qu'ils puissent participer à l'eucharistie de Pâques. C'était le Vendredi saint en Espagne.
Dans certains pays, le Jeudi saint, l'évêque ramenait en farandole les pénitents réconciliés, en tenant par la main le premier d'entre eux.
Le 5 avril 2007, durant son homélie prononcée le Jeudi-Saint, dans la basilique Saint-Jean de Latran, le pape Benoît XVI a déclaré que Jésus « a célébré la Pâque avec ses disciples probablement selon le calendrier de Qumran, et donc au moins un jour avant la date officielle de l'époque » et que Jésus a célébré la Pâque « sans agneau comme la communauté de Qumran » qui ne sacrifiait pas d'animaux.
Ce lien entre Jésus et les Esséniens, connus grâce aux manuscrits de Qumran découverts au bord de la Mer Morte, est une hypothèse qui n'est « pas encore acceptée par tous » déclarait Benoît XVI, qui ajouta qu'elle est la plus « probable » pour expliquer des « contradictions apparentes » entre les différents Évangiles qui racontent la vie du Christ. (VIS)

- Vendredi saint

Le Vendredi saint fut d'abord célébré à Jérusalem. L’office du Vendredi saint n'apparut à Rome qu'au VIIème siècle.
Toute messe, chantée ou lue, est prohibée en ce jour.
La liturgie papale comprenait seulement la lecture de la passion selon saint Jean et une longue prière universelle.
La liturgie célébrée dans les paroisses comportait l'exposition de la croix sur l'autel, la lecture de la passion selon saint Jean, la récitation du Pater, la vénération de la croix et la communion. C'est ce deuxième type de célébration qui se répandit dans les pays francs.
Au XVIème, l'office fut reporté au matin et les fidèles participaient plutôt au Chemin de Croix vers 15 h. En 1955, la réforme liturgique rétablit l'office le soir.
Le 21 mars 1959, dans une circulaire du Vicariat de Rome, le bienheureux Jean XXIII, pour le premier Vendredi saint qui suivait son élection, supprima le terme perfidis dans l’expression pro perfidis Judaeis (« pour les Juifs perfides ») figurant dans les prières de ce jour (cette mesure fut étendue à l'Église universelle par décret de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 5 juillet).
Jean XXIII remplaça « Oremus et pro perfidis Judaeis : ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ; ut et ipsi agnoscant Jesus Christum Dominum nostrum » (« Nous prions aussi pour les perfides juifs notre Seigneur et notre Dieu de retirer le voile de leur cœur, qu’ils puissent eux aussi connaître notre seigneur Jésus-Christ ») par « Nous prions aussi pour les Juifs, afin que le Seigneur notre Dieu enlève le voile de leur cœur, de manière à ce que, eux aussi, ils reconnaissent avec nous Jésus-Christ Notre Seigneur. Prions : Ô Dieu tout puissant et éternel, ne rejette pas non plus les Juifs de ta miséricorde, exauce les prières que nous t’adressons pour ce peuple aveuglé, afin qu’il admette que le Christ est la lumière de ta vérité, et sorte ainsi des ténèbres ! »
La prière pour la conversion des juifs est inspirée de la 2ème épître de saint Paul aux Corinthiens (III, 14-16) : "Mais ils sont devenus durs d'entendement. Car jusqu'à ce jour le même voile demeure quand, ils font la lecture de l'Ancien Testament, et il ne se lève pas, parce que c'est en Christ qu'il disparaît. Jusqu'à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs coeurs ; mais lorsque les coeurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté."
Dans la version 1970 du Missel, la prière fut ainsi rédigée : « Prions pour les Juifs : que le Seigneur notre Dieu qui les a choisis comme premiers parmi tous les peuples pour accueillir sa Parole, les aide à progresser toujours dans l’amour de son Nom et dans la fidélité à son Alliance ». (Prière en silence) : « Dieu tout puissant et éternel, qui a fait tes promesses à Abraham et à sa descendance, écoute avec bienveillance la prière de ton Église, pour que le peuple aîné de ton Alliance, puisse parvenir à la plénitude de ta Rédemption ».
Le 5 février 2008, Benoît XVI décida que l'Oremus et pro Judaeis de la Liturgie du Vendredi Saint contenu dans le Missale Romanum soit remplacé par le texte suivant qui devra être utilisé, à partir de l’année courante, dans toutes les Célébrations de la Liturgie du Vendredi Saint faites avec le Missale Romanum : « Oremus et pro Iudaeis. Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum. Oremus. Flectamus genua. Levate. Omnipotens sempiterne Deus, qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant, concede propitius, ut plenitudine gentium in Ecclesiam Tuam intrante omnis Israel salvus fiat. Per Christum Dominum nostrum. Amen. »
Cette nouvelle version maintient l'appel à la conversion des juifs puisqu'elle demande à Dieu qu'il "éclaire leur coeur [le coeur des juifs, ndlr] afin qu'ils connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes". Elle demande aussi : "Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, permets, dans ta bonté, que, par l’entrée de tous les peuples dans ton Eglise, Israël tout entier soit sauvé."
Le rabbin américain Jacob Neusner a jugé que la formulation de la prière introduite par Benoît XVI était correcte et il a fait remarquer que “de son côté, Israël demande à Dieu d’illuminer les gentils“.
Les Oraisons solennelles du Vendredi Saint avaient une correspondance dans la bénédiction contre les hérétiques de la liturgie juive.
Dans sa forme primitive, la bénédiction (plutôt une malédiction) contre les hérétiques, birkat ha-minim, 12e bénédiction de la liturgie de la synagogue, était la suivante : « Qu’il n’y ait pas d’espérance pour les apostats ; déracine rapidement de nos jours le royaume de l’orgueil ; et périssent en un instant les nazaréniens [les chrétiens, ndlr] et les hérétiques : qu’ils soient effacés du livre des vivants, et qu’ils ne soient pas inscrits avec les justes. Béni sois-tu Yahvé qui plie les orgueilleux ».
La version du Talmud de Babylone, plus récité aujourd’hui, donne une autre formulation : « Afin qu’il n’y ait pas d’espérance pour les calomniateurs et les hérétiques, et que tous périssent en un instant ; que tous Tes ennemis soient détruits en un instant, et Toi, humilie-les rapidement de nos jours. Bénis es-tu Seigneur, qui brise les ennemis et humilie les orgueilleux ».
Lorsque le Vendredi saint tombe un 25 mars, fête de l'Annonciation, Notre-Dame du Puy-en-Velay invite les fidèles à venir l’implorer et à recevoir l’indulgence plénière à l’occasion du Jubilé.
L’office du vendredi saint ne comportant pas de célébration eucharistique, la communion est donnée avec des hosties consacrées la veille.
A 15 h, heure traditionnelle de la mort du Christ, on peut faire le Chemin de Croix qui retrace toutes les étapes de sa passion.
Le Code de droit canonique (Codex Iuris Canonicis) de l'Église romaine, promulgué sous l'autorité de Jean Paul II le 25 janvier 1983, stipule : "1251 L'abstinence de viande ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un des jours marqués comme solennité ; mais l'abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ."
Le théologien grec Clément d'Alexandrie soulignait que, depuis les premiers jours de la chrétienté, le jeûne et la prière ont toujours marqué la célébration du vendredi.
Le premier vendredi de chaque mois a été consacré à des cérémonies en l'honneur du Sacré Cœur de Jésus.
Le vendredi a été souvent considéré comme un jour maléfique.
Ce jour-là, les marins évitaient de prendre la mer, on n’allumait pas le premier feu d’une cheminée et on ne nettoyait pas les vitres.
Les exécutions capitales ont longtemps eu lieu le vendredi appelé « le jour du Bourreau ».
La Libre Pensée, créée en France au milieu du XIXe siècle, organise un banquet gras chaque vendredi saint.

- Samedi saint

Le Samedi saint, pendant la veillée (vigile) pascale, le prêtre bénit le cierge pascal et l’eau baptismale qui sera employée lors des baptêmes.
La veillée pascale commence après la tombée de la nuit.
La célébration commence par la bénédiction du feu nouveau (un grand feu allumé à l'extérieur de l'église).
Le nouveau cierge pascal, qui symbolise le Christ ressuscité, est allumé à ce feu.
La procession de la lumière pénètre dans l'église obscure symbolisant ainsi la sortie des ténèbres à la suite du Christ.
Au milieu de la nef, la flamme du cierge pascal est transmise aux cierges des fidèles.
Après avoir procédé à la bénédiction de l'eau baptismale, le célébrant baptise les catéchumènes.
Au XIIe siècle, l'Église fixa le début de l'année le jour du Samedi saint.

Le temps pascal

Le temps pascal s’étend de Pâques à la Pentecôte qui a lieu 7 semaines plus tard.
Le jeudi de l'Ascension est célébré 40 jours après Pâques ; le premier dimanche après la Pentecôte est marqué par la fête de la Trinité, le second par la Fête-Dieu.

Origines de la fête de Pâques

Fête chrétienne, Pâques incarne également de nombreuses traditions de l'ère préchrétienne.

En effet, certaines religions anciennes célébraient des fêtes se rattachant également aux phénomènes de renouveau.

Pour les Grecs de l'antiquité, la légende du retour, des Enfers à la lumière du jour, de Perséphone, fille de la déesse de la Terre Déméter, symbolisait la résurrection de la nature au printemps, après la désolation de l'hiver. De nombreuses peuplades de l'antiquité partageaient des légendes de ce genre.

Les Phrygiens croyaient qu'une fois l'hiver arrivé, leur divinité principale s'endormait. Ils organisaient donc, à l'équinoxe de printemps, des cérémonies alliant musique et danses, afin de la réveiller.

La fête de Pâques incarne probablement la convergence de traditions d'origines diverses ; la plupart des spécialistes s'accordent cependant à souligner la relation existant à l'origine entre Pâques et la fête juive de Pessah.

Les premiers chrétiens, qui avaient souvent été élevés dans la tradition hébraïque, tendaient à considérer Pâques comme une nouvelle version des fêtes de Pessah, destinée à commémorer la venue du Messie annoncée par les prophètes.

Crucifié la veille du sabbat (Matthieu 27, 62 ; Marc 15, 42 ; Luc 23, 54), Jésus ressuscite le lendemain de ce sabbat (Mc 16,2) ; écrit vers 130, l’Evangile de Pierre (apocryphe) décrit de façon grandiose la sortie de Jésus
C’est aussi un lendemain de sabbat que les Apôtres retrouvent leur Seigneur ressuscité : il leur apparaît au cours d’un repas qui réédite la Cène (Luc 24,30-42 ; Mc 16,14 ; Jn 20,19-26 ; 21,1-14 ; Actes 1,4).
C’est donc ce jour de la semaine que les assemblées chrétiennes vont se réunir pour la fraction du pain (Ac 20, 7 ; I Corinthiens 16,2). Ce jour recevra bientôt un nom nouveau : le Jour du Seigneur « dies Domini », le dimanche, premier jour de la semaine (Apocalypse 1,10). Il rappelle aux chrétiens la résurrection du Christ, les unit à lui dans son eucharistie (le fait de manger un repas en souvenir du Seigneur et de croire en la présence du Christ en « rompant le pain » était universel dès les premiers temps de l'Église chrétienne ; la Didachê, un document des premiers temps chrétiens, se réfère deux fois assez longuement à l'eucharistie) et les tourne vers l’attente de sa parousie (1 Co 11,26).

Outre cette Pâque dominicale, il y a aussi pour les chrétiens une célébration annuelle qui donne à la Pâque juive un contenu nouveau : les juifs célébraient leur délivrance du joug étranger et attendaient un messie libérateur national ; les chrétiens fêtent leur libération du péché et de la mort, s’unissent au Christ crucifié et ressuscité pour partager avec lui la vie éternelle, et tournent leur espérance vers sa parousie glorieuse.
En cette nuit qui brille à leurs yeux comme le jour, afin de préparer leur rencontre dans la sainte Cène avec l’Agneau de Dieu qui supporte et emporte les péchés du monde, ils se réunissent pour une vigile où le récit de l’Exode leur est lu à une profondeur nouvelle (I Pierre 1,13-21) : baptisés, ils constituent le peuple de Dieu en exil (17), ils marchent les reins ceints (13), délivrés du mal, vers la Terre promise du royaume des cieux.
Puisque le Christ, leur victime pascale, a été immolé, il leur faut célébrer la fête, non avec le vieux levain de la mauvaise conduite, mais avec des azymes de pureté et de vérité (I Corinthiens 5,6). Avec le Christ, ils ont vécu personnellement le mystère de Pâque en mourant au péché et en ressuscitant pour une vie nouvelle (Romains 6,3-11 ; Colossiens 2,12). 1
"Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi. Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra ; et celui qui perd sa vie à cause" (Matthieu 10, 38-39).

La fête de la résurrection du Christ devint très tôt le moment privilégié du baptême, résurrection des chrétiens en qui revit le mystère pascal.
La controverse sur la date de la Pâque laissa intact ce sens profond qui souligne le dépassement définitif de la fête juive.

Le pape Zéphyrin (199-217) établit l’obligation de communier au moins une fois l'an à Pâques.

En 1215, le quatrième concile du Latran décréta (décret Omnis Utriusque Sexus) que tous les membres de l'Église occidentale devaient se confesser (sacrement de la réconciliation) et communier (sacrement de l'eucharistie) au moins une fois par an, à Pâques.

Controverse sur la date de Pâques

Polycarpe, l'évêque de Smyrne, se rendit à Rome afin de discuter de la date de Pâques avec le pape Anicet (157-166), et de soutenir la tradition d’observer le 14e jour qu’il avait reçue des apôtres. Anicet, qui refusa, ne put obtenir la célébration de Pâques à la même date en Orient et en Occident. On attribue à son prédécesseur Pie I (142-157), la fixation de Pâques, non pas au jour du calendrier mais au dimanche.
Les chrétiens d'Antioche célébraient la Résurrection le dimanche suivant immédiatement la Pâque juive qui, en fonction du calendrier babylonien, correspondait au 14ème jour du mois de Nizan (le premier mois de l'année), dernier jour avant la pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps.
Les Églises d'Asie fixaient Pâques au 14ème jour de la lune de Mars, le jour exact n'ayant pas d'importance.
L'Église de Rome tenait, quant à elle, à commémorer la Résurrection le dimanche, premier jour de la semaine ; Pâques était ainsi toujours fêtée le même jour de la semaine mais, d'une année à l'autre, à une date différente.
Ainsi, les Églises chrétiennes d'Orient, plus proches du lieu de naissance de la nouvelle religion et davantage soumises au poids de la tradition, se conformèrent à la date de la Pâque juive, alors que les Églises occidentales, dans la lignée de la civilisation gréco-romaine, célébrèrent Pâques le dimanche.

En 195, Narcisse (+ 212), évêque de Jérusalem, présida, avec Théophile de Césarée, un concile qui décida de célébrer la fête de Pâques toujours un dimanche et non au jour anniversaire du 14 nisan.

En 197, le pape Victor I décida que la fête de Pâques serait célébrée un dimanche et excommunia les évêques asiates appelés « quartodécimans » car partisans de célébrer Pâques le 14ème jour de la pleine lune de mars quel que soit ce jour. Cette excommunication fut blâmée par plusieurs évêques, en particulier par Irénée, évêque de Lyon, qui écrivit au pape une lettre pour l'exhorter à ne point rompre avec les Orientaux quartodécimans.

Hippolyte
de Rome (+ 235) eut le premier l’idée de dresser des tables permettant de trouver facilement la date de Pâques.

L'empereur romain Constantin I convoqua le concile de Nicée en 325.
Le concile décida que « Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune ayant atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après », c’est-à-dire le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps ; si la pleine lune avait lieu un dimanche et coïncidait avec la fête de Pessah, Pâques devait alors être célébrée le dimanche suivant. On évitait ainsi que Pâques et Pessah ne soient fêtées le même jour.

Etant fixé au premier dimanche après la pleine lune [qui a lieu soit le jour de l'équinoxe de printemps (21 mars), soit aussitôt après cette date] Pâques est donc au plus tôt le 22 mars. Si la pleine lune tombe le 20 mars, la suivante sera le 18 avril (29 jours après) ; si ce jour est un dimanche, Pâques sera le 25 avril. Ainsi, la fête de Pâques oscille entre le 22 mars et le 25 avril, et de sa date dépendent celles des autres fêtes mobiles.

Le concile de Nicée décida également que la date du calendrier attribuée à Pâques serait calculée à Alexandrie, qui était alors le principal centre astronomique du monde. Il fut cependant impossible de déterminer la date exacte, le problème majeur concernant l'épacte, c'est-à-dire le décalage existant entre l'année solaire et l'année lunaire. La principale difficulté posée par le calendrier résultait du décalage croissant entre l'année astronomique réelle et le calendrier julien en vigueur à cette époque.

Les méthodes pour calculer la date de la fête s'avérant insatisfaisantes, la célébration de Pâques se fit donc à des dates différentes dans les diverses parties du monde.

Le premier concile d’Arles, premier concile d'Occident, assemblé le 1er août 314, établit que la fête de Pâques devait être célébrée le même jour (uno tempore et die) dans toute la chrétienté.

Vers 455, l'Église de Rome adopta le système de calcul (table partant de la date de la Passion du Christ en 28) proposé par l'astronome Victorius qui avait reçu mission de Hilaire, archidiacre du pape Léon I le Grand, de réformer le calendrier et de fixer la date de Pâques.

Symmaque (498-514) fixa la date de Pâques au 25 mars.

Sous le pontificat de Jean I (523-526), Denys le Petit, moine scythe, mit au point une table de calcul de la date de Pâques où les années étaient comptées depuis la naissance du Christ qu’il fixait au 25 décembre de l’an 753 de la fondation de Rome.

Le refus de l'Église d'Irlande d'adopter les changements proposés déboucha sur un important conflit avec Rome au VIIe siècle : le pape Honorius I (625-638) s’efforça de persuader les chrétiens celtes d'adopter la liturgie et la date des Pâques romaines (concile de Lénia en Irlande en 630).

Jean IV (640-642) écrivit au clergé du Nord de l'Irlande pour lui signaler son erreur concernant la date de Pâques.

En 664, au synode de Whitby, l'Église d’Angleterre rompit avec l'Église irlandaise et se rattacha à l'Église romaine.

En 673, au concile de Hertford, l'Église d’Angleterre adopta la date romaine de Pâques (les Irlandais, disant se baser sur les indications de Jean, le disciple bien Aimé, fêtaient Pâques à une date différente de celle de Rome prétendument établie par Pierre).

En 768, selon les Annales Cambriae, le Pays de Galles commença à célébrer Pâques à la date de l'Église de Rome.

Au XIIe s, l'Église fixa le début de l'année à Pâques (en 1564, le roi de France Charles IX l’établit au 1er janvier à compter du 1er janvier 1567).

La réforme du calendrier julien en 1582 par le pape Grégoire XIII, qui conduisit à la mise en place du calendrier grégorien, contribua à faciliter l'adoption de la date de Pâques, ainsi que l'organisation de l'année ecclésiastique.

Depuis 1752, date à laquelle le calendrier grégorien fut également adopté par la Grande-Bretagne et l'Irlande, Pâques s'est vue célébrée le même jour dans toute la partie occidentale du monde chrétien.

Cependant, les Églises orientales, qui n'ont pas adopté le calendrier grégorien, commémorent Pâques le dimanche qui précède ou qui suit la date à laquelle se conforme l'Occident. Ces dates peuvent occasionnellement coïncider ; les cas les plus récents se sont produit en 1865, 1963 et 2004.

Il fut maintes fois envisagé de remplacer les dates mobiles de la fête par une date fixe.
Le problème fut soumis au Saint-Siège en 1923, qui n'opposa aucune objection de principe à cette proposition de réforme mais elle n’a pas lieu.

En 1928, le parlement britannique autorisa l'Église d'Angleterre à commémorer Pâques le premier dimanche suivant le second samedi d'avril mais cette possibilité ne fut pas mise en pratique. Pâques reste donc une fête mobile.

La Cène a-t-elle eu lieu le mardi ? 

(Par Don Ariel Alvarez Valdés, 1998 5)

Il faut d’abord savoir que le jour commence pour les juifs, la veille au soir, vers 17 heures. Le lundi commence le dimanche soir, le mardi le lundi soir et ainsi de suite.

Parmi les manuscrits de Qumran, découverts en 1947, le Livre des Jubilés et le Livre de Hénoch révèlent qu'au temps de Jésus, les juifs se référaient non pas à un seul, mais à deux calendriers distincts :
- L'un, plus ancien, était basé sur le cours du soleil. Il comptait 364 jours et les mois y étaient répartis de façon que les fêtes, telles que le Nouvel An, tombassent toujours un mercredi. L’année commençait un mercredi, car, selon la Genèse, lorsque Dieu créa le monde, ce fut en ce 4ème jour (mercredi) qu'il fit le soleil, la lune et les étoiles, et que c'est à partir d’eux que commença le cours du temps.
- L’autre, lunisolaire, basé à la fois sur le cours du soleil et sur celui de la lune, aurait été adopté 200 ans avant J.-C., par les prêtres du Temple de Jérusalem. Dans ce calendrier, plus exact puisqu’il comptait 365 jours, la fête de la Pâque pouvait tomber n'importe quel jour de la semaine.

A cette époque il fallait beaucoup de temps aux changements pour s'imposer : c'est ce qui explique le fait qu’au temps de Jésus, bon nombre de gens continueront de suivre l'ancien calendrier et de célébrer les fêtes aux jours fixés par lui. Les Esséniens de Qumran, refuseront d'adopter le nouveau calendrier.
Ainsi donc, du temps de Jésus, deux calendriers étaient en vigueur. L'un, le plus ancien, suivi par les classes populaires, et où le repas de la Pâque était toujours fixé au mercredi (c'est-à-dire à la soirée du mardi). L'autre, adopté par le sacerdoce officiel et où la fête de la Pâque pouvait tomber n'importe quel jour de la semaine. L'année où mourut Jésus, cette fête tomba précisément un samedi.
Si nous supposons que Jésus, se référant au calendrier le plus ancien, célébra la dernière Cène avec ses apôtres le mardi soir, c'est-à-dire le jour où les gens du peuple prenaient, eux aussi, le repas pascal, la contradiction qu'on relève dans les Évangiles disparaît automatiquement.

En effet, si Jésus l'a célébrée le mardi soir, les évangiles synoptiques peuvent affirmer que cet événement a eu lieu « le jour même de la Pâque » (Matthieu 26,17 ; Marc 14,12 ; Luc 22,1-7-14), car ils se réfèrent au calendrier ancien. Quant à Jean, qui suit le calendrier officiel, il dit que Jésus célébra la Cène « avant la fête de la Pâque » (13,1), c'est-à-dire dans la soirée du jeudi, date qui a été retenue traditionnellement dans notre liturgie.

Si Jésus avait célébré la Pâque le jeudi soir, il faudrait supposer que le Sanhédrin siégea durant la nuit alors que la législation juive exigeait que tout jugement se fasse de jour. Selon le comput traditionnel, Jésus aurait été condamné à mort par le Sanhédrin, le vendredi matin, veille du Sabbat et de la fête de la Pâque, alors que la Mishna défendait de condamner à mort un coupable, la veille du Sabbat ou d'une fête. Enfin, la Loi juive défendait de condamner quelqu'un à mort, dans les 24 heures suivant son arrestation.

Si la Cène a eu lieu le mardi, les incohérences disparaissent et un comput logique peut être établi :
- Mardi : dans la soirée, Jésus célèbre la Pâque. Ensuite, il va prier au mont des Oliviers, où il est arrêté. De là, il est conduit chez le grand prêtre.
- Mercredi : dans la matinée, a lieu la première session du Sanhédrin, qui procède à l'audition des témoins. Jésus passe la nuit dans la prison des juifs.
- Jeudi : seconde délibération matinale du Sanhédrin et condamnation à mort de Jésus, que l'on emmène aussitôt chez Pilate. Celui-ci l'interroge puis l'envoie à Hérode. Jésus passe la nuit dans la prison des Romains.
- Vendredi : au cours de la matinée, Jésus comparait devant Pilate pour la 2ème fois. Pilate le fait flageller et couronner d'épines, puis il prononce la sentence et le livre aux juifs pour être crucifié. A 3 h de l'après-midi, Jésus meurt en croix.

La tradition confirme cette nouvelle hypothèse concernant la dernière Cène :
« Après avoir mangé la Pâque, le mardi dans la soirée, nous (les apôtres) nous sommes rendus au mont des Oliviers, et c'est au cours de la nuit qu'ils s'emparèrent du Seigneur. Le jour suivant, donc le mercredi, il demeura sous bonne garde dans la maison du grand prêtre... » [Didachê (catéchèse) des Apôtres (IIe siècle)].
« Le Christ fut arrêté le quatrième jour (mardi soir, mercredi pour les juifs). Nous jeûnons le mercredi, en souvenir de sa captivité. Nous jeûnons le vendredi, en souvenir de sa Passion » (Evêque Victorin de Pettau, + vers 304).
« Le Seigneur fut arrêté alors que commençait le mercredi (mardi soir), et il fut crucifié le vendredi » (Épiphanie, évêque de Salamine + en 403)

NDLR. Le vendredi 7 avril 30, date de la crucifixion de Jésus la plus retenue, correspond au 16 nissan 3790 du calendrier hébraïque. Si la Cène a eu lieu le mardi soir, elle a eu lieu au début de la fête de la Pâque qui commençait le 14 nissan au coucher du soleil (début du 15 nissan).

La Croix

La première représentation connue du Christ crucifié fut réalisée en l’église Sainte-Sabine de Rome vers 432. L'Église romaine représenta le Seigneur crucifié mais majestueux, portant une couronne victorieuse. Ce n’est qu’à la Renaissance et avec le baroque, qu’apparut l’image douloureuse que nous connaissons.

Le supplice de la croix est très ancien. Il prit naissance en Orient où il subsista longtemps dans certaines contrées, notamment au Japon. Il était bien connu des anciens Perses (Hérodote, III, 125 ; IV, 43 ; VII, 194) et des Scythes (Diodore de Sicile, II, 44). C'est probablement aux Perses que les Grecs et les Romains l'ont emprunté. Il était également usité chez les Égyptiens (Thucydide, I, 30) et chez les Carthaginois (Polybe, I, 86 ; Valère Maxime, II, 7).
Chez les Romains, la crucifixion était appliquée, en principe, aux criminels qui n'avaient pas la citoyenneté romaine, mais il y eut des exceptions. La crucifixion s’appliquait également aux femmes.

L'instrument de ce supplice consistait originairement en un simple poteau de bois fiché en terre et sur lequel le condamné était fixé avec des cordes et des clous. Les Égyptiens se contentaient de lier à la croix avec une corde les pieds et les mains du patient.

L'hébreu n'a pas un mot spécial pour désigner le crucifiement ; il se sert du terme thalah, qui signifie pendu ; ainsi Jésus est désigné dans certains écrits juifs sous la dénomination de Thalwi, le pendu. De même, en arabe, le mot salb veut dire à la fois pendaison et crucifiement.
L'historien juif Josèphe (Antiquités judaïques, XIII, 14, 2) considérait le crucifiement comme un acte de cruauté exceptionnel.
Alexandre Jannée, frère et successeur d’Aristobule Ier, fils de Jean Hyrcan de la dynastie hasmonéenne de la famille de Judas Maccabée, grand prêtre et roi de Judée de 103 à 76 av. J.-C., fit « crucifier 800 chefs pharisiens » rebelles près de son palais tandis qu’il présidait un banquet un plein air (Josèphe, Guerre des Juifs, I, 97).

Chez les Romains, le supplice de la croix, peine de mort humiliante, était réservé aux esclaves, aux rebelles et aux grands criminels.
Avant de le subir, le condamné devait recevoir la flagellation (Quinte-Curce, VII, 11, 28) puis porter la croix sur son dos jusqu'au lieu désigné pour l'exécution (Plutarque et Artémidore parlent de cette coutume dans divers endroits), ordinairement situé hors de la ville (Plaute, Miles gloriosus).
"Se trouve-t-il donc un homme qui aime mieux fondre dans les tourments, périr membre à membre et répandre autant de fois sa vie goutte à goutte, que de l'exhaler d'un seul coup? Oui, qui attaché au gibet maudit, déjà infirme, déjà informe, les épaules et la poitrine remontée en deux bosses affreuses, ayant ainsi, même avant la croix, mille motifs de mourir, veut prolonger une existence qui prolongera tant de tortures ? " (Sénèque, Lettres à Lucilius, 101, 14).
Horace nous apprend que les Romains laissaient ordinairement le corps du supplicié attaché à la croix, où il devenait la pâture des oiseaux de proie.

Ce sont des soldats romains (Marc 15, 16, 20) qui procédèrent au crucifiement de Jésus et c'est sur leur ordre que Simon de Cyrène dut porter la lourde traverse de bois que le condamné n'avait plus la force de soutenir (Matthieu 27, 32).

Ce supplice fut aboli par l'empereur Constantin (+ 337), et depuis lors on ne le vit plus apparaître que pour des cas exceptionnels.

La crucifixion est mentionnée dans le Coran (établi officiellement vers 650) :
- Sourate V, verset 37 6 : « Voici quelle sera la récompense de ceux qui combattent Dieu et son apôtre, et qui emploient toutes leurs forces à commettre des désordres sur la terre : vous les mettrez à mort ou vous leur ferez subir le supplice de la croix… »
- ou verset 33 7 : « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés… »

En 1127, le roi de France, Louis VI le Gros, fit mettre en croix Berthold qui avait assassiné Charles le Bon. Quelques hérétiques furent crucifiés la tête en bas ; mais en aucun temps le crucifiement ne fut rangé au nombre des peines afflictives officielles.

En 1582, 600 volontaires, armés par l’Espagne et ayant pour mission de soulever la population irlandaise, catholique, contre l’occupant anglais, venus à bord de vaisseaux battant pavillon du Saint-Siège, débarquèrent en Irlande ; ils furent rapidement encerclés et massacrés par les troupes anglaises ; les survivants furent crucifiés.

On dit traditionnellement que le bois de la mangeoire qui servit de berceau à Jésus et celui de la croix provenaient du même arbre.
Selon une autre légende, la croix du Christ était faite d’un pieu de cèdre et d’une traverse d’olivier.

- Le cèdre 

En raison de la taille considérable de sa variété la plus connue, le cèdre du Liban, on a fait du cèdre un emblème de la grandeur, de la noblesse, de la force et de la pérennité. Comme tous les conifères, c’est un symbole d'immortalité.
Mais il est plus encore, de par ses propriétés naturelles, un symbole d'incorruptibilité.
C'est ce qu'exprime Origène, le théologien du IIe siècle, commentant le Cantique des Cantiques (1,17) : « Le cèdre ne pourrit pas ; faire de cèdre les poutres de nos demeures, c'est préserver l'âme de la corruption »
Alors que le ver pénètre dans presque tous les bois, il ne ronge point le cèdre.
Les Égyptiens en faisaient des vaisseaux, des cercueils et des statues.
Salomon fit construire la charpente du Temple de Jérusalem avec le cèdre fourni par le roi Hiram de Tyr et le palais royal, attenant au Temple, comportait une grande salle aux colonnes de cèdre.
Des statues grecques et romaines étaient en bois de cèdre considéré comme sacré.
Grâce à son bois résineux, les Romains en faisaient aussi des torches odorantes.
Les Celtes embaumaient à la résine de cèdre les têtes les plus nobles parmi leurs ennemis.
Le Christ est parfois représenté au cœur d'un cèdre.

- L’acacia

La couronne d'épines du Christ aurait été tressée d'épines d'acacia.
L'arche d'alliance était faite de bois d'acacia plaqué d'or pur (Exode 37,1-4).
Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur, presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs de lait et de sang, est un symbole solaire de renaissance et d'immortalité.
Guénon souligne que les rayons de la couronne d'épines sont ceux d'un soleil.
Le symbole de l'acacia rejoint aussi l'idée d'initiation et de connaissance des choses secrètes.
Dans le mythe hiramique, les 3 assassins de Hiram plantent sur sa tombe une branche d'acacia.
L'écorce de l’acacia (notamment acacia phlebophylla et acacia longifolia) a des effets hallucinogènes.
Une légende africaine bambara place l'acacia à l'origine du rhombe. Alors que le premier forgeron, encore enfant, taillait un masque, « une esquille de bois d'acacia se détacha et sauta au loin en produisant un vrombissement semblable au rugissement du lion. L'enfant appela deux de ses camarades, prit le fragment de bois, perça un trou à l'une de ses extrémités, y passa une ficelle et le fit tournoyer » (J. Servier).
Une pratique védique est encore en vigueur : un disque d'acacia est percé d'un trou ; avec un bâton en bois de figuier, rapidement tourné dans l'orifice, on produit sous l'effet de la friction le feu sacré qui servira au sacrifice. L'acacia représente ici le principe féminin, le bâton de figuier le principe masculin.
La louche sacrificielle (sruk) attribuée à Brahma est en bois d'acacia.
On voit donc partout l'acacia considéré comme un support du divin, dans son aspect solaire et triomphant. 8

- Symbole et sens de la croix 1

La croix est le symbole de l'ensemble des religions chrétiennes, illustration de la mort physique du Christ, mais aussi un signe universel utilisé, sous différentes formes, depuis la plus haute Antiquité.
Symbole des grands axes du monde lorsqu'elle est verticale, et de l'orientation, de l'homme sur la Terre lorsqu'elle est horizontale (points cardinaux), la croix manifeste l'union des contraires ; son centre est un lieu idéal de rencontre physique et spirituelle, un principe de vie tel l'ankh égyptien, la croix ansée ou la croix celte.
La croix représente à la fois le Christ et son sacrifice, puis l'expérience humaine réunissant toutes les épreuves de l'existence. L'arbre de la croix relie définitivement la Terre et le Ciel, l'Homme et Dieu.
« Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qui est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur. » (Éphésiens 3,18).
Le Christ affirme : « Qui ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. » (Matthieu 10,38-39)
« Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens » (I Corinthiens 1,23). Par ces mots, Paul exprime la réaction spontanée de tout homme mis en présence de la croix rédemptrice.
Le salut viendrait-il au monde gréco-romain par la crucifixion, ce supplice réservé aux esclaves (Philippiens 2,8), qui n'était pas seulement une mort cruelle, mais une honte ? (Hébreux 12,2 ; 13,13)
« Il a voulu tout réconcilier par Lui et en Lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de Sa croix » (Colossiens 1,20).
La rédemption serait-elle procurée aux juifs par un cadavre, cette impureté dont il fallait se débarrasser au plus tôt (Josué 10,26 ; 2 Samuel 21,9 ; Jean 19,31), par un condamné pendu au gibet et portant sur lui la marque de la malédiction divine ? (Deutéronome 21,22 ; Galates 3,13)
Au Calvaire, les assistants avaient beau jeu de se gausser de lui, l'invitant à descendre de sa croix (Matthieu 27,39-44). Quant aux disciples, on peut prévoir leur réaction horrifiée. Pierre, qui pourtant venait de reconnaître en Jésus le Messie, ne pouvait tolérer l'annonce de sa souffrance et de sa mort (Mt 16,21 ; 17,22). Aussi, la veille de sa passion, Jésus annonce-t-il que tous seront scandalisés à son sujet (Mt 26,31)
Si Jésus et les disciples après lui, n'ont pas édulcoré le scandale de la croix, c'est qu'un mystère caché lui conférait un sens. Avant Pâques, Jésus était seul à en affirmer la nécessité, pour obéir à la volonté du Père (Mt 16,21). Après la Pentecôte, illuminés par la gloire du Ressuscité, ses disciples proclament cette nécessité à leur tour, situant le scandale de la Croix à sa vraie place dans le dessein de Dieu. Si le Messie a été crucifié (Actes 2,23 ; 4,10), « pendu au bois » (5,30 ; 10,39) d'une manière scandaleuse (Deutéronome 21,23), ce fut sans doute à cause de la haine de ses frères. Mais, une fois éclairé par la prophétie, ce fait acquiert une nouvelle dimension : il accomplit « ce qui avait été écrit du Christ » (Ac 13,29). C'est pourquoi les récits évangéliques de la mort de Jésus renferment tant d'allusions aux Psaumes (Mt 29,33-60 ; Jean 19,24-28-36). « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24,26), explique le Ressuscité aux pèlerins d'Emmaüs, car, conformément aux Écritures : « Vraiment ce sont nos souffrances qu’il portait, et nos douleurs dont il était chargé ; et nous, nous le regardions comme un puni, frappé de Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. (Isaïe 53,4-5)
« A cause des souffrances de son âme, il verra et se rassasiera. Par sa connaissance le juste, mon Serviteur, justifiera beaucoup d'hommes, et lui-même se chargera de leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai sa part parmi les grands ; il partagera le butin avec les forts. Parce qu'il a livré son âme à la mort et qu'il a été compté parmi les malfaiteurs ; et lui-même a porté la faute de beaucoup, et il intercédera pour les pécheurs » (Isaïe 53,11-12)
Paul écrit que « le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures » (I Corinthiens 15,3). Reconnaissant dans la Croix la vraie sagesse, il ne veut connaître que Jésus crucifié. Par là en effet éclate la sagesse du dessein de Dieu, déjà annoncée dans l'Ancien Testament ; à travers la faiblesse de l'homme se manifeste la force de Dieu. Développant cette intuition fondamentale, Paul découvre un sens aux modalités mêmes de la crucifixion. Si Jésus fut « pendu à l'arbre », c'était pour nous racheter de la malédiction de la Loi (Galates 3,13). Son cadavre exposé sur la croix, « chair semblable à celle du péché », a permis à Dieu de « condamner le péché dans la chair » (Romains 8,3) ; la sentence de la Loi a été exécutée, mais en même temps Dieu « l'a supprimée en la clouant à la croix, et il a dépouillé les Puissances » (Colossiens 2,14). Ainsi, « par le sang de sa croix », Dieu s'est réconcilié tous les êtres ; supprimant les anciennes divisions causées par le péché, il a rétabli la paix et l'unité entre juifs et païens pour qu'ils ne forment plus qu'un seul Corps (Ephésiens 2,14-18). « Il s’abaissa lui-même, obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a surélevé afin que toute langue confesse que Jésus est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2, 6-9)
Dans la pensée de Jean, la croix n'est plus simplement une souffrance, une humiliation : elle est déjà la gloire de Dieu anticipée. La tradition antérieure ne la mentionnait du reste jamais sans évoquer ensuite la glorification de Jésus. Mais pour Jean, c'est en elle que déjà Jésus triomphe. Reprenant pour la désigner le terme qui jusque-là notait l'exaltation de Jésus au ciel (Ac 2,33; 5,31), il y montre le moment où le Fils de l'homme est « élevé » (Jean 8,28 ; 12,32), tel un nouveau serpent d'airain, signe de salut (3,14 ; Nombres 21,4-9). Dans son récit de la Passion, on dirait que Jésus s'avance vers elle avec majesté. Il y monte triomphalement, car c'est là qu'il fonde son Église en « donnant l'Esprit » (Jn 19,30) et en laissant couler de son côté le sang et l'eau (19,34). Désormais il faut « regarder vers celui qu'on a transpercé » (19,37), car la foi s'adresse au crucifié, dont la croix est le signe vivant du salut. Dans le même esprit, il semble que l'Apocalypse ait vu à travers ce « bois » sauveur le bois de la vie, à travers l'arbre de la croix « l'arbre de vie » (Apocalypse 22, 2-14-19). En révélant que les deux témoins avaient été martyrisés « là où le Christ fut crucifié » (Ap 11,8), l'Apocalypse identifie le sort des disciples et celui du Maître. C'est ce qu'exigeait déjà Jésus : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive » (Mt 16,24). Le disciple ne doit pas seulement mourir à lui-même : la croix qu'il porte est le signe qu'il meurt au monde, qu'il a rompu tous ses liens naturels (Mt 10,33-39), qu'il accepte la condition de persécuté à qui peut-être on ôtera la vie (Mt 23,34). Mais du même coup, elle est aussi le signe de sa gloire anticipée (Jn 12,26).
La croix du Christ qui, selon Paul, séparait la Loi et la Foi, devient au cœur du chrétien la frontière entre les deux mondes de la chair et de l'esprit. Elle est sa seule justification et sa seule sagesse. S'il s'est converti, c'est parce qu'à ses yeux ont été dépeints les traits de Jésus-Christ en croix (Galates 3,1). S'il est justifié, ce n'est point par les œuvres de la Loi, mais par sa foi au Crucifié ; car il a été lui-même crucifié avec le Christ au baptême, si bien qu'il est mort à la Loi pour vivre à Dieu (Ga 2,19) et qu'il n'a plus rien à voir avec le monde (6,14). Aussi met-il sa confiance dans la seule force du Christ, sinon il se montrerait « ennemi de la Croix » (Philippiens 3,18). Dans la vie quotidienne du chrétien, « le vieil homme est crucifié » (Romains 6, 6), si bien qu'il est pleinement libéré du péché. Son jugement est transformé par la sagesse de la croix (I Corinthiens 2). Par cette sagesse, il deviendra, à l'exemple de Jésus, humble et « obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la Croix » (Philippiens 2, 1-8). Plus généralement, il doit contempler le « modèle » du Christ qui « sur le bois, a porté nos fautes dans son corps pour que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice » (I Pierre 2, 21-24). Enfin, s'il est vrai qu'il faut toujours redouter l'apostasie, qui l'amènerait à « crucifier de nouveau pour son compte le Fils de Dieu » (Hébreux 6, 6), il peut cependant s'écrier fièrement avec Paul : « Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde » (Galates 6, 14).

Dans son ouvrage « Sur l’incarnation du Logos », Athanase écrivait, vers 318, que le Logos (Verbe) est devenu homme afin que les hommes deviennent dieux. Le péché avait voué les hommes à une corruption dont l’aboutissement était la mort. En prenant une chair, le Logos a « récapitulé » en lui l’humanité tout entière et l’a revêtue de sa propre incorruptibilité. Le baptême permet à tout homme de participer à cette divinisation.
Le 14 septembre 335, l'évêque de Jérusalem montra pour la première fois à la foule le bois sacré de la Croix (hyposis).
A la demande de l’empereur Constantin, les Pères décrétèrent la célébration annuelle de la dédicace des basiliques de Jérusalem et de l'Exaltation de la Croix.



Johann Köler. Christ en croix. 1857-1859.

- Le Chemin de Croix

Dans l'Église catholique, le Chemin de Croix est un itinéraire, généralement inscrit sur les murs intérieurs d'un édifice, pour la méditation et le recueillement, à chacune des étapes, stations, du chemin suivi par le Christ de sa condamnation jusqu'à sa crucifixion sur le Golgotha (araméen goulgoutâ : crâne). Selon une légende, le crâne d'Adam y serait enterré. Le "lieu du crâne" (Matthieu 27,33) est aussi appelé "calvaire" (du latin calvaria : crâne).
Pour d'autres, Jésus a été crucifié dans le jardin de Gethsémani : "Tu seras (...) cloué en croix, dans le jardin où l'on t'a arrêté. Deux malfaiteurs, Dysmas et Gestas, seront crucifiés avec toi." (Actes de Pilate, apocryphe du 4e siècle)
Alvarez de Zamora, prêtre de l’Ordre des Prêcheurs, établit un chemin de croix dans le couvent qu'il avait fondé près de Cordoue en Andalousie et où il mourut vers 1430. 9
Léonard de Port-Maurice, religieux franciscain à Rome (+ 1751) fut un ardent propagateur du Chemin de Croix.
Sur les 14 stations du Chemin de Croix, 8 sont mentionnées par les Évangiles.
Le chemin de Croix a été organisé par Clément XII (1731) et Benoît XIV (lequel, en 1741, limite les chemins de croix à un seul par paroisse ; sous son pontificat, en 1750, Léonard de Port Maurice fait édifier au Colisée 14 chapelles pour les 14 stations du Chemin de croix, ainsi qu’une grande croix au milieu de l’arène) :
1 - Jésus est condamné à mort par Ponce Pilate.
2 - Jésus est chargé de sa croix.
3 - Jésus tombe pour la première fois.
4 - Jésus rencontre sa mère.
5 - Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix.
6 - Véronique essuie le visage de Jésus.
7 - Jésus tombe pour la deuxième fois.
8 - Jésus console les femmes en pleurs.
9 - Jésus tombe pour la troisième fois.
10 - On dépouille Jésus de ses vêtements.
11 - On cloue Jésus sur la croix.
12 - Jésus meurt sur la croix.
13 - On descend le corps de Jésus de la croix.
14 - Jésus est mis au tombeau.
Stations proposées aujourd’hui :
1 - Jésus au jardin des Oliviers.
2 - Jésus est arrêté.
3 - Jésus est condamné par le Sanhédrin.
4 - Jésus est renié par Pierre.
5 - Jésus est jugé par Pilate.
6 - Jésus est flagellé et couronné d'épines.
7 - Jésus est chargé de la croix.
8 - Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix.
9 - Jésus rencontre les femmes de Jérusalem.
10 - Jésus est crucifié.
11 - Jésus promet son Royaume au bon larron.
12 - Jésus sur la croix, sa mère et son disciple.
13 - Jésus meurt sur la croix.
14 - Le corps de Jésus est déposé au sépulcre.


Christ portant la Croix par EL GRECO, 1580

- Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix 

La fête de l’Exaltation de la Sainte Croix ou de la Croix Glorieuse était répandue dans tout l'Orient dès le VIIe siècle.
Progressivement, la fête sera célébrée dans toute l'Église romaine le 14 septembre.
La fête liturgique de l’Exaltation de la Sainte-Croix « nous invite à méditer sur le lien profond et indissoluble qui unit la célébration eucharistique et le mystère de la Croix. L’Eucharistie est donc la mémoire de tout le mystère pascal : passion, mort, descente aux enfers, résurrection et ascension. La croix est la manifestation touchante de l’acte d’amour infini par lequel le Fils de Dieu a sauvé l’homme et le monde du péché et de la mort. C'est pour cela que le signe de la Croix est le geste fondamental du chrétien. Faire le signe de la croix signifie prononcer un oui visible et public à Celui qui est mort pour nous et qui est ressuscité, un oui à Dieu qui dans l’unité et la faiblesse de son amour est omnipotent, plus fort que toute la puissance et l’intelligence du monde. Après la consécration, l’assemblée des fidèles, consciente d’être en présence réelle du Christ crucifié et ressuscité, acclame : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Avec les yeux de la foi la Communauté reconnaît Jésus vivant avec les signes de sa passion et, avec Thomas, rempli de stupeur, elle peut répéter : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20,28). L’Eucharistie est mystère de mort et de gloire comme la Croix, qui n’est pas un incident de parcours, c'est le chemin par lequel le Christ est entré dans sa gloire (cf. Luc 24, 26) et a réconcilié l’humanité tout entière, vainqueur de toute inimitié. C'est pour cela que la liturgie nous invite pour cela à prier plein d'espoir : « Mane nobiscum Domine ! Reste avec nous, Seigneur, toi qui par ta sainte Croix as sauvé le monde ! » Marie, présente sur le Calvaire près de la Croix, est présente comme Église et comme Mère de l’Église, dans chacune de nos célébrations eucharistiques (cf. Encyclique Ecclesia de Eucharistia 57). C'est pour cela que personne ne peut mieux qu’elle nous enseigner à comprendre et à vivre avec foi et amour la Messe, en nous unissant au sacrifice du Christ sauveur. Quand nous recevons la Communion, comme Marie et unis à elle, nous nous appuyons au bois que Jésus a transformé par son amour en instrument de salut, et nous disons « Amen », notre « oui » à l’Amour crucifié et ressuscité. » (Benoît XVI, 11 septembre 2005, 13)

Le tombeau du Christ

Les chrétiens romains et orthodoxes croient que le tombeau du Christ se trouve sous l'église du Saint-Sépulcre, en haut de la Via Dolorosa, tandis que les protestants le situent plus au nord, hors des murs de la vieille Jérusalem, au Jardin de la Tombe placé sous la responsabilité de l'Église anglicane.
« Et Joseph (d'Arimathée ou d'Arimathie, ndlr), ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, l'enveloppa du linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc. Puis il roula une pierre à l'entrée du sépulcre » (Marc 15,46).

La Résurrection

Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine (dimanche), apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé 7 démons. Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent qu’il vivait, et qu'elle l’avait vu, ils ne le crurent point. Après cela, il apparut, sous une autre forme, à 2 d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ils revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il apparut aux 11, pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n'avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. (Marc 16,9-14)
Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu. (Marc 16,19)


Johann Heinrich Tischbein, Résurrection, 1778

Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. (Romains, 10,9)
Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. (I Corinthiens 15,14).

Symboles et traditions pascals.

- Le cierge pascal


Le cierge pascal est béni et allumé pendant la veillée pascale (nuit précédant le jour de Pâques).
Les cierges ordinaires sont bénis le jour de la Chandeleur.
Le cierge pascal porte le millésime de l’année, une croix et les lettres alpha et oméga (première et dernière lettre de l’alphabet grec) qui représentent le Christ « commencement et fin ».
Autrefois, le diacre insérait dans le cierge 5 grains d'encens en forme de croix, pour représenter les aromates dont le corps de Jésus fut embaumé, ainsi que les 5 plaies du Sauveur.
L'invention du cierge pascal est attribuée au pape Zosime (417-418), mais il semble que son usage soit bien antérieur.
Le cierge symbolise la lumière.
La cire, la mèche, le feu et l’air s’unissent dans la flamme brûlante. A cette idée d’unicité, s’ajoute celle de la verticalité : la flamme vacillante et fragile monte vers le ciel. Elle est l’image de l’esprit et de la transcendance.
Dans toutes les traditions, la flamme est symbole de purification, d’illumination et d’amour spirituels.
Il y a, dit Anselme de Canterbury (+ 1109), 3 choses dans l'offrande d'un cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire est le symbole de la chair virginale du Christ, la mèche celui de son âme, et la flamme celui de sa divinité.
Au commencement du Ve siècle, l'hérésiarque Vigilance objecta, comme plus tard les protestants, que l'usage des cierges était une pratique empruntée aux païens.
Jérôme de Stridon leur répondit que le culte rendu par les païens à leurs idoles était détestable parce qu'il s'adressait à des objets imaginaires et indignes de vénération ; que celui des chrétiens, adressé à Dieu et aux martyrs, est louable parce que ce sont des êtres réels et très dignes de nos respects : "Marie, sœur de Lazare, eut-elle tort de répandre des parfums pour faire honneur à Jésus-Christ parce que les païens en répandaient aussi dans leurs temples ? ". " Dans tout l'Orient, on allume dans les églises des cierges en plein jour, non pour dissiper les ténèbres, mais en signe de joie, et afin de représenter par cette lumière sensible la lumière intérieure de laquelle a parlé le psalmiste, lorsqu'il a dit : Votre parole, Seigneur, est un flambeau qui m'éclaire et qui dirige mes pas dans le chemin de la vertu."

- Les cloches

Le commencement et la fin du triduum pascal (période s'étendant du soir du jeudi saint au dimanche de Pâques) sont traditionnellement marqués par une sonnerie de cloches à la volée pendant le Gloria de la messe. Entre ces 2 sonneries, l’usage des cloches est prohibé.
Dans l'est de la France, pour remplacer les cloches « parties à Rome », les enfants faisaient sonner leurs crécelles dans les rues, pour annoncer les offices. La crécelle remplaçait la sonnette de l'autel dans les paroisses et les monastères.
Les cloches sont connues en Chine avant 2000 av. J.-C., tout comme en Égypte (où elles annoncent les fêtes d'Osiris), en Inde et en Grèce.
Les clochettes remontent à l'antiquité la plus reculée.
Au dire de Clément d'Alexandrie, le grand prêtre Aaron porte des sonnettes au bas de sa robe, en nombre égal à celui des jours de l'année. A Athènes, elles sont en usage dans les Mystères. On voit, dans Théocrite, que les anciens font retentir de petites cloches dans les sacrifices d'expiation, dans les mystères des corybantes, des cabires et de Bacchus. Sur plusieurs bas-reliefs représentant des bacchanales, on voit des bacchants à la tunique desquels sont attachées des clochettes destinées à tinter pendant l'exercice de la danse. Rhésus, roi de Thrace, en orne le poitrail de ses chevaux. On va jusqu'à en décorer les priapes et le char des triomphateurs.
Quant aux cloches de grandes dimensions, elles servent de signal. Elles annoncent l'ouverture des marchés et des bains publics ; elles éveillent chaque matin les esclaves. Enfin, les fêtes funèbres et la marche au supplice d'un condamné à mort a toujours lieu au son d'une cloche qui avertit le flamine de Jupiter de fuir un spectacle dont la vue le souillerait (les Romains regardent la mort comme une chose impure).
Les cloches sont également employées comme objets rituels et amulettes magiques et protectrices (elles sont alors pendues sous les portes ou au cou des animaux).
La cloche est largement répandue dans l'Europe celtique depuis des temps reculés ; les Celtes l'emploient pour annoncer des événements et lui prêtent le pouvoir d'attirer les bons esprits et de chasser les mauvais.
Ce fut à partir du règne de Constantin que l'usage des cloches s'introduit dans les églises.
Mais il ne prend une véritable extension que du temps de Paulin, évêque de Nole (409-431), et ce qui y contribue, c'est le célèbre airain de Campanie, avec lequel elles sont fabriquées. On leur donne les noms de nolae ou de campanae.
L'utilisation des cloches dans les églises s'étend à travers l'Europe du VIe au XIe siècle, et dans les Églises chrétiennes orientales à partir du IXe siècle.
En 535, la première cloche d'église venant d'Afrique du Nord arrive en Europe.
Selon Grégoire de Tours, les cloches de bronze commencent à devenir d’usage courant vers 550 (auparavant on utilisait une trompette pour appeler les fidèles).
Le pape Sabinien (604-606) rend obligatoire l'usage des cloches aux heures canoniques, lors de la célébration de l’Eucharistie et pour annoncer les offices 14.
En 610, Loup, évêque d'Orléans, étant à Sens, au moment du siège de cette ville par Clotaire, jette l'alarme parmi les assiégeants, en faisant sonner les cloches de l'église de Saint-Etienne : l'armée de Clotaire, épouvantée, prend la fuite.
En 661, toutes les églises de Gaule ont au moins une cloche. Ce n'est que deux siècles plus tard qu'on voit les cloches en grand nombre : Aldéric, évêque du Mans, est le premier qui fait fondre douze cloches pour son église ; le roi Robert en fait fondre cinq pour Saint-Aignan d'Orléans.
Dès le commencement du VIIIe siècle, on sonne les cloches pour les morts en Angleterre.
C'est une coutume (qui paraît remonter à 750) dans l'Église catholique, de bénir les cloches et de leur donner le nom de quelque saint.
Le son d’une cloche bénite est censé établir une communication entre le ciel et la terre, éloigner les mauvais esprits et protéger des catastrophes météorologiques.
C'est seulement au IXe siècle que les Grecs commencent à se servir de cloches.
A partir du synode de Caen de 1061, se propage dans les villes l'habitude de faire sonner une cloche en fin de journée, tant pour marquer la clôture des travaux que pour appeler les fidèles à la prière avant qu'ils rentrent chez eux ; cet usage est général en France en 1088.
En 1269, Bonaventure (1221-1274) fait tinter la cloche pour appeler ses religieux et les fidèles d'alentour à réciter les trois Ave d'après complies ; au couvent des Frères mineurs d'Arrezo, la sonnerie est précédée de l'antienne Angelus locutus est Mariae (L'ange s'adressa à Marie).
En 1314, le pape Clément V, séjournant à Carpentras, demande que l'on sonne la cloche des Ave Maria après les chants des complies.
Jean XXII approuve, par acte du 13 octobre 1318, la pratique de l'Angélus du soir, observée dans le diocèse de Saintes, l'introduit en Avignon et indulgencie les fidèles qui, entendant la cloche, réciteront à genoux trois Ave Maria. Le 7 mai 1327, il écrit à son vicaire à Rome pour lui demander d'y introduire la même coutume (récitation à genoux de trois Ave, lors de la sonnerie du soir) à laquelle il attache une indulgence.
Le concile tenu à Paris en mars 1344 par l'archevêque de Sens, en présence de cinq évêques, consacre son treizième et dernier canon à la recommandation de la pratique de l'Angélus à la fin de chaque journée.
En 1390, un bref de Boniface IX au clergé de Bavière recommande de faire sonner à l'aurore les cloches des églises comme on le fait déjà à Rome et dans toute l'Italie.
En 1456, le pape Calixte III, dont le souci majeur est de parer au danger turc, prescrit une croisade de prières et demande que les cloches tintent trois fois le jour et qu'à chaque fois l'on récite trois Pater et trois Ave.
En 1472, le roi Louis XI (1461-1483) prescrit de sonner l'Angélus trois fois par jour (l’usage de sonner trois fois l’Angelus était déjà établi à Soissons en 1375).
En 1475, le pape Sixte IV indulgencie la pratique de l'Angélus de midi.
Benoît XIII recommande vivement la récitation de l'Angélus (14 septembre 1724).
Un décret de Léon XIII (15 mars 1884) le réglemente.
Jean XXIII
y ajoute la pratique de trois Gloria Patri (lettre pastorale au peuple romain du 2 février 1959) ce que ne reprendra pas Paul VI dans l'Exhortation apostolique Marialis Cultus (2 février 1974) où, en demandant qu'on récite l'Angelus, il se refuse à le rénover.
Aux trois Angélus s'en ajoute pour les Chartreux un quatrième : un Angélus nocturne qu'ils récitent, au tintement de la cloche, après l'office des laudes.
On sonne au moment de l'élévation depuis le XIIe siècle.
L'usage de sonner aux processions remonte au XIIIe siècle.
On sonne pour escorter le saint viatique depuis que Charles Borromée ordonna cette pratique en 1576.
La coutume de sonner le Te Deum ne remonte pas au delà de Louis XIII.
Un décret du 23 juillet 1793 porte qu'il ne serait laissé qu'une seule cloche dans chaque paroisse et que toutes les autres seraient mises à la disposition du pouvoir exécutif pour être fondues en canons.
En 820, l’évêque Rampert fit percher un coq de bronze (symbole solaire et attribut de Pierre) sur le clocher de l’église de Brescia en Lombardie. Le coq des clochers de France ne symbolise pas le peuple gaulois mais le soleil levant. Patrick d'Irlande (v. 389-461) avait transformé cette dévotion préchrétienne en dévotion au « Soleil de Justice » (le Christ) ; les moines irlandais qui débarquèrent vers 590, menés par Colomban, rechristianisèrent la Gaule et y introduisirent les coqs de clocher.

- Les œufs

Les œufs, symbole antique du printemps, sont, selon les traditions, apportées par les cloches, par un lièvre (Alsace, États-Unis, etc.), par un lapin blanc (Allemagne), par une poule ou un poussin (Tyrol, Québec), par un coq (Gotha, Schleswig-Holstein et Wallonie), par une cigogne (Thuringe), par un coucou (Suisse), par un renard (Schaumburg et Westphalie) et même par des trolls et des fées (Finlande).
L’œuf, qui contient le germe en train de croître et dont la forme évoque celle des testicules, est un symbole universel de la continuité de la vie.
Des œufs d'argile découverts dans des sépultures de Russie et de Suède ont été interprétés comme des emblèmes de l'immortalité et des symboles de résurrection.
Dans de nombreux mythes, celtes, grecs, égyptiens, cananéens, phéniciens, tibétains, hindous, chinois et africains, le monde est issu d'un œuf cosmique primordial.
Dans des hymnes védiques, la première divinité (ou un couple de dieux) naît d'un oeuf d'or flottant sur les eaux du chaos originel.
Dans la cosmogonie chinoise, le dieu originel, créateur du monde, se nomme Pan Gu. Né de la rencontre du yin et du yang, il se développe à l'intérieur d'un oeuf cosmique ; puis, avec une hache qu'il a fabriquée, il fend ce dernier et surgit dans les ténèbres pour constituer l'univers.
Chez les anciens Tibétains, un oeuf cosmique, contenant tous les malheurs et les bonheurs du monde, donne naissance aux dieux et aux démons qui s'unissent pour produire à leur tour de nombreux oeufs.
Selon les Egyptiens, c’est le dieu Ptah qui a créé l’oeuf à partir du soleil et de la lune. Et en Haute Egypte, le dieu Keneph (« le Bienfaisant ») était représenté avec un oeuf sortant de la bouche, symbole de fécondité et de reproduction. Dans un autre mythe, c’est Amon qui, sous la forme d’un serpent façonna l’oeuf cosmique générateur de vie. Ou, variante : Amon, sous la forme d’une oie, pondit l’oeuf cosmique 2. Osiris avait enfermé dans un œuf 12 pyramides blanches, emblème du bien ; Typhon y introduisit 12 pyramides noires, emblème du mal : « Les Egyptiens, si l'on en croit Hérodote, racontoient qu'Osiris avoit enfermé dans un oeuf douze figures pyramidales blanches pour marquer les biens infinis dont il vouloit combler les hommes ; mais que Typhon son frère ayant trouvé le moyen d'ouvrir cet oeuf, y avoit introduit secrettement douze autres pyramides noires, & que par ce moyen le mal se trouvoit toujours mêlé avec le bien. Ils exprimoient par ces symboles l'opposition des deux principes du bien & du mal qu'ils admettoient, mais dont cette explication ne concilioit pas les contrariétés » 10. Les Égyptiens suspendaient des œufs dans leurs temples.
Le dieu primordial de l'orphisme, Phanès, surgit de l'œuf cosmique originel, engendrant l'univers. Un bas-relief du Musée d'Este, à Modène, montre Phanès surgissant d'un œuf, entouré des douze signes du Zodiaque. Mithra a été identifié à Phanès.
Les Cananéens imaginaient que de l’air et de l’éther était né Oulomos (l’infini) qui engendra l’oeuf cosmique et Chamsor, le dieu artisan. Celui-ci ouvrit l’oeuf en deux et créa la moitié supérieure et la moitié inférieure du monde 2.
Selon la cosmogonie du shintoïsme japonais, le taureau sacré brise la coquille de l’oeuf d’or : la moitié légère s’élève pour former le ciel et la moitié lourde devient la terre 2.
Les Phéniciens pensaient qu’un oeuf énorme fendu en deux avait créé le ciel et la terre 2.
L'auteur latin Hyginus (+ 17) donne dans ses Fables l'origine de la déesse Vénus-Astarté : « On dit qu'un œuf de dimensions extraordinaires tomba du ciel dans l'Euphrate, les poissons le poussèrent jusqu'au rivage, là, les colombes le couvèrent et Vénus en sortit bientôt : elle fut appelée la déesse Syrienne. »
Dans le Kalevala, livre sacré des anciens finlandais, c'est de l'œuf que naquit le monde. Sur les genoux d'une déesse endormie, le maître des airs déposa un oeuf qui se brisa lorsque la divinité se réveilla. Des morceaux jaillirent le firmament, le soleil, la lune, les étoiles et les nuages 3.
Chez les polynésiens l’œuf est l’ancêtre de tous les dieux ; il se tient dans sa coquille au milieu des ténèbres depuis l'éternité.
Les Dogons du Mali et les Lungu de Zambie croient que les esprits créateurs de l'univers sont issus d'un oeuf cosmique.
L’œuf est sans doute le plus vieux et le plus universel symbole de vie et de renaissance notamment et de multiples rituels lui ont été associés depuis la nuit des temps.
Plusieurs cultures païennes disposaient des œufs dans les tombes ou les sépultures.
L'oeuf était censé favoriser la fécondité des femmes, chasser les maladies et les mauvais esprits et protéger les maisons.
Si une fille à marier plaçait dehors, la nuit de la Saint-Jean, un verre d'eau contenant un blanc d'oeuf, elle pouvait voir, le lendemain, dans le dessin formé, l'outil du métier de son futur époux.
A Pessah (la Pâque juive), les Juifs trempent un œuf dans de l'eau salée en souvenir des larmes versées par leur communauté.
Le poète latin Juvénal (+ après 128) écrit qu’on faisait, à Rome, chaque année, aux équinoxes, une hécatombe de cent œufs, pour purifier l'air et détourner les tempêtes.
Au cours des Cerealia, fêtes (dédiées à la déesse des moissons, Cérès) qui duraient une semaine à partir du 12 avril et qui célébraient la croissance des céréales, l’oeuf était présent dans les processions comme symbole du monde et de son renouveau, de la fécondité de la terre 2 : « On y portoit en pompe, selon Macrobe (+ après 430, ndlr), un oeuf, ovum in cerealis pompoe apparatu numerabatur primum ; & cet oeuf dit-on représentoit le monde ou la terre, que Cérès avoit enrichie par le blé » 10
On pratiquait l'oomancie (art divinatoire avec un oeuf) en étudiant l'oeuf, soit dans son entier, soit une fois cassé.
Les Grecs faisaient éclater un oeuf sur le feu pour en tirer des oracles.
L'oeuf est aussi utilisé en magie, qu'elle soit noire ou blanche.
La tradition d’offrir des œufs décorés, teints ou travaillés est bien antérieure au christianisme.
Selon une tradition, ce serait l’empereur Septime-Sévère (qui régna sur l’Empire romain de 193 à 211) qui, le premier, offrit un oeuf : le jour de la naissance de son fils, on découvrit un oeuf rouge dans le poulailler impérial, ce que l’empereur considéra comme un heureux présage ; il se mit donc à offrir des oeufs en témoignage d’amitié 2.
En Ukraine, l’acte de décorer les œufs (appelés alors pysanky) était rituellement associé à la venue du printemps dès la préhistoire.
Les Égyptiens et les Perses avaient pour habitude de teindre des œufs aux couleurs du printemps et de les offrir à leurs proches pour symboliser le renouveau de la vie.
Les druides celtes teignaient des œufs en rouge en l'honneur du soleil.
Selon Pline l'Ancien (+ 79), les jeunes gens utilisaient des œufs colorés pour certains jeux cabalistiques.
L'opinion généralement admise rattache l'origine de la coutume des œufs de Pâques à l'établissement du Carême.
Dès le IVe siècle l'Église avait interdit l'usage des œufs pendant la pénitence des quarante jours, alors rigoureusement observée. Une grande quantité d'œufs se trouvant entassée dans les provisions du ménage, le moyen de plus expéditif de s'en débarrasser était de les donner aux enfants. On en fit même l'objet d'un cadeau amusant en les teignant ou en les entourant de figurines ou de devises.
La coutume de s'offrir des œufs de Pâques de diverses couleurs a été relevée chez les chrétiens d'Égypte (Coptes) aux Xème et XIIème siècles.
En 1200, le roi Edward I d'Angleterre offrit à sa cour des œufs couverts de feuille d'or.
Au XIIIe siècle, à Paris, le jour de Pâques, les clercs des églises, les étudiants de l'université ainsi que les jeunes gens des différents quartiers s’assemblaient sur les places publiques et formaient un long cortège en tête duquel on retrouvait bannières, tambours et trompettes. Ils se rendaient en chœur sur le parvis de l’église cathédrale, où ils chantaient une partie de l’office appelée « Laudes » puis ils s’éparpillaient dans les rues où ils faisaient la quête des œufs de Pâques. La tradition voulait que l’on s’envoie des œufs teints en rouge ou en bleu et bariolés de diverses couleurs entre parents, amis et voisins. Enfants et domestiques recevaient également des présents.
Le pape Paul V (1605-1621) officialisa une prière pour la bénédiction des œufs le matin du dimanche du Pâques : « Bénis, Ô Dieu, nous t'en supplions, cette création qui est la tienne, ces œufs qui sont l'œuvre de tes mains afin qu'ils deviennent une nourriture fortifiante pour tes serviteurs, qui les mangent en souvenir de notre Seigneur Jésus-Christ. »
Il était de règle que l'œuf le plus gros du royaume pondu pendant la semaine sainte revînt de droit au roi de France, Louis XIV, lequel, dit-on, faisait bénir solennellement le jour de Pâques de grandes corbeilles d'œufs dorés qu'il distribuait à ses courtisans, voire même à ses gardes et à son personnel domestique. On dit que le roi Soleil fit parvenir à Mademoiselle de Lavallière un œuf de Pâques contenant un morceau de la vraie croix.
Quant à Louis XV, il distribuait à ses courtisans des œufs gravés ou peints. Watteau, Bouchet, Lancret en décorèrent qui devinrent de véritables œuvres d’art. « Dans les dernières années du règne de Louis XV, on a vu des oeufs rouges payés jusqu'à 100 écus la pièce. Des artistes habiles s'amusaient à dessiner à la pointe, sur ces oeufs de charmants tableaux, des paysages, des fleurs, et jusqu'à des scènes historiques. On en a du célèbre Boucher, ce peintre des amours et des grâces […] » 12
Sous l’Empire, on offrait aux élégantes des œufs en sucre candi ornés de fanfreluches et garnis de friandises. Et Mallarmé écrivait des vers sur ceux qu’il offrait.
Les œufs décorés les plus célèbres sont sans aucun doute ceux créés par le bijoutier Peter Carl Fabergé (1846-1920).
L’œuf qui lui fut commandé par Alexandre III pour la tsarine, en 1884, fut le premier d’une longue série (plus de 40 au total) réalisée pour les deux derniers tsars de la Russie Impériale : Alexandre passait commande d’un œuf chaque année, Nicolas offrait un œuf à sa mère et un autre à son épouse.
Dans la tradition chrétienne, l’œuf de Pâques est associé à la fois au renouveau printanier de la nature et à la résurrection du Christ. Le symbole que l’œuf incarne ne se rapporte pas tant à la naissance qu'à une renaissance. L’œuf confirme et promet la résurrection qui n'est pas une naissance, mais un retour, une répétition.
Une coutume provençale en France consiste à offrir à un nouveau-né, entre autres choses, un œuf, pour qu'il soit « bon comme le pain, sain comme le sel, plein comme un œuf » (c’est-à-dire plein de bénédictions, de vie, de grâces).
En Italie, le Dimanche de Pâques, le prêtre bénit les œufs de Pâques placés au centre de la table par la maîtresse de maison qui dispose ensuite le repas tout autour.
En Russie, les œufs de Pâques sont cuits dans des pelures d'oignons, ce qui leur donne une teinte brune. Les Russes se rendent au cimetière, mangent des œufs près de la tombe de leurs défunts et en déposent pour apaiser l'esprit des morts.

- Le lapin ou le lièvre

Symboles de fécondité, tous les animaux prolifiques, comme le lapin ou le lièvre, la grenouille, la tortue, la sauterelle, représentaient la reproduction sexuée.
Le lapin (ou le lièvre) a pendant longtemps été considéré comme une créature magique, notamment en raison de son activité nocturne ; ses pattes étaient autrefois des porte-bonheur censés repousser les influences néfastes et préserver des maux de dents (à cet effet, dans l’Orléanais, on portait la patte sous l’aisselle gauche).
En revanche, le mot « lapin » est interdit sur un bateau et on n’y transporte pas non plus cet animal car les marins croient qu’il porte malheur.
Les Sarthois disent qu'il est de mauvais augure d'en croiser un le matin de son mariage.
De mœurs nocturnes, le petit mammifère était étroitement associé à la lune, qui était parfois figurée sous cette forme.
En Inde, la lune est appelée Shashânka (de shâshi : lièvre) car les Indiens croient qu’un lièvre en a fait sa demeure.
Les Aztèques pensaient que les taches de la lune avaient été faites par un lapin et que quatre cents lapins protégeaient leurs moissons.
Les Mayas croyaient qu’un lapin avait aidé les jumeaux héroïques (qui devinrent Soleil et Lune) à vaincre les dieux.
Ailleurs dans le monde, les taches lunaires étaient carrément des lièvres ou des lapins.
Dans le taoïsme, le lièvre, comme la lune, meurt pour renaître : il est le préparateur de la drogue d’immortalité.
Lièvres et lapins étaient encore liés à la Terre-Mère, divinité fécondante et régénératrice, qui perpétuait la vie.
Dans la mythologie égyptienne, Osiris, sous l’apparence d’un lièvre, est dépecé et jeté dans le Nil pour assurer la régénération.
Menebuch, le Grand Lapin des Amérindiens ojibwa et winnebago, est un héros civilisateur, un démiurge possesseur du secret de la vie.
Le lièvre était l’animal emblématique de la déesse germanique saxonne, Eastre ou Ostara, divinité du Printemps, de la fécondité et du Lever du Soleil (ost, east = est). Elle était fêtée à l’équinoxe du printemps et on lui offrait des œufs colorés. Son nom survit dans le mot anglais Easter et le mot allemand Ostern par lesquels les anglo-saxons désignent Pâques.
Autrefois, les gens disaient que « lorsque le brouillard se levait, les lapins préparaient le pain pascal. »
Le Christ a été parfois représenté par un lièvre, ouvrant toutes grandes ses oreilles, pour écouter la Parole de Dieu.
Pour les Hébreux, le lièvre est un animal impur car « il rumine mais n’a pas de sabots. » (Lévitique 11,6)
Les chiites d’Anatolie ont le même interdit alimentaire car ils pensent que cet animal est la réincarnation d’Ali.
Jules César mentionne à propos des Bretons : « Le lièvre, la poule et l'oie sont, d’après eux, nourriture interdite : ils en font pourtant l’élevage pour le plaisir » 11. Comme le lièvre ou le lapin vit sous terre, les Bretons le croyaient en relation avec le monde des morts et les lieux inférieurs ; ils pratiquaient la divination en se basant sur la course d’un lièvre.
Le pape Zacharie décréta en 751 : « On doit éviter de manger du lièvre car il est lubrique, possédant des vices ignobles qui se transmettraient à l'homme s'il mangeait de cette chair impure. »
Dans la sculpture romane, la capture du lièvre symbolisait le paganisme vaincu.
En Angleterre et en France, on chassait traditionnellement le lièvre le matin du jeudi saint ou celui de Pâques.

- L’agneau

Dans la plupart des pays européens (France, Italie, Pologne, Grèce, etc.), l'agneau, allusion à l'Agneau de Dieu qui a donné sa vie pour le salut du monde, est la pièce maîtresse du repas de Pâques.
Les Grecs cuisent à la broche le fameux agneau pascal (badigeonné d'un mélange d'huile, d'origan et de citron) pour célébrer la fin du jeûne et la résurrection. Dans plusieurs villes de Grèce, les broches sont même installées sur les trottoirs pour que les passants puissent aussi participer à la fête.
En Allemagne, en Angleterre et au Québec, c'est le jambon qui est servi traditionnellement le jour de Pâques (le porc est un symbole de chance dans plusieurs pays).
En Hongrie, on sert l'agneau et le jambon préalablement bénits.

Citations

En effet, Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle.
Car Dieu n'a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jésus à Nicodème, Jean 3, 16-17)

Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. (Apocalypse 1,18)

La doctrine du Verbe ne fait ni poètes, ni philosophes, ni orateurs. Seulement d'esclaves que nous sommes, elle nous rend immortels. De l'homme, elle fait un Dieu... (Justin + 165, Apologies)

La tunique du Christ, tissée d’une seule pièce et sans couture, ne peut être divisée par ceux qui la possèdent. Indivise, d’un seul morceau, d’un seul tissu, elle figure la concorde et la cohésion de notre peuple, à nous qui avons revêtu le Christ. Par le mystère de ce vêtement et par son symbole, le Christ a rendu manifeste l’unité de l’Eglise. (Cyprien + 258, Sur l’unité de l’Eglise)

Jésus, regarde ceux qui tombent, montre-toi et redresse-nous. Sous ton regard disparaît la tache, la faute se noie dans les pleurs. Toi, lumière, brille à nos sens. Dissipe le sommeil de l’âme. A toi notre premier cantique, A toi le tribut de nos vœux. (Ambroise +397, Hymne Aeternae rerum conditor)

Il a daigné venir à nous pour se manifester dans la forme d’esclave. Qu’il ait pris chair est le chemin qu’il a choisi. La fatigue du chemin n’est rien d’autre que la faiblesse de la chair et Jésus est faible dans la chair. Mais toi, ne te laisse pas aller à la faiblesse. Toi, sois fort dans sa faiblesse à lui. Parce que ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes et la faiblesse du Christ est notre force. (Augustin + 430, Sur l’évangile de saint Jean)

Il nous a créés par sa force. Il nous a cherchés par sa faiblesse. (Augustin)

Les étendards du Roi s’avancent, et la lumière de la Croix resplendit son mystère,
À laquelle la vie à souffert de la mort et la mort a rendu la vie.
Achevé par la funeste pointe d’une lance il laisse
Ruisseler l’eau et le sang afin de nous laver de notre crime.
Voici qu’est accompli ce que chantait David dans les psaumes de sa foi,
Proclamant : « Sur les nations, c’est par le bois que règne Dieu. »
Arbre splendide et éblouissant orné de la pourpre royale,
Tronc choisi qui fut jugé digne de toucher des membres si saints.
Arbre bienheureux dont les branches supportent pendu le salut de ce siècle :
En échange de ce corps l’Enfer a été dépouillé.
Salut ô Croix, unique espérance dans les temps de ta Passion (dans la gloire de ton triomphe !)
Offre-la grâce aux hommes pieux, et détruis les crimes des méchants.
C’est Toi, Trinité Suprême, source de notre salut, que loue tout esprit :
Par le mystère de la Croix tu nous sauves et tu nous guéris. Amen.
(Hymne liturgique Vexilla Regis, Venance Fortunat 530-609)

O mon peuple, que t’ai-je fait ou en quoi t’ai-je contristé ? J’ai rendu la lumière aux aveugles, j’ai purifié les lépreux, j’ai relevé l’homme qui était sur sa couche. O mon peuple, en quoi t’ai-je attristé et que m’as-tu accordé en retour ? Pour la manne, tu m’as donné du fiel, pour l’eau, du vinaigre. Pour mon amour, tu m’as cloué à la croix. (Sophrone patriarche de Jérusalem + 639, Tropaire des heures du Vendredi-Saint)

Je tourne le dos à tout ce que j’ai cherché et suivi. Je rejette dans le passé tout ce qui ne peut s’intégrer au grand mystère de ta Pâque, où tu veux que j’accède. Voici, je monte avec toi à Jérusalem. Que toute chair fasse maintenant silence. (Un moine de l’Eglise d’Orient, Regard sur le Sauveur)

O Dieu, montre-nous ton visage qui n’est autre que ton Fils, puisque c’est par lui que tu te fais connaître, de même que l’homme tout entier est connu par son seul visage. Et par ce visage que tu nous auras montré, convertis-nous. Convertis les morts que nous sommes des ténèbres à la lumière. Convertis-nous des vices aux vertus, de l’ignorance à la parfaite connaissance de toi. (Bruno + 1101)

On a tué le fils et la mère, les transperçant de dure mort. On trouvera la mère et le fils, embrassés sur une même croix. (Citation attribué à Jacopone de Todi + 1306, l'auteur du Stabat Mater)

Si tu veux me contempler dans ma divinité infinie, apprends d’abord à me connaître dans mon humanité souffrante, car c’est là la voie la plus rapide pour atteindre l’éternelle béatitude. (Henri Suso + 1366, Le livre de la Sagesse éternelle)

Béni sois-tu, Jésus-Christ, mon Seigneur, qui as prédit ta mort avant l’heure ; qui, à la dernière Cène, as merveilleusement consacré avec du pain matériel ton corps qui nous rachète ; qui l’as donné par amour aux apôtres en mémoire de ta très précieuses passion ; toi qui, en leur lavant les pieds de tes très saintes et nobles mains, leur as donné humblement un modèle d’humilité. (Brigitte de Suède + 1373)

Croyez ceci : si l’on a dans le cœur l’amour du Christ crucifié, alors en cette vie, rien n’est vraiment pénible. Quand vous voyagez pour lui, il ne vous manquera point, lui qui est le guide fidèle, le gardien de vos pas. Il est celui qui n’abandonne jamais les siens à l’heure où il les laisse provisoirement en butte au mépris du monde. (Pierre Canisius +1597, Lettre à un ami de Hollande)

Il était prédit que le Christ devait être glorieux, puissant, fort, et néanmoins si misérable qu'il ne serait pas reconnu. (Pascal 1623-1662)

O Christ ! O soleil de justice !
De nos cœurs endurcis romps l'assoupissement,
Dissipe l'ombre épaisse où les plonge le vice. (Racine 1639-1699)

Le Christ, de nos péchés victime renaissante,
De ses élus chéris nourriture vivante,
Descend sur les autels. (Voltaire 1694-1778)

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.
Vous qui souffrez, venez à lui car il guérit.
Vous qui tremblez, venez à lui car il sourit.
Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.
(Victor Hugo, Les Contemplations, Ecrit au bas d'un crucifix, III, 4. 1856)

Donnez-moi la croix, Seigneur, pourvu que vous me donniez aussi votre amour et votre grâce. (Pierre Julien Eymard + 1868)

Resplendis, vivifiante Croix du Seigneur. Des rayons de ta grâce, illumine le cœur de ceux qui te vénèrent et t’embrassent pieusement. Manifeste la splendeur de ta beauté, accorde tes dons et tes bienfaits aux fidèles qui implorent avec toi, ta puissante protection et la grâce du salut. (Triode du Carême - Liturgie grecque)

C’est la joie de Pâques. C’est la joie de la transfiguration de l’univers. Alors plus rien ne nous fait peur. Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous. Nous sommes des dieux. Désormais tout a un sens. (Patriarche Athênagoras + 1972)

Proverbes

Fais une dette payable à Pâques et tu trouveras le carême court.
Entre Pâques et la Pentecôte, le dessert est une croûte.
Tarde qui tarde, en avril aura Pâques.
II faut faire carême-prenant avec sa femme et Pâques avec son curé.
Pâques longtemps désirées sont en un jour tôt passées.

Dictons météorologiques


A Noël les moucherons, à Pâques les glaçons.
Noël au jeu, Pâques au feu.
Semaine sainte mouillée, donne terre altérée
Semaine sainte pluvieuse, année ruineuse.
Gelée du Jeudi saint gèle le sarrasin
S'il pleut le Vendredi saint, toute la pluie de l'année ne servira à rien
Pâques pluvieuses, souvent fromenteuses
Pâques pluvieux, blé graineux
Pâques pluvieux, Saint-Jean farineux
Pâques doux, épis vides


Notes :
1 Vocabulaire de théologie biblique, Ed. du Cerf. 1977).
2
www.francais-mondearabe.net/.../L_oeuf_symbole_millenaire_de_vie_et_d_espoir.pdf
3 http://catherine.martin.pagesperso-orange.fr/beurre_oeufs_fromage.htm#oeufs
4 Silences et non-dits de l'Histoire Antique. Emmanuelle Grün. Yvelinédition. 2008
5 christusrex.org/www1/ofm/easter/Jeudisaint.html
6 Coran, traduction de Kasimirski, 1840
7 http://quran.al-islam.com/frn/
8 Dictionnaire des Symboles. Jean Chevalier-Alain Gheerbrant. Ed. R. Laffont. 1995
9 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/11464/Bienheureux-Alvare-de-Zamora.html
10 Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers
11 Guerre des Gaules V, 12. Trad. Germaine Rousset
12 Le Gastronome Français, 1828.
13 Service de presse du Vatican
14 Augustin Onofrio Panvinio, Epitome pontificum Romanorum, 1557


Sources


Voir dossier : Au fil de l'an


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; reproduction interdite sans autorisation.

Date de mise à jour : 13/05/2012