Sorcellerie et satanisme.
Evocation des esprits, nécromancie, spiritisme et divination

SOMMAIRE

1 Sabbat et messes noires 2.7 Les possédées de Loudun.
2 Chronologie historique 2.8 La drogue des sorciers.
2.1 La nécromancie. 2.9 L’Affaire des Poisons.
2.2 La messe noire. 2.10 Procès de Salem.
2.3 Gilles de Rais. 2.11 Evocation du Diable.
2.4 Evocation et conjuration des démons. 2.12 Encyclique de Léon XIII contre les francs-maçons
2.5 L’envoûtement. 3. Citations
2.6 Arsenal de la sorcellerie 4. Proverbes


SABBAT ET MESSES NOIRES

La rencontre avec le diable constitue le paroxysme du crime de sorcellerie.
Tous les interdits posés par la justice divine et humaine sont transgressés par la cérémonie du "sabbat", appelée aussi "vauderie ou synagogue". Elle met en scène le monde à l'envers et ravale l'homme, créature de Dieu, au rang de l'animal. Elle se passe donc souvent dans un endroit désert, une nuit de pleine lune.

Les "sabbats" se tiennent, au cours de la nuit du jeudi au vendredi ou la veille des fêtes chrétiennes, dans un cimetière ou au pied d'une potence ou à la croisée des chemins, ou encore, sur une montagne ou en un lieu réputé, pour les cérémonies de grande envergure : solstices, équinoxes et fêtes celtes (1er novembre, 1er février, 1er mai et 1er août).

On distingue le "petit sabbat", qui réunit les personnes d'une même ville ou d'un canton, et le "grand sabbat", dit aussi "sabbat œcuménique", qui rassemble les sorcières de plusieurs régions ou pays.

La légende veut que le 31 octobre (Halloween) soit le Nouvel An des sorcières ; la sorcière participe à la ronde des déguisements et des masques (adoptés depuis l'époque celte pour tromper les mauvais esprits) avec son acolyte le chat noir, que l'on soupçonne d'être en fait une sorcière réincarnée. L’autre grand sabbat de l’année est celui de la nuit du 30 avril au 1er mai, appelée "Nuit de Walpurgis", parce que le premier mai est le jour de la fête de sainte Walburge (ou Walpurgis), une religieuse du VIIIe siècle.

Jusqu'au XVe siècle, les gens croient que, pour se rendre au sabbat, des milliers de sorcières et de sorciers se frottent d'un onguent (en fait un hallucinogène : du jus de belladone), passent par la cheminée et traversent le ciel sur un balai ou sur un bouc, volant vers des lieux particuliers où ils se rencontrent, tandis que leurs enfants gardent des troupeaux de crapauds dans les champs.

Lors du sabbat, ils mangent, sans sel, des enfants non-baptisés (souvent mort-nés), du chien, du chat, du crapaud et de la viande putréfiée, dansent au son d’instruments discordants, copulent avec le diable (dont ils embrassent le derrière) ou avec le bouc, l'une de ses réincarnations, et se livrent à une orgie sexuelle.

Ils disent aussi des messes noires où tout est noir, des chandelles (faites avec de la graisse humaine) aux hosties profanées (dérobées dans les églises ou consacrées sur place par un prêtre défroqué ; à défaut ils utilisent une tranche de navet ou de radis noir) ; les croix sont renversées et les prières dites en partant de la fin. Au premier chant du coq, ils se dispersent, chargés des onguents maléfiques qu'ils ont échangés entre eux. Là où un sabbat s'est tenu, l'herbe ne repoussera plus.


Célébration d'une messe noire, par Martin van Maele

Les litanies du sabbat sont des invocations étranges qui se chantent au sabbat les mercredis et les vendredis : « Lucifer : miserere nobis. Belzébuth : miserere nobis. Leviathan : miserere nobis. Belzébuth, prince des séraphins : ora pro nobis. Balbérith, prince des chérubins : ora pro nobis. Astaroth, prince des trônes : ora pro nobis. Rosier, prince des dominations : ora pro nobis. Carreau, prince des puissances : ora pro nobis. Bélias (Bélial), prince des vertus : ora pro nobis. Perrier (ou Pierrier, ndlr), prince des principautés : ora pro nobis. Olivier, prince des archanges : ora pro nobis. Junier, prince des anges : ora pro nobis. Sarcueil : ora pro nobis. Fume-Bouche : ora pro nobis. Pierre-de-Feu : ora pro nobis. Carniveau : ora pro nobis. Terrier : ora pro nobis. Coutellier : ora pro nobis. Candelier : ora pro nobis. Béhémoth : ora pro nobis. Oilette : ora pro nobis. Belphégor : ora pro nobis. Sabathan : ora pro nobis. Garandier : ora pro nobis. Dolers : ora pro nobis. Pierre Fort : ora pro nobis. Axaphat : ora pro nobis. Prisier : ora pro nobis. Kakos : ora pro nobis. Lucesme : ora pro nobis. »

La sorcière qui se livre à Satan a choisi son camp et fait à son maître une étonnante profession de foi : « Je promets à vous, Belzébuth, que je vous serviroy toute ma vie, et vous donne mon cœur et mon âme, toutes les facultez de mon âme, tous les sens de mon corps, toutes mes œuvres, tous mes désirs et soupirs, toutes les affections de mon cœur, toutes mes oraisons et mes pensées, je vous donne toutes les parties de mon corps, toutes les gouttes de mon sang, tous mes nerfs, tous mes ossements et toutes mes veines, et tout ce qui est dans mon corps et ce que créature pourroit offrir [...] En confirmation de quoi, j'ai écrit et signé la présente toutes les affections de mon propre sang. »

Le sorcier ou la sorcière qui conclut un pacte avec le diable (le "nœud de la sorcellerie") reçoit une puissance extraordinaire : il peut connaître le passé et l'avenir, se procurer des félicités coupables ou troubler le bonheur des autres, devenir invisible comme les esprits, léger comme les oiseaux, soumettre à sa volonté les êtres du monde surnaturel, réveiller les morts de leur sommeil éternel, défendre les sens du vieillard contre les atteintes de l'âge, livrer au jeune homme la femme qu'il convoite, débarrasser l'amant de ses rivaux, l'ambitieux de ses ennemis, etc.
En échange de ce pouvoir, le sorcier doit renier le baptême, s'adonner à mille pratiques sacrilèges et livrer son âme au démon pour l'éternité.
Une fois les conditions du marché remplies par l'homme, Satan est lié à son tour et forcé d'obéir pour un temps déterminé ; c'est un vasselage complet, une servitude entière. Il se laisse enfermer dans des coffres, dans des fioles, dans des anneaux ; d'autres fois, afin de ne jamais quitter son maître temporaire, il entre dans le corps de divers animaux.
Cette croyance existe depuis les premiers temps du christianisme.
"Les magiciens se font gloire d'avoir le démon pour ministre de leur impiété et de le réduire, par leurs évocations, à la nécessité de les servir" (Clément d’Alexandrie + vers 220).
"D'où vient que l'homme, souillé de tous les vices, fait des menaces au démon pour s'en faire servir comme par un esclave ?" (Augustin d’Hippone + 430).

Le diable peut prendre l'apparence d'un homme vêtu de noir, parfois de vert, ou bien d'un animal, généralement un chat noir (le bouc satanique étant plutôt réservé au sabbat). Il apparaît généralement à ceux qui sont dans le besoin ou le désespoir et compatit à leurs malheurs en leur promettant de les venger de ceux qui leur font du tort ou de leur procurer la chance, l'amour et la fortune.
En échange, le diable fait signer à son nouveau vassal, de son sang, un pacte rédigé sur un parchemin vierge, avant de lui imprimer sa marque en quelque endroit du corps. Celle-ci, aisément reconnaissable par sa forme (lièvre, patte de crapaud, chat noir ou chien) ne peut être effacée que par le démon lui-même.
Les inquisiteurs s'évertuent à découvrir cette marque du diable, réputée insensible, sur le corps des sorcières en leur enfonçant de longues aiguilles dans les moindres recoins de leur anatomie. Si un endroit ne saigne pas, ils en concluent que c’est la marque infernale.
L'Église et les gouvernements condamnent la sorcellerie. L'Eglise, qui veut éradiquer la culture celte panthéiste des sociétés rurales superstitieuses et naïves, accuse de sorcellerie, pour les déconsidérer, les voyants et médiums, les guérisseurs et les rebouteux.
Pendant 300 ans, les sorcières sont pourchassées : entre 300 000 et 2 000 000 de personnes sont brûlées vives. Parfois, le seul fait d'être soupçonné de sorcellerie suffit.
Heureusement, la science fournira des explications à bien des phénomènes imputés à la sorcellerie. Nous n'avons plus besoin de sorcières pour expliquer les maladies, les inondations, les sécheresses et toutes les catastrophes naturelles.

Aujourd’hui des messes noires se déroulent dans des appartements privés, des caves ou même dans des cryptes d'églises de grandes villes comme Lyon, Paris, Genève et leurs banlieues...
La commune d'Ellezelles en Belgique, où 5 sorcières auraient été exécutées, organise chaque dernier samedi du mois de juin la reconstitution d'un sabbat.


CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Dès l'antiquité, la sorcellerie entraîne pour ceux qui s'y livrent les peines les plus sévères.
Chez les anciens Hébreux, les coupables de sortilèges sont punis de mort ; la même peine sera portée contre eux en 357 de notre ère : "Tu ne laisseras point vivre la magicienne (...) Celui qui offre des sacrifices à d'autres dieux qu'à l'Éternel seul sera voué à l'extermination" (Exode XXII, 18,20). "Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui s'adonne à la divination, au augures, aux superstitions et aux enchantements, qui ait recours aux charmes, qui consulte les évocateurs et les sorciers, et qui interroge les morts. Car tout homme qui fait ces choses est en abomination à Yahweh, et c'est à cause de ces abominations que Yahweh, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras intègre avec Yahweh, ton Dieu. Car ces nations que tu vas chasser écoutent les augures et les devins ; mais à toi, Yahweh, ton Dieu, ne le permet pas" (Deutéronome XVIII, 10-14).


La nécromancie

Dans le Lévitique (19,31 ; 20,6), Moïse prononce la peine de mort contre les nécromanciens. Cependant, il parait que ces croyances persistèrent malgré les sévères défenses de Moïse.
Lorsque Saül, découragé, abattu, sur la fin de son règne, ne peut obtenir de réponse des prêtres et des prophètes, il ne trouve plus d’autre ressource que les sciences occultes qu'il avait lui-même proscrites, et demande s'il ne se trouverait pas quelqu’un capable d’interroger les morts. On lui indique la célèbre pythonisse d'Endor, et il demande à cette femme de rappeler du pays des morts l’ombre de Samuel. Et le livre de Samuel ajoute qu'à l'appel de la pythonisse parut un vieillard vêtu d'un manteau, que Saül, sans le voir, reconnut pour le prophète Samuel. « Pourquoi as-tu troublé mon repos ? » demande le vieillard. Et quand le roi lui a dit ses angoisses, il lui annonce sa fin prochaine : « Demain, lui dit-il, toi et tes fils vous serez avec moi. » Et, le lendemain, Saül et ses fils meurent sur la montagne de Gelboé.
Isaïe dit que les âmes évoquées annoncent leur présence simplement par un léger murmure et par des mots dits à voix basse.
La version grecque des Septante traduit le terme hébreu "obot" (nécromancien) par "engastrimythe" (ventriloque).
Hennins suppose que le terme hébreu "Néphilim", traduit ordinairement par "géants", signifie "nécromanciens" (de "nephi" = cadavre) ; le plus souvent, en effet, il faut un cadavre pour évoquer l'âme des morts.
On trouve chez les Juifs comme chez les Syriens une horrible pratique de nécromancie : ils tuent un enfant en lui tordant le cou, lui coupent la tête, salent ou embaument cette tête et, la plaçant sur une laine de métal où est gravé le nom de l’esprit ou de la divinité qu'ils veulent évoquer, en tirent des oracles.
En Grèce, la nécromancie est ouvertement reconnue : elle a ses temples.
Lorsque Pausanias est condamné à mourir de faim dans le temple de Pallas, son ombre revient effrayer les Lacédémoniens : ils font évoquer les ombres de ceux avec qui Pausanias a été en hostilité pendant sa vie, et, après un grand combat, elle est chassée pour jamais (Plutarque).
Toute scène de nécromancie est précédée de sacrifices expiatoires.
Les Thessaliens surtout sont renommés comme nécromanciens ; ils arrosent de sang chaud un cadavre et en tirent des réponses concernant l'avenir.
Des pratiques à peu près semblables se retrouvent à Rome ; mais au lieu de cadavre, ce sont les ossements du mort qu’on arrose du sang de la victime, et d’ordinaire on choisit les os du crâne.
On se contente souvent de creuser une fosse, d’y répandre de l'huile, de la farine, et d'attendre, en s’asseyant en cercle tout autour, que l'ombre du mort veuille bien se montrer.
Dans les croyances anciennes, ce n’est ni le corps, ni l'âme telle que nous la comprenons que l’on évoque de la sorte, mais une apparence de corps, impondérable et pourtant visible, dépourvue d’organes réels et apte cependant à la souffrance et au plaisir. C’est de ces apparences que sont peuplés les enfers de Platon et de Virgile, comme l'enfer chrétien de Dante.
Les Juifs ont toujours regardé comme un grand crime de s'adonner à la nécromancie, à la magie, aux prestiges, aux évocations d'anges, de démons ou de morts, pour en avoir des réponses.
Chez tous les peuples anciens l'évocation des ombres est en grand honneur : on la pratique dans l'Inde, chez les Perses et les Assyriens, et de la haute Asie elle passe en Grèce, puis chez les Latins.

"A Rome, c'était sur l'Esquilin, qui servait de lieu de sépulture, que les magiciennes se rendaient pour composer leurs sortilèges et évoquer les mânes et les puissances infernales. Dès que la lune paraissait, elles y venaient rassembler des ossements et ramasser des herbes magiques. Là, vêtues d'une robe retroussée, les pieds nus, les cheveux épars, elles poussaient des hurlements affreux ; elles grattaient la terre avec leurs ongles et déchiraient de leurs dents une brebis noire, dont elles faisaient couler le sang dans une fosse, pour évoquer les mânes qu'elles voulaient interroger ; puis elles invoquaient Hécate et Tisiphone. Alors apparaissaient à leurs yeux les monstres et les serpents infernaux, et elles s'entretenaient avec les ombres au milieu de petits cris aigus et plaintifs qu'on entendait de toute part. Ces ombres, ces monstres infernaux, elles les conjuraient de venir assister à la composition du philtre ou du poison qu'elles préparaient, et elles les sommaient de lui donner de la force et de l'efficacité : « Fidèles témoins de toutes mes entreprises, nuit affreuse, et toi, Diane, qui règnes dans le silence lorsqu'on célèbre les mystères secrets, écoutez-moi ! Écoutez-moi dans ce moment ; que votre colère et votre puissance vengeresses entrent dans la maison de mon ennemi ; qu'au moment où les bêtes sauvages, cachées au fond des forêts, sont ensevelies dans un doux sommeil, tous les chiens de la voie Suburane aboient contre ce vieux débauché, dès qu'une fois il aura été frotté de ce poison, le plus parfait qui soit sorti de mes mains. » Mais le beau temps pour les évocations fut le Moyen Age. Comme on croyait très fortement à l’existence du diable, il ne manquait pas de sorciers et de magiciens pour l’appeler, soit pour lui demander le secret de la fortune, soit pour implorer son secours contre des ennemis. Dans les nombreux procès de sorcellerie de cette époque, il est presque toujours question d’évocations de Satan" 5.


En 51, le Sénat romain chasse les astrologues d'Italie.

Le théologien Tertullien (+ vers 222) met en garde ceux qui pratiquent la nécromancie car les démons les trompent en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués.

En 319, un édit de Constantin limite les activités des aruspices et proscrit les pratiques de magie.

En 331, le philosophe porphyrien Sôpatros, accusé de magie, est décapité à Constantinople.

En 364, le concile de Laodicée en Phrygie (Asie Mineure) "défend aux prêtres et aux clercs d'être magiciens, enchanteurs, mathématiciens ou astrologues, de faire des ligatures ou des phylactères (amulettes) et commande de chasser de l'Église ceux qui en font l'usage" (canon 36).

En 367, le concile de Rome, composé de 44 évêques, condamne les paterniens ou vénustiens, disciples de Symmaque le samaritain, qui attribuent au diable la formation des parties inférieures du corps humain et permettent qu’on s’en serve à des fins criminelles.

A Trèves, en janvier 385, Priscillien, un laïc espagnol dont la doctrine est un mélange de sabellianisme, de docétisme, de panthéisme et de manichéisme, est convaincu de "maléfice" et de pratiques immorales. Il est condamné à mort et exécuté, avec 6 de ses disciples dont une femme : ils sont les premiers dans l’histoire à subir la peine de mort pour hérésie.
Martin de Tours
, Ambroise et le pape Sirice protestent contre cette mesure.

Augustin d'Hippone (+ 430) distingue dans la magie une forme "plus détestable", la "goétie" (sorcellerie), et une forme "plus honorable, la théurgie". A la fin du Moyen Âge, vers 1450, les savants posent la distinction, en fonction de leurs buts moraux, entre deux sortes de pratiques : la magie noire (nigromancie) et la magie blanche (mageia). Auparavant on voyait dans chaque magie du mal et du bien. 22

En mars 415, à Alexandrie, l'évêque Cyrille accuse la mathématicienne, philosophe et astronome Hypatie, qui dirige l’école néoplatonicienne et dispense un enseignement public, d'être impie, de pratiquer la magie et d'ensorceler beaucoup de gens par ses dons sataniques 19 ; aussi des membres de la confrérie des parabalanis, conduits par Pierre le Lecteur ou le Clerc, guettent Hypatie qui rentre chez elle, la jettent hors de son siège et la traînent à l’église (l'église Saint-Michel, l'ancien Cæsareum, ndlr) où elle est mise en pièces à coups de tessons puis ils chargent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantissent par le feu 20 ; il n’est pas certain que le patriarche d'Alexandrie, Cyrille, ait effectivement autorisé ce meurtre, même si l’histoire lui en attribue la responsabilité.

En 447, le concile de Tolède condamne l’astrologie et autres pratiques divinatoires : "Si quelqu'un croit devoir ajouter foi à la divination ou à l'astrologie, qu'il soit anathème".

En 452, le concile d’Arles, présidé par Ravennius, évêque d’Arles, ordonne que "si quelqu'un allume des flambeaux, rend un culte à des arbres, à des fontaines ou à des pierres, ou bien néglige de les détruire, il soit réputé coupable de sacrilège". 32

En 465, le 16e canon du concile de Vannes stipule que "sous peine d'excommunication, les clercs ne doivent se livrer à la divination par le sort des saints et la sainte écriture". 14

La loi salique, écrite à la fin du règne de Clovis (481-511), le plus ancien de nos codes, mentionne, dans son paragraphe 67, le cas d'accusation sans preuve : « Quiconque en appellera un autre sorcier ou l'accusera d'avoir porté la chaudière au lieu où les sorciers s'assemblent et ne pourra le prouver sera condamné à 2 500 deniers d'amende. »

Le démon Ebron est invoqué à Tournay du temps de Clovis.

En 517, le concile d'Epaone (aujourd'hui Saint-Romain-d'Albon sur la commune d'Albon dans la Drôme) défend aux clercs de se livrer à la magie.

Le Concile de Braga (561-563), soutenu par le pape Jean III, dresse la liste des démons : Abigor ; Abrasax ; Adramelech ; Agaliarep ; Aguarès ; Aloger ; Amducias ; Aamon ; Andras ; Asmodée ; Astaroth ; Ayperos ; Azazel ; Bael ; Balan ; Béhémoth ; Bélial ; Belphégor ; Belzébuth ; Berith ; Caym ; Empuze ; Eurynomos ; Fleurety ; Furfur ; Lucifer ; Lucifuge ; Malphas ; Mammon ; Moloch ; Nébiros ; Raum ; Satanachia.
Le concile condamne le manichéisme et le priscillianisme : "Si quelqu'un prétend que le diable n'a pas été d'abord un ange créé par Dieu, mais s'il prétend qu'il est sorti du chaos et des ténèbres et qu'il n'a personne pour auteur de son être, mais qu'il soit lui-même le principe et la substance du mal, comme le disent Mani et Priscillien, qu'il soit anathème". Il condamne aussi l'astrologie : "Si quelqu'un croit, avec les païens et Priscillien, que l'âme et le corps sont fatalement assujettis au cours des astres, qu'il soit anathème".

Le XXIIe canon du concile de Tours (17 novembre 567) condamne les nécromanciens à l’amende et à l’exil.
Le catholicisme n’admet pas leur nécromancie. Il proscrit même, comme coupables de sortilèges, ceux qui, d'après la vieille coutume des Romains, célèbrent des repas en l'honneur des morts et offrent, à de certains jours de l’année, des aliments, de l’huile, des parfums aux mânes de leurs proches. Durant tout le moyen âge, les nécromanciens seront poursuivis, emprisonnés, torturés, brûlés, sans que la confiance populaire en leurs sortilèges pût être déracinée. A Tolède, Isabelle la Catholique (+ 1504) fera murer de profondes cavernes "transformées en écoles publiques de nécromancie". 5

D'après Grégoire de Tours, le roi Chilpéric Ier (+ 584), auquel il s’oppose, fait condamner au feu et à la roue des gens accusés de maléfices.

L'évêque de Noyon-Tournai, Eloi (+ 660), exhorte les chrétiens : « Je vous en supplie, n'observez aucune des coutumes sacrilèges des païens. Ne consultez pas les graveurs de talismans, ni les devins, ni les sorciers, ni les enchanteurs, pour aucune cause ou maladie que ce soit ; ne prenez garde ni aux augures, ni aux éternuements ; ne faites point attention au chant des oiseaux, que vous entendez dans votre chemin... Qu'aucun chrétien ne remarque quel jour il sortira d'une maison et quel jour il y rentrera... Que nul à la fête de saint Jean ne célèbre les solstices par des danses et des chants diaboliques... Que nul ne pense à invoquer les démons comme Neptune, Pluton, Diane, Minerve ou le Génie... Que nul ne garde le repos, le jour de Jupiter (ndlr : jeudi)... Que nul chrétien ne fasse des vœux dans les temples ou auprès des pierres et des fontaines, des arbres et des enclos... Que nul ne fasse des lustrations, ni des enchantements sur les herbes, ou ne fasse passer ses troupeaux par le creux d'un arbre ou à travers un trou creusé dans la terre... Que personne ne pousse de grands cris, quand la lune pâlit... Que personne ne nomme son maître la lune ou le soleil... »

En 687, l'antipape Pascal Ier, convaincu de magie et refusant de se soumettre au pape légitime Serge Ier, est relégué dans un monastère où il mourra au bout de 5 ans.

En 789, le capitulaire de Charlemagne est l'un des premiers textes juridiques à se préoccuper des actes de cannibalisme : « Si quelqu’un, trompé par le diable, croit qu’une femme est une sorcière qui mange des hommes, et que pour cela il la brûle et donne sa chair à manger ou la mange lui-même, il sera puni de la peine capitale ». 6

Charles II le Chauve (843-877) mentionne dans ses Capitulaires : « Certaines femmes scélérates retournent à Satan séduites par les illusions et les fantasmes du démon. Elles croient et professent que pendant les nuits, avec Diane, déesse païenne, et une innombrable tourbe de femmes, chevauchant des bêtes, elles traversent des espaces dans le calme des nuits obéissant à ses ordres (...) Nous avons appris que des hommes maléfiques et des sorcières apparaissent en divers lieux de notre royaume, leurs maléfices ont déjà causé la maladie ou la mort de beaucoup de personnes. C'est le devoir du roi de faire disparaître les impies, de ne pas laisser vivre les fabricants de maléfices et de poisons. »

En 900, Réginon de Prüm, illustre moine lettré, dénonce la sorcellerie.

Des chroniqueurs qualifient le pape Jean XII (955-963) de "Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu". Ils racontent que le pape se livrait aux cruautés les plus diverses, faisant crever des yeux et châtrer des dignitaires, et qu'on buvait à la santé du Diable pendant les orgies offertes au Latran.

Deux papes, Sylvestre II (999) et Benoît IX (1033), et un empereur germanique, Frédéric Barberousse (1155), passent pour être des sorciers.

Burchard, évêque de Worms de 1000 à 1025, croit en l'existence des stryges ou striges (du grec strigx = oiseau de nuit) ; ce sont des démons femelles ailés, mi-femme mi-oiseau, apparus dès l'Antiquité, surtout dans la croyance romaine ; ils s'en prennent essentiellement aux nouveau-nés, soit en suçant leur sang, soit en les enlevant dans leurs serres crochues ; ils sont souvent confondues avec les vampires. L'évêque conseille à ses prêtres de demander à leurs pénitentes : "As-tu partagé la croyance de nombreuses femmes de la suite de Satan ? Que pendant le silence de la nuit, après t'être étendue dans ton lit et pendant que ton mari repose sur ton sein, tu as le pouvoir, toute corporelle que tu es, de sortir par la porte fermée, de parcourir l'espace avec d'autres femmes qui te ressemblent ? Que tu as le pouvoir de tuer, avec des armes invisibles, des chrétiens baptisés et rachetés par le Sang du Christ, de manger leur chair après l'avoir fait cuire, et de mettre à la place de leur coeur de la paille ou un tout autre objet ? Que tu as le pouvoir, après les avoir mangés, de les ressusciter et de leur accorder un délai pour vivre ? Si oui : quarante jours de jeûne et une pénitence durant sept ans."

"Aversier" (Adversaire) est un des noms du diable au XIème siècle.

Vers 1225, à Notre-Dame de Paris, les gargouilles (du bas latin "gargula" = gosier) apparaissent sur les corniches supérieures à l'occasion de leur réfection. Les gargouilles, qui représentent souvent une tête d'animal, sont, en effet, comme des gosiers de pierre vomissant l'eau. Les gargouilles sont aussi un moyen d'éloigner le mal des églises. D'aspect terrifiant, elles sont censées faire fuir tout esprit malin ou être démoniaque (peut-être en leur renvoyant leur propre image). Les gargouilles hurlent à l'approche du Mal, qu'il soit visible (sorciers, magiciens, démons incarné) ou invisible. 21

En 1231, Grégoire IX munit l’inquisiteur allemand, Conrad de Marburg, de l’ordre de Prémontré, de pouvoirs très étendus pour poursuivre les hérétiques, et particulièrement la secte cathare extrémiste des lucifériens, qui s’adonne à des pratiques proches de la sorcellerie. Avec ses auxiliaires Dorso et Jean, Conrad agit avec un tel fanatisme qu’il soulève le mécontentement d’un grand nombre d’habitants et est massacré par des chevaliers dans le voisinage de Marburg.

En 1232, une bulle de Grégoire IX, qui accuse de pratiques sacrilèges (sorcellerie, orgies, crucifixion des prêtres) les cathares du Nord, justifie une série de croisades contre les Stedinger du Bas-Weser. Une première croisade, payée d’indulgences plénières, échoue ; elle est suivie en 1233 et 1234 de deux autres croisades qui font des milliers de morts.

Le 13 juin 1233, dans la bulle Vox in Rama, Grégoire IX décrit les rites d'intronisation par lesquels les sorciers deviennent des adorateurs du diable lors d'une cérémonie d'initiation se déroulant dans une sorte de temple voué à Lucifer : « Lorsque le novice entre dans cette demeure de perdition, c'est une sorte de grenouille, que d'aucuns appellent crapaud, qui lui apparaît en premier lieu. Les uns le baisent honteusement au derrière, les autres sur la bouche, prenant sa langue dans leur propre bouche et recevant sa bave. Cette bête apparaît parfois de sa taille naturelle ; d'autres fois elle est grosse comme une oie ou un canard ; le plus souvent elle a les dimensions d'un four. En avançant, le novice rencontre un homme étonnamment pâle, aux yeux fort noirs, tellement maigre qu'il paraît n'avoir que la peau sur les os. Le novice l'embrasse et le sent froid comme glace. Ce baiser lui fait perdre tout souvenir de la foi catholique. On passe ensuite à table. Puis on se lève, le repas terminé. Alors, d'une colonne, comme il en existe dans les salles de ce genre, descend à reculons un chat noir, de la grosseur d'un chien de taille moyenne, la queue relevée en arrière. Le novice en premier, puis le maître, puis enfin chacun des autres assistants, selon son rang, le baisent, du moins ceux qui en sont dignes et parfaits [...] Cela fait, les chandelles sont éteintes et l'on passe aux plus dégoûtantes œuvres de la luxure sans distinguer entre parents et étrangers. Si les hommes sont en plus grand nombre que les femmes, ceux qui sont en surnombre satisfont entre eux leurs passions honteuses et de même, si des femmes se trouvent en surnombre, elles satisfont entre elles, contre la nature, leurs désirs coupables. Puis, tous ces honteux plaisirs consommés et ces crimes si détestables accomplis, les chandelles sont rallumées et chacun reprend sa place. D'un coin obscur de la pièce, où ne manquent point les hommes les plus perdus, sort un homme au corps éclatant et plus brillant que le soleil au-dessus de la ceinture, mais au-dessous poilu comme un chat. Sa clarté illumine toute la pièce. Alors le maître, enlevant une partie des vêtements du novice, dit à cet homme lumineux : « Maître, je te donne ce qui m'a été donné. » Et l'homme lumineux répond : « Tu m'as bien servi à plus d'une reprise, tu me serviras encore mieux, je confie à ta garde ce que tu m'as donné. » Tout de suite après ces paroles, il disparaît. »

En 1248, à Toul, des femmes sont brûlées comme sorcières.

La Summa de officio Inquisitionis, manuel d’Inquisition de 1270, mentionne les "augures et idolâtres qui s’adonnent au culte du démon".

En 1275, à Toulouse, Angèle de la Barthe, coupable d'entretenir des relations avec le démon et dont le procès conclut à sa "concupiscence diabolique", est brûlée. 29


La messe noire

A partir de l'an 1300 apparaît la messe noire.
D’après Michelet (La Sorcière), l'autel est dressé « au grand serf révolté, au vieux proscrit, injustement chassé du ciel, à l'esprit qui a créé la terre, au maître qui fait germer les plantes [...] Un Satan de bois, noir et velu, dresse ses cornes près d'un énorme feu. Tous les assistants renient Jésus et prêtent hommage au nouveau maître ; plutôt que l'ancien Dieu, on aime mieux le dos de Satan (on suspend au bas du dos de l’idole un masque représentant un second visage). Puis c’est le baiser féodal, comme aux réceptions du Temple. Le dieu de bois accueille la prêtresse, comme autrefois Pan et Priape. Conformément à la forme païenne, elle se donne à lui, siège un moment sur lui. Elle en reçoit le souffle, l'âme, la vie, la fécondation simulée. Puis, non moins solennellement, elle se purifie. Dès lors, elle est l'autel vivant. Le repas est pris en commun ; dans le festin des frères, pas d'armes, pas même de couteau. Chacun a une femme ; sans femme on ne peut être admis. Après le repas, la danse commence, échevelée, furieuse, folle. On boit, on danse en se tenant par la main, mais dos à dos, sans se voir. A ce moment de délire, la femme fiancée à Satan apparaît. Son corps sert d'autel. Elle s'offre. Sur ses reins, un démon officie, dit le Credo et fait l'offrande. On présente du blé à l'Esprit de la terre qui fait pousser le blé ; des oiseaux envolés portent au Dieu de liberté les soupirs et les vœux de l’assemblée ; un gâteau, cuit sur elle, sorcière qui demain pourra passer par le feu, est distribué en guise d'hostie. C'est sa vie, sa mort que l'on mange ; on y sent déjà sa chair brûlée. En dernier lieu, on dépose sur elle deux offrandes qui semblent de chair, deux simulacres : celui du dernier mort de la commune, celui du dernier-né. Ils participent au mérite de la femme, autel et hostie, et l'assemblée (fictivement) communie de l'un et de l'autre. Triple hostie, toute humaine. Après quoi la sorcière se relève et défie le dieu destitué. En dérision de la rupture de l'hostie chrétienne, elle se fait apporter un crapaud habillé et le met en pièces. Elle décapite le crapaud, en disant : « Ah ! Philippe, si je te tenais, je t'en ferais autant ! ». S'agit-il de Philippe de Valois, qui commença la terrible guerre de Cent ans ou de Philippe le Bel ? "


Sous le règne de Louis X (1314-1316), Enguerrand de Marigny, garde du trésor, est arrêté sous l'inculpation du crime de concussion et d'altération des monnaies. Le roi est disposé à le traiter avec modération, lorsque les ennemis du trésorier rapportent à Louis X "qu'un nécromant de profession, à la sollicitation de la femme et de la sœur d'Enguerrand, a fabriqué certaines images de cire à la ressemblance du roi, du comte Charles et d'autres barons, afin de procurer par sortilège la délivrance d'Enguerrand et de jeter un maléfice sur lesdits roi et seigneurs ; lesquelles images maudites étoient en telle manière ouvrées, que, si longuement elles eussent duré ; lesdits roi, comte et barons n'eussent fait chaque jour qu'amenuiser, sécher et languir jusqu'à la mort." Pour donner quelque poids à ces allégations, on montre au roi des figures percées et sanglantes que l'on assure avoir été trouvées chez le nécromant. Louis X, épouvanté, consent à la condamnation de son favori qui est pendu le 30 avril 1315 au gibet de Montfaucon, où son cadavre demeurera exhibé pendant deux ans.

En 1317, par le décret Spondent quas non exhibent, Jean XXII condamne les alchimistes à des amendes, déclare infâmes les laïques qui s’adonnent à l’art hermétique, et dégrade les ecclésiastiques convaincus du même cas ; l'évêque Hugues Géraud de Cahors est condamné au bûcher pour avoir essayé de tuer le pape avec des images de cire.
En août 1326, Jean XXII publie la bulle Super illius specula, assimilant la sorcellerie à l'hérésie : « Nous apprenons avec douleur l'iniquité de plusieurs hommes, chrétiens seulement de nom. Ils traitent avec la mort et pactisent avec l'enfer, car ils sacrifient aux démons [.] Que nul d'entre eux n'ose enseigner ou apprendre quoi que ce soit de ces dogmes pervers ».
Jean XXII excommunie les sorciers comme faisant un pacte avec le diable, l'adorant, se liant à lui par le don d'un anneau et l'interrogeant pour lui demander secours et assistance.
Cependant, la tradition rapporte qu'il composa en latin un livre sur l’alchimie qui fut traduit en français en 1557 (Ars transmutatoria). Il est dit au commencement de cet ouvrage que le pape transforma son palais d’Avignon en un laboratoire immense consacré à la fabrication de l’or.

En 1335, l'Inquisition de Toulouse condamne Anne-Marie de Goergel, laquelle, pour preuve de son allégeance à Satan, se rendait la nuit sous le gibet afin d'arracher aux pendus leurs vêtements, leur corde, leurs cheveux et leur graisse pour en tirer des sorts et des potions magiques.
La même année, le même tribunal condamne Catherine, épouse de Pierre Delort, qui confessa, sous les rigueurs de la question, avoir contracté un pacte avec Satan. La rencontre avait eu lieu à minuit, à la lisière d'un bois, près d'un carrefour. Elle s’était saignée au bras gauche "en laissant tomber son sang sur un feu alimenté par des ossements humains dérobés au cimetière de la paroisse". Etait alors apparu un démon "sous la forme d'une flamme violâtre" qui lui avait appris l'art de fabriquer les poisons.

La même année, une ordonnance du roi de France, Charles V dit le Sage (1364-1380), récompense ceux qui dénoncent les sorciers, menace de poursuivre comme complices ceux qui se taisent et de priver de leur charge les juges indulgents.

1390 : premier procès en sorcellerie à Paris. Jugée par le Parlement, Jeanne de Brigue est brûlée vive.

L'antipape Jean XXIII est déposé le 29 mai 1415 pour "simonie et façon de vivre scandaleuse" et en tant que "forban et sodomite" par le concile de Constance. En fait, Jean XXIII était très violent (on lui reproche beaucoup de meurtres) et débauché : on raconte qu'il vivait entouré de vierges, de femmes mariées ou veuves et de nones et qu'il jouait aux dés en invoquant le diable et en trinquant joyeusement 7.

Le mercredi 30 mai 1431, vers 9 heures, l'exécution de Jeanne d’Arc a lieu, à Rouen même, sur la place du Vieux Marché. Sur la place noire de monde, une pancarte placée au sommet du bûcher rappelle que celle qu'on va brûler pour le bien de tous est "menteresse, pernicieuse, abuseresse du peuple, devineresse, superstitieuse, blasphématrice de Dieu, présomptueuse, malcréante de la foi de Jésus-Christ, vanteresse, idolâtre, cruelle, dissolue, invocatrice de diables, apostate, schismatique, hérétique et relapse".


Gilles de Rais

Le 25 octobre 1440, à Nantes, le baron Gilles de Montmorency-Laval ou Gilles de Rais (ou de Rays ou de Retz), comte de Brienne, maréchal de France et petit-neveu de Du Guesclin (arrêté le 15 septembre pour être entré en armes dans l'église de Saint-Etienne-de-Mer-Morte et d'avoir, pendant l'office, molesté et enlevé le prêtre Jean Le Ferron, frère du trésorier du duc de Bretagne), poursuivi pour "apostasie hérétique, évocation des démons, crime et vice contre nature avec des enfants de l’un et de l’autre sexe selon la pratique sodomite", est excommunié par le Tribunal de l'inquisition. Le Tribunal séculier le condamne à être pendu et brûlé le lendemain (son corps incinéré à demi sera retiré du brasier pour qu’il puisse reposer en terre chrétienne mais il disparaîtra lors du pillage de l’église de Notre-Dame-du-Carmel de Nantes parles révolutionnaires).
A genoux, "avec des soupirs et des gémissements", Gilles demande à être réincorporé dans l’Église et se confesse. Quand on le sépare du prêtre florentin François Prelati, son magicien, il lui dit en sanglotant : « Adieu, François, mon ami, jamais plus ne nous entreverrons en ce monde. Je prie à Dieu qu'il vous doint bonne patience et connaissance, et soyez certain que, pourvu que vous ayez bonne patience et espérance en Dieu, nous nous entreverrons en la grant joie du paradis. Priez Dieu pour moi, et je prierai pour vous. »
Comment le très pieux, le compagnon d’armes favori de Jeanne d’Arc que le roi avait placée sous sa protection, comment le jeune maréchal de France (vingt-cinq ans) devint-il le monstre de Tiffauges qui pratiqua, durant huit ans jusqu’à son arrestation), d’infâmes sacrifices humains et le pire satanisme, avec la complicité de son magicien, François Prelati ?
On évalue à 140 les enfants égorgés, sans compter, peut-être, un certain nombre de femmes…
Pour éliminer les traces de ses forfaits, Gilles faisait brûler les cadavres et jeter les restes dans les fosses d'aisances ou dans les douves.
Extrait de l’acte accusation : "XXXVI. Item, qu'il y a environ cinq ans passés, plus ou moins, pendant que le susdit seigneur duc de Bretagne assiégeait le château fort de Champtocé, qu'alors tenait le susdit Gilles de Rais, accusé, et avant le siège dudit château, ledit Gilles de Rais, accusé, en fit éloigner par lesdits Gilles de Sillé, Henriet et Étienne Corrillaut, autrement nommé Poitou, et placer dans des coffres pour être transportés par eux au château de Machecoul et y être brûlés— de peur que le seigneur duc, ses gens, ses officiers et autres personnes ne les trouvassent — quarante-cinq têtes, avec les ossements, d'innocents inhumainement tués par ledit Gilles, accusé, avec lesquels enfants il avait détestablement commis le péché de sodomie et d'autres crimes contre nature ; et audit château de Machecoul, ces têtes et ossements furent brûlés par lesdits Henri Griart, Gilles de Sillé et Étienne Corrillaut, autrement dit Poitou, sur l'ordre dudit Gilles accusé ; et qu'il en fut ainsi et que cela est vrai.” 8
Gilles invoquait particulièrement le démon Baron auquel il sacrifiait les mains et le cœur des enfants dont il avait joui au préalable, pour obtenir la recette de la pierre philosophale lui permettant de fabriquer de l'or.
Michelet écrit : « C'étaient des offrandes au diable. Il invoquait les démons... Il les priait de lui accorder l'or, la science et la puissance... Il lui était venu d'Italie un jeune prêtre de Pistoia, qui promettait de lui faire voir ces démons. Il avait aussi un Anglais qui aidait à les conjurer. La chose était difficile. Un des moyens essayés, c'était de chanter l'office de la Toussaint en l'honneur des malins esprits... Retz offrait parfois à son magicien le sang d'un enfant, sa main, ses yeux et son cœur. »
Certains pensent que Gilles a été victime d’un complot. Jean V, le duc de Bretagne, aurait été d'autant plus ravi de frapper sur les Laval, que le roi venait d'ériger la baronnie des Laval en comté (1431), et que les Laval, issus des Montfort, formaient une opposition toute française (qui aboutira à livrer la Bretagne au roi en 1488).
L'évêque, de son côté, en voulait au sire de Retz qui avait forcé à main armée une de ses églises et malmené un clerc.
Le tribunal était formé dudit évêque, chancelier de Bretagne ; du vicaire de l’inquisition, messire Jean Blouyn ; de Jean Prigent, évêque de Saint-Brieuc ; de Pierre de l'Hospital, grand juge du duché ; et de Jacques de Pencoëtdic, official de l'évêché.


Selon Voltaire, Louis XI (1461-1483) empêche que le parlement et l'université de Paris ne poursuivent comme sorciers les premiers imprimeurs venus d'Allemagne.

Vers 1475, sont composés Les Évangiles des Quenouilles. La nature, force vitale, a des qualités occultes. Elle est constellée de signes qu’il faut décrypter. Leur interprétation oriente une action sur tout ce qui concerne la vie des hommes et celle des bêtes. L’action peut être bénéfique ou maléfique.

En 1484, l’inquisiteur général pour l’Espagne, Torquemada, promulgue un code de procédure pour agir contre les juifs, les morisques, les hérétiques et les gens coupables de sorcellerie, de bigamie, d’usure, etc.
La même année, le 5 décembre, Innocent VIII publie la bulle Summis desiderantes qui organise la lutte contre la sorcellerie et étend les pouvoirs des deux inquisiteurs de Cologne, les dominicains Henri Institoris (Heinrich Kramer de Sélestat) et Jacob Sprenger, officiant dans la Germanie supérieure entre Cologne et Mayence et en butte à la mauvaise volonté des autorités locales. La bulle ordonne de pourchasser les coupables de sorcellerie, jeteurs de sorts et magiciens, et énumère une longue liste de leurs crimes : « En certaines régions de la Germanie supérieure comme dans les provinces, cités et territoires de Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême, maintes personne de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes aux démons, succubes et incubes ; par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et des sortilèges, par leurs excès, crimes et délits, elles font périr et détruisent les enfants des femmes, les petits des animaux, les moissons de la terre, les raisins des vignes, les vergers, les prairies, les pâturages, les blés, les grains, les légumes. Elles affligent et torturent les hommes, les femmes, les bêtes de somme, le gros et le petit bétail, tous les animaux par des douleurs et des tourments internes et externes. Elles empêchent les hommes de féconder, les femmes de concevoir, les époux de rendre à leurs épouses et les épouses de rendre à leurs époux les devoirs conjugaux. Et la foi elle-même, qu'elles ont reçue en recevant le saint baptême, elles la renient d'une bouche sacrilège. Elles ne craignent pas de commettre [...] d'autres crimes et excès infâmes, à l'instigation de l'Ennemi du genre humain, au péril de leurs âmes, en offense à la majesté Divine, en exemple pernicieux et au scandale de la plupart des gens. ». Les chasseurs de sorcières ont les pleins pouvoirs : celles qui ne mourront pas sous la torture, seront noyées lors du "jugement de Dieu" ou brûlées sur le bûcher.

En 1485, quarante et une sorcières, supposées de relations avec des incubes, sont brûlées à Côme, en Lombardie.

En 1486, avec l’approbation du pape, les dominicains Heinrich Kramer dit Institoris et Jakob Spenger publient à Strasbourg leur traité de démonologie Malleus maleficarum (le Marteau des Sorcières) qui explique comment trouver et éliminer les sorcières.
On prétend que les chapelets des sorcières ont la croix en partie cassée ; pendant longtemps, ce sera une preuve de sorcellerie.

Le 9 octobre 1490, le roi Charles VIII prend une ordonnance contre les enchanteurs : « Nous Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, au Préfet de Paris, salut. Nous voulons et entendons que tous les enchanteurs, devins, invocateurs des esprits malins et nécromanciens soient incessamment arrêtés et punis selon la rigueur des lois, parce que tous leurs crimes attaquent directement Dieu et la foi catholique. Nous vous enjoignons, ainsi qu'à tous les officiers de police, à ceux de nos vassaux et sujets de tenir la main en toute diligence à l'exécution de cette ordonnance, à peine contre les négligents d'amendes arbitraires, dont les dénonciateurs auront le quart ; ils perdront aussi leurs offices, sans qu'ils puissent espérer d'y être rétablis. Nous voulons que tous les juges ordinaires connaissent de ces crimes par prévention, et leur ordonnons qu'à l'instant qu'ils en auront des preuves, soit par information, soit de notoriété ou présomption violente, de faire emprisonner les coupables, de saisir leurs biens, d'instruire leurs procès et de les juger, toutes autres affaires cessantes. Pour ce qui est des religieux, nous voulons que vous les arrêtiez et les remettiez à leurs évêques diocésains, afin qu'ils soient aussi punis, parce que les lois le commandent aussi bien que la raison. Nous ordonnons enfin que toutes les personnes, de quelque état ou condition qu'elles soient, et sans aucune exception, qui consulteront ces enchanteurs, devins, invocateurs des esprits malins, nécromanciens ou autres usant d'arts pernicieux et défendus par l'Eglise, ou qui fréquenteront ou participeront à ces actes détestables, les reconnaissent pour tels, et, s'ils ne les révèlent pas aux officiers de police, ils seront punis de la même peine que ces malfaisants. Fait à Montils-lez-Tours le neuf octobre de l'an du Seigneur mil quatre cent quatre-vingt-dix et le neuvième de notre règne. Charles. »

En 1493, Jeannette Relescée, convaincue de sorcellerie, est jugée et brûlée à Fribourg. Battue par son mari, elle s’était rendue de nuit dans un bois pour quémander l'aide de Dieu ou du diable. Ce dernier lui était apparu "en forme obscure, noire", et lui avait promis que si elle reniait Dieu et le choisissait pour maître, son mari cesserait de la battre. Jeannette s'était empressée d'abjurer son baptême et avait pris Satan pour maître "en ly faisant hommage, le baisant au cul, et ly donnast d'enseigne troys poil de sa teste".

En 1500, le pape Alexandre VI écrit au prieur de Klosterneuburg et à l'inquisiteur Institoris pour s'informer des progrès de la sorcellerie en Bohême et en Moravie.

En 1513, le pape Jules II demande aux prélats allemands de renforcer la répression de la sorcellerie ; il ordonne à l'inquisiteur de Crémone de poursuivre ceux qui abusent de l'Eucharistie dans un but maléfique ou qui adorent le diable.

En 1514, à Bormio en Lombardie, 30 femmes accusées de sorcellerie sont brûlées vives.

En 1518, dans la Valcamonica, 80 femmes sont brûlées vives pour sorcellerie.

En 1521, par la bulle Honestis petentium votis, Léon X proteste contre l'attitude du Sénat vénitien qui s'oppose à l'action répressive des inquisiteurs de Brescia et de Bergame contre les sorciers.

Luther, condamné par l'Edit de Worms le 26 mai 1521, est hébergé par Jean-Frédéric de Saxe dans le château de Wartburg où il demeure jusqu’au 6 mars 1522 sous le pseudonyme de "chevalier Georges". Un jour que le Diable vient, une fois de plus, le tourmenter, l’empêchant de travailler à la traduction de la Bible, il lance son encrier contre lui, occasionnant ainsi une tache sur le mur, laquelle est encore visible aujourd’hui.
"Satan, écrit Luther, se présente souvent sous un déguisement : je l’ai vu de mes yeux sous la forme d’un porc, d’un bouchon de paille enflammé ..." (cité par L. Christiani).
"Un religieux vint un jour frapper rudement à la porte de Luther en demandant à lui parler. On lui ouvre ; il regarde un moment le réformateur et lui dit : "J'ai découvert quelques erreurs papistiques sur lesquelles je voudrais conférer avec vous. - Parlez ! répond Luther. L'inconnu propose d'abord quelques discussions assez simples que Luther résout aisément mais chaque question nouvelle était plus difficile que la précédente et le moine exposa bientôt des syllogismes très embarrassants. Luther, offensé, lui dit brusquement : "Vos questions sont trop embrouillées, j'ai pour le moment autre chose à faire que de vous répondre !" Cependant il se levait pour argumenter encore lorsqu'il remarqua que le prétendu religieux avait le pied fendu et les mains armées de griffes : "N'es-tu pas, lui dit-il, celui dont la naissance du Christ a dû briser la tête. Ton règne passe ; ta puissance est maintenant peu dangereuse ; tu peux retourner en enfer !" Le Diable qui s'attendait à un combat d'esprit et non à un assaut d'injures se retira tout confus en gémissant sur l'injustice des hommes à son égard." 9
Pour les démonologues, c'est le démon Caym qui aurait eu une discussion avec Luther 23.
"Luther, en avançant que le diable pouvait être un visage de Dieu, a été atypique". (Pierre-Yves Ruff)

Le 17 avril 1529, en place de Grève à Paris, le Chevalier Louis de Berquin (dont les livres ont été brûlés), correspondant et traducteur de Erasme, accusé d’hérésie (et même de se mêler aux orgies des sorciers et d'avoir adoré le diable), est étranglé au poteau, puis son corps est brûlé.

En 1532, Charles-Quint promulgue la Constitutio Criminalis Carolina codifiant le droit pénal et le droit judiciaire criminel applicables dans l’Empire romain et germanique et comprenant trois passages relatifs à la sorcellerie. Le premier concerne ceux qui usent d'enchantements, qui se servent de livres, d'amulettes, de formules et d'objets divers, étranges et inusités, qui ont des attitudes inaccoutumées : on pourra les arrêter et les soumettre à la torture. Le deuxième passage se rapporte à l'enquête à laquelle on se livrera à leur propos : ils seront interrogés pour savoir quand et de quelle manière ils procèdent, il faudra savoir s'ils se servent de poussière empoisonnée ou de sachets magiques, on enquêtera aussi sur leur fréquentation du sabbat et s'ils sont liés au diable par un pacte. Le troisième passage est relatif à leur punition : il rappelle que déjà le droit romain vouait au feu les magiciens et ordonne de punir tous ceux qui s'adonnent à ces pratiques, même s'ils ne nuisent pas à autrui.


Evocation et conjuration des démons

"Voici, d’après Henri-Corneille Agrippa dit Trismégiste (+1535), magicien et alchimiste, la recette la plus sûre pour évoquer et conjurer les démons (De Philosophia occulta) : Il faut tracer trois cercles magiques concentriques, dont le plus grand ait 9 pieds de circonférence, et se tenir dans le plus petit, où l’on écrira le nom des auges qui président à l'heure, au jour, au mois et à la saison, car le calendrier magique est très complet. Cette précaution de s’enfermer dans un cercle pour évoquer les esprits est indispensable ; si on la négligeait le premier mouvement des démons évoqués serait de s’emparer de l’imprudent magicien et de lui tordre le cou. En entrant dans ce cercle, qui doit être tracé avec du charbon, il faut avoir soin de ne porter sur soi aucun objet de métal, si ce n’est la pièce d’or ou d’argent qu’on doit jeter à l'esprit ; car les démons sont comme les hommes, ils ne font rien pour rien ; aussi celui qui veut les évoquer leur doit le sacrifice d’un chien, d’un chat ou d’une poule ; il leur jure ensuite fidélité et obéissance éternelles, et reçoit aussitôt sur son corps une marque imposée par le diable lui-même. Il acquiert par là une puissance absolue sur les trois esprits infernaux de la terre, de la mer et de l’air. Celui donc qui a ces esprits à ses ordres ne doit jamais les appeler sans ces précautions ni sans leur jeter quelque chose, une pièce de monnaie, une savate, une paille même ; s'il y manquait, il courrait le risque de se voir étrangler. Ce cadeau, qu’on fait au diable est plié dans un papier blanc, et on l’envoie à l’esprit ; pendant qu’il se baisse pour le ramasser, on prononce la conjuration. Après avoir écrit les noms dans le cercle magique, il faut l’asperger d’eau bénite et bénir les parfums en disant : « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, daignez bénir et sanctifier ces parfums, et que leur odeur contienne les esprits que je dois évoquer. » Mettant alors les parfums dans un vase de terre neuf, on dit : « Je t’exorcise, parfum, pour que tout fantôme nuisible s’éloigne de moi. » II faut ensuite se vêtir d’un surplis de prêtre et avoir un morceau de parchemin vierge sur lequel on aura dit une messe du Saint-Esprit. Après s’être purifié pendant neuf jours, on trace des croix sur le parchemin, on appelle des quatre coins du monde les anges qui président à l’air par ces trois noms mystérieux : « Agla, On, Tetragrammaton » et l’on prononce la grande conjuration que voici : « Nous, faits, à l’image de Dieu et doués de sa puissance, nous t’exorcisons, esprit (on prononce le nom de l’esprit que l’on veut conjurer), par le très-redoutable et très-admirable nom de Dieu El, et nous te commandons d’apparaître sur-le-champ, ici, visiblement devant ce cercle, en belle forme et sans difformité. Nous te l’ordonnons par le nom Y, qu’Adam entendit et parla ; par le nom Agla, que Loth entendit ; par le nom Iod, que Jacob entendit dans la bouche de l’ange qui luttait avec lui ; par le nom d’Anexepheton, qu’Aaron entendit et qui le rendit sage ; par le nom de Zébaoth, que Moïse prononça pour changer en sang les marais de l'Égypte ; par le nom d’Oriston, qui fit monter les grenouilles dans les maisons des Egyptiens (etc.) Nous t’exorcisons par la mer flottante et transparente, par les quatre divins animaux qui vont et viennent devant le trône de la divine Majesté, ayant des yeux devant et des yeux derrière ; par le nom Primenmaton, en vertu duquel Moïse engloutit Coré, Dathan et Abiron. Nous t’exorcisons, et si tu ne parais aussitôt, ici, devant ce cercle, pour nous obéir en toutes choses, nous te maudissons et te privons de tout office, bien et joie ; nous te condamnons à brûler sans aucun relâche dans l’étang de feu et de soufre. » Une fois ces paroles prononcées, on voyait plusieurs fantômes qui remplissaient l’air de clameurs ; il ne fallait point s’en épouvanter et avoir bien soin de ne pas sortir du cercle. On apercevait des spectres armés de flèches menaçantes, mais qui n’avaient aucune puissance de nuire. Alors, mettant la main sur le parchemin vierge, on disait : « Que vos prestiges cessent par la vertu du Dieu crucifié. » On soufflait ensuite vers les quatre parties du monde, et l’on disait : « Pourquoi tardez-vous ? Soumettez-vous à votre maître, au nom du seigneur Bathat ou Vachat, tombant sur Abrac, Abéor se jetant sur Abérir. » C'est alors que paraissait l’esprit évoqué, qui disait : « Ordonnez et demandez, me voici prêt à vous obéir en toutes choses, parce que le Dieu tout-puissant le commande. » Le conjurateur demandait ce qu’il voulait : il était aussitôt satisfait. Quand il n’avait plus besoin de l’esprit, pour le renvoyer, il n’avait qu’à dire : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, allez en paix chez vous et soyez prêt à venir quand je vous appellerai »." 5


En 1536 et 1550, les conciles de Cologne condamnent à l'excommunication les membres du clergé qui s'adonnent à la sorcellerie.

En 1538, le concile de Trêves livre à l'official ceux qui usent des arts divinatoires ou qui adorent Satan.

En 1545, l'abbesse d'un couvent de Cordoue, Madeleine de La Croix, est accusée du crime de sorcellerie et n'échappe à la mort qu'en obtenant sa grâce du pape Paul III.

Nantes en 1549 et Poitiers en 1564 voient brûler plusieurs sorciers.

En 1551, Jean de Mansencal, premier président du Parlement de Toulouse, écrit un ouvrage intitulé De la vérité et autorité de la justice en la correction et punition des maléfices
La même année, à Louvain, Josse de Damhouder, le juriste le plus écouté de son temps aux Pays-Bas traite de la sorcellerie dans sa Praxis rerum criminalium.

Sous Charles IX (1560-1574), un prétendu sorcier, nommé Trois-Echelles, condamné à mourir sur la place de Grève et à qui on promet sa grâce s'il dénonce ses complices, déclare qu’il y a 100 000 sorciers en France dont 30 000 à Paris.

En 1562, en Allemagne, 300 personnes sont brûlées vives pour sorcellerie à Oppenau, 63 femmes à Wiesensteig et 54 à Obermachtal.

Jean de Wier, dans son traité intitulé De praestigiis daemonum (1564), estime qu’il y a plus de sorcières que de sorciers à cause de "l'emprise qu'a le diable sur le sexe féminin, lequel est inconstant, à raison de sa complexion, de légère croyance, malicieux, impatient, mélancolique, pour ne pouvoir commander à ses affections, et principalement les vieilles débiles, stupides et d'esprit chancelant".

Jean Calvin (+ 27 mai 1564), l'un des initiateurs de la Réforme protestante, recommande fortement la chasse aux sorcières qu'il accuse d'être responsables des maladies (telles que la peste) et leur exécution : « La Bible nous enseigne qu'il y a des sorcières et qu'elles doivent être tuées. Cette loi de Dieu est une loi universelle ».

En 1565, le concile de Cambrai défend aux fidèles de chercher dans la magie la guérison des personnes et des animaux et excommunie ceux qui, sous quelque motif que ce soit, se livrent aux arts défendus.

En mai 1571, 21 sorcières sont brûlées à Genève.

En 1573, le Français Gilles Garnier admet avoir assassiné plusieurs enfants, dont les corps ont été découverts mutilés et à moitié dévorés : il a déchiqueté des enfants avec ses griffes et les a dévorés. Il affirme être un loup-garou ; c'est un démon qui lui a appris à se changer en loup en se frottant le corps d’un onguent. Il admet qu’il aime manger de la chair humaine... et qu’il a les mêmes inclinaisons anormales qu'il soit dans son état d’être humain ou dans celui de loup. 10

En 1577, le parlement de Toulouse condamne 400 cents femmes, marquées, dit-on, des stigmates du démon.

En 1580, Jean Bodin, jurisconsulte et favori d'Henri III, publie De la démonomanie des sorciers ; il raconte des histoires diaboliques pour justifier l’envoi des sorciers au bûcher. Voici, d'après Bodin, l'énumération des crimes dont les sorciers se rendent coupables : 1° ils renient Dieu ; 2° ils le blasphèment; 3° ils adorent le diable; 4° ils lui vouent leurs enfants; 5° ils les lui sacrifient avant le baptême ; 6° ils les consacrent à Satan dès le ventre de leur mère ; 7° ils promettent au diable d'attirer tous ceux qu'ils pourront à son service ; 8° ils jurent par le nom du diable ; 9° ils commettent des incestes ; 10° ils font mourir les gens par poison et sortilèges ; 11° ils tuent les personnes et les mangent ; 12° ils se nourrissent de charognes et de pendus ; 13° ils font crever le bétail ; 14° ils font périr les fruits ; 15° ils ont avec le diable une copulation charnelle. Ceux qui sont marqués du "B" sont prédestinés à devenir sorciers : les boiteux, les bossus, les bègues, les borgnes et les bigles. On les reconnaît aussi à leur regard, louche et pénétrant, porteur du "mauvais œil". Jean Bodin estime qu'il y a 50 sorcières pour un seul sorcier.

Le concile de Reims de 1583 excommunie les sorciers "qui font pacte avec le diable, qui empêchent les relations sexuelles, qui pratiquent l'envoûtement et prétendent guérir par le pouvoir de Satan".

En 1585, le concile de Liège dénonce comme hérétiques et dignes du feu ceux qui se livrent à la magie.

Le 5 janvier 1586, la bulle Cœli et terrae de Sixte V condamne la pratique de la magie : elle précise que les sorciers acquièrent leur pouvoir en passant un pacte avec l'enfer (afin de trouver des trésors, deviner les choses cachées et commettre leurs crimes en toute impunité, ils concluent avec le diable un traité par lequel, en échange de leur âme, ils peuvent évoquer et consulter les démons, enfermés dans des anneaux, des miroirs ou des fioles) ; elle bannit la divination du christianisme et sépare l'astrologie de la théologie.


L’envoûtement

Parmi les maléfices, l'envoûtement, dans lequel Catherine de Médicis (+ 1589) avait une grande confiance, est un des plus usités et des plus redoutés. On a raconté qu'elle portait, sur l'estomac, une peau d'enfant égorgé, semée de figures et de caractères cabalistiques, en guise de protection ; elle entretenait auprès d'elle une troupe d'astrologues, alchimistes, mages et sorciers, dont Cosme Ruggieri, son conseiller florentin, confectionneur de figurine d’envoûtement.
Les sorciers qui pratiquent l’envoûtement ont soin de se procurer, pour leur opération, soit des cheveux, soit des vêtements avant appartenu à la personne contre laquelle ils veulent agir. Ils choisissent ensuite un animal censé représenter cette personne ; ils lui donnent son nom, le mettent en rapport avec les cheveux ou les vêtements, le tuent d'un seul coup avec leur couteau magique, et, lui ayant arraché le cœur, ils enveloppent ce cœur dans les objets venus de la personne, et pendant trois jours ils y enfoncent de temps en temps des clous ou des épingles en prononçant des paroles de malédiction contre la personne. Ils supposent que toutes les tortures qu'ils font subir au cœur de cet animal tourmentent en même temps l'objet de leur aversion. D'autres encore administrent à un crapaud le baptême en lui donnant les noms et les prénoms de leurs ennemis ; ensuite ils lui font avaler une hostie consacrée avec des formules d'imprécation ; puis, après l'avoir entouré de cheveux ou de vêtements provenant de la victime désignée, ils l’enterrent dans un lieu où elle a l'habitude de passer souvent.
Mais les envoûtements les plus ordinaires se font sur des figures de cire ; on mêle à cette cire de l'huile baptismale et des cendres d'hosties brûlées. De ce mélange on forme une image de la personne contre laquelle on dirige les maléfices ; on habille cette poupée, appelée dagyde, des mêmes vêtements que la victime a l'habitude de porter ; on administre les sacrements à la figurine et on prononce contre elle toutes les formules de l'exécration et de la malédiction ; ensuite on lui fait subir des tortures inimaginables, espérant qu'elles sont ressenties par le maléficié lui-même. Si la statue fond à l'ardeur du feu (de préférence un feu de bois et de verveine), l'envoûté, après avoir langui et dépéri pendant un certain temps, est condamné à mourir d'épuisement ; si on pique avec une aiguille neuve la figures de cire, en prononçant des conjurations, les personnes envoûtées souffrent précisément dans la partie qui a reçu la piqûre ; un coup porté dans le cœur de la poupée détermine la mort immédiate de l'envoûté. L'effigie de la victime peut aussi être moulée en terre glaise ou en airain. De nos jours, la poupée est remplacée par une "bougie humaine", bougie à l'effigie d'un homme ou d'une femme dont on choisit la couleur en fonction du but recherché : rouge pour susciter la passion ou la colère, rose pour équilibrer les émotions et à améliorer les relations (amour et amitié), noire pour aider à se débarrasser de quelqu'un, pour se protéger ou encore pour jeter un sort à une personne, blanche pour trouver la guérison, la protection et la purification, verte pour trouver l'espoir, avoir de la chance ou de l'argent.
Voici un envoûtement d'amour tiré d'un grimoire : « Un vendredi, par nuit claire, écraser trois poignées de riz noir. Pétrir la farine obtenue afin d'obtenir une pâte et en confectionner la figure de la personne dont on veut se faire aimer. Ne pas oublier de fabriquer un petit cœur, que l'on placera à l'intérieur de la figure, là où doit se trouver le cœur humain. Allumer un feu de morelle blanche, d'asclépias à fleurs rouges, d'aubépine blanche et de branches de chêne. Faire cuire sous la cendre la figure et la manger très chaude. Toute, sauf le cœur. Autrement, la personne désirée en mourrait. »
Pour paralyser l'effet de l'envoûtement, il faut que la personne maléficiée rende à l'envoûteur un service quelconque et qu'elle tache de l'amener à la communion du sel. Pour éviter l'envoûtement opéré par le crapaud, on doit porter sur soi un crapaud vivant renfermé dans une boite de corne. Pour l'envoûtement par le cœur percé, la personne qui en fait l'objet doit manger un cœur d'agneau assaisonné de sauge et de verveine.
Les anciens croyaient à la puissance de l'envoûtement et à ses effets singuliers ou terribles.
Les auteurs latins parlent de cette pratique de sorcellerie comme d'une des manœuvres occultes le plus souvent employées par les sorciers contre les personnes auxquelles ils veulent nuire. Ovide, dans une de ses plus gracieuses élégies, se plaint d'être sous l'influence fâcheuse (impuissance sexuelle) du maléfice qui fut plus tard désigné sous le nom de "nœud de l'aiguillette".


L'arsenal de la sorcellerie

1° le miroir magique, instrument favori de Catherine de Médicis et dans lequel se reflétait l'avenir ;
2° la pistole volante, monnaie marquée d'un signe cabalistique et qui revenait toujours dans la poche de son maître ;
3° les têtes d'airain, fabriquées sous l'influence de certaines constellations et qui, interrogées, donnaient des conseils ;
4° les armes enchantées ;
5° le carré magique, appareil de divination ;
6° la baguette magique, qui servait à tracer les cercles de conjuration, et enfin les anneaux, colliers, peaux diverses, etc., jouissant de propriétés particulièrement déterminées.
Les onguents, les poudres et les breuvages les plus étranges jouent également dans la sorcellerie un grand rôle. Parmi les plantes, la sorcellerie choisit de préférence celles qui sont vénéneuses ou infectes : la ciguë, la valériane ; celles qui croissent sur les tombeaux; telles que le lierre, la mauve et l'asphodèle. Elle adopte, parmi les animaux, le coq, le serpent, le loup, le hibou et surtout le crapaud. Les cadavres humains des malfaiteurs, des excommuniés et des pendus sont également employés.
Voici une horrible recette trouvée dans un Grimoire espagnol : « Prenez des crapauds, des couleuvres, des lézards, des colimaçons et les insectes les plus laids que vous pourrez trouver. Ecorchez avec vos dents les crapauds et les reptiles ; placez-les dans un pot avec des os d'enfants nouveau-nés et des cervelles de cadavres tirés de la sépulture des églises. Faites bouillir le tout jusqu'à parfaite calcination et faites bénir par le diable. »
On peut même ensorceler les forêts, les fleuves, comme le vent et la mer.
Afin de suppléer les défaillances de la mémoire, on consigne les formules magiques dans des livres : Les Clavicules (Petites clefs) attribuées à Salomon, et les Grimoires.


Le 13 juin 1590, au sujet des gamins et des fillettes convaincus de sorcellerie, l'évêque de Tournai ordonne : « Les premièrement bien catéchiser et instruire et, par après, induire à bonne contrition et abomination d'ung exécrable péché, puis après les envoyer à la confesse et d'en user aussy des exorcismes, s'il est besoin. »

Les synodes de Montauban (1594) et Montpellier (1598) condamnent le "nouement de l'aiguillette" et en excommunient les auteurs.

En 1599, dans ses Six livres de discussions magiques, le jésuite Martin Del Rio affirme qu’en matière de sorcellerie, tous les témoignages sont acceptables pour soumettre un suspect à la torture.

« Le crime de sorcellerie, dit un magistrat de la fin du XVIe siècle, est un crime exceptionnel, tant pour l'énormité d'iceluy que pour ce qu'il se commet le plus souvent de nuit et toujours en secret; tellement, qu'à cette occasion le jugement en doit être traité extraordinairement, sans qu'il soit besoin d'observer en cela l'ordre de droit ni les procédures ordinaires... Je dis qu'il faut condamner tous les sorciers, lors même qu'ils tesmoignent de bons sentiments. J'ajouteray une autre raison bien poignante, savoir : que depuis que l'on a esté une fois empêtré dans les rets de Satan, on ne s'en peut retirer. »

Entre la fin du XVIe siècle et le milieu du XVIIe, environ 100 000 personnes (la plupart des femmes), condamnés par des tribunaux laïcs, sont brûlés pour sorcellerie (bûchers en forme de hutte) dans le Sud de l’Allemagne, particulièrement dans la région de Trêves.

En 1604, le concile de Namur interdit l'usage des livres traitant de magie et excommunie ceux qui pratiquent le "nouement de l'aiguillette".

Lors de son procès en sorcellerie, Madeleine des Aymards, quinze ans, raconte au lieutenant général criminel de Riom, en Auvergne, le sabbat auquel elle a assisté plusieurs fois en 1606 : « Emportée en l'air en une montagne », elle y rencontre « grand nombre de personnes, tant d'hommes que de femmes, de toutes sortes et conditions ». Satan demande alors à ses serviteurs de rendre compte "des maux qu'ils avaient commis, quelles personnes ils avaient tué et empoisonné, indisposé et rendu malade, quel bétail ils avaient fait mourir et quels autres maux ils avaient fait". Puis la messe est contrefaite c'est une messe de dérision, dite à l'envers, sur un autel noir, avec des ornements noirs, une hostie noire... On danse "dos contre dos", au son du fifre et du tambourin. Enfin, le maître de cérémonie éteint la lumière, "et alors chaque homme de ceux qui l'assistaient prenait chacune des femmes et filles qui y estoient et les couchaient par terre et les jouissaient et connoissoient charnellement par le commandement du dit diable".

Le 14 août 1606, François de Nobilibus, moine franciscain, est condamné au bûcher par le Parlement de Grenoble pour des pratiques de sorcellerie ; il est pendu avant d'être brûlé avec ses livres, amulettes, parchemins, effigies, aiguilles, etc.

En 1607, le concile de Malines, après avoir condamné les sorciers et les devins, mande aux juges ecclésiastiques et exhorte les juges laïques de châtier de l'exil ceux qui y ont recours.

Dans un livre publié à Lyon en 1609, Bocquet, chef du tribunal du chapitre de l'abbaye de Saint-Claude (Jura), se vante d'avoir fait brûler 600 sorcières dans l'espace de 10 ans et dans le seul pays de Saint-Claude.

Entre 1608 et 1610, Pierre de Lancre, juge de Bordeaux, mène une longue enquête sur la sorcellerie dans le Labourd (région de Bayonne) dont il tirera en 1612 son fameux Traité de l'inconstance des mauvais anges et des démons. Jeannette d'Abadie, qui n'avait que seize ans lorsqu'elle fut conduite au sabbat par une certaine Gratiane, lui confie "qu'elle y vit le diable en forme d'homme noir et hideux, avec six cornes en la tête, parfois huit, et une grande queue derrière, un visage devant et un autre derrière la tête, comme on peint le dieu Janus, que ladite Gratiane l'ayant présentée, reçut une grande poignée d'or en récompense, puis la fit renoncer et renier son Créateur, la Sainte Vierge, les saints, le baptême, père, mère, parents, le ciel, la terre et tout ce qui est au monde, laquelle renonciation elle lui faisait renouveler toutes les fois qu'elle allait au sabbat, puis elle l'allait baiser au derrière".

En 1610, le concile de Metz réprouve ceux qui usent de l'Eucharistie, de reliques ou d'images saintes en vue de maléficier.

1611
- Le 2 janvier, débute en Hongrie le procès de la comtesse sanglante, Erzsébet (Elisabeth) Bathory, et de quatre serviteurs complices, qui dure 5 jours. Arrêtés le 29 décembre 1610, sur ordre du roi Matthias, par le comte Gyorgy Thurzo (dont les hommes ont trouvé une fille morte, une mourante, une blessée et d’autres enfermées), les accusés sont : Erzsébet Bathory, Janos Ujvari (Ficzko), Jo Ilona, Dorottya Szentes (Dorko) et Katalin Beniezky. Tous sauf Bathory (qui s’enferme dans un mutisme total) avouent les crimes et tortures. La comtesse, qui s'adonnait à la magie noire, envoyait ses complices trouver et ramener des jeunes filles au château pour les sacrifier afin de boire leur sang ou de se baigner dedans (le nombre de jeunes filles torturées et tuées reste indéterminé ; on en a mentionné une centaine). Bathory était persuadée que le sang des jeunes filles, accompagné de rituels adaptés, allait ralentir sa vieillesse et maintenir sa beauté. Jo Ilona, Ficzko, Dorko et Katalin Beniezky sont condamnés à la décapitation et exécutés. Le 17 avril, Bathory est condamnée à être emmurée dans sa chambre (avec juste une ouverture permettant de lui transmettre de la nourriture) où elle meurt le 21 août 1614. La légende en a fait un vampire.
- Louis Gaufridy, curé de Notre-Dame des Accoules à Marseille, après avoir subi les questions ordinaire et extraordinaire, est condamné pour avoir introduit le démon dans un couvent d'ursulines : il est brûlé vif le 30 avril. Des ursulines ont accusé Gaufridy des pires turpitudes notamment de les avoir fait posséder par les démons, Belzébuth, Asmodée, Verrine, Grésil, Sonneillon, et autres…
- Le 6 juin, en Navarre, l'Inquisition frappe sévèrement une secte de plus de 12 000 adeptes qui « adorent le démon, lui élèvent des autels et traitent familièrement avec lui à tout propos ».

De 1611 à 1618, à Ellwangen, petit territoire catholique dans le Sud-ouest de l'Allemagne, 400 personnes sont condamnées puis exécutées au cours d'une des plus importantes chasses aux sorcières de l'histoire européenne.

Le 20 août 1612, exécution des sorcières de Pendle à Lancaster en Angleterre.

En 1615, la chasse aux sorcières atteint le petit village suisse de Golion (Vaud) : sur ses 200 habitants, 25 seront brûlés vifs pour sorcellerie sur une période de 16 ans.

Le 8 juillet 1617, Léonora Galigaï (épouse de Concino Concini, marquis d’Ancre et maréchal), accusée de judaïsme, de magie, de sortilèges (notamment d’avoir ensorcelé la reine mère, Marie de Médicis, dont elle était l’amie et la femme de chambre) et condamnée comme sorcière malgré ses dénégations, est décapitée puis brûlée en place de Grève. Le 24 avril, Louis XIII a fait abattre, à coups de pistolet, Concini, l’amant notoire de la reine mère, dans la cour du Louvre, par le baron de Vitry, capitaine des gardes.

En 1619, à Bordeaux, Pierre de Lancre, préside une commission qui, dans une seule année, fait conduire au supplice 500 prétendus sorciers.

En 1620, procès des sorciers de Nérac.

En 1622, le médecin Poirot est accusé d'avoir ensorcelé une grande dame à Nancy.

Urbain VIII, pape de 1623 à 1644, demande aux juges de faire preuve de discernement.

1631
- le concile de Cambrai excommunie ceux qui consultent les devins.
- Un jésuite allemand, Friedrich Spee von Langenfeld (1591-1635) publie anonymement son manuscrit Cautio Criminalis dans lequel il dénonce les procès en sorcellerie illégitimes et inhumains, la torture brutale et l’extermination systématique d’innocents : des malheureuses, qui n'ont de sorcières que le nom, sont arrêtées, emprisonnées, torturées et condamnées au bûcher que pour avoir été accusées par d'autres inculpés eux-mêmes soumis à d'effroyables tortures. Quand il publie en 1632 une seconde version plus critique que la première, il perd la protection de la Compagnie de Jésus qu’il doit quitter.

8 avril 1634, procès en sorcellerie d'Adrien Bouchard et de ses complices devant le Parlement de Paris.


Les possédées de Loudun

Le 18 août 1634, Urbain Grandier, curé libertin de Saint-Pierre de Loudun (Vienne) depuis juillet 1617 et auteur d'un traité contre le célibat des prêtres et d'un pamphlet contre Richelieu, qui a toujours juré être innocent (même sous la torture), est brûlé vif pour crime de sorcellerie suite à l’affaire des "possédées de Loudun" (23 religieuses ursulines 16).
Au cours du procès on exhiba un pacte satanique que le prêtre fut accusé d’avoir écrit de son propre sang. Il lui fut reproché d’avoir provoqué par la magie l’effrayant désordre mental qui agitait, depuis septembre 1632, dix jeunes religieuses ursulines de dix-huit à trente ans. Des exorcistes luttèrent durant des heures contre les "diables" qui, en la personne des "possédées", leur répondaient par mille insultes, prédisaient l’avenir, devinaient les secrets des assistants, se roulaient à terre et hurlaient de rage en dénonçant le magicien (les démons Béhémoth, Bélaam, Issacarum, Ausitif et Zabulon furent identifiés). Grandier s’étant malencontreusement mêlé aux adversaires de l’autorité centrale (surtout des protestants) en s'opposant à la destruction du donjon et des fortifications de Loudun, Richelieu 15 suivait de près l’affaire et le chancelier Séguier se faisait envoyer des rapports. Sorcellerie ? Duperie ? Maladie ? Complot ? En tous cas, le jugement, organisé par Laubardemont, commissaire de Richelieu, fut politique.
Après le procès (qui condamna un prêtre surtout coupable d’avoir trop aimé les femmes de ses paroissiens et d’avoir mis enceinte la fille de Louis Trincant, procureur du Roi à Loudun et proche du chanoine Mignon, le confesseur du couvent des Ursulines) et l'exécution, la "possession" continue. En décembre, le jésuite Surin est envoyé à Loudun avec une cohorte d’exorcistes ; il fait tout pour diminuer, sinon supprimer, les exorcismes publics. En mars 1643, suite au témoignage du démon Léviathan, Madeleine Bavent est accusée de sorcellerie : elle est dépouillée du voile et condamnée à la prison à vie dans les geôles de l’Officialité (elle sera la seule religieuse reconnue responsable). Finalement, la prieure, Jeanne des Anges, après avoir accompli un pèlerinage sur le tombeau de François de Sales en Savoie, change son personnage de possédée (elle fut la première à accuser Grandier, dont elle était folle jusqu'à l'hystérie, d'avoir employé la magie noire pour la séduire : une branche de rosier fleuri ensorcelée) en celui de visionnaire : Loudun devient alors un centre dévot...


En 1638, les statuts de Narbonne établissent la hiérarchie suivante : magiciens, devins, enchanteurs, sorciers.

En 1640, un arrêt sans appel du Parlement de Paris interdit à tous les Tribunaux de France de "procéder à l'instruction et au jugement de procès criminel des accusés de crime de sortilège". C'est la fin de la chasse aux sorcières en France.

Matthew Hopkins, chasseur de sorcières anglais, commence sa "carrière" quand il entend des femmes parler de leurs rencontres avec le Diable en mars 1644 à Manningtree, une ville près de Colchester, où il vit à cette période. Suivant l'accusation de Hopkins, 19 sorcières présumées sont pendues, et quatre autres meurent en prison. Hopkins parcourt ensuite l'est de l'Angleterre, prétendant, peut-être à raison, être officiellement mandaté par le Parlement pour trouver et poursuivre les sorcières. Sa carrière de chasseur de sorcières durera jusqu'à sa mort en 1647. La torture étant, en pratique, illégale en Angleterre, il utilise diverses méthodes pour extirper des confessions de certaines de ses victimes. Il les prive de sommeil, une torture sans effusion de sang. Il les plonge liées dans l'eau, pour voir si les accusées flottent ou coulent, d'après la théorie que l'eau rejette les sorcières de façon surnaturelle, puisqu'elles ont renoncé au baptême. Il emploie également des "piqueurs de sorcières" qui enfoncent des aiguilles et des couteaux à la recherche des marques du diable, supposées insensibles à la douleur et dépourvues de sang. Hopkins et son associé John Stearne, accompagnés d'assistantes féminines, sont bien payés pour leur besogne, gagnant 20 livres pour une visite à Stowmarket, Suffolk, ce qui est alors plus qu'un an de salaire pour la plupart des gens 4.

Le 6 avril 1652, Michée Chauderon est la dernière « sorcière » brûlée à Genève.


La drogue des sorciers

Sous Louis XIV, le savant Gassendi (+1655) se livre à des expériences qui corroborent les idées de Jean de Wier (1564).
S'étant rendu dans une vallée des Basses-Alpes, où la sorcellerie compte de nombreux adeptes, il fait tomber quelques paysans dans un sommeil léthargique en leur faisant prendre une préparation narcotique dont un prétendu sorcier lui a donné la recette. En la leur administrant, il leur annonce qu'ils vont être transportés dans une assemblée infernale. A leur réveil, les dormeurs, qui n'ont pas quitté leurs lits, font un récit complet de ce qu'ils ont vu au sabbat et racontent les impressions qu'ils ont éprouvées.
Gassendi en conclut que les prétendus voyages sur un manche à balai, les entrevues avec le diable, etc., n'existent que dans l'imagination des individus, qui prennent pour des réalités les effets d'hallucination produits par un narcotique.


Kandaurov Anton, 1899


10 au 13 mars 1662, procès des sorcières de Bury St. Edmunds au Suffolk en Angleterre : deux veuves âgées, Rose Cullender et Amy Denny, accusées de sorcellerie par leurs voisins, sont pendues le 17.

Le 24 avril 1662, un arrêt du Conseil accorde la liberté à toutes les personnes détenues dans les prisons de Normandie pour cause de magie et de sortilège.

En 1667, John Milton publie son Paradis perdu dans lequel il met en scène deux épisodes cruciaux de la Bible : la rébellion de Satan et des anges rebelles (motivée par la décision prise par Dieu de proclamer la gloire de son Fils) et leur châtiment ; le péché originel d’Adam et Ève tentés par le serpent entrant dans le jardin d’Éden pour exercer sa vengeance sur la créature divine, tentation qui mène inéluctablement à la faute et à la perte du Paradis. Milton s’interroge sur l’origine du mal dans le monde.

Le 26 août 1670, Louis XIV prend une ordonnance criminelle sur la déculpabilisation pénale de la sorcellerie.


L’Affaire des Poisons

Après l'exécution de la marquise de Brinvilliers le 17 juillet 1676, suite à sa condamnation à mort pour empoisonnements de son père et de ses deux frères, les enquêteurs poursuivent leur travail. Ils découvrent tout un monde de tireuses de cartes, magiciennes, sorcières, devineresses, avorteuses, empoisonneuses, sorciers et prêtres défroqués qui trafique et vend philtres et poisons à des acheteurs issus de toutes les classes de la société, de la noblesse de cour au menu peuple.
Le 5 décembre 1677, le lieutenant de police Gabriel-Nicolas de La Reynie fait arrêter, à Paris, Louis de Vanens, gentilhomme de Provence et homme de cour, qu’il croit être un espion. Les papiers qu'on trouve chez le suspect révèlent l'existence d'une bande d'alchimistes, de faux monnayeurs et de prostituées, à laquelle sont mêlés des gens du monde et quelques prêtres ; Vanens est alors considéré comme sataniste.
Début 1679, le lieutenant de police fait arrêter la dame Vigoureux et une dénommée Marie Bosse, avec ses enfants. Marie Bosse apprend à ses interrogateurs qu'il y a, à Paris, plus de 400 devineresses et magiciens qui "perdent bien du monde, surtout des femmes".
Le 12 mars, à la Villeneuve-sur-Gravois, la police arrête Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, alias la Voisin ; le 17, c’est le tour de son principal auxiliaire, le magicien Adam Coeuret, dit Dubuisson, le faux abbé Le Sage.
Comme le lui suggère La Reynie, le roi crée le 7 avril 1679 une commission spéciale, la Chambre ardente dite "Cour des Poisons" qui siège à l'Arsenal. Trois cent soixante-sept personnes comparaissent. Les interrogatoires aboutissent rapidement à la mise en cause de personnalités de plus en plus proches du roi et de Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan. La Voisin, principale accusée, est soupçonnée d'empoisonnements, d'avortements, de participation à des messes noires. Soumise à la question ordinaire, elle avoue tout, mais se refuse à parler de Madame de Montespan. Pour échapper à la mort, par arrêt des poursuites, les accusés ont tout intérêt à mettre en cause de très hautes personnalités : la duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons (toutes deux nièces de Mazarin), le maréchal de Luxembourg, la comtesse de la Roure, la marquise d'Alluye, la vicomtesse de Polignac, Mme de Dreux, Racine (dénoncé pour avoir empoisonné son épouse secrète, Mlle du Parc) et, bien sûr, la maîtresse du roi. Louis XIV ordonne qu'on n'ait point égard aux personnes. La comtesse de Soissons est exilée. Mme de Montespan, qui a eu 7 enfants du roi, est épargnée ; mais elle montrera une telle joie à la mort de la duchesse de Fontanges (28 juin 1681) que le roi lui demandera de ne plus paraître en sa présence et l’écartera en la nommant surintendante de la Maison de la Reine. En 1691, Mme de Montespan, délaissée par le roi, se retirera à Paris chez les Carmélites puis dans la communauté des Dames de Saint-Joseph qu’elle a fondée rue Saint-Dominique, avant de revenir dans le monde. Françoise de Mortemart, marquise de Montespan, mourra à Bourbon-l’Archambault le 28 mai 1707.
Le 22 février 1680, Catherine Deshayes épouse Monvoisin, dite la Voisin, est brûlée à Paris, place de Grève. Elle a été condamnée au bûcher pour avoir fourni du poison (compromise avec la Vigoureux dans l’affaire des Poisons appelés poudres de succession en 1679, elle aurait fourni à la duchesse de Montespan des aphrodisiaques administrés au roi à son insu, mais aussi peut-être du poison) et pratiqué la sorcellerie (influencée par le magicien Le Sage et complice de l’abbé Guibourg, ancien aumônier du comte de Montgomery, pour ses messes noires, elle aurait participé à l’égorgement d’enfants en bas âge volés ; elle a avoué avoir "brûlé dans le four, ou enterré dans son jardin, les corps de plus de 2 500 enfants nés avant terme").
Le 18 septembre 1680, Louis XIV exige que les "originaux des faits particuliers" (c'est-à-dire tous les documents dans lesquels apparaît le nom de Montespan) lui soient remis : il les fera brûler.
Le 19 mars 1681, le roi soumet les personnes liées à l’affaire de Mme de Montespan à la procédure des lettres de cachet pour éviter tout scandale. Marguerite, la fille de la Voisin, qui dénonce à La Reynie la participation de Madame de Montespan à une messe noire célébrée par l'abbé Guibourg et accuse Madame de Montespan d'avoir voulu empoisonner une de ses rivales, Madame de Fontanges, et le roi lui-même, est enfermée à Belle-Île : « Toutes les fois qu'il arrivait quelque chose de nouveau à Mme de Montespan et qu'elle craignait quelque diminution aux bonnes grâces du roi, elle donnait avis à ma mère, afin qu'elle y apportât quelque remède, et ma mère avait aussitôt recours à des prêtres, par qui elle faisait dire des messes, et donnait des poudres pour les faire prendre au roi ».
Une autre empoisonneuse, La Filastre, qui avait, elle aussi, accusé Madame de Montespan, se rétracte au moment de monter sur le bûcher.
La Chambre ardente aura tenu 210 séances, lancé 319 décrets d’arrestation, fait incarcérer 194 personnes, prononcé 104 jugements dont 36 condamnations à mort, 4 aux galères, 34 au bannissement et 30 acquittements ; Le Sage, l'abbé Guibourg et Marguerite Monvoisin échapperont au bûcher.


L’édit du 30 août 1682 interdit toutes pratiques de magie noire ou divination et réglemente sévèrement les manipulations de produits pharmaceutiques ; les sorciers sont chassés du royaume de France ; la charge d’astrologue du roi est supprimée. L'article Ier ordonne que toutes les personnes se mêlant de deviner et se disant devins ou devineresses aient "à vider incessamment le royaume, sous peine de punition corporelle". L'article 2 défend toutes pratiques superstitieuses de fait, par écrit ou par paroles, soit en abusant des termes de l'Ecriture sainte ou des prières de l'Eglise, soit en disant ou en faisant des choses qui n'ont aucun rapport aux causes naturelles ; il porte, en outre, que ceux qui se trouveront les avoir enseignées, "ensemble ceux qui les auront mises en usage et qui s'en seront servis pour quelque fin que ce puisse être, soient punis exemplairement et suivant l'exigence des cas". L'article 3 veut que, s'il se trouve à l'avenir des personnes assez méchantes pour ajouter le sortilège à l'impiété, sous n'importe quel prétexte, elles soient punies de mort. Cette loi permet encore aux parlements l'application de peines exorbitantes pour un crime imaginaire.

En 1691, un arrêt de mort est prononcé contre huit bergers de Pacy-en-Brie, accusés d'avoir jeté un sort sur leurs troupeaux.


Procès de Salem

Le 2 juin 1692 est ouvert dans le Massachusetts le procès des sorcières de Salem arrêtées le 1er mars. Les magistrats n'ont pas de preuves mais l'attitude des accusés leur en fournit : cris déments, bouches baveuses, yeux révulsés, membres tordus, etc. Le 10 juin, Bridget Bishop est pendue. Cinq autres accusées dont Rebecca Nurse et Sarah Good sont pendues le 19 juillet. Le 19 août, c’est le tour d’une femme et de quatre hommes dont le révérend Burroughs. Il s’agissait probablement de malades atteints du "Mal des ardents" ou "Feu de Saint Antoine" causé par l'ergot du seigle, champignon bien connu en Europe, déclenchant de violents spasmes musculaires, des hallucinations et l'impression que des bêtes vous courent sous la peau.


En 1718, dernière condamnation d’un sorcier en France. Le Parlement de Bordeaux ordonne le supplice d’un homme accusé d’avoir "lié" un seigneur, sa femme et ses servantes.

En 1722, on brûle un sorcier en Ecosse.

En 1731, le fameux jésuite Girard manque d’être brûlé vif pour fait de sortilège envers la belle Cadière, qu'il avait tout simplement séduite.

Le Dictionnaire de Trévoux (1732) donne cette définition : « Sorcier, magicien, enchanteur : celui qui, selon l'opinion commune, a communication avec le diable, et qui fait plusieurs choses merveilleuses par son secours. On tient que les sorciers vont à des assemblées nocturnes qu'ils nomment sabbat, qu'ils y adorent le diable, qu'ils ont une marque qui rend la partie insensible. Ceux qui ont écrit de la Démonomanie, comme Del Rio, Bodin…en racontent mille merveilles, dont la plupart sont visiblement fabuleuses. On excommunie au prône les sorciers et les sorcières, devins ou devineresses. Le peuple, qui souvent juge de travers, a accusé plusieurs grands hommes d'être sorciers. Le Parlement de Paris ne reconnaît point de sorciers. Le Parlement de Rouen les brûlait autrefois ; on ne le fait plus. On ne doit punir ceux qu'on accuse d'être sorciers, que lorsqu’ils sont dûment convaincus de maléfice, de quelque manière qu'ils l'aient fait. »

Pour Voltaire (1694-1778) : « Rien n'est plus ridicule que de condamner un vrai magicien à être brûlé ; car on devait présumer qu'il pouvait éteindre le feu et tordre le cou à ses juges » (Dictionnaire philosophique).

En 1750, on brûle, à Wurtzbourg en Bavière, une religieuse qui avoue avoir pratiqué divers maléfices, mais sans résultat, pour faire périr plusieurs personnes.

Dans les années 1750, Francis Dashwood, Le Despenser(1708-1781), baron et héritier d'une des plus grosses fortunes d'Angleterre, fonde, dans la petite ville anglaise de West Wycombe, The order of the friars of saint Francis of Wycombe (ordre des moines de saint Francis de Wycombe) surnommé Hell fire Club (Club du Feu de l'Enfer) dont les réunions se déroulent dans l'abbaye de Medmenham puis, après 1760, dans un temple souterrain sous la demeure de Dashwood à West Wycombe. Les femmes peuvent être membres du Club en toute égalité. Appartenir au club dont les mots d'ordre sont satanisme et débauche, veut avant tout dire partager des plaisirs licencieux, seul ou à plusieurs, et abjurer sa foi pour adorer le Diable. Les membres dirigeants appartiennent souvent aux plus hautes couches de l'aristocratie britannique. Parmi eux : le Comte de Sandwich, premier Lord de l'Amirauté, le Comte de Bute, proche du roi George III, Premier Ministre à partir de 1762, John Wilkes, maire de Londres, Thomas Potter, fils de l'archevêque de Canterbury et vice-trésorier de l'Irlande, l'écrivain Laurence Sterne, les poètes Paul Whitehead et Charles Churchill, le peintre William Hogarth et Benjamin Franklin (élu de Philadelphie qui représente les colons de Pennsylvanie à Londres en 1757 puis agent des colonies à Londres en 1764), un ami proche de Dashwood 11.

Les Encyclopédistes (1751-1772) définissent ainsi la sorcellerie : « Opération magique honteuse ou ridicule, attribuée stupidement par la superstition à l'invocation et au pouvoir des démons. »

En 1764, Pierre Sirven est accusé du meurtre de sa fille par sorcellerie : en fait, elle était épileptique.

Le 31 décembre 1768, l'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche promulgue le code thérésien de procédure pénale (Constitutio Criminalis Theresiana) qui ne prévoit pas de procès en sorcellerie.

Le 18 juin 1782, Anna Göldi (ou Göldin), condamnée pour avoir ensorcelé une fillette, est décapitée à Glaris en Suisse : c’est l’une des dernières sorcières exécutées en Europe (deux "sorcières" polonaises auraient été exécutées en 1793). Le parlement glaronais a réhabilité Anna Göldi le 27 août 2008.

William Blake publie Le Mariage du ciel et de l’enfer (1790-1793) où les symboles du Bien et du Mal se trouvent systématiquement inversés.

En 1816, une jeune fille du bourg de Teilly en Picardie, est possédée par les démons "Zozo, Mimi et Crapoulet"…

Selon Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, neveu de Danton (Dictionnaire infernal, 1818) : « Le sabbat est l'assemblée des démons, des sorciers et des sorcières dans leurs orgies nocturnes. On s'y occupe ordinairement à faire et à méditer le mal, à donner des craintes et des frayeurs, à préparer des maléfices, à des mystères abominables. Le sabbat se fait dans un carrefour, ou dans quelque lieu désert et sauvage, auprès d'un lac ou d'un étang, ou d'un marais, parce qu'on y fait la grêle et qu'on y fabrique des orages. Le lieu qui sert à ce rassemblement reçoit une telle malédiction qu'il n'y peut plus rien y croître ».

Dans le Caïn de Byron (1821), toute l’argumentation de Lucifer tend à démontrer que la création est un acte égoïste de Dieu, qui a, pour son plaisir, attaché "une haute pensée à une masse servile de matière", afin de régner solitaire sur un univers plongé dans la souffrance. La cause des démons est donc identique à celle des hommes. Elle engendre une sympathie active qui entend aider l’humanité à lutter contre le tyran d’en haut, lui permettant de se créer "un monde intérieur, là où le monde extérieur fait faute", et de se rapprocher ainsi de sa nature spirituelle.

En 1857, à Morzine (Savoie), deux fillettes accusent une femme d’un village voisin de les avoir envoûtées ; et, bientôt, toute l’école est possédée. Les médecins concluent à une "monomanie" et prescrivent l’isolement. Le curé pratique des exorcismes malgré l’interdiction de l’évêque. En 1860, 120 personnes se trouvent possédées : probablement des esprits fragiles influencés par les exorcismes et dont l’isolement a aggravé l’état. La possession touchera 200 personnes en 6 ans, jusqu’à ce que, le sermon d’un nouveau curé, l’intervention d'un détachement de gendarmerie menaçant d’emprisonnement les plus excités, la venue de l’inspecteur du service des aliénés et la répartition des malades dans différents hôpitaux, ramènent le calme.

Victor Hugo commence, début 1854, La Fin de Satan (reprise et complétée en 1859-1860, elle est abandonnée et inachevée). L’histoire, ouverte par la chute de l’archange révolté, se poursuit dans la fatalité, sous la forme de la guerre (Nemrod), du gibet (la crucifixion de Jésus), de la prison (la Bastille). Lilith/Isis, fille de Satan, déesse de l’ombre, préside à cette histoire, jusqu’au jour où, le 14 juillet 1789, l’autre fille de Satan, l’ange Liberté, née d’une plume de l’archange Lucifer et du regard de Dieu, la dissout dans sa lumière : l’histoire tend alors vers son achèvement, par la réconciliation de Satan avec Dieu.

Michelet s’efforce de démontrer dans La Sorcière (1862) que le culte de Satan est une revanche du peuple, et notamment de la femme, contre les humiliations que leur impose la société féodale, et l’expression instinctive d’une confiance dans les forces de la nature.

En 1863, Hymne à Satan de Giosuè Carducci.

En 1871, Michel Bakounine (de la Loge italienne Il Progresso Sociale) écrit dans Dieu et l’Etat : « Satan est le premier libre-penseur et sauveur de ce monde. Il libère Adam et imprime sur son front le sceau de l'humanité et de la liberté en le faisant désobéir. »

1872
- Dans son poème Tristesse du diable, Leconte de Lisle fait de Satan "le premier rêveur, la plus vieille victime".
- En décembre, le New-York Herald annonce qu'une vieille indienne, accusée d'avoir causé la mort de plusieurs de ses parents par ses sortilèges et ses maléfices, a été condamnée par le grand conseil de la vallée de Pina-Nut (Nevada) à être lapidée et a subi ce supplice.

Au Mexique, le 4 avril 1874, Castillo, l'alcade de Jacobo, arrête, juge et fait brûler vifs comme sorciers, Jose-Maria Bonilla et sa femme Diega.


Evocation du Diable

"D’après Eliphas Lévi (de son vrai nom Alphonse-Louis Constant, diacre puis franc-maçon initié le 14 mars 1861 dans la loge parisienne "La Rose du parfait silence", + 1875), on doit remplir 5 conditions principales pour évoquer le Diable :
1° il faut être doué d'une force de volonté invincible ;
2° d'une conscience à la fois endurcie au crime et très accessible à la crainte et au remords ;
3° d'une ignorance affectée ou naturelle ;
4° d'une foi aveugle en tout ce qui n'est pas croyable ;
5° d'une idée absolument fausse de la Divinité.
Quant au rituel à observer, le voici : il faut se procurer la fourche magique et faire une baguette d'une branche de noisetier ou d'amandier coupée d'un seul coup avec un couteau neuf qui aura servi à un sacrifice sanglant ; cette branche devra être d'un seul jet et terminée en forme de fourche. Après un jeûne de quinze jours, pendant lesquels on n'aura pris qu'un repas sans sel après le coucher du soleil, repas composé de pain noir et de sang assaisonné d'épices, de fèves noires et d'herbes laiteuses et narcotiques ; après avoir eu soin de s'enivrer tous les cinq jours avec du vin infusé de cinq têtes de pavots noirs et de cinq onces de chènevis trituré qu'on aura tenu quelque temps dans un linge filé par une prostituée, on fixera pour l'évocation la nuit du lundi au mardi ou du vendredi au samedi. L'évocation devra se faire dans un lieu solitaire et mal famé ou redouté, tel qu'un cimetière. L'opérateur aura une robe noire sans coutures et sans manches ; il se couvrira la tête d'une calotte de plomb portant les signes de Vénus et de Saturne ; puis il tracera avec l'épée magique, dont le manche doit être noir, un cercle parfait, en ayant soin, cependant, de laisser une solution de continuité ; dans ce cercle il inscrira un triangle, après avoir eu soin de rougir de sang le cercle tracé par l'épée magique ; à l’un des angles du triangle, il placera un réchaud à trois pieds ; il tracera pour lui et les deux opérateurs qui devront l'aider trois petits cercles à la base du triangle ; il prendra de son propre sang pour tracer derrière le cercle où il se placera le signe du Labarum ou le monogramme de Constantin ; il découpera en bandes, pour la placer dans le cercle, la peau d'une victime, et formera un autre cercle intérieur fixé par quatre clous arrachés au cercueil d'un supplicié ; il placera ensuite près des quatre clous et en dehors du cercle le crâne d'un parricide, les cornes d'un bouc avec lequel une jeune fille concubuerit et une chauve-souris noyée dans le sang ; il aspergera tout cela avec le sang d’une victime contenu dans un vase de cuivre, puis il allumera un feu de bois d'aulne et de cyprès ; il placera à sa droite et à sa gauche, dans des couronnes de verveine, deux chandeliers dont les chandelles devront être faites avec du suif humain ; alors il prononcera les formules d'évocation sur un ton terrible et menaçant, jusqu'à ce que l'esprit lui réponde.
Les pactes conclus, à la suite de ces cérémonies, avec ce terrible personnage, étaient écrits sur un parchemin de peau de bouc avec une plume de fer et une goutte de sang qu'on devait tirer de son bras gauche. Il fallait 2 copies du pacte : le diable en emportait une en enfer et laissait l'autre à l'évocateur." 5


1877 : Lucifero de Rapisardi.


Encyclique du pape Léon XIII contre les francs-maçons

Le 20 avril 1884, le pape Léon XIII publie l'encyclique Humanum genus contre les francs-maçons : « Depuis que, par la jalousie du démon, le genre humain s'est misérablement séparé de Dieu auquel il était redevable de son appel à l'existence et des dons surnaturels, il s'est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l'un pour la vérité et la vertu, l'autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité. Le premier est le royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable Eglise de Jésus Christ, dont les membres, s'ils veulent lui appartenir du fond du cœur et de manière à opérer le salut, doivent nécessairement servir Dieu et son Fils unique, de toute leur âme, de toute leur volonté. Le second est le royaume de Satan. Sous son empire et en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant les funestes exemples de leur chef et de nos premiers parents, refusent d'obéir à la loi divine et multiplient leurs efforts, ici, pour se passer de Dieu, là pour agir directement contre Dieu (...) A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s'être coalisés dans un immense effort, sous l'impulsion et avec l'aide d'une Société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la Société des Francs-Maçons. Ceux-ci, en effet, ne prennent plus la peine de dissimuler leurs intentions et ils rivalisent d'audace entre eux contre l'auguste majesté de Dieu. C'est publiquement, à ciel ouvert, qu'ils entreprennent de ruiner la sainte Eglise, afin d'arriver, si c'était possible, à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ (...) Le but fondamental et l'esprit de la secte maçonnique avaient été mis en pleine lumière par la manifestation évidente de ses agissements, la connaissance de ses principes, l'exposition de ses règles, de ses rites et de leurs commentaires auxquels, plus d'une fois, s'étaient ajoutés les témoignages de ses propres adeptes. En présence de ces faits, il était tout simple que ce Siège apostolique dénonçât publiquement la secte des Francs-Maçons comme une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du christianisme qu'à ceux de la société civile. Il édicta donc contre elle les peines les plus graves dont l'Eglise a coutume de frapper les coupables et interdit de s'y affilier (...) ce qui n'est ni moins horrible ni plus supportable, c'est de voir répudier les bienfaits miséricordieux acquis par Jésus Christ, d'abord aux individus, puis aux hommes groupés en familles et en nations : bienfaits qui, au témoignage des ennemis du christianisme, sont du plus haut prix. Certes, dans un plan si insensé et si criminel, il est bien permis de reconnaître la haine implacable dont Satan est animé à l'égard de Jésus Christ et sa passion de vengeance (...) Demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu, de se faire notre auxiliaire et notre interprète. Victorieuse de Satan dès le premier instant de sa conception, qu'Elle déploie sa puissance contre les sectes réprouvées qui font si évidemment revivre parmi nous l'esprit de révolte, l'incorrigible perfidie et la ruse du démon. Appelons à notre aide le prince des milices célestes, saint Michel, qui a précipité dans les enfers les anges révoltés ; puis saint Joseph, l'époux de la Très Sainte Vierge, le céleste et tutélaire patron de l'Église catholique et les grands apôtres saint Pierre et saint Paul, ces infatigables semeurs et ces champions invincibles de la foi catholique. Grâce à leur protection et à la persévérance de tous les fidèles dans la prière, Nous avons la confiance que Dieu daignera envoyer un secours opportun et miséricordieux au genre humain en proie à un si grand danger. »
Léon XIII écrit aussi un exorcisme contre les ennemis de l’Eglise.


En 1895, l'écrivain français, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès, dit Léo Taxil, exclu de la Franc-maçonnerie dès le 1er degré pour "fraude littéraire" (plagiat), publie "Le diable au XIXème siècle" en collaboration avec le docteur Charles Hacks et sous l'unique pseudonyme de Docteur Bataille. Il y accuse les loges d'adorer le démon et prétend qu'une certaine Diana Vaughan, fiancée du démon Asmodée, a écrit pour lui ses confessions où elle parle d'un culte satanique appelé "palladisme". Il affirme aussi que l'américain Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, mort en 1891 à Washington, était un pape luciférien et le chef suprême de tous les francs-maçons du globe, et qu'il conférait avec Satan tous les vendredis à trois heures. Du coup, Mgr Northrop, évêque de Charleston (Caroline du Sud), se rend spécialement à Rome pour assurer Léon XIII que les francs-maçons de sa ville épiscopale sont de dignes gens et que leur temple ne s'orne d'aucune statue de Satan 12. Le 19 avril 1897, Léo Taxil donnera une conférence dans la grande salle de la Société de géographie de Paris, et avouera, devant un auditoire indigné puis furieux, qu'il s'agissait d'un canular.

1897 : Inferno, pièce d'August Strinberg.

En 1904, l’occultiste Edward Alexander Crowley (1875-1947) crée une secte adonnée à la magie sexuelle, l’ordre de l'Etoile d'Argent (Astrum Argentium), et enseigne le culte de l'énergie solaire phallique que le démon Aïwass lui aurait révélé. En 1912, il est introduit dans l'Ordre des Templiers d'Orient (Ordo Templi Orientis) et, sous le nom de "Baphomet", prend la direction de la branche anglaise de l'ordre.

Le 24 décembre 1915, à Stone Mountain (Géorgie, USA), un ancien prédicateur méthodiste, le révérend William Joseph Simmons, se prétendant colonel, annonce la renaissance du Ku Klux Klan et se proclame "Sorcier Impérial de l'Empire Invisible" : il ne s'agit plus seulement de combattre les Noirs mais aussi toute immigration massive, le catholicisme et le communisme athée.

En 1917, le Saint-Office condamne le spiritisme : « Le 24 avril 1917, en séance plénière, aux Eminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux, Inquisiteurs généraux de la Foi et des Mœurs, on a demandé : « S'il était permis, par médium, comme on les appelle, ou sans médium, en usant ou non d'hypnotisme, d'assister à quelque manifestation spirite que ce soit, même présentant un aspect d'honnêteté ou de piété, soit en interrogeant les âmes ou esprits, soit en écoutant les réponses, soit comme observateurs, même avec l'affirmation, tacite ou exprimée, de ne vouloir aucun commerce avec les esprits malins ». Les Eminentissimes et Révérendissimes Pères ont répondu NON, sur tous les points. Le 26 du même mois, S.S. Benoît XV a approuvé la résolution des Eminents Pères qui lui avait été soumise ».

1920 : Edward Alexander Crowley (voir 1904) crée l’Ordre germanique du Temple Oriental.

En 1944, Helen Duncan est la dernière Ecossaise à être condamnée en vertu de la Loi sur la sorcellerie de 1735 (abolie en 1951). Elle passe neuf mois en prison parce qu'elle a révélé avoir entendu l'esprit d'un marin évoquer la perte d'un navire lors d'une bataille alors que ce naufrage était tenu secret par l'armée.

En 1964, Claude Seignolle, grand spécialiste du démon et de la sorcellerie, écrit dans Les Evangiles du diable : « [...] le sorcier devait se munir d'un crapaud noir et d'une couverture d'étoupe de laine ou bourrat. Il étendait le bourrat au milieu de la croisée des chemins et promenait le crapaud dessus, en dessinant des cercles de plus en plus petits et qui rentraient les uns dans les autres, ou bien des croix s'entrecroisant. Aux douze coups de minuit, il s'écriait : « Diaut ! Diaut ! Tétragrammatos ! » Soudain, il sentait un manche à balai se glisser entre ses jambes. Il était entraîné, en une sauvage chevauchée, à travers les éléments déchaînés, jusqu'au grand maître Asmodée qui, dans d'étranges cérémonies, lui révélait ses secrets. Puis, comme au sortir d'un rêve, le sorcier se retrouvait dans la clairière. »

En 1966, à San Francisco, un ancien dompteur, Anton Szandor LaVey (de son vrai nom Howard Stanton Levey) écrit une Bible satanique et fonde l’Eglise de Satan le 30 avril. LaVey (proche des Rolling Stones et de Marylin Manson qu'il fera prêtre de l'Eglise satanique) joue le rôle du Diable dans le film Rosemary baby de Roman Polanski auquel il loue son appartement du Dakota Building à Manhattan pour le tournage (1968). Il vend ensuite cet appartement à John Lennon, le cerveau des Beatles (c'est au pied de l'immeuble que Lennon est abattu le 8 décembre 1980 par Mark David Chapman qui appartient à la communauté des Born again christians, les chrétiens renés évangéliques). L'actrice américaine, Jayne Mansfield (19 avril 1933 - 29 juin 1967), est présentée à LaVey qui fait d'elle sa maîtresse et une grande prêtresse honoraire 13. LaVey affirmera jusqu'à sa mort (en 1997) que les fidèles de l’Eglise de Satan ne sont que des "iconoclastes et des blagueurs".

Le 9 août 1969, l'actrice américaine, Sharon Tate, épouse du metteur en scène polonais Roman Polanski et enceinte de huit mois, est retrouvée sauvagement assassinée, avec quatre autres personnes, dans sa villa californienne. Le mot "pig" (porc) a été écrit avec le sang des victimes sur la porte d'entrée. Les assassins sont Charles Manson (gourou luciférien) et ses disciples Charles Watson, Patricia Krenwinkel, Susan Atkins, Linda Kasabian et Leslie Sankston.

En 1975, le lieutenant-colonel de l'armée américaine, Michael Aquino, un dissident de l'Eglise de Satan fondée par La Vey en 1966, crée le Temple de Set.

En 1980, Diane Coutela (Diane Lucifera) est élue reine des sorcières de l'Ile de Man. Avec son époux Jacques, grand prêtre luciférien, elle fonde et dirige la Wicca Internationale (Wicca serait l'abréviation de "wiccacraeft" signifiant "sorcellerie" en ancien anglais). Basée au Kremlin-Bicêtre, la Wicca Internationale, mêlant rituels wiccans, satanisme et luciférisme, pratique une religion très éloignée de la Wicca anglo-saxonne ; elle disparaît en 1995 après le suicide de ses dirigeants. Le courant survit cependant en s'incarnant dans le Cercle initiatique de la Licorne Wicca occidentale, mentionné dans le rapport de la commission parlementaire sur les sectes (1995).

Au début des années 1980, apparaît, avec Venom, un nouveau genre musical : le "black metal" qui se caractérise par des textes faisant référence directe au satanisme.

En 1981 et 1982, les quatre "éventreurs de Chicago" dévorent les seins des femmes qu’ils ont violées et assassinées. Robin Gecht, le leader du groupe a créé un culte sataniste prônant le meurtre et l’humiliation des jeunes femmes.

En février 1982, Octave Siebert organise, à Paris, le premier congrès européen luciférien auquel participent environ trois cents sorciers.

Entre 1991 et 1995, en Norvège, une quarantaine d’églises sont profanées et un certain nombre d’agressions et de viols sont commis par des musiciens ou des adeptes du Black Metal. Cette série de violences se termine en 1995 avec une condamnation à vingt et une année de prison (peine maximale en Norvège) pour meurtre.

Selon le Catéchisme de l’Eglise catholique publié le 11 octobre 1992 (corrigé en 1998) :
"- 2116 Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort dévoiler l'avenir (cf. Dt 18,10 ; Jr 29,8). La consultation des horoscopes, l'astrologie, la chiromancie, l'interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l'histoire et finalement sur les hommes en même temps qu'un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l'honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul. »
- 2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, - fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quand elles s'accompagnent d'une intention de nuire à autrui ou qu'elles recourent à l'intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l'Eglise avertit-elle les fidèles de s'en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l'invocation des puissances mauvaises, ni l'exploitation de la crédulité d'autrui."

En 1993, arrestation en Grèce du groupe satanique Katsoula qui a assassiné de façon rituelle une femme de 28 ans et une jeune fille de 14 ans.

1996
- Le lundi 20 octobre, le tribunal de grande instance de Toulon condamne trois des quatre jeunes gens ayant profané une sépulture dans la nuit du 8 au 9 juin 1996 : un cadavre, exhumé dans le cimetière central de Toulon, avait été frappé au visage à coups de marteau et une croix à l'envers avait été plantée dans le thorax. Christophe Magnoni, 21 ans, a été condamné à deux ans de prison, Emilie Dervillers, 19 ans, à trois ans, et Anthony Mignoni, 21 ans, à quatre ans.
- Publié en 1996, le rapport de la Commission d'enquête parlementaire française sur les sectes mentionne comme sociétés lucifériennes : Azazel Institute, l’Eglise philosophique luciférienne et les Croisés de la nouvelle Babylone.
- Le 19 décembre 1996, le Père Jean Ulh, curé de la paroisse Saint-Adelphe de Kingersheim dans la banlieue de Mulhouse, est assassiné de 33 coups de couteau (33 ans est l'âge traditionnel donné à Jésus-Christ au moment de sa passion). Le père Ulh brave la souffrance et prie jusqu'à son dernier souffle. Le 6 avril 2001, la Cour d'assises du Haut-Rhin condamnera le coupable, David Oberdorf, un sataniste, âgé de 18 ans au moment des faits, à 20 ans de réclusion criminelle.

1997
- 3 sorciers de Côte d’Ivoire sont condamnés à 3 ans de prison ferme pour avoir mangé 35 personnes.
- En septembre, à Madrid, est découvert le cadavre d’un homme décapité portant sur sa peau un pentacle et le chiffre 666.

En 1999, à Helsinki (Finlande), deux jeunes hommes et une adolescente sont arrêtés pour avoir, en 1998, dévoré certaines parties du corps d'un autre jeune âgé de 23 ans : ils affirment être des satanistes ayant accompli un meurtre rituel sous influence. L’instigateur est condamné à la prison à perpétuité

2000
- Dans la nuit du 6 au 7 juin 2000, Maria Laura Mainetti, supérieure d’un pensionnat à Chiavenna (Italie), est attirée hors de son établissement par 3 jeunes filles de 16 à 17 ans qui prétendent avoir besoin d’aide. Elles lui portent 19 coups de couteau. Avant d'expirer, Sœur Maria Laura trouve la force de leur pardonner. Les meurtrières déclarent à la justice avoir voulu "immoler à Satan, une victime innocente" : l’une d’entre elles est condamnée à 12 ans et quatre mois de prison et les deux autres à huit ans et demi. Le procès en béatification de la religieuse assassinée a été ouvert.
- Le père Picazo Ruiz, curé de la ville de Gandia et expert du phénomène sataniste en Espagne, est attaqué à l’arme blanche et blessé par un adepte de Satan.

En novembre 2001, la police municipale d’Arganzuela (Espagne) met fin à une fête satanique en cours dans d’anciens abattoirs. Elle constate la présence des restes d’un rituel : sang, viscères d’animaux, dessins et inscriptions sataniques.

2002
- Le 31 janvier, Daniel Ruda, 26 ans, et son épouse Manuela, 23 ans, sont condamnés par le tribunal de Bochum (Allemagne) respectivement à 15 et 13 ans d’internement psychiatrique pour l’assassinat d’un homme qu’ils avaient enlevé. Les "époux sataniques", comme les a baptisés la presse allemande, ont reconnu les faits devant le tribunal tout en affirmant avoir agi "sur ordre de Satan" et avoir voulu devenir des vampires en buvant le sang de la victime. La dépouille de Frank H., un collègue de Daniel Ruda, avait été retrouvée début juillet 2001 dans l’appartement du couple, à Witten, une localité près de Bochum. Le corps avait été mutilé : il portait 66 coups de machette et de marteau, un pentagramme dessiné au scalpel sur le ventre. Dans l’appartement, la police avait découvert une macabre mise en scène : dans la chambre à coucher, un masque humain orné de cornes d’animal, et dans le salon, des menottes pendant du plafond au bout d’une chaîne, un autel orné de crânes, un pentagramme dessiné au sang sur le mur, ainsi qu’un cercueil devant la fenêtre.
- La police ukrainienne arrête 3 hommes et une femme qui ont assassiné et mangé 6 personnes : au domicile d’un des tueurs, âgé de 53 ans, elle découvre des livres de magie noire.

En décembre 2003, le tribunal d’Alicante (Espagne) condamne à soixante-dix ans de prison Antonio R.B. pour avoir agressé 18 enfants âgés de 11 à 14 ans entre janvier 1998 et janvier 2001. Toutes les victimes ont affirmé qu’outre les viols, l’auteur avait essayé de les recruter dans la "secte de la demi-lune", secte à caractère satanique.

2004
- En janvier, plusieurs membres de la secte dite "Bête de Satan" sont interpellés à Varèse (Italie) pour des assassinats.
- Deux hommes sont interpellés pour avoir profané une trentaine de tombes au cimetière municipal de Villaobispo (Espagne). Lors de leur arrestation, ils étaient habillés de tuniques noires arborant des symboles sataniques.
- Un jeune adepte d’un cercle sataniste incendie une église à Aarau (Suisse).

2005
- 30 mars, arrestation du tueur brésilien surnommé "Corumba le Vampire" : il a tué six femmes avant de boire leur sang, disant agir sous les ordres du démon ; par ailleurs, il ne sortait que la nuit. 18
- Dans le Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique (28 juin 2005, Libreria Editrice Vaticana), à la Question 445 : Qu’est-ce que Dieu interdit quand il commande : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant Moi » (Ex 20,2) ?, il est répondu : "Ce commandement proscrit : le polythéisme et l’idolâtrie, qui divinise une créature, le pouvoir, l’argent, même le démon ; la superstition, qui est une déviance du culte dû au vrai Dieu et qui s’exprime encore sous diverses formes de divinisation, de magie, de sorcellerie et de spiritisme ; l’irréligion qui s’exprime par l’action de tenter Dieu, en paroles ou en actes, par le sacrilège, qui profane des personnes ou des choses sacrées, surtout l’Eucharistie, par la simonie, par laquelle on entend acheter ou vendre des réalités spirituelles ; l’athéisme, qui rejette l’existence de Dieu, se fondant souvent sur une fausse conception de l’autonomie humaine ; l’agnosticisme, pour lequel on ne peut rien savoir de Dieu et qui comprend aussi l’indifférentisme et l’athéisme pratique."
- Le 27 septembre 2005, le tribunal fiscal néerlandais juge qu'une sorcière peut obtenir une déduction fiscale pour un stage de formation dans sa spécialité. Le stage, d’un an et un jour, permet d’apprendre à jeter des sorts, à préparer des potions et à développer ses talents divinatoires. A l’issue de la formation, les étudiants reçoivent le diplôme de "sorciers qualifiés".
- L’Église de France s’inquiète de l’augmentation des profanations de lieux de culte et de cimetières chrétiens, en particulier en Bretagne et en Alsace. Ainsi 214 sites ont été dégradés en 2005 principalement durant l'hiver. L’année 2005 a vu une progression de 60 % de ces profanations par rapport à 2004. Selon la Conférence des évêques de France, il semble que bon nombre de ces profanations soient le fait de "jeunes influencés par le courant sataniste". Pour le P. Domergue, qui a eu l’occasion de traduire de nombreux textes provenant du courant sataniste, ce dernier apparaît comme une "contre-religion" (avec prières lues à rebours, crucifix renversés…) et on assiste actuellement à un regain du "culte de l’Antéchrist".

2006
- A Lazzaretto Nuovo près de Venise, le corps d'une femme datant du XVIe siècle est découvert avec une brique dans la bouche, acte interprété par les archéologues comme un rituel destiné à l'empêcher de devenir vampire 18.
- Le 6 juin 2006 (6/6/6, soit trois 6, soit 666, le nombre de la Bête selon la Bible), des satanistes du monde entier se réunissent à Hollywood pour célébrer une messe noire organisée par l’Eglise de Satan (qui revendique 7 000 membres). La messe noire, un rituel en 3 actes, est célébrée par 2 prêtres sataniques : Bryan Moore et Heather Saenz. Le grand prêtre satanique Peter Gilmore déclare cependant : « Pour les satanistes, les nombres sont juste des nombres, et le 6 juin 2006 est un jour comme les autres. »
- 23 et 24 juin : premier festival métal Hellfest (fête de l'enfer) à Clisson (44).

2007
- Le 30 janvier 2007, le diocèse de Rome signale avoir subi un "vol sacrilège d’hosties consacrées" en l’église Santa Maria del Soccorso. Selon une note de la communauté paroissiale, "l’effraction commise témoigne d’une augmentation inquiétante de cas de vols d’hosties consacrées, et de la nécessité de protéger et de conserver avec plus d’attention les lieux de culte comme les églises, qui sont désormais visées pour fournir des sectes et des groupes liés au monde du satanisme".
- Le 9 juin 2007, à l’Université d’Edimbourg (Ecosse), est ouvert le congrès de la Fédération païenne internationale. "Sorciers, druides, chamans et tous autres païens de bonne volonté sont les bienvenus" lit-on sur le site Internet de la Fédération païenne d’Ecosse qui indique que des conférences sur la magie et la sorcellerie auront lieu.
- Dans son communiqué du 18 août 2007, l'association italienne de défense des animaux et du territoire (Aidaa) indique : « Des cas de chats noirs tués par des personnes bêtement superstitieuses, ou durant des rites ésotériques, voire sataniques, nous ont été signalés (…) Depuis de trop longs siècles, les chats noirs sont maltraités et perçus comme des animaux qui portent malheur, incarnent le mal ou qui sont liés aux sorcières ». L’association précise que plus de 60 000 chats noirs disparaissent chaque année en Italie, victimes de cette superstition. Le pic des disparitions de chats noirs a lieu pendant la nuit d'Halloween : 1 500 disparaissent à Milan, Rome et Turin.

2008
- Le 3 avril 2008, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) remet au Premier ministre son Rapport 2007 dans lequel elle rend compte de l’évolution du risque et des dérives sectaires ; le rapport mentionne notamment : "92 cas de profanations à caractère satanique du 1er janvier au mois de novembre 2007 (soit une augmentation de 300 % sur les trois dernières années). Pour le seul mois d’avril 2007, on a noté un cas de profanation par jour en moyenne. Les suicides de jeunes, liés à l’appartenance satanique, sont en augmentation. Il convient également de prendre en compte les conduites déviantes, scarifications, automutilations diverses, qui nécessitent ensuite un suivi thérapeutique des jeunes concernés, par des psychologues ou des psychiatres. Des délits comme l’incitation à la haine raciale, l’incitation au suicide, ou encore la commission d’actes de barbarie, notamment à l’égard d’animaux (...) Ces faits étant rappelés, il faut préciser qu’il a été constaté au cours des deux dernières années que ce phénomène était en train d’opérer une mutation dans le sens de la radicalisation des exactions commises par les adeptes. D’abord, il n’est plus rare d’assister à des profanations accompagnées d’exhumation de corps et d’atteinte à l’intégrité des cadavres (profanation du Morbihan février 2006). Ensuite, si les mouvements purement lucifériens paraissent en perte d’audience, on voit naître un satanisme qui, au-delà des croyances traditionnelles, s’inspire de l’idéologie nazie et des croyances celtique ou nordique et qui attire davantage les jeunes que les formes de satanisme antérieures à connotation plus ésotérique, ou occultiste. Si les groupes initiatiques dans lesquels les maîtres (Église de Satan, Temple de Seth, Ordre de Guillaume, Ordre des Neuf Angles) demeurent présents sur le territoire, c’est plutôt via des structures intermédiaires, du type réseaux extrémistes d’une part (Charlemagne Hammerskin) ou par le biais de l’infiltration de la mouvance musicale gothique ou métal que s’effectue l’essentiel du prosélytisme (...) Aujourd’hui, en raison du secret dont s’entourent ces groupes, il est difficile d’en estimer le nombre et notamment celui des groupes structurés, mais les services spécialisés considèrent que le nombre d’adeptes de la mouvance satanique au sens large, toutes branches et chapelles confondues, est de l’ordre de 25 000 personnes en France, dont 80 % se situe dans la tranche d’âge des moins de 21 ans." 1
– En mai 2008, la tentative de suicide d’un jeune membre du cercle des partisans de Lucifer est liée au fait qu’il a incisé sa petite amie pour boire son sang. Ce cercle organise des cérémonies initiatiques sur le territoire de la République de Chypre mais également dans la partie nord de l’île (partie turque).
- 10 septembre 2008, découverte, dans une ville située à 300 kilomètres au nord de Moscou (Iaroslavl), des corps de quatre adolescents mutilés dans des conditions épouvantables par 666 coups de couteau et des actes de cannibalisme, et accompagné de revendications explicitement satanistes.
- Le dimanche 19 octobre 2008, une fillette albinos, âgée d'une dizaine d'années, est tuée dans son village de Shilela (ouest), en Tanzanie où les personnes atteintes d'albinisme sont victimes d'une recrudescence de crimes rituels, des sorciers leur attribuant des pouvoirs magiques : les meurtriers emportent un de ses bras. Des sorciers, notamment au Mali ou au Cameroun, ainsi qu'en Afrique des Grands Lacs (RD Congo, Burundi) et en Tanzanie, utilisent des morceaux de corps humains provenant d’albinos dans des potions magiques ou des gris-gris censés apporter la chance et la fortune aux gens. "Génie des eaux, devin, mi-homme mi-dieu, tels sont les attributs que l’on prête, dans certains pays d’Afrique, aux albinos, convoités pour leurs têtes ou pour leurs appareils génitaux, les parties du corps les plus puissantes." 2

2009
Le 21 mars 2009, au deuxième jour de sa visite en Angola, le pape Benoît XVI appelle les catholiques à travailler à la conversion des adeptes de la sorcellerie.

2010
Au Zimbabwe, une augmentation sans précédent du taux de gangs féminins responsables de viols collectifs sur des hommes (...) contraint le patron de la police à diligenter des enquêtes à grande échelle ; le commissaire de police Augustine Chihuri déclarait, le 7 octobre 2010, que l’enquête en cours était toujours en train d’essayer d’établir le motif de l’augmentation du nombre de cas de gangs de femmes violeuses. Choqués, les citoyens zimbabwéens assurent que cette étrange tendance semble être davantage motivée par la superstition. On présume que ces femmes rôdent avec des préservatifs qu’elles emportent après le rapport sexuel, pour utiliser le sperme à des fins rituelles.
(...) Claude Mararike, professeur de sociologie à l’Université du Zimbabwe et ancien chef de l’Association nationale des guérisseurs traditionnels du Zimbabwe a déclaré : « Nous sommes un pays très superstitieux et je soupçonne que les personnes qui font cela (le viol) peuvent vouloir utiliser le sperme mâle pour certains rituels ».
(...) Trois femmes, qui avaient enlevé un homme de 18 ans dans la ville de Chitungwiza pour le forcer à coucher avec elles (...) avaient choisi de commettre cet acte odieux dans une cathédrale du centre-ville de Harare. 3

En 2011, l'Association de lutte contre les crimes rituels au Gabon (ALCR) dénombre 62 cas de sacrifices humains dont 28 enfants, 20 femmes et 14 hommes. Ces chiffres restent cependant approximatifs, car l´association ne couvre pas tout le pays. 17

2012
- Le 12 juin 2012, au cours de fouilles dans la nécropole d'un petit monastère à Veliko Tarnovo (Bulgarie), le squelette, vieux de plusieurs siècles, d'un homme d'une trentaine d'années, est découvert "fixé à la terre par des agrafes en fer - trois aux jambes et une du côté gauche du thorax. Par double précaution, la tombe a aussi été recouverte de charbon brûlé". L'archéologue Nikolaï Ovtcharov ajoute qu'il ne s'agit pas d'un vampire mais "d'un rite inspiré des superstitions païennes pour empêcher le mort de le devenir". Les rites visant à empêcher les morts de devenir vampires, en Bulgarie et dans d'autres pays des Balkans, sont bien connus des chercheurs. Selon M. Ovtcharov, ils se sont répandus à partir du XVe siècle, sous la domination ottomane, quand "chaque famille pratiquait la religion comme elle l'entendait". Le directeur de l'Institut historique national, Bojidar Dimitrov, précise que "cette pratique s'était maintenue dans certains villages bulgares jusqu'à la première décennie du XXe siècle".
- Le 21 novembre 2012, au cours d’une conférence de presse de la Conférence épiscopale d’Angola et Sao Tomé, Mgr Francisco Viti, archevêque de Huambo, déclare : « Le problème de la sorcellerie prend des proportions inquiétantes, il touche de plus en plus de fidèles, il détruit les liens familiaux et affecte les relations entre les personnes ». En Angola, les pratiques de sorcellerie se développent d'une manière inquiétante et conduisent parfois jusqu’à commettre des meurtres. 24

2013
- Le 11 mai, l’Eglise catholique organise dans tout le Gabon des processions pour sensibiliser population et autorités sur les crimes rituels, dont l'augmentation inquiète les évêques. Il s’agit d’actes commis par des adeptes de sorcellerie qui prélèvent des organes de victimes sacrificielles pour les utiliser dans le cadre de "rites magiques". Pour l’Association de lutte contre les crimes rituels, dans quatre provinces sur neuf, on a enregistré, en 2011, 62 crimes allant jusqu'à l'assassinat. 25
- Dans la région de Kara, au Togo, des milliers d’enfants font l’objet de mauvais traitements et sont tués parce que considérés comme des sorciers. 27

2014
- La messe noire prévue le soir du lundi 12 mai, dans un pub de l’université de Harvard aux Etats-Unis, n’a finalement pas eu lieu. Sur sa page Facebook, l’archidiocèse de Boston avait condamné fermement la tenue de ce rite satanique et fait part de sa profonde tristesse et de sa ferme opposition à cérémonie : « Pour le bien des croyants et de tous, l’Eglise catholique fournit un enseignement clair en ce qui concerne les célébrations sataniques ». Mais il semble, selon certains témoignages qu'un rituel satanique aurait été malgré tout réalisé, hors du campus universitaire, par un club satanique. 26
- Le 22 juillet, Radio Vatican rapporte que, selon l'Association de lutte contre les crimes rituels, entre 2011 et 2014, au moins 157 personnes ont été tuées au Gabon pour leurs organes, dont 75 enfants, 39 femmes et 43 hommes. La chair et le sang humains sont censés apporter la réussite et le pouvoir à ceux qui en consomment. Des hauts responsables du pays, comme des ministres et des parlementaires, feraient partie des commanditaires de ces crimes, sans être inquiétés par la justice.
- Le 21 septembre, se déroule au centre culturel d'Oklahoma City une messe noire organisée par Adam Daniels. Afin de rester dans le cadre légal, le groupe sataniste a dû effectuer quelques changements dans le rituel, rapporte le journal américain en ligne The Huffington Post : à la place de l'urine, les participants utilisent du vinaigre ; la femme qui se tient habituellement nue sur l'autel est en sous-vêtements et les occultistes crachent sur une hostie non consacrée (les "satanistes" ont dans un premier temps prévu d'utiliser une hostie consacrée qu'ils avaient en leur possession. Mais Mgr Paul Coakley, archevêque catholique d'Oklahoma City, intenta une action en justice pour récupérer l'objet sacré et le groupe sataniste rendit finalement l'hostie à l'Eglise). 28
- Assailli de demandes d'adoption de chats noirs avant Halloween (31 octobre), l'Arche de Noé, un refuge de Budapest (Hongrie), découvre qu'elles émanent de groupes satanistes et décide de garder ses matous sous bonne garde avant la fête : "Malheureusement, ces chats sont prisés des satanistes, qui veulent les sacrifier lors de messes noires durant la période d'Halloween, une fête d'inspiration païenne [.] Nous répondons que nous ne donnons pas de chats entre mi-octobre et mi-novembre" indique la responsable du refuge, Kinga Schneider. 30
- 28 décembre : comme chaque année, la Conférence épiscopale du Gabon, célèbre une Journée nationale de lutte contre toute forme de violence et d’atteinte à la vie. Les évêques gabonais invitent à la prière et à la mobilisation contre les crimes rituels. Ils plaident en faveur d’un renforcement de la lutte contre la recrudescence des sacrifices humains à caractère fétichistes qui font chaque année pas moins de 100 victimes à travers le pays.

2015
- Dans la nuit du 8 au 9 janvier, dans le village de Saeed Khan (Pakistan), Ali Nawaz Leghari tue ses deux filles et trois de ses garçons, tous âgés entre trois et treize ans : adepte de la "magie noire", il croyait que ce sacrifice allait lui conférer des "pouvoirs magiques".
- Le 23 janvier, la police ivoirienne fait état de "21 cas d'enlèvements" parmi lesquels un seul enfant a été retrouvé vivant. Le directeur général de la police nationale, le général Brindou M'Bia, affirme que la plupart des enfants, enlevés dans différentes régions du pays, "sont retrouvés morts mutilés, avec la disparition de leurs parties génitales ou décapités" 31. Il s'agirait de sacrifices humains rituels.
- Le 25 janvier, une effraction est constatée à l’Eglise Notre-Dame de Vierzon : des profanateurs, après avoir forcé la porte du tabernacle, sont repartis avec le ciboire et les hosties consacrées qu’il contenait.
- Le 12 mars, Advera Bulimba, porte-parole de la police, annonce que 225 guérisseurs non homologués et prétendus devins ont été appréhendés, depuis la mi-janvier, dans plusieurs régions du nord de la Tanzanie, dans le cadre d'une opération visant à mettre fin aux mutilations et meurtres d'albinos, victimes de croyances leur attribuant des pouvoirs magiques. 33
- Dans la nuit de samedi 25 au dimanche 26 juillet, le temple satanique de Détroit, aux États-Unis, a dévoilé une statue monumentale du Baphomet, qui se veut la personnification de Satan. Le groupe affirme pratiquer un satanisme non théiste et que ses membres ne croient pas en des forces surnaturelles, mais voient ces rites comme un symbole. Un groupe s'est produit durant la soirée, sous un crucifix géant renversé. 34


Baphomet, figure tirée de Dogme et Rituel de la Haute Magie de Éliphas Levi, 1854

2016
- Le 2 mars, Ia police malawite annonce que la foule a brûlé vives sept personnes trouvées en possession d'os humains utilisés pour des rituels de sorcellerie. Alors que le pays connaît une recrudescence des assassinats et enlèvements d'albinos, la police ouvre une enquête pour « déterminer l'origine des os et s'ils appartenaient à un albinos ». Depuis début 2015, six albinos ont été tués, selon les autorités malawites, et neuf selon l'ONU. Une dizaine de personnes soupçonnées d'assassinat, d'enlèvement ou de trafic d'os humains ont également été arrêtées depuis décembre. 35
- Le 29 avril, lors d'une conférence de presse à Lilongwe donnée à l'issue de sa mission de douze jours au Malawi, Ikponwosa Ero, une experte de l'ONU, prévient que les 10.000 albinos de ce pays sont menacés de "disparition" s'ils continuent d'être tués pour leurs membres et leurs os utilisés pour des rituels de sorcellerie.
- Le 6 juillet, FlashPress - Infocatho rapporte que l'archevêque anglican ougandais Stanley Ntagali fait part de ses inquiétudes sur la pratique de la sorcellerie dans son pays, car le culte des ancêtres et le recours aux sorciers ont de plus en plus de succès dans les milieux chrétiens ougandais, et que, sans exagérer la situation, on constate que les sacrifices humains sont en augmentation. La police a enregistré les cas de 123 personnes, pour la plupart des enfants, qui ont été sacrifiés à des fins de sorcellerie en 2009, soit une augmentation de 8% par rapport à l'année précédente. En 2009, 125 personnes ont été arrêtées et 56 inculpées pour enlèvement, séquestration et meurtre. Les victimes de ces sacrifices sont souvent des enfants impubères. Leur sang, leurs organes sexuels ou d'autres organes sont exigés par certains sorciers qui promettent à leurs clients un enrichissement rapide. (source : Fides)


CITATIONS

Nous doit aussi souvenir que Satan a ses miracles. (Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, 1541)

C'est la ruse ordinaire de Satan de corrompre et abâtardir par tous moyens qu'il peut la bonne semence de Dieu, afin qu'elle ne mûrisse point pour apporter fruit. (Jean Calvin, Traité des scandales, 1550)

Il faut quelquefois brûler une chandelle au diable. (Antoine Oudin, Curiosités françaises [1640])

Même en Enfer, régner est digne d'ambition ; mieux vaut régner en Enfer que de servir au Ciel (To reign is worth ambition, though in Hell ; Better to reign in Hell than serve in Heaven). [C'est Satan qui parle, ndlr] (John Milton, Paradise Lost, Le Paradis perdu, I, 1. 1667)

La plus grande malice du diable est de faire croire qu'il n'existe pas. (Ch. Baudelaire, Poèmes en prose, XXIX [1864])

Le diable est le magnétisme du mal, la force fatale que Dieu a voulue, quand il a voulu la liberté. (Eliphas Lévi 1810-1875)

Quand les gens cessent de croire en Dieu, ce n'est pas qu'ils ne croient en rien, mais qu'ils croient en n'importe quoi. (Gilbert Keith Chesterton +1936)

Il est tellement stupide de la part de la civilisation moderne d'avoir abandonné l'idée du diable, alors qu'il en est justement l'explication. (Ronald Knox +1957)

Même le diable a son droit chemin.
Lutter contre le diable avec les armes du diable c’est servir le diable.
Quand vous apercevez un ange, demandez-vous toujours s’il ne s’agit pas d’un démon revêtu d’un habit de lumière.
Méfiez-vous de ceux qui vous promettent le paradis : beaucoup s’apprêtent à vous conduire en enfer.
Le démon se tapit dans l'ombre du saint.
On trouve la maison de la sorcière accueillante tant qu'on n'a pas vu ce qui cuit dans le chaudron.
Le dragon te fait croire que tu le maîtrises alors que c'est lui qui te chevauche. (Jean-Paul Coudeyrette, Autocitations)


PROVERBES

Quand on dîne avec le diable, il faut se munir d'une longue cuiller.
C'est une triste procession où le diable porte la bannière.
Les bottes du diable ne craquent pas.
Mieux vaut tenir le diable dehors que de le mettre à la porte.
Un cerveau vide est la boutique du diable. (Proverbes anglais)

Le diable, quelque diable qu'il soit, ne peut cacher ses cornes. (Proverbe belge)

Ne dites pas bonjour au diable quand vous êtes à sa rencontre. (Proverbe irlandais)

On ne mange pas le diable sans en avaler les cornes. (Proverbe italien)

Le diable peut faire le pot, non le couvercle.
Dieu donne le gouvernail, mais le diable donne les voiles. (Proverbes serbes)

Quand le diable dit ses patenôtres, il veut te tromper.
Le diable parle toujours en l'Évangile.
Le diable n'est pas toujours à la porte d'un pauvre homme.
Le diable ne dort jamais.
Les menteurs sont les enfants du diable.
Il faut aussi donner sa part à Messire le diable.
Le diable prend tout ce qu'on lui donne.
Plus a le diable et plus il veut avoir.
Ce qui vient du diable retourne au diable.
On ne peut faire tort au diable.
Brûlez un cierge à Dieu et deux au diable.
Priez Dieu, mais n'offensez pas le diable.
L'on ne peut servir ensemble et Dieu et le diable. (Proverbes français)


Notes
1 http://www.miviludes.gouv.fr/
2
http://www.afrik.com/article13520.html
3
Alice Chimora, samedi 9 octobre 2010 ; www.afrik.com/article20971.html
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Matthew_Hopkins
5 Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, Pierre Larousse
6 Jean-Paul Doucet, Dictionnaire de droit criminel
7 La vie sexuelle des papes, Nigel Cawthorne, Ed. Evergreen, 1999
8 Bataille (G.), Le procès de Gilles de Rais, Paris, 1972, p. 216-217
9 Melanchthon, de examin theolog operum tom I, cité dans Le diable peint par lui-même de Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy
10 http://www.tueursenserie.org/article.php?id_article=38
11 L'Internaute Histoire ; Damnation réservée aux membres, Tony Perrottet traduit par Holly Pouquet, 31 Janvier 2010, slate.fr
12 Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, La Pochothèque, France, 2000, Albert Pike, page 666
13 Michèle Brocard, Lumières sur la sorcellerie et le satanisme
14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Concile_de_Vannes
15 Urbain Grandier avait publié un pamphlet violent contre Richelieu. En outre, il s'opposait fermement à la destruction des murailles de la ville. En effet, la ville abritait un grand nombre de protestants. Richelieu à l'époque faisait construire sa ville, toute proche. La tolérance d'Urbain Grandier envers les protestants et ses critiques jouèrent en sa défaveur. Le procès en sorcellerie fut instruit sur la demande de Richelieu. http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_d%C3%A9mons_de_Loudun
16 http://elifas.free.fr/nomdem.html ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Urbain_Grandier
17 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil12sem/semaine19/212nx192afriqueb.html
18 http://fr.wikipedia.org/wiki/Vampire
19 selon Jean de Nikiou (Nicée) au VIIe siècle (trad. an. : Chronicle, 84, 87–103
20 http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypatie
21 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gargouille
22 http://fr.wikipedia.org/wiki/Magie_(surnaturel)
23 http://www.democraticunderground.com/?com=view_post&forum=1218&pid=39948
24 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil12sem/semaine47/212nx471afriqueb.html
25 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil13sem/semaine19/213nx192afriquec.html
26 http://www.news.va/fr/news/la-messe-noire-de-harvard-na-pas-eu-lieu
27 http://www.news.va/fr/news/afriquetogo-milliers-denfants-maltraites-ou-tues-p
28 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil14sem/semaine38/214nx382amernorda.html
29 Pierre Le Loyer, Discours des spectres,‎ 1608, p.352.
30 http://actu.orange.fr/insolite/a-budapest-les-satanistes-en-quete-de-chats-noirs-pour-halloween-francetv_CNT0000005w3ox.html
31 http://actu.orange.fr/monde/cote-d-ivoire-des-enfants-victimes-de-sacrifices-rituels-afp-s_CNT0000007e4TZ.html
32 http://fr.wikipedia.org/wiki/Conciles_d%27Arles
33 http://actu.orange.fr/societe/meurtres-d-albinos-plus-de-200-sorciers-arretes-en-tanzanie-afp_CNT0000008fwZp.html
34 http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil15sem/semaine32/215nx322amernorda.html
35 http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/02/sept-personnes-soupconnees-de-sorcellerie-brulees-vives-au-malawi_4875022_3212.html

Sources


Voir dossiers : Les anges. Invocation des Anges. Les Anges dans les catéchismes. Les démons. Antéchrist et Apocalypse. Exorcisme.


Pour signaler des contenus sur internet qui vous ont particulièrement choqués
https://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/Accueil!input.action


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/01/2017

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