Les Templiers.
L'Ordre du Temple.

SOMMAIRE

1 Petite histoire de l’Ordre du Temple 1.8 Maître Jacques
1.1 Arrestation des Templiers de France 1.9 La Société des Templiers
1.2 L'idole Baphomet 1.10 L’ordre des Nouveaux Templiers
1.3 Abrasax 1.11 L’ordre de l'Etoile d'Argent
1.4 L’ordre ismaélien. La société des Assassins. 2 Origines templières de la franc-maçonnerie
1.5 Arrestation des Templiers d’Europe 3 Le trésor de l’abbé Béranger Saunière
1.6 Le procès 4 Citations
1.7 Le Concile œcuménique de Vienne


Le Templier : moine, bâtisseur et chevalier (dessin de Viollet-Le-Duc).


PETITE HISTOIRE DE L'ORDRE DU TEMPLE

A la Saint-Jean d’hiver de l’an 1118, Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer fondent à Jérusalem une milice pour protéger les pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem : la Milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, une communauté qui va pendant 3 siècles gérer une grande partie des richesses de l'Europe.
C’est d’abord un groupe de 9 chevaliers (miles Christi = soldat du Christ), installé par Baudouin II (couronné roi de Jérusalem, à Noël, dans l’église de Bethléem) dans la partie méridionale du Temple de Salomon : Hugues de Payns (ou Payens) de la Maison des comtes de Champagne (chevalier du Saint-Sépulcre), Godefroy de Saint-Omer, André de Montbard (oncle de saint Bernard), Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de Saint-Amand, Rolland, Gondemare et Roral.
Le patriarche Garimond (ou Gormond) reçoit les vœux (pauvreté, chasteté et obéissance) des premiers frères (selon les us et coutumes des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre, dont la milice conservera les rituels, rituels provenant de Saint-Victor de Paris par l’intermédiaire de Godefroi de Bouillon) et leur donne mission de "garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins" (ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latronum) pour la rémission de leurs péchés.

En 1127, Hugues de Payns passe en Occident avec 5 frères (Godefroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de Saint-Amand et Rolland) pour obtenir du Saint-Siège la confirmation de son institut et pour demander conseil à Bernard de Clairvaux.

Le 13 janvier 1129, au concile de Troyes, l’assemblée comprend, outre le légat, 12 archevêques et évêques, 4 abbés bénédictins et 4 abbés cisterciens.
A l’ouverture du concile, les frères chevaliers ne sont que 14. Les Pères mettent au point la règle donnée par Garimond, en louant ce qu’ils estiment profitable et en retranchant ce qui ne leur semble pas justifié.
Bernard de Clairvaux s’étant dérobé, Jean Michel Manrique écrit les 72 articles approuvés par le concile : « Bien que certainement un nombre considérable de religieux Pères donne de l'autorité à mes paroles, je ne dois pourtant point passer sous silence ceux qui se trouvaient présents et qui donnèrent leur avis, moi, Jean Michel, qui ai eu l'honneur, par une faveur du Ciel, d'écrire cette page par l'ordre du concile et du vénérable abbé de Clairvaux à qui ce soin revenait et avait été confié ».
La Règle des pauvres soldats du Christ et du Temple de Salomon est très stricte. Les punitions imposent des jeûnes sévères pour des délits concernant toute entorse aux règles de l’ordre.

Hugues de Payns demande plusieurs fois à l’abbé de Clairvaux d’encourager la jeune milice, mais Bernard ne manifeste pas beaucoup d’enthousiasme (l’admission du scandaleux comte de Champagne, Hugues de Troyes, semble être à l’origine de cette attitude).
Toutefois, entre 1128 et 1136, Bernard rédige le traité De laude novae militiae pour exposer à l’ordre naissant des Templiers quels principes spirituels doivent guider son action.

"Les Templiers, avant le concile de Troyes, n'étaient qu'au nombre de neuf ; on institua une règle pour les nouveaux religieux et on leur assigna un costume qui fut le vêtement blanc, en vertu des ordres du seigneur pape Honoré et du seigneur Étienne, patriarche de Jérusalem. Jusqu'alors ils n'avaient eu d'autres vêtements que ceux que le peuple portait à cette époque. Dans la suite et sous le pontificat du seigneur pape Eugène, à ce qu'on rapporte, ils commencèrent à faire attacher à leurs manteaux des croix faites de drap rouge que les chevaliers et les frères inférieurs appelés servants portaient également." (Guillaume de Tyr 1)
Leurs affaires ont si bien prospéré qu'ils ont en ce moment, dit Guillaume de Tyr, dans leur couvent environ trois cents chevaliers, tous revêtus du manteau blanc, sans compter les frères servants."

Par la bulle Omne datum optimum du 29 mars 1139, Innocent II confirme l’institution des moines combattants : « Nous vous exhortons à combattre avec ardeur les ennemis de la croix, et en signe de récompense, Nous vous permettons de garder pour vous tout le butin que vous aurez pris aux Sarrasins sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part. Et nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, demeure sous la protection et la tutelle du Saint Siège. »
Le pape accorde au grand maître des Templiers, Robert de Craon, des privilèges considérables : droit de construire ses propres églises et de conserver le butin pris aux Sarrasins ; l’ordre est placé sous la tutelle exclusive du Saint-Siège ; les évêques sont privés de tout ou partie des dîmes et de tout droit de regard sur les commanderies.

Les Templiers ont pour devoirs religieux : l'obligation d'assister à la messe 3 fois par semaine, de faire abstinence les lundis et mercredis, outre les vendredis et les samedis, d'observer 3 grands jeûnes, d'adorer la croix solennellement à 3 époques de l'année, de communier 3 fois par an, enfin, toutes les maisons de l'ordre doivent faire l'aumône 3 fois par semaine.

Les chevaliers du Temple prononcent, à leur réception, les 3 vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et prêtent en outre serment : « Je jure de consacrer mes discours, mes forces, ma vie, à défendre la croyance à l'unité de Dieu et aux mystères de la foi ; je jure d'être soumis et obéissant au grand maître de l'ordre... Chaque fois que besoin en sera, je passerai les mers pour aller combattre, je donnerai secours contre les rois et les princes infidèles, et, en présence de trois ennemis je ne fuirai point, mais seul je les combattrai... »
Dès lors ils appartiennent entièrement à l'ordre, renonçant à tout lien de famille, ne pouvant rien posséder en propre : c'est l'ordre qui se charge de leur entretien.

Au sommet de l’ordre se trouve le grand maître et le chapitre des dignitaires de l’ordre : le sénéchal, le maréchal, le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, le drapier, les commandeurs des autres provinces.
Puis viennent ensuite les commandeurs des maisons, les chevaliers, les sergents, le commandeur du port d’Acre, les casaliers chargés des fermes, les turcoples (troupes auxiliaires), les chapelains (les prêtres qui officient pour les Templiers) et les frères de métiers.

Les manteaux de lin ou de laine des chevaliers sont blancs tandis que ceux des sergents, des chapelains et des écuyers sont gris ou noirs. Tous ont une ceinture de lin qui doit leur rappeler leur vœu de chasteté.

L’étendard de l’ordre, le gonfanon "baucent" (ou baussant) est constituée d’une bande noire et d’une bande blanche frappée de la croix latine pattée rouge.

Devises des Templiers :
- « Non nobis Domine, non nobis, sed Nomini Tuo da gloriam » (Non pas à nous, Seigneur, pas à nous, mais à Ton Nom donne la gloire ! Psaume 113)
- « Memento finis » (Pense à ta fin !)

Le patron des Chevaliers du Temple est saint Georges.

Le sceau de l’ordre figure un cheval monté par 2 cavaliers avec l’inscription : "Sigillum militum Christi". Contrairement à la signification homosexuelle qu’on lui a donnée, cette image est destinée à perpétuer le souvenir de la pauvreté primitive des chevaliers ; car, au commencement, ils étaient si pauvres qu'un seul cheval servait pour deux.


Le maître du Temple tient l'abacus, un bâton de commandement spirituel et temporel, analogue à la crosse pastorale de l'évêque.

1140 : les Templiers s’installent à Paris.

Le 9 janvier 1144, la bulle Milites Templi de Célestin II permet aux chapelains du Temple de prononcer l'office une fois par an dans des régions ou villes interdites "pour l'honneur et la révérence de leur chevalerie", sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l'église.

Le 7 avril 1145, la bulle Militia Dei d'Eugène III confirme l'indépendance des Chevaliers du Temple vis à vis du clergé séculier en leur donnant le droit de prélever des dîmes ainsi que de bâtir leurs chapelles et d'enterrer leurs morts dans leurs cimetières.

Le 27 ou 28 avril 1147, à Paris, lors du chapitre général placé sous la présidence du pape Eugène III et du roi de France Louis VII, les prérogatives du maître, qui se bornent au maintien de l’observance et à la nomination des petits officiers de l’ordre, sont édictées, et le pape octroie officiellement aux Templiers la croix latine pattée rouge qu’il leur demande de porter cousue sur l'épaule gauche, du côté du cœur : « Que cet insigne leur serve de bouclier et qu’ils ne tournent jamais bride en face d’aucun infidèle ! »
La bulle Omne datum optimum de 1139, nommant la croix rouge à deux reprises (mais sans en préciser la forme exacte), atteste qu’une telle croix était déjà portée par les Templiers.
La croix du Temple serait issue de la croix de l'ordre du Saint-Sépulcre, croix grecque transformée en croix latine, dont on aurait retiré les quatre croisettes.

Le pape Alexandre III accorde sa protection à l'Ordre du Temple en 1163.

Du 23 au 30 août 1179, Saladin assiège et prend la Forteresse d'Ateret au Gué de Jacob sur le Jourdain ; les 700 chevaliers du Temple sont tués et les 800 autres résidents sont emmenés captifs ; Saladin ordonne de démolir les restes de la fortification 8.

En mai 1187, 150 templiers, dirigés par leur grand-maître, Gérard de Ridefort, sont défaits par plusieurs milliers de musulmans à Séphorie, près de Nazareth.
Le 4 juillet, l’armée chrétienne est vaincue à Hattin près de Tibériade : il y a plus de 30.000 morts, le plus grand nombre du côté franc, et autant de blessés. Guy de Lusignan, ses frères Amaury et Geoffroy, Renaud de Châtillon, Gérard de Ridefort, Onfroy IV de Toron (mari d'Isabelle, la sœur de Sybille et de Baudouin IV), et Guillaume V de Montferrat, qui se sont réfugiés dans la forteresse de Tibériade, sont assiégés.
Le 5, les Francs se rendent contre la promesse d'épargner la population. Saladin fait emmener les prisonniers dans ses prisons de Damas, à l'exception de Renaud de Châtillon (qui a pillé une caravane malgré une trêve conclue entre Baudouin IV de Jérusalem et Saladin) qu'il décapite lui-même, des 300 moines-soldats (Templiers et Hospitaliers) qui ont refusé de se convertir à l'islam et des mercenaires musulmans qu'il fait exécuter sur place.

En 1257, l’ordre du Temple possède 3 468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes, réparties dans 19 provinces et sous-provinces. Les Templiers sont les banquiers de l’Europe ; ils utilisent la lettre de change que l'on croit à tort inventée par eux (ce sont les banquiers de l'Antiquité grecque qui l'ont créée).

Le pape Martin IV (1281-1285) essaie d’unir, sous l’impulsion de Raymond de Lille (l’un des 2 Templiers canonisés par la suite), les Templiers et les Hospitaliers qui en viennent souvent aux mains : en vain.

Boniface VIII (1294-1303), à son tour, souhaite unir le Temple et les Hospitaliers mais le Grand maître des Templiers, Jacques de Molay, refuse cette proposition.
Or, l’Empire latin d’Orient, avec la chute de Saint-Jean-d’Acre le 16 juin 1291, a cessé d’exister. Les Templiers dont le grand maître Guillaume de Beaujeu a été tué et remplacé par le moine Gandini, ont défendu héroïquement la ville, pendant 45 jours, de concert avec les Hospitaliers. Presque tous les chevaliers ont été tués et les grands maîtres des 2 ordres, avec leurs trésors, ont fait voile vers Chypre où ils se sont établis.
A partir de ce moment, les Templiers ne combattent que très mollement les infidèles. Leur but parait plutôt être de fonder un Etat séculier de nature aristocratique et sacerdotale, d'abord dans l'île de Chypre, puis en France où ils sont propriétaires de biens immenses. Le Temple de Paris, centre de l'ordre, comprend dans son enceinte, murée et fortifiée, à peu près le tiers de la ville.

Le 11 juillet 1302, près de Courtrai, lors de la bataille des éperons d'or, l'armée du roi de France Philippe IV, dit Le Bel, est battue par les milices flamandes composées de gens du peuple, d'artisans, de paysans, auxquels il faut ajouter des chevaliers et des templiers : les Flamands ramassent les éperons d’or des chevaliers français.

Au printemps 1304 ou 1305, ou en 1306 ou 1307 (selon les sources), un ex-commandeur des Templiers (exclu de l’ordre), nommé Esquin de Floyran, incarcéré pour meurtre à Toulouse, révèle à son compagnon de cellule (qui mouchardera) que les Templiers adorent les idoles, qu’ils doivent, au cours de la cérémonie d'initiation, cracher 3 fois sur la croix, baiser diverses parties du corps des officiants, le bas de l'échine notamment, et s'engager à pratiquer la sodomie.
Le roi de France, Philippe IV le Bel, fait libérer Esquin de Floyran. Il l'enverra répéter ses "révélations" au roi d'Aragon et au pape Clément V.
Des chercheurs sont persuadés qu'Esquin de Floyran connaissait très bien le chancelier Guillaume de Nogaret et qu’il a fait ses "révélations" en échange de sa liberté et moyennant une rétribution qu’il réclamera, en vain, début 1308.

Nogaret, qui hait les Templiers, fait organiser dans tout le royaume une savante campagne d'intoxication contre l'ordre. On ne demande pas mieux que de croire les accusations portées contre eux. Certains des chevaliers font montre avec ostentation de leur puissance financière et on reproche à ces moines soldats de n’avoir pas su conserver la Terre sainte.
Le secret qui entoure la réception des nouveaux frères laisse place à toutes les calomnies : on soupçonne l’ordre de contraindre ceux qui veulent y entrer à cracher sur un crucifix, à renier la croix.
Outre les accusations sur un grand nombre de leurs actes en Palestine, mille bruits infâmes circulent sur leur vie intérieure, l'altération de leur foi mêlée de superstition orientale et de magie sarrasine, sur les vices dégradants qu'ils ont rapportés de l'Orient, sur les idoles qu'ils adorent, etc.
Les motifs personnels ne manquent pas au roi Philippe : plusieurs Templiers l'ont mal secondé lors de son appel contre le pape Boniface VIII, sa demande d'être admis dans l'ordre a été repoussée et il a emprunté beaucoup d'argent au Temple (qui est une sorte de banque pour les princes et les rois).

En avril 1305, lors de l’élection papale, Philippe le Bel et les Colonna apportent leur soutien au futur pape, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux.
Le 14 novembre, Bertrand de Got, pape sous le nom de Clément V, est consacré en présence du roi en l’église Saint-Just à Lyon.

En 1306, pressé par le roi de France (qui lui demande la suppression des Templiers, alors que, poursuivi par les émeutiers parisiens, il a trouvé asile chez eux), Clément V demande à Jacques de Molay, Grand Maître des Templiers, d’accepter la fusion de son ordre avec celui des Hospitaliers, le nouvel ordre prenant le nom de Chevaliers de Jérusalem (la fusion des ordres militaires est souhaitée depuis un quart de siècle par les papes et les conciles). Jacques de Molay refuse.
Ruiné après la reddition de la Guyenne et de la Flandre, mis dans l'impossibilité de frapper de nouveaux impôts par le mécontentement populaire et ne pouvant dépouiller de nouveau les juifs puisqu’il les a chassés, Philippe le Bel ne peut sortir de sa situation désespérée que par la destruction des Templiers afin de s'emparer de leurs dépouilles.

A l'été 1307, à Poitiers, Clément V reçoit Jacques de Molay, le grand-maître du Temple, qu’il a convoqué. Molay nie catégoriquement les grotesques accusations portées contre l’ordre.
Le 24 août, le pape annonce l’ouverture d’une enquête et en avertit Philippe le Bel.


Arrestation des Templiers de France

Le 14 septembre 1307, le roi Philippe, dans une lettre adressée à tous les officiers du pays, accusent les Templiers d’hérésie, profanation, idolâtrie et sodomie (l’acte d’accusation, lu dans toutes les provinces du royaume, est l’œuvre de Guillaume de Nogaret) et ordonne leur arrestation en un "jour donné gardé secret" : le vendredi 13 octobre 1307 à 7 heures. Les chevaliers sont arrêtés, leurs biens saisis.
Arrêté avec les autres templiers de France, Jacques de Molay avoue, le 24 octobre, sans être torturé (semble-t-il) certaines erreurs de l’ordre en matière de foi et de morale. Il écrit à ses frères pour les inciter à révéler ce qu’ils savent. Le tribunal de l’Inquisition lui a demandé : « Comment les frères ont-ils été reçus au Temple ? Les a-t-on dévêtus et baisés en bout de l’échine, sous la ceinture, sur le nombril et en la bouche, puis invités à pratiquer la sodomie ? ». Trois baisers initiatiques étaient donnés aux frères par ceux qui les recevaient : sur les lèvres (baiser gnostique ?), le nombril et l'épine dorsale, selon Hugues de Bure ; sur la bouche, l'anus et le pénis, selon Raoul de Gisy (Bernard Marillier 2). Molay a reconnu, qu’à son entrée dans l’ordre, on avait exigé qu’il crachât sur le Christ mais qu’il s’était contenté d’expectorer par terre.
Selon Michelet 6, le chef principal de l'accusation, le reniement, avait un fondement réel : dans la cérémonie initiatrice, il est certain qu'on reniait le Christ, mais ce reniement était-il symbolique, une imitation du reniement de Pierre ?

Du 19 octobre au 24 novembre 1307, 140 Templiers de Paris sont soumis à la torture des inquisiteurs ; l’un des chevaliers confie : « J’avouerais que j’ai tué Dieu si on me le demandait ! ».
Cent trente-sept avouent des ignominies : adoration d’idoles (Baphomet), adoration du dieu Mithra, manichéisme, reniement du Christ en crachant sur son image, négation des sacrements, messes noires, rites obscènes, homosexualité, cupidité, ivrognerie ("boire comme un Templier" : bien que certains prétendent que, dans cette locution, le mot "Templier" est une corruption de temprier, ancien nom des verriers), conversion à l'islam (en fait relation amicale probable avec l’ordre militaire et initiatique des chiites ismaéliens, les Assassins, lui aussi "gardien de la Terre sainte").
"Hugues de Pairaud, visiteur de France, explique le 9 novembre qu’il conduisait les jeunes Templiers dans des endroits secrets et se faisait baiser par eux sur la partie inférieure de l’épine dorsale, sur le nombril et sur la bouche. Ensuite il faisait apporter une croix en présence du nouveau frère et il lui disait qu’il fallait, en vertu des statuts de l’ordre, renier trois fois le Crucifié et cracher sur la croix et sur l’image de Jésus-Christ." (Laurent de Vargas 3)


L'idole Baphomet

Baphomet ou Bafomet, Baffomet, Bahomet, Bahumet, etc. est le nom d'une idole (une tête humaine à 1 ou 3 visages sur 4 pieds) qu'on dit avoir été adorée par la secte des gnostiques.
Silvestre de Sacy pense que le mot "Baphomet" est simplement une déformation du nom du prophète Mahomet.
Münter fait remarquer que les figures ou têtes enchantées employées par les sorciers dans l'exercice de leur art, lesquelles étaient réputées animées par le diable, s'appelaient des têtes de Mahomet, et venaient en partie de l'Orient, en partie de l'Espagne.
Raynouard reconnaît dans Baphomet le nom de Mahomet.
Gaucerant, un frère occitan de Montpezat, avoue avoir adoré une "image bafométique" qui, en langue d'oc, est une déformation de Mahomet, comme le prouve un poème de 1265, Ira et Dolor : « E Bafomet obra de son poder » (Et Mahomet fait briller sa puissance) 4.
Des idoles qu'on a désignées, à tort ou à raison, sous le nom de Baphomet, étaient des représentations humaines, réunissant les attributs des 2 sexes.
Arrêté dès octobre 1307, le frère Larchant avoue avoir vu cette tête à Paris et précise que les frères l'adoraient, la baisaient et l'appelaient leur Sauveur.
Questionnés à Carcassonne en novembre 1307, 2 frères parlent d'une "figure baphométique" ; l'un d'eux précise que cette figure est nommée "Yalla".
Le procès-verbal d'avril 1310, dressé par Nogaret, établit l'accusation d'idolâtrie : « Ils [les Templiers, ndlr] adoraient ces idoles ou cette idole. Ils la vénéraient comme Dieu [...], spécialement dans leurs grands chapitres [...]. Ils disaient que cette tête pouvait les sauver. Les rendre riches. Qu'elle donnait à l'Ordre toutes ses richesses. Qu'elle faisait fleurir les arbres. Qu'elle faisait germer [...] ».
La tête humaine (c’est parfois une vraie tête) est tantôt masculine, jeune ou vieille, imberbe ou barbue, tantôt féminine "à la semblance d'une fée ou de la Vierge" mais elle est parfois androgyne. Certains la disent "noire comme la face d'un infidèle". D'autres pensent que la tête barbue représente celle de Jean-Baptiste et que les chevaliers ont été en rapport avec les mandéens (secte des bords du Jourdain : la "religion de lumière") qui considéraient Jésus comme un faux prophète, le vrai prophète étant le Baptiste.
Pour Radulphe de Gisy c'est un "maufé" (un diable).
Hugues de Pairaud affirme qu'il a tenu entre ses mains, dans un chapitre général à Montpellier, cette tête d'homme montée sur 4 pieds, 2 du côté de la face et 2 derrière.
La tête comporte 2 nez et 3 yeux ou peut avoir 2 ou 3 faces (dans les églises orthodoxes, la tête à 3 visages est le symbole de la Trinité).
La tête peut être aussi celle d’un animal (bouc, bélier, bœuf ou chat noir) qui parle et rend des oracles.
Le matériau, parfois recouvert de peau humaine, est varié : bois peint parfois doré, os, or, argent, vermeil.
La plupart des frères avouent avoir peu vu cette idole parce qu’elle était souvent placée dans un lieu sombre, et recouverte d'un voile. Beaucoup disent en avoir seulement entendu parler.
Cette tête fut recherchée avec insistance par l’inquisiteur Guillaume de Paris, mais c’est Guillaume de Pidoye, administrateur des biens du Temple à Paris, sommé de présenter à la Commission de la sainte inquisition toutes les idoles de métal ou de bois tenues par l’Ordre, qui montra la fabuleuse "Caput LVIIIm". Cette tête était un grand chef d’argent ayant figure de femme. Il apparut qu’il s’agissait en fait d’un reliquaire à l’intérieur duquel on aurait trouvé des ossements qualifiés comme étant les os de l’une des légendaires onze mille vierges (dont ste Ursule) martyrisées à Cologne en 383.
On a retrouvé aussi plusieurs échantillons représentatifs d’une tête censée être adorée par les Templiers dans le Cabinet des Antiquités du muséum impérial de Vienne.
A noter que figure fréquemment sur les sceaux templiers un personnage à 2 têtes (celle d’un jeune homme ou d’une jeune fille ou d’un androgyne et celle d’un vieillard barbu) tenant une équerre et un compas.
"On se rappelle que les templiers furent accusés d'adorer certaines idoles nommées « têtes de Baphomet ». M. de Hammer en a découvert une douzaine dans le cabinet impérial des antiques à Vienne. On les avait prises pour des idoles tibétaines. M. de Hammer a déchiffré les inscriptions arabes, grecques ou latines qu'elles portent, ainsi que les symboles dont elles sont chargées. Le nom de l'idole « Mêté », c'est-à-dire dire la Raison, la Sagesse en langue grecque, s'y reproduit partout, accompagné des doctrines gnostiques et des abjurations de la foi chrétienne. C'est du mot « Mêté » et de celui de « baphé », baptême, que s'est formé le nom de « Baphomet », qui signifie « baptême de l'esprit », et qui a rapport au baptême de feu des anciens gnostiques. La « Mêté » est représentée sur ces idoles, conformément aux idées des gnostiques, et particulièrement à celles des ophites, sous une figure humaine, réunissant les attributs des deux sexes ; elle est accompagnée de la croix tronquée ou de la clef de la vie et du Nil des anciens Egyptiens qui ressemble à un « T », du serpent si fameux dans toutes les mythologies, de la représentation du baptême de feu, et en outre de tous les symboles maçonniques, tels que le soleil, la lune, l'étoile signée, le tablier, la chaîne, le chandelier à sept branches, etc." 5


Abrasax

Formule magique et sacrée, Abrasax (appelé aussi Abracax ou encore Abraxas, du nom duquel on a tiré la célèbre formule abracadabra), est, dans la Gnose, le nom du dieu de l'année. La somme des 7 lettres de son nom donnent le nombre du cycle annuel, soit 365. Il est le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).
Selon Jérôme de Stridon, Abraxas correspond au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec, donne aussi 365.

Abrasax figure dans la liste des principaux démons établie par l'Église lors du concile de Braga (561-563).

Depuis le philosophe gnostique Basilide d'Alexandrie (+ vers 145), dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte, les Abraxas se présentent sous la forme d'intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes montées en bague.

Le Temple utilise les Abraxas (ils portent l’inscription : "SECRETUM TEMPLI") dès la période d'Hugues de Payns, héritier de la famille des comtes de Champagne qui en avait réactivé l'usage.
L'emploi de l'Abraxas n’est nullement l'apanage des seuls Templiers : son utilisation est constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse.
L'Abraxas Panthée, utilisé par le Temple (presque exclusivement par le maître et les hauts dignitaires), est souvent accompagné par les 3 lettres grecques I A W (iota, alpha et oméga), placées non sur le bouclier mais sur le champ du sceau, et de 7 étoiles figurant les 7 lettres du nom Abraxas 2.


L’ordre ismaélien. La société des Assassins.

Les historiens signalent à plusieurs reprises les analogies de doctrines reliant les chiites ismaéliens aux Templiers : les 2 ordres sont à la fois initiatiques et militaires et portent le titre de "Gardien de la Terre sainte".

Les Templiers seraient entrés en contact avec les ismaéliens nizarites du Vieux de la Montagne, Hassan ibn al-Sâbbâhune, une société secrète dont les membres sont qualifiés par les sunnites de "hachichiyin" (consommateurs de hachisch), terme transformé en "assissini" par les Croisés et qui donnera en italien "assassino" puis en français "assassin". Amin Maalouf donne, dans son roman Samarcande, une étymologie différente ; le mot proviendrait de asâs (base, fondement) : « D'après les textes qui nous sont parvenus d'Alamout, Hassan aimait appeler ses adeptes "Assassiyoun", ceux qui sont fidèles au Assas, au Fondement de la foi ("Assas" veut également dire "Gardien" en arabe), et c'est ce mot, mal compris des voyageurs étrangers, qui a semblé avoir des relents de haschich. » 7

Les rencontres auraient eu lieu dans la forteresse musulmane d'Alamut, dans les montagnes de Syrie.
Al-Sâbbâh règne sur ce nid d'aigle, avec ses fidâiyyûn ou fedaïn, véritable confrérie de moines guerriers.
Sur cette citadelle flottent quatre drapeaux : un blanc pour la pureté, un jaune pour la dévotion, un rouge pour la guerre et un vert pour la Connaissance secrète d'Allah.

Dans les rites d'Alamut, le grade de chevalier est conféré non par des princes, mais par les sheiks (maîtres spirituels) ; lors de leur adoubement, les chevaliers de l’islam boivent dans une coupe. Les chroniques musulmanes de Syrie mentionnent plusieurs élévations au grade de chevalier, conférées parmi les ismaéliens, la première ayant eu lieu en 578 de l'hégire soit en 1182.
Retranchés dans leurs châteaux d'Irak et de Syrie, les membres de l'ordre ismaélien ont un vêtement voisin de celui des Templiers, portant sur une robe blanche une ceinture rouge.
Dans la constitution des deux ordres, templier et ismaélien, la hiérarchie est identique, les degrés sont les mêmes.
Les Templiers seraient allés jusqu’à armer chevaliers des ismaéliens initiés et des catholiques grecs hostiles à la papauté.
Les Druzes du Liban, chiites proches des ismaéliens, auraient transmis aux Templiers des enseignements ésotériques.

Cependant, en 1172, des ambassadeurs des Ismaéliens, reçus par le roi de Jérusalem, sont assassinés par des frères du Temple.

Jean de Joinville, biographe de Saint Louis, rapporte la visite, en 1248, du Vieux de la Montagne à Acre où il est reçu par le roi Louis IX et où les deux souverains échangent des cadeaux. Le Vieux de la Montagne sollicite l'aide du roi Louis contre les Mongols qui envahissent la Perse. Le roi de France reçoit l'ambassade du Grand-Mongol en décembre.


Arrestation des Templiers d’Europe

Le 22 novembre 1307, devant les aveux des 137 chevaliers, le pape Clément V ordonne aux rois et princes d’Europe d’arrêter les Templiers et de mettre sous séquestre toutes leurs terres et leurs biens, à l'exception des possessions de l'ordre dans la péninsule ibérique (bulle Pastoralis praeminentiae).


Le procès

En décembre 1307, Jacques de Molay et des dignitaires se rétractent devant 2 cardinaux envoyés par le pape.

5 au 15 mai 1308 : les États généraux de Tours approuvent les poursuites de Philippe le Bel contre les Templiers.
Le 5 juillet, le pape, après avoir auditionné 72 membres de l'ordre, se dessaisit de l’affaire des Templiers et la remet à l’Inquisition. Il décide que des conciles provinciaux jugeront, en tant que personnes, les Templiers et qu’un concile se prononcera sur le sort à réserver au Temple en tant qu’institution.
Le 12 août, à Poitiers, la bulle Faciens misericordiam crée des commissions diocésaines chargées d'enquêter sur les agissements des Templiers et des commissions pontificales chargées de juger l'Ordre du Temple ; la bulle Regnans in cœlis convoque un concile, à Vienne sur le Rhône, qui se prononcera sur le sort à réserver au Temple en tant qu’institution.

Le 12 novembre 1309 se tient la première commission pontificale : le pape s’étant réservé le jugement des personnes de quelques dignitaires (aux termes de la bulle Faciens misericordiam rédigée en août), Molay, attendant le jugement du pape, garde le silence ; un seul frère, Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns, dénonce les aveux faits sous la torture.

Le 7 avril 1310, 9 chevaliers présentent la défense de l’ordre devant la commission pontificale.
En mai, Philippe le Bel réunit le concile provincial de Sens, présidé par une âme damnée de Philippe, l'archevêque de Sens, Marigny, frère du ministre Enguerrand de Marigny : 54 Templiers étant revenus sur leurs aveux sont condamnés comme relaps et brûlés le 12. De semblables exécutions sont ordonnées, et avec la même rapidité, par les conciles provinciaux. Les chevaliers qui échappent à la mort sont condamnés à de lourdes peines.
Le 11 mai 1310, 21 templiers se présentent au concile de Mayence pour protester de leur innocence et en appeler au pape.
Le 21 octobre, un synode réuni à Salamanque déclare les Templiers innocents ; des synodes ont fait de même et à Ravenne le 17 juin et à Mayence le 1er juillet.


Le Concile œcuménique de Vienne

Lors du concile œcuménique de Vienne en Dauphiné (16 octobre 1311 - 6 mai 1312), malgré la majorité des Pères qui souhaitent défendre l'ordre et les rois et princes d'Angleterre, d'Espagne, d’Ecosse et d'Allemagne qui reconnaissent l'innocence du Temple, le pape Clément V, forcé par Philippe qui a besoin d'argent pour mener la guerre en Flandres (le 20 mars 1312, le roi, accompagné de ses trois fils et de ses frères, Charles de Valois et Louis d'Évreux, arrive à Vienne à la tête d'une grande armée), abolit l’ordre par la bulle Vox in excelso datée du 22 mars 1312 à Vienne et communiquée au concile à la séance du 3 avril :
"Une voix a été entendue des cieux, une lamentation et un cri d'amertume, car le temps vient, le temps est déjà venu, le Seigneur se plaint par son prophète : "Cette nation a provoqué ma colère et ma fureur, je vais me retirer de leur vue à cause du mal de ses fils, parce qu'ils ont provoqué ma colère en me tournant le dos et non leurs visages ; ils ont installé des idoles pour les honorer dans la maison où mon Nom est invoqué ; ils ont construit des haut-lieux à Baal pour sacrifier leurs fils aux idoles et aux démons" (Jérémie 32,31-35). Nous avons reçu des accusations secrètes contre les maîtres, les précepteurs et autres frères de l'Ordre des Chevaliers du Temple de Jérusalem et aussi contre l'Ordre lui-même. La sainte Eglise Romaine honorait ces frères et leur Ordre avec son appui spécial, les avait armés du signe de la Croix contre les ennemis du Christ, leur portait la plus haute estime, et la fortifiait de nombreux exemptions et privilèges. Ils sont tombés dans le péché de l'apostasie impie, le vice abominable de l'idolâtrie, le crime mortel des sodomites, et d'autres hérésies. Alors que l'Ordre avait eu un saint et bon commencement, méritant l'approbation du Siège apostolique. Puis vint l'intervention de notre cher fils dans le Christ, Philippe, l'illustre roi de France. Il n'avait pas l'intention de s'approprier pour lui-même aucune des possessions des Templiers. Pour nous donner une meilleure lumière sur le sujet, il nous a envoyé des informations sûres pa messagers et par lettres. Il y a même un des chevaliers, un homme de sang noble et pas de petite réputation dans l'Ordre, qui témoigna secrètement sous serment en notre présence, qu'à sa réception le chevalier qui le recevait lui demanda de renier le Christ, ce qu'il fit en présence d'autres chevaliers membres de l'Ordre, il cracha aussi sur la croix que lui tenait le chevalier qui le recevait. Le témoin affirma encore qu'il avait entendu dire que c'était la façon habituelle de recevoir de nouveaux membres : à la demande de la personne recevant la profession religieuse, la personne faisant profession renie Jésus Christ, et pour se moquer du Christ crucifié crache sur a croix qui lui est tendue, et les deux commettent à l'autre des actes horribles contraires à la morale chrétienne, comme le témoin en a confessé en notre présence. Nous avons convoqué à venir en notre présence de nombreux précepteurs, prêtres, chevaliers et autres frères de l'Ordre qui n'étaient pas de petite réputation. Ils ont prêté serment par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous avons exigé, en vertu de la sainte obéissance, invoquant le jugement divin avec la menace de la malédiction éternelle, qu'ils nous disent la pure et simple vérité. Après cela, entendant faire notre propre enquête avec le Grand Maître, le visiteur de France et les principaux précepteurs de l'Ordre, nous ordonnons au Grand Maître, au visiteur de France, et aux maîtres d'Outremer, de Normandie, d'Aquitaine et du Poitou de se présenter à nous pendant que nous sommes à Poitiers. Nous avons donné le pouvoir et la mission à nos fils bien-aimés Béranger, alors Cardinal avec le titre de saint Nérée et saint Achille, maintenant évêque de Frascati, et Etienne, Cardinal avec le titre de saint Cyriaque des bains, et Landulf, Cardinal diacre avec le titre de saint Ange en lesquels nous avons pleine confiance pour la prudence, l'expérience et la loyauté, pour faire une enquête minutieuse avec le Grand Maître, le visiteur et les précepteurs concernant la vérité de ces accusations portées contre eux, contre les personnes de leur Ordre et contre l'Ordre lui-même. Ils ont confessé entre autres choses qu'ils avaient renié le Christ et craché sur la Croix à leur réception dans l'Ordre du Temple. Quelques-uns d'entre eux ont ajouté qu'eux-mêmes avaient reçu de nombreux frères en utilisant le même rituel, à savoir reniement du Christ et crachat sur la Croix. Quelques-uns ont même avoué certains crimes horribles et comportements immoraux ont nous ne dirons rien pour l'instant. Après cette confession et dépositions, ils ont demandé aux cardinaux l'absolution pour l'excommunication encourue pour ces crimes, humblement et dévotement, à genoux, les mains jointes, ils ont fait leur demande avec de nombreuses larmes. L'Eglise ne ferme jamais son coeur aux pécheurs qui reviennent. Nous avons décidé avec l'avis de nos frères de continuer l'enquête sur les crimes et transgressions. Elle sera continuée par les ordinaires locaux et d'autres sages personnes dignes de foi que nous déléguerons dans le cas des membres individuels de l'Ordre, et par des personnes prudentes de notre choix dans le cas de l'Ordre dans son ensemble. Une fois que tout ceci a été fait, nous avons convoqué les cardinaux, patriarches, archevêques et évêques, les abbés exempts et non exempts et les autres prélats et procurateur élus par le Concile pour considérer l'affaire. La majorité des cardinaux et des élus du Concile, dans une proportion de plus des quatre cinquièmes, a pensé qu'il était meilleur, plus expédient et avantageux pour l'honneur de Dieu et pour la préservation de la Foi Chrétienne, ainsi que pour l'aide à la Terre Sainte et beaucoup d'autres raisons, de supprimer l'Ordre par voie d'ordonnance du Siège apostolique et de redonner aux propriétés l'usage auquel elles étaient destinées. Donc, avec un coeur triste, non par jugement définitif, mais par ordonnance apostolique, nous supprimons, avec l'accord du saint Concile, l'Ordre des Templiers ainsi que sa règle, son habit et son nom, par un décret inviolable et perpétuel, et nous interdisons à quiconque à partir de maintenant d'entrer dans l'Ordre de recevoir ou de porter son habit ou d'affirmer être un Templier."

La bulle Ad providam Christi vicarii du 2 mai 1312, transfère les biens et terres du Temple aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (à l'exception des biens situés en Espagne et au Portugal).
Le roi Philippe, dans sa lettre au pape du 24 août, dit que "les biens dont il s'agit pour la France étant sous sa garde, le droit de patronage lui appartenant, et le pape avec le concile lui ayant demandé son consentement pour cette destination, il le donne volontiers, déduction faite des sommes employées à la garde et à l'administration de ces biens".

La bulle Considerantes du 6 mai 1312 détermine le sort des chevaliers : ceux ayant avoués ou ayant été déclaré innocents se verront attribuer une rente et pourront vivre dans une maison de l'ordre ; tous ceux ayant niés ou s'étant rétractés, subiront un châtiment sévère.

Une seconde commission pontificale est nommée le 22 décembre 1313. Elle est constituée de 3 cardinaux et d'avoués du Roi de France et doit statuer sur le sort des 4 dignitaires de l'Ordre : Jacques de Molay, maître de l'Ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur de France et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou-Aquitaine. Ils réitèrent leurs aveux devant la commission.
Le 18 mars 1314, les 4 Templiers sont condamnés à la prison perpétuelle ; Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay proclament l’Ordre innocent de toutes les accusations portées contre lui ; ils reviennent sur leurs aveux et deviennent donc relaps. Le 19 mars, Philippe le Bel convoque son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamne les deux Templiers au bûcher ; ils sont conduits sur l'île des Javiaux (Île aux Juifs, îlot situé sur la partie méridionale de l'actuel Square du Vert-Galant, à la pointe de l'Île de la Cité), et brûlés vifs, conformément au droit médiéval qui punit de mort les relaps. Lorsqu’il monte sur le bûcher, le Grand-maître lance (selon les versions) : « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître dans quarante jours, devant le tribunal du souverain juge ! » ou « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! »
Le pape Clément V meurt le 20 avril. Quant à Philippe IV le Bel, qui n’a jamais pardonné aux frères du Temple ni leur richesse, ni d’avoir participé contre lui à la bataille de Courtrai en 1302, ni d’avoir refusé son admission dans l’ordre, il trépasse le 29 novembre.


Maître Jacques

L'origine mythologique revendiquée par les Compagnons comprend 3 figures emblématiques : Salomon, maître Jacques et le père Soubise, et 2 moments : la construction du temple de Jérusalem dont Jacques aurait été l'architecte avec son ami Soubise (tous deux initiés par Hiram) et la fin de l'ordre des Templiers, bâtisseurs féconds, maître Jacques devenant alors Jacques de Molay, le dernier maître exécuté en 1314.


Après le concile de Vienne, les Templiers se retirent dans diverses maisons religieuses ou dans l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, comme le signalent de nombreux actes.
Humbert Blanc se réfugie en Angleterre où il aurait perpétué leur tradition.

Une tradition maçonnique affirme que Kilwinning, la loge écossaise la plus ancienne, a été fondée par le roi d’Ecosse Robert Bruce après sa victoire sur les Anglais à Bannockburn en 1314, et qu’elle accueillait des Templiers qui s’étaient enfuis de France.

Dans la péninsule ibérique, les Templiers sont réunis aux Ordres de Calatrava et de Sainte Marie de Montesa en Aragon ; le 10 juin 1317, une bulle du pape Jean XXII reconnaît l’ordre de Sainte-Marie de Montesa, affilié à Cîteaux, qui réunit, dans le royaume de Valence dépendant du roi d’Aragon, les biens de l’Hôpital et du Temple.
Au Portugal, les Templiers ont leur siège principal à Castro Marino puis à Tomar, la ville aux sept collines.
En 1318, le roi Denis Ier regroupe les Chevaliers dans la Milice de Jésus-Christ ou ordre des Chevaliers du Christ affilié à Calatrava ; la Milice est reconnue le 15 mars 1319 par une bulle du pape Jean XXII.
Une croix blanche, symbole d’innocence, est ajoutée à l’intérieur de la croix rouge du Temple.
Les chevaliers jouissent de tous les privilèges, droits, exemptions et juridictions qu'avaient auparavant les chevaliers du Temple.
Ils sont peu à peu déchargés des 3 vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
Alexandre VI (1492-1503) leur permet de se marier, et, comme ils rendent de grands services en expulsant les Maures du royaume et en étendant même leurs conquêtes au-delà des mers, les rois de Portugal les comblent de richesses.
Le roi Jean II (+1495) leur abandonne même toutes les possessions et les colonies de l'Afrique, ne se réservant que le droit de suzeraineté ; mais l'ordre devient si puissant que les souverains voient d'un œil envieux et défiant cet état de prospérité.
Il est donc décidé que les nouvelles conquêtes de l'ordre seront une propriété de la couronne.
Le pape Jules III réunit, en 1550, la grande maîtrise de l'ordre à la couronne de Portugal : les rois, à dater de ce jour, deviennent les administrateurs de l'ordre.


La Société des Templiers

Fondée au milieu du XIXème siècle par Christoph Hoffman dans la ville de Württemberg, la Société des Templiers est un courant religieux protestant d'Allemagne. Ses membres, qui prônent le retour aux sources du christianisme, créent des implantations urbaines et agricoles sur la Terre Sainte.
En 1858, les Templiers, qui comptent alors 5 000 membres, sortent officiellement de l'Église luthérienne. Ils sont les premiers en Palestine à se servir de machines agricoles et à employer les engrais chimiques.
Lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale, la Palestine abrite alors 1 200 Templiers, lesquels, lors de l'invasion britannique, sont expulsés en direction de l'Allemagne. Après la signature du Traité de Versailles, ils sont autorisés à retourne en Palestine.
De nombreux Templiers de Palestine, et principalement les jeunes, adhèrent au parti national-socialiste ; en 1932, le parti nazi est créé en Palestine.
Les templiers nazis se joignent aux groupes armés arabes lors de la Grande révolte arabe en Palestine (1936 à 1939) contre la colonisation juive.
Les membres de la Société des Templiers sont arrêtés par les Britanniques et internés dans des camps, jusqu'à leur expulsion vers l'Australie. Il ne leur sera jamais permis de revenir en Israël.


L’ordre des Nouveaux Templiers

En 1900, l’Ordre des Nouveaux Templiers est fondé en Autriche par Jörg Lanz von Liebenfels (éditeur de la revue Ostara) qui rencontrera Hitler au début des années 20).


L’ordre de l'Etoile d'Argent

En 1912, Edward Alexander Crowley (1875-1947), occultiste et créateur d’une secte adonnée à la magie sexuelle, l’Ordre de l'Etoile d'Argent (Astrum Argentium), est introduit dans l'Ordre des Templiers d'Orient (Ordo Templi Orientis) et, sous le nom de "Baphomet", prend la direction de la branche anglaise de l'ordre.


En 1936, 4 commissaires de police belges créent la Milice du Temple proche des idéaux du rexisme de Léon Degrelle.

Au début du XXIe siècle, on dénombre 47 ordres du Temple et une soixantaine d’ordres militaires prétendent à une certaine spiritualité templière...

En 2002, une copie du parchemin de Chinon (daté du 17 au 20 août 1308) attestant que le pape Clément V a accordé, en 1308, son absolution aux dignitaires de l'ordre (ce qui est parfaitement normal puisqu'ils avaient avoués leurs erreurs), est découverte dans les archives secrètes du Vatican par une chercheuse, le Dr Barbara Frale. Ce parchemin a été publié au XVIIe siècle par Baluze dans son ouvrage Vitae Paparum Avenionensis (Vies des papes en Avignon).


ORIGINES TEMPLIERES DE LA FRANC-MACONNERIE

Dans le rite maçonnique d’York, formé au XVIIIe siècle, les membres sont nommés "maçons de l’Arche royale" et passent successivement par 4 grades ; l’étape suivante est celle des "maçons royaux et élus" qui passent par 3 grades successifs ; la dernière étape est celle des "chevaliers de l’ordre du Temple".

Ecossais installé en France depuis 1707, celui que l'on appela par la suite le Chevalier de Ramsay, vise, en vain, à rattacher la maçonnerie aux ordres chevaleresques chrétiens de Saint-Jean de Jérusalem et du Temple.
A la même époque, le baron allemand Carl von Hund déclare que "la franc-maçonnerie plonge ses racines dans l’ordre du Temple et que par conséquent tout maçon est aussi un templier".

Au XVIIIème siècle, des membres de la loge maçonnique du collège de Clermont qui veulent continuer l'ancien ordre des Templiers s'affilient des personnages très distingués de la cour et de la noblesse partageant les idées déistes de cette époque. Bourbon-Conti, le duc de Cossé-Brissac sont grands maîtres de cet ordre aristocratique dont les débris se reformeront sous le Directoire. Cette société est persécutée sous la Restauration. Après 1830, elle admet dans ses rangs l'abbé Châtel qui y officie quelque temps comme primat des Gaules ; puis elle se fond dans la maçonnerie. L’ordre survit en Angleterre : le prince de Galles est nommé grand maître des templiers en 1873.

1756 : France, installation du Rite de la Stricte Observance qui insiste sur les origines templières de la franc-maçonnerie.

1782 : le convent maçonnique de Willemsbad (à la base du Rite Ecossais Rectifié) rejette l’origine templière et condamne la pratique de l’alchimie par les frères.

Le 24 juin 1808, autorisé par Napoléon, Raymond de Fabré-Palaprat, un illuminé, reconstitue l’ordre du Temple. Il se proclame grand maître (Mgr Bernard Raymond) et organise des cérémonies. Quelques francs-maçons, convaincus de l’origine commune des 2 institutions, le rejoignent.


LE TRESOR DE L'ABBE BERANGER SAUNIERE

En 1886, l’abbé Béranger Saunière aurait découvert, lors de la restauration de l’église de Rennes le Château (Aude), un fabuleux trésor dans une tombe : l’Arche d’Alliance, l’or des Wisigoths, le butin de Dagobert, le trésor des cathares, le Graal, l’or des Templiers ?
Parmi ce trésor se trouvaient des pièces d’or datant de saint Louis et un calice du XIIIe siècle qui auraient appartenu aux Templiers et des parchemins d’une inestimable valeur (?) signés par Blanche de Castille.
Selon les ouvriers qui participèrent aux travaux, il s’agissait d’un chaudron contenant des pièces d’or et de bijoux.
Depuis des centaines de passionnés ne cessent de chercher…

Dans le Parzival de Wolfram Von Eschenbach, le Graal est gardé à "Munsalvaesche par de vaillants chevaliers qui ont leur demeure auprès du Graal. Ces Templiers livrent combat afin d'expier leurs pêchés.... Leur nourriture, ils la reçoivent d'une pierre qui, en son essence, est toute pureté, on l'appelle lapsit exillis. Elle leur donne une telle force que leur corps garde la fraîcheur de la jeunesse. Cette pierre est ainsi nommée le Graal".


CITATIONS

Ils (les Templiers, ndlr) vivent sans avoir rien en propre, pas même leur volonté. Vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé par le soleil, le regard fier et sévère ; à l'approche du combat, ils s'arment de la foi au dedans et du fer au dehors ; leurs armes sont leur unique parure : ils s'en servent avec le plus grand courage dans les périls, sans craindre ni le nombre ni la force des barbares ; toute leur confiance est dans le Dieu des armées, et, en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et glorieuse (...) Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit avec plus d'assurance encore. S'il meurt, c'est pour son bien, s’il tue, c'est pour le Christ… (Bernard de Clairvaux 1090-1153)

De cette manière fut aboli l'ordre du Temple, après avoir combattu cent-quatre-vingt-quatre ans et avoir été comblé de richesses et orné des plus beaux privilèges par le Saint-Siège. Il n'en faut pas imputer la faute au pontife, car il est constant que lui et son concile n'ont fondé leur décision que, sur les allégations et les témoignages que le roi de France leur a fournis. (Bernard Guy ou Guidonis 1260-1331, Vie de Clément V)

La proscription des Templiers fut l'ouvrage exclusif de la cupidité et de la vengeance. (Bignon 1662-1743)

Si tant de témoins ont déposé contre les Templiers, il y eut aussi beaucoup de témoignages étrangers en faveur de l'ordre. (Voltaire 1694-1778)


Notes
1 Guillaume de Tyr, livre XII, chapitre VII, cité par templiers.org/templiers.php
2 Bernard Marillier, Essai sur la Symbolique Templière, Editions Prades
3 Laurent de Vargas, Histoire Mystérieuse des Templiers
4 Ref : Wikipedia, Le Baphomet par Bernard Marillier.
5 Mélanges géographiques et historiques, Tome I, Les Mines de l'Orient, 1819
6 Le procès des Templiers, Jules Michelet, Imprimerie royale, 1841, Traduction Pierre Collenot.
7 wikipedia
8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_gu%C3%A9_de_Jacob_(1179)

Sources


Pour en savoir + : http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 19/01/2017

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