Pélage II, pape

Né à Rome en 520, Pélage II est pape du 26 novembre 579 au 7 février 590 (+).
Alors que les Lombards dévastent l’Italie, il écrit contre les prélats d’Istrie, qui refusent de souscrire à la condamnation des Trois chapitres de tendance nestorienne, et ce, en vain, malgré ses appels à la puissance séculière.
Il ne parvient pas à allier les Francs et les Byzantins.
Il œuvre beaucoup pour les soins des malades et des vieillards et va même jusqu'à convertir son logement en refuge pour ceux-ci.
Il tolère les prêtres mariés du moment qu’ils ne détournent pas les biens de l’Eglise au profit des épouses et des enfants.
Il meurt de la peste le 7 février 590.


580. 20 mars, mort de Martin de Braga, évêque, apôtre des Suèves de Galice, qui interdisait qu’on coupât des verdures de Noël. Agricol, évêque de Chalon-sur-Saône, fait construire une léproserie. Les Slaves submergent les Balkans mais ils seront bientôt dominés par les Avars (Turco-mongols).

581. En Espagne, le roi des Wisigoths, Léovigild, fonde Victoriacum (Vitoria) pour marquer son succès sur les Vascons dont la plupart passeront en Gaule. Chilpéric envoie le duc Bladastes combattre les Vascons au sud des Pyrénées : battu, il laisse la majeure partie de son armée. Le 1er concile de Mâcon, assemblé par Gontran le roi de Bourgogne, présidé par Priscus l'évêque de Lyon, et auquel souscrit Siacre l'évêque d’Autun, fait 19 canons et proclame que tout esclave chrétien pourra être racheté à raison de douze sous. 14 août, mort (empoisonnement ou indigestion) de Tibère II Constantin empereur byzantin  quelques jours après avoir désigné officiellement son gendre Maurice, époux de sa fille Constantina, comme son successeur, en lui accordant le titre de César.

583. Le troisième concile de Lyon, sous la présidence de l'évêque Priscus et auquel souscrit Siacre l'évêque d’Autun, prescrit que les lépreux doivent être vêtus et nourris par les évêques pour limiter leurs vagabondages. 1er novembre, le concile de Mâcon permet aux chrétiens de racheter aux Juifs des esclaves pour 12 sous, soit pour leur donner la liberté, soit pour les prendre à leur service.

584. En Italie, les Byzantins établissent l’Exarchat de Ravenne. En septembre, Chelles, mort de Chilpéric Ier, roi de Neustrie, au cours d’une partie de chasse ; la reine Frédégonde, qui l’aurait fait assassiner, est enceinte de Clotaire II qui naît quatre mois après le meurtre (il serait le fils de Landry, un officier, amant de la reine) ; elle le fait aussitôt proclamer roi et va assumer la régence.

585. Famine en Gaule ; les pauvres sont souvent réduits en esclavage contre un peu de nourriture. A Auxerre, un synode d’évêques interdit les offrandes votives aux fontaines (comme les pieds sculptés ou les figures humaines). A Braga, Léovigild, roi des Wisigoths (567-586), bat les Suèves devenus catholiques, détruit leur royaume de Galice et les reconvertit à l’arianisme. Au printemps, Gontran, roi de Bourgogne, attaque la Septimanie ; ses troupes sont repoussées avec de grandes pertes par Récarède, le fils de Léovigild. 13 avril, Herménégild, prince wisigoth, est décapité pour sa foi catholique sur ordre de son père le roi Léovigilde. 23 octobre, le concile de Mâcon, présidé par Prisque l'évêque de Lyon et auquel souscrivent, entre autres, Palais l'évêque de Saintes, Véran l'évêque de Cavaillon, Marius l'évêque d'Avenches et Ferréol l'évêque de Limoges, interdit le travail et les procès le dimanche (les Francs instaurent le châtiment corporel pour le travail du dimanche) ; il menace d’excommunication ceux qui refusent de verser la dîme ; le 9e canon mentionne le jeûne de l’Avent qui ne semble être prescrit qu’aux ecclésiastiques (dans les premiers siècles de l’Eglise on jeûnait, pendant l’Avent, trois fois par semaine : le lundi, le mercredi et le vendredi) ; le 5e défend "aux clercs de porter de la soie ou d'autres vêtements séculiers ne convenant pas à leur profession. Les délinquants seront enfermés pendant trente jours, jeûnant au pain et à l'eau" ; le 7e prévoit l'excommunication "des juges qui auront fait arrêter un clerc sans la permission de l'évêque, sinon pour cause criminelle, c.-à-d. d'homicide, de vol et de maléfice" ; le 8e défend "aux clercs d'assigner leurs confrères devant les juges séculiers, sous peine de trente coups de discipline pour les clercs des ordres mineurs, et de trente jours de prison pour les clercs des ordres majeurs, tous leurs différends devant être portés et terminés auprès de l'évêque, des prêtres ou de l'archidiacre" ; le 12e stipule : "Si les vierges ou religieuses consacrées à Dieu se marient, elles seront excommuniées jusqu'à leur mort, ainsi que leurs maris" ; le concile menace des peines les plus graves les incestueux, ces gens qui "se roulent dans la merde" (in merda convolvuntur) ; d'autres canons défendent de donner un juif comme juge aux chrétiens, ou de lui permettre d'être receveur des impôts : "Les chrétiens ne doivent point servir les juifs ; s'ils sont leurs esclaves ou leurs serfs, ils auront la faculté de se racheter" ; interdiction est faite aux évêques d’avoir leur chien dans leur maison de peur qu’il n’éloigne ou ne morde les visiteurs ; une légende veut que le concile ait délibéré sur la question de savoir si les femmes avaient une âme ; l’unique témoignage par lequel nous connaissons l’incident qui se produisit est celui de Grégoire de Tours : « Il y eut dans ce synode un évêque qui disait que la femme ne pouvait pas être appelée homme (homo) ; cependant il se tint tranquille lorsque les évêques lui eurent fait entendre raison en alléguant le passage de l’Ancien Testament qui dit qu’au commencement quand Dieu créa l’homme "Il les créa mâle et femelle et leur donna le nom d’homme" (Genèse 5, 2) appelant ainsi du même nom (homo) la femme et l’homme » ; la remarque formulée par l’évêque était d’ordre linguistique et non théologique et les actes officiels du concile n’en font pas la moindre mention.

586. 21 avril, Tolède, mort de Léovigild : son fils Reccared lui succède.

587. Reccared Ier (Récarède), roi wisigoth d’Espagne (586-601), se fait catholique (sous l’influence de Léandre de Séville). Les Vascons, Ibères (?) non latinisés, envahissent les plaines de l’Adour et de la Garonne ; ils progresseront en Aquitaine jusqu’à ce qu’en 602 ; Théodebert II, roi d’Austrasie et Thierry II, roi de Burgondie, les battent et leur imposent un duc en la personne de Genialis. 28 novembre, Traité d'Andelot (Haute Marne) : Childebert II et Brunehaut, roi et reine d’Austrasie s'allient avec Gontran, roi de Bourgogne et oncle de Childebert, contre les leudes (grands vassaux) révoltés, fixent les limites des royaumes d’Austrasie et de Bourgogne, récupèrent ainsi la Bourgogne et l’Orléans et prévoient la cession du royaume au survivant (Grégoire de Tours a participé à l’élaboration du traité).

589. Le 3ème concile de Tolède III ajoute au symbole de Nicée la préposition "in" avant les termes "Unam, Sanctam, Catholicam et apostolicam" (= Une, Sainte, Catholique et Apostolique) et la clause du filioque ; Reccared impose le catholicisme à ses sujets.

Vers 590. Arrivée de moines irlandais en Gaule ; Colomban (v. 543-615) fonde les monastères d’Annegray et Luxeuil 1.

590. La peste ravage Rome. 7 février, mort du pape Pélage II (peste).


Liste des papes


Note
1 COLOMBAN (v. 543-615), missionnaire irlandais, né à Leinster, étudia sous l’égide de Comgall, au monastère de Bangor, comté de Down. Vers 590, il se rendit en France, en compagnie de douze compagnons, et fonda les monastères d’Annegray et de Luxeuil. Son adhésion à la célébration de Pâques suivant l’usage celtique l’entraîna dans une polémique l’opposant aux évêques français en 602, alors que ses critiques de la cour de Bourgogne, qu’il accusait d’immoralité, conduisirent à son expulsion de France. En 612, il établit le monastère de Bobbio en Lombardie. Saint Colomban est fêté le 23 novembre.

Sources


Auteur : Jean-Paul Coudeyrette
Référence publication : Compilhistoire ; toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

Date de mise à jour : 17/07/2019

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