Le sikhisme ou nanékisme

Petite histoire des sikhs. Guru Nânak.

En 1499, Guru Nanak (1469-1539) fonde le sikhisme.
Natif d’une région politiquement dominée par l’islam, Guru Nânak (1469-1539), hindou à l’origine, a puisé dans de nombreuses traditions locales pour développer sa propre synthèse philosophique.
Il préfère s’exprimer directement dans le dialecte local du Panjab plutôt que dans des langues savantes comme le sanskrit ou l’arabe et il en résulte que ses enseignements sont immédiatement accessibles aux habitants de toutes les classes sociales de la région.
Son recueil de poésie mystique constitue la base de toute l’activité religieuse dans les temples sikhs.


Guru Nanak dit être simplement un maître spirituel. Ses disciples sont surnommés "sikhs" (= étudiants en sanskrit).
Nanak insiste sur le chant d’hymnes en congrégation, le rejet des distinctions de caste et les repas en commun.
Il meurt le 22 septembre 1539 après avoir désigné son successeur : Angad.

Le 27 avril 1606, au Panjab, Jahangir mate la révolte de son fils Khusrav puis fait condamner à mort le chef religieux des sikhs, Gurû Arjan, qui a aidé financièrement Khusrav, et confisque ses biens ; Arjan est exécuté le 30 mai.

Le 31 juillet 1658, après avoir éliminé ses frères et emprisonné son père (l’empereur Shah Jahan), Aurangzeb, ancien gouverneur du Gujarat et de Balkh (Afghanistan), devient empereur des Indes ; ce descendant des Mongols de Turquie, musulman intolérant, opprime les sikhs et les hindouistes.

Le 11 novembre 1675, à Dehli, le neuvième gurû sikh, Teg Bahadur, est assassiné par l'empereur moghol Aurangzeb : son fils, Gurû Gobind Singh, lui succède le 29 mars 1676.

Le dixième et dernier guru, Gurû Gobind Singh, ne désigne pas de successeur. Il préfère transférer son autorité conjointement à deux institutions : le Guru Granth Sahib (le texte sacré sikh) et le Guru Khalsa Panth : la communauté des croyants sikhs initiés grâce à une cérémonie spéciale.
C'est en 1699 que Guru Gobind Singh fonde l’Ordre du Khalsa 3, l'ordre chevaleresque des Sikhs.

Le 7 octobre 1708, Gurû Gobind Singh, auteur du Dasam Granth, un recueil de textes saints, est assassiné par un Afghan.

Le 22 mai 1710, en Inde, sous la conduite de Banda Bahadur, les Sikhs, révoltés contre le pouvoir moghol, s'emparent de Sirhind dans le Pendjab après une victoire sur les troupes mogholes de Vazir Khan qui est tué. Le 10 décembre, l'empereur moghol Bahâdur Shâh s'empare de la forteresse de Lohgarh où les Sikhs se sont réfugiés : Banda Bahadur parvient à s'enfuir ; iI résistera jusqu'en 1716.

Le 25 avril 1809, traité d'amitié perpétuelle d'Amritsar entre le chef des Sikhs Ranjit Singh et les Britanniques.

Le 28 janvier 1846, à la bataille d'Aliwal, l'armée britannique de la Compagnie anglaise des Indes orientales vainc les soldats du royaume sikh.

Le 13 avril 1919, à Amritsar au Pendjab (ville des Sikhs), les Britanniques tirent sur un rassemblement pacifique dans le Jalianwalla Bagh, un parc situé au cœur de la ville, faisant près de 400 morts et plus de 1 000 blessés ; des émeutes s’ensuivent à Bombay, Calcutta, Ahmedabad et Delhi ; Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature, renvoie son titre de chevalier (knight) en signe de protestation.

Le 31 octobre 1984, Indira Gandhi, Premier ministre de l’Inde, est assassinée par deux de ses gardes sikhs qui n’ont pas accepté que le Temple d’Or d’Amritsar ait été pris d’assaut par l’armée indienne, le 3 juin, pour en déloger des indépendantistes armés, partisans de la création d'un état sikh au Pendjab.

Le 23 juin 1985, un Boeing d’Air India explose au-dessus de la mer d’Irlande : l'attentat a été commis par des extrémistes sikhs qui demandent notamment la création d’un Khalistan indépendant.

La Loi française n°2004-228 du 15-3-2004, précisée par la circulaire du 18-5-2004 (J.O. du 22), interdit le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. La loi a été rédigée de manière à pouvoir s'appliquer à toutes les religions : donc, aussi, au turban des sikhs.

Le 2 octobre 2008, jour anniversaire de la mort du Mahatma Gandhi, déclaré par l’ONU "Journée internationale de la non-violence", à New-Delhi, diverses confessions religieuses manifestent pour protester contre les attaques dont les chrétiens sont la cible depuis plusieurs semaines en Inde : sous le patronage de l’apôtre indien de la non-violence, des chefs religieux bouddhistes, hindous, musulmans et sikhs manifestent pacifiquement avec quelque 10 000 chrétiens et marchent aux côtés d'évêques catholiques en brandissant des pancartes où l’on peut lire en hindi : « Arrêtez les massacres des chrétiens ! » (Apic, EDA).

Le 23 mai 2011, un groupe interreligieux composé de sept représentants des principales religions du Madhya Pradesh rencontre le gouverneur de l’Etat, Rameshwar Thakur, afin de lui remettre un mémorandum dans lequel il critique la suprématie accordée à l’hindouisme dans toutes les institutions d’Etat, en particulier dans le domaine de l’éducation. Bouddhistes, chrétiens, musulmans, sikhs et même hindous demandent que le gouvernement de cet Etat du centre de l’Inde accorde la même place à toutes les religions et cesse d’en promouvoir ouvertement une seule, par le biais notamment des programmes scolaires et des projets d’aide sociale, dont les noms eux-mêmes font référence explicitement à l’hindouisme.

Le Britannica Book of the year 2001 dénombrait 14 434 000 sikhs dans le monde. Aujourd'hui, ils seraient 25 millions.


La religion des sikhs

Le sikhisme (ou nanékisme) rejette tout culte idolâtre et prône le monothéisme (nom donné à Dieu : Wahégourou = Gourou merveilleux).

La religion sikhe est strictement monothéiste. Ses adeptes croient en un seul Dieu Suprême, Absolu, Infini, l'Éternel, le Créateur, la Cause des causes, sans inimitié, sans haine, à la fois immanent et transcendant : une seule (ik) conscience créatrice (ong) manifestée (kar).
L'amour de l'Être suprême (Bhakti) est à la base des pratiques spirituelles.
On doit ne penser qu'à Dieu, répéter sans fin son nom (Nam Japa) et ainsi s'unir à lui.
Dieu n’apparaît jamais sous forme humaine.
Un sikh ne peut avoir foi en aucun autre prophète vivant ou non vivant.
Le paradis et l’enfer n’existent que dans ce monde.
Le sikhisme est basé sur la théorie du karma et de la réincarnation ; on évite les réincarnations en renonçant aux vices (alcool, tabac, jeux de hasard), en surmontant son propre égoïsme (haumou), en menant une vie intègre et honnête, car le but suprême de l'existence est la libération (mukti) : la libération n’est pas dans un autre monde, c’est d’être un sachiar (réalisé par Soi-Même).
Le pèlerinage vers des lieux saints ne trouve pas sa place dans le sikhisme. Pour un sikh, Shabad (la Parole) est le seul lieu saint ; l’eau sacrée des rivières, la méditation, et une vie de vérité sont le seul pèlerinage.

Les cérémonies des sikhs consistent en prières très simples adressées à leur dieu, en ablutions et en pèlerinages au puits sacré de Goindval que fit creuser le troisième guru, Amar Das (1479-1574), et à Amritsar, leur cité sainte, fondée par le quatrième guru Ram Das, en 1574.

Au centre de l’Amrita Saras (Etang de Nectar) s'élève le Temple d’or, appelé aussi Darbar Sahib (Cour divine) et Hari Mandir, que fit construire le cinquième guru Arjan (1563-1606) et où sont conservés les textes sacrés et particulièrement les deux livres sacrés : l’Adi Granth (Livre premier) compilé et édité par Guru Arjun en 1604, et le Dasam Granth (Livre du Dixième) composé par Guru Gobind Singh. La garde en est confiée aux prêtres appelés acalis (immortels).

La doctrine du sikhisme se base sur les enseignements spirituels des dix gurûs, recueillis dans le Sri Guru Granth Sahib qui regroupent les livres précités ; les textes qu'il contient, appelés shabads, sont des poèmes mystiques destinés à être chantés. Ces hymnes sont joués et chantés dans les gurdwârâs où chacun est invité à méditer sur le message qu'ils contiennent (hukam).
Les visiteurs, indépendamment de leur religion, peuvent trouver abri, confort et nourriture dans tous les gurdwârâs.
Le Guru Granth Sahib est au cœur des quatre principales cérémonies sikhes : le choix d’un nom, l’initiation dans le Khalsa (rassemblement des purs), le mariage et la crémation.
Un sikh est censé prier trois fois par jour : tôt le matin, le soir et avant de se coucher.
Un sikh doit également se rendre aussi souvent que possible au gurdwara où le Guru Granth Sahib repose sur une sorte de petit autel, sous un baldaquin, et y participer aux prières collectives. Enfin, il se doit d’être au service (seva) de la communauté.
Un espace doit être aménagé pour le Guru Granth Sahib dans chaque maison sikhe. On le drape d’une étoffe quand il ne sert pas. Quand on le lit, un officiant le protège des impuretés en agitant un éventail. On ne le transporte que sur la tête. Tout sikh doit en lire un passage par jour. Il est souhaitable de l’avoir lu au moins une fois en entier durant sa vie.

La plupart des mantras du Kundalini Yoga sont extraits du Guru Granth Sahib.

Il n'existe pas de clergé : tous les hommes et les femmes de l’assemblée des fidèles peuvent diriger les services religieux.

La morale sikhe rejette les pratiques de l’Inde : infanticide, crémation de la veuve sur le bûcher de son mari (sati), mariage des enfants, claustration des femmes et des membres de castes inférieures.
Idéaux : dévouement et travail, vie active et dynamique, générosité, liberté, égalité, fraternité, dignité et respect des hommes de toutes races, castes et religions ; les femmes sont les égales des hommes ; les hommes portent le nom de Singh (= lion), les femmes celui de Kaur (= princesse) ; l'action militaire est utilisée en dernier ressort pour défendre le droit.
Les sikhs marginaux et nomades, Nihan Singh, mangent de la viande alors que les autres sikhs sont végétariens. Au cours de cérémonies rituelles, des chèvres sont décapitées d'un coup de sabre, non égorgées, et leur chair est consommée par les assistants. La consommation de viande est permise uniquement si l'animal a été tué rapidement, sans souffrance et sans rituel religieux 1.

Les combattants de la foi reçoivent le "baptême de l'épée à double tranchant" (khandé-da pahul) et jurent de rester fidèles aux "5 K" : kesh (cheveux et barbe jamais coupés), kangha (peigne de bois), kachcha (caleçon), kara (bracelet d'acier) et kirpan (épée).
Le Khalsa (mot d'origine persane qui signifie pur), est le nom, initialement donné par Guru Gobind Singh, à l'ordre chevaleresque des sikhs qu'il créa en 1699. Par extension, le mot désigne chaque membre de cet ordre, chaque sikh (homme ou femme) qui a été baptisé ou initié en recevant l'Amrit Sanskar ou Amrit Chhakhna, l'eau bénite utilisée lors de la cérémonie de baptême. Celle-ci est préparée en y dissolvant divers ingrédient, dont du sucre, puis en les mélangeant avec une épée khanda, tout en récitant les cinq Banis (chants) sacrés 2.

Comme guerriers, comme cavaliers surtout, ce sont les meilleurs soldats de l'Inde : accoutumés dès leur enfance à une vie laborieuse et frugale, ils ont une endurance surprenante. Guerriers par profession et par goût, ils cultivent cependant la terre et entretiennent de grands troupeaux ; ils ont des manufactures et fabriquent du drap et des armes à feu réputées.

Le sikhisme, en théorie, ignore les distinctions de caste ; néanmoins, des considérations de prestige et de statut liées à la caste survivent.


Citations

Ô mon âme, tu es l'incarnation de la lumière,
Connais ton Essence,
Ô mon âme, le Seigneur est toujours avec toi,
A travers la parole du Guru, jouis de Son Amour,
Connaissant ton Essence, tu connais ton Seigneur,
Et tu connais le mystère de la naissance et de la mort. (Guru Granth Sahib, p. 441)

Unique, puissance créatrice manifestée, Grâce du Vrai Gurû. Ceux-là qui te servent sont tous tes esclaves, qui pour toujours accueillent ton Verbe. Par la grâce du Gurû, ils deviennent purs, immaculés, éradiquant leur ego. Nuit et jour, ils louent continuellement la gloire du Vrai Seigneur, et sont ornés du Verbe du Gurû. Ô mon Seigneur et Maître, je suis ton enfant, je cherche ton sanctuaire. Tu es l'Unique, la Vérité des vérités, tu es toi-même le destructeur de l'ego. (Gurû Granth, p. 599)

Celui-là seul connaît la Voie, ô Nanak, qui gagne sa vie à la sueur de son front et ensuite partage avec les autres. (Guru Granth, p. 1245)

Lorsque tous les autres recours ont été épuisés, alors il est parfaitement juste de tirer l'épée. (Guru Gobind Singh)

Le nanékisme enseigne le déisme le plus pur. (Victor Adolphe Malte-Brun 1816-1889)


Symbole ik Ong Kar : « une seule (ik) conscience créatrice (ong) manifestée (kar) ».


Notes
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Halal
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Khalsa
3 www.sikhcoalition.org/documents/sikhi_brochureFrench.pdf


Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 20/08/2017

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