Servitude, esclavage,
servage et travail forcé.
A Rachel et Shawn


Le décret n° 2006-388 du 31 mars 2006 fixe au 10 mai "la date de la commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage en France métropolitaine".
Dans les DOM et TOM, les jours de commémoration de l'abolition de l'esclavage sont fixés le 22 mai à la Martinique, le 27 mai à la Guadeloupe, le 20 décembre à la Réunion, le 10 juin en Guyane et le 27 avril à Mayotte.


SOMMAIRE

1 L’esclavage 3.10 Les Ottomans
2 Le servage 3.11 La traite des esclaves par les Européens
3 Petite histoire de la servitude 3.12 Les Amérindiens
3.1 Antiquité 3.13 Les barbaresques
3.2 Cités grecques 3.14 Le commerce triangulaire
3.3 Rome 3.15 La Côte des Esclaves
3.4 Les Germains et les Celtes 3.16 La Convention abolit l’esclavage
3.5 Les Chinois 3.17 Bonaparte rétablit l’esclavage
3.6 Le christianisme 3.18 La République Française abolit l’esclavage
3.7 L’islam 3.19 L'esclavage moderne
3.8 Les pirates 4. Citations
3.9 Les Vikings  



L’ESCLAVAGE

L’esclavage est une institution sociale établie par la loi et la coutume ; c’est la forme de servitude humaine la plus contraignante.
Le travail étant une dure nécessité, l'homme chercha le moyen de s'en dispenser et le fort fit travailler le faible ; la guerre fournissait les esclaves.
Là où le travail n'était pas imposé par la nécessité, l'esclavage n'existait pas : on tuait les prisonniers de guerre et souvent même on les mangeait.
Les principales caractéristiques de l'esclavage sont le travail ou des services par la force, ainsi que le fait que la personne physique est considérée comme la propriété d'une autre personne, son propriétaire, à la volonté duquel elle est entièrement assujettie.
Depuis les temps les plus reculés, dans la plupart des sociétés, les esclaves ont été légalement rangés dans la catégorie des biens matériels et des instruments fonctionnels. Aussi pouvaient-ils être achetés, vendus, négociés, offerts en cadeau ou mis en gage pour une dette contractée par leur propriétaire, sans avoir d'ordinaire le moindre pouvoir d'objection personnelle ou légale.
Il y a souvent une différence ethnique entre les propriétaires et leurs esclaves et le phénomène de l'esclavage repose souvent sur le racisme ou sur le puissant préjugé de la "supériorité" du groupe ethnique auquel appartient le propriétaire sur celui des esclaves. L'asservissement par un propriétaire d'esclaves de membres de son propre groupe ethnique est exceptionnel, la Russie des XVIIe et XVIIIe siècles constituant une de ces rares exceptions.
Si la pratique de l'esclavage remonte aux temps préhistoriques, son institutionnalisation date vraisemblablement de l'époque où les progrès de l'agriculture permirent une forme d'organisation sociale plus développée. Les esclaves étaient utilisés pour différentes fonctions spécialisées dans ces sociétés qui se les procuraient soit par des rafles ou des conquêtes parmi d'autres populations, soit au sein de la société même, certaines personnes se vendant pour payer leurs dettes ou étant asservies en punition de leurs crimes.
L'esclavage est une institution reconnue, souvent essentielle à l'économie et à la société, de toutes les civilisations antiques.
Le terme "esclave" vient du latin médiéval sclavus (esclave), autre forme de "slavus" qui signifie proprement slave. Le passage du sens de "slave" à celui d’"esclave" se produisit durant le haut Moyen Age quand un grand nombre de Slaves des Balkans (l’ancien nom de la Slovénie est "Esclavonie") furent réduits en esclavage par les Germains et les Byzantins.


LE SERVAGE

Le servage (du latin servus = serviteur ou esclave), est une institution caractérisant l’organisation socio-économique du Moyen Age et qui subsistera en Russie jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Sous l’influence du droit franc, l’Église et les seigneurs attribuent des terres à d’anciens captifs qui deviennent des "esclaves chasés" (servi casati), c’est-à-dire bénéficiant d’une maison et d’un lopin de terre. La continuation de l’institution esclavagiste est le servage qui servira à son tour d’introduction au métayage.
Classe de travailleurs agricoles, les serfs sont légalement tenus de résider et de travailler en un endroit, et de cultiver la terre, propriété de leur seigneur, qui peut être un noble, un dignitaire ecclésiastique ou une institution religieuse comme un monastère. Ils cultivent et moissonnent la terre du seigneur ; en contrepartie, ils sont autorisés à travailler une partie de la terre pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, mais doivent effectuer des versements en nature et en espèces au seigneur sur leurs propres revenus.
Les serfs doivent acquitter des droits de succession, des droits d'usage des moulins à farine et des fours à pain du seigneur. Ils doivent également payer pour divers autres services comme le transport par charrette et pour obtenir la permission de marier leurs filles en dehors de la seigneurie (droit de formariage ou de quitage malicieusement transformé en "cuissage" par Voltaire et Beaumarchais). Ils sont astreints à la corvée et doivent acquitter une redevance : le chevage.
"Je travaille dans les champs pour un seigneur ; je suis esclave travaillant la terre. Je tourne et retourne la glèbe pour subvenir à mes besoins, car plus je travaille, plus je gagne de nourriture qui me sert pour payer mes impôts et pour manger." (Anonyme)
"Sers comme serf ou fuis comme cerf !" (Proverbe).
À partir du XIIIe siècle, les serfs sont de plus en plus soumis à une taxe arbitraire appelée taille qui devient annuelle à partir de 1439.
Puisque leur domicile et leur travail sont légalement attachés à la terre, les serfs sont compris dans tout transfert de propriété terrienne.
L’exploitation agricole comprenant une habitation rurale et une certaine étendue de terre est une manse (d’où : mas, masure).
Les seigneurs ont le droit de mainmorte : les serfs ne peuvent transmettre les biens (afin qu’ils ne soient pas transférés en dehors de la seigneurie). Le seigneur, en échange, est obligé de protéger ses serfs contre le pillage des brigands ou d'autres seigneurs, et leur doit une assistance alimentaire.
Différent de l'esclavage, le servage est légalement une condition servile ou non-libre qui implique la dépendance personnelle à un seigneur, une liberté de déplacement fortement réduite et la sujétion à des charges considérées comme des marques de servitude.
Bien que bon nombre de serfs soient des descendants d'esclaves domestiques, le servage diffère de l'esclavage : les serfs possèdent certains droits légaux et protections, et ne peuvent être vendus. Ils peuvent avoir une famille et un patrimoine. Ils peuvent détenir des biens, et les droits du seigneur sur leur travail sont limités par la coutume et la tradition locales, ce qui permet à la communauté paysanne d'empêcher certains abus seigneuriaux.
Les serfs peuvent acheter leur liberté légale à leur seigneur, et donc s'affranchir eux-mêmes de certaines charges et obligations serviles arbitraires. C’est ainsi que Philippe IV le Bel (roi de France de 1285 à 1314), ayant besoin d’argent, charge trois banquiers florentins d’organiser des affranchissements en série dans son domaine.
Le servage peut disparaître par affranchissement individuel ou collectif ou par l’exercice de certaines fonctions.


PETITE HISTOIRE DE LA SERVITUDE


Antiquité

Quatre millénaires nous séparent des premières traces écrites que nous ayons de l’existence de l’esclavage : une tablette sumérienne déposée au musée des Antiquités orientales d’Istanbul.

En Égypte, en Chine et en Grèce, les esclaves sont parfois inhumés avec leur maître ; cette pratique repose sur la croyance que le défunt a encore besoin de leurs services dans le monde de l'au-delà.
A Abydos, à côté du tombeau d'Horus Adjib (ou Anedjib ou Miebidos ou Miebis ou Niebaïs), roi d'Egypte de la 1ère dynastie (v. 3050/3040 à 2828), se trouvent 64 sépultures mineures d'hommes et femmes qui ont été enterrés en même temps que lui. Comme pour ses prédécesseurs on ne sait pas s'ils ont été sacrifiés ou enterrés après leur mort naturelle ; toutefois un examen de certains des squelettes confirme la thèse de sacrifices humains qui semblent avoir été communs aux Rois de cette dynastie 1. Cette pratique sera abandonnée par la suite, les êtres humains étant remplacé par les oushebtis ou shaouabtis (corvéables, répondants). Sur ces petites statuettes, figurant un personnage, debout, généralement emmailloté dans des bandelettes (momiforme), parfois habillé, dont les bras croisés empoignent des instruments ou des attributs variés, sont inscrits le nom et les titres de son propriétaire, complétés par le chapitre 6 du Livre des Morts qui précise la fonction de la figurine : exécuter dans l'autre monde, à la place du mort, les travaux agricoles obligatoires 2.

On ne parle pas d’esclavage chez les égyptiens, mais de "travail pour les dieux". La plupart des égyptologues modernes affirment que les Égyptiens ne pratiquaient pas l’esclavage et que les ouvriers, bâtisseurs des pyramides et des temples, étaient rémunérés. Ils admettent cependant que les paysans (en dehors des périodes de travaux agricoles) et les prisonniers de guerre étaient utilisés. Certains auteurs considèrent que les premières traces d'esclavage apparurent au début de la XVIIIe dynastie (-1550/-1295) : le pharaon donnait des captifs de guerre comme récompenses aux généraux vainqueurs (ces prises de guerre sont mentionnées dans l'autobiographie du général Ahmès, fils d'Abana, découverte dans sa tombe à El-Kab ; le général détaille les récompenses qu'il reçut des souverains pour lesquels il avait combattu au début de la XVIIIe dynastie) ou comme cadeaux à des personnages importants.
La corvée est imposée à tous pour les grands travaux tels que l'entretien des canaux d'irrigation ou la construction de grands monuments.
Les condamnations de droit commun se traduisent dans certains cas par des travaux forcés ; cet état peut être parfois transmis à la génération suivante.
"Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude" (Exode 20,2).
Selon les lois égyptiennes, "celui qui tuait volontairement un homme, libre ou esclave, était puni de mort." 37

Chez presque toutes les nations de l'antiquité et surtout chez la plupart des peuples de l'Orient, un homme qui a les oreilles percées et qui porte des boucles d'oreilles est considéré comme un esclave. Ce symbole de l'esclavage se retrouve chez les Éthiopiens (Pétrone, Satiricon), chez les Indiens et chez les Persans (Xénophon, Anabase).
Les civilisations antiques de Mésopotamie, d'Inde et de Chine emploient des esclaves, soit à des tâches domestiques dans les maisons et les commerces, soit à de grands travaux de construction ou d'agriculture.

A Sumer, les prisonniers sont menés, comme des bovins, au moyen de laisses passées dans des anneaux fixés à leur nez.

La société babylonienne est formée de trois classes représentées par l’awilu, homme libre de la classe supérieure, le wardu ou esclave et le mushkenu, homme libre de basse condition, qui se situe au point de vue légal entre l'awilu et le wardu. La majeure partie des esclaves sont des prisonniers de guerre, mais il arrive que des Babyloniens soient réduits à l'esclavage : un homme libre pour payer les crimes dont il était responsable ; des enfants vendus comme esclaves en période de disette ; un homme peut même céder toute sa famille à des créanciers en guise de paiement d'une dette, mais pour une durée n'excédant pas trois ans. Généralement bien traités, les esclaves sont la propriété de leur maître, comme tout autre bien, mais ils disposent de certains droits civiques et peuvent faire des affaires, emprunter de l'argent et racheter leur liberté. Si un esclave épouse une femme de libre condition et en a des enfants, ces derniers sont libres. Le prix de vente d'un esclave varie selon l'état du marché et les attributs de l'individu concerné ; le prix moyen pour un homme adulte est d'ordinaire de vingt shekels d'argent, somme équivalant à trente-cinq boisseaux d'orge.

L'esclavage est pratiqué par les Hébreux. Bon nombre d'esclaves sont d'origine étrangère : prisonniers de guerre réduits en esclavage, selon la coutume générale de l'antiquité (Deutéronome 21,10), ou esclaves achetés auprès des marchands qui en font le trafic (Genèse 17,12). Des Hébreux aussi sont vendus ou se vendent comme esclaves (Exode 21,1-11 ; 22, 2 ; 2 Rois 4, 1). L'esclavage n'atteint cependant jamais, en Israël, l'ampleur ni la forme qu'il connaît dans l'antiquité classique. Israël, en effet, reste marqué par sa double expérience initiale : sa détresse au pays de la servitude et la merveilleuse histoire de sa libération par Dieu (Deut. 26, 6 ; Exode 22, 20). De là, d'une part, sa façon particulière d'envisager le problème social de l'esclavage et, d'autre part, la réflexion religieuse suscitée par cette réalité. Il est utile d'observer d'abord que dans la Bible le même mot désigne à la fois le serviteur et l'esclave. Certes, la Loi accepte l'esclavage comme un usage établi (Ex 21, 21) ; mais elle tend toujours à en atténuer la rigueur et, même si elle exprime un idéal plus qu'une réalité, elle témoigne ainsi d'un authentique sens de l'homme. Bien qu'il soit propriétaire de son esclave, le maître n'a pas, pour autant, le droit de le maltraiter à sa guise (Ex 21, 20-26). S'il s'agit d'un esclave hébreu, la Loi se montre plus restrictive encore. Sauf consentement de l'intéressé, elle interdit l'esclavage à vie : le Code de l'Alliance ordonne l'affranchissement septennal, l’année sabbatique terminant la "semaine d’années" (Ex 21, 2 et 23, 10 ; Deut 15, 1 ; Lévitique 25, 3) ; plus tard, le Deutéronome assortit cet affranchissement d'attentions fraternelles (Deut. 15, 13) ; la législation lévitique, de son côté, instituera un affranchissement général lors de l'année jubilaire, peut-être pour suppléer à la non-application des mesures précédentes (Lév 25, 10 ; Jérémie 34, 8). Finalement, la Loi veut faire passer l'esclave hébreu au statut de salarié (Lév. 25, 39-55), car les enfants d'Israël, rachetés par Dieu de l'esclavage d'Égypte, ne peuvent plus être esclaves d'un homme.
Les esséniens, membres d'un groupe juif religieux apparu vers le IIe siècle av. J.-C., condamnent l'esclavage qu'ils jugent contraire aux droits de la personne et rachètent des esclaves pour les libérer.

Xénophon décrit comment le roi de Perse, Cyrus II le Grand (+ 530 av. J.-C.), traite ses captifs : « Dans les voyages, il les conduisait vers l’eau, comme des bêtes d’attelage. Quand il était l’heure de dîner, il s’arrêtait pour les faire manger, afin qu’ils ne fussent pas atteints de boulimie. De cette manière, ces gens, aussi bien que les nobles, l’appelaient leur frère, quoique ses soins ne tendissent qu’à perpétuer leur esclavage... » « Il n'est permis à aucun Perse, dit Hérodote (v. 484-v. 425 av. J.-C.), de punir un de ses esclaves d'une manière trop atroce pour une seule faute. »


Cités Grecques

Pour les Cités-États de la Grèce classique, comme Athènes, la démocratie directe, modèle opposé à la tyrannie et à l'oligarchie, paraît le mode de gouvernement le plus adapté à de petites entités, soucieuses d'autonomie et dotées d'une forte homogénéité sociale. Tous les citoyens peuvent effectivement prendre la parole et voter à l'Agora, l'assemblée de la cité, à l'exception notable des exclus de la citoyenneté : femmes, esclaves et métèques (non autochtones) qui n'ont aucun droit politique.
Dans les récits épiques d'Homère, l'esclavage est le destin ordinaire des prisonniers de guerre.
Les esclaves sont parfois issus de la population de la cité. En effet, un citoyen peut être réduit à l’esclavage s’il ne paye pas ses dettes ou s'il usurpe une identité. Cependant, dès le VIe siècle av. J.-C., le législateur Solon interdit la servitude pour dette à Athènes.
Les philosophes grecs ne considèrent pas le phénomène de l'esclavage comme moralement répréhensible.
Platon (v. 428-347 av. J.-C.), s’il proscrit l’esclavage de Grec à Grec, demande aux maîtres de ne pas abuser de leur position et de bien traiter leurs esclaves : « Celui qui sait traiter avec douceur ceux qu'il pourrait maltraiter, qui se conserve pur de l'impiété et de l'injustice, s'élève jusqu'à la vertu la plus consommée. » Il recommande aussi aux maîtres de se procurer autant que possible des esclaves dociles et vertueux "attendu que souvent ils nourrissent des sentiments plus généreux que nos frères et nos enfants, et plusieurs d'entre eux ont sauvé leur maître et toute la famille".
Aristote (384-322 av. J.-C.) écrit dans Politique : « L’utilité des animaux privés et celle des esclaves sont à peu près les mêmes ; les uns comme les autres nous aident par le secours de leur force corporelle à satisfaire les besoins de l’existence [...] Ainsi la guerre est-elle en quelque sorte un moyen naturel, puisqu’elle comprend cette chasse que l’on doit donner aux bêtes fauves et aux esclaves qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre [...] L’esclavage est donc un mode d’acquisition naturel, faisant partie de l’économie domestique. Celle-ci doit le trouver tout fait ou le créer, sous peine de ne point amasser ces moyens de subsistance indispensables à l’association de l’État et à celle de la famille ». Aristote insiste cependant sur le fait que les maîtres ne doivent pas abuser de leur autorité puisque les intérêts des maîtres et des esclaves sont identiques (!) et suggère de libérer les esclaves dignes de confiance en récompense de leurs loyaux services.
À quelques exceptions près, les esclaves sont traités humainement dans la Grèce antique.
À Athènes, la police est même constituée de 700 archers esclaves scythes, placés sous le contrôle d’un magistrat.
Cependant, les ilotes de Sparte, descendants d'un groupe d'habitants antérieurement conquis, contraints de travailler dans les domaines agricoles et de combattre dans les armées spartiates, sont durement traités, principalement en raison de leur supériorité numérique sur ceux qui les asservissent.
Dans l'ensemble, les esclaves sont surtout employés aux tâches domestiques, dans le commerce, comme laboureurs sur les propriétés terriennes, ou comme marins et rameurs. Lorsqu'ils sont au service d'un particulier, il n'est pas rare que se développent des rapports humains entre eux et le maître.
"Ne châtiez pas vos esclaves quand ils sont en état d'ivresse, sinon on vous croira ivre vous-même." (Cléobule de Lindos 630-560 av. J.-C.)
"(...) En Attique, les esclaves, qui constituaient un quart de la population, jouissaient de droits assez étendus. Employés dans les mines, sur la flotte, dans les services publics, beaucoup moins dans les exploitations agricoles, ils font concurrence, dans les petits ateliers, aux travailleurs de conditions libres. Mais les effets de cette concurrence sont atténués par l'usage de plus en plus répandu de leur accorder un salaire qui bien souvent paraît avoir été égal à celui de l'homme libre... Juridiquement protégé contre les mauvais traitements, la situation de l'esclave était douce en général : les amis du bon vieux temps regrettaient en vain que rien dans les rues d'Athènes, ne le distinguât, et qu'il eût pris l'habitude de ne point céder le pas à l'homme libre." 3
Le philosophe stoïcien, Epictète (+ 125/130), écrit (Entretiens I 29) : "Un homme n'est pas le maître d'un autre homme."


Rome

L'esclavage romain diffère sous plusieurs aspects importants de celui de l'antiquité grecque. Les maîtres romains ont plus de droits sur leurs esclaves, y compris le droit légal de vie et de mort. L'esclavage est également beaucoup plus nécessaire au système économique et social de Rome, en particulier durant la période de l'Empire, qu'il ne l'a été à la Grèce.
Les Romains, qui possèdent souvent de grandes demeures en ville et à la campagne [les latifundia = domaines agricoles], ont besoin d'un grand nombre d'esclaves pour gérer efficacement leurs foyers. La politique expansionniste mettant à rude épreuve la main-d'œuvre romaine, de grands contingents d'esclaves étrangers doivent être importés pour combler les besoins de main-d'œuvre agricole. D'ailleurs, chez les Romains, "servus" qui signifie esclave (servus vient de servare = sauver, préserver, conserver, épargner) est devenu synonyme d'étranger.
Le principal moyen d'acquérir des esclaves est la guerre. Des dizaines de milliers de prisonniers de guerre sont amenés à Rome pour y être réduits en esclavage (Jules César aurait ramené un million de Celtes, faits prisonniers pendant la guerre des Gaules, qu’il vendit en dix ans).
Au IIe siècle, il y a, à Rome, 20 000 citoyens libres pour 400 000 esclaves.
Les personnes reconnues coupables de crimes graves et les débiteurs qui se vendent, eux-mêmes ou des membres de leurs familles, pour rembourser leurs dettes, ou encore les enfants non reconnus par leur père, constituent d'autres sources d'approvisionnement en esclaves.
Les esclaves antiques sont tatoués : le signe est placé sur le front ; les Romains les appellent par dérision les "lettrés" ou les "ciselés".
Les révoltes d'esclaves se terminent par des carnages : celle de Herdonius en 460 avant J.-C. et surtout celle de Spartakus, de 73 à 71 av. J.-C., la plus importante, à l'issue de laquelle la peine la plus infamante, la crucifixion, est appliquée pour l’exemple aux 6.000 survivants le long de la route qui mène de Capoue à Rome.
"On m’a acquis pendant la guerre. On m’a amené à Rome pour y être réduit en esclavage. Nous, les esclaves, nous étions vendus sur les forums, par exemple près du temple de Castor et Pollux. Les Romains nous achetaient pour entretenir leurs grandes demeures. Un ami à moi, Spartacus, s’est révolté avec d’autres esclaves et cela s’est mal fini pour eux. C'était un grand homme. Notre espoir s’est envolé." (Anonyme).
"Je suis esclave pour le même maître depuis cinq ans. Ce même maître veut m’affranchir pour que je devienne son client ; pour cela, il faut que je porte un bonnet conique et que je m’agenouille devant lui pour qu’il me donne mon dernier coup de fouet. Après, je serai entièrement libre." (Anonyme).
Caton (234-149 av. J.-C.), dans son De re rustica, conseille de rationner la nourriture à "cinq livres de pain depuis l’instant où les esclaves commencent à bêcher jusqu’à la maturité des figues ; pour le reste du temps, la ration sera réduite à quatre livres."
En 4 de notre ère, la Lex (loi) Aelia Sentia régit l'acte privé de libération des esclaves ; elle défend qu'aucun esclave marqué d'un fer rouge, ou qui aurait subi la torture, ne puisse jamais obtenir la citoyenneté romaine ; elle établit que pour pouvoir affranchir, il faut être âgé de vingt ans au moins, et que, pour pouvoir être affranchi, il faut avoir trente ans accomplis.
En 43, un édit de l'empereur Claude applique la peine de l'homicide au maître qui tue son esclave infirme ou malade. En 47, un autre édit de Claude recommande aux maîtres la douceur et le respect pour les esclaves et les affranchis (les abus restent nombreux malgré l’émergence d’un réel humanisme inspiré par les stoïciens).
Le philosophe Sénèque (mort en 65) s’élève contre la condition faite aux esclaves et aux gladiateurs : « Cet univers que tu vois, où sont compris les dieux et les hommes, est une seule et même chose. Nous sommes les membres d'un grand corps (…) La nature nous a créés parents, puisqu'elle nous a formés des mêmes éléments et pour les mêmes destinées ; elle a mis en nous un mutuel amour et nous a faits sociables (...) Qui oserait borner la libéralité à ceux qui portent la toge ? La nature nous commande d'être utiles aux hommes, qu'ils soient esclaves ou libres, ingénus ou affranchis, libérés devant le magistrat ou devant deux amis, qu'importe ? Partout où est l'homme, il y a lieu de faire du bien. » Il écrit à son ami Lucilius : « Je suis aise d'apprendre, par ceux qui viennent de ta part, que tu vis amicalement avec tes esclaves ; cela convient à ta sagesse, à ton savoir. Ce sont des esclaves ? Non, mais des hommes. Ce sont des esclaves ? Non, mais des compagnons. Ce sont des esclaves ? Non, mais des amis soumis. Ce sont des amis ? Non, mais des compagnons d'esclavage, si l'on réfléchit que nous sommes tous, eux et nous, également sujets aux caprices de la fortune… »
En 83, il est interdit de castrer les esclaves à Rome.
L'empereur Hadrien (117-138) "prive les maîtres du pouvoir arbitraire de vie et de mort sur leurs esclaves ; et, s’ils méritaient la peine capitale, il voulut qu’ils y fussent condamnés par sentence des juges. Il défendit de vendre des esclaves, de l’un ou de l’autre sexe, à un maître de gladiateurs, ou au chef d’une maison de prostitution, sans l’autorité du juge" (Aelius Spartianus, Vie de l’empereur Adrien).
En 303, l'empereur Dioclétien (284-305) dépouille les chrétiens de leurs droits de citoyens et d'hommes libres et réduit à la condition d'esclaves dans les bains et autres endroits publics les jeunes filles chrétiennes qui refusent d'assister aux sacrifices païens.


Les Germains et les Celtes

Tacite (v. 55-v. 120) rapporte que l'ardeur effrénée des Germains pour les jeux de hasard les entraîne souvent à jouer leurs femmes, leurs enfants, et même leur propre liberté : « Le vaincu se livre lui-même ; il se laisse enchaîner et vendre.»
La société celte est divisée en classes : la noblesse regroupant les familles qui dirigent chaque tribu, des fermiers libres qui sont également soldats, des artisans et des esclaves.
Les Gaulois du temps de Cicéron (106-43 av. J.-C.) regardent comme une chose honteuse le travail de la terre (De Republ. III, VI) : c'est donc l'esclave qui laboure, sème et récolte.


Les Chinois

En Chine, en 35, deux ordonnances de l’empereur Guang Wudi (23-55) protègent la vie et la personne de l'esclave : « Parmi les créatures du ciel et de la terre, l'homme est la plus noble. Ceux qui tuent leurs esclaves ne peuvent dissimuler leur crime. Ceux qui osent les marquer avec le feu seront jugés conformément à la loi. Les hommes marqués par le feu rentreront dans la classe des citoyens. »
En 107, lorsque le jeune An-ti (ou Ngan-ti) devient empereur de Chine, un prince japonais lui fait cadeau de 160 esclaves.


Le christianisme

Le problème de l'esclavage se pose dans les communautés chrétiennes du monde gréco-romain. Paul le rencontre notamment à Corinthe. Sa réponse est très ferme : ce qui importe désormais, ce n'est pas telle ou telle condition sociale, c'est l'appel de Dieu (I Corinthiens 7,17). L'esclave fera donc son devoir de chrétien en servant son maître "comme le Christ" (Ephésiens 6,5-8). Le maître chrétien comprendra, lui, que l'esclave est son frère dans le Christ ; il le traitera fraternellement (Eph. 6,9) et peut-être même, dans une circonstance exceptionnelle, saura l'affranchir (Philémon 14-21). Dans l'homme nouveau, en effet, la vieille antinomie esclave/homme libre n'existe plus ; ce qui importe seul, "c'est d'être une créature nouvelle" (Galates 3,28 ; 6,15) ; le message du Christ s'adresse à l'humanité entière, aux hommes libres aussi bien qu'aux esclaves.
Paul écrit à Timothée (Première Epitre de Paul à Timothée 1,9-10) : « En effet, comprenons bien ceci : la loi n’est pas là pour le juste, mais pour les gens insoumis et rebelles, impies et pêcheurs, sacrilèges et profanateurs, parricides et matricides, meurtriers, débauchés, pédérastes, marchands d’esclaves, menteurs, parjures, et pour tout ce qui s’oppose à la sainte doctrine. » 9
Dans sa première Epître, l'apôtre Pierre recommande aux esclaves "d'être soumis avec craintes à leurs maîtres".
A la suite des apôtres et à leur exemple, les Pères de l'Église ont approuvé l'esclavage.
Ignace (+ 115), évêque d'Antioche, recommande aux esclaves de l'Église de servir avec zèle en vue de la gloire de Dieu, et de ne point désirer la liberté de peur de devenir esclaves de leurs passions.
Calixte Ier, pape de 217 à 222, fils d’esclaves d’origine grecque, approuve les mariages entre esclaves et personnes libres.
Tertullien (+ 230/240) témoigne que le titre de chrétien est, pour l'esclave, un sûr garant de sa fidélité.
Après avoir cité l'épître aux Ephésiens, Basile de Césarée (+ 379) s'exprime ainsi : « Ceci prouve que l'esclave doit obéir à ses maîtres en toute bonté de cœur et pour la gloire de Dieu ». Il rappelle la conduite de l'apôtre Paul à l'égard d'Onésyme, esclave fugitif qu'il renvoya à son maître avec prière de le recevoir en grâce, et veut que tout esclave qui se réfugie dans un cloître soit admonesté, amélioré et renvoyé à son maître.
Selon Jean Chrysostome (+ 407), l'esclave qui obéit aux ordres de son maître remplit les préceptes de Dieu ; cependant il souligne l’importance de la communauté des biens, du travail et la nécessité de la libération des esclaves.
Pour Augustin d'Hippone (+ 430), c’est le péché "qui fait que l’homme tient l’homme dans les chaînes et toute sa destinée ; et cela n’arrive que par le jugement de Dieu, en qui il n’est point d’injustice, et qui sait mesurer les peines aux démérites". A son avis, les Blancs, en réduisant les Noirs en esclavage, faisaient une bonne action puisqu’elle permettait aux Noirs d’expier la faute biblique de leur ancêtre Cham, fils de Noé, maudit par son père pour avoir ri de sa nudité et voué à servir ses deux frères : Japhet (le Blanc) et Sem (le Sémite).
"Quand même, dit Isidore de Péluse (+ 449) à l'esclave chrétien, quand même la liberté te serait offerte, je te conseille de rester dans l'esclavage ; il te sera alors beaucoup moins demandé, parce que tu auras servi et ton maître dans le ciel et ton maître sur la terre."

L'adoption du christianisme comme religion officielle par l'Empire romain et son extension à l'Europe et à certaines parties du Moyen-Orient durant le Moyen Age contribuent à améliorer la condition des esclaves, sans toutefois éliminer la pratique de l'esclavage.
Le 3 juillet 321, l'empereur Constantin Ier autorise l'affranchissement des esclaves par déclaration dans les églises le dimanche.
L’exploitation des terres dans l’Empire romain est, à partir du IIe siècle de notre ère, davantage dévolue aux colons, paysans libres mais cependant attachés à une terre, dont le statut rappelle le servage qui va peu à peu remplacer l’esclavage en Occident, après la chute de Rome et les invasions barbares, entre le Ve et le Xe siècle.
Guizot remarque qu'au moment des invasions, l'esclavage devint plus rigoureux, et que les adoucissements apportés par la civilisation romaine à cet esclavage disparurent : « Les Germains, une fois transplantés sur le sol romain, durent saisir assez mal la distinction des colons et des esclaves. Tous les hommes employés à la culture des terres durent être pour eux des colons, et les deux classes se confondirent souvent sans doute dans leurs actions comme dans leurs idées. »


En 421, en Mésopotamie, Acace, évêque d'Amida (Diarbekir), vend les vases d'or et d'argent de son église pour racheter sept mille captifs persans qu'il renvoie dans leur patrie.

Deogratias (+ 457/458), évêque de Carthage, rachète de nombreux captifs amenés par les Vandales.

En 461/462, les officiers africains Archinime, Sature, Armogaste et Masculeas, qui confessent la foi catholique, sont réduits en esclavage par les Vandales ariens près de Carthage en Afrique du Nord. 8

L'esclavage chez les Francs ne ressemble plus à l'esclavage des derniers temps de l'Empire romain ; il a pris un caractère de dureté que l'on ne trouve que dans les premières sociétés où l'état de guerre est pour ainsi dire un état normal et où tout esclave est un ennemi vaincu. La loi admet en principe que l'esclave est une chose ; elle l'assimile aux animaux domestiques.
En 482, Rémi, l’évêque de Reims, écrit au roi Clovis : « Secourez les malheureux, protégez les veuves, nourrissez les orphelins… Que votre tribunal reste ouvert à tous et que personne n’en sorte triste ! Toutes les richesses de vos ancêtres, vous les emploierez à la libération des captifs et au rachat des esclaves. Admis en votre palais, que nul ne s’y sente étranger ! Plaisantez avec les jeunes, délibérez avec les vieillards ! »

Epiphane (+ 496), évêque de Pavie en Lombardie, rachète les captifs.

Le premier concile d’Orléans, ouvert le 10 juillet 511 en présence de Clovis, établit le droit d'asile et précise que l’esclave en fuite ne sera rendu à son maître que si celui-ci jure de ne pas le punir. Il décrète que l'esclave ordonné diacre ou prêtre à l’insu de son maître est libéré d’office ; l’évêque doit cependant dédommager le maître.

En 524, le Concile de Lyon interdit de réduire en esclavage un homme libre 20.

Le roi ostrogoth Théodoric (+ 526), installé à Ravenne, édicte : « Quand une maison aura été incendiée pour cause d'inimitié, si le coupable est esclave domestique, ou colon, ou originaire, il sera brûlé ; si c'est un homme libre qui a commis le crime, il sera condamné à payer les dommages (…) Que tout maître ait le droit de tirer de ses champs les esclaves rustiques des deux sexes qu'il possède de corps et en droit légitime, fussent-ils originaires, pour les transférer aux lieux de son domaine, ou les appliquer aux services de la ville, et qu'ils soient, à bon droit, comptés dans la famille urbaine. Qu'il soit permis aux maîtres d'aliéner, par contrat, les hommes de ladite condition, sans aucune portion de la terre, ou de les céder, de les vendre à qui bon semblera, ou de les donner. »

Pourçain (ou Portien), abbé dans l'Allier, qui fut esclave dans sa jeunesse, s'oppose à Thierry Ier, roi mérovingien d'Austrasie (511 à 534), pour obtenir l'affranchissement des esclaves auvergnats.

Domnus (Domnin), évêque de Vienne sur le Rhône (de 530 à 538), rachète les prisonniers de guerre vendus comme esclaves.

Valentinien (+548), évêque de Coire en Suisse, rachète des captifs avec ses propres ressources.

Germain, évêque de Paris de 555 à 576+, libère systématiquement les prisonniers et les esclaves.

En 567, le IIe concile de Lyon, présidé par Philippe, l'évêque de Vienne sur le Rhône, décrète que "ceux qui retiennent injustement dans l'esclavage des personnes libres sont excommuniés" 23.

En 581, le 1er concile de Mâcon, assemblé par le roi Gontran et présidé par Priscus, évêque de Lyon, proclame que tout esclave chrétien pourrait être racheté à raison de douze sous.

Le 1er novembre 583, le concile de Mâcon permet aux chrétiens de racheter aux Juifs des esclaves pour 12 sous, soit pour leur donner la liberté, soit pour les prendre à leur service.

En 585, la famine qui ravage la Gaule contraint les pauvres à accepter d'être réduits en esclavage contre un peu de nourriture.

Le pape Grégoire Ier le Grand (590-604) affranchit ses esclaves et fait acheter en Gaule de jeunes esclaves anglais pour les faire élever dans des monastères (afin qu’ils deviennent des missionnaires pour la Grande-Bretagne).
En 591, Grégoire Ier blâme l’évêque de Terracine (Latium, ndlr) qui a expulsé les Juifs de leur synagogue (en mars) : le pape veut les convertir par la douceur, mais les empêcher de posséder des esclaves chrétiens 7.
Suivant l'exemple du pape Grégoire, Aulus (Aule ou Augule), évêque de Viviers (Ardèche) au 7e siècle, rachète les captifs et les esclaves qu'il peut, et supprime totalement l'esclavage sur les terres de son diocèse.

Le 5 mai 614, les Perses du roi Chosroès II prennent Jérusalem : 35 000 habitants sont vendus comme esclaves.

Didier (Desiderius), évêque d’Auxerre de 603 à 621, achète la liberté de plus de deux mille serfs 22.


L’islam

Dès ses débuts, en 622 21, l'islam reconnaît l'institution de l'esclavage.
"Dieu vous a élevés les uns au-dessus des autres dans les moyens de ce mode ; mais ceux qui ont obtenu une plus grande portion ne vont point jusqu'à faire participer leurs esclaves à leurs biens au point que tous soient égaux. Nieront-ils donc les bienfaits de Dieu ?" (Coran XVI, 74, 10).
"Allah a favorisé les uns d'entre vous par rapport aux autres dans (la répartition) de Ses dons. Ceux qui ont été favorisés ne sont nullement disposés à donner leur portion à ceux qu'ils possèdent de plein droit (esclaves) au point qu'ils y deviennent associés à part égale. Nieront-ils les bienfaits d'Allah ?" (Coran XVI, 71 4)
Le prophète Muhammad invite ses disciples à traiter les esclaves avec bonté : « Si quelqu’un de vos esclaves vous demande son affranchissement par écrit, donnez-le-lui si vous l’en jugez digne. » (Coran XXIV, 33). « L'esclave étranger qui déserte sa patrie pour passer en pays musulman, et y professer la doctrine du Coran, acquiert sa liberté [.] Le fidèle qui affranchit son semblable s'affranchit lui-même des peines de l'humanité et des tourments du feu éternel. »
Propriété du maître, l'esclave, blanc ou noir, est acquis et transmis comme tout autre bien ; s'il se marie avec une esclave, ses enfants seront soumis à la même condition. La femme esclave peut être concubine de son maître, qui peut aussi l'épouser, mais seulement après l'avoir affranchie ; de toute manière elle bénéficie à la naissance d'un enfant de privilèges spéciaux. Il est toujours possible d'affranchir l'esclave par disposition testamentaire, lui-même peut aussi se racheter par paiement d'une somme fixée à l'avance ; l'affranchi (maulâ) est rattaché à la tribu de son patron, qui demeure son tuteur naturel. Dans les familles l'esclave est généralement bien traité et tient souvent une place importante, mais il en va tout autrement des esclaves employés à l'exploitation des grands domaines.
Les peuples africains ont pour coutume de réduire en esclavage les membres des tribus ennemies capturés.
C’est cependant avec l’essor de l'islam que la traite se développe sur le continent : des populations entières sont soumises par les conquérants arabes qui organisent deux principaux réseaux de traite, le premier, transsaharien, alimentant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le second en direction de la péninsule arabique.
Au Sahara, les caravanes se développent considérablement après l’arrivée des Arabes.
Au plus fort des échanges commerciaux transsahariens, l’or et les esclaves sont les principales marchandises expédiées vers le Nord (Fès, Tunis et Tripoli notamment).


627 : massacre des Banu Qurayza, la troisième tribu juive de Médine, par les troupes de Mahomet : les hommes et les adolescents sont tués, les femmes et les enfants réduits en esclavage.

Nommé "monétaire" (fabricant de la monnaie de l’Etat) à Marseille, Eligius (Eloi) rachète de nombreux esclaves que l’on vend sur le port. Devenu évêque de Noyon et Tournai en 641, le bon saint Eloi (v. 588-660), touché par le sort des prisonniers de guerre, notamment des Saxons, que l'on vend comme esclaves par troupeaux, les rachète pour les libérer.
Domnus (+ 657), évêque de Vienne sur le Rhône, rachète également beaucoup de prisonniers de guerres vendus comme esclaves.

En Espagne, Chindaswinthe, élu roi des Wisigoths en mai 642, fait mettre à mort ou réduire en esclavage 700 aristocrates qui prétendent s’opposer à sa toute puissance.

En 643, les Arabes, dirigés par le calife Omar, atteignent la Tripolitaine et réduisent en esclavage les femmes et les enfants au profit de l'armée musulmane.

De 652 à 1276, les Arabes envoient chaque année des esclaves de la Nubie vers le Caire.

La reine mère Bathilde (veuve de Clovis II) qui exerce la régence de 657 à 659, rend la vente et l'achat d'esclaves définitivement illégaux, sans toutefois obliger les propriétaires, souvent d'ancienne origine gallo-romaine, des grandes exploitations d'affranchir les leurs immédiatement. Le système finit par s'éteindre. Quant aux captifs venus de l'étranger, et proposés à la vente comme on dirait aujourd'hui, elle décréta qu'ils devenaient obligatoirement libres sur le sol franc 24. Elle s’efforce aussi d’interdire la vente des enfants.

Wilfrid, archevêque d'York de 664 à 709, affranchit 150 esclaves des deux sexes qu'il a reçus en présent d'un prince saxon converti par lui.

Bonnet, préfet de Marseille vers 677 (puis évêque de Clermont en 691), s’oppose au commerce des esclaves.


Les pirates

Le Roussillon, le Languedoc et la Provence pratiquent les rafles d’esclaves sur les rivages orientaux ; ils continueront pendant tout le Moyen Âge (Chronique de Morée).
Les pirates sont d’efficaces pourvoyeurs d’esclaves : ils attaquent les bateaux en pleine mer et en capturent les occupants, ou se livrent à des razzias sur les populations côtières.
La piraterie en Méditerranée, est aussi exercée par des Grecs, des Slaves de Dalmatie, des Italiens, puis par les Vikings.
Cette pratique se perpétue au fil des siècles, connaissant même un regain de vigueur à partir du IXe siècle avec les pirates barbaresques d’Afrique du Nord qui vivent en grande partie du commerce d’esclaves chrétiens qu’ils revendent à Alger, Tunis ou Tripoli. Les côtes méditerranéennes sont dévastées par les Sarrasins qui poursuivent les populations jusque dans l’intérieur du pays.


En 682, le roi Wisigoth Ervige oblige les propriétaires à amener à l’armée le dixième de leurs esclaves en armes.

En 694, le concile de Tolède (royaume wisigoth) décrète l’asservissement des Juifs et la confiscation de leurs biens.

En 702, devant la multiplication des fuites d'esclaves, Égica, roi des Wisigoths, promulgue une loi selon laquelle tout individu suspect peut être arrêté et torturé pour lui faire avouer son éventuelle servitude. 35

718 : les Arabes réduisent 10 000 Caucasiens en esclavage.

Le pape Zacharie (741-752) empêche des marchands vénitiens d'emmener des esclaves en Afrique, parce qu'ils sont baptisés.

En mars 779, à Herstal, un capitulaire de Charlemagne interdit le commerce des esclaves, dont le centre en Occident est Verdun (ce commerce, très lucratif, continue néanmoins).

787 : 2ème concile de Nicée : « Vu que certains sectateurs de la religion juive dans leur erreur ont imaginé de se moquer du Christ notre Dieu, feignant d'être chrétiens et reniant le Christ en secret, en gardant en cachette le sabbat et accomplissant d'autres rites de la religion juive : nous ordonnons qu'on n'admette de telles gens ni à la communion, ni aux offices, ni à l'Église, mais qu'ils restent juifs selon leur propre religion, et qu'ils ne fassent point baptiser leur enfant, ni n'achètent ou possèdent un esclave... » (8ème canon). « Défense aux femmes, soit libres, soit esclaves, d'habiter dans les maisons épiscopales ou dans les monastères. » (18ème canon)

Benoît d'Aniane (+821), moine bénédictin, refuse que son monastère, fondé en 807, possède des serfs.

Smaragde (+826), abbé de Saint-Mihiel, supplie Louis le Débonnaire d'abolir l'esclavage.

L'archevêque de Bremen-Hambourg (IXe siècle) vend ses vases sacrés et son cheval pour racheter des esclaves.

811 : Yémen, fondation de Zabid, ville-marché aux esclaves noirs.

838 : mi-août, sac d’Amorium en Anatolie occidentale par le califat abbasside : la plupart des habitants sont massacrés et les autres réduits en esclavage.

Vers 841, les Vikings installent à Dublin un marché d'esclaves.


Les Vikings

La société des Vikings danois est fondée sur l’esclavage, mais l’esclave peut facilement racheter sa liberté par son travail. La société repose à la base sur les boendr, les guerriers paysans libres qui ont accès au thing, l’Assemblée saisonnière des hommes libres qui décide des affaires de la communauté. Au sommet, couronnant l’édifice, une noblesse clanique, les jarls, élit les rois. Cette structuration se retrouve dans toute la Scandinavie.


17 juin 845, ouverture du concile de Meaux qui interdit la vente d’esclaves païens aux Juifs et aux païens.

848-849 : pillage des îles Baléares par la flotte de l’émir de Cordoue : de nombreux chrétiens capturés sont vendus comme esclaves.

869-883 : l'Irak connaît une révolte des esclaves noirs originaires du Zanj (Zanzibar) réprimée par Al-Muwaffaq, demi-frère du calife Al-Mu`tamid.

En 870, Malte tombe aux mains des Arabo-berbères : la population se convertit pour ne pas être emmenée en esclavage, l'île devient la plaque tournante de l’esclavage. Roger de Hauteville, comte normand de Sicile, s’emparera de Malte en 1090 et mettra fin à ce trafic d’esclaves.

En septembre 873, le pape Jean VIII adresse sa Lettre Unum est aux princes de Sardaigne : "Il est une chose pour laquelle nous devons paternellement vous admonester ; si vous ne la corrigez pas, vous encourrez un grand péché, et par elle ce ne sont pas les gains que vous accroîtrez, comme vous l'espérez, mais bien plutôt les dommages. Comme nous l'avons appris, à l'instigation des Grecs, beaucoup qui ont été enlevés captifs par les païens sont donc vendus dans vos régions et, après avoir été achetés par vos compatriotes, ils sont gardés sous le joug de l'esclavage ; alors qu'il est avéré qu'il est pieux et saint, comme il convient pour des chrétiens, que lorsqu'ils les ont achetés des Grecs, vos compatriotes les renvoient libres pour l'amour du Christ, et qu'ils reçoivent leur récompense non pas des hommes, mais de notre Seigneur Jésus Christ lui-même. C'est pourquoi nous vous exhortons et nous vous commandons, avec un amour paternel, si vous leur avez acheté des captifs, de les laisser aller libres pour le salut de votre âme."

En 876, le doge de Venise interdit vainement le commerce des esclaves slaves de la côte dalmate.

Rambert (+ 888), évêque de Brême, vend les vases sacrés de son Église pour racheter certains de ses fidèles capturés par les Normands.

Au Xe siècle, le royaume chrétien d’Aksoum (Ethiopie) est dévasté par les troupes d'une reine juive ou judaïsante : les églises sont brûlées et de nombreux habitants emmenés en esclavage.

903 : raid musulman sur Thessalonique : 20 000 prisonniers, la plupart chrétiens, sont réduits en esclavage.

Le 8 septembre 911, un pacte de non-agression est signé entre les Russes et Constantinople ; en outre les Byzantins favorisent l’importation d’esclaves amenés par les Russes en octroyant une réduction de moitié du "kommerkion" (taxe de 10% sur l’exportation, l’importation et la circulation de marchandises) par une sous-estimation de 50% (les esclaves sont utilisés sur place ou réexportés dans le monde musulman).

Pierre le Thaumaturge (+ 922), évêque d’Argolis en Grèce, rachète les otages gardés comme esclaves par les pirates barbares de l'île de Crète 26.

Le duc de Bohême, Venceslas (+ 929), rachète des foules d’esclaves païens sur le marché de Prague pour qu’ils soient baptisés 19.

En 973, à Tourtour et à La Garde-Freinet (83), Guillaume le Libérateur, comte d’Avignon, bat les Sarrasins qui quittent la Provence ; les Sarrasins capturés sont baptisés et réduits en esclavage.

En 996 et 997, une révolte de paysans en Normandie est durement réprimée (de nombreuses jacqueries, plus ou moins brèves, plus ou moins violentes, plus ou moins locales, éclateront au cours des siècles jusqu’à la Révolution).
A partir du XIe siècle, de nombreux serfs de France obtiendront leur affranchissement.

En 1006, à Mecklembourg, le roi de Germanie Henri II fait fermer le dernier marché d’esclaves du Saint Empire romain germanique.

En 1019, Mahmud, chef militaire turc, rentre à Ghazni (Afghanistan) avec un butin énorme, fruit du pillage des temples indiens, et 53 000 esclaves.

Isarnus, abbé de Saint-Victor de Marseille (+1047) se rend en Espagne pour racheter aux Sarrasins les moines de Lérins qu'ils avaient emmenés en captivité après la dévastation de leur monastère.

En 1051, à l’instigation du pape Léon IX, un concile, tenu à Rome, décide que les femmes qui se prostituent à des prêtres seront adjugées comme esclaves au palais de Latran.

Avec l'arrivée des Normands (1066) en Angleterre, l'esclavage ancien est aboli : il ne reste que la servitude de la glèbe.

Domingo (Dominique) abbé de Saint-Sébastien à Silos en Vieille-Castille (+1073) rachète des esclaves chrétiens détenus par les Maures.

1077 : sur le marché aux esclaves du Caire, des milliers de femmes berbères d'une tribu révoltée sont mises en vente.

1084 : Guiscard le Normand saccage Rome et capture des habitants qu’il vend comme esclaves.

1087 : Les Pisans et les Génois battent les berbères Zirides à Madhia en Tunisie, libèrent les esclaves européens et mettent la ville à sac (butin évalué à 300 000 pièces d'or) ; ils obtiennent des privilèges commerciaux dans l'émirat ziride.

1090 : le comte normand de Sicile, Roger de Hauteville, s’empare de l'île de Malte et met fin au trafic d’esclaves.

Après le XIe siècle, les régions côtières du Kenya sont dominées par les Swahilis, négociants arabes, originaires du sud de la péninsule Arabique. Ils créent des comptoirs zenj (mot désignant l'homme noir), dont les plus importants furent Malindi et Mombasa. De là, ils contrôlent le commerce avec l'intérieur (esclaves, ivoire et plumes d'autruche). Ces ports constituent un maillon essentiel pour le commerce de l'Océan Indien.

Anselme (+ 1109), archevêque de Canterbury, se signale par son zèle en faveur des esclaves.

Les évêques irlandais, assemblés à Armagh (XIIe siècle), affranchissent les esclaves anglais.

Jusqu'au XIIe siècle, les mariages conclus sans l'autorisation du maître sont considérés comme nuls. Le pape Adrien IV (1154-1159), d'origine servile, les déclare valables au nom de l'Église mais laisse aux maîtres la faculté de réclamer une indemnité pécuniaire.

En 1179, le troisième concile du Latran défend aux Juifs et aux Sarrasins d'avoir chez eux des esclaves chrétiens sous quelque prétexte que ce soit.

En 1182, 4 000 occidentaux "latins" sont vendus aux Turcs comme esclaves par les Byzantins.

Le 2 octobre 1187, Saladin s’empare de Jérusalem (assiégée depuis le 20 septembre) sans effusion de sang ; il libère les habitants contre rançon mais 11 000 à 16 000 jeunes gens pauvres sont envoyés en esclavage.

En 1194, à Cerfroid dans l'Aisne, Jean de Matha et Félix de Valois fondent l’Ordre mendiant de la Très Sainte Trinité pour le rachat des chrétiens captifs dans les États barbaresques (Cervantès, l'auteur de Don Quichotte, sera racheté par les Trinitaires en 1598 à Alger) ; l'ordre est approuvé par le pape Innocent III le 17 décembre 1198 par la bulle Operante divine dispositionis.

Le 4 août 1197, les Sarrasins prennent Toulon : ils massacrent la population ou l'emmènent en captivité.

Le 10 août 1218, à Barcelone, Pierre Nolasque et Raymond de Peñafort, soutenus par Jacques d’Aragon, fondent l’Ordre de la Merci pour racheter les chrétiens prisonniers des Sarrasins (60 000 seront rachetés jusqu’en 1779).

Le sultan ayyubide al-Salih Nadjm al-Din Ayyub (1240-1249) achète, comme ses prédécesseurs, un grand nombre d’esclaves originaires en particulier des steppes turques. Il forme, avec eux, un régiment d’élite de 800 à 1 000 cavaliers, qui tient garnison dans l’île de Rodah sur le Nil, d’où leur nom de Bahrites (de bahr = mer, fleuve).

Le 18 mai 1291, le sultan Malik Ashraf Khalil prend Saint-Jean d’Acre, dernier bastion chrétien : les Francs capturés sont vendus comme esclaves.

Dès le XIVe siècle, dans les principautés roumaines, les Rom sont réduits en esclavage pour compenser la crise économique et démographique causée par l’avancée des Turcs. Les rebelles, appelés "netoti" (fous), se réfugient dans les forêts et tiennent tête aux autorités. Cet esclavage de 5 siècles ne prendra fin qu’en 1857 lorsque Bucarest, suite à l'intervention de Napoléon III en 1856, édictera une loi les affranchissant et les laissant ainsi libres de reprendre leur vie errante.

Le 3 juillet 1315, un édit du roi de France, Louis X le Hutin, affirme que "selon le droit de nature, chacun doit naître franc" (c'est-à-dire libre) et que "le sol de France affranchit l'esclave qui le touche". Le 11, Louis X affranchit les serfs du domaine royal contre finances (vente de chartes d’affranchissement) dans deux bailliages seulement (Senlis et Vermandois).

L’empereur du Mali, Kankan Moussa, fait le pèlerinage à La Mecque de 1324 à 1325 ; les chroniqueurs arabes racontent que des milliers de personnes lui font cortège, dont cinq cents esclaves portant les attributs du pouvoir, tous objets en or.


Les Ottomans

La puissance de l'État ottoman, comme les récits de conquête en témoignent, repose sur l'armée.
Les premières forces ottomanes sont constituées par les cavaliers ghazis (sipahis), motivés par leur idéal religieux et par une rémunération tirée des terres conquises. Mais aussi habiles et vaillants qu'ils soient, les ghazis ne suffisent pas à fonder une puissante armée. Ce sont surtout les jeunes chrétiens des territoires passés sous domination ottomane, enlevés dans leurs foyers et entraînés au métier des armes, qui confèrent sa puissance à l'armée ottomane.
L'enlèvement est utilisé dès le règne d'Ohrhan Gazi (1326-1359). Son fils, Murât Ier, véritable fondateur de l'Empire, fonde le corps d'élite des janissaires, constitué par ces esclaves, qui vont également fournir des fonctionnaires à l'administration.


1331 : l’écrivain voyageur marocain, Ibn Battuta, visite les sultanats esclavagistes de Kilwa et Mogadiscio.

En 1337, à Laon, les serfs du domaine du chapitre de la cathédrale se révoltent.

1351 : Firuz Chah dirige le nord de l'Inde : 180 000 esclaves, destruction de temples hindous.

Une charte de 1368, par laquelle Enguerrand de Coucy affranchit les hommes de sa baronnie, en donne pour raison qu'ils la désertent parce que la servitude y existe encore.

1385 : Dan Ier, prince de Valachie, fait don au Monastère de Tismana d'une propriété terrienne et de 40 familles roms.

1398 : Tamerlan prend Delhi : chaque guerrier obtient 20 esclaves (selon le récit de Tamerlan lui-même).

Le peuple Wolof ou Ouolof, du Centre Ouest du Sénégal, est à l'origine du royaume de Dyolof au XVe siècle dont la langue est aujourd'hui parlée par les trois quarts des Sénégalais. Les Wolofs, également présents en Gambie, constituent environ 40 % de la population du Sénégal. Ils sont décrits pour la première fois comme un groupe distinct par des explorateurs portugais, qui entrent en contact, au XVe siècle, avec le royaume du Dyolof. Partiellement islamisé, celui-ci a unifié les petites principautés établies au sud du fleuve Sénégal. La société wolof ainsi constituée est organisée selon un système de castes, hiérarchisées selon la naissance (hommes libres ou esclaves) et selon la profession.

Au cours du XVe siècle, des négriers arabes d'Afrique du Nord transportent des Africains originaires d'Afrique centrale vers les marchés d'Arabie, d'Iran et d'Inde.

En Russie, Arsène, futur évêque de Tver (+1409), vend tous ses biens pour les pauvres, libère les serfs de ses terres et se fait moine.

Le 13 janvier 1435, la bulle Sicut Dudum du pape Eugène IV condamne l'esclavage des habitants noirs des îles Canaries : "Sous peine d'excommunication, tout maître d'esclave a quinze jours à compter de la réception de la bulle pour rendre leur liberté antérieure à toutes et chacune des personnes de l'un ou l'autre sexe qui étaient jusque-là résidentes desdites îles Canaries [...] Ces personnes devaient être totalement et à jamais libres et devaient être relâchées sans exaction ni perception d'aucune somme d'argent"

L'écrivain égyptien al-Abshihi (mort en 1446) écrit : « Y a-t-il plus vil que les esclaves noirs, de moins bon et de plus mauvais ? »

Le 18 juin 1452, la bulle Dum diversas du pape Nicolas V affirme la domination du royaume portugais sur les territoires qu'il découvre et donne au roi du Portugal Alfonse V "toute latitude pour soumettre les Sarrasins, païens et autres incroyants - voire les réduire à un esclavage perpétuel".

Le 29 mai 1453, au matin, Mehmed II, à la tête d'une armée de 150 000 hommes, prend Constantinople assiégée depuis le 5 avril et défendue par l’empereur Constantin XI Paléologue Dragasès qui est tué avec 7 000 de ses soldats. La population qui survit aux massacres (foule égorgée dans Sainte-Sophie) est réduite en esclavage.


La traite des esclaves par les Européens

L'exploration côtière de l'Afrique, l'invasion de l'Amérique du Nord et du Sud par les Européens au XVe siècle, et la colonisation des Amériques durant trois siècles, conduisent au phénomène moderne de la traite des esclaves.
Le Portugal, qui manque de main-d'œuvre agricole, est le premier pays européen à satisfaire ses besoins en main-d'œuvre en important des esclaves.
Le 21 août 1415, Jean Ier, roi du Portugal, s’empare de la ville de Ceuta (Maroc) : les musulmans capturés sont vendus à Lisbonne comme esclaves ; les parents des captifs offrent en échange des esclaves noirs.
Le 8 août 1444, les Portugais débarquent à Lisbonne une cargaison de "bois d’ébène" (235 esclaves noirs) en provenance du Sénégal et destinée à une région dévastée par la peste noire.
Le 8 janvier 1454, le pape Nicolas V (bulle Romanus Pontifex) autorise le roi du Portugal Alphonse V (dit l'Africain) à pratiquer la traite et l'esclavage négriers, à "soumettre tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ où qu'ils soient (...) de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle".
En 1455, les Portugais établissent, le long du fleuve Gambie, des comptoirs commerciaux à partir desquels la traite des Noirs est organisée.
Dès 1460, ils importent annuellement 700 à 800 esclaves venant des comptoirs commerciaux ou des forts établis sur la côte africaine. Ces esclaves sont des Africains, faits prisonniers par d'autres Africains et transportés sur la côte occidentale. L'Espagne s'engage bientôt dans la même voie mais, pendant plus d'un siècle, le Portugal monopolise littéralement le trafic africain.
En 1462, le pape Pie II blâme les chrétiens portugais établis en Guinée de réduire les néophytes nègres en servitude.

Lorsque l'explorateur portugais Diogo Cam atteint l'embouchure du Congo vers 1482, il trouve un royaume Kongo bien établi de part et d'autre du fleuve. Le royaume, gouverné par le Mani Kongo depuis la capitale Mbanza, au Nord de l'Angola actuel, prospère grâce au commerce avec les populations de l'intérieur du pays, échangeant outils et armes contre de l'ivoire. Les nouveaux arrivants furent bien accueillis par le souverain Kongo, Nzinga Nkuwu. En 1491, des commerçants et des missionnaires portugais apportent des cadeaux à la cour du roi, qui se convertit au catholicisme. La capitale du royaume prend alors le nom de Sao Salvador. Après la mort de Nzinga Nkuwu en 1507, son successeur, le mani Kongo Alphonse Ier (1505-1543), accepte de confier l'administration de son royaume aux Portugais. Cependant, les rapports se détériorent rapidement : les Portugais sont avant tout intéressés par le contrôle des mines d'or et le commerce d'esclaves, en plein essor au XVIe siècle. En 1668, le mani kongo Antonio tente de les chasser, mais il est vaincu et tué. Le royaume kongo disparaît.
Les Portugais s'appuient ensuite sur les Ngolas du royaume ndongo, au sud de la rivière Cuanza, territoire qui devient une colonie portugaise ; en réalité, un vaste territoire de chasse aux esclaves. Les Ngolas vont donner leur nom au pays (Angola). Les Portugais obtiennent d'eux la cession de Luanda, où ils fondent une ville qui devient le centre de la traite négrière à destination du Brésil et de Cuba. La traite se développe avec la complicité de certaines ethnies, les Portugais jouant des rivalités entre les unes et les autres. Sur le Cuango vivent les Djagas organisés pour la guerre et le pillage. Ils mènent des raids pour le compte des pombeiros, commerçants métis qui échangent vêtements, perles, vin et marchandises contre des esclaves. Plus au sud, sur le plateau de Bié, les Ovimbundus sont organisés en puissantes chefferies. Les Portugais construisent une forteresse sur le plateau, autour de laquelle se développe une population métisse. Mais, vers 1845, il n'y a encore que 1 800 Européens dans tout l'Angola. L'interdiction, en 1836, de l'exportation d'esclaves depuis l'Angola provoque le développement des plantations de café et de canne à sucre et l'essor, au détriment des tribus négrières, des populations du Centre et du Sud impliquées dans le commerce de l'ivoire et du caoutchouc. La traite, cependant, se poursuit dans les colonies portugaises au moins jusqu'en 1878, date à laquelle l'esclavage sera officiellement aboli. On estime qu'à la fin du XIXe siècle, 3 millions de personnes ont été déportées. L'ampleur de la traite en Angola explique le faible peuplement du pays.

Par la bulle Inter cætera du 3 mai 1493, le pape Alexandre VI partage les mondes découverts et à découvrir entre l’Espagne et le Portugal afin que "la loi catholique et la religion soient exaltées et partout amplifiées et répandues [...] et que les nations barbares soient subjuguées et réduites à la foi. La Terre appartient au Christ et le vicaire du Christ a le droit de disposer de tout ce qui n'est pas occupé par les chrétiens. Les infidèles ne sauraient être possesseurs d'aucune partie de la Terre."

Au début de la traite, on se contente de quelques centaines d’esclaves noirs par an. Puis la cadence s’accélèrera : plus de 2 millions au XVIIe siècle, près de 7 millions au XVIIIe siècle. En trois siècles, les Européens déporteront 11 millions de Noirs à partir du continent africain : parmi eux, environ 6 millions périront dont 1,5 millions durant le voyage, à cause des conditions de détention épouvantables. Malgré ces pertes importantes, les négriers feront d’énormes bénéfices, avec un rapport proche de 800 %, et amasseront des fortunes.
Selon l'historien Olivier Grenouilleau, la traite orientale a concerné 17 millions d'Africains entre 650 et 1920 et la traite occidentale 11 millions de Noirs entre 1450 et 1869. 40


Les Amérindiens

La plupart des peuples précolombiens d'Amérique pratiquent l'esclavagisme et le cannibalisme. Après une bataille, les vaincus sont faits prisonniers. S’ils ne sont pas immolés à une divinité ou mangés, ils servent d’esclaves et finissent parfois par être complètement intégrés en recevant une épouse.


En mars 1495, Christophe Colomb, qui a vaincu des Amérindiens au cours d'une bataille, en expédie un grand nombre en Espagne pour les vendre comme esclaves. La reine Isabelle marque toutefois son opposition et les survivants sont renvoyés.

1498 : mise en place des repartimentos. On attribue aux colons espagnols des communautés indiennes qu'ils peuvent utiliser comme force de travail, à condition de les nourrir et de les instruire dans la religion catholique.

Dès le XVIe siècle, le royaume du Bénin se lance dans la traite des esclaves pour répondre à une demande européenne toujours plus importante.
Au cours du même siècle, le sultanat des Foundjis (Soudan) dont la puissance est fondée sur la traite des Noirs, devient un État puissant et sa capitale se révèle l'un des foyers culturels les plus importants de l'islam.
Abéché, ville du centre du Tchad, est un centre de traite des esclaves pendant près de 300 ans.

Le 16 septembre 1501 : instruction des souverains espagnols au gouverneur des Indes occidentales Nicolás de Ovando autorisant l'introduction d'esclaves noirs en Amérique.

En avril 1502, dans l’évêché allemand de Spire, les paysans et les bourgeois se soulèvent contre l’oppression de la noblesse et du clergé, exigeant une société biblique, sans servage, et la redistribution des biens du clergé : les paysans, qui ont choisi un brodequin (bundschuh) comme emblème, sont écrasés.

Isabelle la Catholique, en 1503, puis Ferdinand d’Aragon, en 1512, ne permettent de réduire en esclavage que les Amérindiens cannibales.

En 1508, lors d'importants raids turcs en Slovénie, 200 000 prisonniers sont emmenés ou vendus en esclavage 27.

Le 22 janvier 1510, le roi Ferdinand d’Aragon autorise la vente de 50 puis de 200 noirs comme esclaves pour les Amériques. A Séville, la Casa de Contratacion délivre des licences pour l'importation d’esclaves africains en Amérique.

Le 21 décembre 1511, devant les colons de Saint-Domingue, le dominicain Antonio de Montesinos prêche (sermon vox clamantis in deserto) contre le droit de conquête et se demande si l’entreprise coloniale repose sur des motifs religieux ; il reproche aux colons d’avoir transformé en esclaves les travailleurs autochtones placés sous leur "protection" dans le cadres des "encomiendas" prévues, à l’origine, pour faire d’eux des employées recevant de leurs patrons une éducation religieuse ; il prononce une phrase célèbre : « Eux ne sont-ils pas des hommes. »
Le 27, les premiers esclaves guinéens, destinés à remplacer les Indiens décimés, sont débarqués à Cuba.

27 décembre 1512 : promulgation des Lois de Burgos pour la protection des Indiens d'Amérique ; elles instaurent l’encomienda, attribution de contingent de main-d’œuvre indigène aux colons du nouveau monde en échange d’une éducation chrétienne ; les colons espagnols vont pouvoir "protéger" les indiens qu'ils ont pour mission de "christianiser", puisque les esclaves noirs viendront décharger ceux-ci des tâches les plus rudes.

En 1514, Jean Lopez de Palacios Rubios publie Requierimiento, un document dénonçant les abus commis par les colons dans l'esclavage des Indiens et dans leur conversion à la religion catholique (par la force et la menace).

En 1516, le cardinal Cisneros, régent du royaume espagnol, suspend l’importation des esclaves africains aux Amériques et crée une commission d’enquête sur le sort des Indiens : la commission conclut au maintien de l’esclavage pour sauvegarder les Indiens.

En 1517, Charles Quint autorise le recrutement des esclaves en Afrique afin que, selon la thèse de Las Casas, "leur service aux mines et dans les champs permette de rendre moins dur celui des Indiens". Madrid confie leur transport aux marchands flamands.

En 1518 et 1519, une forte épidémie de variole dans les Caraïbes décime la population indigène et accélère l'importation d’esclaves noirs.

1530 : Charles Quint interdit l'esclavage indien. Soulèvement des esclaves noirs à Acla (Panama).

Rébellions d'esclaves en 1532 au Venezuela et en 1533 à Cuba et Panama.


Les barbaresques

Le nombre d'Européens enlevés aux XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles par les Etats barbaresques (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) est estimé à plus d'1 million. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, nombre de corsaires barbaresques, au service des sultans Ottomans, sont des renégats (anciens esclaves chrétiens convertis à l'Islam) 41.
"Pendant plus de trois siècles (de 1500 à 1800 environ), les marins chrétiens n'étaient pas sans ignorer le risque encouru lorsqu'ils partaient en mer : celui d'être capturé et de devenir un esclave en Afrique du Nord. Plus d'un million d'entre eux seront ainsi enlevés par des pirates musulmans en Méditerranée et dans l'Atlantique. La menace la plus importante émanait de la côte barbaresque du nord de l'Afrique. Ceux que l'on nommait les Barbaresques vendaient les hommes qu'ils capturaient sur les marchés aux esclaves d'Alger, de Tunis ou encore de Tripoli" 17.
Les esclaves étaient enfermés dans un bagno (l'origine du mot "bagne" vient de l’italien "bagno", qui était le nom d’anciens bains publics à Constantinople, reconvertis en prison d’esclaves 25).


En 1535, l'amiral génois Andrea Doria, au service de Charles Quint, prend la tête d'une expédition en Afrique, met les Turcs en déroute à Tunis et libère environ 20 000 esclaves chrétiens.

1536 :
- Le 5 avril, Charles Quint, venu de Tunis où 20 000 esclaves chrétiens ont été libérés, fait une entrée triomphale à Rome.
- Un accord, passé entre la France (François Ier) et la Turquie et plus ou moins appliqué, interdit la capture d'esclaves français.

Le 29 mai 1537, le pape Paul III adresse son bref apostolique Pastorale officium au cardinal Jean de Tavera, archevêque de Tolède : "A vrai dire, ces Indiens, bien que vivant en dehors du sein de l’Église, n’ont pas été ni ne peuvent être privés de leur liberté ou de la possession de leurs propres biens, puisque ce sont des êtres humains et dès lors appelés à la foi et au salut. Ils n’ont pas à être annihilés par l’esclavage, mais doivent être invités à la vie par la prédication et l’exemple (...) Et nous vous enjoignons d’interdire sévèrement à toute personne, quels que soient sa dignité, position, condition, rang ou excellence, de réduire les Indiens susmentionnés en esclavage de quelque façon que ce soit ou d’oser les priver de leurs possessions de quelque manière que ce soit, sous peine d’encourir l’excommunication latae sententiae (sans déclaration nominative), si elle le fait".
Le 2 juin, Paul III écrit une seconde lettreau cardinal-archevêque de Tolède qui est adressée à tous les chrétiens (bulle Veritas ipsa) : "Décrétons et déclarons par l’Autorité Apostolique, que les Indiens susmentionnés et toutes les autres nations qui peuvent à l’avenir parvenir à la connaissance des chrétiens, bien qu’elles soient en dehors de la foi du Christ, peuvent librement et légalement user, posséder et jouir de leur liberté et de leur autorité dans ce domaine, et qu’ils ne peuvent pas être réduits en esclavage, et que toute autre chose qui ait été faite soit nulle et non avenue."
Le 4 juin, Paul III, dans sa bulle Sublimis Deus, confirme : "Les Indiens et tout autre peuple qui pourrait être découvert plus tard par les Catholiques, bien que n’étant pas chrétiens, ne peuvent en aucune façon être privés de leur liberté et de leurs possessions. Au contraire, ils peuvent et doivent être autorisés à jouir librement et légalement de leur liberté et de leurs possessions. Ils ne peuvent en aucune manière être asservis ; et s’ils sont ainsi asservis, leur esclavage doit être considéré comme nul et non avenu". La bulle précise que les Indiens sont des hommes dotés d’une âme et qu’on peut les évangéliser.

En 1538, Barberousse (Khizir Khayr ad-Dîn), grand amiral de la flotte ottomane, s'empare de l'île d’Egine appartenant à Venise. Il fait massacrer tous les hommes ; les femmes et les enfants sont déportés pour être vendus comme esclaves à Constantinople.

Du 23 au 27 octobre 1541, Charles Quint tente de s’emparer d’Alger, mais la tempête en mer et de violents orages à terre, le contraigne à faire rembarquer précipitamment, abandonnant sur les plages plus de 8 000 hommes qui sont pris par le Résident d’Alger et réduits en esclavage.

Dans l'Amérique latine tropicale du XVIe siècle, les colons espagnols, en vertu des repartimentos qui les autorisent à utiliser les populations indigènes à condition de les nourrir et de les instruire dans la religion catholique, obligent les Amérindiens à travailler la terre. Mais ces populations indigènes ne survivent pas aux conditions d'esclavage : les maladies européennes et le travail harassant les déciment. On commence alors à importer des Africains dans les colonies espagnoles, parce qu'ils sont réputés mieux supporter le travail forcé dans le climat éprouvant des Caraïbes et de l'Amérique latine.
Le missionnaire espagnol Bartolomé de Las Casas, qui milite pour l’interdiction de l’esclavage des populations locales, finit par obtenir gain de cause 22 novembre 1542, avec la promulgation par Charles Quint des Nouvelles Lois protégeant les Indiens. Las Casas propose de remplacer les Amérindiens par des Noirs importés d'Afrique "afin que leur service aux mines et dans les champs permette de rendre moins dur celui des Indiens". Las Casas dénoncera la traite des noirs à la fin de sa vie.

En mars 1543, un édit de François Ier autorise les serfs royaux du duché de Bourgogne à racheter leur servitude au prix d'un dixième de leurs biens ; révoqué le 5 février 1544, cet édit sera renouvelé par Henri II en 1554

En mai 1544, le corsaire et bey d'Alger, Khayr ad-Din (Barberousse), investit les îles d'Hyères, puis se tourne vers l'Italie, ravageant les îles Lipari, Elbe, la Campanie et la Calabre et réduisant 20 000 chrétiens en esclavage 32.

En 1547, une rébellion d’esclaves noirs est conduite par Sebastián Lemba à Hispaniola.

En 1550, Charles Quint affranchit les esclaves amérindiens des Indes occidentales.

Le 18 juillet 1551, le corsaire turc Dragut envahit l'île de Gozo (Malte) et réduit ses habitants en esclavage.

En 1568, Pie V, pour rendre moins pénible l’esclavage des Amérindiens, suggère à Philippe II d’Espagne que "le joug du Christ devrait être adouci pour les Indiens".

En 1570, le roi du Portugal, don Sebastiao, interdit la réduction des Indiens à l'esclavage.
Thomas d'Aquin soutient que la nature a destiné certains hommes à être esclaves. Il appuie son assertion sur les diverses relations qui subordonnent les choses les unes aux autres, soit au physique, soit au moral ; il invoque le droit naturel, la loi humaine, la loi divine et jusqu'à l'autorité d'Aristote 11.

En 1579, à Portobelo (Panama), les esclaves noirs rebelles signent avec les colons espagnols un traité de paix par lequel ils obtiennent leur liberté.

En 1591, les Marocains détruisent l'empire du Songhaï : les prisonniers sont réduits en esclavage.

Le 23 février 1598 Philippe II d’Espagne interdit de réduire les Indiens à l'esclavage, le but étant "que les Indiens ne deviennent pas rebelles et scandalisés, mais deviennent chrétiens". L’ordre est seulement respecté à l’intérieur de la Floride parce que les seuls Européens qui y sont installés sont des Franciscains qui ont créé des paroisses indiennes, les doctrinas.

L'Angleterre se lance dans le commerce des esclaves à la fin du XVIe siècle, contestant au Portugal le monopole du ravitaillement en esclaves des colonies espagnoles. La France, la Hollande, le Danemark et les colonies américaines elles-mêmes entrent dans la concurrence du commerce des esclaves.
Le droit exclusif de ravitailler les colonies espagnoles en esclaves sera accordé à la Compagnie britannique de la mer du Sud en 1713.

Dès le XVIIe siècle, les pirates barbaresques sortent de la Méditerranée et lancent leurs navires jusqu'en Atlantique et en mer du Nord, d’où ils ramènent des prisonniers chrétiens qu'ils vendent comme esclaves.

On estime qu’en 1600, 7 à 10 millions de Noirs africains avaient été réduits en esclavage par les musulmans depuis la naissance de l’islam. A la fin du XXe siècle, ils seraient 17 millions.
Quant à l’esclavage interne à l’Afrique, il aurait touché 11 millions d’individus.

1600 : fondation de la Compagnie de l'Inde orientale anglaise.

1602 : fondation de la Compagnie des Indes orientales hollandaise.

En 1610, à Loreto, les jésuites fondent la première "reduccion" chez les Guaranis du Paraguay. Depuis la fin du XVIe siècle, les jésuites travaillent à l’établissement d’un grand nombre de missions appelées "reducciones", habitées par des Indiens convertis et constituant de petites communautés indépendantes sur le plan économique et politique. Mais les colons espagnols et portugais cherchent des esclaves pour leurs plantations. À plusieurs reprises, les Guaranis et les jésuites doivent se défendre par les armes contre les bandes de trafiquants d’esclaves.

En 1616, le jésuite espagnol, Pierre Claver, est ordonné prêtre dans la mission de Carthagène (Colombie). Se définissant comme " l'esclave des esclaves", il passera toute sa vie parmi les noirs réduits en esclavage, à tenter de les aider et les libérer intérieurement par la foi. Il mourra le 8 septembre 1654. Il sera canonisé en 1888 par Léon XIII.

1617 : fondation de la Compagnie des Indes occidentales hollandaise.

En Amérique du Nord, les premiers esclaves africains, au nombre de vingt, sont débarqués à Jamestown (Virginie) en août 1619, en tant que "travailleurs sous contrat". Emmenés par d'anciens corsaires britanniques, ils sont soumis à "l'esclavage limité", statut légal des Indiens d'Amérique, des domestiques blancs et noirs avant l'esclavage, dans pratiquement toutes les colonies anglaises du Nouveau Monde.
Le nombre d'esclaves importés n'étant pas très important au début, il n'apparaît pas nécessaire de définir leur statut légal.
Avec le développement du système de plantations dans les colonies du Sud au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, le nombre d'Africains importés pour servir d'ouvriers agricoles augmente considérablement et plusieurs villes côtières du Nord deviennent de grands ports négriers. Dans l'ensemble, dans les colonies du Nord, les esclaves sont utilisés à des tâches domestiques et dans le commerce. Dans les colonies du centre ils sont davantage employés dans l'agriculture. Dans les colonies du Sud où domine l'agriculture de plantations, presque tous les esclaves y travaillent.

En 1620, le juriste Ahmed Baba de Tombouctou estime qu'il est juste de réduire les infidèles en esclavage.

En 1621, aux îles Banda, après une révolte, les Hollandais éliminent les chefs et les anciens, réduisent en esclavage une partie des habitants qu’ils envoient à Java, les villages et les bateaux sont détruits, les îles transformées en plantations avec une main-d'œuvre servile importée.

1626 : Richelieu autorise la colonisation de la Guyane.

16 juillet 1627 : raid barbaresque sur l'Islande, pillage de Reykjavik et capture de 600 Islandais.

1630 : il y a 7 000 esclaves chrétiens à Tunis.

1633 : création d'une compagnie française ayant le privilège au Sénégal, Cap-Vert et Gambie.

1635 : plusieurs rébellions d'esclaves noirs à La Jamaïque.

En 1637, la Hollande s'organise pour importer des Noirs.

En 1639, Urbain VIII interdit la mise en esclavage des populations indigènes du Brésil, du Paraguay et des Caraïbes.

1642 : Richelieu crée la Compagnie française de l'Orient.

1643 : à Madagascar, fondation de Fort Dauphin par les Français.

Le 19 juin 1644, le jésuite François-Joseph Bressani, fait prisonnier par les Iroquois, à quelque distance des Trois-Rivières, entre la Rivière-du-Loup et Yamachiche, est amené captif dans leur pays où il endure alors tous les tourments du martyre ; réduit à l'esclavage, il est vendu aux Hollandais pour 250 francs.

Au XVIIe siècle, une querelle dynastique dans le royaume yoruba d'Allada amena la création du royaume d'Abomey ("Enceinte", également connu sous le nom de Dan-Homey ou Dahomey) par Houegbadja (1645-1689). Il s'appuie sur les Adja et met en place une administration centralisée, dont les principaux responsables sont liés au souverain par mariage avec ses filles. Une armée permanente, dont les célèbres Amazones, portant uniformes et bannières, permet au royaume de mener une politique expansionniste, de faire des captifs et de les échanger contre des fusils avec les esclavagistes européens établis sur la côte (Ouidha).
Le roi Ghézo (1818-1858), sans renoncer aux fructueux profits tirés de la traite des noirs, engage la diversification de l'économie du royaume en introduisant la culture du palmier à huile et des plantes non africaines (tomate, maïs, tabac, arachide, oranger, bananier).
Ses successeurs, Glélé (1858-1889) et Behanzin (1889-1894), ne peuvent maintenir leur domination sur leurs vassaux qui demandent la protection britannique (annexion de Lagos, 1861) et française (protectorat sur Porto-Novo, 1894).

Entre 1645 et 1661 : 1 200 captifs chrétiens (en priorité des religieux) sont rachetés en Barbarie par la Maison des Missionnaires fondée à Marseille par Vincent de Paul (soutenu financièrement par Louis XIII) et la duchesse d'Aiguillon.

1649 :
- 1er janvier, le tsar Alexis Ier Mikhaïlovitch promulgue l'Oulojénié, le premier code imprimé de Russie, qui institutionnalise le servage.
- Cromwell vend 60 000 catholiques irlandais (essentiellement des femmes et des enfants) comme esclaves à la Jamaïque et à la Barbade.

Le 22 octobre 1651, Jacques Du Parquet, est fait par Louis XIV "gouverneur et lieutenant général des îles de la Martinique, Sainte-Alousie, Grenade et Grenadines". Jusqu'à sa mort, en 1658, il favorise l'établissement des Hollandais et des juifs portugais expulsés du Brésil qui vont lancer la production du sucre, à l’origine de l’organisation du système esclavagiste.

18 mars 1652 : Rhode Island abolit l'esclavage.

1664 :
- Colbert crée les Compagnies des Indes occidentales et orientales.
- Une loi du Maryland (Actes et lois de l'Assemblée générale du Maryland, septembre 1664), stipule que les esclaves devront servir à vie et prohibe le mariage de femmes blanches avec des noirs (les autres colonies adopteront des lois similaires).

1672 :
- Organisation de la Royal African Company en Angleterre.
- Admirateur de Louis XIV, Moulay Ismail, souverain alaouite du Maroc (1672-1727), fait édifier par ses esclaves une cité digne de lui à Mekhnès.

1673 : création en France de la Compagnie du Sénégal qui amène des noirs aux Antilles et à la Guyane.

1674 : révolte des noirs dans les Antilles anglaises.

Innocent XI, pape de 1676 à 1689, lutte contre l'esclavage.

1678 : il y a 27 000 esclaves aux Antilles françaises.

En 1681, deux prêtres, le Français Épiphane de Moirans et l’Espagnol Francisco José de Jaca, sont jugés par un tribunal ecclésiastique espagnol pour avoir condamné l’esclavage et promis aux maîtres la damnation s’ils n’affranchissaient pas leurs esclaves.

En 1683, les Turcs, qui assiègent Vienne depuis le 14 juillet, font creuser des sapes par leurs esclaves chrétiens.

1684 :
- Le 24 février, menés par Manoel Beckman, les propriétaires des raffineries de l'Etat du Maranhão au Brésil se révoltent et capturent les indigènes qui sont sous la protection des Jésuites ; la Couronne portugaise réprime la rébellion en faisant exécuter les meneurs ; elle autorisera cependant l'esclavage des indigènes en 1685.

1685 :
- fin janvier, création en France de la Compagnie de Guinée qui amène des Noirs aux Antilles et en Guyane.
- En mars, Louis XIV édicte le Code noir qui définit le statut des esclaves [propriétés mobilières insaisissables ne pouvant rien posséder (art. 44, 46, 47), ni ester en justice (art. 31), mais bénéficiant du repos dominical (art. 6) et d’une instruction chrétienne (art. 2)] et réglemente les châtiments : les "nègres marrons" (fuyards) qui ont le malheur d’être repris subissent de douloureux châtiments : ils ont les oreilles coupées et sont marqués d’une fleur de lys à l’épaule, s’ils récidivent, on leur coupe un jarret (art. 38). Le Code Noir, dit Code des Colbert, a été rédigé entre 1681 et 1683 sous la direction de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), Secrétaire d’Etat à la Marine. Deux ans après sa mort en 1683, le code, promulgué par le roi, est signé par son fils, Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, qui lui a succédé au Secrétariat d’Etat à la Marine.
- Après la révocation de l'édit de Nantes le 18 octobre, de nombreux protestants français, les huguenots, s'installent en Afrique du Sud. L'occupation des terres par les colons européens provoque de violents affrontements avec les éleveurs hottentots, qui sont refoulés ou réduits en esclavage. Dès la fin du XVIIe siècle, la colonie du Cap importe massivement des esclaves, du golfe de Guinée, de Madagascar, d'Angola et même de Java. Cependant, la ségrégation raciale ne constitue alors pas une caractéristique de la société coloniale sud-africaine, le métissage entre les populations étant au contraire relativement important.

Dans son Avertissement aux protestants (1689-1691), Bossuet fait découler de la conquête un prétendu droit de tuer le vaincu et trouve en conséquence "un bienfait et un acte de clémence" dans le fait de réduire ce vaincu en esclavage... (5ème avertissement, art. 50, t. IV).

Le 20 novembre 1695, au Brésil, est exécuté Zumbi, le chef des communautés d’esclaves en fuite qui ont constitué la République de Palmarès (1595-1695).

1698 : Création de la Compagnie de Saint-Domingue qui signe une convention avec la Compagnie de Guinée pour activer la traite à Saint-Domingue.


Le commerce triangulaire

L’expression "Commerce triangulaire" désigne le processus de la traite des Noirs de la fin du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle entre la France, l'Afrique et les Antilles.
On estime de 12 à 15 millions le nombre d'Africains déportés dans le Nouveau Monde par les Européens, avec l'appui des chefs locaux des royaumes africains, du XVIIe au XIXe siècle.
Les bateaux, qui embarquent des verroteries, des armes et des bijoux, partent de plusieurs ports : La Rochelle, Bordeaux, Le Havre, Lorient (premier port négrier français de 1723 à 1725) et surtout Nantes (1 427 expéditions négrières de 1715 à 1789) qui est le premier port négrier mondial au XVIIIe siècle.
Arrivés en Afrique, au Sénégal le plus souvent, les négriers échangent leur cargaison contre des esclaves. Le voyage se prolonge vers les Antilles, où près de 5 000 Noirs sont débarqués chaque année en échange de sucre, de vanille et de différents produits tropicaux, rapportés en France pour y être vendus. L'armateur peut espérer 800 % de bénéfice. La sécurité sur les mers étant plutôt mieux assurée qu'au XVIIe siècle, des dynasties de négriers assurent ainsi leur fortune. Le Nantais Antoine Walsh arme 28 navires négriers à lui seul. Les révoltes d'esclaves sont assez fréquentes à bord (17 pour les 427 expéditions de La Rochelle) et la mortalité, selon les cas, varie aux alentours de 15 % par voyage, ce qui est beaucoup plus que sur les navires hollandais.
Le commerce triangulaire permet largement l'édification des bâtiments les plus somptueux des grands ports négriers français et est aussi en grande partie responsable de l'effondrement des anciennes sociétés africaines.


La Côte des Esclaves

Le nom de "Côte des Esclaves" est utilisé aux XVIIIe et XIXe siècles pour désigner la côte du golfe de Guinée en Afrique occidentale, entre l'embouchure du fleuve Niger, en Guinée, et celle de l'Ogooué, au Gabon, où sont embarqués les esclaves africains vers les colonies.
Les esclaves sont capturés dans la savane, à l'intérieur des terres, par des chasseurs d'esclaves et des chefs africains, et emmenés jusqu'aux comptoirs européens de la côte, d'où ils partent vers les plantations des Antilles, du Brésil et de la Louisiane.


Au XVIIIe siècle, la Cité-État de Kong (Côte d’Ivoire), fonde sa prospérité sur la traite négrière et domine la région.
Au milieu du même siècle, le royaume Achanti (Ghana) exerce une hégémonie incontestée sur les peuples voisins, qui payent leur tribut en esclaves.

La plupart des communautés vivant aujourd'hui sur le territoire centrafricain s'y établirent à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. À cette époque, les populations de langue soudanaise quittent la savane pour se réfugier dans la forêt, fuyant les guerriers peuls et les marchands d'esclaves. Mais la traite des Noirs ravage les plateaux de Centrafrique au XIXe siècle ; le pays banda est soumis aux expéditions des Arabes du Bahr el Ghazal.

Lorsque le rôle des esclaves africains s'accroît dans les colonies anglaises d'Amérique, en particulier dans le Sud où il est fondamental pour l'économie et la société, les lois les concernant sont modifiées. Dès l'époque de la guerre de l'Indépendance américaine (1776-1783), ils ne sont plus des serviteurs sous contrat mais des esclaves au sens propre du terme ; des lois explicites à ce sujet définissent leur statut légal, politique et social vis-à-vis de leurs propriétaires.
Officiellement, les esclaves d'Amérique jouissent de certains droits légaux, tels que le droit à une aide financière en cas de maladie ou de vieillesse, le droit à une instruction religieuse, le droit d'être représenté légalement et de participer à certains procès à titre de témoin. La coutume leur accorde également certains droits, comme le droit à la propriété privée, au mariage, au temps libre, droits que le propriétaire n'est cependant pas tenu de respecter. En réalité, les droits humains fondamentaux sont le plus souvent bafoués. Les femmes esclaves sont exposées en permanence au viol par leurs propriétaires et les familles sont souvent disséminées, leurs membres étant vendus dans des plantations séparées. Les mauvais traitements comme la mutilation, les brûlures, l'enchaînement ou le meurtre, en théorie interdits par la loi, ne sont pas chose rare jusqu'au XIXe siècle.

Le 27 août 1701, le roi d’Espagne Philippe V et le roi de France Louis XIV conviennent pour dix ans (1702-1712) que le monopole du transport des nègres dans les colonies de l'Amérique appartiendra à la compagnie royale de Guinée, représentée par Monsieur du Casse, chef d'escadron, gouverneur de Saint-Domingue. Elle se charge de l'asiento, c'est-à-dire de l'introduction des esclaves nègres dans les Indes occidentales de l'Amérique appartenant à Sa Majesté Catholique, afin de procurer par ce moyen un "louable, pur, mutuel et réciproque avantage" à Leurs Majestés et à leurs sujets.

Frédéric IV, roi de Danemark et de Norvège, abolit le servage de la glèbe en 1702.

Le 26 mars 1713, l'Angleterre obtient de l’Espagne que le monopole de la traite des Noirs (l'asiento) lui soit concédé pour trente ans (1713-1734).

1719 : création en France de la Compagnie des Indes.

1721 : 13 juin, traité de Madrid : la traite des esclaves, jusqu'alors monopolisée par la France et l'Espagne, est ouverte aux Britanniques.

1725 : en France, la traite privée est libre en échange du paiement de droits.

1726 : à Saint-Domingue, sur 130 000 habitants, il y a 100 000 esclaves.

1733 : Christian VI roi du Danemark et de Norvège publie une loi augmentant la servitude des paysans à la noblesse.

1734 : en Hollande, abolition des privilèges sur la traite sauf en Guyane. Révoltes d’esclaves noirs à La Jamaïque.

Le 20 décembre 1741, le pape Benoît XIV condamne l’esclavage des Amérindiens.

Dans son Esprit des lois (1748), Montesquieu, bien qu’il trouve que l’esclavage civil n’est pas bon, concède néanmoins qu’il est plus tolérable dans ces pays où "la chaleur énerve le corps et affaiblit si fort le courage, que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par la crainte du châtiment."

Le 13 décembre 1760, en Russie, un décret limite les droits des maîtres sur leurs serfs en matière de justice criminelle ; la déportation est substituée aux châtiments corporels.

En 1762, Catherine II, impératrice de Russie, étend le servage.

Le 10 novembre 1764, le dernier hetman des Cosaques Kirill Razumovsky est destitué par Catherine II de Russie ; l'unification législative et administrative de l'Empire russe entraîne la fin de l'autonomie ukrainienne ; le servage est étendu à l'Ukraine.

1767 : en France, liberté totale de la traite sans paiement de droits. La Compagnie des Indes rétrocède les Mascareignes au roi.

1769 : en Pennsylvanie et plus généralement en Nouvelle-Angleterre, les Quakers s'interdisent la possession d'esclaves.

1770 :
- 25 août, traité de paix signé entre la Franc et le bey de Tunis qui reconnaît l'unification pleine et entière de la Corse à la France, ce qui pose le problème de libération des esclaves corses qui sont assez nombreux à Tunis ; ceux-ci seront libérés progressivement, en premier lieu ceux dernièrement capturés, mais avec beaucoup de difficultés.
- L’abbé Raynal (Guillaume-Thomas François Raynal) publie clandestinement Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (ouvrage auquel participe Diderot) où il s’élève contre la colonisation et le clergé et écrit que "la traite est le plus atroce de tous les commerces". Une nouvelle édition, publiée en 1774, est immédiatement mise à l’Index par le clergé. La troisième édition, publiée en 1780, est encore plus virulente que les deux précédentes : condamné par le Parlement de Paris, l’ouvrage est brûlé par le bourreau en place publique.

Le 19 décembre 1771, un édit de Charles-Emmanuel III abolit le servage en Savoie.

Le 22 juin 1772, à Londres, le juge Mansfield estime que l'Angleterre est un pays trop avancé pour supporter l'esclavage sur son sol, et qu’en conséquence James Summerset (esclave acheté en Virginie par un Anglais) est libre.

Le 6 juin 1775, au Brésil, l'esclavage des Indiens est aboli et remplacé par une main d'œuvre servile en provenance de l'Angola, autre colonie portugaise des côtes africaines.

En 1776, le français J.V. Morice décrit le commerce en Afrique de l'Est : "En mars et en avril, les Maures et les Arabes se rendent dans le royaume de Kilwa pour s'y fournir en esclaves, car Kilwa est le grand centre de rassemblement de tous les esclaves venus de l'intérieur du continent".

1777 :
- 8 juillet, adoption de la Constitution du Vermont (USA) ; le Vermont est le premier État de l'Union à abolir graduellement l’esclavage : l’esclave doit se racheter en travaillant jusqu’à 21 ans.
- L'île de France (Ile Maurice) compte 25 154 esclaves sur 29 760 habitants.

1778 : Saint-Domingue compte 249 000 esclaves sur 288 000 habitants.

Le 8 août 1779, une déclaration de Louis XVI abolit définitivement le servage sous toutes ses formes, servage de corps et servage d'héritage, dans toute l'étendue des domaines royaux et des domaines engagés de la couronne : "Nous avons été affecté en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie et confondus, pour ainsi dire, avec elle ; que, privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriété, ils sont mis eux-mêmes au nombre des possessions féodales ; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs biens après eux et qu'excepté dans certains cas rigidement circonscrits ils ne peuvent même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux." Cependant l'édit n'abolit le servage que dans les seigneuries du domaine royal et dans les domaines engagés ; par égard pour les lois de la propriété, il se borne à faire appel à la bienveillance des seigneurs et des communautés possédant encore des serfs.

En 1780, la Pennsylvanie (USA) décide d’une abolition graduelle (travail jusqu’à 28 ans).

1781 :
- L’empereur d’Autriche, Joseph II, abolit le servage (sauf pour les Tsiganes).
- Au Danemark, le stavnsband, forme de servage pesant sur la paysannerie, est aboli.

1783 :
- 3 mai, le servage est introduit officiellement en Ukraine.
- 18 novembre, William Pitt, Discours à la Chambre des communes : « Necessity is the plea for every infringement of human freedom. It is the argument of tyrants ; it is the creed of slaves » (La nécessité, telle est la raison que l'on invoque pour toute atteinte à la liberté humaine. C'est l'argument des tyrans ; c'est le credo des esclaves).
- Emancipation graduelle des esclaves dans le Massachusetts et le New Hampshire (USA) ; le Maryland interdit l'importation d'esclaves.

1784 :
- Émancipation graduelle des esclaves dans les États de Rhode Island et du Connecticut (USA).
- Du 31 octobre au 2 novembre : révolte des paysans roumains contre le système de servage

1787 :
- La Constitution américaine est votée mais les discussions sur la traite des Noirs sont reportées à 20 ans.
- 22 mai, 1re réunion de la Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (Société pour l’abolition de la traite) créée par un jeune député anglais, William Wilberforce, soutenu par son ami, le Premier ministre William Pitt. Des esclaves libérés par les abolitionnistes britanniques bâtissent la ville de Freetown en Sierra Leone.

1788 :
- 19 février, Brissot crée la société Les Amis des Noirs. Elle comptera parmi ses 130 ou 140 membres, l'abbé Grégoire, Condorcet, Trudaine, Mirabeau, Soufflot, Molier, Pétion, La Fayette, Mirabeau, le duc de la Rochefoucauld, le comte de Clermont-Tonnerre et le juriste Sonthonax. Elle peut également compter sur la bienveillance de Necker et sur le journal de Brissot : Le Patriote Français. Mais son discours abolitionniste ne se fonde pas sur un impératif religieux, au contraire de la Société anti-esclavagiste fondée à Londres un an auparavant. Ensuite, elle semble désarmée face au réalisme apparent des arguments économiques esclavagistes (pourtant Benjamin Franklin et Adam Smith ont déjà souligné la moindre rentabilité de ce mode de production). Enfin, les Amis des Noirs sont persuadés comme Voltaire que les noirs sont inférieurs aux blancs. Brissot rapporte dans ses mémoires la réponse royale à Gouy d'Arcy venu solliciter l'interdiction des séances de la Société des Amis des Noirs : « Ces pauvres noirs ont-ils donc des amis en France ? Tant mieux, je ne veux pas interrompre leurs travaux ».
- Le premier ministre Pitt, qui propose au Parlement britannique la suppression de la traite des noirs, soulève une vive opposition.
- De la part de l’Association pour l’Abolition d’Esclavage de la Pennsylvanie, Benjamin Franklin écrit à Lafayette : « Nous sommes engagés dans une cause, ce que nous concevons d’être de la grande importance. Le but final de notre société est la répression d’échange des esclaves et l’abolition graduelle d’esclavage. »
- Le 20 juin, au Danemark, le ministre Bernstorff abolit le servage en Slesvig et Holstein.
- le 22 août, les Britanniques établissent un comptoir en Sierra Leone, afin de servir d'asile aux esclaves affranchis d'Angleterre.

1789 :
- Aux Communes, le député britannique Wilberforce commence sa campagne contre la traite des Noirs.
- Nuit du 4 août : l’assemblée nationale constituante vote l’abolition des droits de féodalité dont le servage (le décret d’application sera pris le 15 mars 1790).
- 26 août : la Constituante proclame les Droits de l'Homme et du Citoyen. Voté dans l'enthousiasme, le texte semble abolir ipso facto l'esclavage et la discrimination. A la vérité, les députés ont, pour la plupart, oublié les colonies.
- 31 août : première insurrection d'esclaves en Martinique (il y a 700 000 esclaves dans les Antilles françaises).
- Le théologien Bailly soutient la légitimité de l'esclavage en s’appuyant sur le chapitre XXI de l'Exode et le chapitre XXV du Lévitique, ainsi que sur diverses définitions du droit canonique ; il prétend qu'un homme a le droit de se vendre, et que la guerre donne le droit de réduire les ennemis à l'état d'esclaves 12.

1790 :
- 8 et 28 mars : la Constituante adopte un décret et une instruction qui écartent les colonies du droit métropolitain et crée des assemblées coloniales ouvertes aux propriétaires ; il confirme l’esclavage mais donne l'égalité de droit entre tous les citoyens libres ; le 28 mai, les Blancs de Saint-Domingue, qui ont élu une assemblée excluant les libres de couleur, voteront une Constitution.
- La loi du 15 mars proclame l'abolition du servage sans aucune indemnité de tous les effets de la mainmorte réelle, personnelle ou mixte qui s'étendent sur les personnes et sur les biens.
- Dans la nuit du 28 au 29 octobre, à Saint-Domingue (Haïti), 350 mulâtres conduits par Vincent Ogé entrent en rébellion. Après intervention de l'armée et de la garde nationale, les meneurs sont arrêtés et suppliciés, leurs amis blancs sont bannis de la colonie. L'affaire fait grand bruit et amène la Constituante à réexaminer la situation en mai 1791. Des débats houleux opposent Barnave, Moreau de Saint-Méry et l'abbé Maury à Pétion de Villeneuve, l'abbé Grégoire et Robespierre soutenus par des sociétés populaires, principalement celles de Châlons, Angers et Bordeaux.

1791 :
- 18 avril, à Londres, Wilberforce prononce à la Chambre des Communes un discours passionné condamnant la traite des Noirs.
- 15 mai, l'assemblée constituante finit par reconnaître les droits politiques des gens de couleur nés de père et de mère libre (5 ou 6% d'entre eux). Le compromis est aberrant. Officialisant la condition inférieure de 95 % des gens de couleur, il constitue une nouvelle négation des principes du 26 août 1789. Et, violant le préjugé de couleur, il porte atteinte aux privilèges des blancs, déchaînant ainsi la fureur des planteurs créoles et des petits blancs de Port-au-Prince.
- Dans la nuit du 14 août, à Saint-Domingue (Haïti), au Bois Caïman, près de Morne Rouge, des "nègres marrons" (de l'espagnol "cimarron" signifiant "sauvage"), esclaves ayant fui les plantations et s'étant réfugiés dans les forêts, revendiquent l’abolition de l'esclavage au cours d'une cérémonie vaudou dirigée par le prêtre vaudou, Boukman, entouré de ses lieutenants Romaine le prophète, Hyacinthe, Biassou, Jean-François.
- Nuit du 22 au 23 août : début de l’insurrection des esclaves au nord de Saint-Domingue ; l'UNESCO fera du 23 août la "Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition". En novembre, Toussaint Bréda, affranchi en 1776, entre au service de François Biassou et montre son courage et ses talents de stratège. La bravoure avec laquelle il enfonce les brèches lui vaut le surnom de L'ouverture. La guerre civile divisera l’île jusqu’en 1803.
- La Constitution (première Constitution) du 3 septembre refuse l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, au motif que cela causerait la ruine de ces dernières.
- Le 24 septembre, arguant des troubles survenus à Saint-Domingue, Barnave fait décréter que la question du statut des gens de couleur relève de la compétence des assemblées coloniales auxquelles est laissé le soin de "faire des lois concernant l’état des personnes non libres et l’état politique des hommes de couleur et nègres libres (les métis, ndlr)".
- Le 28 septembre, un décret porte que tout homme, de quelque couleur qu’il soit, jouit, en France (en métropole), de tous les droits de citoyen. Le seul projet de nature abolitionniste est présenté par Blangilly, un député des Bouches-du-Rhône : le projet prévoit, entre autres mesures, l’affranchissement au bout de huit ans des Noirs, qui deviendraient journaliers (le projet n’est ni discuté ni même porté à la tribune).

1792 :
- Le New Hampshire abolit la traite.
- 16 mars : le Danemark est le premier pays européen à abolir la traite des Noirs (avec effet dans 10 ans).
- 28 mars : en France, l'Assemblée législative établit une égalité de droit entre tous les hommes libres (blancs et noirs libres).
- Léger-Félicité Sonthonax, désigné, le 29 avril, comme l’un des trois commissaires civils pour Saint-Domingue, y arrive le 18 septembre 1792. Il reçoit de la plupart des blancs (ses écrits étant connus) un accueil glacial. Il prononce la dissolution de l’assemblée coloniale composée exclusivement de blancs.
- Marie Gouze, dite Marie-Olympe de Gouges, publie différents ouvrages sur le thème de l'esclavage tels que l'Esclavage des Noirs ou Réflexions sur les hommes nègres.

1793 :
- Le 3 janvier : la loi sur l'abolition de l'esclavage est appliquée au Haut-Canada (maintenant Ontario) par le lieutenant-gouverneur Simcoe ; elle libère tout esclave qui vient dans la province ; elle dit aussi que tout enfant né d'une mère esclave doit être libéré à l'âge de 25 ans.
- Le 7 mars (17 Ventôse), la France déclare la guerre à l'Espagne. Madrid occupe la partie orientale de l'île Santo Domingo et offre à Biassou et Toussaint Louverture de combattre les Français à ses côtés en échange d'une promesse de liberté générale. Les insurgés acceptent et Toussaint Louverture reçoit le grade de lieutenant général dans les armées espagnoles. Il commande 4 000 hommes et s’efforce de rallier les bandes noires.
- En avril, entré à Port-au-Prince, la capitale frondeuse, Sonthonax exile plusieurs extrémistes blancs qui n’acceptent pas l’égalité avec les libres et parvient à contenir l’insurrection des esclaves du Nord dont les chefs se réfugient dans la partie est de l’île, colonie espagnole.
- Le 19 juin, sous la gouverne de John Graves Simcoe, premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, l'Assemblée législative adopte une loi qui interdit l'importation d'esclaves dans la colonie.
- Le 21 juin, Sonthonax et Polverel proclament la liberté à tous les esclaves qui se battront pour la République.
- Le 9 juillet, l'assemblée législative du Haut-Canada adopte un projet de loi contre l'esclavage, intitulé "An Act to prevent the further introduction of Slaves and to limit the Term of Contracts for Servitude within this province" ; même s'il eut préféré une abolition complète, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe fait des compromis pour satisfaire les intérêts des quinze membres de l'assemblée législative qui possèdent des esclaves ou font partie de familles qui possèdent des esclaves ; après la proclamation de la loi, les dispositions suivantes s'appliquent : les esclaves déjà au Haut-Canada demeurent la propriété de leurs maîtres à vie, les enfants nés d'esclaves doivent être libérés à l'âge de 25 ans, les enfants des enfants nés d'esclaves doivent être affranchis à la naissance, aucun esclave ne peut entrer dans la province (tout esclave amené au Haut-Canada serait automatiquement affranchi), les propriétaires d'esclaves affranchis doivent garantir leur sécurité.
- Le 29 août, Sonthonax décrète l’abolition générale pour les esclaves de la province du Nord de Saint-Domingue (assortie néanmoins du devoir de reprendre le travail sur les plantations pour ceux qui ne combattent pas). Dans son décret, il affirme que sa mission est de "préparer graduellement, sans déchirement et sans secousses, l’affranchissement général des esclaves."
- Le 4 septembre, Polverel abolit l’esclavage dans les parties ouest et sud de Saint-Domingue.


La Convention abolit l’esclavage

1794
- Le 4 février (16 pluviôse an II), à l'initiative de l'Abbé Henri Grégoire et sur proposition des députés Vadier, Levasseur et Lacroix, la décision de Sonthonax est généralisée, la Convention nationale abolit l'esclavage : « La Convention nationale déclare aboli l'esclavage des nègres dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la constitution » Robespierre s’écrie : « Périssent les colonies plutôt que les principes ».
- Le 23 avril, une petite flotte conduite par le commissaire Victor Hugues appareille d'Aix pour la Guadeloupe occupée par les Anglais. Hugues débarque par surprise le 2 juin, proclame l'abolition de l'esclavage le 7 et recrute aussitôt une armée révolutionnaire qui reconquiert la Guadeloupe ; puis il installe un tribunal révolutionnaire et une guillotine à Pointe-à-Pitre, devenue Port-la-Liberté, pour liquider les colons (békés) monarchistes. Très vite on essaiera d'instituer un système de travail forcé pour les anciens esclaves, mais ces derniers, non payés, se révolteront à plusieurs reprises et seront massacrés. Les Anglais se maintiennent dans les autres îles avec le soutien des planteurs royalistes 5.
- Mai : 7 500 soldats anglais venus de la Jamaïque voisine débarquent à Haïti et s'emparent de Port-au-Prince.
- 18 mai : Toussaint-Louverture intervient avec ses troupes aux côtés du général Laveaux.
- 7 juin, l’esclavage est aboli à la Guadeloupe ; le 14, il est aboli en Guyane française.
- 17 août, la Convention nomme Toussaint-Louverture général de division.
- Décembre : à la Guadeloupe, Victor Hugues, commissaire de la Convention, exerce les pleins pouvoirs que lui a octroyés la République. Il instaure un régime impitoyable et radical et installe la guillotine ; pendant 4 ans, la Guadeloupe est livrée à la Terreur : békés pro-anglais et esclaves révoltés sont exécutés 18.


En 1794, Le chah de Perse, Agha Muhammad Chah, met à sac Kermân, ville du sud-est de l'Iran. Il vend 20 000 de ses habitants comme esclaves et en aveugle 20 000 autres.

22 août 1795 : la Constitution de l’an III (article 15 de la Déclaration des droits de l’homme) maintient le principe de la suppression de l’esclavage.

1796 : aux Mascareignes (îles de la Réunion, Maurice et Rodrigues), les colons n'appliquent pas l'abolition et renvoient les commissaires de la République.

1797
- 23 août : Emanuel Allen est le dernier esclave à être vendu lors d'enchères publiques, à Montréal.
- 1er septembre : Toussaint-Louverture est nommé général en Chef des armées françaises de Saint Domingue mais il installe progressivement un "pouvoir noir" sur l’île.
- 20 octobre (29 vendémiaire An VI) : le général mulâtre André Rigaud se rallie à Toussaint-Louverture.

1798 : En octobre, au nom de la République française, Toussaint Louverture reçoit la reddition des Anglais (battus et décimés par une épidémie de fièvre jaune) et prend en main le gouvernement de l'île.

1799
- New York, abolition graduelle de la traite.
- Reprise de la traite au Sénégal.

1800
30 août, révolte de Gabriel Prosser, un jeune esclave noir de 24 ans qui tente de prendre la ville de Richmond (Virginie) à la tête d'un millier de Noirs ; dénoncée par deux autres esclaves, sa tentative échoue et il est pendu avec 35 de ses hommes.

"Dans aucune partie de l'Allemagne, à la fin du XVIIIe siècle, le servage n'était complètement aboli" (Tocqueville).

1801
- 27 janvier, Toussaint Louverture réoccupe la partie orientale de l'île, cédée par l’Espagne à la France par le traité de Bâle (22 juillet 1795). Cette initiative déplaît au premier consul Bonaparte.
- 8 juillet : adoption de la Constitution coloniale, Toussaint Louverture proclame l'autonomie de l'île et se nomme Gouverneur général à vie de la nouvelle République (dès lors, Bonaparte s'oppose à lui).


Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies

1802
- Février, une expédition militaire (23 000 hommes) commandée par le général Leclerc, débarque dans l'île de Saint-Domingue : les troupes noires sont repoussées et Toussaint présente sa démission.
- Début avril, débarquent à la Guadeloupe des troupes françaises (3 500 hommes) à la tête desquelles Talleyrand a placé le général Richepance : le mulâtre Louis Delgrès organise la résistance contre les esclavagistes mais, acculé le 28 mai, il se fait sauter avec 300 hommes (l’esclavage est rétabli à la Guadeloupe le 16 juillet).
- 20 mai (30 floréal an X), promulgation de la loi rétablissant la traite et l'esclavage dans les colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Réunion).
- 7 juin : arrestation par traîtrise de Toussaint Louverture.
- 23 juillet (4 thermidor an 10) : arrêté des Consuls ordonnant l’internement de Toussaint-Louverture au Fort de Joux où il sera tenu au secret avec son domestique Mars Plaisir (Toussaint arrive dans la forteresse de Joux le 23 août. Il y meurt le 7 avril 1803).
- 13 septembre : Saint-Domingue (Haïti), les noirs se révoltent contre le général Leclerc.
- 28 septembre : l’esclavage est rétabli à la Réunion ; en novembre, il est rétabli en Guyane française.


1803
- 1er janvier, le Danemark abolit la traite négrière.
- 19 février, l'Ohio devient le dix-septième État de l'Union américaine ; c'est le premier État à se doter d'une loi interdisant officiellement l'esclavage.
- 20 mai, William Osgoode, juge en chef du Bas-Canada, décrète que l'esclavage est illégal, et affranchit par le fait même les 300 esclaves de sa province.
- Suite à une révolte en Serbie, 1 800 femmes et enfants sont pris comme esclaves par les Turcs.
- mort de Sophrone, évêque d'Achtaleia en Géorgie, qui fut capturé par les Lezgs, vendu comme esclave et racheté par une chrétienne.
- 18 novembre, à Saint-Domingue, les débris de l'armée française du vicomte de Rochambeau sont battus par les anciens esclaves commandés par le général Jacques Dessalines.

1804
- 1er janvier, l'ancienne colonie de Saint-Domingue proclame son indépendance et reprend son nom arawak de Haïti : c’est le premier État noir indépendant. La France ne reconnaît l'indépendance du pays qu'en échange d'une indemnité de 150 millions de francs-or ; en février 1838, la somme sera ramenée à 90 millions de francs payables en 30 ans 31.
- 8 octobre : Jacques Dessalines se désigne empereur sous le nom de Jacques Ier et devient un véritable tyran (il mourra dans une embuscade le 17 octobre 1806).

1805 : 2 000 esclaves africains meurent de soif sur la route de Teghazza à Tombouctou.

1806
- Une loi britannique interdit l'introduction de nouveaux esclaves dans les colonies conquises.
- Le 27 octobre, Napoléon fait son entrée triomphale à Berlin. Sous l'autorité française, le servage sera aboli en Prusse.

1807
- 2 mars, interdiction de l'importation d'esclaves, sans abolition de l'esclavage aux États-Unis (la loi, devant entrer en vigueur le 1er janvier 1808, ne sera pas appliquée).
- 25 mars, acte de Plymouth : le Parlement britannique déclare illégal le trafic des esclaves ; le commerce des esclaves est interdit aux sujets britanniques et dans l'Empire britannique.
- Le baron vom Stein, rappelé en septembre par Frédéric-Guillaume III de Prusse, poursuit son œuvre de réformes contribuant à la modernisation de l’État prussien et à l'abolition du système des castes et du servage.

1809-10 : les Anglais s'emparent des colonies françaises et y interdisent la traite.

1811
- 8 janvier, révolte de 400 à 500 esclaves dans la plantation du major Andry, près de La Nouvelle-Orléans, réprimée par l'armée américaine et la milice : soixante-six esclaves sont tués pendant la bataille et seize autres jugés et fusillées.
- 14 septembre, la Prusse abolit le système féodal.
- 11 octobre, le Chili interdit la traite, abolition graduelle de l’esclavage.

1812
- révoltes d'esclaves à Porto Rico et à Cuba.
- John Robinson, procureur général du Haut-Canada, décrète que l'esclavage est illégal et fait libérer les esclaves de cette province.

1813 : l’Argentine décide d’une abolition graduelle de l’esclavage.

Le 30 mai 1814, au premier traité de Paris, le gouvernement français "s’engage à unir, au futur congrès, tous ses efforts à ceux de Sa Majesté britannique pour faire prononcer, par toutes les puissances de la chrétienté, l’abolition de la traite des Noirs" dans les 5 ans [le deuxième traité de Paris (20 novembre 1815) confirmera le premier sur ce point]. La France récupère la Guyane, Martinique, Guadeloupe, Sénégal et Réunion et les comptoirs de l'Inde où elle maintient l'esclavage.

1815
- Au congrès de Vienne, le 8 février, les grandes puissances (Angleterre, Autriche, France, Portugal, Russie, Espagne et Suède) décident l’abolition de la traite mais laissent à chaque pays le soin de déterminer le délai "le plus convenable" pour l’application de cette mesure. La traite des Noirs devient en partie clandestine. Elle est assimilée à la piraterie ; les navires de guerre français et anglais ont le droit de visite ; le navire, confisqué, peut être brûlé.
- Le 29 mars, Napoléon, influencé par Carnot, décide la suppression immédiate de la traite des Noirs.
- Le 30 juillet : Louis XVIII confirme l'abolition (mais elle ne sera pas appliquée malgré l’ordonnance du 8-1-1817 et la loi du 15-4-1818).

1816
- Le 10 avril, une flotte anglo-hollandaise commandé par lord Exmouth arrive devant la Goulette et obtient du bey de Tunis Mahmoud, fils de Hammouda-Pacha, la libération des esclaves chrétiens, la paix avec le Piémont et les Deux-Siciles et l'abolition de la course. L'esclavage des chrétiens est solennellement aboli à Tunis, pendant la semaine de Pâques (14 mai).
- 2 juin, 6 juillet et 31 décembre : décrets de Bolívar contre l'esclavage.

Entre 1816 et 1819, le tsar Alexandre Ier abolit le servage en Estonie.

1817
- 8 janvier, ordonnance de Louis XVIII abolissant la traite.
- Abolition de l'esclavage en Argentine.
- 22 novembre, traité anglo-espagnol pour l'abolition de la traite négrière à Cuba en 1820 (non appliqué).

1818
- En février, en Russie, plan de libération des serfs d'Araktcheïev.
- Le 15 avril, la France abolit la traite des Noirs.
- Le 22 août, le Bade se dote d'une constitution ; le servage est aboli.
- Le 27 septembre, le congrès d’Aix-la-Chapelle conseille l’abolition progressive de l’esclavage.
- Le 16 novembre, dans le village de Nder au bord du fleuve Sénégal, les femmes préfèrent être brûlées vives que d'être capturées par les Maures et vendues comme esclaves.

1820
- 6 février, les premiers esclaves noirs américains libérés s'installent au Libéria
- 6 mars, le président des États-Unis entérine le Compromis du Missouri : le Missouri, État esclavagiste et le Maine, État libre, sont intégrés ; dans le territoire de la Louisiane, nouvellement acquis, l'esclavage est autorisé au sud d'une ligne correspondant à 36° 30’ de latitude nord et interdit au nord de cette ligne.
- Octobre, le khédive Mehmet Ali, vice-roi d'Égypte, attaque la Nubie, l’annexe et fait 30 000 esclaves.

1821
- Pérou, abolition de la traite et abolition graduelle de l’esclavage.
- 13 octobre, Mexique, abolition de l’esclavage (pour ceux nés au Mexique).

1822
- Avril, en représailles à une révolte des Grecs de Chios, les Turcs massacrent près de 30 000 personnes et en réduisent plus de 40 000 en esclavage.
- 2 juillet, en Caroline du Sud, Denmark Vesey dirige une révolte d'esclaves ; ils sont arrêtés et 35 d'entre-eux, dont Vesey, sont pendus.

Le 3 juillet 1824, les Ottomans massacrent la population de l'île de Psara (Grèce) : les survivants sont vendus comme esclaves.

1825
- 1er janvier (20 décembre 1824 du calendrier julien), loi russe autorisant les fabricants à affranchir leurs serfs avec la permission du Comité des ministres
- Grande-Bretagne, les Communes proclament "la liberté civile et religieuse des deux mondes".
- Le 23 avril, les Turcs et les Égyptiens entrent dans la ville de Missolonghi. Les survivants grecs sont massacrés ou vendus comme esclaves. Les Turcs placent 3 000 têtes tranchées sur les remparts.
- La loi du 25 avril 1825 punit de peines d’amende, de prison et de déportation, les Français "engagés dans le commerce de la traite" des noirs.

1827
- 16 mars, parution du premier numéro du Freedom's Journal, première publication dirigée par deux afro-américains, John Brown Russwurm et Samuel Cornish, pour contrer les journaux new-yorkais favorables à l'esclavage, et critiquer le mouvement de colonisation visant à renvoyer les esclaves libres en Afrique.
- 4 juillet, abolition de l'esclavage dans l'État de New York, libération de 10 000 Noirs.

En 1828, la mère Anne-Marie Javouhey (1778-1851), fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny (béatifiée en 1950), rachète des esclaves guyanais pour les libérer et leur propose la mise en valeur de la région de Mana. En libérant 185 esclaves noirs, la mère Anne-Marie Javouhey démontre que l'abolition de l'esclavage est possible dans les colonies françaises.

1829
- abolition de l'esclavage au Mexique.
- 2 décembre, l'esclavage est rétabli au Texas qui est exempté de la loi d'abolition en vigueur au Mexique.

1830
- Uruguay et Bolivie, abolition de l’esclavage.
- 8 août, Traité entre la Régence de Tunis et la France : suppression de la course, de l'esclavage et des redevances
- 21 août, révolte d'esclaves dans le comté de Southampton, en Virginie. Le groupe d'esclaves massacre 55 personnes, hommes, femmes et enfants blancs. Ils finissent par être stoppés par une milice américaine ; le meneur, Nat Turner, capturé le 30 octobre, sera pendu le 11 novembre 1831.

1831
- 1er janvier, Boston, parution du 1er numéro du Journal anti-esclavagiste The Liberator par William Lloyd Garrisson.
- Accord franco-anglais pour le contrôle de la traite illicite.

1833
- 28 août, Angleterre, le Slavery Emancipation Act abolit l'esclavage dans les colonies anglaises à l'exception des « territoires appartenant à la Compagnie anglaise des Indes orientales » et des « îles de Ceylon et Saint Helena » (entrée en vigueur le 1er août 1834).
- Fondation par Lucrecia Mott de la Société des femmes anti-esclavagistes de Philadelphie.
- Victor Schœlcher publie De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale, essai qui passe quasiment inaperçu.

1834 : Création en France de la Société pour l'abolition de l’esclavage avec Tocqueville et Lamartine.

1835 : Dans un catéchisme à l'usage des paroisses des colonies françaises, publié avec l'approbation de Rome, M. l'abbé Fourdinier, supérieur du séminaire du Saint-Esprit, soutient que l'esclavage est d'institution chrétienne.

1837
- 24 mars, le gouvernement canadien octroie le droit de vote aux noirs canadiens.
- 3 décembre 1837, par son bref pontifical In supremo apostolatus fastigio, le pape Grégoire XVI interdit la traite négrière (Negritarum commercium), "commerce inhumain, inique, pernicieux, dégradant qui doit complètement disparaître entre chrétiens et l'esclavage : "Nous avertissons tous les fidèles chrétiens, de toute condition, et Nous les conjurons instamment dans le Seigneur : que personne désormais n'ait l'audace de tourmenter injustement des Indiens, des Nègres et d'autres hommes de cette sorte, de les dépouiller de leurs biens ou de les réduire en esclavage, ou d'en aider ou d'en soutenir d'autres qui commettent de tels actes à leur égard, ou de pratiquer ce trafic inhumain par lequel des Nègres, qui ont été réduits en esclavage d'une manière ou d'une autre, comme s'ils n'étaient pas des hommes mais de purs et simples animaux, sont achetés et vendus sans aucune distinction en opposition aux commandements de la justice et de l'humanité, et condamnés parfois à endurer les travaux parfois les plus durs [...] il arriva enfin que, depuis plusieurs siècles, il ne se trouvait plus d'esclaves dans la plupart des nations chrétiennes. Mais, nous le disons avec douleur, il y en eut depuis, parmi les fidèles même, qui, honteusement aveuglés par l'appât d'un gain sordide, ne craignirent point de réduire en servitude, dans des contrées lointaines, les Indiens, les nègres ou autres malheureux, ou bien de favoriser cet indigne attentat en établissant le commerce de ceux qui avaient été faits captifs par d'autres 15."

1er janvier 1838 : l’émancipation des esclaves dans les colonies britanniques est réalisée.

Le 3 décembre 1839, par la Constitution In supremo apostolatus fastigio, Grégoire XVI demande avec force l'abolition de l'esclavage : « Nous avertissons tous les fidèles chrétiens, de toute condition, et Nous les conjurons instamment dans le Seigneur : que personne désormais n'ait l'audace de tourmenter injustement des Indiens, des Nègres et d'autres hommes de cette sorte, de les dépouiller de leurs biens ou de les réduire en esclavage, ou d'en aider ou d'en soutenir d'autres qui commettent de tels actes à leur égard, ou de pratiquer ce trafic inhumain par lequel des Nègres, qui ont été réduits en esclavage d'une manière ou d'une autre, comme s'ils n'étaient pas des hommes mais de purs et simples animaux, sont achetés et vendus sans aucune distinction en opposition aux commandements de la justice et de l'humanité, et condamnés parfois à endurer les travaux parfois les plus durs… »

1840
- 12 juin, Londres, convention mondiale contre l’esclavage.
- Le résident britannique de Bouchir (Iran) rapporte que 4 000 à 5 000 esclaves traversent chaque année le golfe persique.
- Victor Schœlcher écrit un essai pour un concours institué par testament par l'abbé Grégoire sur le thème du Préjugé des Blancs contre la couleur des Africains et des sangs mêlés.

Le 7 novembre 1841, des esclaves embarqués à bord du Creole s’emparent du navire et mettent le cap sur les Antilles Britanniques où l’esclavage a été aboli en 1833 : le Royaume-Uni refuse de rendre les esclaves, ce qui provoque une tension diplomatique avec les États-Unis 30.

1842
- Paraguay, abolition graduelle de l’esclavage.
- Victor Schœlcher publie Des colonies françaises : abolition immédiate de l'esclavage.
- Le traité d'Ashburton, passé entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, prévoit le déploiement par chacun des deux pays d'escadrilles sur la côte africaine pour faire respecter l'interdiction de la traite et, en 1845, une coopération entre les forces navales de France et d'Angleterre est remplacée par un droit de visite réciproque.

En Inde, à partir du 7 avril 1843, "il est interdit d'acheter ou vendre aucun esclave, de vendre ou acheter des droits au travail forcé d'un individu quelconque ; aucune action en justice ne doit être reçue à ce sujet ; aucun individu ne doit être empêché d'user de la liberté de sa personne et d'exercer librement une profession ; tout acte commis sur la personne des esclaves prétendus sera puni comme à l'égard des autres hommes libres d'origine ou de race".

1844
- abolition de l'esclavage au Paraguay.
- L'Église moldave libère ses esclaves roms. L'Église de Munténie fait de même en 1847, mais cet esclavage est largement maintenu et même réinstauré, en 1849 par les forces occupantes russes et turques. Il ne devient illégal, dans ces deux principautés, qu’en 1855 et 1856, mais n'est définitivement aboli qu'en 1863, deux ans après l'unification et la création de la Roumanie, sous l’impulsion impériale française (intervention de Napoléon III), en 1861.
- 14 septembre, décret de la reine de Portugal pour la création à Luanda d'un tribunal portugo-britannique destiné à juger les affaires d'esclavage.

Votées les 18 et 19 juillet 1845, les lois Mackau (du nom de leur initiateur, Ange René Armand de Mackau, ministre de la Marine et des Colonies), dites "d'adoucissement de l'esclavage", préparent son abolition. Elles rendent obligatoire une durée minimale accordée à l'instruction des esclaves. Elles limitent à quinze le nombre de fouets que les propriétaires peuvent dispenser sans avoir à recourir à une autorisation judiciaire. Les esclaves mariés mais de maîtres différents obtiennent le droit de réunion 13.

1846
- 26 janvier, abolition de l'esclavage en Tunisie.
- En juillet, le roi Louis-Philippe abolit l'esclavage dans les domaines royaux de la Martinique et de la Guadeloupe et dans l'île de Mayotte qui vient d'être acquise par la France.

1847
- 26 juillet, proclamation de l’indépendance du Liberia par les colons afro-américains, une Constitution est rédigée, inspirée de celle des États-Unis. Le Liberia est la première république indépendante d'Afrique noire : il a été créé par une société philanthropique américaine qui, à partir de 1822, peupla le pays avec d'anciens esclaves noirs libérés.
- 10 août, l'abolition de l'esclavage est proclamée en Guyane.
- 7 septembre, le parlement autrichien de Vienne (dit parlement de Kremsier) abroge tous les liens serviles et abolit les droits seigneuriaux ; les propriétaires sont indemnisés
- 9 octobre, la Suède abolit l'esclavage dans son unique colonie, Saint-Barthélemy (Antilles).

Lorsque les Français arrivent en Nouvelle Calédonie, au milieu du XIXe siècle, les Canaques anthropophages dominent des tribus-esclaves qu'ils nomment "tribus garde-manger".


La République Française abolit l’esclavage

Le 27 avril 1848, paraissent les décrets du gouvernement français abolissant l’esclavage, élaborés par une commission placée sous la présidence de Victor Schoelcher 14, sous-secrétaire aux Colonies, par le ministre de la Marine et des Colonies, Arago, rallié à la cause abolitionniste : « Au nom du peuple français. Le gouvernement provisoire de la République, considérant que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves, décrète : Une commission est instituée auprès, du ministre provisoire de la marine et des colonies, pour préparer ; dans le plus bref délai, l'acte d'émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République. Le ministre de la marine pourvoira à l'exécution du présent décret. »


Victor Schoelcher

La citoyenneté française (droit de vote) est garantie aux nouveaux affranchis et les colonies obtiennent le statut de départements.
L’article 6 de la Constitution confirme : « L’esclavage ne peut exister sur aucune terre française. »
Le 23 mai, en Martinique, à la suite de désordres liés à la connaissance des décisions parisiennes, les autorités de Saint-Pierre et Fort Royal, abolissent l'esclavage. Le 27 mai, alors que la situation est plus calme, le gouverneur de la Guadeloupe proclame l'abolition générale. Fin mai, l'île de la Réunion est enfin mise au courant, mais le gouverneur attend le 20 décembre pour appliquer les décrets. Ce n'est que le 10 juin que le gouverneur de la Guyane prend la même décision (avec effets au 10 août). La situation est plus délicate en Algérie et au Sénégal, car une partie des esclaves appartiennent aux indigènes. En Algérie, le décret est mal appliqué dans les campagnes. Au Sénégal pour ne pas mécontenter les Maures qui sont esclavagistes, mais qui assurent le ravitaillement de la colonie, le gouverneur demande aux autorités locales de refouler les esclaves qui rechercheraient asile dans les colonies françaises 13.


Le 3 juillet 1848, le Gouverneur Général (generalguvernør) Peter Von Scholten émancipe les esclaves des Antilles danoises (Vestindien : Iles Vierges étasuniennes depuis 1917).

1849
- Le 10 mars, l'Assemblée de l'État du Missouri décide de se prévaloir de la « souveraineté populaire » pour le maintien de l'esclavage plutôt que de se conformer aux décisions du Congrès d'interdire l'esclavage en dessous de la ligne Mason-Dixon
- La loi, votée le 30 avril, indemnise les planteurs et les colons français pour dédommagement de la libération de leurs esclaves.
- Le décret du 10 novembre précise les conditions d’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves : 1 200 F (puis 500 F) par esclave (ils sont alors 248 500) sont offerts aux propriétaires.
- Des esclaves libérés sont installés à Libreville (Gabon) fondée par des esclaves que des officiers français ont tirés des cales d'un navire négrier.

1850
- Le 29 janvier, le Congrès américain vote le Compromis Clay : la Californie entre dans l'Union (9 septembre) et l'esclavage est interdit sur ses territoires, les esclaves en fuite sont restitués à leurs maîtres (18 septembre), le Nouveau-Mexique et l'Utah peuvent décider de l'autorisation ou de l'interdiction de l'esclavage (20 septembre).
- Le 4 septembre, la loi Eusébio de Queirós met fin au trafic d'esclaves vers le Brésil.

1851 : 21 mai, Colombie : l’esclavage est aboli définitivement ; l’Argentine (1853) et le Venezuela (1854) prennent la même décision.

1852 : sous la pression britannique, le roi d’Abomey, Ghézo, abolit la traite dans ses États 33.

1854
- 30 mai, le congrès américain adopte la loi créant les territoires du Kansas et du Nebraska ; elle laisse les pionniers libres de choisir s’ils y introduiront ou non l’esclavage.
- L'ambassadeur britannique en Turquie rapporte que les militaires ottomans combattant en Crimée avec les Alliés en profitent pour reprendre le "trafic d'esclaves circassiennes blanches".
- Par le décret du 14 décembre 1854 et par la loi du 30 juin 1856, le Portugal déclare libres, à la condition d'un service limité, après libération, les esclaves appartenant à l'État, aux municipalités, aux établissements charitables de l'ordre de la Miséricorde, dans toutes les possessions d'outre-mer. La loi du 25 juillet 1856 étend cette faveur aux esclaves appartenant aux Églises.

1855
- La Sublime Porte (l’empire ottoman) songe à l’abolition de l’esclavage. Lettre de protestation des marchands d'esclaves de Jeddah contre l'abolition. La Mecque, fatwa des oulémas contre l'abolition de l'esclavage : Chaykh Jamal, le chef des Oulémas, affirme que l'abolition de l'esclavage est contraire à la charia.
- 5 mai : début du règne de Théodoros II, premier négus moderne d'Éthiopie ; il prend des mesures contre l'esclavage.

1856
- Brésil : premiers affranchissements.
- La loi du 5 juillet abolit l'esclavage dans une partie de la province d'Angola, savoir le district d'Ambriz et les territoires de Cabinda et de Melinda.
- Le 25 août, sur la déclaration du gouvernement général de Macao, Timor, Solor, Goa, que l'esclavage a disparu de fait dans l'Inde portugaise, le gouvernement donne ordre de le déclarer aboli de droit.

1857
- Sous la pression occidentale, l'Empire ottoman interdit l'esclavage.
- Bucarest, suite à l'intervention de Napoléon III en 1856, édicte une loi affranchissant les Roms.

Le 2 juillet 1858, le tsar Alexandre II émancipe les serfs de la couronne.

1859 : aux USA, John Brown, le "martyr blanc", est pendu pour avoir tenté d’organiser un soulèvement armé des Noirs (Victor Hugo a plaidé pour lui en envoyant une lettre au gouvernement fédéral américain).

1860
- le 1er janvier, la Hollande abolit l'esclavage dans ses grandes colonies de la Malaisie, mais c'est en 1863 qu’il prendra fin dans les autres colonies néerlandaises (Guyane et Antilles hollandaises).
- Selon l’abbé Bautain (Philosophie des lois, 1860, p. 89) : « Ce qui dépend des circonstances est variable, et, par conséquent, l'esclavage, qui pourra être permis dans certaines situations, pourra ne pas l'être en d'autres, et légitimement des deux côtés. »

1861
- 3 mars, le tsar Alexandre II abolit le servage. Si les esclaves deviennent des "sujets ruraux libres", ils doivent toujours remplir leurs anciennes corvées et obligations économiques. En outre, les terres qu'ils cultivent ne leur appartiennent que pour moitié (la seconde partie en revient à leur ancien propriétaire). Enfin, leur déplacement doit se faire avec l'accord du propriétaire (pomiechtchik) durant les deux premières années, puis avec celui de la commune 29.
- En avril, la sécession de 11 États esclavagistes du Sud des États-Unis (qui voient en Abraham Lincoln, élu à la présidence des États-Unis, en novembre 1860, une menace pour le système esclavagiste) provoque une guerre civile qui va durer quatre ans. Au cours de la guerre de Sécession, les Indiens de l'Oklahoma, dont beaucoup possèdent des esclaves, se rangent du côté de la Confédération sudiste.

Le 22 septembre 1862, le président Lincoln promet dans les cent jours l’émancipation des Noirs des États confédérés.

1863
- Le 1er janvier, le décret d’émancipation des Noirs des États confédérés est proclamé à Washington.
En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la nation, le président Lincoln déclare que "tous les esclaves de n'importe quel État, ou partie désignée d'un État [...] alors [...] en rébellion, [...] devaient donc être, désormais et pour toujours libres". Les États concernés sont l'Arkansas, le Texas, la Louisiane, le Mississipi, l'Alabama, la Floride, la Géorgie, la Caroline du Sud, la Caroline du Nord et la Virginie. Toutefois, en interprétant trop strictement peut-être les obligations constitutionnelles que lui impose la loyauté plus ou moins forcée des planteurs vaincus du Tennessee et de certaines parties de la Louisiane et de la Virginie, il excepte les noirs de ces contrées, de même que ceux des États du centre, de la mesure de libération générale, et abandonne aux législatures locales l'œuvre de l'émancipation future.
- 1er juillet, abolition et libération des esclaves dans les colonies hollandaises : Suriname et Curaçao.

Le 13 janvier 1864, le tsar Alexandre II libère les serfs de Russie.

1865
- 31 janvier, le Congrès des USA vote l’abolition de l’esclavage : l'article 1er du 13ème amendement de la Constitution, qui complète la proclamation d'émancipation des esclaves faite par Abraham Lincoln en 1863, stipule : « Il n'existera dans les États-Unis, et dans toute localité soumise à leur juridiction, ni esclavage, ni servitude involontaire, si ce n'est à titre de peine d'un crime dont l'individu aurait été dûment déclaré coupable. » (Le quatorzième amendement, adopté le 16 juin 1868, garantira les droits civiques des noirs et leur égalité devant la loi avec les blancs).
- 18 décembre, entrée en vigueur du 13ème amendement voté le 31 janvier.
- 24 décembre, dans le Tennessee, fondation du Ku Klux Klan, société secrète rassemblant des partisans de l’esclavage et visant à terroriser la population noire.

Le 20 juin 1866, sous le pontificat de Pie IX, le Saint-Office déclare : « L’esclavage lui-même, considéré comme telle dans sa nature fondamentale, n’est pas du tout contraire à la loi naturelle et divine ; il peut y avoir plusieurs justes droits à l’esclavage et des théologiens et des commentateurs des canons sacrés ont fait référence à ceux-ci... Ce n’est pas contraire à la loi naturelle et divine car un esclave peut être vendu, acheté, échangé ou donné. »

1867 à 1887 : abolition de l'esclavage dans les colonies espagnoles.

1869
- 10 avril, Cuba (Guáimaro), fin de la Guerre des Dix Ans ; les insurgés sont vaincus, mais l’Espagne accorde une certaine autonomie à l’île : Céspedes est élu président de la République et une Constitution, dont l'article 24 prône l'abolition de l'esclavage, est adoptée.
- Abolition de l’esclavage dans les colonies portugaises.

1870
- 30 mars, l'Etat de New York est le dernier à ratifier le XVe amendement de la Constitution : les anciens esclaves jouiront désormais du droit de vote aux Etats-Unis.
- 4 juillet, loi Moret d'abolition de l'esclavage dans les colonies espagnoles

1871 : 28 septembre, au Brésil, loi Rio Branco ou loi du "ventre libre" : tous les enfants d'esclaves nés après la loi sont libres à l'âge de huit ans contre paiement d'une indemnité au propriétaire et à l'âge de 21 sans indemnités.

1873 : Porto Rico, abolition de l’esclavage.

En 1874, une expédition, peu efficace, est envoyée dans le Darfour par le vice-roi d'Égypte pour soumettre les habitants et les forcer à abolir la traite.

1876 : le sultan de Zanzibar, Sayyid Bargash, ferme officiellement le marché aux esclaves.

1880 : dans le Haut Congo, le marchand arabe Muhammad Ibn Hamid implante une sorte d'Etat esclavagiste qui durera 10 ans avant d’être détruit par les Belges.

1880-1886 : Cuba, abolition de l’esclavage (396 000 esclaves en 1874).

1882 : en Perse, après un accord avec les Anglais, la traite est déclarée illégale, mais la possession d'esclaves reste légale.

1884 : au Kenya, recrudescence de la traite des esclaves après une famine.

1884-1885 : Conférence de Berlin et mesures contre l'esclavage. Par l’Acte général du 26 février 1885, les puissances coloniales s’engagent à concourir à la suppression de l’esclavage et de la traite : « Toutes les puissances exerçant des droits de souveraineté ou une influence dans les dits territoires s'engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles d'existence et concourir à la suppression de l’esclavage et de la traite. »

1885 : augmentation considérable de l'esclavage en Afrique de l'Est.

1886 : 7 octobre, abolition de l'esclavage à Cuba.

1887 : le consul britannique de Jeddah (Arabie Saoudite) rapporte que le trafic des esclaves n'a jamais été aussi actif en Mer Rouge.

1888
- 5 mai, encyclique In Plurimis de Léon XIII condamnant l'esclavage 15.
- Le 13 mai, la loi Aurea (loi d'Or) met fin à l'esclavage au Brésil qui a importé 3,6 millions d'esclaves noirs ; le Brésil absorbait 100 000 esclaves par an.

1889 : 13 septembre, le sultan de Zanzibar s'engage à abolir l'esclavage et accorde le droit de visite à l'Allemagne et au Royaume-Uni.

1890
- Concluant la conférence anti-esclavagiste tenue à Bruxelles du 18 novembre 1889 au 2 juillet 1890, l’Acte général de Bruxelles du 2 juillet vise à faire obstacle à la traite continentale.
- le 20 novembre, encyclique Catholicae Ecclesiae de Léon XIII sur l'abolition de l'esclavage 15.

1896 : 26 septembre, abolition de l’esclavage à Madagascar devenue colonie française.

En 1900, le commandant français Lamy et le marchand d'esclaves Rabah Zobeir, un Soudanais arabisé, trouvent tous deux la mort durant la bataille de Kousséri (Tchad), qui marque le début de la conquête du territoire par l'armée française. Les populations du Sud, pays des esclaves (dar el-abid) pour les trafiquants musulmans du Nord, accueillent assez favorablement la présence française, qui les protège des rezzous.

En 1905, missionnaire auprès des Touareg à Tamanrasset (Sahara algérien), le père Charles de Foucauld lutte contre l’esclavage.

1907 : le servage est aboli au Tibet.

18 octobre 1908 : entrée en vigueur d'une Charte Coloniale fondant la base de l’organisation politique du Congo belge et la nature des relations entre ce pays et la Belgique.

1909 : aux USA, William E. B. Du Bois crée la National Association for the Advancement of Colored People (N.A.A.C.P.) afin de combattre la ségrégation par des moyens légaux.

Le 10 mars 1910, la Chine abolit l’esclavage.

1919 : le Pacte de la Société des Nations condamne la traite et prescrit l’abolition du travail servile.

1923 : abolition de l’esclavage en Ethiopie et en Afghanistan.

1924
- Juin, création par la Société des Nations d’une Commission temporaire de l’esclavage.
- Abolition de l’esclavage en Irak.

Le 25 septembre 1926, la Société des Nations ratifie les mesures du Pacte et adopte la Convention internationale sur l'esclavage. Cette convention, ratifiée par 44 pays, garantit la suppression et l'interdiction de la traite des esclaves et la complète abolition de l'esclavage sous toutes ses formes. Elle donne de l’esclavage la définition suivante : "état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux".

Le 22 septembre 1927, l'esclavage est aboli en Sierra Leone : les 215 000 esclaves du protectorat anglais de la Sierra Leone recouvrent leurs droits d’hommes libres.

En 1930 et 1957 des conventions de l'OIT (Organisation Internationale du Travail) abolissent le travail forcé.

Entre 1931 et 1945, jusqu'à 200 000 femmes ont servi dans les bordels de l'armée impériale japonaise pendant la guerre, notamment des Coréennes mais aussi des Chinoises, des Indonésiennes, des Philippines et des Taïwanaises 36. Le 28 novembre 2014, le Yomiuri Shimbun, plus grand journal japonais, présente ses excuses pour l'utilisation dans son édition en langue anglaise du terme "esclaves sexuelles" afin de désigner les femmes enrôlées de force dans les bordels de l'armée impériale ; l'expression est désormais remplacée par l'euphémisme "femmes de réconfort."

Le 17 février 1932, en Éthiopie, l'empereur Hailé Sélassié proclame l'abolition de l'esclavage.

1941 : Roosevelt met en place une commission destinée à lutter contre la ségrégation raciale (particulièrement forte dans les États du Sud) pratiquée par les employeurs.

Le portail d'information www.zwangsarbeit.eu (Travail forcé sous le régime nazi) des Archives Fédérales allemandes comporte, entre autres contenus, un aperçu des fonds d'archives qui contiennent des documents significatifs autour du thème du travail forcé en Allemagne et dans les territoires sous occupation allemande. Outre l'emploi de civils en tant que main-d'oeuvre, le portail vise également le travail forcé accompli dans les camps de concentration et les ghettos, et par des prisonniers de guerre, des Juifs et des déportés d'autres nationalités.

L’article 6 de l’Accord de Londres du 8 août 1945 portant statut du Tribunal militaire international (T.M.I.) de Nuremberg affirme : « ...Les actes suivants, ou l’un quelconque d’entre eux, sont des crimes soumis à la juridiction du Tribunal et entraînent une responsabilité individuelle : a) Les crimes contre la paix [...] ; b) Les crimes de guerre [...] ; c) Les crimes contre l’humanité : c’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage […] ».

1948
- 12 janvier, la Cour suprême des États-Unis proclame que Blancs et Noirs sont égaux devant l’enseignement.
- 10 décembre, les Nations Unies adoptent la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui réaffirme les convictions contenues dans la convention de 1926 : « Article 4 : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. »

Le 2 décembre 1949, l’Assemblée Générale des Nations Unies, approuve, par la résolution 317 (IV), la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, esclavage, travail forcé, trafic de personnes, exploitation de prostitution d’autrui.
La Convention entre en vigueur le 25 juillet 1951.

En 1951, la commission des Nations unies sur l'esclavage fait état d'un rapide déclin de la pratique de l'esclavage, seuls quelques vestiges d'esclavage existant encore dans un petit nombre de pays du monde. Mais la commission affirme qu'un grand nombre d'individus sont encore soumis à des formes de servitude semblables à l'esclavage. Ce type de servitude englobe des formes de servage comme le travail journalier et différents mauvais traitements résultant de l'adoption d'enfants ou du mariage de femmes sans leur consentement.

1954 : l’arrêt Brown de la Cour suprême des États-Unis d’Amérique condamne la ségrégation raciale, cette séquelle de l'esclavagisme, en milieu scolaire.

1956
- 30 avril, ONU : Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage, adoptée par une conférence de plénipotentiaires réunie en application des dispositions de la résolution 608 (XXI) du Conseil économique et social.
- 7 septembre : sur recommandation de la commission des Nations Unies, une conférence représentant 51 nations est organisée à Genève. Cette conférence adopte une convention supplémentaire sur l'abolition de l'esclavage, sur la traite des esclaves et sur les institutions et pratiques assimilées à l'esclavage, en complément de la Convention de 1926. La nouvelle convention condamne toute forme de servitude semblable à l'esclavage et prévoit des sanctions pénales contre la traite d'esclaves. Tout litige au sujet de la convention doit être soumis à la Cour internationale de justice. Cependant, dans certaines régions du monde (Soudan, Mauritanie), ces conventions n'empêchent pas le maintien et la pratique permanente de l'esclavage.
- 21 décembre, une décision de la Cour suprême des États-Unis déclare illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics.

1957
- Le 25 juin, la Conférence générale de l'Organisation internationale du Travail adopte la Convention N 105 concernant l'abolition du travail forcé (entrée en vigueur : 17 janvier 1959).
- Le 17 septembre, le gouverneur de l'Arkansas, Orval E. Faubus, fait cerner le lycée de Little Rock par des gardes nationaux pour empêcher que les élèves noirs n'y pénètrent. Sous la pression de Washington, il finit par céder. Mais le 23, les écoliers blancs refusent d'aller en classe. De violents heurts éclatent entre blancs et noirs devant le lycée ; plusieurs afro-américains sont assassinés. Un millier de parachutistes sont dépêchés par le président Eisenhower. Le 26, 7 des 9 étudiants noirs rentrent en classe sous escorte : quelques élèves blancs sortent, refusant de s'asseoir à côté d'eux. Les autorités locales préfèrent fermer les établissements scolaires plutôt que d'obtempérer.
La Cour suprême ordonnera, le 12 septembre 1958, l'intégration immédiate des étudiants noirs dans les écoles de Little Rock.

1963
- 2 juin, abolition officielle de l’esclavage en Arabie Saoudite.
- 28 août : marche pour les droits civiques à l’appel de Martin Luther King, qui prononce, à cette occasion, son célèbre discours : « I have a dream ».

1964 : tandis que Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la paix, le président Johnson fait voter une série de lois sur les droits civiques, visant à faire disparaître toute forme de pratique ségrégationniste et discriminatoire.

Le 8 décembre 1965, le pape Paul VI promulgue la constitution pastorale Gaudium et Spes sur l'Église dans le monde de ce temps qui dénonce, entre autres : « Tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur » 16.

1966 : Stokely Carmichael, président du Student Non-Violent Coordinating Committee, popularise l’expression Black Power (pouvoir noir). Huey P. Newton et Bobby Seale fondent le Black Panther Party, qui propose de s’opposer par les armes à la domination blanche.

Le 21 juillet 1972, mort de Jigme Dorji Wangchuck, roi du Bhoutan : son fils, Jigme Singye Wangchuck, 17 ans, lui succède ; il abolit le servage et l'esclavage.

1980 : 5 juillet, un communiqué du Comité militaire de salut national (CMSN) abolit officiellement l'esclavage en Mauritanie. L'abolition est confirmée par l’ordonnance n°81-234 du 9 novembre 1981. Le 8 août 2007, face à la persistance de cette pratique, le Parlement adopte une loi criminalisant l'esclavage (la peine maximale encourue est de dix ans d'emprisonnement).

Dans les années 1990, les commerçants mauritaniens du Sénégal ont été ainsi victimes de violences meurtrières de la part d'émeutiers noirs qui les ressentaient comme liés aux anciens trafiquants d'esclaves.
Chez les bédouins qui nomadisent dans la région du Niger, l'esclavage concerne encore plusieurs millions de personnes, des Noirs au service de leur maître jour et nuit, toute leur vie durant, et qui se font tuer sans autre forme de procès s'ils tentent de s'enfuir.
Plus gravement, au Soudan, dans le bassin supérieur du Nil, le trafic d'esclaves a repris entre les régions du sud, peuplées de noirs animistes ou chrétiens, et les régions du nord, dominées par des Arabes musulmans.
L'esclavage a aussi laissé des traces dans les mentalités. C'est ainsi qu'en Afrique du Nord, en Libye comme en Algérie, les immigrés d'Afrique noire se plaignent d'être traités avec mépris, honteusement exploités et souvent violentés.6

En décembre 1990, à Lagos (Nigeria), la conférence mondiale sur les réparations à l’Afrique et aux Africains de la diaspora suggère l’annulation des dettes africaines.

1991 : 17 juin, le Parlement d’Afrique du Sud abolit toutes les lois d’apartheid (1913, 1936 et 1950) ; le 30 juin, toute discrimination raciale est supprimée.

Le 22 février 1992, lors de sa visite à l'île de Gorée au Sénégal, le pape Jean-Paul II déclare : « Il convient que soit confessé en toute vérité et humilité ce péché de l'homme contre l'homme, ce péché de l'homme contre Dieu (...) Dans ce sanctuaire africain de la douleur noire, nous implorons le pardon du ciel. Nous prions pour qu'à l'avenir les disciples du Christ se montrent pleinement fidèles à l'observance du commandement de l'amour fraternel légué par leur Maître. Nous prions pour qu'ils ne soient plus jamais oppresseurs de leurs frères, de quelque manière que ce soit (...) Nous prions pour que disparaisse à jamais le fléau de l'esclavage ainsi que ses séquelles » 15.

1994
- 1er mars, entrée en vigueur du nouveau Code pénal : à côté du génocide, de la déportation, de la réduction en esclavage est désormais incriminée la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de torture et d’actes inhumains inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux (articles 211-1 et suivants).
- 27 avril : premières élections démocratiques en Afrique du Sud ; Nelson Mandela, leader de l'ANC (Congrès National africain) libéré le 11/2/1990 après 27 ans d’incarcération pour son combat contre l'apartheid, est élu président. Le 27 avril est choisi comme jour de la fête nationale.

Le 12 novembre 1997, la Conférence générale de l'Organisation des Nations Unies, par sa Résolution 29/C40, proclame le 23 août de chaque année "Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition".


L'esclavage moderne

Alors que l'esclavage est officiellement aboli dans tous les pays, il persiste des formes très diverses de violations des droits individuels, baptisées "esclavage moderne", qui varient selon les zones : vente d’enfants, embrigadement des enfants-soldats, exploitation sexuelle des femmes et des enfants, pornographie, exploitation par la mendicité, servitude pour dettes, travail forcé, travail dangereux ou insalubre, maltraitance, traitements dégradants, punitions arbitraires, domesticité non rémunérée, restrictions de déplacement ou déplacement de population, vol d'organes à des fins commerciales, etc.


1998
- La définition de l’esclavage formulée par la Convention de 1926, est reprise à l'article 7 & 2 du Statut de la Cour Pénale Internationale : "par réduction en esclavage, on entend le fait d’exercer sur une personne l’un ou l’ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété, y compris dans le cadre de la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle."
- En Haïti, les "restavecs" sont des enfants (les filles sont appelées "lapourças") donnés par leurs parents à des familles aisées dès l'âge le plus tendre dans l'espoir qu'ils échappent à la misère et fréquentent l'école. Mais la réalité est tout autre : des centaines de milliers d'enfants sont réduits en esclavage par leur "famille d'accueil". En 1998, un ouvrage publié avec la caution de l’Unicef retient le nombre de 300 000 enfants-esclaves à Haïti. Selon l’Unicef, 246 millions d’enfants sont exploités comme "main-d’œuvre infantile" dans le monde. 28

2000
- 12 mars, au cours d’une cérémonie pénitentielle, le pape Jean-Paul II demande solennellement pardon pour les fautes commises par les croyants de l'Église, entre autres, l’esclavagisme.
- L’article 5 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne proclamée par le Parlement européen, et par la commission et le conseil lors du sommet de Nice (7 et 8 décembre 2000), et publiée comme accord interinstitutionnel au JOCE du 18-12-2000, interdit l’esclavage, le travail forcé et la traite des êtres humains.

2001
- Par la loi n°2001-434 du 21 mai 2001 (publiée au JO de la République française du 23 mai), adoptée par le Parlement le 10 mai 2001, "la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité (article 1er)". Le décret n° 2006-388 du 31 mars 2006 instaurera en France métropolitaine une journée de commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage le 10 mai, date anniversaire de l'adoption de la loi précitée.
- À l’occasion de la conférence onusienne sur le racisme ouverte le 31 août 2001 à Durban en Afrique du Sud, une quarantaine d’ONG africaines demandent aux anciennes puissances coloniales la reconnaissance d’un statut de crime pour l’esclavage. Outre des excuses officielles, certaines de ces ONG réclament des compensations financières pour les victimes. L’esclavage est reconnu comme un crime contre l’humanité mais les pays occidentaux refusent les réparations demandées par les pays africains.

Le 5 octobre 2003 à Gorée, île symbolique de la traite négrière au large de Dakar, les évêques africains reconnaissent la responsabilité du continent dans la déportation de quelque 26 millions d’esclaves noirs et présentent le "pardon de l’Afrique à l’Afrique" lors d’une "cérémonie de purification de la mémoire". Dans un document intitulé Poids de l’histoire sur la race noire et pastorale de l’Eglise d’Afrique, les 150 évêques, qui participent au Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, assimilent la traite esclavagiste à "un des actes les plus odieux de l’histoire humaine, condamnant en premier (...) les mentalités et les comportements de nous-mêmes, Nègres."

2005
- Selon le rapport du Bureau international du Travail (B.I.T.) publié le 11 mai, il existe, dans le monde, 12 300 000 travailleurs forcés dont 5 700 000 enfants. 9 500 000 vivent en Asie : 8 100 000 asiatiques, notamment en Inde, au Népal et au Pakistan, sont maintenues en état de servitude pour dettes.
Dans quelques pays, comme le Myanmar, c’est l’Etat lui-même qui impose le travail forcé : la population est réquisitionnée pour réaliser des travaux agricoles, transporter du matériel, monter la garde ou assurer la construction et l'entretien de routes et de ponts.
La traite des êtres humains destinée à l'exploitation sexuelle à des fins commerciales, en recrudescence, touche 1 400 000 personnes.
- Les Emirats arabes unis mettent fin au calvaire d'enfants qui étaient arrachés à leurs familles (ou vendus par elles) dans des pays pauvres et réduits à l'esclavage pour servir de jockeys lors des traditionnelles courses de chameaux, en les remplaçant par des robots.

2006
- Le 8 février, l'Église Anglicane, réunie en synode à Londres, présente ses excuses pour son rôle lors de la traite des noirs "reconnaissant les dégâts causés aux héritiers de ceux qui ont été placés en esclavage".
- Du 26 au 30 mars, à Bucarest, plus de 60 représentants d'Eglises, de gouvernements, de la police, de la justice et d'ONG de 15 pays se rencontrent pour débattre de la traite des êtres humains.
- Le décret n° 2006-388 du 31 mars 2006 instaure en France métropolitaine une journée de commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage le 10 mai. Dans les DOM et TOM, les jours de commémoration de l'abolition de l'esclavage ont été fixés le 22 mai à la Martinique, le 27 mai à la Guadeloupe, le 20 décembre à la Réunion, le 10 juin en Guyane et le 27 avril à Mayotte ; ces jours sont chômés.

2008
- Du 13 au 15 février, plus de 1 200 participants sont réunis à Vienne (Autriche) pour le premier Forum mondial contre la traite des êtres humains organisé à l'Initiative des Nations Unies (UN.GIFT).
La traite peut revêtir plusieurs formes, comme l'immigration illégale, le travail forcé, la pédophilie, l'exploitation des enfants et la prostitution organisée. Ce fléau qui affecte 161 pays et frappe 2,5 millions de personnes dans le monde, rapporte, selon les estimations des Nations unies, plus de 31 milliards de dollars par an aux trafiquants.
- Le 10 mai, le président de la République Française, Nicolas Sarkozy, annonce que "la traite des noirs, l'esclavage ainsi que leur abolition" seraient inscrits dans les manuels scolaires de l'enseignement primaire dès la rentrée prochaine et que le 23 mai deviendrait une journée commémorative de l'abolition de l'esclavage pour les associations qui regroupent les Français d'Outre-mer de l'hexagone et qui souhaitent "célébrer le passé douloureux de leurs aïeux."
- Le 28 novembre, Mme Gulnara Shahinian, rapporteur spécial de l'ONU sur les formes modernes d'esclavage, estime que "plus de 27 millions d'hommes, de femmes, de garçons et de filles vivent chaque jour en situation d'esclavage."
- Selon le rapport de l'Unesco, réalisé par l'institut britannique Wilberforce et publié le 5 décembre, "la plupart de ces 27 millions viennent du sous-continent indien, où entre 15 et 20 millions d'esclaves seraient maintenus dans un travail forcé en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Népal."
Selon des chiffres plus restrictifs de l'Organisation internationale du travail, ce sont 12,3 millions de personnes qui sont dans des conditions de travail forcé de par le monde, dont 2,4 millions victimes d'un trafic d'êtres humains et 2,5 millions exploités par un Etat ou un groupe rebelle armé.

Le 10 mai 2009, la ville de Bordeaux inaugure une exposition permanente consacrée au commerce atlantique et à l'esclavage : l'exposition du musée d'Aquitaine dévoile gravures, cartographies et vidéos sur l'enfer des traversées atlantiques qui permirent le développement économique de la cité. Bordeaux, deuxième port négrier de France derrière Nantes, fut le point de départ entre 1672 et 1837 de près de 500 expéditions maritimes qui déportèrent d'Afrique environ 130.000 esclaves vers les Antilles.

2010
- Impliquant plus de 100 policiers, l'opération Cascades a lieu du 25 au 27 octobre 2010 dans tout le Burkina Faso et dans sa capitale, Ouagadougou. Les policiers vérifient les routes reliant la capitale du Burkina Faso à d'autres régions du pays et aux pays voisins et perquisitionnent des carrières d'exploitation aurifère exploitées illégalement. Cette intervention permet d'identifier et de secourir 177 enfants qui travaillent illégalement : 74 sont rendus à leur famille et 103 sont pris en charge par les services sociaux.
Cette initiative du Burkina Faso suit l'opération Bia qui eut lieu en Côte d'Ivoire en juin 2009 et permit le sauvetage de 54 enfants qui travaillaient illégalement. (Interpol, Lyon)
- Le 20 décembre 2010, Interpol annonce que plus de 140 enfants, contraints au travail forcé au Gabon et venus d'une dizaine de pays, ont été récemment libérés et que 44 personnes ont été interpellées lors d'une opération, baptisée Bana, qui s'est déroulée du 9 au 11 décembre (Communiqué d'Interpol).

2012
- Le 25 mars, la ville de Nantes, qui entend assumer son passé de première ville négrière de France, inaugure son Mémorial de l'abolition de l'esclavage.
- Le 22 mai, l´Assemblée nationale brésilienne approuve une proposition d´amendement de la Constitution destinée à confisquer les terres et les locaux de personnes ayant eu recours au "travail- esclave".
- Le rapport 2012 de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (UNODC) sur la traite des personnes 34 estime à 20,9 millions le nombre de victimes du travail forcé entre 2002 et 2010. En outre, quelque 2 millions de personnes, dont 60% de filles, sont victimes du trafic sexuel chaque année. Le trafic d’organes humains représente presque 1% de ce chiffre, touchant environ 20 000 personnes à qui sont prélevés des organes, de manière illégale et sous diverses formes de ruse.

2013
- Le 11 juin 2013, à Genève, le Bureau international du travail (BIT) dénonce que "plus de 15 millions d'enfants, âgés de 5 à 17 ans, travaillent dans le monde comme domestiques chez des particuliers, et sont particulièrement vulnérables, car ils peuvent être soumis à des abus physiques, psychiques, et parfois à des violences sexuelles [.] Le travail domestique des enfants est présent dans toutes les régions du monde ; il est fréquent dans certains pays africains, comme le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Mali".
- La Loi française n°2013-711 du 5 août 2013 modifie le Code Pénal :
"Article 224-1 A. La réduction en esclavage est le fait d'exercer à l'encontre d'une personne l'un des attributs du droit de propriété. La réduction en esclavage d'une personne est punie de vingt années de réclusion criminelle.
Article 224-1 B. L'exploitation d'une personne réduite en esclavage est le fait de commettre à l'encontre d'une personne dont la réduction en esclavage est apparente ou connue de l'auteur une agression sexuelle, de la séquestrer ou de la soumettre à du travail forcé ou du service forcé. L'exploitation d'une personne réduite en esclavage est punie de vingt années de réclusion criminelle.
Article 224-1 C. Le crime de réduction en esclavage défini à l'article 224-1 A et le crime d'exploitation d'une personne réduite en esclavage définis à l'article 224-1 B sont punis de trente années de réclusion criminelle lorsqu'ils sont commis : 1° A l'égard d'un mineur ; 2° A l'égard d'une personne dont la vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse est apparente ou connue de l'auteur ; 3° Par un ascendant légitime, naturel ou adoptif ou par une personne qui a autorité sur la victime ou abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions ; 4° Par une personne appelée à participer, par ses fonctions, à la lutte contre l'esclavage ou au maintien de l'ordre public ; 5° Lorsque le crime est précédé ou accompagné de tortures ou d'actes de barbarie."

2014
- 4 janvier, Nouakchott, le gouvernement de la Mauritanie annonce la création prochaine d'un tribunal spécial chargé de juger les crimes d'esclavage, encore largement courant dans le pays. (Osservatore Romano)
- 5 mars, mercredi des Cendres, les évêques du Brésil ont choisi de consacrer leur campagne de Fraternité 2014, qui démarre ce jour, à la traite des êtres humains et à l’exploitation sexuelle, un fléau très répandu dans le pays et qui risque de s’accentuer à l’occasion du Mondial qui drainera des millions de visiteurs dans un peu plus de trois mois. Au Brésil, au moins 200 000 personnes seraient réduites à l’état d’esclavage. (Radio Vatican)
- Le 17 mars, au Vatican, l’Eglise catholique, l’Eglise anglicane et l’université sunnite d’Al-Azhar, unies pour lutter contre "les formes modernes de l’esclavage et le trafic de personnes", qu’elles qualifient de "crime contre l’humanité", signent un accord sans précédent : le Global freedom network.
- Le 9 avril, au Vatican, dans l’enceinte de l’Académie pontificale des sciences : ouverture d'une conférence sur la lutte contre le trafic d’êtres humains, organisée par la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles, en présence de représentants de l’Eglise catholique, de membres du FBI ou d’Interpol, ainsi que de commissaires de police d’une vingtaine de pays ; l’objectif est de lutter contre toute forme de trafic humain, notamment celui concernant les enfants soldats, les esclaves domestiques, la traite des femmes ou l’exploitation des migrants. (news.va)
- Le 5 mai, l'AFP obtient une vidéo dans laquelle le groupe islamiste armé Boko Haram revendique l'enlèvement de plus de 200 lycéennes mi-avril dans le nord-est du Nigeria, promettant de les traiter en "esclaves" et de les "vendre" : "J'ai enlevé vos filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah" déclare Abubakar Shekau, le chef du groupe extrémiste. Sur les 276 lycéennes enlevées le 14 avril dans leur établissement scolaire de Chibok (nord-est), dans l'Etat de Borno, 223 sont toujours en captivité, 53 ayant réussi à s'enfuir, selon la police.
- Le 30 juillet, les Nations Unies promeuvent la première journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains. A cette occasion, Radio Vatican cite le Bénin où des jeunes de 10 à 17 ans sont vendus comme esclaves par leurs parents, pour 30 euros. Hommes, femmes et enfants tombent aux mains de trafiquants dans leur pays et à l’étranger.
L’esclavage moderne génère des profits d’environ 32 milliards de dollars au niveau mondial ; la traite est le troisième crime le plus profitable après le trafic de drogue et le trafic des armes.
- Dans son magazine de propagande Dabiq (n°4 du 12 octobre 2014), l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL) admet détenir et vendre des Yazidis comme esclaves ; il explique que les gens du Livre (adeptes des religions monothéistes comme les chrétiens et les juifs) peuvent échapper à ce sort car ils ont la possibilité de verser une taxe ou de se convertir, mais que ce n'est pas applicable aux Yazidis.
- Le 17 novembre, une étude menée par une organisation de défense des droits de l'Homme, la Fondation Walk Free, comptabilise 35,8 millions d'hommes, de femmes et d'enfants réduits en esclavage. Ce chiffre est en hausse de 20% par rapport à 2013, non pas à cause d'une explosion du nombre de cas, mais en raison d'une meilleure méthodologie. "L'esclavage moderne est présent dans l'ensemble des 167 pays couverts par l'étude", avance la Fondation : "il peut s'agir de traite d'êtres humains, d'exploitation sexuelle, de travail forcé, de servitude pour dette ou de mariage forcé ou arrangé".
- Le 25 novembre, à Strasbourg, devant le Parlement européen, le pape François dénonce les "nombreuses injustices et persécutions qui frappent quotidiennement les minorités religieuses, en particulier chrétiennes, en divers endroits du monde" ; certaines personnes sont victimes de violences barbares : "vendues comme esclaves, tuées, décapitées, crucifiées et brûlées vives, sous le silence honteux et complice de beaucoup..."
- Le 2 décembre, est signée au Vatican, la déclaration inter-religieuse pour l'éradication de l'esclavage moderne : "Nous, soussignés, sommes réunis ici aujourd’hui dans le cadre d’une initiative historique visant à susciter une action spirituelle et concrète de la part de toutes les confessions et personnes de bonne volonté partout dans le monde, afin d’éradiquer de manière définitive l’esclavage moderne dans le monde d’ici 2020. Aux yeux de Dieu (et de nos différentes religions), chaque être humain est une personne libre, qu’il soit garçon ou fille, femme ou homme, destinée à exister pour le bien de tous en toute égalité et fraternité. L’esclavage moderne, sous ses formes de la traite des êtres humains, du travail forcé ou de la prostitution, du trafic d’organes, comme de toute attitude allant à l’encontre de la conviction selon laquelle tous les êtres humains sont égaux et bénéficient du même droit à la liberté et la dignité, est un crime contre l’humanité." (VIS).

2015
- le 15 janvier, en Mauritanie, le président de SOS Esclaves, Biram Ould Dah Ould Abeid, né lui aussi au sein d’une famille d’esclaves, est condamné à deux ans de réclusion pour avoir organisé illégalement une manifestation antiesclavagiste. En 2013, les Nations unies lui ont décerné un prix pour sa "lutte non violente contre l’esclavage" mais il a suffi d’un corps à corps avec la police pour l’envoyer en prison pour deux ans sous l’accusation de "résistance à l’autorité". En l’absence de statistiques officielles, l’ONG Global Slavery Index, qui lutte contre l’esclavage au niveau mondial, a placé la Mauritanie au premier rang des pays esclavagistes, avec 155 000 esclaves sur son territoire, soit 4% de sa population. En Mauritanie, lorsqu’un enfant naît d’une mère esclave, lui aussi est destiné au même sort et porte cette marque avec lui tout au long de sa vie. Il s’agit de familles de bergers et de paysans qui vivent dans les régions rurales, et de domestiques dans les zones urbaines. C’est ce qu’indique dans une note envoyée à l’Agence Fides le Président de SOS Esclaves, une organisation civile mauritanienne constituée par d’anciens esclaves en vue de la sauvegarde des droits fondamentaux dont le but est d’éradiquer ce phénomène alors même qu’il a été officiellement aboli en 1985. 38
- Le 30 janvier, un responsable de la police indienne, le commissaire-adjoint Satyanarayana, annonce que, lors d'opérations menées depuis plusieurs jours dans des boutiques d'Hyderabad (centre) à la suite d'informations fournies par des défenseurs des droits des enfants et des indicateurs de la police, 31 personnes ont été arrêtées sous l'accusation d'esclavage d'enfants : quelque 220 enfants ont été secourus. Selon des chiffres officiels publiés en 2014, 4 millions d'enfants indiens travaillent en tant que domestiques, dans des restaurants et dans des usines de confection de vêtements 39.
- Le 10 mai, en Guadeloupe, le président de la République Française, François Hollande, inaugure le premier mémorial d'Etat consacré par la France à la traite négrière.
- Le 11 août, la Mauritanie adopte une nouvelle loi contre l'esclavage en en faisant "un crime contre l'humanité".

2016
Le 31 mai, selon une étude publiée par "2016 Global Slavery Index" de la Walk Free Foundation, plus de 45 millions de personnes dans le monde sont réduites à une forme moderne d'esclavage, dont les deux tiers en Asie-Pacifique.


CITATIONS

Lorsque Jupiter fait tomber un mortel en esclavage, il lui enlève la moitié de sa vertu. (Homère, VIIIème siècle av. J.-C.)

La servitude de l'esclave ne va pas jusqu'à l'âme. (Sénèque 4 av. J.-C-65)

Le moins de servitude qu'on peut est le meilleur. (Pascal 1623-1662)

Le plus libre de tous les hommes est celui qui peut être libre dans l'esclavage même. (Fénelon, Les Aventures de Télémaque, 1699)

Douter de la légitimité de la servitude, c'est offenser le Saint-Esprit. (Bossuet 1627-1704)

La servitude abaisse les hommes au point de s'en faire aimer.
La guerre n'est pas si onéreuse que la servitude. (Vauvenargues 1715-1747)

L'esclavage est aussi opposé au droit civil qu'au droit naturel ; quelle loi civile pourrait empêcher un esclave de fuir ?
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres. (Montesquieu, 1689-1755, De l'esprit des lois)

La servitude est si peu naturelle à l'homme, qu'elle ne saurait exister sans quelque mécontentement. (J.-J. Rousseau 1712-1778)

La trop grande sécurité des peuples est toujours l'avant-coureur de leur servitude. (Jean-Paul Marat 1743-1793, Les Chaînes de l'esclavage)

Dieu fit la liberté : l'homme a fait l'esclavage (A. Chénier 1762-1794).

L'amour de l'ambition n'est pas plus naturel au cœur de l'homme que celui de la servitude. (Bernardin de Saint-Pierre 1737-1814)

L'ignorance est d'accord avec la servitude. (Mme de Staël 1766-1817)

C'est au nom du devoir qu'un despote commande la servitude. (Mme Guizot 1773-1827)

Avec la liberté, la morale améliore la religion ; avec l'esclavage, la religion fausse la morale. (Benjamin Constant 1767-1830)

Il n y a rien de plus contraire à notre nature que la servitude. (François-Charles-Louis Comte 1782-1837)

Le gouvernement de l'homme par l'homme, c'est la servitude. (Proudhon 1809-1865)

Les révolutions n'ont généralement pour résultat immédiat qu'un déplacement de servitude. (Gustave Le Bon, Aphorismes du temps présent, 1913).

Nous sommes devenus riches parce que des races entières sont mortes pour nous : c’est pour nous que des continents ont été dépeuplés. (Werner Sombart 1863-1941)

A l’instant où l'esclave décide qu'il ne sera plus esclave, ses chaînes tombent. (Gandhi 1869-1948, Non-violence in Peace and War)

Otez les fers de l'esclave le mieux traité et faites ce constat : les traces de ses pas vous indiquent le chemin de la liberté
L’esclave libéré récemment éprouve inconsciemment le regret de ses chaînes : il devra faire l’apprentissage de la liberté. (Jean-Paul Coudeyrette, Autocitations)



Notes
1 http://antikforever.com/Egypte/Dyn/01.htm
2 http://jfbradu.free.fr/egypte/
3 La République de Platon, livre V, note 329, cité dans Silences et non-dits de l'Histoire Antique. Emmanuelle Grün. Yvelinédition. 2008
4 quran.al-islam.com/frn (Royaume d’Arabie Saoudite)
5 http://www.crdp-reims.fr/ressources/brochures/blphg/bul14/abolitio.htm
6 Herodote.net : Maintien de l'esclavage au sud du Sahara
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/591
8 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/6383/Saints-Armogaste-et-Saturus.html
9 La Bible, trad. œcuménique. Ed. Grammont. 1980
10 Coran XVI, 74, traduit par Kasimirski, 1840
11 De regimine principum, lib. II, cap. X, t. XVII. Rome, 1570
12 Theologia dogmatica et moralis, de justitia et jure, pars I, cap. II, art. 1, quaest. 3, t. VIII. Dijon, 1789.
13 http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9cret_d'abolition_de_l'esclavage_du_27_avril_1848
14 Victor Schœlcher est né dans une famille bourgeoise originaire de Fessenheim dans le Haut-Rhin. Il découvre l’esclavage au cours d’un voyage aux Antilles où il se rend en 1829 pour les affaires de son père, céramiste à Paris. Ému par la condition des esclaves et afin de susciter l’intérêt de l’opinion publique, il se met à l’écriture. En 1833, il publie De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale, essai qui passe quasi inaperçu. En 1840, il écrit un essai pour un concours institué par testament par l’Abbé Grégoire sur le thème du Préjugé des Blancs contre la couleur des Africains et des sangs mêlés. En 1842, il publie Des colonies françaises : abolition immédiate de l’esclavage. Républicain convaincu (il s’oppose plus tard à Napoléon III), Schoelcher mène une action politique qui le conduit à l’Assemblée nationale où il est nommé, en 1870, vice-président du groupe des Alsaciens. Député de la Martinique et de la Guadeloupe en 1848, il a également été sénateur de la Martinique jusqu’à sa mort en 1883. Ce libre penseur et franc-maçon a été initié à la loge Les Amis de la Vérité, à Paris, et a été affilié à La Clémente Amitié.
15 http://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage_dans_le_magist%C3%A8re_de_l'%C3%89glise_catholique
16 http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_cons_19651207_gaudium-et-spes_fr.html
17 Documentaire "Esclaves blancs, maîtres musulmans" (Danemark) 2010. Réalisation : Lisbeth JESSEN. Production : DANISH BROADCASTING CORPORATION
18 http://www.karaibes.com/histoire8.htm
19
http://nominis.cef.fr/contenus/fetes/28/9/2011/28-septembre-2011.html
20 http://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage_au_Moyen_%C3%82ge
21 Le calendrier musulman de l'ère de l'Hégire, institué par le calife Omar en 637, commence le 16 juillet 622
22 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/8716/Saint-Didier-d-Auxerre.html
23 Histoire de l'Eglise gallicane tome IV 1826
24 http://wikipedia.orange.fr/wiki/Bathilde
25 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne
26 http://nominis.cef.fr/contenus/saint/6776/Saint-Pierre-d-Argos.html
27 Antonia Bernard, Petite histoire de la Slovénie, Institut d'études slaves
28 http://www.grands-reporters.com/HAITI-J-ETAIS-UN-RESTAVEC.html
29 http://www.linternaute.com/histoire/jour/3/3/a/1/1/index.shtml
30 http://fr.wikipedia.org/wiki/1841
31 http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_d'Ha%C3%AFti
32 http://fr.wikipedia.org/wiki/1544
33 http://fr.wikipedia.org/wiki/1852
34 http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/glotip/Executive_Summary_French.pdf
35 Les sociétés de l'an mil : un monde entre deux âges, par Pierre Bonnassie. De Boeck Université. 2000
36 http://www.unige.ch/communication/Campus/campus92/recherche1/3RE1.pdf
37 L'Égypte ancienne‎ par Jacques-Joseph Champollion, 1839
38 http://www.news.va/fr/news/afriquemauritanie-4-de-la-population-composee-desc
39 http://actu.orange.fr/monde/inde-plusieurs-centaines-d-enfants-esclaves-liberes-par-la-police-afp-s_CNT0000007nL98.html
40 http://actu.orange.fr/societe/culture/une-expo-au-quai-branly-contre-l-idee-recue-d-une-afrique-sans-histoire-CNT000000CbNwn.html
41 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pirates_et_corsaires_barbaresques


Sources


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https://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/Accueil!input.action


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 17/06/2017

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