Jean XXI

Pedro Juliao, appelé Pierre de Julien (Pietro di Giuliano ou Petrus Juliani) ou Pierre d’Espagne (Pedro Hispano ou Petrus Hispanus), fils du médecin Julião Rebelo et de Teresa Gil, naît à Lisbonne vers 1220.
Il étudie dans l'école épiscopale de la cathédrale de Lisbonne puis fréquente l'université de Paris (à moins qu'il ne s'agisse de celle de Montpellier).
Nommé professeur de médecine à l’université de Sienne (1247), il rédige plusieurs traités de médecine notamment en matière d’ophtalmologie ; logicien, il écrit un célèbre manuel de logique Summulae Logicales (Résumés logiques).
Archevêque de Braga (1272), puis archevêque cardinal de Tusculum (1273) et médecin du pape Grégoire X, Pierre d’Espagne est élu pape le 8 septembre 1276 par le conclave réuni à Viterbe. Il choisit le nom de Jean et est intronisé le 20.
C’est l’un des souverains pontifes les plus érudits de l’histoire de la papauté, réputé pour sa science en philosophie, théologie et médecine.
Pendant son court pontificat, Jean XXI 1 s’efforce d’améliorer la situation de l’Eglise au Portugal et excommunie le roi Alphonse III, en raison de ses interventions répétées dans les élections épiscopales portugaises.
Il empêche la guerre entre la France et la Castille mais ne peut rétablir la concorde entre Philippe le Hardi et Alphonse de Castille.
Il envoie des légats au Grand Khan des Tatars pour essayer de former une croisade contre les Sarrasins et tente de réunifier les chrétiens d’Orient et d’Occident.
Passionné d’astrologie, il prédit qu’il mourra très âgé. Erreur ! : la voûte de la cathédrale de Viterbe, en travaux, s’écroule sur lui ; il ne survit pas à ses blessures et meurt le 20 mai 1277.

Prophétie de Malachie : Piscator Tuscus : le pêcheur de Tuscum.


1276. 8 septembre, élection du pape (il est consacré le 20).

1277. Jean XXI, au plus fort de la controverse anti-averroïste, incite l’évêque de Paris, Étienne Tempier, à intervenir : celui-ci, par décret du 7 mars, condamne 219 propositions (thèses averroïstes ou aristotéliciennes) de certains maîtres de la faculté des arts, dont Siger de Brabant ; selon Tempier, ils disent que cela est vrai selon la philosophie, mais non selon la foi catholique, comme s'il y avait deux vérités contraires, et comme s'il y avait, opposée à la Vérité de l'Écriture sacrée, une vérité dans ce que disent les païens damnés. En mars, l'évêque de Paris ayant condamné 119 thèses péripatéticiennes (Aristote, Averroès 2), dont plusieurs étaient également thomistes, le maître Albert qui vient de compiler son dernier ouvrage, une Summa theologica, se rend à Paris, pour défendre les vues de son cher Frère Thomas d’Aquin. En Lombardie, 178 cathares sont brûlés par l’inquisition. Le synode de Trèves accuse les béguines et les bégards de répandre erreurs et hérésies parmi le peuple. 15 au 18 avril, Bataille d'Elbistan : les Mongols il-khanides sont battus par les Mamelouks d'Égypte : fin de la domination des Mongols sur l'Anatolie. 20 mai, mort du pape.


Vacance du Saint-Siège jusqu'au pontificat de Nicolas III le 25-11-1277

1277 (suite). 25 mai, l'évêque de Rodez Raymond de Calmont pose la première pierre de la cathédrale Notre-Dame de Rodez. 1er juillet, le sultan mamelouk Baybars meurt empoisonné à Damas : son fils aîné, Baraka Khan, lui succède mais, deux ans plus tard, il devra abandonner le pouvoir en faveur de son très jeune frère Salamish.


Note
1 Sur la foi d’une tradition, reconnue depuis erronée, qui ajoutait entre Boniface VII (mort en 985) et l’authentique Jean XV (985-996) un second Jean XV, on changea, à partir de l’élection de Pierre d’Espagne, le numéro d’ordre des papes portant le nom de Jean. C’est ainsi que ce dernier fut appelé Jean XXI alors qu’aucun Jean XX ne figurait dans la liste des papes. Un pape Jean XX (1045) est cependant mentionné par Pierre Larousse dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle (1864-1890). Il est également cité dans l'Histoire des Papes depuis Saint Pierre jusqu'à Grégoire XVI (Volume 1) par Mathieu-Richard-Auguste Henrion.
2 L’AVERROISME désigne l’ensemble des doctrines philosophiques qui se réclament d’Averroès (1126-1198), dans tout l’Occident chrétien et chez les Juifs, spécialement au Moyen Âge et à la Renaissance, et qui connut une grande réputation par ses Commentaires d'Aristote. À cette époque, le système de ce philosophe n'est connu que par les écrits de son commentateur si enthousiaste qu’il disait que la doctrine d’Aristote est la souveraine vérité, et son intelligence la limite de l’intelligence humaine. Il considérait l’âme dans chaque être humain comme une substance individuelle périssable, mais s’unissant à l’intelligence universelle dans l’acte de l’entendement. Depuis Aristote et Thomas d'Aquin, l'intellectus (qui est la faculté de comprendre) s'oppose au corps et à ses sensations. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Averro%C3%AFsme)
Dirigés par Siger de Brabant, les averroïstes affirment l'indépendance de la philosophie vis-à-vis de la révélation.
L'averroïsme menace l'intégrité et la suprématie de la doctrine chrétienne, ce qui remplit d'inquiétude les penseurs orthodoxes.
Albert le Grand et d'autres scolastiques tentent de traiter de l'averroïsme, mais sans grand succès.
Thomas y parvient brillamment en réconciliant foi et raison.
Acceptant l'importance accordée par Augustin au principe spirituel en l'homme, image de Dieu et la thèse averroïste de l'autonomie de la connaissance dérivée des sens, Thomas soutient que les vérités de foi sont parfaitement compatibles avec les vérités de l'expérience sensorielle, telles que les expose Aristote, et qu'elles se complètent mutuellement.
Certaines vérités, comme celle du mystère de l'incarnation, ne peuvent être connues que par la révélation ; d'autres, comme celle de la composition des choses matérielles, que par l'expérience ; d'autres encore, comme celle de l'existence de Dieu, sont connues indifféremment par l'une ou l'autre.
Toute connaissance, affirme Thomas, naît du contact des sens avec ces objets, mais les données sensorielles ne deviennent intelligibles que par l'action de l'intellect capable de le recevoir qui élève la pensée vers l'appréhension de réalités immatérielles comme l'âme humaine, les anges et Dieu.
La compréhension des plus hautes vérités, celles qui concernent la religion, requiert le concours de la révélation.
En 1270, Thomas, par son traité De unitate intellectus contra averroïstas (De l'unité de l'intellect contre les averroïstes), retourne l'opinion contre ses opposants (que l'Église condamna) : « Depuis longtemps beaucoup d’esprits se sont laissé surprendre par l’erreur d’Averroès, qui s’efforce de prouver que l’intellect, qu’Aristote reconnaît comme possible, par une dénomination fausse, est une espèce de substance séparée du corps quant à l’essence, et qui lui est unie, d’une certaine façon quant à la forme ; et de plus, qu’il est possible qu’il n’y ait qu’un intellect commun pour tous : depuis longtemps nous avons réfuté cette erreur. »
Averroès (Abu al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ruchd), 1126-1198, philosophe, juriste malikite et théologien acharite, astronome, mathématicien, physicien et médecin du calife de Cordoue, fut cadi de Séville puis de Cordoue. On lui doit : Traité universel de la médecine, Commentaires d’Aristote dont il développe essentiellement les conceptions matérialistes et rationalistes ; sa théorie de l’intellect nie l’immortalité d’une âme individuelle mais admet un intellect cosmique, universel et éternel, la matière et le mouvement sont éternels et incréés. Auteur de la théorie rationaliste de la double vérité qui oppose les opinions rationnelles aux dogmes religieux, il a été condamné à la fois par les dignitaires musulmans et chrétiens.
Averroès aurait déclaré : "La religion judaïque est une loi d’enfants ; la chrétienne une loi d’impossibilité ; et la mahométane une loi de pourceaux." (https://www.universalis.fr/encyclopedie/de-tribus-impostoribus/)
Dans son ouvrage intitulé Muqaddimah, Averroès classe le djihad en quatre catégories : - le djihad du cœur, - le djihad de la langue, - le djihad de la main et - le djihad de l’épée.
En 1473, excédé par les excès des nominalistes, Louis XI leur oppose Aristote et Averroès.
En 1513, Léon X, suivant le concile de Latran V (1512), condamne l’averroïsme. En mai 1512, le décret Apostolici regiminis commence en relatant la diffusion d’erreurs concernant l’âme humaine par quelques philosophes téméraires qui soutiennent comme vrai, sur le plan philosophique, la mortalité de l’âme ou l’unicité de l’intellect : les deux courants de l’aristotélisme, alexandriste et averroïste, sont ainsi visés par le décret.
"Averroès a appelé la religion chrétienne une religion impossible à cause de l'eucharistie". (Renan + 1892)

Sources


Liste des papes


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 21/11/2019

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